POETRY : Comme un cerisier qui ne fleurirait pas

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poetryafficheIl y’a des films qui vous déçoivent profondément. Non que vous pensiez forcément qu’il s’agissait d’un chef d’œuvre avant de les voir, mais vous constatez que le film est raté, alors qu’il y’avait tout pour réussir. Quand on va voir le Choc des Titans, on sait que l’on va voir un gros navet et il serait très hypocrite de feindre la déception. Mais je suis allé voir Poetry, prix du scénario au dernier Festival de Cannes, dans un tout autre état d’esprit et j’en suis ressorti fort désappointé.

Mija est une femme de 66 ans. Elle gagne sa vie comme aide ménagère et élève seule son petit-fils. Pourtant, elle est toujours élégante, toujours souriante et commence des cours de poésie. Rien ne la prépare à affronter la nouvelle de l’implication de son petit-fils dans une histoire de viol collectif qui a poussé une jeune collégienne au suicide.

Je me répète peut-être un peu, mais je tiens une nouvelle fois à rappeler que le cinéma coréen est très différent du cinéma chinois ou japonais, en particulier en termes de rythme de narration. Il n’est pas parcouru par cette lenteur contemplative qui fascine et envoûte dans le cinéma asiatique Poetry n’échappe pas à la règle. Il est tout à fait semblable à ce niveau à n’importe quel film occidental…chiant.

Voilà, le mot est lâché et je l’assume. Je me suis fait chier devant Poetry. Jamais je n’ai vibré, l’émotion n’a jamais pointé derrière un intérêt poli. Ce n’est même pas vraiment beau, pas vraiment touchant. On n’a jamais vraiment envie de pleurer, jamais trop l’occasion de rire. Certaines scènes sont mêmes carrément inutiles, voire même redondantes. Bref, on n’a l’impression d’être devant un brouillon de scénario et j’ai du mal à comprendre comme il a pu être récompensé à Cannes. Bon, je dois être un des rares à être dans son cas vu l’unanimité que reçoit ce film aussi bien auprès des critiques que des spectateurs sur Allociné.

Mais pourquoi alors suis-je aussi fâché ? Parce que Poetry recèle tout de même tout qui fait du cinéma coréen peut-être le plus imaginatif au monde. Si j’ai parlé de brouillon de scénario, c’est qu’à la base, il est effectivement original et potentiellement génial. Ce film parle de choses graves, mais au lieu de tomber dans le sensationnel ou bien le larmoyant empathique, il choisit de le traiter comme des obstacles dans la quête de cette femme qui désire avant tout écrire un poème. Comme si la poésie était plus importante, plus forte que la mesquinerie et le cynisme dont font preuve nombre des protagonistes de cette histoire. Comme si elle pouvait être un rempart à toute l’horreur du monde. Bref, un renversement de ce qui constitue généralement l’essentiel et l’accessoire d’un scénario de ce type.

poetryPoetry nous offre également quelques moments comme le seul le cinéma coréen (ou quelques OVNI cinématographiques occidentaux comme Mammuth) peut l’oser, comme cette scène d’amour version 3ème âge débordante de sensualité. Au Pays du Matin Calme, on se soucie guère des frontières entre les genres, entre les styles, entre les tons ou les perspectives. D’habitude, ce mélange salutaire artistiquement donne des films aussi jubilatoires qu’étonnants. Ici, ce mélange ressemble à un soufflé prometteur mais qui ne gonflerait jamais.

Un mot tout de même sur la performance de Yoon Jung-Hee qui a charmé le monde entier. Si Poetry devait vraiment recevoir un prix à Cannes, il aurait pu sans problème lui être accordé. Mais son personnage, sur qui repose la totalité du film, souffre des mêmes défauts que l’ensemble de cette œuvre. Mais il serait terriblement injuste de rejeter la faute à quelque niveau que ce soit à cette formidable actrice.

Poetry est donc pour moi un film tout simplement raté. Et un film raté de 2h15, c’est long…

Fiche technique :
Production : Unikorea Culture & Art Invetment, Diaphana, NEW KTB Capital, Pine House
Réalisation : Lee Changdong
Scénario : Lee Changdong
Montage : Kim Hyun
Photo : Kim Hyunseok
Décors : Sihn Jeomhui
Distribution : Diaphana
Durée : 138 mn

Casting :
Yun Junghee : Mija
Lee David : Wook
Kim Hira : le président
Ahn Naesang : le père de Kibum

ADIEU CHAMPION !

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laurentfignonLaurent Fignon est mort et je ressens une grand tristesse. Je m’amuse sur Facebook a trouver une phrase comique à chaque mort célèbre, mais là, je n’avais pas vraiment envie de rire. Une tristesse peut-être un peu irrationnelle mais bien réelle.

Avec Laurent Fignon, c’est un peu de mon enfance qui disparaît. Le dernier contre-la-montre où il perdit le Tour de France pour 8 secondes en 1989 est un de mes plus vieux souvenirs « sportifs ». Ma première grande émotion, une sûrement de celles qui ont fait que j’aime tant suivre le sport de compétition. Alors, oui, quelque part, Laurent Fignon a changé ma vie et a contribué à faire de moi qui je suis aujourd’hui.

Si la mort de Laurent Fignon émeut tant le pays, c’est aussi par la manière dont il a affronté la mort et fait partager son combat contre la maladie avec le plus grand nombre. Lors du dernier Tour de France, sa voix si marquée et sa fatigue qui se faisait ressentir parfois à l’antenne nous faisaient partager sa souffrance. Pourtant, il aura toujours fait preuve de la plus grande pudeur, plaisantant et commentant la course comme si de rien était. Et on avait tous envie qu’il n’en soit rien…

Notre société occidentale a trop souvent tendance à nier, à cacher la mort, à la reléguer là où elle ne viendra pas nous rappeler que nous-mêmes ne sommes pas éternels. Alors, en nous faisant si pudiquement partager son combat lors d’un rendez-vous télévisuel aussi festif et populaire, il nous a rappelé qu’aucun de nous ne l’est et que la mort fait également intégralement partie de la vie. Pour ça aussi, merci Monsieur Fignon !

Adieu champion !

PARDON LES GARS !

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franceespagnebasketHier soir débutaient les championnats du monde de basket. Pour son premier match l’Equipe de France affrontait l’Espagne. Cette dernière, championne du monde en titre, fait partie des favoris, malgré l’absence de sa star, Paul Gasol, tandis que la France s’avance sans repère et privée de ses meilleurs joueurs. Bref, le résultat ne faisait pas un pli, je n’ai pas daigné regarder, voulant éviter ainsi d’assister à une inévitable branlée. Je ne me suis d’ailleurs même pas donné la peine de m’informer du score pendant la soirée.

Oh mea culpa ! La France a signé hier un grand exploit en venant à bout, contre toute attente,  du favori espagnol. Je ne suis pas non plus un fondu de basket mais j’apprécie de suivre les grandes compétitions internationales et les Bleus en particulier. Je m’en veux donc d’avoir raté, volontairement de plus, une des belles pages de leur histoire (même si sa beauté sera aussi proportionnelle à leur réussite dans la suite de la compétition).

Je m’en veux surtout d’avoir douté de cette Equipe de France, qui a visiblement choisi de s’inspirer de celles d’athlétisme et de natation. Je me suis donc efforcé de suivre avec attention leur victoire du jour contre le Liban. J’espère surtout qu’elle nous réservera encore d’aussi bons moments dans les jours qui viennent. Et cette fois, promis les gars, je serai là.

LES DERNIERS JOUR DU MONDE : Un OVNI sans fond

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lesderniersjoursdumondeafficheJe ne suis pas le dernier à faire des reproches au cinéma français, mais ces derniers concernent généralement bien plus la forme que le fond. En effet, depuis la mort de Max Pecas, il n’y a plus qu’Eric et Ramzy pour nous offrir des films qui en soient totalement dénué. Alors j’aurais pu, j’aurais du m’enthousiasmer pour les Derniers Jours du Monde, un film particulièrement original sur la forme, mais qui, au fond, n’a pas grand intérêt.

Sur fond d’apocalypse nucléaire et bactériologique tout proche, Robinson Laborde continue à penser à Laetitia pour lequel il a quitté sa femme. Mais alors que le danger approche et que la panique gagne le monde entier, il est obligé de fuir. Cependant, fuit-il vraiment ou bien continue-t-il de la chercher ?

Bon, soyons clairs, quand je parle de forme, je veux parler du support narratif à travers lequel s’expriment les relations entre les personnages et leurs réflexions… de fond forcément. Je trouve souvent que le cinéma hexagonal nous offre des films au propos intéressant, mais beaucoup trop déconnecté d’une intrigue solide pour que l’on s’y intéresse pleinement pendant une bonne heure et demi minimum.

Dans les Derniers Jours du Monde, c’est exactement l’inverse. Ce contexte apocalyptique, dans un monde totalement contemporain, est réellement surprenant et offre aux frères Larrieu une grande liberté scénaristique. Mais attention, ce film n’est pas une seule seconde un film fantastique, mais un vrai film où les personnages, leur psychologie et leurs états d’âme constituent tout l’intérêt du scénario. Ou plutôt, pour le coup, son manque d’intérêt car, je dois bien l’avouer, cette histoire de recherche de l’amour perdu ne m’a pas du tout intéressé. Du coup, je n’ai ressenti que très peu d’attachement aux personnage et suis resté totalement indifférent à leur sort.

Restent cependant quelques scènes assez étonnante comme cette soirée de fin du monde entre notables, sortie d’orgie décadente et apocalyptique. Les frères Larrieu sont connus pour parsemer leurs œuvres d’une dose non négligeable d’érotisme, quelque soit leur casting. A première vue, Mathieu Almaric, Sergi Lopez, Karin Viard et Catherine Frot ne constituent pas vraiment le quatuor auquel on penserait spontanément pour cela. Mais en matière de direction d’acteur à contre-emploi, ou du moins un emploi inattendu, les Derniers Jours du Monde recèle effectivement quelques bonnes surprises.

lesderniersjoursdumondeEn effet, au-delà de son originalité intrinsèque, les Derniers Jours du Monde brillent par sa distribution. Le quatre acteurs que je viens de citer sont tous étonnants dans des rôles que l’on aurait pas forcément imaginés taillés pour eux. Bon, ce n’est pas tout à fait vrai pour Mathieu Almaric que l’on sait à l’aise et génial, partout, tout le temps, même quand le film n’est pas très bon. Par contre, Cathrine Frot est absolument épatante et nous prouve bien qu’il n’est pas besoin d’avoir le physique de Megan Fox pour dégager charme et sensualité.

Les Derniers Jours du Monde reste un film unique et tout de même brillamment réalisé. Cependant, le manque d’intérêt suscité par une intrigue qui manque de corps et s’étire en longueur gâche cet OVNI cinématographique qui aurait pu facilement devenir un film culte.

Fiche technique :
Production : Soudaine compagnie, Arena films, Mallerich fims
Distribution : Wild Bunch distribution
Réalisation : Arnaud Larrieu, Jean-Marie Larrieu
Scénario : Arnaud Larrieu, Jean-Marie Larrieu, d’après les romans de Dominique Noguez
Montage : Annette Dutertre
Photo : Thierry Arbogast
Décors : Ana Alvargonzales, Riton Dupire-Clément
Musique : Léo Ferré, Bertrand Burgalat, Manuel De Falla, Daniel Darc
Costumes : Caroline Tavernier
Durée : 130 mn

Casting :
Mathieu Amalric : Robinson
Catherine Frot : Ombeline
Karin Viard : Chloé
Sergi Lopez : Théo
Clotilde Hesme : Iris
Omahyra Mota : Laetitia
Jacques Nolot : Dr Abeberry
Sabine Azéma : Marquise d Arcanges

THE STAGE NAMES (Okkervil River) : Retour à l’ordinaire (mais du bon quand même)

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thestagenamesokkervilriverAprès avoir enchaîné les écoutes d’albums vraiment enthousiasmants, j’ai pris des goûts de luxe. Du coup, j’étais presque déçu par the Stages Names, du groupe Okkervil River, qui se contente simplement d’être bon. On ne peut pas gagner non plus au loto tous les jours, même si on aimerait bien. Et puis, positivons, mon chevet n’est pas assez grand pour accueillir un nouveau CD par jour.

Okkervil River est un groupe de rock indépendant texan. Bon, je n’ai jamais trop compris pour en quoi ce genre de musique était plus indépendante qu’une autre, mais c’est généralement comme ça qu’on l’appelle. Il y’a donc un chanteur, une guitare, une basse, une batterie. Cependant, on trouve aussi pas mal d’instruments à cordes plus classiques, un violon notamment, sur certains morceaux, ou des percussions comme des xylophones. Je dois admettre que ça ne saute pas non plus aux oreilles et je l’ai surtout réalisé en consultant la liste des musiciens.

Globalement, le son de Okkervil River est donc plutôt classique et se démarque pas tant que ça de la concurrence. On pourra cependant saluer la diversité des titres qui peuplent the Stage Names. Les morceaux ne se ressemblent pas et si, on tourne toujours un peu autour du même univers musical, on peut apprécier le travail créatif qui a été réalisé. Ils sont généralement plutôt assez calmes tirant plus souvent sur la ballade que le rock fou furieux.

Les morceaux sont donc divers et de qualité à peu près égale. La première moitié de the Stage Names est un peu meilleure, mais sans que la différence ne soit flagrante non plus. Le seul morceau un peu plus en retrait est Title Track, joué sur un ton plus sombre que le reste de l’album, mais qui manque surtout d’épaisseur. Mais à l’inverse, on appréciera particulièrement Hand to Take Hold of the Scene et Plus Ones, pour moi les deux meilleurs titres de cet album.

A noter que la version que j’ai est un double CD. Le second disque reprend les mêmes titres que le disque principal, mais en version « démo ». En gros, ça revient à une vague impression d’acoustique et surtout que les morceaux ne sont pas tout à fait finalisés et mixés. Bref, cela n’apporte pas grand chose vu que c’est la même chose en moins bien…

The Stage Names n’est donc pas indispensable pour votre discothèque, mais peut compléter les amateurs du genre qui ne trouveront ici rien de particulièrement génial ou original, mais de la bonne musique néanmoins.

1.: Our Life Is Not A Movie Or Maybe
Un titre qui sonne comme une introduction. La voix est mise en avant par rapport à l’accompagnement. Cela donne globalement envie d’écouter la suite.

2.: Unless It’s Kicks
Du rock indépendant classique qui se laisse écouter.

3.: Hand To Take Hold Of The Scene
Un morceau plutôt sympathique et entraînant.

4.: Savannah Smiles
Une ballade mélancolique plutôt réussie.

5.: Plus Ones
La voix se fait plus claire dans cette ballade-rock encore meilleure que le titre précédent.

6.: Girl In Port
Une ballade plutôt pop-folk pas mal, mais sans plus.

7.: You Can’t Hold The Hand Of A Rock ‘n’ Roll Man
Un morceau dynamique. La voix se lâche quelque peu, pas toujours de manière parfaitement maîtrisée, mais cela donne un son plutôt original.

8.: Title Track
Une chanson lente et sombre, mais surtout pas terrible.

9.: John Allyn Smith Sails
Une ballade tirant sur le folk, qui monte peu à peu en puissance.

C’EST LA RENTREE

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larentreLes vacances, c’est comme toutes les bonnes choses, ça a une fin. Après la pluie, le beau temps et après le farniente, la rentrée. La mienne est pour lundi matin 8h…enfin 9h… enfin quand je serai réveillé, douché et arrivé au bureau. Reste à espérer que le courrier qui m’attend contient plus de bonnes que de mauvaises nouvelles, histoire de se remettre dans le bain avec le moral.

Cet été 2010 aura été vraiment sous le signe des vacances puisque en plus de mes 4 semaines en août, j’ai pu prendre également une semaine et quelques jours épars en juillet. Que voulez-vous, je travaille trop le reste de l’année. C’est vrai que j’ai un peu tendance à beaucoup regrouper mes congés. Honnêtement, c’est avant tout un choix pour convenance personnelle, mais ça m’arrange professionnellement. Bossant seul, ma structure n’a plus aucune activité lorsque je ne suis pas là. Et c’est encore pendant les deux mois d’été que c’est le moins gênant. 

Ces vacances furent riches et je n’ai pas le moins du monde l’impression de ne pas avoir pleinement profitées. Bien sûr, ma semaine en République Dominicaine a largement contribué à rendre ce mois d’août inoubliable. Un très beau voyage dans un pays magnifique. Ca m’a surtout redonné le goût du voyage et je pense que j’aurais bien du mal à passer un été sans partir. J’avais un peu peur de partir seul, mais finalement ça ne gâche guère le plaisir et c’est toujours mieux que de ne pas partir du tout.

Par contre, comme à mon habitude, je termine mes vacances en ayant l’impression de ne pas avoir fait la moitié de ce que je comptais faire. Bon pas la moitié, j’exagère peut-être un tantinet. Mais à ma grande déception, je n’aurais pas écrit une ligne en dehors des billet sur ce blog. Ce n’est donc pas demain que je terminerai un roman. Le temps, le temps, le temps… Voilà quelque chose qui me manquera je pense jusqu’à la fin de mes jours. Mais c’est surtout la preuve que je ne m’ennuie pas. Et puis, le temps qui me manque, c’est surtout du temps que j’ai consacré à autre chose qui m’a fait plaisir et qui m’a tenu à cœur (bon sauf le repassage peut-être…).

Bon que souhaiter pour cette rentrée ? Plein de choses comme gagner au loto, la démission de Sarkozy, le PSG en tête du championnat… Bref pas mal de chose qui ont objectivement assez peu de chance de survenir. Mais un développement un peu plus rapide de mon activité professionnelle, du sexe, de l’alcool et du rock’n roll, ça serait parfait. Du temps pour écrire, des bons films, un bel été indien et des victoires du PSG et là, ça serait le bonheur !

Et puis, faut que je me bouge pour préparer ma candidature pour 2012 et la conquête de Viroflay en 2014. Et là, y’a du boulot…

LE BRUIT DES GLACONS : Dialogue avec mon cancer

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lebruitdesglaconsafficheBertrand Blier est un des rares cinéastes français qui peut se vanter d’avoir reçu l’Oscar du meilleur film étranger. C’était certes il y’a plus de 30 ans avec Sortez vos Mouchoirs, mais bien des petits jeunes aimeraient en faire autant. Mais voilà, n’est pas Bertrand Blier qui veut, un réalisateur qui s’est toujours affranchi des interdits moraux et chez qui le politiquement correct n’est jamais de rigueur. Les Valseuses ou Buffet Froid ont fait scandale en leurs temps. Ses films ont parfois un peu vieilli mais il leur reste ce charme provocateur, cet humour noir et grinçant qui n’appartiennent qu’à lui. Le Bruit des Glaçons, son nouveau film, nous fait partager son regard unique sur deux sujets qui ne prêtent guère à rire : la maladie et la mort.

Charles Faulque vit reclus dans son mas provençal, avec sa bonne et une jeune russe qu’il entretient. Il n’écrit plus, il boit, du blanc de préférence, en grande quantité, toute la journée. Mais son quotidien est perturbé par l’arrivée d’un personnage dont il se serait bien passé de la visite : son cancer.

On pourrait débattre à l’infini sur un point : Le Bruit des Glaçons est-il une comédie ? Ou bien une fable dramatique ? Un peu de deux en fait. Evidemment, le choix d’Albert Dupontel et Jean Dujardin n’est pas anodin. Les deux acteurs sont utilisés ici à contre-emploi, mais pas tant que ça. Leur talent comique, leur faculté à manier l’ironie et le second degré étaient indispensables pour que le Bruit des Glaçons soit une réussite. Et il en est une.

Le Bruit des Glaçons nous parle d’un sujet dont on n’a pas forcément envie d’entendre parler, mais qui fait forcément partie de notre existence à un moment ou à un autre, directement ou indirectement. La mort et la maladie ne sont pas très glamour et nos société occidentales ont souvent tendance à nier leur existence. Ou bien, quand on évoque le sujet à travers une fiction, cela tombe dans le larmoyant, les bons sentiments, souvent de manière absolument insupportable et ridicule.

Le Bruit des Glaçons le fait d’une manière bien différente, la manière que l’on pouvait attendre de Bertrand Blier. Pourtant il n’esquive aucun des sujets que l’on associe à l’approche de la mort : le retour sur sa vie, les regrets concernant les erreurs que l’on a commises, l’envie de les réparer et de retisser des liens que l’on a bêtement brisé, le regard des autres qui acceptent difficilement votre disparition prochaine… Encore une fois, vous ne rirez pas de tout cela dans ce film, mais vous ne vous apitoierez pas non plus. C’est là toute la force et l’intérêt de ce film et on peut réellement saluer Bertrand Blier pour la justesse du ton qu’il a su trouver.

lebruitdesglaconsLe Bruit des Glaçons est un film très court, un peu moins d’une heure et demie. Cependant, il faut bien admettre que c’est déjà un tout petit peu long par rapport au contenu. Une heure aurait sans doute suffi mais ce n’est pas un format qui permet une exploitation en salle. Cependant, même quand le film se met à tourner en rond, on reste attentif car on se demande bien quelle sera la conclusion de tout ça. Et heureusement, la fin est vraiment réussie, mais évidemment je n’en dévoilerai rien.

Un mot enfin sur le duo d’acteurs. Parfaitement dirigés, Jean Dujardin et Albert Dupontel sont vraiment très bons. Mais il y’a longtemps que l’on savait déjà que leur talent d’acteur dépasse largement le seul registre du comique pur. Cependant, la plus belle interprétation est à mettre à l’actif de Anne Alvaro, qui signe là un de ses plus beaux rôles.

Le Bruit des Glaçons nous montre que la carrière de Bertrand Blier n’est pas encore finie. Il est difficile à dire si ce film lui a été inspiré par sa propre mort qui approche. Mais bon, il n’a jamais que 71 ans, alors espérons qu’il ait encore des nombreuses années et beaucoup de films devant lui.

Fiche technique :
Production : Wild Bunch, France 2 Cinéma, Hérodiade, Plateau A
Distribution : Wild Bunch Distribution
Réalisation : Bertrand Blier
Scénario : Bertrand Blier
Montage : Marion Monestier
Photo : François Catonné
Format : 35mm
Décors : Patrick Dutertre
Son : Pierre Gamet, Hélène Le Morvan, Emmanuel Crozet
Musique : Collectif
Durée : 87 mn

Casting :
Jean Dujardin : Charles Faulque
Albert Dupontel : le cancer de Charles
Anne Alvaro : Louisa
Myriam Boyer : le cancer de Louisa
Audrey Dana : Carole Faulque
Emile Berling : Stanislas Faulque
Christa Théret : Evguenia

WHAT A BEAUTIFUL PLACE (Catherine Howe) : Un moment de magie sauvé de l’oubli

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whatabeautifulplacecatherinehoweDécidément, en ce moment, dans mes téléch…oups pardon, dans mes achats, je tombe sur des chanteurs ou chanteuses à voix. Après, la sublime Stacey Kent, j’ai eu la chance de découvrir Catherine Howe, une chanteuse anglaise, née en 1950 et son album What a Beautiful Place, sorti en 1971 et ressorti récemment (enfin en 2007, mais j’ai un peu de retard par rapport aux listes que j’établis). En effet, peu après sa sortie, la maison de disques qui l’avait produit avait fait faillite, ce qui fait qu’il avait limité énormément sa diffusion et sa notoriété.

Cette injustice est donc désormais réparée. Catherine Howe est une artiste qui produit peu : 5 albums dans les années 70 et deux autres depuis 2005. Une carrière avec un grand trou au milieu et c’est bien dommage. Sans le savoir, un certain nombre d’entre nous ont déjà eu l’occasion de l’entendre puisqu’elle a prêté sa voix à Enio Morricone pour la bande-originale de ce chef d’œuvre du 7ème art qu’est Un Génie, deux Associés, une Cloche, produit par Sergio Leone, avec Terence Hill, Robert Charlebois et Miou-Miou.

Mais revenons à What a Beautiful Place. L’avoir sorti de l’oubli n’est que justice. Il est même étonnant qu’il ait fallu près de 30 ans pour cela. La voix de Catherine Howe est sublime, d’une clarté et d’une douceur absolues. Elle possède aussi une réelle personnalité, avec un petit quelque chose d’assez indéfinissable qui la rend vraiment unique.

What a Beautiful Place est typique de la musique des années 70, avec une grande variété des genres et une vrai foisonnement artistique. Des ballades très classiques mais aussi un titre sonnant presque comme de la « black music » ou même de la country (enfin que pour les arrangements heureusement). Certains morceaux rappellent un peu l’univers musical de Hair, avec un peu plus de douceur néanmoins. Il est difficile de ranger cet album dans une catégorie précise, entre folk et jazz, mais surtout entre envoûtement et magie.

What a Beautiful Place compte 13 plages, mais en fait seulement 10 titres. 3 plages sont en effet de courts textes parlés et non chantés. J’avoue que leur sens m’a quelque peu échappé, mais cela contribue à l’impression de pénétrer dans un univers très personnel et unique. Les 10 titres sont d’une qualité très homogène et jamais la magie ne faiblit. On se laisse bercer de morceau en morceau avec un plaisir immense. La voix de Catherine Howe est incroyablement apaisante et fascinante. Du pur bonheur !

Malheureusement, je n’ai trouvé aucun titre de cette artiste en écoute pour ceux qui voudraient la découvrir. Mais si jamais vous mettiez la main sur What a Beautiful Placen’hésitez pas une seule seconde, vous ne le regretterez pas.

Faisons donc le tour des titres de cet album magique.

1. Prologue
Une courte introduction parlée.

2. Up North
Une chanson douce qui permet de découvrir la voix sublime de Catherine Howe.

3. On A Misty Morning
La voix est ici plus dissonante, mais le morceau est très beau néanmoins.

4. Nothing More Than Strangers
Un titre plus gai, au rythme quelque peu country… mais pas la voix heureusement.

5. My Child
La voix est ici plus posée, plus grave, plus profonde, mais la magie est toujours là.

6. Interlude
Une plage parlée servant de transition.

7. It’s Not Likely
Une superbe chanson puissante et envoûtante.

8. Words Thorugh A Locked Door
Une chanson très douce où la voix de Catherine Howe est vraiment magnifique.

9. What A Beautiful Place
Un morceau plus dynamique, plus “black Music”, mais surtout superbe.

10. The Innocence Of A Child
Une chanson plus douce et un peu plus transparente. Mais juste un peu.

11. It Comes With The Breezes
Une chanson envoûtante et relaxante.

12. Epilogue
Un petit texte de fin.

13. In The Hot Summer
La voix est ici incroyablement claire pour un très bel au revoir.

BREAKFAST ON THE MORNING TRAM (Stacey Kent) : Je suis tombé amoureux d’une voix

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breakfastatthemorningtramstaceykentS’il y’a bien un domaine musical où ma culture est proche du néant, c’est bien le jazz. Cependant, il y’a un sous-genre que j’apprécie, c’est celui des chanteuses que l’on classe dans cette catégorie : Norah Jones évidemment, mais aussi Diana Krall, Lisa Ekdahl ou encore Vonda Shepard. Et bien, je peux désormais en rajouter une à ma liste en la personne de Stacey Kent, grâce à son album Breakfast on the Morning Tram.

Stacey Kent est une chanteuse américaine, née en 1968, mais qui n’a sorti son premier album qu’en 1997. Comme quoi, il n’est jamais trop tard pour bien faire. Deux de ces albums sont disque d’or en France, dont Breakfast on the Morning Tram. Comme quoi cela manquait à ma culture, mais pas à celle de beaucoup de personnes dans notre pays. Ceci s’explique peut-être en partie par le fait qu’elle chante régulièrement en français (trois titres sur cet album, son dernier en date étant entièrement dans notre langue).

Si je devais faire un parallèle avec une chanteuse dont je connais très bien l’univers, ça serait Diana Krall. Il y’a la même douceur et la même harmonie dans les arrangements. Cependant, l’univers de Breakfast on the Morning Tram est beaucoup plus rétro. On imagine très bien Stacey Kent en robe du soir chanter à une soirée des années 50. Mais bon, quand c’est beau, c’est beau et le temps n’y fera rien.

Stacey Kent, c’est avant tout une voix assez exceptionnelle. Sans elle, il est évident qu’une artiste comme elle n’aurait jamais vu sa carrière décoller un tout petit peu sur le tard. Sa voix est parfois d’une clarté et d’une pureté qui touchent à l’absolu. Certains trouveront peut-être du coup qu’elle manque un peu de personnalité, mais on ne peut que reconnaître sa beauté épurée et sans fioriture.

Breakfast on the Morning Tram est un magnifique moment de douceur. Le ton des chansons est tantôt enjoué, tantôt mélancolique, mais elle charmeront toujours vos oreilles. Les textes des chansons en français sont eux-aussi assez différents, mais toujours assez beaux. L’accent anglais est également charmant. Mais encore une fois, que ce soit en anglais ou en français, au delà des textes et des accompagnements, souvent assez sobres, il y’a la voix de Stacey Kent.

Dans Breakfast on the Morning Tram, il n’y a rien à jeter, ou si peu. Deux morceaux, un tout petit peu moins bon, mais à peine. So Romantic et La Saison, dont le texte n’est pas loin d’être déprimant, sont un tout petit peu en retrait. Mais face à la magie que dégage le reste de l’album, on oublie vite tout ça, pour faire de cet album, un album de chevet.

Découvrir la voix de Stacey Kent est donc une des meilleures idées que je n’ai jamais eues. Mais j’espère bien rattraper mon retard en écoutant souvent Breakfast on the Morning Tram et vite découvrir le reste de sa discographie.

Terminons par un passage en revue des titres de cet album.

1.: Ice Hotel
Une voix fascinante, un piano. C’est largement suffisant !

2.: Landslide
Un morceau tout en douceur, un rien mélancolique. Mais quelle voix !

3.: Ces Petits Riens
Une chanson en français avec un beau texte, une voix splendide. Que demander de plus ?!

4.: I Wish I Could Go Travelling Again
Un titre au rythme un rien chaloupé, toujours aussi magique.

5.: So Many Stars
Un morceau qui donne une folle envie de faire danser sa partenaire.

6.: Samba Saravah
Une chanson en français, plutôt gaie et dynamique.

7.: Breakfast On That Morning Train
Un morceau jazz vraiment classique, mais excellent.

8.: Never Let Me Go
Une chanson très douce, presque chuchotée.

9.: So Romantic
Un titre un peu plus plat. Que voulez-vous, la perfection n’est pas de ce monde.

10.: Hard Hearted Hannah
Encore très classique, dans un style très rétro, mais tout simplement parfait.

11.: La Saison
Un chanson en français triste, peut-être un petit peu trop…

12.: What A Wonderful World
Une sublime reprise de ce standard (même si rien ne vaudra jamais l’original).

CHAPEAU LES BOURGUIGNONS !

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auxerrec1Un court billet pour saluer la performance d’Auxerre qui a réussi à passer le tour préliminaire de la Ligue des Champions, en venant à bout du Zenith St Petersbourg 2-0, au bout d’un match superbe, remontant ainsi le retard d’un but concédé au match aller. C’est amplement mérité à la vue du courage, de l’abnégation, mais aussi du talent collectif et individuel de cette équipe. Cette qualification prouve bien que la troisième place acquise à l’issue de la saison dernière n’avait absolument rien d’usurpé.

Mais cette qualification prouve également deux choses. D’abord que Jean Fernandez est un très grand entraîneur. Pas le plus médiatique certes, mais son statut de « doyen » (en nombre de matchs dirigés depuis le banc) de la Ligue 1 montre bien qu’il est une valeur sûr du football français et bien plus encore. Ensuite, qu’un bon entraîneur qui a la chance de travailler dans la durée finit toujours par obtenir des résultats. Auxerre et Lorient sont sans doute les deux équipes de notre championnat dont les résultats sont bien au-delà de ce que pourrait faire espérer leurs moyens financiers. Mais ce sont surtout deux clubs qui ont le même entraîneur depuis longtemps. CQFD !