Les relations à distance sont une nouvelle forme de romance que nous sommes nombreux à avoir expérimentées. Le loin des yeux, loin du cœur est battu en brèche, même s’il est évident que c’est une situation qui ne peut pas non plus s’éterniser. Il était normal que le cinéma finisse par s’en emparer pour nous offrir une énième comédie romantique. C’est chose faite avec Trop Loin pour Toi.
Eric et Garret se croisent par hasard dans un bar new-yorkais. Lui sort tout juste d’une grosse déception, elle est stagiaire et ne va pas tarder à repartir à San Francisco. Alors, ils conviennent que ça ne sera qu’une passade. Cependant, les sentiments finissent pas naître et ils ne veulent pas renoncer à leur amour. Mais comment faire avec la distance ?
Dans comédie romantique, il y’a comédie et romantique. Là, tout le monde se lève et m’applaudit…. Bon, niveau comédie, Trop Loin pour Toi est quelque peu inégal. Des scènes très drôles, d’autres tombent un peu plus à plat. L’humour est souvent assez premier degré, pas tout à fait pipi-caca, mais le niveau tout juste au dessus. Le film aurait presque gagné à être moins drôle, car l’humour pratiqué constitue un facteur plutôt alourdissant. On retiendra tout de même une scène d’amour sur la table de la cuisine qui constitue le moment de bravoure du film.
Par contre, côté romance, Trop Loin pour Toi ne nous laisse pas indifférent. Certes, la présence à l’écran de Drew Barrymore y est pour beaucoup, vu que je suis secrètement amoureux d’elle depuis de longues années. Pas depuis E.T. mais presque. Mais Justin Long contribue également fortement à la réussite de cette histoire d’amour. On avait pu le découvrir notamment dans Jusqu’en Enfer de Sam Raimi. Bref, le couple fonctionne parfaitement et on s’y attache immédiatement.
Ce dernier facteur était capital pour la réussite de Trop Loin pour Toi. Car contrairement à la plupart des comédies romantiques, le problème n’est pas de s’avoir s’ils font finir à s’aimer, mais s’ils vont pouvoir continuer à s’aimer. Donc, pour vraiment apprécier l’histoire, il faut avoir envie de les voir poursuivre leur idylle. Et à ce niveau, il faudrait avoir un cœur de pierre pour avoir envie de voir nos tourtereaux se séparer. Le tout fait de ce film un bon film dans sa catégorie. On pourrait presque le qualifier d’original. Mais on pourra surtout féliciter Nanette Burstein pour le dénouement vraiment intelligent.
Trop Loin pour Toi est donc typiquement le genre de film plaisant, possédant quelques qualités bien marquées, mais qui manquent un peu d’ambition. La base est bonne, mais on sent qu’elle n’a pas été pleinement exploité. Il s’agit de la première grosse production de Nanette Burstein et elle n’a sûrement pas osé mettre un peu plus de folie dans son film, se contentant de ingrédients pour en faire un divertissant sympathique, mais qui n’avait aucune chance d’être génial. Malgré Drew…
Trop Loin pour Toi est donc à réserver aux amateurs de comédie romantique. Les autres pourront toujours agrémenter une soirée télévisuelle avec ce petit morceau de romantisme sympathique, à défaut d’être vraiment enchanteur.
Fiche technique : Production : Offspring Entertainment, New Line Cinema Distribution : Warner Bros. France Réalisation : Nanette Burstein Scénario : Geoff LaTulippe Montage : Peter Teschner Photo : Eric Steelberg Décors : David Schlesinger Musique : Mychael Danna Costumes : Catherine Marie Thomas Directeur artistique : John Kasarda Durée : 101 mn
Casting : Justin Long : Garrett Drew Barrymore : Erin Charlie Day : Dan Christina Applegate : Corinne
Après les considérations physico-matématico-philosophiques, passons à des considérations un peu plus concrètes. Mais avant, un peu d’histoire.
Au début du 20ème siècle, deux visions du capitalisme s’affrontaient. La première a eu pour chef de file un certain Henry Ford, constructeur automobile de son état. Un grand entrepreneur, symbole du rêve américain, pas vraiment un bolchevique. Or, il avait pour principe de très bien payer ses salariés. Pourquoi ? Pour l’amour qu’il leur portait ? Parce qu’il n’aimait pas l’argent et qu’il préférait le distribuer aux plus modestes ? Non, pas du tout, tout simplement pour que ses employés puissent eux-mêmes s’acheter une Ford et ainsi augmenter le chiffre d’affaire de son entreprise.
On le sait, le progrès technique aidant, la productivité augmente un peu chaque année. Ainsi, au fil du temps, chaque travailleur est capable de produire un peu plus de richesses. Mais la question se pose alors de la répartition de cette richesse supplémentaire. On le verra cette question est absolument centrale. Henry Ford privilégiait l’augmentation des salaires, conscient qu’une partie de cette richesse allait lui revenir, mais en permettant entre temps à un de ses employés d’acheter une belle voiture.
Cependant, ses contemporains capitalistes ont trouvé les idées d’Henry Ford fort saugrenues. Pourquoi donc prendre le risque que l’employé en question décide, au-lieu d’acheter une Ford, d’épargner ou d’investir dans un appartement ? Il est beaucoup plus simple, et intelligent de leur point de vue, d’utiliser la progression de la productivité pour mieux rémunérer directement le capital qu’il possède et diminuer le nombre de salariés.
Malheureusement, la seconde vision l’a totalement emporté et la vision fordiste du capitalisme est vite devenue totalement désuette. Pourtant, me direz-vous, cela n’a pas empêché le niveau de vie des salariés de progresser de manière spectaculaire au cours du 20ème siècle. En effet, les salariés ont su défendre leurs intérêts et su conserver leur part du gâteau à grands coups de luttes sociales. Cela a permis pendant des décennies un partage relativement équitable des gains de productivité, entre salariés, actionnaires et l’entreprise elle-même, sous forme d’investissement. Mais évidemment, cela en chagrinait certains. Ils se sont alors creusés la tête et se sont appuyé sur trois phénomènes pour mettre fin à tout ça…
Bon, soyons honnêtes, le premier n’est pas vraiment une invention, mais une tendance très ancienne qui s’est accélérée d’un coup. Je veux parler de la mondialisation, en particulier de la possibilité qu’ont eu les entreprises industrielles à se délocaliser. Quelle aubaine ! Pourquoi continuer à partager la valeur ajoutée avec des salariés occidentaux, quand une armée de petits Chinois est prête à travailler pour moins d’un dollar par jour ?! Evidemment, je caricature au maximum, mais il est incontestable que la peur du chômage et des délocalisations ont considérablement changé le rapport de force entre salariés et actionnaires, au profit de ces derniers bien sûr.
Le deuxième phénomène est lui totalement calculé et entretenu par les détenteurs du capital. C’est l’externalisation et la sous-traitance. Je ne sais pas qui a eu l’idée en premier, mais ce fut une idée de génie. En effet, il permet de transformer un salarié, qui peut revendiquer, se mettre en grève, qui a des droits et qu’il faut surtout payer tous les mois quoiqu’il arrive, en fournisseur. On est passé d’un rapport salarié-actionnaire à un rapport fournisseur-client. Et on le sait bien, le client est roi !
Le développement de la sous-traitance présente évidemment d’énormes avantages en termes de gestion du personnel… vu que le personnel n’appartient plus à l’entreprise et qu’on peut d’un simple coup de fil lui dire « désolé, je ne travaillerai plus avec vous »… On n’a souvent même pas besoin de téléphoner, il suffit juste d’arrêter de passer commande. Cette évolution a surtout permis d’éradiquer le syndicalisme des entreprises françaises. Qui se syndique dans une petite PME ? Personne, alors que cette coutume survit encore dans les grands groupes. Mais ils trouveront sûrement une solution pour y remédier… Bref, quand on pense qu’il y’a encore trente ans, Renault avait un service qui fabriquait… les meubles des bureaux. Aujourd’hui, cela paraîtrait totalement saugrenu.
Le dernier phénomène s’est largement nourri des deux premiers. Il s’agit du développement spectaculaire de l’économie financière, dont la part dans le PIB s’accroît d’année en année. Pourtant, les outils financiers sont très anciens. Mais les créateurs de la Bourse, au 19ème siècle, qui ont cherché un moyen de favoriser la levée de capitaux pour stimuler l’investissement des entreprises, n’ont rien de commun avec les traders utilisant des algorithmes permettant de passer des ordres spéculatifs en moins d’une milliseconde. A l’origine, ces outils étaient au service de l’économie réelle, désormais c’est l’inverse. Ce sont les objectifs de rentabilité du capital qui gouvernent la gestion des grandes entreprises et non la rentabilité de l’activité qui détermine la rémunération de l’actionnaire.
De plus, grâce aux hedge-funds, aux fonds de pension, aux SICAV, on a le plus possible éloigné le propriétaire du capital de l’unité de production de biens ou de services. Qui fait le lien entre des licenciements et la valorisation de ses SICAV, dont on ignore généralement de quelles actions elles sont composés ? Cela permet surtout à tout un tas d’intermédiaires de se servir, grassement, au passage.
Quel est le rapport avec ce que j’avais exposé dans la 1ère partie de cet article ? Si l’on revient au dilemme du prisonnier, tous ces phénomènes sont autant de trahisons qui nous éloignent de la situation optimale. Ceux qui profitent de cette situation, c’est à dire les détenteurs du capital et les intermédiaires qui vivent directement à leurs crochets, en tirent un profit immédiat et important. Ils sortent libres de prison, tandis que l’économie réelle, dont dépend le reste de la société, est invitée à passer un long séjour à l’ombre. Mais on l’a vu, cette situation incite tout le monde à agir égoïstement et, même si chacun pense défendre ses intérêts individuels, cela conduit l’ensemble des acteurs à la catastrophe.
L’économie financière, qui aujourd’hui impose sa loi, vampirise, étouffe et détruit l’économie réelle, en apportant son lot de souffrances et de misère. Ils sont nombreux à se gaver comme des oies, dans une indécence la plus totale. Mais l’économie financière ne crée pas valeur ajoutée, elle ne fait qu’aspirer celle crée par l’économie réelle. Si cette dernière est détruite, la première s’écroule. C’est exactement ce qui s’est passé lors de la crise que l’on vient de connaître, où un phénomène liée à l’économie réelle (le non-remboursement par des personnes physiques de traites des fameuses « subprime ») a provoqué un séisme dans tout le système financier mondial, qui a, à son tour, contaminé l’ensemble de l’économie réelle, en diminuant les crédits accordés aux entreprises notamment.
Il y’a aujourd’hui une minorité, celle qui possède le pouvoir économique, financier, et, malheureusement, souvent politique, qui scie la branche sur laquelle elle est assise, en tirant un avantage à court terme. Le problème c’est que nous sommes tous assis dessus et au final, nous serons tous entraînés dans la chute.
Cela vous semble improbable ? Sachez que depuis 2005 (c’est à dire avant et après la crise), le montant des dividendes distribuées aux actionnaires par les entreprises françaises a dépassé leur résultat comptable (sauf en 2007). C’est à dire que les entreprises s’endettent pour continuer à rémunérer leurs actionnaires. Cette situation est évidemment intenable à moyen terme. Mais le plus grave est que cela se traduit mécaniquement par un sous-investissement. Or, l’investissement, c’est le progrès, l’emploi, l’avenir…
En 30 ans, le résultat total des entreprises françaises a été multiplié par trois, le montant des dividendes par dix. Notre économie et notre société sont comme la bille qui dévale la pente, s’éloignant de l’optimum vers un nouvel équilibre où tout le monde est perdant. Pour la remonter, il n’y a qu’un moyen : la volonté collective de renverser la tendance. Mais pour cela, il faut parfois oublier ses intérêts immédiats à court terme et penser réellement à l’intérêt général. Sans cela, plus dure sera la chute…
Le cinéma français s’intéresse à nouveau aux films de genre et c’est tant mieux. Captifs est la dernière sortie en date d’un film hexagonal qui fait peur. Et on ne peut que se réjouir de la belle réussite qu’elle constitue.
Carole, Mathias et Samir viennent de terminer leur mission humanitaire dans un hôpital de l’ex-Yougoslavie. Ils reprennent donc la route de la France, mais suite à une opération de déminage, ils décident de s’aventurer sur les petites routes. Mal leur en prend puisqu’ils tombent dans une embuscade tendue par deux hommes armés. Ils se retrouvent enfermés sans savoir ce que veulent leurs ravisseurs.
Captifs est un film simple, court, sans grand moyen, mais terriblement efficace. Le scénario est réduit à sa plus simple expression, les personnages pas particulièrement fouillés, mais l’essentiel n’est pas là. Il est dans la manière dont Yann Gozlan nous fait partager l’angoisse de ses personnages. Et il y arrive particulièrement bien.
Il suffit souvent d’une idée simple pour contribuer à créer une vraie ambiance oppressante. Par exemple, des ravisseurs qui parlent une langue comprise ni par les personnages, ni par tout spectateur non familier avec le serbo-croate. L’incompréhension est donc totale des deux côtés de l’écran et l’angoisse largement partagée.
Evidemment, cela déshumanise totalement par la même les « méchants » qui, du coup, s’apparentent plus à des rouages du scénario qu’à des protagonistes dotés d’une vraie personnalité. On ne sait rien d’eux, ni au début, ni à la fin, à part leur motivation que l’on finit par comprendre. Mais cela produit l’effet escompté, tant pis pour ceux qui ne jurent que par la psychologie de haute volée.
En fait, nos trois victimes ne sont pas non plus vraiment dotées de plus de profondeur. Yann Gozlan tente timidement de nous donner des éléments sur leur passé pour mieux les comprendre et faire naître un sentiment d’attachement, mais ça ne va pas très loin. On pourrait même se dire qu’il aurait mieux fait de carrément tout zapper, car cette esquisse est, au final assez superflue du fait de son manque d’intérêt.
Captifs prendra donc place parmi les bons huis-clos, où l’étroitesse des murs est au moins aussi oppressante que la perspective de finir… Ah bah non, je ne vais pas non plus vous dévoiler quoique ce soit. La confusion partagée entre les protagonistes et le spectateur est au cœur du mécanisme narratif de ce film. Et, encore une fois, il fonctionne vraiment bien.
Captifs n’a par contre rien de très original, surtout au niveau de son dénouement. Film de genre, mais qui ne renouvelle pas le genre. On pourrait s’attendre à un peu plus que ça de la part d’un film français, mais bon, on a aussi droit dans notre pays à produire des films qui se situent entre le brillamment génial et le incroyablement chiant.
Captifs bénéficie aussi de la présence de Zoé Felix à l’écran. Mais non, je ne parle pas de sa plastique des plus avenante, mais bien de son charisme et de son talent. Elle n’a rien des blonde à short ultra-court que l’on trouve souvent dans ce genre de production. A ce niveau-là, le film n’a pas voulu reprendre à son compte certains poncifs. Ces deux compagnons à l’écran font vraiment office de faire-valoir, aussi bien au niveau des personnages eux-mêmes que de la qualité de l’interprétation.
Captifs détonne donc dans le paysage du cinéma français, qui a bien du mal à accepter les films de genre comme de réels champs d’expression artistique tout ce qu’il y’a de plus respectable (pourtant même Kubrick s’y est essayé). Il ne restera pas comme un chef-d’œuvre du genre, mais tire le maximum des moyens mis en œuvre. Espérons juste qu’il créera des vocations.
Fiche technique : Réalisation : Yann Gozlan Scénario : Yann Gozlan et Guillaume Lemans Directeur de production : Thomas Jaubert Directeur de la photographie : Vincent Mathias Chef décorateur : Philippe Van Herwijnen Costumier : Mahemiti Deregnaucourt Monteur : Grégoire Sivan Directrice du casting : Marie de Laubier Compositeur :Guillaume Feyler Ingénieur du son : Frédéric Heinrich
Casting : Zoé Félix : Carole Eric Savin : Mathias Arié Elmaleh : Samir Ivan Franek : férailleur #1 Igor Skreblin : férailleur #2 Philippe Krhajac : le médecin Margaux Guenier : Ana
Voir le Paris Saint-Germain occuper la troisième place du classement fait évidemment plaisir au supporter que je suis. De plus, ceci intervient à la suite d’une belle victoire acquise à l’extérieur, à Toulouse plus précisément, où il n’est jamais facile de s’imposer. Cela intervient surtout à la suite d’un nouveau match sans aucun but encaissé, ce qui constitue une petite révolution par rapport aux dernières saisons, où la solidité défensive a souvent fait défaut à l’équipe de la capitale.
La victoire à Toulouse a surtout permis à Melvut Erding de retrouver le chemin des filets. Si tout le monde s’accordait sur le fait que Paris avait plutôt réussi son début de saison, des inquiétudes subsistaient par rapport au manque d’efficacité de son duo d’attaquants. Mais cette méforme des buteurs parisiens soulevait paradoxalement bien des espoirs. En effet, si l’équipe tournait déjà bien avec des avant-centres à la réussite en berne, voir ces derniers retrouver régulièrement le chemin des filets pourrait transformer le PSG en machine à gagner.
Le supporter parisien que je suis a donc retrouvé espoir et ambition pour son équipe. Mais je n’oublie pas qu’à la même époque, la situation était à peu près la même, avant que l’automne ne soit synonyme de plongée dans les profondeurs du classement. Mais le très bon recrutement de cette saison donne à penser que ce scénario ne se reproduira pas. Enfin, tous ceux qui suivent régulièrement le PSG savent qu’avec ce club il faut s’attendre à tout. Et surtout au pire…
Pour parler politique, parlons un peu de physique… Oui, je sais, à première vue, ces deux champs d’étude ont peu de rapport l’un avec l’autre, mais il est important pour la compréhension des éléments que je vais exposer d’effectuer un petit rappel sur la définition d’un équilibre stable et d’un équilibre instable.
Comme disait mon professeur de mathématiques de maths spé, un beau dessin vaut mieux qu’un long discours. Je vous propose donc de vous référer à la figure ci-dessus pour comprendre de quoi il s’agit. Dans le cas d’un équilibre stable, si vous éloignez la bille de sa position d’équilibre, elle va naturellement avoir tendance à y revenir et vous devrez déployer beaucoup d’énergie pour l’en éloigner. Dans le cas d’un équilibre instable, si vous éloignez la bille de sa position d’équilibre, elle va naturellement avoir tendance à s’en éloigner et vous devrez déployer beaucoup d’énergie pour l’y ramener.
Bon, après la physique, passons un peu aux maths. Mais non, ne prenez pas peur, vous verrez, tout va bien se passer. Parlons un peu d’un objet d’étude fort célèbre et absolument fascinant, malgré sa simplicité, le dilemme du prisonnier. Il se décrit en racontant la petite histoire suivante : Deux complices sont arrêtés après un braquage et sont interrogés séparément. A chacun d’eux, on leur explique que les choses peuvent se finir de trois façons différentes. Soit ils se taisent tous les deux, et ils iront chacun un an en prison. Soit ils avouent tous les deux et dénoncent chacun leur complice, ils iront chacun cinq ans en prison. Soit l’un des deux avoue et l’autre se tait. Dans ce dernier cas, celui qui a dénoncé son complice est remis en liberté, et l’autre part à l’ombre pour dix ans.
Le bon sens nous fait tout de suite penser que leur intérêt est évidemment de se taire et de faire chacun un an de prison, pour échapper à la menace des cinq ou dix ans d’emprisonnement. Si c’est votre cas, félicitations, vous êtes de gauche… Bon maintenant, faisons un petit effort et raisonnons comme un libéral persuadé que c’est la somme des choix égoïstes et individuels qui doit nous conduire au bonheur final. Si un des complices commencent à penser de cette façon, il va se dire : Bon soit mon camarade se tait et dans ce cas, j’ai tout intérêt à le dénoncer car comme ça, je serai libre. Soit mon camarade me dénonce et dans ce cas, j’ai tout intérêt à le dénoncer pour ne passer que cinq ans en prison et non dix.
Et là, surprise, quelque soit le choix fait par son complice, un malfrat a tout intérêt à dénoncer ce dernier. Comme les paramètres sont les mêmes pour les deux prisonniers, ils vont tous les deux être poussés à dénoncer leur complice et ainsi, au final, à passer tous les deux cinq ans en prison, quand ils auraient pu n’en passer qu’un. C’est là toute la beauté du dilemme du prisonnier : en agissant uniquement en pensant à son propre intérêt, chaque voleur va au final aller contre son propre intérêt. Magnifique paradoxe qui valu à Steve Nash (le héros du film Un Homme d’Exception) un joli prix Nobel.
Quel est le rapport avec la notion d’équilibre que j’ai évoqué précédemment. Et bien, la situation où les deux malfrats se taisent est un équilibre instable. Dès que l’un des deux modifie son comportement, il va y gagner, il sera donc naturellement poussé à le faire, comme la bille du schéma à dévaler la pente. Au contraire, la situation où chacun se dénonce est un équilibre tout ce qu’il y’a de plus stable. En effet, en partant de cette situation, le premier qui modifierait son comportement (c’est à dire qui se tairait) se verrait condamné à une peine beaucoup plus longue. Il est donc naturellement poussé à ne pas le faire.
La théorie économique néoclassique ultralibérale, celle de l’école de Chicago, celle qui a considérablement influencé Reagan et Thatcher, celle qui trouve encore beaucoup d’écho auprès de la droite française, nous explique que laisser l’économie et la société être guidées uniquement par nos choix égoïstes individuels va nous conduire vers une situation stable (on vient de montrer que c’était effectivement probable), mais surtout optimale. Et ça, on vient de voir que rien ne permet de l’affirmer et qu’au contraire, beaucoup de choses tendent à l’infirmer. Le plus étonnant est que cette théorie a pris son essor dans les années 70 quand les travaux de Nash remontent aux années…40. On voit bien là qu’on est face à une pure idéologie qui ne fait que se travestir sous des habits de scientificité.
Que nous démontre tout ceci ? Tout d’abord que l’optimum économique et sociétal ne se trouve que dans l’action collective, concertée, organisée, négociée. En ne poursuivant que nos intérêts individuels immédiats, on obtient peut-être une stabilité et une certaine sécurité, mais certainement pas, au final, tout ce que l’on aurait pu obtenir. En croyant défendre ses propres intérêts, on ne fait que se tirer une balle dans le pied.
Mais ce qu’il y’a de plus important à retenir, c’est que l’optimum est un équilibre instable. Les forces qui nous en éloignent sont nombreuses, puissantes et s’exercent naturellement. Les contrer et pousser la société vers sont optimum demandent de l’énergie et un combat de tous les instants. L’équilibre entre notre volonté collective et notre égoïsme naturel (ou tout à fait calculé pour certains) déterminent où se situent notre société.
Les hommes ne sont pas moins égoïstes aujourd’hui qu’ils l’étaient hier. Mais depuis le 19ème siècle, l’essor des moyens d’expression collective (démocratie, syndicalisme, liberté associative et d’entreprendre, éducation du plus grand nombre…) a permis un progrès technique et social que le modèle aristocratique de confiscation du pouvoir par une partie réduite de la population n’a jamais permis en des siècles de fonctionnement.
Demain, nos sociétés pourront aller encore plus haut. Mais pour cela, il faudra se battre encore et toujours, car il faut déjà se battre pour ne pas dévaler la pente et rester au même endroit. Ce combat ne devra pas se faire chacun dans son coin à défendre ses intérêts individuels, mais collectivement à défendre l’intérêt général. Les forces qui nous tirent vers le bas seront toujours présentes. Le combat ne cessera donc jamais. Il a été mené hier, il sera à mener demain et surtout, il est à mener aujourd’hui !
P.S : Mon idée à la base était d’écrire un billet beaucoup plus long, illustrant tout ça par des éléments beaucoup plus concrets. Pour éviter l’overdose des quelques et rares courageux qui auront lu ceci jusqu’au bout, je vais m’arrêter ici pour aujourd’hui, réservant tout ça pour une deuxième partie qui viendra d’ici quelques jours.
Après avoir révélé ma pouffitude, après avoir kiffé mon chapeau, je crois que j’ai franchis une nouvelle étape dans la superficialité… Voilà que je me mets au sport, et à la muscu en particulier. Non, mais franchement, qu’est ce qui m’arrive ????
Certes, j’avais déjà pratique pompes et abdos matin, et souvent soir, pendant une bonne partie de l’année 2009, avant de connaître un arrêt brutal et total pendant plus de six mois. Mais bon là, ça a pris une toute autre dimension. Parce qu’en plus des exercices du matin, que j’ai diversifié, c’est vélo (dont j’ai du enlever pas mal de poussière avant de remonter dessus) ou haltères quasiment chaque soir… Parce que pour ne rien arranger, mes amis qui partent vivre à l’autre bout de la planète me lèguent leurs instruments de torture, que je m’empresse d’utiliser. Tout cela n’est donc pas entièrement ma faute, mais il me faut assumer quand même ma part de responsabilité dans cette mauvaise pente que suis en train de suivre.
Mais y’a pire… Si c’était juste une question d’hygiène de vie, ça pourrait encore aller. Mais là, j’en suis réduit à surveiller les résultats, à me tâter les biceps pour voir s’ils poussent, à en venir à espérer enlever le gras pour qu’on voit enfin mes abdominaux… Bref, des idées malsaines…
Et voilà, que moi, je suis saisi d’une angoisse que je ne pensais bien ne jamais ressentir : ils sont où mes pectoraux ????? Bah oui, parce que même si les autres muscles n’ont pas forcément tous doublés de volume en quelques semaines, au moins, des fois, ils tirent quand je les fais travailler… Mais les pectoraux jamais… Comme si je ne pouvais développer ces muscles, faute d’en avoir aucun à la base… Après tout, peut-être que je souffre d’une malformation musculaire rare… Pourtant, d’après ce que j’ai pu lire, je fais bien les exercices qu’il faut… Sans doute une punition divine pour être en train de renié mes engagements à ne jamais toucher à cette saloperie qu’est le sport !
Voilà ce à quoi j’en suis réduit… Oui, je sais c’est moche… Qu’on me rende mon canapé, ma bière et ma pizza !!!!
Bon, voici un avis que j’ai bien failli ne jamais écrire. En effet, hier, par mégarde, j’ai jeté mes notes prises à l’écoute de The Release du groupe Yules. Du coup, je vais un peu ramer pour écrire ce billet et je vais être bien incapable de vous parler des titres de l’album un par un. Je pourrais bien sûr le réécouter, stylo à la main, mais oh, hein, bon, j’ai quand même une vie moi ! Donc voilà, je vais faire avec les moyens du bord.
Surtout que j’avais très envie de vous en parler parce que j’ai beaucoup aimé. Il s’agit là d’une vraie découverte et ça m’aurait chagriner de ne pas vous la faire partager. En plus, en me renseignant sur le groupe, j’ai découvert qu’il était… français. Pourtant, j’aurais parié beaucoup d’argent (enfin façon de parler) sur le fait qu’il soit anglais. En tout cas, pas une seule seconde, il ne me serait venu à l’idée qu’ils ne soient pas anglo-saxons…
Pourtant, ces deux jeunes gens, deux frères pour être précis, Bertrand et Guillaume Charret, sont originaires de Haute-Saône. Vous avez voulu voir Vesoul ? Et bien, je vous conseille plutôt de l’écouter… Bon personnellement, je n’ai rien contre Vesoul, disons que j’y suis allé une fois et je n’en garde pas un très bon souvenir…Enfin, je ne suis pas là pour raconter ma vie.
Car avec tout ça, vous ne savez toujours pas ce le groupe Yule peut bien chanter. Globalement, on peut qualifier leur musique de Pop-folk, ou folk-pop, comme vous préférez. De la musique plutôt douce, des instrumentations relativement acoustiques, même si certains morceaux ne sont pas dénués d’énergie. On aurait envie de faire la comparaison avec Simon and Garfunkel, même si les voix n’ont absolument rien à voir.
En fait, Guillaume, le frangin qui chante, sait faire varier sa voix de manière assez radicale d’un titre à l’autre. Des chansons interprétées avec une voie aiguë à la James Blunt aux morceaux plus sombres, portés par une voix plus caverneuses, il n’y a souvent qu’un pas dans The Release, les quelques secondes qui séparent deux plages pour être précis. Ca apporte de la variété, même si, pour être honnête, le résultat est bien meilleur dans les tons plus graves, qui donnent une impression plus nette de maturité. La musique pour adolescente pré-pubère, c’est bien, mais pas trop longtemps non plus…
La plus grande qualité de The Release est sa densité. C’est une caractéristique à laquelle je suis très attachée. Je préfère nettement un album avec une dizaine de titres de qualité, que deux ou trois titres exceptionnels cachant une forêt de médiocrité. On est ici incontestablement dans le premier cas, car sur les 13 morceaux de cet album, ceux qui sont plus en retrait se comptent sur les doigts d’une main. Et encore, vous pouvez même avoir perdu un ou deux doigts au passage, que ça marcherait encore.
Bon, c’est à ce moment-là que j’aurais du vous désigner plus précisément quels sont les titres les plus remarquables. Mais voyez-vous, sans mes notes, et même si je l’ai écouté hier soir, l’âge aidant, ma mémoire flanche un peu… Du coup, je ne peux que vous inviter à savourer ce très bon album pour vous faire votre propre classement. L’album est disponible sur Deezer, cela sera donc très facile à faire. Vous pourrez aussi en passant découvrir leur deuxième album.
Voilà, mon avis n’est peut-être pas aussi précis qu’il aurait du l’être mais je tenais à vous faire partager cette découverte hexagonale, qui vaut le coup d’être écoutée.
Si la littérature fantasy est largement dominée par les auteurs anglo-saxons, il existe quelques irréductibles gaulois pour faire vivre magie, dragons et autres épées enchantées. Thomas Day est de ceux-là (et peut-être moi aussi, si un jour, par miracle, je finissais mon roman…). Rêves de Guerre est une de ses premières œuvres, sortie en 2002. Je n’en ai encore lu aucune autre, mais, en tout cas, cette première donne envie de s’y mettre au plus vite.
N’Kahn Hadessa est le maître d’armes du royaume de Haäsgard. Agé de plus de dix mille ans et d’allure monstrueuse, il est né de l’imagination et de la colère du mage Dalvid. Il est en mission au confins du monde pour retrouver le forgeron Tharflane, qui possède quelque chose de vital pour l’équilibre du monde. Pendant ce temps, la princesse Lhyrène échappe à une mystérieuse tentative d’assassinat.
L’univers de Rêves de Guerre rappelle fortement celui de la saga le Royaume d’Epines et d’Os. Quand on connaît l’amour que je lui porte, on voit bien que c’est un vrai et beau compliment que je fais à ce livre. Bon, on le verra, on se situe tout de même un ton en dessous, mais quand même, il y’a comme un air de famille. On est donc dans de la fantasy pure et dure, mais une fantasy qui a su se moderniser et arrêter de vouloir absolument réécrire le Seigneur des Anneaux.
L’intrigue de Rêves de Guerre est presque uniquement focalisée sur ses personnages et leurs relations. Et c’est d’ailleurs, ce qu’il y’a d’un peu frustrant. Ce qui est traité l’est parfaitement, mais on aurait aimé que le récit prenne parfois une dimension supplémentaire, plus épique, avec de grandes batailles et le destin du monde qui se joue. En lisant les premiers chapitres, on s’attend à ce que les évènements visiblement anecdotiques et personnels prennent au final un sens beaucoup plus large. Ca sera bien le cas dans les dernières pages, mais on aurait aimé que tout ce qui a précédé ne soit que le prologue de quelque chose de plus grand, et surtout plus long.
Enfin voilà, Thomas Day a surtout voulu nous raconter le parcours et le destin de ses personnages et il le fait parfaitement. Chacun d’eux est assez complexe, ambiguë et surtout intéressant pour que le récit captive. Surtout que Rêves de Guerre comporte son lot de surprises et d’évolution inattendue. Cela aiguise évidemment la curiosité du lecteur page après page. L’univers décrit est trop sombre pour que l’on éprouve une grande affection pour les personnages, mais on s’y attache malgré tout, même les plus inquiétants. Rien n’y est manichéen, chacun porte sa part de noirceur et d’humanité. J’ai rarement lu un récit où l’on a autant de mal à désigner les bons et les méchants.
De plus, le tout est porté par une plume réellement dynamique. Ceux qui sont rebutés par les longues descriptions qui peuplent souvent ce genre littéraire (quand on crée des mondes totalement imaginaires, il faut bien les décrire) pourront trouver ici leur bonheur. Il dresse un tableau de l’univers où évolue les personnages en se contentant du strict nécessaire à l’action. Ceci explique aussi sûrement en partie l’envie que l’on aurait de s’y attarder un peu plus, afin de le connaître un peu mieux et de découvrir tous les trésors qu’il pourrait receler.
Rêves de Guerre est donc un excellent moment de fantasy pour adultes francophones. A conseiller à tous les amateurs du genre.
Robert Plant est une des plus grandes légende du rock’n’roll. Fondateur avec Jimmy Page de Led Zeppelin, il fait partie de ces artistes intemporels que tout le monde connaît, même ceux qui ne connaissent au fond que leur plus grand tube, Stairway to Haeven dans le cas qui nous intéresse. Alison Krauss n’a pas la même renommée, mais c’est une habituée de la scène folk et country américaine, qu’elle arpente depuis près de 25 ans.Les deux se sont rencontrés le temps d’un album, intitulé Raising Sand, sorti en 2007 et entièrement composé de reprises. L’univers musical de cet album est beaucoup plus proche de celui de Alison que de celui de Robert.
Musique et mélodies douces sont donc au menu. On est beaucoup plus proche de Tori Amos que du rock psychédélique des 70’s. Et cela se ressent dans la qualité des différents titres de Raising Sand. Certains sont chantés par Robert Plant, d’autres par Alison Krauss, et d’autres encore en duo. On sent bien que cette dernière s’épanouit pleinement dans cet univers musical, quand l’ancien de Led Zeppelin n’apporte pas vraiment de valeur ajoutée. Du coup, c’est tout l’album qui est bancal.
Raising Sand a reçu bon nombre de récompenses, dont plusieurs Grammy Awards. Il est vrai qu’il comporte quelques moments de vrai bonheur musical, notamment le single Please Read The Letter, lui aussi plusieurs fois primé. Mais il comporte aussi malheureusement pas mal de titres assez médiocres, ou qui du moins n’accrochent que très peu l’oreille. D’ailleurs le premier morceau nous met directement dans l’ambiance, avec son accompagnement à la basse et sa mélodie assez transparente.
Quand on donne dans le doux et le mélodique, quand les accompagnements sont sobres et acoustiques, la qualité vocale joue évidemment un grand rôle. C’est à elle de créer la magie et l’envoûtement qui peuvent compenser le manque d’énergie. Or vous l’aurez compris, Robert Plant, malgré ses états de service, n’est pas tout à fait à la hauteur. Du coup, on souhaiterait le voir laisser plus de place à sa partenaire, qui elle s’en sort parfaitement. Les 4 chansons interprétées par Alison Krauss, et les deux duos, sont de loin les meilleures de Raising Sand. Malheureusement, il reste 7 titres nettement moins bon.
Les morceaux repris datent pour la plupart des années 60 et 70. On retrouve deux titres des Everly Brothers, que la postérité à quelque peu oublié, mais qui ont eu une influence considérable, du Tom Waits ou encore du Gene Clark. Please Read The Letter est par contre une reprise de…Robert Plant et Jimmy Page… Comme quoi, on n’est jamais aussi bien servi que par soi-même. Aucun des titres de Raising Sand n’est à proprement parler un classique légendaire, mais simplement des envies personnelles des deux artistes.
Raising Sand n’est donc pas pour moi à la hauteur de la réputation de ses interprètes. Mais vu son succès critique et les récompenses reçus, je vous invite à vous faire une idée par vous-même, surtout que vous pourrez au moins savourer les six titres interprétés par Alison Krauss.
Avant de se quitter, un petit tour des titres qui composent cet album.
1.: Rich Woman Un titre accompagné à la basse, un peu tristounet et qui surtout n’attire pas trop l’oreille pour un début.
2.: Killing The Blues Une chanson douce, assez belle, qui sonne presque comme une berceuse.
3.: Sister Rosetta Goes Before Us Alison Krauss au chant : beau et envoûtant.
4.: Polly Come Home Un titre lent et un peu ennuyeux.
5.: Gone Gone Gone (Done Moved On) Un morceau plus dynamique, très rock rétro, mais le résultat n’es pas terrible.
6.: Through The Morning Through The Night Alison Krauss au chant à nouveau, ce qui donne tout de suite une autre dimension à ce titre.
7.: Please Read The Letter Un duo de voix aux sonorités proches du blues et qui fonctionne plutôt bien.
8.: Trampled Rose Encore une chanson douce par Alison Krauss, qui ressemble fort à du Tori Amos.
9.: Fortune Teller Des allures de rock 70’s, pour un titre sympathique et réussi.
10.: Stick With Me Baby De la pop molle
11.: Nothin’ Un titre un peu psychédélique… mais également assez mou.
12.: Let Your Loss Be Your Lesson Alison Krauss au chant, du rythme, entre rock et country. Pour moi, le meilleur titre de l’album.
13.: Your Long Journey Un duo de voix pour une jolie ballade entre gospel et musique traditionnelle.
Ben Affleck est connu pour porter une moumoute et ne pas l’assumer. Il est aussi connu comme étant le meilleur ami de Matt Damon. On le connaît également pour ses rôles dans des films d’action à la qualité diverse et variée. Il y brille par un certain charisme que je n’irai pas jusqu’à qualifier de talent dramatique bouleversant d’intensité. Par contre, on ignore trop souvent qu’il est un réalisateur talentueux. Enfin, jusqu’à présent, il n’avait tourné qu’un seul film, Gone Baby Gone, vraiment réussi… La sortie de The Town va-t-il lui permettre de confirmer définitivement ce titre ? (suspense intense…)
Charlestown, quartier de la banlieue de Boston, a vu naître plus de braqueurs que n’importe quel autre endroit au monde. Et les meilleurs dans ce domaine, ce sont Doug et sa bande. Ils multiplient les braquages avec assez de minutie pour ne pas craindre de se faire prendre. Mais un jour, ils se voient obligés de prendre en otage la directrice de la banque. Ils sont masqués et la relâchent vite, mais ils craignent qu’elle puisse aider la police à les identifier… surtout qu’ils s’aperçoivent qu’elle habite le même quartier qu’eux. Doug se décide à la surveiller en liant connaissance avec elle… jusqu’à en tomber amoureux.
Autant mettre tout de suite fin au suspense. Si Gone Baby Gone était un film intéressant, élégant et vraiment réussi, The Town ne brille ni par son originalité, ni par un intérêt artistique démesuré. Non qu’il soit un mauvais film, mais tout simplement un film de gangster-braquage comme un autre. Ni l’histoire d’amour ambiguë, ni la volonté de dépeindre l’ambiance d’un quartier existant, qui auraient pu constituer des éléments quelque peu novateurs, n’arrivent à chasser l’impression de déjà-vu.
The Town est donc un film frustrant car Ben Affleck a voulu nous livrer une histoire qui le touche personnellement, lié à son propre passé. Mais au final, il ne nous offre qu’un film divertissant et sans relief particulier. Si ce film avait été réalisé par n’importe quel tâcheron sans âme, on aurait pu s’en contenter, mais ici, on ne peut s’empêcher de regretter le potentiel inexploité. Si on reconnaît un grand réalisateur à sa capacité à faire d’un film bien plus que la somme de toutes ses parties… et bien Ben Affleck a encore du boulot devant lui pour accéder à ce statut.
Une des plus grandes erreurs commises par Mister Moumoute est sans doute de s’être lui même mis en scène dans The Town. Pour Gone Baby Gone, il avait choisi de mettre devant la caméra son petit frère, Casey Affleck, et la complicité fraternelle avait apporté à un vrai plus au film. Ici, Ben Affleck a quelque peu tendance à se mettre inutilement en avant et à flirter avec le cabotinage. On regrettera notamment cette scène qui n’a d’autre utilité que nous permettre d’admirer en long, en large et en travers la musculature que Monsieur s’est forgée pour l’occasion. Les dames seront peut-être ravies, les autres trouveront ça un peu ridicule, à défaut de se voir pousser des complexes.
The Town reste néanmoins agréable à suivre, avec sa dose d’action et de romance. Encore une fois, le scénario est totalement sous-exploité, mais il vaut bien mieux que la plupart des productions du genre. Un soir de pluie, si votre cerveau n’est plus capable d’analyser les faiblesses que connaît parfois ce film, ce dernier vous permettra de passer un bon moment cinématographique, sans envergure, certes, mais non dénué de plaisir.
Entre frustration et divertissement, The Town peut être regarder d’un œil sévère ou indulgent. A chacun de choisir.
Fiche technique : Production : Warner Bros pictures, Legendary pictures, GK Films, Thunder Road pictures Distribution : Warner Bros films Réalisation : Ben Affleck Scénario : Ben Affleck, Peter Craig, Aaron Stockard, d’après le roman de Chuck Hogan Montage : Dylan Tichenor Photo : Robert Elswit Décors : Sharon Seymour Musique : David Buckley, Harry Gregson-Williams Directeur artistique : Peter Borck Durée : 123 mn
Casting : Ben Affleck : Doug MacRay Rebecca Hall : Claire Keesey Jon Hamm : Adam Frawley Jeremy Renner : James Coughlin Blake Lively : Krista Coughlin Pete Postlethwaite : Fergus Colm Chris Cooper : Stephen MacRay
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