VERY BAD COPS : Repos du cerveau, exercice pour les zygomatiques

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verybadcopsafficheJ’ai une carte UGC et du coup, je me permets d’aller voir des films pour lesquels je n’aurais jamais payé. C’est le cas de Very Bad Cops, comédie à l’humour qui tâche, dont la bande-annonce ne me disait rien, mais pour qui les critiques sont plutôt bonnes, y compris celle de Télérama, pourtant pas toujours fan de ce genre de films. Et au final, je suis plutôt heureux de m’être laissé tenté.

Allen Gamble est un flic plus à l’aise dans la paperasse que sur le terrain. Terry Hoitz rêve de gloire, mais sa carrière est sérieusement compromise depuis qu’il a tiré sur la star de l’équipe de base-ball de New York, le prenant pour un déliquant. Les deux équipiers vivent à l’ombre des inspecteurs Highsmith et Danson, les superstars de la police New-Yorkaise. Mais un événement inattendu va enfin leur donner l’occasion de briller.

Autant être clair tout de suite, Very Bad Cops est à des années-lumière de Very Bad Trip, même si les traducteurs ont cherché à faire un parallèle entre les deux. En effet, en VO, le film s’appelle… The Other Guys. On n’est donc pas ici face à un chef d’œuvre d’intensité humoristique, mais face à une bonne grosse comédie assez inégale, parfois bien lourde, mais qui compte de vrais moments d’hilarité pure. Et ces derniers sont suffisamment nombreux pour sauver le film.

Vous l’aurez compris, on n’est pas ici face à de l’humour subtil, entre deuxième et douzième degré. Non, Very Bad Cops, c’est du premier degré, encore du premier degré et toujours du premier degré. Au moins au niveau de l’humour parce que je trouve qu’il y’a dans ce film une petite morale très pertinente et qui est amenée beaucoup plus intelligemment que dans bien des films plus sérieux, où elle arrive avec ses gros sabots.

verybadcopsCe qui marche le moins bien dans Very Bad Cops, ce sont les seconds rôles, qui constituent pourtant généralement une grande force de ce genre de comédies américaines. Mais ici, que ce soit Eva Mendes (aaaaaaaaaaaaaaaaah Eva !!!) ou Michael Keaton, ils apportent plus de lourdeur qu’un réel impact comique. Leurs personnages respectifs sont très très mal exploités et tombent assez à plat. Les deux acteurs ont l’air de s’amuser, mais ont bien du mal à transmettre quoique ce soit au spectateur. Après, pour Eva, reste le plaisir des yeux.

Par contre, le duo Will Ferrel-Mark Whalberg fonctionne lui parfaitement, l’un dans son élément, l’autre totalement à contre emploi. Eux aussi s’amusent, mais cette énergie est cette fois largement partagée avec une salle souvent hilare. Ils ont aussi le bon goût de ne pas en faire trop, même quand ils sont amenés à partir dans des délires des plus complets. Bien sûr, Will Ferrel est nettement plus démonstratif que son partenaire, mais Mark Whalberg ne donne pas sa part au chien et joue la carte de l’autodérision à fond.

Very Bad Cops ne vaut peut-être le prix d’une place de cinéma, mais pour quelques moments de rigolade mémorables, ce film pourra agréablement occuper une soirée où votre cerveau aura envie de se reposer.

Fiche technique :
Production : Colombia Pictures, Sony Pictures Home Entertainment, Mosaic Media Group, Gary Sanchez Productions
Distribution : Sony Pictures Releasing France
Réalisation : Adam McKay
Scénario : Adam McKay, Chris Henchy
Montage : Brent White
Photo : Oliver Wood
Format : 35mm
Décors : Clayton Hartley
Musique : Jon brion
Durée : 107 mn

Casting :
Will Ferrell : Allen Gamble
Mark Wahlberg : Terry Hoitz
Eva Mendes : Sheila
Michael Keaton : Le capitaine Mauch
Steve Coogan : Ershon
Samuel L. Jackson : Highsmith
Dwayne Johnson : Danson

THE HUNGRY SAW (Tindersticks) : Bashung anglais épuré

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hungrysawthetindersticksAlain Bashung n’est pas tout à fait mort. En tout cas, son clone vocal est encore vivant, il s’agit de Stuart Staples, le chanteur de Tindersticks. Un groupe anglais qui s’est reformé à l’occasion de l’enregistrement de cet album, Hungry Saw, après un exil de plusieurs années de son leader…en Creuse, où il a fondé son propre studio d’enregistrement, le Chien Chanceux. Ca ne s’invente pas.

Tindersticks est en fait un trio, fondé au début des années 90 à Nottingham. Pratiquant plutôt la ballade mélancolique, ils offrent une musique plutôt épurée… Voire très épurée, du moins sur certains titres de Hungry Saw. La voix se pose une instrumentation très simple, à la guitare, au piano, parfois quelques violons. Le mixage laisse la voix largement dominer l’accompagnement et cela donne parfois l’impression d’entendre un artiste solo plutôt qu’un groupe.

Heureusement, la voix de Stuart Stamples se suffit largement à elle-même. Enfin presque toujours. Comme je l’ai dit, elle ressemble fortement à celle de notre regretté Alain Bashung. Bon par contre, musicalement les univers sont très différents, alors pas sûr que les fans de Bashung doivent forcément se ruer sur Hungry Saw. En tout cas, il y’a un vrai intérêt vocal chez les Tindersticks et le moins que l’on puisse dire, c’est qu’ils n’essayent pas de masquer une certaine médiocrité à ce niveau par une musique trop envahissante.

Au final, Hungry Saw nous livre quelques très beaux moments de grâce musicale. Mais sans vraiment se ressembler, tous le titres sont un peu jouer sur le même ton mélancolique et le principe de l’instrumentation épurée a lui aussi ses limites. Sans dire que l’on se lasse au fur et à mesure des plages, en tout cas, la magie décline un peu et on commence à jeter une oreille plus critique sur les morceaux qui s’enchaînent. Au final, on est heureux de tomber sur un titre plus « élaboré », Boobar Come Back To Me, qui constitue peut-être le meilleur de cet album. En tout cas, c’est celui qui sort le plus du lot.

Hungry Saw est donc un album plutôt bon, mais qui a ses limites. Par contre, il constitue incontestablement un vrai beau moment de détente, de sérénité et de calme musicaux. Sans forcément nous transporter et nous bouleverser d’émotion, il nous offre assez de belles mélodies pour valoir le coup d’être écouté. Peut-être pas passé en boucle, mais mis sur la platine en cas d’envie d’ambiance reposante.

Hungry Saw des Tindersticks n’est donc pas été pour moi la révélation du siècle, mais quelques plages vraiment envoûtantes lui confèrent un charme indéniable.

Voyons maintenant de plus près les titres de cet album :

1.: Introduction
Un petit solo de piano pour commencer.

2.: Yesterday’s Tomorrow
La voix démarre, la ressemblance avec Bashung saute tout de suite aux oreilles. Un titre à l’instrumentation simple, mais suffisante.

3.: Flicker Of A Little Girl
Une jolie ballade mélodique.

4.: Come Feel The Sun
Une ballade mélancolique au piano et violon. Belle et envoûtante.

5.: E Type
Un titre quasi instrumental, avec juste une voix qui murmure. Pas très intéressant.

6.: Other Side Of The World
La voix prend nettement le pas sur l’instrumentation. Encore une fois, épuré mais efficace.

7.: Organist Entertains
Un nouvel instrumental, assez joli, qui marque une petite pause.

8.: Hungry Saw
Un titre plus rythmé, mais très sympathique.

9.: Mother Dear
La voix est ici grave et murmurée presque a capella. Epuré à l’extrême, peut-être trop…

10.: Boobar Come Back To Me
Une ballade folk classique, mais splendide.

11.: All The Love
Encore une ballade un rien minimaliste. Mais la voix ne suffit pas toujours.

12.: Turns We Took
Une ballade pop classique, mais où la voix apporte un vrai plus.

THE AMERICAN : Tueur à gage et paysages

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theamericanafficheIl y’a des films ressemblant à des cartes postales, où le décor de fond compte presque autant que l’histoire qui est racontée. Evidemment, il y’a les Paris ou New York I Love You, qui sont carrément des hommages à un lieu. Mais il y’a surtout beaucoup de films où le réalisateur prend un malin plaisir à s’attarder sur les paysages magnifiques dans lequel ses protagonistes évoluent. Et quand il s’agit de George Clooney dans le décor splendide des Abruzzes, on obtient un bien beau film, The American.

Tueur à gage au vert au fin fond de la Suède, Jack semble couler des jours paisibles dans les bras d’une femme magnifique. Mais son passé le rattrape et surtout deux assassins. L’affrontement tourne au drame et il est obligé de partir pour Rome, où son employeur habituel l’envoie se cacher dans un petit village des Abruzzes. Et lui propose un nouveau contrat. Le dernier ?

Si pour vous film de « gangster » rime avec rythme d’enfer, fusillades à tout va, action échevelée, passez tout de suite votre chemin. The American est un film tranquille, parfois limite contemplatif. Il ne souffre pas de l’absence d’intrigue, simplement cette dernière prend son temps. Un peu comme mon père raconte une histoire… ce qui ne l’empêche pas de le faire très bien. Ce film a quelque chose d’asiatique dans sa narration. Et non, ce n’est pas un gros mot !

Bon, certains diront tout de même que tout ça sert surtout à nous montrer George Clooney sous toutes les coutures, encore et encore. Il est vrai que The American est un film portrait et donc, tout est axé sur son personnage principal, ses faits et gestes et ses interrogations. Donc, entre deux plans sur les montagnes des Abruzzes, il occupe l’écran 90% du temps. Mais voilà, c’est George Clooney alors ce n’est pas si gênant, on ne s’en lasse pas. Un George Clooney version film sérieux, c’est à dire avec zéro grimace, mais juste un charisme incroyable. Bon, je trouve qu’il sous-joue un tantinet. Il occupe donc l’écran, mais sans cabotinage.

theamericanL’aspect carte postale n’est peut-être qu’un gadget, mais pose une question qui divise tous les cinéphiles depuis des siècles (oui bon, ok, depuis 115 grand maximum) : de belles images suffisent-elles à faire un bon film ? Je suis plutôt partisan du non, mais je dois admettre que cela peut apporte néanmoins un vrai plus à une production qui possède d’autres qualités par ailleurs. C’est le cas de The American où les plans sur les paysages sont un petit régal pour les yeux.

Au final, The American ne révolutionnera pas le cinéma. Le thème du tueur qui pense à se ranger des voitures est archi-classique. Simplement, avec George Clooney et des paysages magnifiques, cela donne une nouvelle déclinaison du sujet qui se laisse regarder avec plaisir et je dirais avec une certaine sérénité. Un film qui n’agresse pas, où même la violence est reposante.

The American n’est donc pas le rôle le plus marquant pour un George Clooney, que l’on a cependant toujours plaisir à retrouver. Quand je serai grand, je veux faire George Clooney !

Fiche technique :
Production : Focus Features, Goldcrest Post production London, Greenlit Rights, Smoke House, This is That Productions
Distribution : Mars distribution
Réalisation : Anton Corbijn
Scénario : Rowan Joffe, d’après le roman de Martin Booth
Montage : Andrew Hulme
Photo : Martin Ruhe
Décors : Mark Digby
Musique : Herbert Grönemeyer
Durée : 105 mn

Casting :
George Clooney : Jack, Edward
Irina Björklund : Ingrid
Lars Hjelm : le chasseur
Johan Leysen : Pavel
Thekla Reuten : Mathilde
Samuli Vauramo : le jeune suédois
Violante Placido : Clara
Filippo Timi : Fabio

ORACULAR SPECTACULAR (MGMT) : Le single ne fait pas l’album

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oracularspectacularmgmtMoi qui répète à longueur d’avis que je n’aime pas l’électro, vous allez vraiment finir par vous demander pourquoi je n’arrête pas d’écrire des critiques sur des albums tournant autour de ce genre musical. Je devine déjà certains d’entre vous m’imaginant bardé de cuir, portant sur moi quelques pinces bien placées et criant « encore, encore ! » à une charmante jeune femme armée d’en fouet. Je vous rassure, il n’en est rien. Simplement, j’aime beaucoup les deux singles et j’avais envie de voir ce qu’il y’avait autour.

Petit rappel pour ceux qui auraient oublié d’allumer une radio en 2007, lors de la sortie de Oracular Spectacular et surtout du single Kids, qui a tourné en boucle sur la bande FM, jusqu’à l’overdose parfois. Ce fut donc un succès spectaculaire (audacieux jeu de mots en rapport au nom de l’album…) pour ces deux Américains, Ben Godwasser et Andrew VanWyngarden, dont le premier album n’avait connu qu’un grand anonymat. 
 
Oracular Spectacular, c’est quoi donc ? C’est un énorme tube planétaire, Kids, qui est déjà un classique intemporel qu’on est parti pour écouter pendant plusieurs décennies. Il est vrai que le titre est vraiment excellent, original et très agréable à l’oreille. Une mélodie ni tout à fait lente, ni tout à fait entraînante, pour un son électro et rock… bref encore une fois, rien de bien définissable, si ce n’est par sa qualité qui a séduit des millions de fans.

C’est aussi Time to Pretend, un autre single vraiment très bon et qui pouvait donner à penser que tout l’album était dans la même veine. C’est enfin, Weekend Wars, un titre excellent qui nous rappelle un peu les Beatles…. Et voilà, c’est tout. Et le reste me direz-vous ? Bah le problème, c’est que le reste est composé de titres parfois sympathiques, mais guère enthousiasmants, parfois même carrément transparents. Trois bons titres, même si l’un d’entre eux est devenu un classique, c’est un peu court jeunes hommes !

Bon et là, on revient à mon histoire de « j’aime pas l’électro mais j’en écoute quand même ». Parce que peut-être je suis simplement trop hermétique à ce genre musical pour apprécier les autres plages de Oracular Spectacular. Ce mélange entre électro et pop me fait toujours dire… mais pourquoi ne font-ils pas carrément de la pop, ça serait bien meilleur. Je pense que je préfère nettement les groupes comme Daft Punk qui vont au bout de l’idée de l’électro, alors que MGMT me donne envie de revenir dare dare aux basiques du rock qui sont là, tout près, à porter de portée (oh quel jeu de mots encore une fois !).

Je n’ai donc pas trouvé dans Oracular Spectacular ce que les deux singles m’avaient espéré. Dommage.

Pour finir, un petit tour des titres de cet album.

1.: Time To Pretend
Un single électro-rock très mélodique et rythmé.

2.: Weekend Wars
Un peu comme les Beatles version électro, pour un résultat pas mal du tout.

3.: Youth
Un titre plus purement électro, une nouvelle fois très mélodique, mais un rien lancinant.

4.: Electric Feel
Une marche électro, sympa, mais pas très entraînante.

5.: Kids
Un immense tube qui flatte les oreilles.

6.: 4th Dimensional Transition
Un titre à la consonance un peu mystique, avec des effets d’écho qui rappellent une église.

7.: Pieces Of What
Un morceau plus pop, mais qui ne décolle pas vraiment.

8.: Of Moons Birds And Monsters
Nouveau titre pop-rock, sympa, mais sans plus.

9.: Handshake
Une pop très électro… Trop sûrement…

10.: Future Reflections
Un morceau fade et transparent 

LES PETITS MOUCHOIRS : Guillaume Canet, grand réalisateur, ça se confirme

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lespetitsmouchoirsafficheVoir son film déchaîner à la fois l’enthousiasmes et la haine prouve souvent que l’on est l’auteur d’une œuvre de premier plan. L’indifférence est sûrement la plus grande forme de mépris quand on parle d’art. Quand, en plus, on rencontre un très gros succès commercial, on peut se dire que son film va marquer les esprits et animer les débats dans les chaumières. Guillaume Canet peut donc être satisfait de son Les Petits Mouchoirs. Un film qui ne peut pas laisser indifférent. Et de mon point de vue, un très beau film.

Ludo est le boute-en-train d’une bande de copains inséparables, qui s’apprêtent à partir comme chaque année en vacances au Cap-Ferret. Mais à la sortie d’une boîte de nuit, il se fait renverser par un camion sur son scooter. Il se retrouve entre la vie et la mort. Alors forcément, la petite bande est bouleversée. Elle choisit néanmoins de partir tout de même au soleil pour quinze jours. Mais ces vacances ne seront définitivement pas comme les autres.

Les Petits Mouchoirs soit on aime, soit on déteste. Basé sur l’émotion, sur l’attachement aux personnages, sur la manière dont on se reconnaît en eux, il peut facilement se transformer en calvaire pour qui resterait de marbre. Un calvaire de plus de 2h30 qui plus est. Tout peut alors sembler surfait, caricatural, ridicule, bref, pénible. Mais ce film peut être surtout tout son contraire.

Pourtant, le premier tiers du film m’a quelque peu fait peur. En effet, les Petits Mouchoirs peinent un peu à démarrer, après une superbe séquence d’ouverture. C’est à ce moment là où le film aurait pu basculer dans l’ennui profond. Mais heureusement, le scénario va crescendo et une heure plus tard, on a tout oublié des craintes initiales. Ce film est peut-être un peu trop long, mais il fait partie de ceux à qui on le pardonne totalement.

Les Petits Mouchoirs est un film de personnages, de copains, comme le cinéma français en compte tant. Mais celui-là se démarque pas une formidable justesse de ton. Il sait être drôle, comme ne pas l’être du tout. Cet équilibre est essentiel dans la réussite de ce film. On s’amuse, on pleure, on rit… mais on n’est pas non plus dans le pays de Candy. De toute façon pour nous maintenir en émoi pendant deux heures et demi, il fallait tout faire pour éviter la monotonie. On retrouve tous les archétypes d’un tel film : le dragueur, le looser amoureux, le travailleur qui ne décompresse pas, le père de famille qui doute… Mais avec des variantes que je ne dévoilerais pas ici. On n’est peut-être pas tant surpris que ça, mais on est charmé par cette bande à laquelle on aimerait tant faire partie.

Parmi les dénouements qui ont fait débat, les Petits Mouchoirs occupe désormais une bonne place. Too much or not too much, là est la question ! Là, encore, c’est un peu le tout ou rien. Soit vous êtes restés totalement impassibles devant tout le reste du film, alors la fin vous donnera surtout envie de vous mettre deux doigts au fond de la gorge pour vous soulager. Soit vous êtes totalement entrés dans l’histoire et avez adopté les personnages, alors préparez vous à un grand moment d’émotion.

Mais si Les Petits Mouchoirs laisse aussi peu indifférent, c’est surtout que Guillaume Canet nous prouve, après son formidable Ne le dis à Personne, qu’il est un grand réalisateur. Il s’est beaucoup investi dans ce film et cela se sent à chaque seconde. Une œuvre personnelle à laquelle il prête sa caméra élégante et sobre. Une œuvre qui vaut dans tous les cas bien plus de respect qu’il n’en a récolté auprès de certains critiques. Encore une fois, on a le droit de ne pas du tout être bouleversé par ce film, mais on a le droit aussi d’admettre que c’est parce que l’histoire ne nous a pas parlé, n’a rien éveillé en nous, sans remettre en cause ses qualités artistiques objectives.

Guillaume Canet est surtout un merveilleux directeur d’acteurs. De toute façon, faire un film reposant autant sur ses personnages implique de mettre les comédiens au cœur de son projet artistique. Si l’un d’eux n’est pas à la hauteur, c’est son personnage qui perd en crédibilité, tout comme ses relations avec les autres et c’est tout l’ensemble qui se retrouve fragilisé. Dans les Petits Mouchoirs, pas de lézarde dans la pyramide, c’est du solide !

lespetitsmouchoirsLa relation entre Guillaume Canet et François Cluzet fonctionne visiblement parfaitement. Le réalisateur et l’acteur nous avaient enchanté dans Ne le Dis à Personne et ils remettent ça dans les Petits Mouchoirs. François Cluzet est ici tout simplement énorme, apportant à lui seul une large part de l’aspect comique de ce film. Son personnage n’est peut-être pas le plus intéressant en soi, mais il agit comme une sorte de liant qui fait que la recette preparée par le chef Canet est une totale réussite.

Les Petits Mouchoirs marque aussi le retour de Marion Cottillard comme actrice, pour la première fois depuis La Môme. Et oui, dans ce film, elle joue ! Elle ne se contente pas juste d’être Marion Cotillard, ce qui est déjà pas mal soit-dit en passant. Bon, ce n’est pas encore hyper spectaculaire, mais son aura naturelle faisant le reste, sa présence à l’écran illumine le film. Je n’en dirait pas tant de Benoît Magimel… Bon, là, j’avoue c’est un avis assez personnel sur cet acteur avec qui j’ai un peu de mal. Trop froid, trop impersonnel à mon goût. A mon avis, et il est humble, le film aurait gagné à voir Guillaume Canet se mettre lui-même en scène pour se rôle.

Les Petites Mouchoirs est donc pour moi un des meilleurs films français de l’année. C’est une œuvre personnelle qui ne peut qu’enthousiasmer positivement ou négativement. Mais à la fois, n’aimons-nous pas le cinéma pour les enthousiasmes qu’il fait naître en tous. Tous les enthousiasmes.

Fiche technique :
Production : Les productions du Trésor, EuropaCorp, Caneo Films, M6 Films
Distribution : Europacorp distribution
Réalisation : Guillaume Canet
Scénario : Guillaume Canet
Montage : Hervé De Luze
Photo : Christophe Offenstein
Décors : Philippe Chiffre
Durée : 154 mn

Casting :
François Cluzet : Max Cantara
Marion Cotillard : Marie
Benoît Magimel : Vincent Ribaud
Gilles Lellouche : Eric
Jean Dujardin : Ludo
Laurent Lafitte : Antoine
Valérue Bonneton : Véronique Cantara
Pascale Arbillot : Isabelle Ribaud
Anne Marivin : Juliette

EVIL URGES (My Morning Jacket) : Mi-figue, mi-raisin

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evilurgesmymorningjacketOn continue la série des groupes dont peu de gens ont entendu parler en France, avant aujourd’hui bien sûr, avec l’avis que je vais vous livrer sur Evil Urges, des Américains de My Morning Jacket. Un groupe rock qui signe ici son 5ème album studio, le dernier en date, sorti en 2008. Si j’en crois ce que j’ai pu lire sur le reste de leur discographie, cet album est aussi le plus pop.

Car à la seule écoute de Evil Urges, j’aurais effectivement plutôt rangé la musique de My Morning Jacket dans le rayon pop, même si ceux qui lisent régulièrement mes critiques ont compris que j’ai un peu de mal avec ces étiquettes. Un pop avec un son bien plus Américain que Britannique, les allergiques a la Brit’pop peuvent donc se laisser tenter. Mais enfin pop quand même !

Ceci dit, que My Morning Jacket soit un groupe plutôt rock à la base ne m’étonne guère finalement, car les meilleurs morceaux de cet albums sont pour moi Aluminium Park et Remnants, qui sont de loin les plus rock’n’roll. Le reste n’est pas mauvais, mais ni vraiment enthousiasmant, ni vraiment original. On sent que le groupe explore un territoire quelque peu méconnu et qu’il n’y est pas encore assez à l’aise pour se lâcher totalement. Il y’a une vraie maîtrise artistique dans les arrangements et dans la voix du chanteur, mais une créativité limitée.

On retrouve sur Evil Urges tout ce qu’on peut attendre sur un album de ce genre musical. De la pop sucrée, avec Thank You Too ou Two Halves, qui raviront ceux qui ont gardé leur âme d’adolescent ou de midinette. La jolie ballade qui va bien, Librarian, passage obligée. Vous trouverez aussi ce qui pourrait presque ressembler à une imitation de Prince (Highly Suspicious). Bon, c’est pas mal, mais ça ne vaut pas l’original.

En fait, s’il est difficile de dire vraiment du bien de Evil Urges, il est aussi difficile d’en dire vraiment du mal. Aucun morceau n’est totalement à jeter, certains s’apprécient avec un réel plaisir. Il y’a une vraie homogénéité dans la qualité, ce qui est plutôt positif, mais il manque réellement un ou deux vrais morceaux de bravoure musicale. Il manque surtout un brin de personnalité qui ferait dire « tiens ça, ça sonne comme du My Morning Jacket ». Mais encore une fois, si j’ai bien compris, cet album n’est pas le plus typique de leur expression musicale habituelle.

Cependant, je pense que My Morning Jacket est un groupe qui peut vraiment s’apprécier en concert car on sent bien qu’il s’agit de vrais musiciens. Evil Urges ne m’a pas enthousiasmé, sans vraiment me décevoir, mais je reste tout de même satisfait d’avoir découvert un groupe qui possède un réel talent artistique indéniable.

Pour finir, un petit tour d’horizon des titres que l’on peut trouver sur Evil Urges.

1.: Evil Urges
Un titre pop rock rythmé qui constitue un très bon début.

2.: Touch Me I’m Going To Scream (part 1)
Une pop plus calme, entre le mélodique et l’électro.

3.: Highly Suspicious
Un morceau qui sonne comme du Prince, mais sans valoir tout à fait l’original.

4.: I’m Amazed
Un son vraiment US, pas mal, mais qui manque un tantinet d’énergie.

5.: Thank You Too
Une ballade pop sucrée, sans être succulente non plus.

6.: Sec Walkin’
Un titre un peu country, qui sonne un peu comme les Eagles. Mais là encore, l’original est bien meilleur.

7.: Two Halves
De la pop pour ado, pas mal, mais sans plus.

8.: Librarian
Une jolie ballade un peu mélancolique.

9.: Look At You
Le chanteur pousse la voix, mais la chanson ne décolle pas vraiment.

10.: Aluminum Park
Un morceau plus rock et énergique. Et ça marche plutôt bien !

11.: Remnants
Très rock, très bon.

12.: Smokin’ From Shootin’
Encore un titre assez rock, mais plus en retrait que les deux précédents.

13.: Touch Me I’m Going To Scream (part 2)
Une longue reprise de la plage 2 d’un intérêt limité.

14.: Good Intentions
Juste un mot pour finir

BEIGNETS DE TOMATES VERTES : Succulents beignets

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beignetsdetomatesvertesafficheParler de tolérance, d’amitié, d’amour et de partage est évidemment tout à fait respectable, pour ne pas dire salutaire. Mais centrer un film sur ces sujets oblige souvent à marcher sur un fil. En effet, la frontière entre le beau et le cucul est souvent étroite et les meilleures intentions se terminent souvent en résultat tout ce qu’il y’a de plus indigeste. Beignets de Tomates Vertes n’échappe pas à numéro d’équilibriste, mais bascule heureusement du bon côté.

Evelyn est une femme entre deux âges, comme on dit. Avec ses kilos en trop, son mari plus souvent intéressé par ses matchs de base-ball à la télé que par son corps, elle ne sait pas trop quelle direction donner à sa vie. Par hasard, elle fait la connaissance de Ninny Threadgoode, une fringante octogénaire. Une grande amitié va se nouer entre les deux femmes, alimentée par les récits de Ninny sur sa jeunesse. Et surtout, celle de sa sœur, Idgie, et sa meilleure amie Ruth Jamison.

Beignets de Tomates Vertes est un film que j’avais envie de voir depuis sa sortie en 1991. J’avais alors douze ans, mais j’imagine que le titre m’avait alors intrigué. C’est donc près de vingt ans d’attente qui viennent de prendre fin. Et en deux décennies, j’ai eu le temps d’imaginer tout plein de choses sur ce film, dont, en fait, je ne savais absolument rien. Du coup, il avait pris une dimension mythique et si finalement, mon enthousiasme n’est pas total, c’est peut-être que j’en attendais trop.

Je vais donc m’efforcer de rester totalement objectif sur ce film qui reste tout de même un grand classique du mélo. Beignets de Tomates Vertes nous raconte donc deux histoires en parallèle. Si c’est le passé qui occupe la majeure partie des deux heures dix, l’amitié entre Evelyn et Ninny constitue tout de même un élément important. L’un ne pourrait aller sans l’autre et ce sont les ponts jetés entre les deux époques qui en font toute son originalité et tout son intérêt.

L’histoire d’Idgie et Ruth est un vrai beau récit, qui nous plonge dans l’Amérique profonde des années 30, époque où il était dur d’être une femme et encore plus d’être noir. Le film prend ici le forme d’une saga familiale qui s’étale sur plus d’une décennie. Une forme très classique donc, mais qui évite tous les clichés du genre. Encore une fois, cette partie est vraiment réussie et jamais une seule seconde ne semble proche de basculer du côté obscur du cucul la praline.

beignetsdetomatesvertesLe récit contemporain et la quête d’identité, elle, fonctionne peut-être un tantinet moins bien. Certes, il faut la prendre au second degré pour apprécier pleinement l’humour qui la parcourt. Mais il faut avouer que, comme Evelyn attendant avec impatience la suite des récits de Ninny, le spectateur attend lui aussi que l’intrigue nous rapatrie vers le passé. Mais bon heureusement, Evelyn est interprété par l’immense et talentueuse Kathy Bates, alors on ne passe pas non plus un mauvais moment.

Ce qui fait la force de Beignets de Tomates Vertes, c’est le très fort attachement que l’on ressent pour l’ensemble des personnages. Des personnalités fortes, faisant preuve d’un réel courage dans leur quête de l’affirmation de soi, qui n’est jamais une aventure de tout repos. Le tout est porté par une quatuor d’actrices réellement remarquable. Je ne reviendrais pas sur le cas Kathy (même si bon, depuis Misery, on a du mal à ne pas redouter qu’elle casse les jambes de son interlocuteur…), mais saluerai très bas mesdames Mary Stuart Matherson, Mary-Louise Parker et Jessica Tandy pour leurs magnifiques performances.

Beignets de Tomates Vertes est un vrai beau film, traitant remarquablement de sujets graves, tout en gardant un vrai souffre d’optimisme et d’espoir. Un film pour toutes les féministes, mais pas que…

Fiche technqiue :
Réalisation : Jon Avnet
Scénario : Fannie Flagg et Carol Sobieski
Musique : Thomas Newman
Décoratrice : Barbara Ling
Directeur artistique : Larry Fulton
Directeur de la photographie : Geoffrey Simpson
Costumes : Elizabeth McBride
Chef monteuse : Debra C. Neil
Producteur : Jordan Kerner
Assistants réalisation : Deborah Love et Jeff Rafner
Date de sortie française : 23 septembre 1992
Film américain
Format : Super 35, 35 mm, 1.85:1 (couleurs, son Dolby Surround)
Genre : comédie dramatique
Durée : 131 minutes

Casting :
Kathy Bates : Evelyn Couch
Mary Stuart Masterson : Idgie (Imogen) Threadgoode
Mary-Louise Parker : Ruth Jamison
Jessica Tandy : Ninny Threadgoode
Cicely Tyson : Sipsey
Chris O’Donnell : Buddy Threadgoode
Stan Shaw : Big George
Gailard Sartain : Ed Couch

VOUS ALLEZ RENCONTRER UN BEL ET SOMBRE INCONNU : Petite déception

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vousallezrencontrerunbeletsombreinconnuafficheChaque année, il y’a Pâques, le 14 juillet, Noël et un film de Woody Allen. C’est un repaire immuable, telles la rentrée des classes ou la finale de la Coupe de France de football. C’est d’ailleurs quelque chose qu’on lui reproche parfois, car évidemment, au rythme d’un film par an, il ne peut pas non plus toujours nous livrer que des chefs d’œuvre. Si son précédent, Whatever Works, avait fait l’unanimité, ce Vous Allez Rencontrer un Bel et Sombre Inconnu laissera les fans sur leur faim.

Helena vient de se faire quitter par son mari, pris par le démon de midi, après 40 ans de vie commune. Totalement perdue, elle trouve le réconfort auprès d’une voyante qui lui prédit une belle rencontre prochaine. En attendant, sa fille et son beau fils voient leur couple s’étioler.

Bon, quand on lit le synopsis, on a du mal à imaginer que Vous Allez Rencontrer un Bel et Sombre Inconnu est une comédie. Mais il s’agit bien d’un marivaudage léger, avec des maris, des femmes et des amants. Les situations, les personnages sont souvent à la fois attachants et ridicules, humains en somme. Un regard tendre sur les faiblesses humaines, celles qui, au fond, constituent le vrai charme de l’existence.

Vous Allez Rencontrer un Bel et Sombre Inconnu reprend donc des thèmes chers à Woody Allen. Mais justement, peut-être un peu trop. On pourrait même considérer qu’il s’auto-plagie, tant on retrouve ça et là des éléments déjà vus dans ces précédentes productions. L’exemple le plus frappant étant le personnage interprété par Anthony Hopkins, septuagénaire, qui épouse une jeunette, nous rappelant là le thème centre de Whatever Works.

On peut donc considérer Vous Allez Rencontrer un Bel et Sombre Inconnu comme un film de transition. Ce n’est pas première fois qu’il nous livre un film relativement moyen, à l’occasion duquel certains annoncent un déclin inexorable. Mais généralement, il est suivi d’un pur chef d’œuvre qui fait taire les détracteurs pour quelques temps encore. On verra donc ce que nous réserve son prochain opus, avec une Madame Sarkozy…ou ce qu’il en reste après le montage.

vousallezrencontrerunbeletsombreinconnuBon, ne croyez pas non plus que Vous Allez Rencontrer un Bel et Sombre Inconnu soit désagréable à suivre. On est face à un bon vaudeville, bien foutu, dirigé de main de maître et aux dialogues de haut niveau. Mais ceux qui connaissent bien l’œuvre de Woody Allen ne pourront être que déçus par un manque totale de surprise. Les autres y trouveront certainement beaucoup plus de plaisir.

Un mot enfin sur celle qui éclaire Vous Allez Rencontrer un Bel et Sombre Inconnu de son talent et sa grâce, j’ai nommé Naomi Watts. 42 ans et le charme d’une femme de…42 ans. Voir une actrice hollywoodienne de ce calibre assumer avec autant de charme ses rides constitue une incongruité, à une époque où le lifting règne en maître. Bref, tous ceux qui trouvent que Cher ne ressemble plus à rien seront ravis.

Vous Allez Rencontrer un Bel et Sombre Inconnu constitue donc une petite déception puisque ce film fera très certainement partie des films de Woody Allen dont on se souviendra le moins.

Fiche technique :
Production : Mediapro, Gravier productions
Réalisation : Woody Allen
Scénario : Woody Allen
Montage : Alisa Lepselter
Photo : Vilmos Zsigmond
Décors : Jim Clay
Distribution : Warner Bros.
Durée : 98 mn

Casting :
Naomi Watts : Sally
Josh Brolin : Roy
Anthony Hopkins : Alfie
Antonio Banderas : Greg
Freida Pinto : Dia
Lucy Punch : Charmaine
Gemma Jones : Helena

CARNIVAL VOLUME II : MEMOIRS OF AN IMMIGRANT (Wyclef Jean) : Etonnants mélanges

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carnivalvolume2wyclefjeanIl y’a des albums qui restent gravés dans votre mémoire à jamais, même s’il est peu à peu oublié par le plus grand nombre. Parmi ceux qui ont compté pour moi, il y’a The Score des Fugees, avec notamment leur version de Killing Me Softly… Bon en fait, je ne suis pas du tout là pour vous en parler, mais c’était juste une façon d’introduire mon avis sur Carnival Volume II : Memoirs of an Immigrant de l’ancien Fugees, Wyclef Jean.

S’il s’agit du volume 2, c’est qu’il y’a eu un volume 1. Ce dernier, sorti en 1997, était d’ailleurs son premier album solo. 5 autres ont suivi avant qu’il ne décide à lui donner une suite. Bon je ne sais pas très bien en quoi consiste une suite quand on parle d’album musical, mais Wyclef Jean a sûrement une très bonne raison de l’avoir appelé comme ça. Enfin, on ne va pas non plus épiloguer 107 ans.

The Carnival Volume II est essentiellement composé de duos, certains réellement étonnants. Il est vrai qu’entre Shakira, Mary J.Blige, Norah Jones et Paul Simon, il y’a des mondes musicaux qui pourraient paraître infranchissables. Mais la grande originalité de cet album est qu’au lieu de voir les deux artistes se retrouver autour d’une même chanson et d’un même univers, chacun apporte ce qu’il fait de mieux et les deux se superposent, se mélangent, mais sans fusionner. C’est parfois déroutant, souvent étonnant, parfois même enthousiasmant.

Alors évidemment, il règne une impression de désordre dans cet album, pour ne pas dire… de fête foraine ! D’où son titre… Tout s’explique donc finalement. En tout cas, Carnival Volume II ne ressemble à aucun autre album que je connaisse. Il s ‘agit d’une vraie expérience musicale, d’une vraie expérience créatrice, débordant d’enthousiasme et d’imagination. Alors évidemment, il y’a à boire et à manger, tout ne fonctionne pas toujours à la perfection, mais au moins on échappe à l’impression de déjà entendu mille fois.

De plus, les contributions de Wyclef Jean prennent elles-aussi des formes assez différentes. Bien sûr, il est avant tout un artiste de ce que je qualifierai de hip-hop mélodique (ce n’est pas Booba non plus), mais il sait aussi tendre vers le reggae, le funk, le r’n’b, voire même le blues cosmopolite à la Keziah Jones. Mais, ce sont tout de même avant tout les contributeurs extérieurs qui apportent une vraie diversité, chacun avec leur style musical sous le bras.

Le seul défaut de Carnival Volume II est le défaut de sa qualité, l’impression de désordre que j’évoquais plus haut. En effet, du coup, on a parfois l’impression que les titres sont à l’état de projet, pas vraiment abouti, pas vraiment finalisé. Un peu comme si les artistes étaient partis en improvisation et que cet album en était le résultat. Après, c’est une question de goût. On peut apprécier ce foisonnement un peu désordonné, comme on peut regretter que les mélanges n’aient pas été un peu plus étudiés de près avant de nous les faire goûter.

Carnival Volume II reste avant tout un album étonnant. Certes l’originalité n’est pas forcément un but en soi. Mais cet album rassemble assez d’artistes de talent pour que le résultat aille au delà de la simple curiosité musicale.

Pour finir faisons le tour de ces étonnants duos

1.: Intro
Quelques paroles prononcées sur un fond musical plutôt rock.

2.: Riot – Jean, Wyclef & Serj Tankian/Sizzla
Un premier morceau dans le prolongement de l’intro, fusion énergique entre hip-hop et rock.

3.: Sweetest Girl (Dollar Bill) – Jean, Wyclef & Akon/Lil’ Wayne/Niia
Un morceau plus hip-hop, mais toujours aussi dynamique et dansant, avec quelques rythmes tropicaux.

4.: Welcome To The East – Jean, Wyclef & Sizzla
Un rythme plus oriental cette fois-ci, mais pour du hip-hop pur et dur.

5.: Slow Down – Jean, Wyclef & TI
Un duo enjoué sur fond instrumental assez simple, car tout repose sur le jeu entre les deux voix.

6.: King And Queen – Jean, Wyclef & Shakira
Shakira fait du Shakira, Wyclef Jean fait du Wyclef Jean, mais ça fonctionne plutôt bien.

7.: Fast Car – Jean, Wyclef & Paul Simon
Un titre plus groovy, mais surtout excellent, fluide et qui coule tout seul.

8.: What About The Baby – Jean, Wyclef & Mary J. Blige
Entre hip-hop et r’n’b, un morceau pas mal du tout.

9.: Hollywood Meets Bollywood (Immigration) – Jean, Wyclef & Chamillionaire
Un mélange un peu artificiel et confus entre hip-hop et musique orientale.

10.: Any Other Day – Jean, Wyclef & Norah Jones
Sûrement le duo le plus étonnant de l’album.

11.: Heaven’s In New York
De la musique douce, à la Keziah Jones, chanté en solo pour une fois.

12.: Selena – Jean, Wyclef & Melissa Jimenez
Un tire sympathique au rythme chaloupé.

13.: Touch Your Button Carnival Jam – Jean, Wyclef & Will.I.Am/Melissa Jimenez/Machel Montano/Daniela Mercury/Black Alex/Djakout Mizik
Long morceau bourré d’énergie et surtout plein d’invités qui constitue un grand mélange musical, résumant parfaitement l’album.

14.: Outro
Court titre de conclusion.

15.: Dollar Bill (bonus track) – Jean, Wyclef
Un morceau tirant sur le reggae, bien mais sans plus

16.: Slow Down (bonus track) – Jean, Wyclef
Un titre énergique, pas mal du tout, mais beaucoup moins original que le reste

17 : President (bonus track) – Jean, Wyclef
Une chanson sur les élections américaines, où Wyclef Jean scande “Wyclef for President”… Sûrement une prémonition de sa candidature avortée à la présidence de Haïti

Vous pourrez également trouver un CD contenant quelques titres bonus. La plupart ne présente pas d’intérêt particulier, à l’exception de Million Voices, un titre mélodique au rythme africain, et On Tour, un titre mélange d’électro et de musique orientale très énergique.

THE SOCIAL NETWORK : Un miracle signé David Fincher

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thesocialnetworkafficheN’attendons pas plus longtemps pour le dire, The Social Network est un vrai grand film. Pourtant, qui aurait pu croire qu’on aurait pu tirer un tel moment de bonheur cinématographique d’un telle histoire ? Certes, Facebook est un des phénomènes de société les plus étonnants que l’humanité ait jamais vécu, mais la création d’un site Internet n’est a priori pas le processus le plus passionnant à décrire. Cependant, qu’est ce qui peut se targuer d’avoir connu un tel succès, si rapide, si universel, si envahissant diront certains, à partir de si peu ? Personne à part le bébé de Mark Zuckerberg. Enfin, est-on bien sûr qu’il soit de lui ?

Mark Zuckerberg est le plus jeune milliardaire de l’histoire. Mais il doit faire face à deux procès l’accusant d’avoir volé le travail des autres. Au gré des témoignages, on découvre peu à peu comment un jeune étudiant en informatique de Harvard est devenu une célébrité planétaire.

Dans The Social Network, si le fond est intéressant, la forme est elle extraordinaire. David Fincher signe là une incroyable leçon de narration cinématographique. La dramaturgie, dans le 7ème art, naît bien sûr du scénario lui-même, mais aussi de sa mise en scène et du montage. S’il est impossible de faire passer un mulet pour cheval de course, la magie de la réalisation peut faire un grand film à partir d’éléments dont d’autres n’auraient tiré qu’un sympathique documentaire.

David Fincher utilise pourtant un certains nombres de procédés tout ce qu’il y’a des plus classiques. Raconter une histoire sous forme de flash-backs issus d’interrogatoires n’est pas vraiment une invention à Hollywood, où le film de procès est un exercice parfaitement maîtrisé. Mais si le pinceau est un outil accessible à tous, il n’en reste pas moins qu’il y’a des Picasso et des gens comme moi, qui dessinent comme leur pied gauche. Dans The Social Network, ce n’est pas un, mais deux interrogatoires qui s’entrecroisent. Cela démultiplie les possibilités de nous donner de petits aperçus de ce qui sera raconté dans les minutes qui suivent, tenant ainsi le spectateur dans une haleine permanente. Bref, avant d’aller voir ce film, penser à vous laver les dents.

Mais il n’y a pas que le montage qui nous tient en haleine, il y’a surtout le rythme effréné sur lequel cette histoire est racontée. Et là, je ne parle pas d’une réalisation façon clip vidéo, mais bien d’un récit d’une incroyable intensité. Il n’y aucun délayage, aucune scène superflue, mais une intrigue qui avance avec célérité et surtout brio. Pourtant, le récit est d’une incroyable clarté… si vous savez tout de même un minimum de quoi les personnages parlent. Je connais des personnes très peu familières avec Facebook et les réseaux sociaux en général qui ont été assez subjugués par l’exercice cinématographique, mais sans tout forcément saisir. Car une chose ne peut faire que l’unanimité, la maîtrise totale et absolue de David Fincher dans la construction de son film.

Pourtant, aussi passionnant, prenant, fascinant, enthousiasmant, décoiffant soit-il, il ne recèle évidemment aucune scène d’action en tant que telle. Filmé comme un polar, The Social Network ne voit pourtant jamais pointer la moindre arme à feu. Mais tous les personnages manient une arme bien plus redoutable : des dialogues. Au niveau mots à la minute, ce film possède sûrement un des scores les plus élevés de l’histoire du 7ème art. Ces échanges de répliques valent toutes les fusillades ou les poursuites du monde. Même avec tant de paroles, ce film n’est pas une seule seconde verbeux, ou même bavard, mais tout simplement incroyablement intense et puissant.

thesocialnetworkDernier pilier sur lequel s’appuie l’étonnante réussite de The Social Network, l’interprétation. Car pour débiter autant de dialogues tranchants à la seconde, il faut bien des acteurs capables de les servir avec talent. Le premier d’entre eux est le futur plus jeune Oscar du meilleur acteur de l’histoire, Jesse Eisenberg. Bon, je m’avance peut-être un tantinet, mais je serai quand même prêt à miser quelques euros sur ses chances de remporter la précieuse statuette. Certains trouveront peut-être lassant de récompenser systématiquement des acteurs pour leur talent mimétique, mais il est vrai que la ressemblance avec le vrai Mark Zuckerberg est absolument frappante. Mais surtout, quelle dextérité dans le débit verbal ! Cependant, la performance de Jesse Eisenberg ne se limite pas à une fantastique élocution, mais c’est surtout la profondeur dont il arrive à doter son personnage qui parachève la réussite totale de ce film.

The Social Network est à la fois un récit passionnant sur la naissance de Facebook et un portrait vivant de son créateur. Que le portrait soit fidèle ou pas, peu importe, car ce film nous décrit un personnage incroyablement fascinant et complexe, dont les couches de se personnalité se dévoilent une à une au fur et à mesure de l’avancée du récit. Le film ne nous explique pas simplement comment est né Facebook (c’est qui le rend formidablement prenant), mais aussi pourquoi est né Facebook (ce qui le rend incroyablement intéressant).

Un petit mot pour finir sur les prestations de Adrew Garfield et Justin Timberlake. Il serait dommage qu’ils soient totalement éclipsés par Jesse Eisenberg. La lutte d’influence que mènent leurs deux personnages est un des ressorts principaux de l’intrigue. Et s’il fonctionne aussi bien, c’est que les deux acteurs font preuve d’un talent que l’on avait fait que deviner lors de leurs précédents rôles.

Reste une dernière question en suspens. Pour l’Oscar du meilleur film, Inception ou The Social Network ? Personnellement, je voterai tout de même pour le premier, mais rarement le jury n’aura à choisir entre deux chefs d’œuvre de ce calibre.

Fiche technique :
Production : Columbia pictures, Relativity Media, Michael De Luca, Scott Rudin, Trigger Street
Distribution : Sony Picture Releasing France
Réalisation : David Fincher
Scénario : Aaron Sorkin, d’après le livre de Ben Mezrich
Montage : Kirk Baxter, Angus Wall
Photo : Jeff Cronenweth
Décors : Donald Graham Burt
Musique : Trent Reznor, Atticus Ross
Durée : 121 mn

Casting :
Jesse Eisenberg : Mark Zuckerberg
Rooney Mara : Erica Albright
Andrew Garfield : Eduardo Saverin
Max Minghella : Divya Narendra
Bryan Barker : Billy Olsen
Justin Timberlake : Sean Parker
Joseph Mazzello : Dustin Moskovitz
Armie Hammer : Cameron Winklevoss / Tyler Winklevoss