L’EXTRAVAGANT VOYAGE DU JEUNE ET PRODIGIEUX T.S. SPIVET (Reif Larsen) : Embarquez sans hésiter !

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lextravagantvoyagedujeuneetprodigieuxtsspivetUn livre n’est pas qu’un texte imprimé sur du papier. Quant à un texte sur l’écran d’une tablette, je n’ose même pas l’évoquer. Non, un livre c’est avant tout un objet qui a une âme et qui est déjà beau par lui-même. Un livre se lit avec les doigts, le nez quand il est un peu ancien, l’oreille quand on tourne les pages et bien sûr les yeux. Bon, il manque le goût, mais j’interdis bien à quiconque de manger un livre ! Bien sûr, un roman de gare ne dégage pas la même sensualité (au sens premier du terme) qu’un beau livre au papier glacé. L’Extravagant Voyage du Jeune et Prodigieux T.S. Spivet en plus d’être un formidable roman est aussi un magnifique objet.

Tecumseh Sansonnet Spivet a 12 ans et vit dans un ranch au fin fond du Montana. Sa grande passion, ce sont les cartes, les dessins, les schémas… Rien n’échappe à son crayon qui emplit des pages des pages de ses carnets. Son talent est tel que ses œuvres figurent régulièrement dans les plus grandes publications scientifiques du pays, en cachette de ses parents et sans que personne ne se doute un seul instant que l’auteur est un jeune garçon. Alors quand il reçoit un coup de fil qui l’invite à recevoir un prix prestigieux et qu’il accepte, il se trouve obligé de faire face à son double mensonge. Il n’a alors d’autre choix que de partir à l’aventure caché dans un train de marchandise, première étape d’un long voyage jusqu’à Washington.

Une page de L’Extravagant Voyage du Jeune et Prodigieux T.S. Spivet n’est pas qu’une simple page de roman. Car ça se passe autant dans la marge qu’au centre. A côté du récit, on retrouve notes, remarques, apartés, explications et bien sûr moult schémas et dessins. Comme si le livre avait été commenté et illustré par le narrateur lui-même. Si on doit faire un parallèle avec quelque chose de connu, on retrouve un peu le principe des œuvre de Bernard Werber où les chapitres de récit s’enchaînent avec des extraits de l’Encyclopédie du Savoir Relatif et Absolu. Sauf que là, les deux se superposent sur une même page.

Tout cela n’aurait pu être qu’un gadget, mais les deux éléments sont tout aussi importants l’un que l’autre. Les notes dans la marge en disent largement autant sur le personnage principal que le récit en lui-même. En fait, les deux sont complémentaires et indissociables et composent autant l’un que l’autre L’Extravagant Voyage du Jeune et Prodigieux T.S. Spivet. Ce livre s’apprécie donc vraiment dans toutes ses dimensions, en tant que récit et en tant qu’objet.

Bon, mais maintenant parlant tout de même un peu du fond. L’Extravagant Voyage du Jeune et Prodigieux T.S. Spivet est un road-book savoureux qui nous fera voyage de l’Amérique hyper profonde à l’élite intellectuelle et scientifique de Washington. Il nous fait découvrir un monde à travers le regard d’un personnage si enfantin par certains côtés, mais qui fait preuve également d’une érudition rare. Bref, une interprétation scientifico-naïve de la vie, mais qui fait preuve parfois d’une incroyable pertinence. Certaines réflexions sur nos petits travers d’adultes sont particulièrement bien senties.

L’Extravagant Voyage du Jeune et Prodigieux T.S. Spivet est aussi une formidable ode à la curiosité intellectuelle. Il nous montre que dans les détails les plus anodins de notre quotidien peut se cacher un sujet d’émerveillement.. Ainsi, grâce à ce livre, vous comprendrez enfin pourquoi, malgré le principe d’action et de réaction qui veut que les forces s’exercent dans le même sens avec la même intensité, l’écureuil qui percute un bus finit à l’état de crêpe suzette. Vous ne regarderez plus jamais les moustiques écrasés sur votre pare-brise de la même façon.

L’Extravagant Voyage du Jeune et Prodigieux T.S. Spivet est un livre qui vous charmera, vous étonnera, vous intéressera, vous passionnera, vous divertira, vous fera rêver, vous ravira, vous enchantera, vous plaira, vous fascinera, vous enthousiasmera, vous cultivera, j’en passe et des meilleurs. De plus, il fera forte impression sur les rayons de votre bibliothèque. Alors que demander de plus !

TROIS HOMMES D’EXCEPTION

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rafaelnadalCes derniers jours ont vu trois immenses champions prendre encore une dimension supplémentaire. Trois sportifs au palmarès phénoménaux, dont la rage de vaincre n’a d’égal que le talent. Trois hommes qui ne peuvent inspirer qu’admiration et respect.

Le premier d’entre eux, Tony Estanguet, a prouvé qu’il ne faut jamais enterrer prématurément un champion de ce calibre. Après l’immense déception de Pékin, il a prouvé en remportant un nouveau titre mondial qu’il est toujours au sommet de son art. Sa rivalité avec le Slovaque Martikan constitue d’ailleurs une des plus incroyables rivalités de l’histoire du sport. Comptant deux titres olympiques chacun, on ne peut qu’espérer une belle aux Jeux de Londres.

Le deuxième, Rafael Nadal, vient de rentrer dans un club extrêmement select. Il n’est que le 7ème joueur de l’histoire du tennis a avoir remporté au moins une fois les 4 tournois du Grand Chelem. Il s’ouvre surtout la possibilité de battre de nombreux records et de peut-être prendre un jour à Roger Federer le statut de plus grand joueur de l’histoire. Le chemin est certes encore long et son jeu manque sans doute de variété pour ne pas tomber un jour sur un adversaire capable de le battre régulièrement.

Le dernier, Teddy Riner, va lui sans doute grandir dans la défaite. Certes, elle est injuste et imméritée. Mais il est encore si jeune qu’il est impensable qu’il n’atomise pas tous les records. De nombreux titres mondiaux et olympiques l’attendent et personne ne lui en voudra d’être humain. Enfin, un minimum…

MAGIC (Bruce Springsteen) : Alors, c’est qui le Boss ?

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magicbrucespringsteenIl y’a des jeunes artistes qui arrivent et qui, après seul album, sont déjà censés avoir révolutionné le rock. Il y’a des stars qui vendent des millions d’un même album, avant de sombrer dans l’oubli. Il y’a des génies qui, en fait, ne font que réécrire encore et toujours la même chanson. Et puis, il y’a le Boss, le seul et l’unique Bruce Springteen. Avec Magic, sorti en 2007, il renvoie tous ces petits jeunes à leur chères études.

Magic est le 23ème album de Bruce Springsteen (compilations et live compris), rien que ça. Un chiffre qui donne un peu le tournis, surtout quand on voit à quel point il garde la même énergie et surtout le même talent. Cet album fut enregistré avec le E-Street Band, le groupe qui l’accompagnait à ses débuts. Un vrai retour aux sources et aux fondamentaux pour notre plus grand bonheur.

Allez, j’entends quelques esprits chagrins pour dire qu’il ne s’est guère renouvelé depuis les années 70. Il est vrai que certains morceaux de Magic aurait eu toute leur place sur The River, enregistré en 1980. Mais que voulez-vous, quand c’est bon, c’est bon. La marque des grands est de savoir écrire des chansons intemporelles, dont le succès ne doit rien aux effets de mode et traversent le temps sans vieillir. Alors avec cet album, Bruce Springsteen nous prouve, s’il en était encore besoin, qu’il trône très très haut dans l’histoire du rock.

Magic nous offre donc des bons gros morceaux de rock’n’roll a l’état brut. Un rock’n’roll qui sent bon l’Amérique profonde, le whisky chaud et même un peu la sueur. Malgré ses 59 ans, il met plus d’énergie dans sa musique que bien des bandes de minots. La complicité avec l’E-Street Band est aussi efficace qu’au premier jour. Car si Bruce Springsteen, c’est une voix inoubliable, c’est aussi des accompagnements également facilement reconnaissables. Bref, les légendes ne meurent jamais et cet album en est la preuve.

Les fans ne seront donc pas déçus et retrouveront tout ce qui leur a fait aimer Bruce Springsteen. Vous n’échapperez donc pas à quelques solos de saxo et des poussées de voix à nulle autre pareille. Mais vous aurez surtout le droit à 12 morceaux, tous d’une incroyable qualité. Il n’y a rien à jeter dans Magic, même pas un titre un peu en retrait. Ca aussi, c’est la marque des très grands. Le Boss n’est pas du genre à pondre un single et à se contenter du minimum par la suite.

Oubliez donc toute les crèmes anti-age, voir même la chirurgie esthétique. Pour le pas vieillir, prenez une bonne dose de rock’n’roll, prenez une bonne dose de Bruce Springsteen. Bref, écoutez Magic matin, midi et soir et vous retrouverez vos vingt ans !

Pour finir, fais le tour des 12 excellents morceaux qui composent Magic.

1.: Radio Nowhere
Du bon rock à la Springsteen pour être tout de suite dans le bain.

2.: You’ll Be Comin’ Down
Un morceau plus calme qui permet de retrouver la voix unique du Boss.

3.: Livin’ In The Future
Un morceau toujours très classique, avec le saxophone bien présent.

4.: Your Own Worst Enemy
Une ballade-rock dans le pur style Springsteen.

5.: Gypsy Biker
Une chanson un peu plus moderne, plus pop.

6.: Girls In Their Summer Clothes
Une ballade plus symphonique, mais surtout excellente.

7.: I’ll Work For Your Love
On revient aux fondamentaux et ce n’est que du bonheur !

8.: Magic
Une ballade plus complexe, mais pas forcément meilleure.

9.: Last To Die
Un rock très percutant.

10.: Long Walk Home
Retour en force du saxophone pour du grand Springsteen.

11.: Devil’s Arcade
Une chanson mélancolique qui sent bon les racines de la culture américaine.

12 : Terry’s Song
Une ballade très simple qui donne envie de la chanter au coin d’un feu de camp.
 

DES HOMMES ET DES DIEUX : Des hommes avant tout

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deshommesetdesdieuxafficheJusqu’à présent, le palmarès du Festival de Cannes. Après Poetry, prix du scénario, que je n’ai pas aimé (mais ça reste un avis personnel) et surtout Oncle Boonmee, Palme d’Or, qui n’est pour moi qu’une vaste escroquerie, je me suis attaqué au Prix du Jury avec un film français, Des Hommes et des Dieux, sur un sujet difficile. En effet, il nous raconte les derniers mois des moines de Tibhirine, assassiné au printemps 1996 en Algérie.

Frère Christian dirige le monastère de Thibhirine, au cœur de l’Algérie, avec 7 autres moines trappistes. Ils sont aimés et respectés des villages alentours, dont la population vient se soigner au monastère. Mais partout dans le pays, la guerre civile fait rage. Les assassinats se multiplient et les moines apparaissent comme une cible idéale. Parmi eu, la peur monte et ils commencent à s’interroger sur la perspective d’un éventuel départ.

Des Hommes et des Dieux est un film en deux temps. Dans un premier tiers, Xavier Beauvois nous présente ces hommes dans leur relation avec la population locale, leur travail au quotidien et le respect mutuel qui s’est instauré entre les communautés. Puis, le film se resserre peu à peu autour des moines pour se focaliser sur eux. Se focaliser surtout sur l’angoisse et les doutes qui les assaillent. Il s’agit alors d’une magnifique plongée dans l’âme humaine dans des circonstances heureusement peu communes.

Mais Des Hommes et des Dieux n’est en rien un film contemplatif. Un film d’ambiance certes, mais une ambiance incroyablement chargée en émotions extrêmes, qu’elles soient positives ou négatives. La question du départ, l’angoisse qui monte, tous ces éléments contribuent à créer un intérêt narratif constant. Bien sûr, on sait malheureusement comment tout cela va finir, mais le « suspense » est ailleurs. Il est comment des hommes trouveront le courage de rester quand tout semble les conduire à une mort certaine.

Les moines de Des Hommes et des Dieux ne sont pourtant pas des héros, en tout cas pas au sens que donne généralement le cinéma à ce mot. Ce sont des êtres humains dans toute leur complexité. Xavier Beauvois a magistralement su nous le montrer sans jamais tomber ne serait-ce qu’une seule seconde dans le piège de l’hommage ou de l’admiration qui l’auraient conduit à faire des ses hommes plus que ce qu’ils furent, car ce qu’ils furent est déjà bien suffisant.

deshommesetdesdieuxLa réalisation de Xavier Beauvois est réellement remarquable. Discrète, sans fioriture, elle épouse la gravité du sujet. Elle est surtout au service de l’histoire et des acteurs, qui portent trop d’émotions en eux pour s’embarrasser d’effets visuels mal venus. La distribution est tout simplement magistrale, chacun étant à la hauteur d’un rôle qui aurait pu facilement écraser n’importe quel comédien. Le duo Lambert Wilson et Michael Lonsdale est bluffant, même si on ne doutait pas une seule seconde de leur talent. Mais Xavier Beauvois leur offre ici un des plus beaux rôles de leur déjà longue carrière. Ca sent le César amplement mérité.

Des Hommes et des Dieux peut faire peur par la gravité du sujet et une certaine austérité dans le réalisation. Mais il reste un avant tout un film magnifique et poignant, nous offrant une vision tellement plus humaine de l’héroïsme et du courage.

Fiche technique :
Production : Amada Films, Why not productions
Réalisation : Xavier Beavois
Scénario : Xavier Beauvois, Etienne Comar
Montage : Marie-Julie Maille
Photo : Caroline Champetier
Décors : Michel Barthélémy
Distribution : Mars distribution
Son : Jean-Jacques Ferran, Eric Bonnard
Durée : 120 mn

Casting ;
Michael Lonsdale : Luc
Lambert Wilson : Christian
Philippe Laudebach : Célestin
Olivier Rabourdin : Christophe
Jaques Herlin : Amédée
Loïc Pichon : Jean-Pierre
Xavier Maly : Michel
Jean-Marie Frin : Paul
Abdelhafid Metalsi : Nouredine 

ONCLE BOONMEE (CELUI QUI SE SOUVIENT DE SES VIES ANTERIEURES) : Une autre idée du vide

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onclebonmeeafficheJe l’ai voulu, je l’ai eu, je n’ai donc pas à me plaindre. En allant voir la dernière Palme d’Or, Oncle Boonmee (celui qui se souvient de ses vies antérieures), je savais à quoi je m’exposais… Et bien, je n’ai pas été déçu. Les critiques sont pour le moins divisées au sujet de ce film, on trouve ça génial ou on déteste. Personnellement, j’ai rarement été plongé dans un tel ennui au cinéma.

Oncle Boonmee souffre d’une insuffisance rénale et sent que sa fin est proche. La mort qui vient entraîne avec elle quelques fantômes et le souvenir de ses vies antérieures.

Les amateurs les plus enthousiastes de Oncle Boonmee (celui qui se souvient de ses vies antérieures) pourront s’écrier que c’est encore meilleur que du David Lynch. Il est vrai que le cinéma de Apichatpong Weerasethakul y fait penser. Enfin, à une différence près. Il y’a dans les presque deux heures de ce film autant que dans vingt minutes d’un film du réalisateur américain. Bref, on dépasse largement la frontière du supportable. Certes, je ne suis à la base un grand fan du cinéma contemplatif, mais je peux l’apprécier quand il est beau et poétique. Mais il faudrait déjà qu’il y’ait quelque chose à contempler, ce qui n’est pas le cas ici.

Franchement, je me demande vraiment ce qui a pris au jury du Festival de Cannes de récompenser cette merde. Autant je me suis ennuyé devant Poetry, mais je reconnais que c’est un avis personnel qui vient du fait que l’histoire ne m’a pas touché et que je n’y suis jamais vraiment rentré, alors que ce fut le cas de très nombreux spectateurs enthousiastes. Mais là, cela dépasse mon entendement. Oncle Boonmee (celui qui se souvient de ses vies antérieures) est juste ennuyeux, vide, sans intérêt, même pas beau. Il y’a peut-être un sens caché que je n’ai pas saisi, mais j’en doute fort.

onclebonmeeAprès, c’est sûr que vous verrez dans Oncle Boonmee (celui qui se souvient de ses vies antérieures) des choses que vous n’avez pas l’habitude de voir ailleurs. Il vous permettra notamment de voir une femme faire l’amour avec un poisson-chat qui parle. Oui, vous pouvez relire cette phrase et la prendre au premier degré. C’est bien ce qui se passe dans ce film, dans le seul moment qui, par sa bizarrerie, allumerait presque une lueur d’intérêt dans l’œil du spectateur étonné sur le coup. Mais bon, quant à un trouver un sens et un rapport avec le reste du film, là, c’est une toute autre histoire.

Juger les acteurs qui peuplent Oncle Boonmee (celui qui se souvient de ses vies antérieures) est du coup assez difficile. Quand on a rien à jouer, c’est un tantinet difficile de briller. Pourtant, pour être un peu positif et ne pas avoir l’air de lui jeter la pierre, on pourra tout de même saluer la performance de Thanapat Saisaymar, dans le rôle titre, qui malgré tout dégage un certain charisme et un réel talent.

Bon, ma critique de Oncle Boonmee (celui qui se souvient de ses vies antérieures) sera courte. A la fois, même si c’est quelque chose que je sais bien faire, il est difficile de parler de rien.

Fiche technique :
Production : Illuminations Films, Kick the Machine, Illuminations Film Past Lives, Anne Sanders Films, The Match Factory, Eddie Saeta
Réalisation : Apitchapong Weerasethakul
Scénario : Apitchapong Weerasethakul
Montage : Lee Chatametikool
Photo : Sayombhu Mukdeeprom, Yukontorn Mingmongkon, Charin Pengpanich
Décors : Akkarat Homlaor
Distribution : Pyramide distribution
Musique : Koichi Shimizu
Durée : 114 mn

Casting :
Thanapat Saisaymar : Boonmee
Jenjira Pongpas : Jen
Sakda Kaewbuadee : Tong
Natthakarn Aphaiwonk : Huay, le fantôme de la femme
Geerasak Kulhong : Boonsong, le fils homme-singe
Samud Kugasang : Jaai, l’ouvrier en chef laotien
Wallapa Mongkolprasert : la Princesse

SHOTTER’S NATION : Energie pure !

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shottersnationbabyshamblesAvant de faire la une des tabloïds anglais en compagnie de sa chère et tendre Kate Moss, Pete Doherty est accessoirement chanteur à ses heures. Après avoir accédé au rang de star avec The Libertines, il a fondé un autre groupe, dont il est incontestablement le leader, The Babyshambles. Enfin, il n’a eu guère le choix, vu que ses problèmes récurrents de drogue ont poussé ses anciens partenaires de scène à lui montrer gentiment le chemin de la sortie. Encore une preuve qu’on est jamais aussi bien servi que par soi-même.

Cependant, l’histoire pourtant courte des Babyshambles, fondés en 2004, n’est pas non plus exempte de remous en tout genre puisque leurs deux albums ont été produits par deux maisons de disque différentes, la première ayant jeté l’éponge devant l’instabilité et les frasques du groupe. Mais c’est bien le second, sorti en 2007, Shotter’s Nation, qui nous intéresse ici et qui fut un très gros succès commercial. A son écoute, on se rend tout de suite compte que ce dernier n’est pas du qu’à la publicité indirecte et au buzz médiatique provoqués par les frasques de Pete Doherty, mais aussi par un vrai talent musical et surtout une formidable énergie.

Energie, c’est le bien le mot qui vient à l’esprit quand on écoute Shotter’s Nation. La plupart des titres en débordent, de manière assez exceptionnelle pour certains. Certaines mauvaises langues y verront peut-être le signe de l’abus de substances prohibés, mais les amateurs de musique qui donne la patate et l’envie de sauter partout n’en auront cure et apprécieront cet album plus fort qu’un Red Bull. Du rock à l’état brut, parfois même un peu brut de décoffrage, mais ça fait du bien par où ça passe.

Par contre, il faut bien admettre que Shotter’s Nation n’est pas particulièrement homogène. L’album nous réserve clairement ses meilleurs morceaux pour le début. Les deux singles qui ont tourné en boucle à la radio, Delivery et You Talk, sont placés en deuxième et troisième. En fait, les cinq premiers titres sont vraiment excellents, après on commence à tomber dans le moins bon, pour carrément finir sur trois titres assez moyens. Enfin, le tout reste tout de même d’un très bon niveau général, même si ça aurait pu devenir carrément génial si tous les titres avaient vraiment été tous travaillés jusqu’à être totalement aboutis.

Shotter’s Nation tient sa qualité également en bonne partie de la personnalité qui se dégage de la voix de Pete Doherty. Une voix un peu cassé évidemment, vu tout ce que le personnage a du faire passer au travers de sa gorge (sans même parler des narines), mais qui apporte surtout comme un petit grain de folie et d’originalité à la musique des Babyshambles. Un vrai son sexe, drogue et rock and roll donc ! Et ça fait du bien au milieu d’un océan de musique formatée, de rébellions programmées et d’impertinence de circonstance.

Shotter’s Nation est donc un album digne de figurer dans la discothèque de tous ceux qui aiment quand ça bouge et qui croient encore que le rock and roll n’est pas encore tout à fait mort.

Pour finir, faisons le tour des titres que l’on trouve sur cet album

1.: Carry On Up The Morning
Les deux voix, celle de Pete Doherty et Michael Whitnall, se répondent dans un titre qui met immédiatement dans la l’ambiance de cet album.

2.: Delivery
Le gros tube de Shotter’s Nation. Un morceau sous forme d’énergie pure.

3.: You Talk
Un autre single, excellent également où Peter Doherty nous montre tout ce qu’il sait faire avec sa voix.

4.: UnBiloTitled
Un morceau plus sur le ton de la ballade, mais toujours très énergique.

5.: Side Of The Road
Le groupe se lâche dans un morceau vraiment jouissif qui donne envie de sauter partout.

6.: Crumb Begging
Un rock plus classique mais un peu brouillon.

7.: Unstookie Titled
Le rythme est ici plus heurté et le titre plus transparent.

8.: French Dog Blues
Un rock dynamique et sympathique.

9.: There She Goes
Une chanson plus douce pour un résultat très bon, qui met parfaitement la voix de Pete Doherty en valeur.

10.: Baddies Boogie
Un morceau un peu brouillon une nouvelle fois.

11.: Deft Left Hand
Un titre rock assez classique, mais plutôt moyen.

12.: Lost Art Of Murder
Une ballade pas très harmonieuse pour finir.

CA FAIT DU BIEN PAR OU CA PASSE

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bosniefranceOn avait presque peur de ne plus connaître le bonheur de voir l’Equipe de France remporter un jour à nouveau un match, mais heureusement, les Bleus nous ont ce soir rassuré en allant l’emporter en Bosnie 2 à 0. Vu les résultats depuis un an, pour ne pas dire quatre, on aurait presque envie de sauter au plafond, même si au fond, ce résultat est simplement normal.

Les vraies raisons de se réjouir tiennent surtout dans la manière dont a été acquise cette victoire. Non que le jeu ait été d’une qualité phénoménale, mais les notions de collectif et de tactique semblent avoir retrouver un minimum de sens, chose qui avait totalement disparu sous l’ère Domenech. Bien sûr, le travail est encore immense, mais on part de tellement loin qu’on est simplement heureux de voir l’Equipe de France dans le bon chemin, après avoir si longtemps erré sans but (avec jeu de mots !).

L’autre bonne nouvelle peut sembler contradictoire avec le propos précédent. En effet, le score s’est débloqué par un exploit individuel de Karim Benzema. Les esthètes auraient peut-être préféré une belle action collective, mais on sait bien qu’aucune équipe ne devient grande sans joueurs capables de faire la différence individuellement. C’est d’ailleurs ça qui permet aux grandes équipes de l’emporter, même quand elles semblent être dominées collectivement. La France a donc besoin de ses deux dimensions pour retrouver un rang un peu plus conforme à ses ambitions.

Karim Benzema n’a pas encore pris la dimension que son talent lui promet. Espérons que lui et l’Equipe de France suivront désormais le même chemin. Celui qui mène aux sommets.

MON HISTOIRE (Hillary Clinton) : Un récit passionnant

monhistoire

monhistoireUne autobiographie est un exercice délicat où garder du recul et de l’objectivité n’est pas chose aisée. Surtout quand on a dans le coin de sa tête une possible candidature à la Présidence du Monde… enfin des Etats-Unis. C’est ce à quoi s’est attelée en 2003 Hillary Clinton, avec un livre simplement intitulé Mon Histoire, qui raconte sa vie depuis sa naissance jusqu’à son élection comme sénatrice de New York. Un livre réellement passionnant, même si, évidemment, certaines précautions sont de rigueur.

Mon Histoire fut un best-seller mondial. Cela tient d’abord à la personnalité et au parcours assez exceptionnels de son auteur, mais aussi par ses qualités intrinsèques. Tout d’abord, il est remarquablement bien écrit, avec un vrai côté romanesque. Il se lit réellement avec plaisir et facilité, ce qui constitue une bonne nouvelle, vu l’épaisseur du pavé. Mais bon, elle a quand même énormément de choses à raconter et il y’a même bien des fois où on aimerait qu’elle s’attarde quelque peu.

C’est d’ailleurs sûrement le plus gros reproche que l’on peut faire à Mon Histoire. Son côté exhaustif permet certes d’apprendre un maximum de choses, mais le livre aurait peut-être gagné à développer certains passages au détriment de certains autres. Mais Hillary Clinton a fait le choix de nous raconter réellement son parcours qui l’a conduit à devenir tellement plus que la simple femme du Président et non pas simplement de nous rapporter un catalogue des anecdotes les plus marquantes.

Deux éléments sont réellement passionnants de Mon Histoire. Tout d’abord, le récit de ses premiers combats politiques. En effet, Hillary Clinton fut d’abord une Républicaine convaincue, tout comme l’était son père. Elle raconte merveilleusement bien comment en défendant certaines idées issues de son éducation, elle est venue à les approfondir et à les remettre en question. Ensuite, ce livre nous livre un savoureux catalogue des grands de ce monde. Pendant les deux mandats de son mari, Hillary Clinton fut amenée à voyager dans bien des pays, souvent sans Bill, et à être reçue par de nombreux chefs d’état. Elle porte souvent un regard plutôt tendre et sympathique sur eux, mais nous livre toujours une anecdote intime sur leur personnalité ou leurs manies. Bref, elle nous fait redécouvrir qu’aussi grands qu’ils soient, tout ce beau monde n’en est pas moins humain.

Le côté romanesque de Mon Histoire repose surtout dans le récit de l’affaire Blackwater et des investigations du procureur Kenneth Starr, qui se terminera par la tentative de destitution suite à l’affaire Monica Lewinski. Cela occupe une grande partie de se livre, comme un fil rouge aux deux mandats de son mari à la Maison Blanche. Cela est rapporté comme dans les meilleurs romans d’espionnage, avec ses gentils, ses méchants, ses rebondissements, ses intrigues et ses coups bas. C’est assez passionnant à lire, même si, on peut parfois reprocher à Hillary d’avoir fait passer elle et son mari pour des anges martyrisés par des démons. Mais si l’objectivité n’est sans doute pas absolue, le récit offre tout de même une vision de l’intérieur salutaire et nous rappelle à quel point le prisme médiatique a tendance à tout déformer jusqu’à la caricature, sans vraiment se soucier non plus de l’objectivité.

Mon Histoire est aussi parfois un peu frustrant car si Hillary Clinton fut la première first lady à jouer un si grand rôle dans une administration présidentielle américaine, elle ne fut pas Présidente de la République. Parfois, on aimerait entrer un peu plus profondément dans la peau du Président des Etats-Unis. Mais voilà, ce livre raconte bien la vie d’Hillary Clinton, pas celle de son mari.

Mon Histoire est certes une autobiographie non dénuée d’objectifs électoraux, mais se lit comme un roman. Il constitue surtout un témoignage et un récit passionnant d’une femme qui ne l’est pas moins.
 

LES (EX) AMIS DE FREDERIC

fredericlefebvre

fredericlefebvrePauvre Frédéric Lefebvre ! Déjà ce n’est pas très drôle d’être un homme de main, chargé d’exécuter les plus basses œuvres ordonnées par son chef ! Tirer des gauchistes, oui, mais devoir désormais tirer à vue sur les mutins qui cherchent à quitter le navire sarkozyste avant qu’il ne soit trop tard, c’est beaucoup demander à un homme qui a sûrement bon cœur… ou pas.

La conférence de presse du porte-parole de l’UMP de ce matin est tout de même le signe que l’entourage du Président de la République commence à se demander s’il ne vaudrait mieux pas quitter le navire avant qu’il ne soit trop tard. Evidemment, on a surtout entendu ceux qui ont déjà un pied trois quarts en dehors, comme Dominique De Villepin (enfin lui, il y’a longtemps qu’il navigue seul sur un canot), Alain Juppé, Christine Boutin (qui a été jeté par dessus bord, il y’a quelques mois) et surtout Jean-François Copé, ancien premier supporter de Sarkozy, mais qui a compris depuis longtemps que son salut et son ambition débordante ne pourraient s’épanouir que loin du Président.

Mais le remaniement ministériel qui s’annonce, et qui a toutes les chances d’être réalisé à grands coups de hache,  annonce bien des mots amers et des coups bas. On a déjà eu droit aux états d’âmes de Bernard Kouchner et quand on voit le discours de Christine Boutin, on se dit qu’on peut être ministre et six mois après taper sur les petits copains à cœur-joie (malgré, entre temps, une mission grassement payée censée la faire taire).

Allez Frédéric, courage ! Je suis sûr que, quelque soit sa couleur politique, le goût du sang saura te rassasier et que tu n’auras que peu de scrupules à user de ton flingue verbal contre tes anciens amis… Et puis franchement, si tu avais des amis, ça se saurait…

SALT : Sidney Bristow est une petite bite !

saltaffiche

saltafficheCertains l’auront déjà compris, mais il y’a une pouffe en moi qui sommeille. Mais ce que l’on sait moins, c’est qu’il y’a même carrément une féministe. Un féminisme qui s’est pour l’instant essentiellement manifesté par un amour immodéré de la série Alias et de son inoubliable personnage principal, Sydney Bristow. Ok, peut-être que le sourire de Jennifer Garner jouait un rôle dans cette affection sans borne, mais l’élément déterminant était avant tout le plaisir de voir une frêle jeune femme mettre de grosses patates dans la figure de grands costauds patibulaires. La féministe que je suis s’est donc réveillée devant Salt face à qui Alias ressemble à une bagarre de cours de récré.

Evlyn Salt, agent de la CIA, vient de passer trois ans dans les geôles nord-coréennes. Elle semble donc au-dessus de tout soupçon, avant qu’un agent russe souhaitant vendre des informations l’accuse de travailler en fait pour le Kremlin. Mais sa réaction et son évasion spectaculaire deviennent vite pour tous une preuve de sa culpabilité.

Salt, en dehors du sexe de son personnage principal, est en fait un film extrêmement classique, entre Rambo et James Bond, avec une pincée de géopolitique de pacotille. Un prétexte surtout pour assister à de belles scènes d’actions, des poursuives échevelées et quelques concours de tirs, où l’acuité des protagonistes semblent bizarrement donner dans le tout ou rien. Le tout est ici réalisé avec efficacité, mais guère d’imagination.

Il serait pourtant injuste de ma part de nier tout intérêt au scénario. Cette histoire d’agent double, triple, voire quadruple, est parfois un peu cousue de fil blanc. Mais voilà, au moment du rebondissement final, je me suis fait avoir comme un bleu. Si j’y avais réfléchi un peu plus intensément, j’aurais pu me douter de ce que les scénaristes nous réservaient, mais porté par l’action, je me suis totalement laissé surprendre. Du coup, Salt m’a quand même laissé une impression globalement favorable.

saltEt puis, Salt vaut aussi pour son personnage principal. Bon, ce genre de l’espion proche du surhomme est un poncif du cinéma, mais il porte rarement des talons hauts. Certains exploits d’Evelyn Salt sont encore plus improbables que James Bond rattrapant un avion en vol. Mais ce qui compte ici, c’est leur caractère spectaculaire, on n’est pas ici pour assister à l’exposé d’une thèse sur les effets de la gravité. Certains trouveront peut-être que les scènes d’action se ressemblent quelque peu, mais elles s’enchaînent avec assez de rythme pour que le spectateur n’ait vraiment pas le temps de s’ennuyer.

Salt a été écrit pour Angelina Jolie, qui occupe l’écran 95% du temps. Elle confirme ici qu’elle est bien la première actrice à n’avoir rien à envier à ses collègues masculins quand il s’agit de porter un film de pure action sur ses épaules. Et avec un physique comme le sien, en plus, elle sait garder un charme tout ce qu’il y’a de féminin. Les amateurs d’interprétations remarquables préféreront la revoir dans un Cœur Invaincu ou l’Echange, mais on pourra au moins lui décerner le prix de la polyvalence.

Salt ne révolutionnera pas le film d’action. Mais il reste un divertissement bien foutu et distrayant, largement bonifié par la présence à l’écran d’Angelina Jolie.

Fiche technique :
Production : Columbia Pictures, Relativity Media, Di Bonaventura Pictures, Wintergreen Productions
Distribution : Sony Pictures Releasing
Réalisation : Phillip Noyce
Scénario : Kurt Wimmer
Montage : Stuart Baird, John Gilroy, Steven Kemper
Photo : Robert Elswit
Décors : Scott Chambliss, Leslie E. Rollins
Son : Paul Hsu
Musique : James Newton Howard
Effets spéciaux : CIS Vancouver, Lola Visual Effects, Phosphene
Directeur artistique : Teresa Carriker-Thayer
Durée : 100 mn

Casting :
Angelina Jolie : Evelyn Salt
Liev Schreiber : Ted Winter
Chiwetel Ejiofor : Peabody
Hunt Block : le président des Etats Unis
Daniel Olbrychski : Vassily Orlov
August Diehl : Mike Krause
Daniel Pearce : Orlov jeune