LA PLAISANTERIE EST FINIE

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lyonpsg22Après avoir connu un début de championnat étonnant, où seulement 6 points séparaient le leader du premier relégable, la Ligue 1 semble avoir retrouvé la raison et nous offre enfin une hiérarchie beaucoup plus claire. Les tubes de ce début d’automne, Rennes, Saint-Etienne puis Montpellier, commencent sérieusement à patiner et laissent peu à peu filer les favoris… Certains diront les gros budgets.

Un quatuor semble parti pour se disputer le titre. A leur tête, l’Olympique de Marseille qui a enfin retrouvé l’élan de la saison dernière. Mais attention, sa situation rappelle de plus en plus celle de Bordeaux la saison dernière. Champion en titre, un collectif rodé, une avance au classement qui semble grandir inexorablement… les points communs sont nombreux. Espérons pour les Olympiens qu’ils ne connaîtront pas la même explosion en plein vol.

Derrière deux outsiders que l’on attendait et qui ont livré un affrontement de très haut niveau ce week-end. L’Olympique Lyonnais et le Paris-Saint-Germain semblent armés pour disputer le titre. Pour le premier, on s’y attendait, même si son début de championnat catastrophique nous avait fait douter le temps de quelques journées. Par contre, on n’attendait pas forcément les Parisiens à ce niveau. Certes, le recrutement était prometteur, mais les déceptions furent trop nombreuses ces dernières saisons pour y croire vraiment. Tout va bien pour l’instant, mais connaissant l’histoire du club, on se dit qu’une sortie de piste est toujours possible.

Enfin, et on l’oublie certainement trop souvent, il reste Lille et son armada offensive. Son jeu est par moment irrésistible et il possède de loin l’effectif le plus riche du championnat pour ce qui est de la ligne d’attaque. Mais avec Landreau dans les buts et deux milieux défensifs comme Cabaye et Mavuba, on se dit que cette équipe recèle bien d’autres richesses. Sur la continuité de sa formidable deuxième moitié de saison de l’année dernière, elle n’a aucun complexe à nourrir et aucune raison de douter.

Et Bordeaux ? Peu convainquant dans le jeu, sans performance remarquable, à part une victoire un rien miraculeuse au Parc en début de saison, l’équipe de Jean Tigana est pourtant bien présent dans le peloton de tête. Les départs de Chamakh et Gourcuff ont bien sûr considérablement affaibli l’équipe. Cependant, le groupe compte encore la plupart des joueurs qui dominaient le championnat de la tête et des épaules. Ne les oublions donc pas.

En tout cas, cela nous promet un championnat passionnant et ça, c’est une très bonne nouvelle !

LE NOM DES GENS : Du rire intelligent

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lenomdesgensafficheQu’est ce qui constitue notre identité ? Voilà une question fort profonde, mais qui peut être traitée avec intelligence et surtout beaucoup d’humour. La preuve en est avec Le Nom des Gens une très bonne comédie française qui sait être à la fois drôle et intelligente. Même si certains riront plus que d’autre.

Bahia Benmahmoud et Arthur Martin sont différents du tout au tout. L’une est extravertie, jeune et délurée, l’autre est discret, quadragénaire et un rien coincée. Ils portent néanmoins tous deux sur leurs épaules le poids de l’histoire familiale. Une attraction irrésistible naît pourtant entre les deux. Mais leur histoire résistera-t-elle à un léger point de détail : s’ils partagent tous les deux les mêmes convictions politiques, la belle Bahia mène la lutte d’une manière plutôt originale : elle couche avec les gens de l’autre bord pour les convertir…

Le Nom des Gens parle de choses sérieuses, voire très sérieuses, comme la Shoah, mais avec un humour réjouissant qui ne compromet en rien la finesse du propos. C’est vraiment là que réside le grand intérêt de ce film, car arriver à un tel équilibre n’est pas chose aisée et Michel Leclerc y est arrivé à la perfection. De l’intelligence rafraîchissante, jamais prise de tête, mais qui nous amène dans une vraie réflexion. Bref, on retrouve là ce que le cinéma français sait faire de mieux, mais qu’il ne fait malheureusement pas si souvent que ça.

Le film parle aussi beaucoup de politique. Et là, je dois bien l’admettre, il vaut mieux être du bon bord pour totalement apprécier ce film… ou alors avoir beaucoup d’humour. Car pour rire réellement à plein poumon en voyant la jeune Bahia fondre en larmes après avoir été contrainte de voter Chirac en 2002, il vaut mieux, à mon sens, avoir eu la même réaction à l’époque… Ok, je change de sujet, parce que j’ai quelques larmes qui me montent aux yeux…

lenomdesgensPlus généralement, la principale limite de Le Nom des Gens réside dans son inégalité. Que ce soit dans l’humour ou la réflexion, il recèle quelques moments un peu faibles. Oh rien de bien méchant, ni de bien long surtout, rien qui ne gâte réellement le plaisir, mais juste assez pour ne pas classer ce film parmi les petits chef-d’œuvres. Il reste un film remarquable, bourré de qualités vraiment rares, mais il manque un petit je ne sais quoi pour en faire véritablement un film culte.

Le Nom des Gens est largement porté par son duo d’acteurs. On ne présente plus Jacques Gamblin et on s’étonnera surtout pas qu’il soit dans ce film, comme à son habitude, réellement excellent. Un films entre sérieux et comédie, c’est tout à fait ce qu’il lui faut, lui qui brille aussi bien dans un registre que dans l’autre. A ces côtés, la magnifique, la pétillante, la troublante Sara Forestier. Il est loin le temps de l’Esquive, où elle n’avait d’actrice que le titre. Désormais, elle joue la comédie et rayonne à l’écran. De toute façon sans une actrice au charme dévastateur, jamais son personnage n’aurait jamais eu la moindre crédibilité.

Le Nom des Gens est donc une comédie intelligente des plus réussie qui séduira peut-être plus un électorat que l’autre… Mais enfin, comme dans le film, qui pourrait résister à Sara Forestier ?

Fiche technique :
Production : Delante Films, Kare productions
Réalisation : Michel Leclerc
Scénario : Michel Leclerc, Baya Kasmi
Montage : Nathalie Hubert
Photo : Vincent Mathias
Décors : Jean-Marc Tran Tan Ba
Distribution : UGC Distribution
Musique : Jérôme Bensoussan, David Euverte
Durée : 95 mn

Cating :
Jacques Gamblin : Arthur Martin
Sara Forestier : Bahia Benmahmoud
Zinedine Soualem : Mohamed Benmahmoud
Jacques Boudet : Lucien Martin
Michelle Moretti : Annette Martin
Carole Franck : Cécile Benmahmoud
Lionel Jospin : Lionel Jospin

INSIDE JOB : Simplement indispensable

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insidejobafficheLa crise économique que nous venons de connaître et que nous nous connaissons encore a fait couler beaucoup d’encre. Les facteurs qui l’ont déclenchée touchent à la finance et ne sont pas toujours évidents à saisir. L’excellent documentaire Inside Job, actuellement sur nos écrans, nous aide à y voir plus clair et à comprendre avant tout ce qui a conduit le système financier à connaître un tel séisme. Et surtout à démontrer qu’ils étaient nombreux à savoir qu’on en arriverait là et que personne n’a rien fait, de peur de compromettre les profits à courts termes.

Inside Job possède un narrateur de choix puisqu’il s’agit de Matt Damon. Cependant, le film repose surtout et avant tout sur des interviews d’acteurs divers et variés, dont par exemple Dominique Strauss-Kahn et Christine Lagarde. Il liste aussi tous ceux ayant refusé d’être interrogés, et ils sont nombreux, et bizarrement il s’agit surtout de gens qui auraient éventuellement de petites choses à se reprocher…

Mais d’autres ont fait face et essayent tant bien que mal de se justifier. Le plus souvent plus mal que bien et certains, sentant le contrôle leur échapper, tentent d’esquiver les questions. C’est sûrement le plus grand intérêt d’Inside Job d’arriver à mettre un certain nombres de responsables devant leurs contradictions et leurs… responsabilités (puisque, logiquement, un responsable en a). Leurs réactions face à elles en disent un million de fois plus que tous les discours du monde. Un silence gêné, un bafouillement soudain, un argument d’une faiblesse sidérante sorti sous le coup de la panique… autant de propos involontaires qui ont au moins le mérite de la franchise.

A côté de ça, Inside Job possède à la fois une grande force et une grande faiblesse. En effet, si vous vous êtes déjà largement renseignés sur le sujet, le film ne comportera pas non plus d’informations spectaculairement nouvelles. Par contre, si vous voulez un panorama complet et clair, qui vous expliquera simplement mais non de manière simpliste le pourquoi du comment, alors ce film est fait pour vous. Il constitue de ce qui se fait de mieux en la matière. Dans tous les cas, vous trouverez le propos passionnant et surtout remarquablement tenu.

Si je devais faire une seule critique, qui n’en est pas vraiment une, je dirais que j’ai tout de même préféré, sur le même sujet, le film de Michael Moore : Capitalism a Love Story. Bien sûr, leur nature n’est pas tout à fait la même. Inside Job est un documentaire, l’autre un pamphlet à charge. Mais pour le premier l’accroissement des inégalités constitue l’élargissement final, quand il constitue le point de départ du second. Je trouve cette dernière démarche plus pertinente, mais c’est une opinion toute personnelle.

insidejobOn pourra aussi reprocher à Inside Job un certain angélisme quand il aborde les mesures prises par l’Union Européenne en termes de régulation financière, qui ne sont pas, contrairement à ce qui est dit, spectaculairement plus poussées que le plan de Barack Obama. C’est un point de détail certes, mais qui montre que quoi que l’on fasse, un tel sujet ne peut être traité sans au moins une petite part de subjectivité. Cependant, Inside Job laisse la parole à toutes les parties qui exposent leur point de vue en tout liberté. Après, quand on les titille un peu, parfois, le masque tombe, mais non ne va pas non plus reprocher aux auteurs d’avoir fait ce que devrait faire tout journaliste digne de ce nom.

Inside Job est donc un documentaire passionnant, pédagogique et indispensable à tous ceux qui cherche une source claire pour mieux comprendre les heures que nous vivons et surtout les mécanismes qui nous y ont conduit.

Fiche technique :
Production : Sony Pictures Classics, Representational Pictures
Réalisation : Charles Ferguson
Scénario : Charles Ferguson
Montage : Chad Beck, Adam Bolt
Photo : Kalyanee Mam, Svetlana Cvetko
Distribution : Sony pictures
Son : John Bowen
Durée : 100 mn

DIS, C’EST ENCORE LOIN LA COUPE DU MONDE ?

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franceaustralieUne rouste, une branlée, une dérouillée, une fessée cul nu avec un martinet à piquants… On peut appeler ça comme l’on veut, mais ce qu’a subit ce soir le XV de France va au-delà de l’humiliation. Ce n’est pas la première fois que l’on se fait cartonner par une équipe de l’hémisphère sud. Mais 59 points à domicile, cela s’apparente à une défaite historique. A moins d’un an de la Coupe du Monde, on est en droit de s’inquiéter.

On le sait, ces confrontations Nord-Sud sont souvent faussées par des différences de qualité de préparation. Dans l’autre hémisphère, tout est pensé et organisé pour mettre les équipes nationales dans les meilleures conditions. En Europe, ce sont les compétitions de clubs qui rythment la saison. Dans un sport aussi physique que le rugby, cela peut aboutir à des différents énormes. Aussi énorme que 46 points en une mi-temps ?

Cette défaite pose tout de même question sur la qualité de sélectionneur de Marc Lièvremont. Depuis sa prise de fonction, on ne peut pas vraiment constater de progrès flagrants, ni de projet de jeux visible. Il est peu probable que le XV de France attaque la prochaine Coupe du Monde avec tous les joueurs présents sur la pelouse du Stade de France ce soir. Il serait pourtant temps qu’un noyau de titulaires indiscutables se détache. Choisir à la tête de l’Equipe de France un homme sans aucune expérience en club constituait peut-être une grave erreur.

Y’a’t-il tout de même des raisons d’espérer ? On peut toujours ne retenir que la première mi-temps au bout de laquelle le XV de France menait 16 à 13 (ce qui rend la seconde mi-temps encore plus incroyablement humiliante). Certes, ce score tenait du miracle car la domination australienne était déjà impressionnante. Les tricolores n’existaient que par la domination de leur mêlée. Une domination rare à ce niveau, mais qui s’est étiolée au fur et à mesure du match.

Une bonne mêlée, c’est une bonne base sur laquelle bâtir une équipe. Le problème, c’est que cette base existe depuis longtemps. Par contre, pour l’équipe, on attend toujours… 

LOYALTY TO LOYALTY (Cold War Kids) : On n’aime ou on n’aime pas… Je n’aime pas !

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loyaltytoloyaltycoldwarkidsCold War Kids était un groupe que je connaissais de nom et surtout d’une réputation plutôt flatteuse, apparaissant comme un des groupes les plus intéressants de la scène rock mondiale, qui est tout de même très encombrée. J’attendais donc beaucoup de l’écoute de Loyalty to Loyalty.

Les Cold Wars Kids sont un groupe américain formé en 2004, originaire de Californie. Loyalty to Loyalty est sorti en 2008 et constitue leur deuxième album. Le premier, Robbers and Cowards était sorti deux ans plus tôt. Un troisième devrait sortir début 2011. Le groupe est composé de quatre membres : un chanteur, un guitariste, un bassiste et un batteur… Bref, difficile de faire plus classique pour un groupe de rock.

Pourtant, le son des Cold War Kids ne l’est pas vraiment. En tout cas, il possède une réelle personnalité qui le rend identifiable à quiconque connaît au moins un petit peu leur univers musical. Ce groupe s’est fait avant tout connaître par ses performances scéniques et ça ne m’étonne guère. La musique de Loyalty to Loyalty aurait peu de chance d’être sortie de la tête d’un producteur à tubes pour radio FM ou des guitares d’un groupe se contentant de reprendre ce qu’ont fait avant eux leurs aînés. Mais voilà, la musique, c’est souvent comme les gens, quand elle possède un forte personnalité, c’est tout ou rien. Soit on aime, soit on déteste… Et je suis malheureusement plutôt dans le second cas.

Un des premiers mots que j’ai écrit lors de ma prise de notes a été « dissonant ». Et cela résume assez bien le style musical de Cold War Kids. Ce qualificatif s’applique plus ou moins selon les titres de Loyalty to Loyalty. Mais cela reste tout de même une sorte de constante, comme si le chant et l’accompagnement n’avaient pas été écrits l’un pour l’autre. C’est parfois flagrant, parfois léger, mais dans tous les cas, ça m’a toujours un peu gâché le plaisir. En plus, leur rock est plutôt mélodique, rarement très énervé, donc l’énergie n’arrive pas à compenser ces défauts.

Le chant ou la musique ne sont jamais vraiment mauvais en eux-mêmes. Cette absence d’harmonie fait que les titres de Loyalty to Loyalty sont moins que la somme de leurs parties. Certes, du coup, on n’a pas l’impression d’avoir entendu ça mille fois. Mais franchement, pour certains titres, je comprends bien pourquoi. Au moins, ils échappent à l’étiquette de musique commerciale, mais entre la soupe et ça, il y’a quand même bien des intermédiaires me séduisant beaucoup plus que les Cold War Kids.

Encore une fois, j’insiste sur l’aspect très personnel de cet avis. Cependant, je pense qu’il est difficile de considérer les Cold War Kids comme un groupe très « accessible ». Après c’est une question de feeling. Je ne l’ai pas eu du tout avec Loyalty to Loyalty, malgré les qualités d’originalité que je lui reconnais volontiers. Je sais être sévère mais juste !

Je n’ai donc pas du tout apprécié Loyalty to Loyalty. Mais je laisse à chacun le soin de se faire sa propre opinion.

Pour finir, faisons le tour des titres de cet album.

1.: Against Privacy
Un titre dissonant, entre jazz et blues.

2.: Mexican Dogs
Un morceau très énergique, mais pas forcément entraînant.

3.: Every Valley Is Not A Lake
Un rock plus classique, un peu meilleur.

4.: Something Is Not Right With Me
Une chanson plus criée que chantée. Pas terrible.

5.: Welcome To The Occupation
Un titre auquel il manque encore une fois quelque chose, sans réelle harmonie.

6.: Golden Gate Jumpers
Un morceau jazz un peu rétro. L’intro est prometteuse, mais ça ne décolle pas ensuite comme on l’espère.

7.: Avalanche In B
Un titre complètement dissonant où le chanteur donne l’impression de manger le micro.

8.: I’ve Seen Enough
Un rock plus traditionnel qui commence assez mal, mais se révèle meilleur par la suite.

9.: Every Man I Fall For
Sombre, mélancolique, chiant…

10.: Dreams Old Men Dream
Une chanson assez bonne… mais être exceptionnelle.

11.: On The Night My Love Broke Through
Un titre aux sonorités blues mélancolique. Pas mal, mais manque un peu de relief.

12.: Relief
Un morceau tirant sur l’électro, assez pénible à écouter.

13.: Cryptomnesia
Une chanson épurée pour finir.

 

DATE LIMITE : Du rire crescendo

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datelimiteafficheLe duo comique formé d’un maladroit collant et d’un stressé sûr de lui est presque aussi vieux au cinéma que le cinéma lui-même. Au début, l’un déteste l’autre, mais au final, ils terminent super amis. Le schéma est connu, classique et sans surprise, mais quand ça fonctionne bien, ça continue d’offrir de très bons moments de détente et de rire. Voici, un nouvel exemple avec Date Limite, de Todd Philipps, qui nous avait fait mourir de rire il y’a un an avec son Very Bad Trip.

Peter Highman est pressé de rentré à Los Angeles car sa femme doit accoucher d’ici quelques jours. Malheureusement, il croise à l’aéroport Ethan Tremblay, aussi collant que maladroit. Suite à un quiproquo, ils se retrouvent tous les deux interdits de vol et se voient contraints de faire la longue route ensemble.
 
En fait, Date Limite est moins focalisé sur l’humour et plus sur les personnages, leurs relations, leurs états d’âmes, leur philosophie. On n’ira pas jusqu’à parler de réelle profondeur, mais le réalisateur cherche clairement à nous faire réellement connaître ses personnages et à faire naître l’attachement chez le spectateur. Sauf que cela reste relativement basique et ne présente pas de réel intérêt. Ou du moins, pas un intérêt à la hauteur du temps qui est consacré à cet aspect.

Heureusement, Date Limite va crescendo dans l’humour. Cet aspect-là prend de plus en plus de place au fil des minutes. Et c’est vraiment tant mieux, car à ce niveau-là, Todd Philipps possède un talent rare. Certes, cela reste cantonné au premier degré, mais cela fonctionne tellement bien que l’on ne voit pas pourquoi il chercherait à faire plus subtil. La dernière demi-heure est vrai bon moment d’humour intense qui vous fait rire à gorge déployée. Elle permet surtout de rester sur une très bonne impression et d’oublier un peu le début quelque peu poussif.

datelimiteDate Limite, comme tout film de ce type, repose énormément sur ses deux acteurs principaux. Et là encore, le bilan n’est pas homogène. En effet, Robert Downey Jr se contente vraiment du minimum, usant et abusant de son charme naturel, sans vraiment avoir l’air de trop fatiguer son talent. Du coup, il a bien du mal à donner l’ampleur à son personnage que Tood Philipps semblait souhaiter. A l’inverse, Zach Galifanakis s’en donne à cœur joie. Du coup, certains pourront dire qu’il en fait peut-être un tantinet trop. Mais comme son compère lui laisse tout le champs libre, il aurait bien eu tort de s’en priver. L’un ne compense pas tout à fait l’autre, mais s’il avait été lui aussi un ton en dessous, ce film aurait été vraiment raté.

Date Limite constitue donc une comédie sympathique, dont l’excellente dernière demi-heure nous permet de lui pardonner ses quelques faiblesses initiales. Tood Philipps est parti pour devenir un grand réalisateur de comédie. Espérons qu’il sache se focaliser sur ce qu’il sait faire de mieux.

Fiche technique :
Production : Warner Bros, Legendary Pictures, Green Hat Films
Distribution : Warner Bros France
Réalisation : Todd Phillips
Scénario : Alan R. Cohen, Alan Freedland, Adam Sztykiel, Todd Phillips
Montage : Debra Neil-Fisher
Photo : Lawrence Sher
Décors : Bill Brzeski
Musique : Christophe Beck
Durée : 100 mn

Casting :
Robert Downey Jr : Peter Higman
Zach Galifianakis : Ethan Tremblay
Michelle Monaghan : Sarah Hoghman
Jamie Foxx : Darryl
Juliette Lewis : Darryl
Danny McBrde : Lonnie
RZA : le douanier à l’aéroport 

RETOUR SUR UN MOIS CONSTERNANT

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sarkofillonAyant une vie mouvementée et dissolue, comme chacun le sait, j’ai quelque peu négligé ma rubrique actualités. Pourtant, il s’en est passé des choses depuis le 24 octobre. Et bien sûr, un homme continue d’occuper la une et de briller de mille feux. Je veux évidemment parler de notre cher et tendre Président, Nicolas Sarkozy.

Avec le feuilleton du remaniement, je crois qu’on a vraiment touché le fond en termes de dramatisation et de scénarisation de la vie politique, histoire d’occuper au maximum les médias et d’empêcher tout débat de fond ou d’idées. Mais en nous faisant lambiner six mois pour finalement reconduire François Fillon, Nicolas Sarkozy nous a surtout prouvé qu’il n’avait plus d’autre choix que de tout miser sur la mobilisation maximale de son électorat traditionnel. Une tactique qui peut paraître suicidaire, quand on sait que les élections se gagnent, au contraire, en mobilisant l’électorat « flottant ». Cependant, en se concentrant sur l’idéologie qu’il maîtrise le mieux, il pourrait se reprendre du poil de la bête d’ici 2012…

… si l’affaire de Karachi ne lui a pas explosé à la figure d’ici là. L’agressivité du Chef de l’Etat vis à vis des journalistes qui ont l’audace d’écrire sur le sujet montre bien que c’est la panique à bord. On trouve aujourd’hui sur Mediapart une excellente synthèse sur l’affaire, qui renvoie vers tous les documents, parfois publics, qui vont totalement à l’encore de la défense de Sarkozy : http://www.mediapart.fr/club/blog/francois-bonnet/241110/nos-lecteurs-mediapart-karachi-et-le-president Et il ne faut surtout pas oublier que l’affaire a repris de l’ampleur depuis un rapport d’enquête de la police luxembourgeoise. Il est tout de même difficile de penser que la justice du Grand Duché cherche à répandre de pures calomnies sur notre Président.

Enfin, la nouvelle qui ferait rire si elle était vraiment drôle est le revirement de l’ancien jeune militant UMP d’origine maghrébine qui s’était fait joyeusement insulté par Brice Hortefeux. Des propos pour lesquels l’ancien Ministre de l’Intérieur a été condamné pour injure raciale, il faut quand même le rappeler. Dans beaucoup de pays, cela aurait évidemment conduit à une démission immédiate, pas chez nous, où les dérapages racistes du gouvernement sont devenus trop fréquents pour provoquer une indignation d’ampleur. Une nouvelle preuve que la politique du pire finit par habituer le citoyen à tout et n’importe quoi.

Espérons que ce mois politiquement consternant finisse par pousser les Français à mener une cure de désintoxication contre le sarkozysme.

 

POTICHE : Ozon oserait presque

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poticheafficheFrançois Ozon est une des valeurs sûres du cinéma français, voir même mondial, puisqu’il a déjà eu la chance de tourner aussi de l’autre côté de l’Atlantique. Mais je me souviens bien de ma critique de Angel que j’avais intitulée « Si Ozon osait ». En effet, malgré une impressionnante maîtrise technique et une grande diversité dans les genres abordés, il nous livre toujours des films brillants mais très académiques. Qu’en est-il de son dernier long métrage, Potiche ?

Robert Pujol est le patron d’une usine de parapluies dans le Nord. Un patron réactionnaire et tyrannique, détesté par tous ses employés. Et il se comporte exactement de la même façon chez lui, où sa femme, Suzanne est reléguée au rang de potiche. Mais une grève et un infarctus vont largement modifier les rôles.

Potiche est tirée d’une pièce de Barrillet et Grédy, qui furent les rois du théâtre de boulevard des années 60 et 70, mettant très souvent Jacqueline Maillant en vedette. Après 8 Femmes, François Ozon nous montre une nouvelle fois un vrai talent d’adaptateur, permettant au spectateur d’échapper à l’impression d’assister à du théâtre filmé. Nous sommes là réellement au cinéma. Et du bon cinéma.

Potiche est donc avant tout une comédie. Une comédie qui nous propose une large palette d’humour entre premier et quinzième degré. On s’amuse tout le temps, on éclate de rire quelques fois et surtout jamais on ne s’ennuie. Ce film pourra donc séduire un large public. Cela prouve encore une fois à quel point François Ozon est un réalisateur polyvalent, aussi talentueux dans la subtilité que dans un humour plus direct.

Potiche se distingue aussi par un vrai fond social. Là encore, François Ozon fait preuve d’une réelle habileté. En effet, d’un côté, le film joue sur la nostalgie d’une époque, les années 70, par les costumes et les décors qui font tout pour nous y replonger. De l’autre, le film s’applique à montrer, sans en avoir l’air, que les combats menés par les personnages sont bien toujours d’actualité. Il multiplie les clins d’œil pour créer des ponts entre nos deux époques, pour montrer que même si beaucoup de progrès ont été réalisés, il reste encore bien du chemin à parcourir.

poticheC’est pour cela que je placerais vraiment Potiche parmi les meilleurs films de François Ozon. En effet, il véhicule réellement une opinion qui provient du plus profond des convictions du réalisateur. Alors bien sûr, il reste encore un tantinet ce côté très académique, mais au moins, on sent que le réalisateur s’est investi dans l’écriture de ce scénario, ce qui lui donne ainsi un côté assez personnel à ce film.

Un mot enfin sur le casting. Quand on s’appelle François Ozon, on est capable de rassembler devant sa caméra trois monstres sacrés comme Catherine Deneuve, Gérard Depardieu et Fabrice Luchini. Cela rend évidemment les choses beaucoup plus faciles. Cependant, on doit reconnaître au réalisateur un vrai talent dans la direction d’acteurs. Depardieu et Luchini ne sont pas toujours les derniers à cabotiner, mais ils livrent ici deux prestations parfaitement maîtrisées.

Potiche est donc un film qui pourra séduire un large publique. A la fois drôle et engagé, il confirme une nouvelle fois le talent polymorphe de François Ozon.

Fiche technique :
Production : Mandarin cinéma, Scope pictures
Distribution : Mars distribution
Réalisation : François Ozon
Scénario : François Ozon, d’après la pièce de Barillet et Grédy
Montage : Laure Gardette
Photo : Yorick Le Saux
Décors : Katia Wyszkop
Musique : Philippe Rombi
Durée : 103 mn

Casting :
Catherine Deneuve : Suzanne
Gérard Depardieu : Maurice Babin
Fabrice Luchini : Robert Pujol
Karin Viard : Nadège
Judith Godrèche : Joëlle
Jérémie Renier : Laurent Pujol
Sergi Lopez : le routier espagnol
Elodie Fregé : Suzanne (jeune)
 

WE’RE BECOMING ISLANDS ONE BY ONE (The Sleeping Years) : Un groupe qui porte finalement bien son nom

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werebecomingislandsonebyonesleepingyearsThe Sleeping Years est un groupe londonien, fondé en 2007 et dont We’re Becoming Islands One by One est le premier et, pour l’instant, unique album. Il s’agit au départ pourtant d’un projet solo, celui de Dave Grundle, ex-membre des Catchers. Il fut ensuite rejoint par Michelle So au violon puis Tom Page aux percussions. Deux musiciens qui sont devenus depuis des membres à part entière du groupe.

La présence d’une violoncelliste vous fait déjà deviner qu’il ne s’agit pas d’un groupe de hardcore death metal. Non, nous sommes là devant un groupe folk, tendance chansons douces et mélodieuses. Voire même très douces et très mélodieuses… J’irai même plus loin, trop douces et trop mélodieuses.

We’re Becoming Islands One by One est typique de ces albums où toutes les chansons sont toutes de qualité, mais où l’ensemble n’arrive pas à éveiller l’enthousiasme. C’est beau souvent, mais toujours un peu sur le même ton et du coup, l’attention de l’auditeur se relâche inexorablement. Trop lisse, trop monotone, cet album nous plonge dans un léger assoupissement. C’est mélodique, mais pas vraiment envoûtant, pas vraiment magique. Alors on y prête un intérêt poli en y jetant une oreille discrète.

Du coup, les quelques chansons un peu plus « pêchues » de We’re Becoming Islands One by One sont celles qui apparaissent comme les meilleures. Le sont-elles vraiment ? C’est un peu dur à dire dans l’absolu, car en fait, ce sont celles qui attirent un peu plus l’attention et tirent l’auditeur de sa torpeur. Rien d’exceptionnel cependant, mais au moins, on se donne la peine d’écouter quand le reste constitue plutôt un fond musical.

Restent tout de même quelques belles mélodies. La plus grande limite de The Sleeping Years reste la voix de Dave Grundle. Non qu’elle soit désagréable, mais ce genre de musique prend souvent tout son intérêt et sa magie quand elle est portée par un bel organe. Non, je ne parle pas de la musculature de son torse ! (ou pire pour ceux qui ont l’esprit mal placé). Bref, pas de réelle étincelle et les jolies instrumentations ne sont donc pas totalement mises en valeur.

We’re Becoming Islands One by One est typique de ce genre d’albums dont on dit plus de mal qu’on ne le pense. Simplement, vue l’immensité de l’offre musicale, on cherche de plus en plus des choses qui sortent réellement du lot. Je suis peut-être un peu sévère avec The Sleeping Years, simplement, je connais mieux à tout point de vue, même si leur musique reste globalement de très bonne facture.

We’re Becoming Islands One by One ne m’a donc pas enthousiasmé. Il séduira peut-être quelques amateurs de jolies mélodies que le talent de The Sleeping Years ne laissera pas froid.

Pour finir, faisons le tour des titres de cet album.

1 Setting Fire to Sleepy Towns
Une ballade pop-folk classique, aux élans mélancoliques.

2 The Lockkeeper’s Cottage
La voix y est plus claire, plus aiguë, mais sur le même rythme que précédemment.

3 You and Me Against the World
Un titre un peu plus rythmé, plus dynamique qui nous fait légèrement tendre l’oreille.

4 The Shape of Things to Come
Retour à un rythme plus sombre, plus mélancolique.

5 Macosquin, Coleraine
Nouvelle ballade mais aux accents un peu plus guillerets.

6 Broken Homes
Un peu plus d’énergie et de rythme. Enfin un peu…

7 Clocks and Clones
Le titre le plus énergique. Le meilleur ?

8 Human Blues
Un titre beaucoup plus fade.

9 Dressed for Rain
Une chanson douce presque murmurée.

10 Islands
Un morceau minimaliste pour finir.

IL RESTE DU JAMBON ? : En tout cas, il reste du cliché

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ilrestedujambonafficheLe thème du couple interculturel est à la mode ces dernières années dans le cinéma français. C’est un sujet récurent dans notre société, il est donc normal que le 7ème art, qui en est un miroir, s’en empare régulièrement. Mais du coup, on est tenté d’établir des comparaisons entre les différents longs métrages. Avec Il Reste du Jambon ?, on pense immédiatement à Mauvaise Foi. Malheureusement, Anne Depetrini n’arrive pas à trouver la même justesse que Roschdy Zem.

Djalil et Justine se rencontrent, s’aiment et finissent par emménager ensemble. L’histoire pourrait être simple et terriblement banale, si l’un n’était pas français d’origine algérienne et l’autre une Française plus « traditionnelle ». Ils semblent se moquer des différences culturelles et religieuses. Mais pour leurs familles respectives, c’est plus difficile à accepter. Ces tensions vont-elles finir par ruiner leur couple ?

Il Reste du Jambon ? souffre d’un gros défaut : ça se veut drôle, mais c’est juste lourdingue. Et on pourra lui trouver toutes les autres qualités du monde, une comédie pas drôle, c’est tout de même relativement rédhibitoire. Il y’a bien quelques moments qui nous arrachent un sourire, voire même quelques vrais éclats de rire. Mais on soulève aussi souvent les sourcils, prenant un air un peu consterné par le spectacle proposé. La courte apparition d’Eric Judor en est le meilleur exemple. Un passage à l’écran qui nous rappelle les pires moments des films avec son compère Ramzy. C’est dire !

Si c’est un peu lourdingue, c’est surtout que l’humour se base quasi uniquement sur l’exploitation de tous les clichés possibles et imaginables à propos de l’islam, des émigrés, de la banlieue… et de la bourgeoisie française. Rire des clichés pour mieux les dénoncer ? Pas vraiment, cela sonne plutôt ici comme un manque criant d’imagination et surtout de subtilité. C’est vraiment sur ce dernier point que la différence est énorme avec Mauvaise Foi. Dans Il Reste du Jambon ?, tout est au premier degré et cela décrédibilise totalement le propos.

ilrestedujambonC’est dommage car il y’a quelques moments tout de même où Il Reste du Jambon ? sonne vraiment juste. Ce sont les moments où il arrête d’essayer d’être drôle, pour prendre un ton plus grave. Oh rien de très sombre, mais juste une farce qui s’efface pour laisser place à un peu plus d’émotion et de sérieux. On voit là que ce film était porteur d’un certain potentiel, malheureusement bien mal exploité.

On reconnaîtra à Anne Depetrini un vrai talent dans la direction d’acteurs. En effet, rarement, pour ne pas dire jamais, Ramzy Bedia n’aura autant ressemblé à un vrai acteur et non un comique cabotin grimaçant et incontrôlable. Non pas qu’il mérite un César pour ce rôle de médecin hospitalier, qui ne fera pas vraiment pâlir George Clooney, mais au moins, il n’en fait jamais trop. A ses côtés, on retrouve la charmante Anne Marivin, qui nous prouve qu’il n’y pas besoin d’avoir le physique d’une bimbo siliconée pour être absolument craquante.

Il Reste du Jambon ? ne brille pas par la forme, très rarement par le fond. Cela fait peu de raison de se réjouir.

Fiche technique :
Production : Les films du Cap, 4 mecs à lunettes production, TF1 Films, Gaumont
Distribution : Gaumont distribution
Réalisation : Anne Depetrini
Scénario : Anne Depetrini, Benjamin Guedj, Ramzy Bedia
Montage : Béatrice Herminie
Photo : Christophe Offenstein
Décors : Johann Georges
Musique : Akhenaton
Durée : 90 mn

Casting :
Ramzy Bedia : Djalil
Anne Marivin : Justine
Marie-France Pisier : Nicole
Mohamed Fellag : Mahmoud
Biyouna : Houria
Jean-Luc Bideau : Charles
Géraldine Nakache : Sophie
Leïla Bekhti : Anissa
Alex Lutz : Benoit