En sport, et en football en particulier, il y’a des adversaires que l’on prend plus de plaisir à battre que d’autres. Il y’a l’Italie, mais cette rivalité a été surtout exacerbée par les affrontements répétés entre nos deux équipes nationales depuis 15 ans, avec des scénarios assez improbables et pour le moins dramatiques. Mais historiquement, cette rivalité n’est rien par rapport à celle qui nous oppose à l’équipe allemande. La blessure du match de Séville ne se refermera sans doute jamais totalement et chaque victoire contre la Manschaft aura comme un goût de revanche.
Mais le vrai ennemi reste tout de même l’Angleterre. Car avouons-le, si on aime les Beatles et Hugh Grant, on continue de regarder la perfide Albion d’un œil méfiant. En sport, cette rivalité se manifeste aussi bien en football qu’en rugby, où elle est même exacerbée. Mais avec leur modèle social ultra-libéral que certains aimeraient nous imposer et les bâtons qu’ils ont toujours placés dans les roues de la construction européenne, avouons que tout cela dépasse largement le périmètre du stade. Et je ne vous parle même pas de leur gastronomie !
La victoire de l’Equipe de France hier à Londres a donc fait doublement plaisir. Humilier l’Angleterre chez elle et rabattre leur caquet aux Rosbifs, dont le fair-play est légendaire, surtout quand ils gagnent, est un plaisir irrationnel mais bien réel. Putain, ça fait du bien, ça défoule et ça donne envie de brailler la Marseillaise dans les rues de Londres.
Le plaisir fut aussi évidemment dans le jeu pratiqué par l’Equipe de France. Ce n’est pas encore digne des plus belles heures de 84 ou 98, mais au moins ça ressemble à une équipe, avec des passes qui arrivent à destination et un jeu collectif ressemblant à quelque chose. Il faut dire qu’au cours de ces quatre dernières années, on avait presque oublié que des joueurs de l’Equipe de France de football pouvaient courir derrière un ballon sans avoir l’air d’ignorer totalement ce qu’ils vont bien pouvoir en faire. Bref, ce n’est qu’un retour à la normale en fait, mais on revient de tellement loin qu’on ne peut s’empêcher d’exprimer un certain enthousiasme.
Quant à l’Angleterre, si j’étais méchant, je dirais que le Luxembourg nous a posé plus de problèmes. Bon, la différence est surtout que le Luxembourg joue comme une équipe du niveau du Luxembourg, c’est à dire à 11 derrière et se jeter sur tous les ballons comme des morts de faim. Les Anglais ont voulu jouer comme une équipe de haut niveau européen, oubliant qu’ils ne sont plus qu’une équipe de seconde zone. Mais Benzema et Valbuena leur ont gentiment rappelé.
Ah les films de capes et d’épées de notre enfance. Du temps où Le Bossu, le Capitan ou les Trois Mousquetaires passaient tous les ans à la télé, où Jean Marais nous donnait envie de nous mettre à l’escrime. Il est loin ce temps et le genre est un peu tombé en désuétude. Bertrand Tavernier aurait pu le faire renaître avec sa Princesse de Montpensier. Au-lieu de ça, il signe un mélo tristounet.
Marie de Mézières est promise au plus jeune des fils du Duc de Guise, alors qu’elle est amoureuse de son frère aîné. Mais son père change subitement d’avis et la marie finalement au Prince de Montpensier. Elle part alors vivre sa vie de Princesse dans un château loin de tout, et surtout de la guerre qui fait rage. Cependant, la sagesse qu’elle semble avoir acquise n’a en rien diminué l’extraordinaire pouvoir qu’elle exerce sur les hommes.
Pour sa Princesse de Montpensier, Bertrand Tavernier s’est donné les moyens de réussir. Casting brillant, costumes et décors splendides et un classique de la littérature comme base pour le scénario. Le succès semblait inévitable, mais il est passé totalement à côté. C’est un vrai gâchis, surtout que ce n’est pas forcément l’essentiel qui cloche, mais trop de détails constituant autant de tue l’amour.
Pour moi, le plus gros défaut reste la prestation d’une médiocrité à peine croyable des acteurs. Même Lambert Wilson déclame son texte plus qu’il ne le joue, comme s’il faisait partie d’une troupe de théâtre amateur, écumant les MJC de Poitou-Charentes (je n’ai rien contre les MJC du Poitou-Charentes, j’aurais pu tout aussi bien choisir n’importe quelle autre région, mais je trouvais que ça sonnait bien). Il faut dire que les acteurs ne sont pas vraiment aidés par les dialogues. Ca sonne comme du mauvais théâtre classique et on peut être à peu près sûr que personne sur terre n’a jamais parlé comme ça. Je dirais bien aussi beaucoup de mal de Gaspard Ulliel, mais j’en pensais déjà beaucoup, alors ça serait trop facile.
Un autre élément qui ne fonctionne pas, mais alors pas du tout, ce sont les scènes de combats ou de batailles. On y croit autant qu’à l’élection de Raymond Domenech au titre de personnalité française la plus populaire. En ayant l’air de manier une épée comme une manette de Wii, Lambert Wilson arrive tout de même à occire une bonne demi-douzaine d’adversaires qui l’attaquent un par un avec la lenteur d’un escargot après une entorse. Et je ne vous parle même pas du Duc de Guise qui se ballade à cheval au milieu d’un champ de bataille où tout le monde semble ravi de se faire tuer par lui.
Il ne reste plus donc qu’une histoire d’intrigues amoureuses à tiroir, vu le nombre impressionnant de prétendants que possèdent la belle Marie de Montpensier. Elle aurait pu posséder une certaine grandeur et une réelle noblesse si les défauts que je viens de citer ne la privait du moindre souffle. On au bien du mal à croire à tous ces élans amoureux qui s’expriment par des mots totalement improbables. Les personnages portent de bien beaux costumes, certes, mais c’est tout de même loin d’être suffisant.
La Princesse de Montpensier constitue donc une lourde déception. Pour une fois qu’un film français se donnait les moyens d’être visuellement spectaculaire, il a fallu que le reste apparaisse comme bâclée et prête plus à rire qu’à s’enthousiasmer. Dommage.
Fiche technique :
Production : Paradis Films, Pandora Filmproduktion, France 2 cinéma Réalisation : Bertrand Tavernier Scénario : Bertrand Tavernier, Jean Cosmos, François-Olivier Rousseau, d’après la nouvelle de Mme de La Fayette Montage : Sophie Brunet Photo : Bruno de Keyzer Décors : Guy-Claude François Distribution : StudioCanal Musique : Philippe Sarde Durée : 139 mn
Casting : Mélanie Thierry : Mademoiselle de Mezieres Lambert Wilson : Comte de Chabannes Gaspard Ulliel : Duc de Guise Grégoire Leprince-Ringuet : Prince de Montpensier Raphaël Personnaz : Duc d’Anjou Michel Vuillermoz : Duc de Montpensier
Dans la famille Scott, je voudrais le fils. Bonne pioche ! Welcome to the Rileys est le premier film (d’envergure) de Jake Scott, le fils de Ridley. Et il prouve une nouvelle fois que la génétique joue tout de même un rôle dans l’émergence des talents artistiques. Bon évidemment, on est encore loin de pouvoir le comparer à son père, mais Jake Scott signe là une entrée remarquée dans le grand monde, à défaut d’être fracassante.
Doug et Loïs Riley ne forment vraiment plus un couple unie et passionnée. Depuis la mort de leur fille dans un accident de voiture, cette dernière ne sort plus de chez elle et lui a pris une maîtresse. Lors d’un congrès professionnel à la Nouvelle-Orléans, Doug va croiser le chemin de Mallory, une jeune strip-teaseuse un peu paumée qui va réveiller en lui un certain instinct paternel. Va alors commencer une improbable amitié qu pourrait bien définitivement briser le couple.
Le thème des amitiés improbables est un grand classique du cinéma. Différence d’âge, d’éducation, de milieu social, de couleur de peau, le 7ème art a tout explorer en long en large et en travers. Le sujet central de Welcome to the Rileys n’est donc pas particulièrement surprenant ou original. Par contre, on appréciera comment Jake Scott l’a enrichi en le mélangeant avec d’autres thèmes comme le deuil ou l’usure du temps dans le couple. C’est la somme de tout ça, qui aboutit à une sorte de ménage à trois, qui rend le film un tout petit peu plus intéressant que la moyenne.
On peut aussi reprocher à Welcome to the Rileys d’être une énième célébration des valeurs familiales à l’Américaine, qu’Hollywood sait si bien cuisiner à tous les sauces, parfois jusqu’à la nausée. Pourtant, sans rien dévoiler du dénouement, ce film nous offre une vision un peu plus subtile et un peu moins manichéenne que d’habitude. Il ne se termine pas dans un happy end béat autour de la dinde de Thanksgiving, même s’il est tout de même profondément marqué par cette culture typiquement américaine. Le ton reste avant tout léger et résolument optimiste, ce qui rend le film plutôt sympathique.
Welcome to the Rileys se démarque aussi par une grande qualité de réalisation. Et là, on voit bien que Jake Scott à de qui tenir. Pourtant, il n’y a ni action, ni effets visuels ou spéciaux pour briller avec une caméra. Mais c’est justement savoir filmer les simples relations humaines en leur offrant une forme aussi réussie que le fond qui fait la marque des grands réalisateurs. Il faudra biens sûr d’autres film à Jake Scott pour confirmer ces promesses, mais il a dors et déjà démontré un vrai sens de l’image et de la mise en scène.
Welcome to the Rileys nous permet aussi de retrouver avec grand plaisir James Gandolfini, qui réussit doucement son passage du petit au grand écran. Espérons qu’il ne restera pas pour toujours Tony Soprano. En tout cas, dans ce film, il prouve que son charisme est intact, même quand il n’incarne pas un mafieux dépressif. Il porte une large part du film sur ses épaules, même si la jeune et talentueuse Kristen Stewart ne s’en laisse pas compter.
Welcome to the Rileys n’est donc pas le film du siècle, le sujet ayant été déjà trop souvent traité. Cependant, il restera comme tous ces films qu’on oublie un peu avant de dire « ah oui, c’était pas mal » le jour où on est amené à en reparler. En tout cas, on attend avec impatience le retour de Jake Scott derrière la caméra.
Fiche technique : Production : Scott Free Productions et Argonaut Pictures Distribution : BAC Films Réalisation : Jake Scott Scénario : Ken Hixon Montage : Nicolas Gaster Photo : Christopher Soos, CSC Décors : Happy Massee Musique : Marc Streitenfeld Durée : 110 mn
Casting : James Gandolfini : Doug Riley Kristen Stewart : Mallory Joe Chrest : Jerry Melissa Leo : Lois Riley Ally Sheedy : Harriet Tiffany Coty : Tara Eisa Davis : Vivian Peggy Walton Walker : Brenda
Patricia Cornwell et son personnage Kay Scarpetta sont devenus emblématiques du polar moderne. Personnellement, j’ai lu les deux premiers volets de la série, Postmortem et Mémoires Mortes, mais je n’avais vraiment pas accroché. J’ai eu l’occasion de me procurer Tolérance Zéro, un roman qui ne fait partie d’aucune série, de la même auteur et je me suis dit, laissons-lui une nouvelle chance. Mais je dois l’annoncer, avant que cela ne fasse la une de Voici, Patricia et moi, c’est définitivement fini.
L’inspecteur Win travaille sous les ordres du procureur Monique Lamont, qui a décidé de briguer le poste de gouverneur du Massachusetts. Comme programme, elle propose la tolérance zéro pour tous les crimes et délits, grâce aux moyens offerts par les analyses ADN. Pour prouver l’efficacité de sa doctrine, elle décide de réexaminer des dossiers vieux de 20 ans. Mais l’inspecteur Win va vite sentir qu’il s’agit de bien plus que de simplement retrouver un coupable.
Tolérance Zéro présente un gros avantage, il est court. En fait, sa brièveté est peut-être en partie responsable du manque d’intérêt présenté par l’intrigue, mais au moins, ça abrège les souffrances du lecteur. Bon, ok, souffrance est sans doute un bien grand mot. Disons simplement, une absence totale de passion et d’enthousiasme.
L’histoire avait pourtant du potentiel. Crimes, sciences et politique auraient pu se mêler dans une intrigue complexe et pleine de surprises. Il n’en est rien et si tous ces éléments se mélangent bien, c’est pour nous offrir une soupe fade et sans aucun piment. Tolérance Zéro semble parfois être le brouillon d’une œuvre plus ambitieuse. Malheureusement, il s’agit bien de sa version définitive. Et on peut vraiment le regretter car les personnages méritaient un autre sort. C’est vraiment étonnant d’une auteur de cette renommée et de ce calibre. Tout le monde a droit à des vacances, même le cerveau de Patricia Cornwell, mais on n’est pas non plus obligé de les publier.
Ce qui sauve aussi, un peu, Tolérance Zéro, c’est le style de Patricia Cornwell qui reste agréable à lire. Là encore, on peut toujours dire que ça aide à faire passer la pilule plus vite. Il n’aurait plus manqué que les pages soient pénibles à parcourir. Non, elles sont juste relativement inintéressantes. Après, reste le débat entre vaut-il mieux du rien bien écrit que du contenu rédigé avec les pieds ? Mais bon, vue la quantité de polars qui sont publiés, on est en droit d’attendre du contenu bien écrit.
Tolérance Zéro laisse donc une impression entre gâchis et foutage de gueule. Soit Patricia Cornwell s’est pris les pieds dans le tapis, soit elle a juste décidé de publier un manuscrit pas terrible, mais dont elle savait qu’il allait bien s’en vendre assez pour gagner quelques sous. On peut bien incriminer son éditeur également, mais je pense qu’une auteur de cette notoriété peut bien passer outre son avis. Bref, un carton jaune à Patricia !
Bon de toute façon, comme je l’ai dit en introduction, je n’accrochais déjà pas trop à la base avec l’univers de Patricia Cornwell. Ce n’est pas ce pâle roman qui va me faire changer d’avis.
Douglas Kennedy est un des auteurs les plus en vogue du moment et à raison. Un succès international mérité pour un auteur qui nous livre une vision critique, ironique ou tendre de notre société. Il manquait encore une adaptation réussie à l’écran pour un de ses romans… Bon en fait, il y’avait déjà Bienvenue à Woop Woop, tiré de Cul de Sac, mais qui s’en souvient ? Hollywood ne pouvait donc passer plus longtemps à côté… Bah en fait si, puisque l’adaptation en question est française avec L’Homme qui Voulait Vivre sa Vie, avec l’acteur préféré de ses dames, Romain Duris.
Paul Exben est avocat d’affaires, une belle maison, une belle femme, de beaux enfants. Tout pour être heureux en somme. Mais il a mis depuis longtemps de côté son grand rêve, celui de devenir photographe. Un rêve qui va resurgir alors qu’une série d’évènements inattendus vont le pousser à fuir sa propre existence.
Douglas Kennedy étant spécialiste des virages brutaux à 90° dans ses récits, j’ai dévoilé le minimum vital pour le synopsis car en dire plus serait déjà en dire trop. L’Homme qui Voulait Vivre sa Vie est un film qui nous emmène beaucoup plus loin que ce que laissent présager les premières minutes du film et il serait vraiment dommage de dévoiler à l’avance la destination. Comme souvent dans la vie, le plaisir est dans la surprise.
Le titre même de L’Homme qui Voulait Vivre sa Vie parle de lui-même quant au sujet du film. Mais comme dans tout récit imaginé par Douglas Kennedy, les thèmes abordés ne le sont pas au travers de réflexions contemplatives, mais bien à travers des péripéties et des rebondissements. En cela, les scénaristes, Eric Lartigau, aussi réalisateur, et Laurent de Bertillat, ont tout à fait respecter l’esprit de l’auteur original (même si je dois avouer que je n’ai pas lu le livre).
Par contre, un élément est absent de L’Homme qui Voulait Vivre sa Vie, qui l’est peut-être aussi du roman, mais qui est généralement caractéristique de l’œuvre de Douglas Kennedy. En effet, le film est presque totalement dénué d’humour, même noir, même au 26ème degré. Cette absence plombe quelque peu le récit et lui donne une prétention, qui gâche un peu ses bons côtés. La réflexion reste pertinente, l’intrigue parfois surprenante, mais le toute se prend quand même un tout petit peu trop au sérieux.
Et c’est particulièrement dommage car cela amène une sous-exploitation du talent de Romain Duris. Seule la scène d’ouverture laisse entrevoir son potentiel pour passer du comique au tragique avec la même réussite. Après, il livre une prestation certes brillante, mais sans génie, car trop limitée à un seul registre. Romain Duris est un acteur génial, qui aurait pu rendre l’Homme qui Voulait Vivre sa Vie génial, mais la réalisation d’Eric Lartigau ne lui permet que d’être bon. C’est déjà pas mal, mais un tantinet frustrant.
D’autres adaptations de Douglas Kennedy sont programmés ici et de l’autre côté de l’Atlantique. Espérons qu’elles exploitent totalement la grande richesse de l’œuvre de cet auteur. L’Homme qui Voulait Vivre sa Vie n’y parvient qu’imparfaitement, assez pour intéresser le spectateur, pas assez pour le passionner.
Fiche technique : Production : Europacorp, TF1 Films productions, Ciby 2000 Distribution : Europacorp distribution Réalisation : Eric Lartigau Scénario : Eric Lartigau, Laurent de Bartillat, d’après le roman de Douglas Kennedy Montage : Juliette Welfling Photo : Laurent Dailland Décors : Olivier Radot Son : Pierre Excoffier, Gwenolle Leborgne, Dominique Gaborieau Musique : Evguéni Galperine, Sacha Guelperine Durée : 115 mn
Casting : Romain Duris : Paul Exben Marina Foïs : Sarah Exben Catherine Deneuve : Anne Niels Arestrup : Bartholome Branka Katic : Ivana Eric Ruf : Grégoire Enzo Caçote : Hugo
Je pense que quasiment tout le monde a désormais compris qu’il n’y avait pas d’armes de destruction massive en Irak, contrairement à ce qu’a affirmé, contre vents et marées, l’administration Bush. S’il y’en encore qui ont quelques doutes, ils peuvent aller voir Fair Game, qui nous plonge au cœur des processus de manipulation de l’opinion et surtout de la vérité, orchestrés depuis la Maison Blanche.
Valerie Plane est une brillante analyste et agente de terrain de la CIA, spécialisée dans la non-prolifération nucléaire. Chargée d’apporter des preuves sur l’existence d’un programme d’armement en Irak, elle ne peut que conclure que rien ne donne à penser qu’une telle chose puisse exister. Et quand son mari, Joe Wilson, ancien ambassadeur, lui-même impliqué dans l’enquête de sa femme, décide de prendre la plume pour attaquer le discours officiel, l’administration décide de jeter la réputation de sa femme aux chiens et surtout de révéler sa vraie profession, grillant ainsi sa couverture et ses missions en cours.
Du coup, Fair Game est un film vraiment intéressant, si ce n’est qu’il développe une théorie que l’on connaît déjà très bien. Il n’y a pas de révélations dans ce film, qui ne nous apprend rien de nouveau. Certes, on en apprend un peu plus sur les rouages exactes de la manipulation, mais comme je l’ai dit, le tout n’est pas traité avec assez de recul et d’objectivité pour que l’on puisse prendre ça pour argent comptant.
L’autre aspect développé dans Fair Game est les relations au sein du couple Valerie Plane – Joe Wilson, qui évidemment est bien chahuté par la tempête médiatique à laquelle il est exposé. Cet aspect là aussi est un peu mi-figue, mi-raisin. D’un côté, on retrouve le discours très hollywoodien sur l’importance des valeurs familiales à l’américaine. Aucune surprise de ce côté là, voire même un peu d’exaspération chez le spectateur. Mais d’un autre côté, la performance du duo Sean Penn – Naomi Watts est à l’origine d’une large part de l’intérêt que l’on peut porter à ce film. Deux acteurs au sommet de leur art et de leur maturité. Il est évidemment que sans eux, le film aurait sombré définitivement du côté obscur.
Fair Game est donc un film largement prévisible dans le fond. Mais la forme en fait tout de même un film où on ne s’ennuie pas, à défaut d’être passionné par le propos. La réalisation de Doug Liman n’est pas la plus imaginative qui soit, mais elle prouve que même un second couteau hollywoodien est capable de faire preuve d’assez d’efficacité pour divertir un large public.
Paradoxalement, Fair Game n’est pas forcément à conseiller à ceux que le sujet passionne. Sûrement pas un grand film politique ou sentimental, mais un divertissement tout de même très intelligent et pas si mal foutu que ça.
Fiche technique : Production : River Road Entertainment, Participant Media Imagenation Abu Dhabi, Zucker pictures, Weed Road pictures, Hypnotic Réalisation : Doug Liman Scénario : Jez Butterworth, John-Henry Butterworth, d’après Fair Game de Valerie Plame Wilson et The Politics of Truth de Joseph Wilson Montage : Christopher Tellefsen Photo : Doug Liman Décors : Jess Gonchor Distribution : UGC Distribution Musique : John Powell Costumes: Cindy Evans Durée : 106 mn
Casting : Naomi Watts : Valerie Plame Wilson Sean Penn : Joseph Wilson Sam Shepard : Sam Plame Bruce McGill : Jim Pavitt David Andrews : Lewis Libby
Depuis quelques années, Javier Bardem est devenu un des acteurs les plus en vogue du 7ème art. Il faut dire qu’il y’a de quoi, entre charisme et talent fous. Il fait aussi parti de ces acteurs qui savent se métamorphoser physiquement pour chacun de leur rôle, tels un Johnny Depp ou un Russel Crowe. Il fait donc partie de ces acteurs autour duquel on peut imaginer bâtir entièrement un film. C’est le cas de Biutiful, le 4ème film de Alejandro Gonzalez Inarritu.
Uxbal gagne comme il peut sa vie. D’un côté, il fournit du travail à des immigrés sans papier, de l’autre, il monnaye sa capacité à parler aux fantômes de ceux qui viennent juste de mourir. Ainsi, il peut prendre soin de ses deux enfants, dont la mère, bipolaire et incontrôlable, n’est pas d’un grand secours. Mais comment va-t-il pouvoir continuer ainsi alors qu’il apprend qu’il est mourrant ?
Alejandro Gonzalez Inarritu n’a pas une longue filmographie mais de celle qui compte. Après s’être fait remarquer avec le formidable Amours Chiennes, il était parti à Hollywood signer 21 Grammes et Babel, unanimement salués par la critique du monde entier. Mais je dois avouer que si le premier fait partie de mes films préférés par son énergie et la force qu’il dégage, les deux autres, nettement plus contemplatifs, m’avaient laissé relativement froid, pour ne pas dire glacé dans le cas de Babel.
On dira que Biutiful se situe un peu entre ces deux extrêmes. Après, le Mexique et les Etats-Unis, il a tourné son nouveau film en Espagne et il y’a effectivement quelque chose de très européen dans Biutiful. Enfin, on retrouve quand même une vraie patte Inarritu et pas simplement parce que le film est encore une fois assez long (2h15). Encore une fois, il signe un film d’une beauté et d’une maîtrise visuelles magistrales. La manière dont il filme ses personnages et ses décors expriment largement autant de choses que les dialogues. Inarritu nous parle au travers de sa caméra, exprimant des sensations que des mots ne sauraient faire naître.
Mais voilà, Biutiful possède aussi ce côté contemplatif qui va parfois un peu trop loin. On n’est loin du très onirique Babel, mais on y retrouve pas du tout la même énergie que dans Amours Chiennes. Le film est sans doute trop beau pour que le spectateur y rentre totalement. On reste à l’extérieur, admiratif certes, comme devant un magnifique tableau, mais sans jamais amorcer un processus d’attachement ou d’identification. L’émotion est bien là, on la comprend, on y assiste, mais sans totalement la partager. Ce film aurait pu être incroyablement bouleversant, mais au final, il ne provoque que de l’admiration. Mais on aime pas toujours ceux que l’on admire.
Biutiful restera néanmoins un des rôles les plus remarquables de Javier Bardem. Il y est moins extraordinaire que dans No Country for Old Men, mais porte littéralement le film sur ses épaules. L’histoire étant uniquement centré sur son personnage, il apparaît à l’écran 90% du temps. Heureusement, son charisme lui permet d’y faire face avec tout le talent qu’on lui connaître et d’être un parfaite relais de la caméra exigeante d’Inarritu.
Bitutiful est donc un très beau film assurément, mais qu’une sorte de perfection habille d’une froideur, là où l’émotion aurait du jaillir en bouffées incontrôlées.
Fiche technique : Production : Menage Atroz, MOD producciones Réalisation : Alejandro Gonzalez Inarritu Scénario : Alejandro Gonzalez Inarritu Montage : Stephen Mirrione Photo : Rodrigo Prieto Décors : Brigitte Broch Distribution : ARP Selection Musique : Gustavo Santolalla Durée : 138 mn
Casting : Javier Bardem : Uxbail Maricel Alvarez : Maramba Hanna Bouchaib : Ana Diaryatou Daff : Ige Guillermo Estrella : Mateo Luo Jin : Liwei Cheng Tai Shen : Hai Eduard Fernandez : Tito Riben Ochandiano : Zanc
Marier l’eau et le feu n’est pas toujours chose aisée. En musique également. Mais quand ce mariage est réussi, cela peut donner de très beaux moments d’harmonie. C’est le cas avec le duo entre l’Ecossaise Isobel Campbell et l’Américain Mark Lanegan, connu notamment pour être le chanteur des Queen of the Stone Age. La grâce et la légèreté de la voix de la première n’ont d’égales que la profondeur et la gravité de celle du second.
Le mélange des deux donne donc Sunday At Devil Dirt, sorti en 2008 et qui est en fait la deuxième collaboration entre les deux artistes. Un troisième album est même sorti depuis. L’ambiance navigue entre folk, jazz et blues. Bref, des belles mélodies, de la musique douce et harmonieuse.
Pourtant, Sunday At Devil Dirt commence plutôt doucement. Les trois premiers morceaux sont largement dominés vocalement par la voix très grave de Mark Lanegan. Sa partenaire est presque reléguée au rang de choriste. Mais du coup, l’intérêt des morceaux est quelque peu limité, sans commune mesure avec ce qui suit. Car ensuite, la voix d’Isobel Campbell s’affirme et les morceaux se transforment en duos d’égal à égal. Et ce sont surtout la qualité et l’intérêt de titres qui augmentent.
Ensuite, il y’a comme une pause avec les titres Black Burner et Shot Gun Blues qui sont nettement plus moyens et surtout pas du tout dans l’esprit du reste. Heureusement, l’album se termine par 4 titres nettement meilleurs et qui nous permettent d’apprécier les deux voix et surtout leur symbiose. Bref, un album avec quelques trous d’air, mais dont heureusement les bons passages dominent largement.
Derrière les deux voix, les instrumentations sont souvent très sobres et discrètes. Elles sont totalement au service des deux interprètes, dont les voix sont tellement dissemblables que les possibilités de mélange semblent infinis. Une musique à la fois simple et complexe donc, à la fois épuré et sophistiqué. Mais surtout au charme et à l’harmonie indéniables.
Sunday At Devil Dirt constitue donc une vraie rencontre musicale qui prouve qu’en art, comme ailleurs, le tout est toujours infiniment supérieur à la somme des partis. On le voit bien ici puisque les titres où une voix l’emporte sur l’autre sont nettement moins remarquables que ceux où les deux s’épousent totalement. Isobel Campbell et Mark Lanegan sont deux artistes au talent indéniable, mais dont le talent est ici sublimé par celui de l’autre.
Si je devais tout de même émettre un léger bémol quant à Sunday At Devil Dirt est peut-être sont manque de variété dans le ton et le rythme des chansons. De plus, d’après ce que j’en lu sur leur première collaboration, ce deuxième album est dans sa droite lignée. Le mélange des deux voix aurait pu, à mon avis, se décliner au sein d’un registre musical plus large que la ballade folk. Ils maîtrisent parfaitement ce dernier genre et il est dommage qu’ils n’aient pas pris plus de risques artistiques en cherchant à s’aventurer hors de leur domaine de prédilection.
Sunday At Devil Dirt est donc un album qui, en dehors de quelques passages plus faibles, charmera plus d’un auditeur par la grâce et l’harmonie dégagées par ce duo.
Pour finir, faisons un peu le tour des titres que l’on trouve sur cet album.
1.Seafaring Song La voix caverneuse de Mark Lanegan prend largement le pas sur la voix de Isobel Campbell, le tout sur un air de guitare minimaliste.
2.The Raven Un morceau où Mark Lanegan prend vraiment une voix d’outre-tombe.
3.Salvation La voix de Mark est ici beaucoup plus claire, mais domine encore pour un son entre blues et country.
4.Who Built The Road Un titre plus rythmé, avec une instrumentation plus élaborée. Rappel fortement le duo Nick Cave – Kylie Minogue.
5.Come On Over (Turn Me On) Une chanson douce et jazzy, où les deux voix sont vraiment à égalité. L’album monte en puissance.
6.Black Burner Un titre psychédélique pas top.
7.The Flame That Burns Une chanson plus rythmée, tirant sur le blues et le rock. Le duo est vraiment en osmose, même si la mélodie tourne un peu en rond.
8.Shot Gun Blues Isobel Campbell est seule pour interpréter ce petit morceau de blues évaporé.
9.Keep Me In Mind Sweetheart Un titre country-blues classique mais très beau et très doux.
10.Something To Believe Une chanson très simple qui permet de profiter pleinement de la profondeur de la voix de Mark Lanegan.
11.Trouble Un beau duo des deux voix qui sonne comme un au revoir.
12.Sally Don’t Cry Mark Lanegan commence seul, puis est rejoint Isobel Campbell, sur une mélodie simple à la guitare pour un titre beau et efficace.
Le super-héros sont à la mode au cinéma, depuis que Sam Raimi a redonné vie au mythe de Spiderman. Mais à côté des héros Marvel classiques, on a pu voir quelques productions s’amusant à traiter le sujet sur le ton de la parodie. Les Indestructibles, Hanckok, Kick-Ass nous ont fait rire tour à tour. Voici venu Moi, Moche et Méchant, qui cette fois épouse le point de vue des méchants, qui sont toujours, on le sait bien, les personnages les plus intéressants.
Gru pensait que son titre de plus grand méchant du monde n’était pas près d’être remis en question. Mais quand quelqu’un arrive à voler la pyramide de Gizeh, il passe tout de suite pour un has been. Du coup, il aura bien du mal à faire financer son grand projet pour reconquérir son titre : voler la lune.
Contrairement aux trois films cités plus haut, Moi, Moche et Méchant vise un public nettement plus jeune. Les Indestructibles aussi diront certains, mais ce dernier possédait deux niveaux de lecture, dont un plus adulte, comme dans un album d’Asterix. Là, ça reste quand même nettement plus basique et on a beau chercher, on a bien du mal à trouver la moindre trace d’un second degré qui échapperait à nos chères têtes blondes.
Cependant, ce n’est pas pour ça que Moi, Moche et Méchant ne peut pas séduire un adulte… du moment qu’il ait gardé tout ou partie de son âme d’enfant. Je pense que quiconque me connaissant un minimum n’a plus aucun doute à ce sujet, et ne sera donc pas le moins du monde étonné que j’ai pu apprécier ce film qui m’a fait bien rire et fait passer un très bon moment.
Car même si l’humour de Moi, Moche et Méchant est accessible à tous les âges, il n’en reste pas moins efficace… et drôle surtout. Et pour de l’humour, cela constitue tout de même une qualité plutôt appréciable. Il y’a aussi du rythme dans ce film où gags et péripéties s’enchaînent pour ne laisser aucune place à l’ennui. Un scénario donc très réussi, pas exceptionnellement subtil vous l’aurez compris, mais efficace et distrayant.
L’esprit général de Moi, Moche et Méchant est proche des grands classiques du cartoon. On revient à des fondamentaux du film d’animation. On pourra qualifier ça à un manque d’ambition, mais comme la réussite est au bout, il serait bien sévère de transformer ce constat en reproche. Beaucoup de gags visuels donc, générés plus le plus souvent par les Minions, de petites créatures ovales et jaunâtres, qui servent d’assistants au méchant Gru… qui, en fait, n’est pas si méchant que ça, vous vous en doutez bien.
Moi, Moche et Méchant est également techniquement très réussi. Mais bon, quel film d’animation ne l’est pas aujourd’hui ? Le style est à mi-chemin entre un certain réalisme et la liberté totale des cartoons classiques. Les personnages sont moins stylisés que dans les Indestructibles par exemple, mais possèdent assez de personnalités pour que l’on s’y attache aussi visuellement. Le film est donc visuellement également agréable à suivre.
Moi, Moche et Méchant n’est donc pas un pur chef d’œuvre du film d’animation, mais constituera une agréable sortie familiale qui fera rire petits et grands.
Fiche technique : Production : Universal pictures, Illumination entertainment Distribution : Universal pictures international France Réalisation : Chris Renaud, Pierre Coffin Scénario : Cinco Paul, Ken Daurion d’après une idée de Sergio Pablos Montage : Pamela Ziegenhagen-Shefland, Gregory Perler Décors : Yarrow Cheney Musique : Pharrell Williams, Heitor Pereira Directeur artistique : Eric Guillon Durée : 95 mn
Casting : Steve Carell : Gru (vo) Russell Brand : Professeur Néfario Jason Siegel : Vector Julie Andrews : la mère de Gru Will Arnett : M. Perkins Kristen Wiig : Miss Hattie
Polar et exotisme sont deux notions qui vont généralement bien ensemble. Sûrement parce que le dépaysement est propice à faire naître le mystère. Bangkok possède qui plus est une réputation sulfureuse, du fait de l’omniprésence de l’industrie du sexe. Bref, un décor parfait pour un roman noir, comme l’est Bangkok Tattoo.
L’inspecteur Sonchaï Jitpleecheep est un flic à la thaïlandaise. Sa condition de gardien de la paix ne l’empêche nullement de participer activement à la gestion d’un club du quartier chaud de Bangkok, dont les propriétaires sont…sa mère…et son supérieur direct, le colonel Vikorn. Alors quand la prostituée vedette du club est impliquée dans le meurtre d’un agent de la CIA, tous vont être partagés en recherche de la vérité et protection de leurs intérêts personnels.
Bangkok Tattoo est le deuxième d’une série mettant en scène l’inspecteur Sonchaï Jitpleecheep. Il faut dire qu’une grande part de l’intérêt qu’il présente repose sur son personnage principal. L’histoire est racontée à la première personne et le narrateur n’hésite pas à interpeller le lecteur qu’il présume occidental. Ainsi, il nous fait partager des opinions et insiste beaucoup sur les différences culturelles entre nos deux mondes, ironisant souvent sur le comportement des Occidentaux dans son pays. Cela crée une certaine complicité entre le lecteur et le principal protagoniste de cette histoire. C’est surtout à l’origine d’une réelle originalité sur la forme, qui ne constitue pas qu’un gadget, mais apporte un vrai plus.
Parce que pour le reste Bangkok Tattoo reste dans la lignée des bons polars, sans vraiment proposer une intrigue réellement exceptionnelle. J’ai presque même envie de dire que le dénouement ne bouleverse pas vraiment le lecteur. Disons, que l’on ne brûle pas de savoir le pourquoi du comment à chaque page. L’intérêt, encore une fois, est ailleurs. Dans les personnages donc, et dans le portrait qui est fait de la société thaïlandaise en dehors du regard biaisé des touristes. Après, l’intrigue policière apporte un fil rouge narratif qui donne un sens à ce voyage dans les bas-fonds de Bangkok, et même ailleurs dans le pays.
John Burdett est donc un auteur particulièrement intelligent, sachant parfaitement donner une vraie personnalité à ses intrigues et à multiplier les sources d’intérêt pour le lecteur. On peut ajouter à ça une plume très agréable à suivre, sachant parfaitement équilibrer les descriptions, les dialogues et les péripéties. Bref, cela donne envie de découvrir l’ensemble de la série car je suis persuadé que Bangkok recèle bien assez de surprises pour occuper plus d’un roman. Avec l’inspecteur Sonchaï Jitpleecheep, il tient là un personnage que le lecteur a très envie de revoir à l’œuvre.
Bangkok Tattoo ne vous dispensera pas d’acheter un guide touristique si jamais vous veniez à vous rendre en Thaïlande. Mais elle donne envie de réellement connaître cette contrée exotique d’une façon inaccessible pour un touriste. Alors, évidemment, John Burdett est un Anglais qui, même s’il a longtemps vécu en Extrême-Orient, et on peut toujours remettre en cause sa faculté à vraiment nous faire partager un mode de pensée typiquement bouddhique et thaïlandais. Mais bon, encore une fois, il a assez de talent pour qu’on y croit totalement.
Bangkok Tattoo n’est donc pas un grand polar en tant que telle, mais possède une forme et une richesse qui en font une œuvre plaisante à suivre, dépaysante et originale.
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