HORS-LA-LOI : Pas à la hauteur du sujet

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horslaloiafficheAprès le succès mérité de Indigènes, Rachid Bouchareb s’attaque à un autre épisode douloureux du passé de notre pays et des relations avec ses anciennes colonies. Avec Hors-la-loi, il s’attaque également à un sujet peu connu, celui des conséquences de la guerre d’Algérie sur le territoire métropolitain. Malheureusement, il se montre cette fois loin d’être à la hauteur du propos qu’il essaye de tenir.

Chassé de leur terre, Abdelkader et ses deux frères voient leur vie bouleversée par le massacre de Sétif en 1945. L’un va en prison, l’autre part faire la guerre d’Indochine, le troisième emmène sa mère pour s’installer à Paris, dans le bidonville qu’est alors Nanterre. Mais les évènements sur le territoire algérien vont vite les rattraper tous les trois et chacun réagira différemment face au combat mené par, mais également au sein, de leur communauté.

Hors-la-Loi est donc une fresque familiale qui s’étale sur plusieurs décennies. Il est donc assez classique dans la forme, même si le contexte est une nouvelle fois encore relativement inexplorée par le cinéma hexagonal. Il y’a une certaine ambition dans la reconstitution historique du scénario, qui cherche à la fois à développer une intrigue et à la fois posséder un caractère démonstratif et explicatif. Je ne rentrerai évidemment pas dans la polémique autour de ce dernier aspect. Ce n’est pas non plus un documentaire, mais une œuvre forcément empreinte de la subjectivité de son auteur mais qui m’a, personnellement, donné envie de creuser le sujet un peu plus profondément.

Reste donc l’intrigue, et c’est là que ça pêche. Hors-la-loi est basé sur le parcours parallèle des trois frères, dont les destins se croisent, s’épousent et parfois se heurtent. Il s’agit donc là d’un triple portrait de trois archétypes des personnages qu’une telle situation peut engendrer : l’indifférent qui cherche à faire son beurre, l’idéaliste jusqu’à l’aveuglement et l’homme de main. Mais les trois personnages sont bancals, pas toujours vraiment crédibles et pas toujours très intéressants.

horslaloiRachid Bouchareb a cherché à montrer comment les évènements peuvent écraser les personnalités. Ces dernières sont ici trop caricaturales pour réserver la moindre surprise. Du coup, les relations entre protagonistes sont convenues et cela nuit considérablement à l’intérêt de l’ensemble. De plus, certaines scènes frisent le ridicule, notamment celle où Jamel Debouzze débarque au milieu d’une fusillade dans sa voiture de parvenu et arrive échapper, en compagnie de ses deux frères, à une petite armée de policiers qui ont visiblement une conception assez étrange de l’encerclement.

Le trio Jamel Debouzze, Sami Bouajila et Roschdy Zem retrouve sa complicité acquise avec Indigènes. On sent bien que la fraternité va au-delà de l’écran. Malheureusement, la faiblesse de leur personnage ne leur permet vraiment pas de briller. Leur jeu sonne souvent faux, mais pas plus faux que les personnages auquel ils tentent tant bien que mal de donner vie. Bien que le propos soutenu par le film leur tient très certainement particulièrement à cœur, leur talent n’était pas suffisant pour vraiment transformer Hors-la-loi en réussite.

Le plus grand mérite de Hors-la-loi est celui d’ouvrir un débat et de posséder malgré tout un caractère « documentaire ». Mais sur le sujet, on préférera cent fois revoir l’Ennemi Intime qui était moins démonstratif, mais constituait une vraie réussite cinématographique.

Fiche technique :
Production : Tessalit productions, Novak production, France 2, StudioCanal
Réalisation : Rachid Bouchareb
Scénario : Rachid Bouchareb
Montage : Yannick Kergoat
Photo : Christophe Beaucarne
Décors : Yan Arlaud
Distribution : StudioCanal
Musique : Armand Amar
Costumes: Edith Vesperini

Casting :
Jamel Debbouze : Saïd
Sami Bouajila : Abdelkader
Roschdy Zem : Messaoud
Bernard Blancan : Colonel Faivre

ET LE PROJET DE SOCIETE, BORDEL !

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manifestationHier, la France était dans la rue pour signifier son opposition à la réforme des retraites proposé par le gouvernement. Une mobilisation qui a rassemblé plusieurs millions de personnes (je ne vais pas évoquer ici la polémique débile autour des estimations) et qui est soutenu par 71% de la population.

Dans le débat autour de cette réforme, les chiffres ont été à la base de la plupart des échanges d’arguments ayant eu lieu sur le sujet. Ce fut d’ailleurs mon cas, dans deux excellents articles dont je vous conseille la lecture (Retraiter les retraites et Comparaisons et mauvaise foi). Dans le premier, j’esquissais une idée que je vais développer ici. En effet, il y’a élément absent des discussions, alors qu’il devrait être au cœur de ces dernières. Au-delà des données économiques, si on parlait un peu projet des société ?

L’évolution de la pyramide des âges ne bouleversent pas que l’équilibre des comptes sociaux. Elle modifie en profondeur le fonctionnement de notre société. Toutes les propositions mises sur la table concernant la réformes des retraites, que ce soit de la part des politiques ou des syndicats, ne font que modifier les curseurs du modèle actuel, sans jamais réfléchir sur l’opportunité d’en changer radicalement. Seul le PS essaye d’introduire la possibilité d’étudier le modèle suédois, celui des comptes notionnels, mais très timidement.

Le vieillissement de la population entraîne naturellement l’augmentation du nombre de personnes en situation de dépendance, problème qui devrait faire l’objet de la dernière grande réforme de l’ère Sarkozy. Mais il a surtout conduit, progrès de la médecine et de l’hygiène de vie aidant, à créer une nouvelle catégorie sociale, celle des retraités actifs et consommateurs. Les grands parents d’aujourd’hui ne ressemblent qu’assez peu aux personnes âges d’autres fois. Il est difficilement contestable que cela pèse sur les comptes sociaux et sur le système par répartition. Mais la solution réside-t-elle vraiment en retardant la transition entre l’emploi salarié et ce statut de joyeux retraité ?

Si on a aujourd’hui souvent la possibilité de jouir pleinement de sa retraite, même si les inégalités entre classes sociales restent profondes, c’est largement lié à l’amélioration des conditions de travail et la réduction de sa durée totale au cours de notre existence. Travailler plus longtemps est donc à contre-courant complet d’une tendance lourde de la société depuis deux siècles. Cette réduction n’a absolument pas empêché l’Occident de s’enrichir considérablement pendant la même période, grâce aux gains de productivité. Nous expliquer que ce mouvement doit s’arrêter, et même pire, s’inverser, reste une assertion largement contestable.

Mais surtout, un jeune retraité ne constitue-t-il qu’une charge pour la société ? Vu uniquement du point de vue des comptes sociaux, c’est globalement vrai. Mais vu de la société tout entière, c’est déjà nettement plus discutable. Profiter de sa retraite, à l’âge où épargner n’a plus guère de sens, c’est souvent être un consommateur actif. Or de l’argent dépensé n’est jamais de l’argent perdu économiquement. Je ne vais pas me lancer ici dans le développement de cet idée, mais j’y consacrerai un billet très bientôt. Pour faire court, l’argent dépensé par les retraités va nourrir les recettes des entreprises, donc les salaires, donc les comptes sociaux qu’ils sont sensés piller. Bien sûr, un salarié consomme aussi, mais on peut guère contester que le temps libre pousse à la consommation au dépend de l’épargne.

Encore plus important, le jeune retraité d’aujourd’hui ne ressemble guère à l’image d’Epinal du couple prostré toute la journée devant leur télé. Il suffit de fréquenter n’importe quelle structure associative pour voir à quel point les retraités y sont souvent omniprésents. Combien de retraités compensent le manque structurel et chronique de place de crèches de notre pays ? Sans même parler des mercredis après-midi ! Bref, la vitalité de notre économie et la richesse de notre société ne tiennent pas uniquement aux services rendus par l’emploi salarié. Tout est devenu beaucoup plus complexe. Cependant, nos modèles économiques ne savent guère prendre en compte ces échanges non monétaires, qui sont donc considérés sans valeur. Et quand le débat ne considère que les chiffres, il ne sait comment les intégrer.

Remettre en cause ces modèles sera forcément considéré par beaucoup comme de la philosophie boboïsante et un manque de sérieux, de rigueur et de pragmatisme. Il y’a là une vraie bataille idéologique à mener, et surtout à gagner. La gauche abandonne trop souvent ce terrain pour courir après la droite dans un discours trop terre à terre qui bride ses ambitions. La gauche doit oser à nouveau proposer des modèles économiques radicalement nouveaux qui collent mieux à une société qui n’a pas attendu les hommes politiques pour changer. A l’heure d’un sarkozysme qui tente par tous les moyens (bouclier fiscal, suppression des droits de succession…) de ralentir, voire même d’inverser, les évolutions sociales, il y’a urgence…

… car 2012, c’est demain !

POUR QUELQUES PICOGRAMMES DE PLUS

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contadordopeLe contrôle anti-dopage positif d’Alberto Contador a été un coup de tonnerre dans le monde du cyclisme, qui n’avait vraiment pas besoin de ça. Un coup de tonnerre dans les médias et l’opinion, entretenant la défiance envers un sport qui a pourtant toujours connu ce genre de pratiques, même au faite de sa popularité. Car objectivement, il n’y a pas de quoi fouetter un chat.

La quantité d’anabolisants retrouvée dans les urines du champion espagnol est infinitésimale d’une part, et d’autre part, décelée lors d’un seul contrôle. Contador ayant été contrôlé quasiment tous les jours pendant ce Tour de France, on peut penser que sa ligne de défense, un contamination alimentaire, n’est pas si absurde que ça. Pourtant les sportifs ont parfois faits preuve de la plus grande imagination pour justifier un contrôle positif (comme l’abus de sexe… le ridicule ne tue pas…). Restent les soupçons d’autotransfusion, mais on voit bien ici comment la presse se jette sur le moindre début de suspicion, en mettant en avant des considérations scientifiques qui les dépassent quelque peu.

Si le règlement est appliqué à la lettre, Alberto Contador pourrait bien subir l’humiliation d’une suspension définitive et surtout d’un déclassement et la perte de son dernier maillot jaune. Au vu des faits qui lui sont reprochés, ça serait passablement injuste, sauf si l’autotransfusion était confirmée. Mais le passé de Contador, et le fait qu’il soit miraculeusement passé entre les gouttes de l’affaire Puerto, ne plaident pas en sa faveur.

La rédemption définitive du sport cyclisme se fera peut-être au prix de quelques injustices.

TRINITY REVISITED (Cowboy Junkies) : Le verre à moitié plein

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trinityrevisitedcowboyjunkiesEn 1988, le groupe The Cowboy Junkies signe son album le plus connu, The Trinity Session en enregistrant un concert unique et presque improvisé dans l’Eglise de la Trinité de Toronto. 20 ans plus tard, pour célébrer cet anniversaire, ils y sont retournés pour réenregistrer les mêmes chansons, interprétés avec la maturité acquise lors de ces deux décennies de carrière. Cela a donné naissance à Trinity Revisited.

Evidemment, là, il aurait été opportun de vous faire un parallèle entre l’original et la nouvelle version. Sauf qu’avant de faire des recherches sur Wikipedia après avoir écouté Trinity Revisited, je ne savais absolument pas qui étaient les Cowboy Junkies et encore moins de ce à quoi pouvait ressembler The Trinity Session. Ne l’ayant toujours pas écouté, je n’en ai d’ailleurs toujours pas la moindre idée. Je vais donc me contenter de vous parler de Trinity Revisited et c’est déjà pas mal.

The Cowboy Junkies est donc un groupe canadien de rock-folk et Trinity Revisited est un album de rock-folk… Et en y repensant, c’est tout de même relativement logique. Enregistré dans une église, cet album ne nous offre donc pas de grands morceaux de musique énervée et bruyante, mais plutôt de belles ballades symphoniques et douces aux oreilles. La voix de la chanteuse, Margo Timmins, a d’ailleurs quelque chose d’assez angélique. La musique, souvent épurée, cherche avant tout à la mettre en valeur.

Trinity Revisited nous offre un beau moment de magie musicale. On reste sous le charme des mélodies et de la voix pendant la moitié de l’album. La simplicité de l’accompagnement permet en fait de profiter au maximum des qualités vocales et mélodies des Cowboy Junkies. Et puis, ça se gâte. Peut-être parce que tous les titres restent un peu sur le même ton et qu’on se lasse, mais aussi, objectivement, parce que les plages 7 à 11 sont quand même moins intéressantes et moins féeriques. Heureusement, l’album se termine par la reprise étonnante d’un vieux standard country, Walkin After Midnight, dont je ne connaissais précédemment que la version interprétée par Bryan Adams.

Trinity Revisited provoque donc une certaine frustration. On aurait vraiment aimé que la magie perdure et ne s’étiole pas ainsi sur la fin. Après, c’est une question d’état d’esprit : le verre est-il à moitié vide ou à moitié plein. En tant qu’éternel optimiste, je retiendrai évidemment cette dernière option en savourant cette moitié d’album qui est un ravissement musical rare.

Trinity Revisited laisse donc une impression mitigée, mais quelques belles mélodies valent largement le coup d’y jeter une oreille.

Pour finir, faisons le tour des morceaux qui composent cet album :

1.Mining for Gold
Un morceau chanté a capella qui permet de découvrir la voix très belle et envoûtante de Magro Timmins.

2.Misguided Angel
Une excellente ballade aux accents irlandais.

3.Blue Moon Revisited
Une ballade aux accents nettement plus américains cette fois-ci, avec une forte présence d’un harmonica. Mais le résultat est toujours aussi bon.

4.I Don’t Get It
Un morceau plus rythmé, entre blues et rock, mais la magie continue.

5.I’m So Lonesome I Could Cry
Une ballade particulièrement dépouillée, mais toujours aussi belle.

6.To Love is to Bury
Ballade accompagnée au piano, dernier moment de grâce avant que ça se gâte.

7.200 More Miles
Ce n’est pas Magro Timmins, mais son frère Michael au chant. Or sa voix est nettement moins intéressante… la chanson aussi du coup.

8.Dreaming My Dreams with You
Une ballade au rythme lent et quelque peu transparente.

9.Working on a Building
Un titre au rythme jazz et chanté avec des voix plus graves. Nettement moins magique que les morceaux précédents.

10.Sweet Jane
Un long morceau sans grand intérêt.

11.Postcard Blues
Un blues sombre, sans grand intérêt non plus.

12.Walkin’ After Midnight
Une reprise surpenante d’un classique de la country

A DEUX DOIGTS DE LA REGRESSION

chelseaom

chelseaomL’année dernière, on avait vanté les progrès des clubs français en Ligue des Champions. Si la demi-finale entre Lyon et le Bayern avait montré le chemin restant à parcourir, Lyon, Bordeaux et même Marseille n’avaient pas eu à rougir de leur parcours. On espérait bien que la saison qui vient de débuter confirmerait cette montée en puissance, surtout que la crise économique a quelque peu calmé les ardeurs de certains grand clubs, au niveau du recrutement.

Après deux journées, force est de constater que c’est la déception qui domine et on peut craindre des résultats en net retrait par rapport à la saison précédente. Certes, il y’a les deux victoires lyonnaises, mais l’opposition fut à chaque fois particulièrement faible et la manière fut très loin d’être rassurante. Auxerre, lui, n’ai pas grand chose à se reprocher tant le tirage lui fut défavorable… ainsi que le cours des évènements car voir Auxerre avec 4 points au lieu de zéro n’aurait pas constitué une injustice.

Reste le cas Marseille. Si sa défaite à Chelsea n’a rien d’humiliante dans l’absolu, la manière ne fut guère glorieuse, tant l’OM a ressemblé à une victime désignée. C’est surtout le match contre Moscou qui laisse beaucoup de regret. La victoire du club russe a ressemblé à un véritable hold-up, mais risque de peser très lourd pour la qualification pour le prochain tour.

Mais n’est-il pas trop tôt pour tirer des conclusions sur le niveau exact des clubs français ? Sans doute, mais les deux prochains matchs devraient être beaucoup plus éclairants. Lyon affrontera enfin un adversaire digne de ce nom avec Benfica et devrait pouvoir mieux se situer sur l’échiquier européen qu’il connaît si bien.

Marseille au contraire va rencontrer un adversaire très faible avec les Slovaques de Zilina. Les 6 points sont indispensables pour garder un espoir de qualification, mais même tout simplement pour démontrer que le club a bien sa place à ce niveau.

Enfin personne n’en voudra à Auxerre d’être battu par l’Ajax, mais il y’a longtemps que le club néerlandais n’est plus tout à fait un grand d’Europe. Au vu des prestation du club bourguignon en Ligue des Champions cette saison, les joueurs de Jean Fernandez n’ont aucun complexe à avoir et peuvent viser la victoire aussi bien à domicile à l’extérieur.

Objectivement, les clubs français n’ont guère eu de réussite en ce début de Ligue des Champions. Mais la chance, ça se provoque. Alors sortez-vous le doigts !

PLAYTIME (Grisbi) : Electro tourangelle

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playtimegrisbiBon, à force d’écrire des billets plutôt positifs sur des albums électro, certains vont commencer à penser qu’au fond, j’aime ça… Ca serait aller un peu vite en besogne, on le verra. En tout cas, je suis là pour vous parler de Playtime du groupe Grisbi. Vous n’en n’avez jamais entendu parlé…. C’est normal car cet album, malgré des critiques plutôt positives, est sorti dans un relative anonymat.

Alors Grisbi est un groupe électro-rock tourangeau, même si tous leurs titres sont en anglais. Playtime, leur seul et unique album à ce jour, est sorti en 2007, mais un autre ne devrait pas tarder à voir le jour. Ils sont quatre, trois gars, une fille (qui chante d’une très très belle voix), ils sont jeunes (si j’en crois la photo) et…c’est à peu près tout. Si vous voulez vraiment en savoir plus, vous pouvez toujours vous rendre sur leur MySpace, mais vous n’aurez guère plus d’informations. A la fois, ce qui compte, c’est la musique, pas la couleur de leurs slips.

Revenons donc à Playtime. Il nous offre douze titres à forte tendance électro, mais en déclinant le genre de différentes manières, tirant parfois vers le hip-hop, le jazz, la pop et le rock. D’ailleurs, à mon sens, un des tous meilleurs titres de l’album est Radio, qui est sans doute le moins électro et le plus rock. Subjectivité quand tu nous tiens. Vous le voyez, mon amour pour l’électro a quand même ses limites.

Néanmoins, j’ai pu apprécier bien d’autres titres de Playtime. Certes, je décroche un peu quand cela devient vraiment purement électro, mais globalement, cet album m’a bien plu… au moins dans sa première partie. En effet, les meilleurs titres sont concentrés dans les premières plages de l’album. A partir de la 8ème, Our Island, ça se dégrade nettement, exception faite de Army Of Me. Du coup, on finit un peu déçu car on aurait aimé que Grisbi continue sur sa lancée. Après, certains m’expliqueront qu’au-delà de leur qualités musicales intrinsèques, c’est tout simplement le genre musical de ces morceaux qui me déplaît. Enfin, encore une fois, un avis est toujours subjectif et les miens n’échappent pas à la règle.

Grisbi gagne donc globalement à être connu. Ils ne rempliront jamais les stades comme Massive Attack, ni n’enchanteront vos oreilles comme Goldfrapp, mais ils méritent bien une petite place au soleil de la renommée. Je ne dis pas que je ferai de Playtime un disque de chevet, mais je ne regrette pas du tout d’y avoir jeté un oreille sur Deezer. Et oui, monsieur Hadopi, inutile de m’envoyer un méchant email !

Les amateurs d’électro apprécieront donc Playtime à sa juste valeur. Les amateurs de belles mélodies quelles qu’elles soient y trouveront quelques morceaux qui raviront leurs oreilles.

Terminons cet avis par un petit tour d’horizon des titres de cet album.

1 Seven days a week
Un titre hip-hop porté par une très belle voix.

2 For you
Un morceau plus dynamique et très sympa, façon pop électro.

3 Not in love
Un titre électro-jazz rythmé et agréable.

4 Writer’s block
Retour au trip-hop pur et dur… On s’endort.

5 Teenager
Un morceau plus pop et plein de fraîcheur qui nous permet réellement d’apprécier la voix de la chanteuse.

6 Day
La chanteuse met plus de conviction et de puissance dans sa voix pour un titre électro-pop excellent.

7 Radio
Un titre plus rock, plus dynamique qui sonne un peu comme du Blondie. Pas mal du tout !

8 Our island
Un morceau très électro et très chiant surtout.

9 Shhh… it’s happening again
Très doux, très lent… Sans doute un peu trop.

10 Army of me
Un titre sur le ton de la ballade. La voix de la chanteuse est ici réellement envoûtante.

11 The sleepers
Un morceau brouillon et pas très mélodieux

12 Fool
Un court morceau pour finir qui sonne comme un au revoir.

LA METEO EST DANS LE PRE

froid

 

froidTravailler avec les agriculteurs présente un avantage dont les conseillers d’orientation parle bien trop peu souvent. En effet, les paysans possèdent une caractéristique qui met à l’abris leurs interlocuteurs d’un fléau que connaisse bien tous ceux qui ont longuement fréquenté Meetic : celui de n’avoir rien à se dire. Et oui, à un exploitant agricole, vous pouvez toujours au moins lui parler du temps qu’il fait !

 

Pour un agriculteur, le temps qu’il fait est un vrai sujet de conversation, et non un sujet que l’on aborde uniquement lorsque l’on a strictement rien à se dire. Et c’est merveilleusement pratique pour briser la glace quand vous en rencontrer un pour la première fois. Ne souriez pas, d’un point de vue purement professionnel, ça permet de débuter une conversation en évitant les blancs et de jauger votre interlocuteur avant de vous lancer dans le vif du sujet. Une pointe de météo et votre négociation commerciale part du bon pied.

 

Enfin tout ça, et même si vous n’êtes pas agriculteurs, c’est juste pour vous dire : putain il caille !

THE HOUSEMAID : Il s’en passe de belles au Pays du Matin Calme

thehousemaidaffiche

thehousemaidafficheLe plus dur dans une critique, c’est de savoir quoi dire en introduction. Généralement, après, ça va tout seul. Quand j’écris la critique d’un film coréen, je n’ai d’habitude pas de problème puisque je profite des premières lignes pour rappeler à quel point j’apprécie ce cinéma. Mais, ces derniers temps, les sorties venues du Pays du Matin Calme ont été relativement nombreuses, alors je me dis que ça va commencer à se voir. Il faut donc que je trouve autre chose. Quoi ? On me dit dans l’oreillette que mon temps imparti pour l’introduction est écoulé. Passons donc au synopsis de The Housemaid, film dont je dois vous parler ici.

Euny est embauché comme gouvernante chez un riche homme d’affaires coréen, dont la femme attend des jumelles. Très vite, il la prend comme maîtresse et comme d’habitude, ce genre de relation va quelque peu perturber la vie de la maison.

Les amateurs de films troublants et un peu malsains se souviennent sûrement de l’excellent La Secrétaire. Pendant une petite moitié, The Housemaid y fait largement penser. En effet, la jeune Euny est loin d’être l’oie blanche qu’elle peut paraître dans les premières minutes. En fait, dans ce film, aucun personnage n’est tel qu’il semble l’être à première vue. C’est même-là tout l’intérêt du film. C’est souvent chez les plus propres sur eux que se cachent la plus grande perversité.

Ce serait un crime de dévoiler ne serait qu’un temps soit peu la tournure que prennent les évènements et les relations entre personnages. Vous aurez bien du mal à deviner à l’avance comment tout cela finit. Alors certains diront peut-être que le film part un tantinet en sucette sur la fin. Mais au moins, cela garde le goût de la surprise. De tout façon, le scénario est tout sauf formaté et possède le même petit (gros) grain de folie que les personnages qu’il met en scène. Bref, un film un peu barré, mais ça fait du bien parfois.

thehousemaidNéanmoins, il ne faut pas croire que Im Sang-soo ne maîtrise pas totalement son sujet. The Housemaid développe un univers esthétique tout asiatique, qui a le goût de l’exotisme, mais aussi un tantinet de la perversion. La photographie est très travaillée et participe largement à créer l’ambiance si particulière qui fait tout l’intérêt de ce film. La direction d’acteur est elle-aussi sans reproche. Jamais les acteurs ne se laissent aller même dans les moments où le scénario dérive un peu vers le n’importe quoi organisé.

On saluera donc la double performance des deux acteurs principaux : Jeon Do-youn et Lee Yung-jae. Les deux arrivent parfaitement à retranscrire la dualité de leurs personnages respectifs. Ils contribuent donc largement aussi à la réussite de The Housemaid, tout comme Youn Yuh-jung, qui joue un second rôle mais dont l’apport à l’écran est loin d’être négligeable.

The Housemaid n’est pas le film coréen qui m’a le plus enthousiasmé. Mais il confirme la richesse incroyable de ce cinéma qui nous réserve toujours des surprises et dont la maîtrise technique est toujours impressionnante.

Fiche technique :
Production : Mirovision
Réalisation : Im Sang-soo
Scénario : Im Sang-soo
Montage : Lee Eun-soo
Photo : Lee Hyung-deok
Distribution : Pretty pictures
Musique : Kim Hong-jip
Directeur artistique : Lee Ha-jun
Durée : 107 mn

Casting :
Jeon Do-youn : Euny
Lee jung-jae : Hoon
Youn Yuh-jung : Byung-shik
Seo Woo : Hera

LYON NE RUGIT PLUS

lyonnerugitplus

lyonnerugitplusA Lyon, on apprécie beaucoup le départ historiquement catastrophique de Arles-Avignon qui prémunit le club rhodanien de l’humiliation ultime d’une place de lanterne rouge. Mais bon, avant-dernier, ce n’est guère plus brillant. C’est surtout à des années-lumières des ambitions d’un club qui pense généralement autant Ligue des Champions que Ligue 1. C’est évidemment aussi un classement très loin de la valeur intrinsèque de cette équipe.

Ce départ catastrophique de Lyon, qui plus est avec une défaite à domicile contre l’ennemi juré, montre bien une nouvelle fois à quel point le football est imprévisible. C’est avant tout pour cela qu’on l’aime. Mais ne doutons pas que sur la longueur d’un championnat, Lyon saura considérablement améliorer son classement. Cependant, le temps presse car les écarts avec la tête se creuse. S’il venait à rater la qualification en Ligue des Champions à la fin de la saison, cela constituerait un événement pour la Ligue 1 et même pour l’Europe, dont il est un des clubs les plus réguliers à ce niveau.

L’équipe est trop belle sur le papier pour ne pas espérer qu’elle exprime enfin tout son potentiel. On reproche souvent à la Ligue 1 de manquer de talents. Lyon en a, alors à eux de jouer !

COMPARAISONS ET MAUVAISE FOI

reformesretraites

reformesretraitesCe qu’il y’a de merveilleux dans le débat (enfin si on peut appeler ça un débat) autour de la réforme des retraites, c’est qu’il oppose généralement des gens ignorants à des gens de mauvaise foi, quand les interlocuteurs ne sont pas les deux à la fois. Il est vrai que le problème est assez technique et même après avoir relativement bien potassé le sujet, comme moi, on arrive vite à dire plusieurs fois « je ne sais pas » face à quelqu’un qui vous interroge.

Et comme tout problème complexe, il n’y a pas une seule façon de le traiter et tous les « faut qu’on », « y’a qu’à » ne sont généralement que l’expression d’un manque de réflexion réelle…ou de calcul politique. Mais le pire dans tout ça, c’est quand même la comparaison internationale sensée constituer une preuve ferme et définitive. Comme si l’intelligence des autres pouvaient servir à compenser le fait que l’on en manque…

La droite a donc trouvé son argument imparable : on bosse plus longtemps ailleurs donc on n’a qu’à faire la même chose. Bon déjà premièrement cette assertion, sans être fausse dans l’absolu, est généralement totalement erronée vu la manière dont elle est présentée. En effet, les systèmes sont tellement différents que la comparaison généralement présentée, celles des âges légaux, n’a que peu de sens. Les seuls chiffres de comparaison qu’il soit logique de comparer, les seuls qui permettent de se rendre compte de la réalité du système, est celui de l’âge moyen de départ effectif à la retraite. Et là les écarts entre pays européens sont beaucoup réduits. Et surtout, l’affirmation « les Allemands bossent déjà jusqu’à 65 ans » se trouvent totalement contredite puisque l’âge moyen de sortie du monde du travail outre-Rhin était, en 2008, de 61,4 ans pour les femmes et 62,1 pour les femmes.

Certes, en France, les chiffres sont de 59,1 et 59,4 ans. On peut donc tout de même affirmer que nous travaillons moins longtemps chez nous. Mais il faut mettre ça en parallèle avec un autre paramètre, celui de l’emploi des seniors. La différence entre l’Allemagne et la France est énorme dans ce domaine. Avant la crise qui a radicalement perturbé les marchés du travail, le taux d’activité des 55-59 ans était de 63,2 en Allemagne contre 54,5% en France. Ce n’est pas un écart, mais un gouffre. Un gouffre qui traduit la méfiance des entreprises françaises vis-à-vis des seniors. Un gouffre qui creuse le déficit des comptes sociaux, puisqu’il prive le pays de cotisations retraite et induit le versement d’indemnités-chômage. Un gouffre qui contribue également fortement à l’écart d’âge moyen de départ à la retraite dans nos deux pays. Si les Français partent plus tôt que leurs cousins allemands, c’est souvent qu’ils n’ont pas le choix… si ce n’est de partir en retraite avec une pension largement diminuée.

Et là, on touche au chiffre que la droite se garde bien de rappeler. En Allemagne, l’âge minimal de cotisation pour toucher une pension à taux plein n’est que de 35 ans contre bientôt 41,5 ans en France (il est même de 30 ans en Grande-Bretagne). Et là, on voit immédiatement la différence entre nos deux pays : en Allemagne, on part plus tard mais avec l’assurance de toucher la retraite maximale que l’on peut espérer, contrairement à la France où le départ se fait plus tôt, mais avec de grands risques de subir une décote, particulièrement sévère dans notre pays, de sa pension. Avec la réforme que l’on nous propose, le salarié va subir une double peine. Il devra partir plus tard, mais sans gagner aucune garantie quant au montant de sa pension, bien au contraire puisque la durée de cotisation va encore s’allonger d’ici 2020.

La réforme des retraites ne va donc pas aligner notre système sur celui de nos voisins. Il va créer le système le plus injuste et le plus sévère de tous les pays développés. En fait, le but ultime de la réforme est bien de faire baisser le montant moyen des pensions. Une mesure invendable politiquement. Mauvais foi quand tu nous tiens…

P.S : il y’a un dernier chiffre capital que je n’ai pas évoqué ici, c’est le taux de remplacement, c’est à dire l’écart entre salaires et pensions. J’ai passé pas mal de temps à chercher des chiffres clairs… Mais il n’en existe pas. En effet, il faut à la fois comparer les régimes généraux, les régimes complémentaires et les régimes fiscaux des pensions. Le seul document qui allait aussi loin concluait sur le fait… qu’il était difficile de conclure, même si les différences ne semblaient pas énorme au final.