TOURNER LA PAGE

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franceafriquedusudcm2010« Le calice jusqu’à la lie » est l’expression toute faite qui vient à l’esprit en pensant à ce France-Afrique du Sud. Le miracle n’a évidemment pas eu lieu, mais la défaite et la manière dont elle est intervenue rajoute plusieurs couches au parcours abracadabrantesque de l’Equipe de France. Mais on sait très bien qu’en football comme ailleurs la chance et la réussite se provoquent et l’ensemble des acteurs de cette histoire n’ont jamais fait quoique ce soit pour qu’elles soient de notre côté.

Même si elle a commencé depuis quelques jours, la chasse aux responsables va désormais occuper le champs médiatique. En écrivant ces lignes, je regarde l’émission de TF1 qui suit ce match. Et là, on se dit qu’entre juge et accusé, la différence est parfois ténue. C’est un festival de « moi, je l’ai toujours dit… ». Combien même c’est vrai, l’humilité est visiblement une qualité partagée par personne.

Alors du coup, je vais m’abstenir d’écrire l’article que j’avais l’intention d’écrire, tourner la page, savourer le reste de cette Coupe du Monde et attendre Laurent Blanc.

SUMMER WARS : Matrix à Gosford Park

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summerwarsafficheMalgré mon goût prononcé pour l’animation nipponne, Summer Wars est une nouvelle fois un film que je n’avais, à la base, pas du tout prévu d’aller voir. L’affiche, les images que j’avais pu en voir ne me donnaient pas spécialement envie. Puis, j’ai vu à quel point les critiques étaient élogieuses, ma curiosité a été piquée, j’ai creusé un peu la question et découvert que l’histoire avait l’air quelque peu différente de ce que j’avais pu imaginer. Je me suis donc laissé tenté et je ne l’ai pas du tout regretté.

Kenji, jeune lycéen timide mais surdoué en mathématiques, est recruté par la plus jolie fille de l’école, Natsuki, pour venir passer 4 jours auprès de la famille de cette dernière, un clan très ancien, au milieu de la campagne japonaise et les aider à organiser le 90ème anniversaire sa grand-mère. Mais elle lui a caché qu’elle comptait avant tout sur lui pour se faire passer pour son fiancé. Le soir de son arrivée, il reçoit un mystérieux e-mail chiffré. Le lendemain, Oz, sorte de mélange entre Facebook et Second Life, se retrouve piraté et plonge le monde dans un chaos inattendu.

Vous l’aurez compris, Summer Wars est un film aux facettes multiples. Une sorte de rencontre entre Matrix et Gosford Park, entre chronique familial et aventures dans le cyber-space. Ca peut dérouter quelque peu, j’avoue que cela m’a laissé longtemps circonspect, mais au final l’articulation entre les deux se fait très bien. Les différents aspects s’enrichissent mutuellement pour nous offrir un bouquet original, même si chaque fleur est plutôt classique. L’intensité du récit va crescendo et sur la fin, on rentre vraiment totalement dans cette histoire inattendue.

Ne croyez pas que Summer Wars soit réservé aux geeks. Certes, il compte de nombreuses références à la cyberculture, mais n’en est pas pour autant un sous-produit. Ce n’est pas un film pour initiés, remplis de codes mystérieux et incompréhensibles pour le plus grand nombre. Ce n’est pas non plus un amas de clichés pondus par des auteurs qui ne connaîtraient pas bien leur sujet. C’est simplement une histoire, proche du film catastrophe, résolument moderne et ancrée dans la culture de son époque.

Summer Wars est aussi un film sur la famille, version Japon traditionnel. On y retrouve le face à face classique entre l’ancêtre respecté et le fils prodigue. Mais là encore, le film replace tout ça dans un contexte très moderne et la confrontation entre ce modèle clanique ancien et le Japon occidentalisé est au cœur du scénario. La grande force de ce film repose sur le fait que tous ces éléments sont réappropriés pour former une œuvre vraiment originale et non simplement repris tels qu’on les a déjà vus mille fois.

summerwarsSummer Wars est un mélange d’humour et d’action typiquement japonais. Un Occidental peut parfois être dérouté par ces grimaces ou cette bouffonnerie parfois vraiment premier degré à des moments quelques fois surprenants. Mais cela était déjà vrai dans le cinéma nippon classique, Kurosawa au premier chef, on le retrouve dans le cinéma d’animation moderne, avec évidemment toutes les possibilités offertes par les effets « cartoons ».

Visuellement, Summer Wars est un film d’animation nippon très classique. Pas de délires visuels à la Miyazaki, mais un aspect « dessin » totalement assumé. On ne cherche pas ici à imiter la réalité, mais à nous raconter une histoire sous forme de dessins animés. L’animation est fluide, les personnages ne se ressemblent pas (ce qui est parfois le défaut des dessins-animés nippons) et leurs yeux sont moins immenses que d’habitude. Bon, pour autant, ils ne ressemblent en rien à des Japonais, mais ça, ce n’est pas demain la veille que cela va changer.

Summer Wars est donc une très bonne surprise. Un film d’animation riche, aux thèmes multiples traités avec intelligence. Bref, un très bon film.

Fiche technique :
Réalisation : Mamoru Hosoda
Animation : Yoshiyuki Sadamoto, Hiroyuki Aoyama, Shigeru Fujita, Kunihiko Hamada et Kazutaka Ozaki
Chef décorateur : Youji Takeshige
Ingénieur du son : Yasuyuki Konno
Opérateur : Yoshio Obara
Compositeur : Akihiko Matsumoto
Monteur : Shigeru Nishiyama
Directeur artistique : Youji Takeshige

Casting :
Ryunosuke Kamiki : Kenji Koiso
Patrick Mölleken : Takashi Sakuma
Yoji Tanaka : Yorihiko

LIVERPOOL 8 (Ringo Starr) : Beatle un jour, Beatle toujours

liverpool8ringostarr

liverpool8ringostarrDans un groupe humain quelque il soit, il y’a toujours quelqu’un d’un peu plus en retrait, qui vit à l’ombre des autres. Chez le Beatles, c’était le batteur, Ringo Starr. Déjà, il n’était pas aidé par un physique qui l’aurait recalé de tous les castings de boys band. Et puis, c’est souvent le destin des batteurs, caché derrière leur instrument, d’être éclipsé par les chanteurs et les guitaristes.

Ringo Starr a pourtant chanté et écrit quelques titres parmi les plus célèbres du groupe. Auteur de Octopus’s Garden, il est l’interprète vocal de With a Little Help for my Friends et surtout Yello Submarine. Mais il sera surtout l’auteur de 19 albums solo, même si cette seconde carrière n’a pas atteint les mêmes sommets que John Lennon et Paul McCartney, et même que George Harrison.

Liverpool 8 est son avant-dernier album en date, sorti en 2008. Beaucoup de ses chansons ont quand même un fort goût de « Fab Four ». On ne se refait pas ! Evidemment, la magie n’est pas tout à fait la même, le talent non plus. Mais cela n’est cependant pas désagréable et donne un petit ton de douce nostalgie à cet album.

Mais Liverpool 8 ne se contente pas de ressembler à une compilation d’inédits ou de face B des Beatles. Ringo Starr explore des sons plus modernes. Rock, country, blues et même de la musique sud-américaine, l’album nous offre donc des morceaux plutôt variés et toujours de bonne facture. Il n’y a que lorsqu’il s’attaque à l’électro, avec le titre Gone Are The Days, que l’on sent vraiment qu’il n’est plus dans son élément et la qualité du morceau en pâtit.

Liverpol 8 souffre tout de même gravement de l’absence d’un ou deux titres phares. Pour moi, Love Is est la meilleure chanson de l’album, mais ce ne constitue pas non plus un tube potentiel. L’album s’écoute donc de bout en bout avec plaisir, sans forcément nous faire réellement tendre un oreille gorgée d’enthousiasme. Un plaisir qui s’oublie vite. Cependant les plaisirs éphémères ne sont pas toujours à négliger.

Liverpool 8 pourra donc ravir les fans absolus des Beatles, qui seront heureux de retrouver Ringo Starr dans cet album globalement réussi. Les autres peuvent y jeter une oreille, ils ne seront pas déçus, mais pas enthousiasmés. Un album qui s’écoute avec plaisir, sans en être pour autant indispensable.

Faisons maintenant le tour des titres de Liverpool 8.

1.: Liverpool 8
Un morceau qui débute par une intro très “Beatles”, avant de laisser place à un son rock plus moderne.

2.: Think About You
Un blues-rock qui nous emmène assez loin de Liverpool.

3.: For Love
Une chanson plutôt gaie, qui nous ramène d’un coup dans l’univers des Beatles

4.: Now That She’s Gone Away
Un rock intemporel, de facture une nouvelle fois très classique.

5.: Gone Are The Days
Un son électro, mais on sent que Ringo Starr n’est pas ici dans son élément

6.: Give It A Try
Un morceau au rythme plus dansant et léger, aux sonorités très sud-américaines

7.: Tuff Love
Un titre assez fade, un des moins réussis de l’album.

8.: Harry’s Song
Une ballade un peu rétro, où Ringo Starr joue les crooners.

9.: Pasodobles
Ringo Starr prend ici une voix plus caverneuse sur une instrumentation andalouse.

10.: If It’s Love That You Want
Un rock presque texan, mais où pointe parfois l’ombre des Beatles.

11.: Love Is
Une ballade où Ringo Starr nous offre une voix chaude, pour ce qui est la meilleure chanson de l’album.

12.: R U Ready
Un délire country où Ringo Starr se fait plaisir. Une fin sympathique !

RECOLTER CE QUE L’ON A SEME

francemexique

francemexiqueAllez avouons-nous le. On y croyait ! On se disait qu’il y’avait bien un moment où tout cela allait s’arrêter, qu’on allait se réveiller d’un cauchemar irrationnel. Tout cela durait depuis si longtemps, était si incompréhensible que cela paraissait irréel. Tout cela avait assez duré, les joueurs, au vu de l’enjeu, allait mettre fin à la plaisanterie. Ils jouaient si mal qu’on se demandait s’ils ne le faisaient pas exprès. Si c’était le cas, c’est donc qu’ils avaient le pouvoir de jouer mieux. Il suffisait juste de le vouloir. On y croyait…

L’Equipe de France n’a livré aucun match réellement satisfaisant depuis septembre 2006, et une victoire contre l’Italie. Cela remonte à près de 4 ans, 4 ans pendant lesquels les Bleus se sont englués dans des problèmes d’organisation aussi bien offensive que défensive. Domenech avait beau changer les joueurs, les schémas de jeu, rien n’y a fait, la lumière n’est jamais venue et va nous conduire tout droit au désastre qui de dessine très nettement désormais.

On y croyait parce que les miracles en football existent. La France en 2006 en fut la preuve éclatante. Des collectifs qui naissent à partir de rien, le temps d’une compétition, où des joueurs moyens deviennent des génies, où des entraîneurs médiocres deviennent de fins tacticiens. Mais les miracles ont beau exister, ils restent des miracles, c’est à dire des évènements rares. Ils sont l’exception, pas la règle. Alors, oui, nous avions raison d’y croire, mais au final, c’est la logique qui va triompher.

C’est nulle la logique. C’est triste, ça n’a aucune imagination. Ca ne fait pas rêver, ça ne déçoit même pas vraiment. Nous étions bien naïfs de croire que les Bleus allaient d’un coup réussir ce qu’ils échouent à réaliser depuis 4 ans. Mais le football n’est qu’un jeu après tout. Alors nous aurions bien tort de nous interdire une douce naïveté enfantine.

Cette même naïveté qui pourrait nous faire encore espérer que tout est possible ? Ou enfin bon, faut pas non plus confondre naïveté et aveuglement…

PREMIER BILAN

espagnesuisse

espagnesuisseVoilà, toutes les équipes engagées dans cette Coupe du Monde ont joué leur premier match. A l’heure où j’écris ces lignes, l’Afrique du Sud et l’Uruguay ont même attaqué leur deuxième. Bien sûr, la compétition est encore longue, mais on peut essayer de tirer quelques premières conclusion.

Pour commencer, une remarque générale sur le jeu pratiqué par les 32 équipes. Certes, il n’y eu pour l’instant que peu de grands moments enthousiasmants et surtout assez peu de buts. Mais cela n’est guère étonnant, car c’est souvent le cas à l’entame d’une telle compétition. L’ensemble des sélections sont arrivées préparées physiquement et les différences ne peuvent encore vraiment se faire à ce niveau là. Et puis, la formule de la compétition avec seulement trois matchs pour faire la différence n’incite pas à prendre beaucoup de risques, les conséquences d’une défaite étant lourdes, vu qu’il n’y a ensuite que deux matchs pour se rattraper. Au troisième match, l’enjeu immédiat et les différences de conditions physiques devraient nous permettre de voir bien plus souvent trembler le filets.

Parmi les favoris, le bilan est contrasté. Le plus impressionnant fut de loin l’Allemagne qui a su marier le score et la manière. L’Argentine et les Pays-Bas ont gagné sans vraiment se faire peur, même si le jeu ne fut pas toujours enthousiasmant. Le Brésil quant à lui, vu le niveau de sa poule et son piètre niveau de jeu, peut se faire un peu de soucis. L’Angleterre, l’Italie et la France ont raté leur entrée avec un match nul qui ne compromet pas leurs chances de qualification, mais a donné quelques sueurs froides à leurs supporters. La grosse déception vient de l’Espagne, grand favori de la compétition, mais qui désormais devra faire mentir toutes les statistiques si elle veut l’emporter, et devenir ainsi le premier champion du monde à avoir perdu pour son entrée dans la compétition. Mais vu son niveau de jeu aujourd’hui, on ne doute pas de sa capacité à battre le Honduras et le Chili et se qualifier aisément.

La grosse déception vient d’Afrique. Si l’Afrique du Sud affiche un niveau de jeu bien supérieur à ce que l’on attendait, si la Côte d’Ivoire et le Ghana ont montré leur solidité, le Cameroun et l’Algérie ont profondément déçu. Deux défaites face à des nations largement à leur portée et qui rendent leur qualification pour le deuxième tour très hypothétique. Quant au Nigéria, il a échappé à un score écrasant grâce à son gardien et on peut douter que cela soit suffisant pour aller vraiment plus loin.

A l’inverse, le Japon et la Corée du Sud ont confirmé leur niveau affiché en 2002. Ils n’avaient pas confirmé quatre ans plus tard, mais il semblerait que, cette fois-ci, les progrès soient profonds et que leur présence au second tour va cesser de constituer de réelles surprises. Surtout que la Corée du Nord a surpris par son niveau de jeu, ce qui montre bien que c’est toute la confédération asiatique qui a progressé et qu’aucune équipe de seconde zone ne pourra plus s’y qualifier.

Maintenant, vivement la suite !

JE POUFFE DONC JE SUIS

pouffe

pouffeVoici quelques jours que j’ai fait mon coming-out. Et depuis, tout va mieux, je me sens plus léger, enfin libre d’être moi-même et surtout entier. J’ai décidé d’assumer cette partie de moi dont j’aurais pu avoir honte, mais qui maintenant, serait presque une fierté. Je n’ai plus à le cacher, je peux vivre au grand jour et crier haut et fort : il y’a une pouffe qui sommeille en moi !

En effet, j’aime Sex and the City à la télé et au cinéma, j’ai adoré les comédies musicales Hairspray et Dreamgirls, j’ai vu plus de cinq fois le Journal de Bridget Jones, j’attends avec impatience de lire le dernier tome de l’Accro du Shopping, dont j’ai dévoré les précédentes aventures, j’écoute Briteny, Jennifer Lopez, Beyonce et Kylie Minogue avec un énorme plaisir, en particulier en faisant le repassage, pendant lequel je remue mon popotin au rythme de la musique tout en maniant le fer avec dextérité, je porte avec joie une chemise rose, je pleure une fois sur deux au cinéma, j’ai des envie de bébés et de mariage avec 300 invités, je trouve George Clooney beau à regarder, je bois du Passoa et je ne crache pas sur le Soho, j’ai déjà possédé un sac à main et enfin je me sers régulièrement d’une pince à épiler !

Bon quand je relis ça, ça me fait presque un peu peur. Un jour une amie, après m’avoir dit que j’avais un côté féminin très développé, m’assuré que c’était un compliment. Bien sûr, elle ne pensait pas forcément à la pouffitude, avec son lot de paillettes et de glamour. Mais tant qu’à être une femme, autant être Carrie Bradshaw ou Becky Bloomwood, c’est nettement plus amusant que Elisabeth Badinter ou Marie Curie.

Enfin, si jamais ma virilité lisait cet article par dessus mon épaule et commençait à s’inquiéter, je lui rappellerais simplement qu’à côté de tout ce que j’ai cité plus haut, j’adore le foot, le bière et les pizzas, jouer aux jeux vidéos, jouer aux jeux de vidéos de foot, considère Conan le Barbare, Commando et Predator comme des chefs d’œuvres cinématographiques, je demanderais l’envoi des cendres de Zidane au Panthéon après sa mort, je n’ai aucun produit de beauté en dehors de mon après-rasage, je suis poilu et je m’en fous, j’ai du bide et je m’en fous, je supporte le PSG, je considère le orange comme une couleur tout à fait respectable et ne voit aucun problème à porter des chaussures noires avec un pantalon clair, j’ai déjà pris plaisir à boire de la bière chaude, j’ai une photo du PSG au-dessus de mon lit, je suis persuadé que les légumes faisaient partie des fléaux libérés par Pandore, je fais le ménage quand c’est sale, pas pour empêcher que ça le devienne, je regarde un match de foot en écrivant ce billet, je considère le tour de poitrine un critère aussi respectable que le QI pour choisir sa femme, considère le féminisme comme une maladie et j’aime le foot (mais ça, je crois que je vous l’ai déjà dit…).

Bon d’un coup, me voilà rassuré. La pouffe sommeille peut-être en moi, se réveille de temps en temps, mais bon, elle est encore loin d’avoir piqué la télécommande ! C’est encore le mâle qui commande ! Non mais !

GAGNER MOINS POUR PAYER PLUS (D’IMPOTS)

impotslocaux

impotslocauxIl y’a une parabole que j’aime beaucoup et qui est très parlante. C’est celle de la grenouille que l’on cherche à ébouillanter. Si vous la jeter dans l’eau déjà à température, elle va immédiatement bondir hors de la casserole. Par contre, si vous la plongez dans l’eau froide et que vous faites monter doucement la température, vous pourrez arriver à vos fins. Avec les êtres humains, c’est à peu près pareil. Agissez discrètement et progressivement et vous arriverez à leur faire gober à peu près n’importe quoi.

Peut-on faire payer plus d’impôts aux pauvres et moins aux riches sans que cela se voit ? Cela ne semble pas facile et suicidaire politiquement, mais pourtant c’est ce qui se passe depuis 30 ans dans notre pays, avec une très forte accélération depuis le retour de la droite au pouvoir en 2002. Je ne parle pas ici du bouclier fiscal qui, lui, s’est franchement vu et est devenu un boulet politique que traîne le gouvernement qui s’entête à le laisser intact, même si les premières fissures devraient voir le jour. Je parle d’un phénomène beaucoup plus subtil et discret, dont très peu de citoyens ont conscience, qui nous concerne tous et qui constitue une magnifique machine à creuser les inégalités.

En 1978, les recettes de l’Etat et des collectivités locales représentaient 25,8% du PIB. En 2009, elles s’élèvent à 24,1%. Une telle baisse en 30 ans, ce n’est pas non plus hyper spectaculaire, me direz-vous. Car la vraie évolution est ailleurs. En 1978, la répartition était de 21,1% pour l’Etat et 4,7% pour les collectivités. En 2009, elle est de 15,1% et 9%. La part des collectivités dans les recettes publiques a donc considérablement augmenté. Cela semble logique, la décentralisation est passée par là, ce n’est donc en rien choquant.

Il n’y a effectivement aucun problème en soi dans ces chiffres, tant que l’on ne réfléchit pas à la manière très différente donc l’Etat et les collectivités se financent. On ne parlera ici que de la fiscalité, qui ne représente qu’une partie de ces recettes, mais qui reste encore le principal levier de financement. Le vrai problème réside dans le fait que les collectivités n’ont à leur disposition aucun impôt progressif, c’est à dire dont le montant est lié directement au montant d’un revenu, seul l’Etat en prélève (impôt sur le revenu, impôt de solidarité sur la fortune, impôt sur les sociétés et impôt sur les successions).

Les collectivités se financent par des impôts essentiellement basés sur le foncier. Le poids dans les dépenses des ménages de la taxe d’habitation est par exemple d’autant plus faible que les revenus sont élevés (on habite généralement dans un logement plus grand avec des revenus plus élevés, mais pas de manière proportionnelle). Ce n’est donc pas un impôt progressif, c’est même exactement l’inverse ! Pire, c’est un impôt sur les familles nombreuses, les enfants nécessitant forcément des logements plus grands. La taxe d’habitation est un impôt qui pèse moins chez les célibataires à haut revenu que chez les familles nombreuses modestes. Les collectivités ont donc des modes de fonctionnement socialement injustes et elles ne peuvent guère faire autrement puisque ce cadre leur est imposé par l’Etat et fixé par la loi.

Comme je l’ai déjà dit, ce mouvement fut progressif dans les années 80 et 90. Puis, après la mise en place de la politique de décentralisation version Raffarin, il s’est brusquement accéléré. En effet, depuis lors, l’Etat continue de déléguer aux collectivités de nouvelles missions (le personnel non enseignant des lycées aux Régions, le versement du RMI aux département par exemple), mais désormais sans réellement les compenser.

Par exemple, pour la Région Ile de France, cela s’est traduit par la prise en charge de près de 10 000 fonctionnaires supplémentaires, alors que la Région en comptait précédemment environ 1 200. Raffarin, à l’époque, avait assuré que ce transfert serait compensé au centime près. Sauf que la Région a hérité de beaucoup de personnel que l’Etat n’avait pas daigné titulariser les années précédente afin de diminuer le coût de ce transfert. Les Régions n’ayant pas vocation a contribuer à la précarisation des salariés de notre pays, la plupart de ces salariés ont été titularisés, ce qui a engendré un surcoût entièrement à la charge de la Région. Autre surcoût, le personnel administratif supplémentaire qu’il a fallu embaucher pour gérer 10 000 salariés, car les compensations financières ne concernaient que le personnel des lycées proprement dit. Enfin, aucune évolution de ces compensations ne furent prévues. L’Etat continue de dédommager les Régions sur des valeurs qui auront bientôt dix ans. Evidemment depuis, les collectivités ont bien du financer l’écart qui s’est creusé par la simple inflation par leurs propres ressources.

L’Etat a donc bon dos de se vanter de faire diminuer la pression fiscale et de fustiger les collectivités de faire augmenter celle qu’elles exercent. Depuis son retour au pouvoir en 2002, la droite mène une politique délibérée de transfert de fiscalité de l’Etat sur les collectivités. Encore une fois, cela ne constituerait pas forcément un problème en soi, si cela ne transformait pas une fiscalité progressive, et donc socialement juste, en une fiscalité qui touche avant tous les classes moyennes et modestes. C’est une manœuvre politique formidable, car vous l’aurez compris à la longueur de cet article, très long et difficile à dénoncer, alors que son efficacité est redoutable.

Les impôts progressifs rapportés aux revenus bruts des ménages s’élevaient à 6,8% en 2000 pour ne plus représenter que 4,4%. C’est un écart énorme en une décennie, un recul social phénoménal passé inaperçu. La progressivité de l’impôt devrait être évidemment un des principe de base de la fiscalité. Elle s’est érodée pendant 20 ans, avant de s’effondrer depuis 10 ans. Et nombreux sont les Français qui l’ont dans c… sans même le savoir.

Quand on évoque ce problème avec mon Maire préféré, il nous répond invariablement la même chose. Pourquoi donc n’avez vous (sous-entendu le PS du temps du gouvernement Jospin) pas introduit un principe de progressivité des impôts locaux quand vous étiez au pouvoir ? Et, on doit reconnaître, que sa réponse ne manque pas de pertinence car il y’a eu là un rendez-vous raté. Mais encore une fois, il y’a une énorme différence entre un glissement lent et non maîtrisé sur 20 ans, et la politique d’une toute autre ampleur menée par la droite depuis 2002. On touche cependant là un des sujets sur lequel la gauche ne devra pas se rater en 2012 si elle revenait aux manettes du pays.

Espérons qu’elle saura être au rendez-vous et permettra de ne plus opposer décentralisation et justice sociale.

SEX AND THE CITY 2 : Si toi aussi, au fond, tu es une pouffe à paillettes

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sexandthecity2afficheNous avons tous une pouffe qui sommeille en nous. Chez moi, elles sont trois à avoir le pouvoir de révéler celle qui demeure dans mon for intérieur : Britney Spears, Beckie Bloomwood (L’Accro du Shopping) et Carrie Bradshaw. 95% du temps, je joue aux jeux vidéos, je regarde le foot en buvant de la bière et en me grattant les… Bref, les 5% du temps, je change radicalement. Comme le temps d’un Sex and The City 2 !

Après deux ans de mariage, Carrie et Big connaissent l’écueil de tous les couples : la routine… et pire encore, la télévision dans la chambre ! Que faire pour remettre des paillettes dans leur vie ? En attendant, Samantha lui propose de tout oublier par un séjour tous frais payés à Abu-Dhabi, en compagnie naturellement de Miranda et Charlotte, trop heureuses de faire une pause dans leur difficile vie de mère de famille.

Sex and The City 2 est typiquement le genre de film qu’il est très difficile de juger objectivement. En fait, objectivement, si vous n’avez jamais vu, et à fortiori, si vous n’avez pas aimé, la série, inutile d’aller voir ce film, il n’aura guère d’intérêt. Voilà, c’était la fin du paragraphe objectif, passons désormais en mode fan qui juge ce film avec les yeux de l’amour. Et on sait bien que s’il ne rend pas toujours complètement aveugle, en tout cas, il trouble quelque peu la vue.

Retrouver Carrie, Samantha, Miranda et Charlotte suffirait déjà presque à notre bonheur. Mais bon, on est quand même sur grand écran, alors on veut en avoir plein les mirettes. A ce niveau-là, Sex and The City 2 remplit parfaitement son rôle. Vous vous dites que la série avait totalement fini de nous faire explorer tous les coins et recoins d’un Manhattan branché, où la mode règne en maître, où un magasin Prada est ce qu’il y’a de plus proche du paradis ! Et bien que cela ne tienne, ce film vous emmènera là où le luxe prend une autre dimension, à Abu-Dhabi, une des cités folles qui pousse aux Emirats.

Alors, bien sûr, tout cela sonne comme l’apologie du glamour clinquant et totalement artificiel. Bah en fait, ça ne fait pas que sonner comme, ça l’est. Mais c’est aussi pour ça qu’on a aimé la série et qu’on aimera Sex and The City 2. On peut toujours lui reprocher l’absence total de regard critique, mais c’est un peu comme reprocher à Star Wars de ne pas aborder le problème de la pollution causée par les satellites usagés. C’est simplement pas le sujet ici. On est face ici à du pur divertissement, pas à de la critique sociétale.

sexandthecity2Mais bon, tout cela n’est que de l’anecdotique, puisque la seule question pertinente pour juger la qualité de Sex and The City 2 est simplement : Arrive-t-il à nous faire rire ne parlant des rapports amoureux…enfin de sexe quoi ? Et la réponse est totalement affirmative. Allez, on peut l’avouer, le film n’aurait sûrement rien perdu à être un peu plus court, mais bon, plus c’est long plus c’est bon. Et franchement, rien pour le final dans le souk d’Abu-Dhabi, le film vaut le coup d’être vu. On retrouve dans ce vrai moment de bravoure cinématographique ce qui a fait le succès phénoménal de la série : un vrai politiquement incorrect qui fait du bien, beaucoup de bien !

Sex and The City 2 est un film sourire… C’est à dire un film que l’on regarde avec un air niais tout du long, content d’être là et ne voulant être nul par ailleurs. Un film qui fait naître un enthousiasme démesuré face à une intrigue finalement assez pauvre, une superficialité totalement assumée et une mise en scène plus efficace qu’artistique. Mais voilà, c’est la magie des séries et de l’attachement profond qu’il fait naître pour des personnages qui ont partagé votre vie au gré des saisons (cf. un excellent article écrit sur ce sujet sur mon blog !). Et je ne dis pas ça uniquement parce que j’ai toujours été amoureux de Miranda… Enfin ça joue quand même un peu.

Sex and The City 2 apportera donc au fan de la série les paillettes et les dialogues crus qu’il attendait ! Et ça suffit à son bonheur ! Un grand bonheur !

Fiche technique :
Production : Michael Patrick King, Sarah Jessica Parker, Darren Star, John Melfi, New Line cinema, HBO Films, Village Roadshow
Distribution : Warner Bros. Entertainment France
Réalisation : Michael Patrick King
Scénario : Michael Patrick King
Montage : Michael Berenbaum, A.C.E.
Photo : John Thomas
Décors : Lydia Marks
Son : William Sarokin
Musique : Aaron Zigman
Effets spéciaux : Sheena Duggal
Maquillage : Nuria Sitja
Directeur artistique : Miguel Lopez-Castillo
Durée : 135 mn

Casting :
Sarah Jessica Parker : Carrie Bradshaw
Cynthia Nixon : Miranda Hobbes
Kim Cattrall : Samantha Jones
Kristin Davis : Charlotte York
Chris Noth : Mr. Big
David Eigenberg : Steve Brady
Liza Minelli : Liza Minelli
Evan Handler : Harry Goldenblatt
Penelop Cruz : Carmen Garcia Carrion 

DANS LA TËTE A RAYMOND…

franceuruguay

franceuruguayOn n’a pas pris de but ! C’est merveilleux, fantastique, formidable, extraordinaire… On le sait bien, les équipes championnes du monde sont celles qui ont la meilleure défense. Aimé Jacquet a triomphé grâce à son bloc équipe, Domenech triomphera avec… bah, on ne sait pas trop en fait…

Plus sérieusement, si le match contre l’Uruguay n’a pas été le grand n’importe quoi que l’on pouvait craindre, il n’a pas non plus offert de solides raisons de se réjouir. On peut tout de même célébrer l’éclosion d’Abou Diaby qui semble s’être dessiné un avenir de titulaire dans cette compétition. Par contre, quand on réalise qu’il a pris la place du meilleur joueur français de la saison, à savoir Florent Malouda, on se réjouit déjà nettement moins. C’est simplement incompréhensible de le voir sur le banc alors que Sidney Govou est sur le terrain. Mais les voies du Raymond…

J’ai développé une théorie sur la psychologie de notre sélectionneur. Il aime tellement avoir raison contre tout le monde, qu’il fait exprès de faire l’exact opposé de ce que le bon sens et par la même occasion l’ensemble des amateurs de football pensent être la solution logique aux problèmes de l’Equipe de France. Mais Monsieur, quoiqu’il arrive, fera autrement, continuera à titulariser Nicolas Anelka qui refuse de remplir son rôle d’avant-centre et à faire rentrer Gignac à l’aile…

Inutile d’épiloguer, seule l’histoire, et accessoirement le Mexique et l’Afrique du Sud, décideront de qui avaient raison. Et j’espère sincèrement avoir tort…

LES MAINS EN L’AIR : Les enfants indignés

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lesmainsenlairafficheAprès le succès critique et commercial du très beau Welcome, le cinéma français s’attaque à nouveau au sujet délicat de la politique de « gestion » de l’immigration actuellement menée en France, des expulsions et des drames qui les entourent. Les Mains en l’Air est un film engagé au message clair, avec comme vedette Valéria Bruni-Tedeschi, la propre sœur de Carla, la femme de… Bref, sans faire de politique ici (j’en fais assez dans la vraie vie), c’est quand même particulièrement délectable.

Milana, réfugiée tchétchène de 11 ans, et ses amis sont les rois de la débrouillardise. Ils trafiquent les copies de DVD à partir de leur QG secret et s’organisent pour se transmettre les réponses aux devoirs. Mais leur quotidien est bousculé par l’expulsion hors du territoire national de certains de leurs camardes. Ils réalisent alors que Milana est elle aussi menacée. Même si les adultes se mobilisent, les enfants décident de prendre les choses en main.

Faire un film dont les personnages principaux sont des enfants n’est pas toujours facile. On tombe soit dans le cucul, soit à vouloir en faire des petits adultes pour rendre l’histoire plus dramatique, on perd toute crédibilité. Les Mains en l’Air évite ses deux écueils, malgré la charge émotionnelle forte. Bien sûr, ces enfants ont une personnalité très marquée, une intelligence et un sens de la répartie qu’on souhaiterait tous avoir. On comprend aisément l’attachement qu’enfant comme adultes peuvent ressentir pour Milana, vu que l’on a tous envie de l’adopter dare-dare !

Le monde des adultes est quant à lui plus en retrait et tourne quasiment exclusivement autour du personnage interprété par Valéria Bruni-Tedeschi et ses relations avec le reste de sa famille, qui ne voit pas toujours d’un très bon œil son engagement. Cette actrice peut insupporter, mais elle trouve là un rôle dans lequel elle semble se glisser sans effort. Encore une fois, ce n’est pas elle la star de l’histoire, mais elle occupe assez souvent l’écran pour que sa performance pèse fortement sur la qualité générale du film. Donc si vous ne la supportez pas, cela risque de vous gâcher le plaisir. Les fans, au contraire, se régaleront.

lesmainsenlairLa comparaison avec Welcome est difficile à éviter. Les Mains en l’Air nous raconte une histoire beaucoup moins forte et dramatique. Mais cette histoire plus ordinaire est du coup beaucoup plus proche de notre quotidien. Les enfants de ce film pourrait être les nôtres ou ceux de nos voisins. Du coup, l’identification joue à fond et l’émotion est peut-être plus simple, plus directe, mais tout aussi forte.

Mais si Les Mains en l’Air nous propose une histoire plus simple que Welcome, du coup, il manque un peu de contenu. On peut lui reprocher quelques longueurs, où le film devient largement contemplatif. Ces moments auraient pu servir à faire naître la sympathie envers les enfants, mais celle-ci est immédiate, alors du coup certaines de ces séquences semblent un peu superflues. Cependant, si cela nuit à l’équilibre du film, cela n’enlève rien à l’émotion qu’il dégage.

Les Mains en l’Air n’est donc pas un grand film d’un point de vue purement cinématographique. Mais il touchera profondément tous ceux qui sont sensibles à ce sujet. Un sujet traité ici avec un humanisme et une simplicité qui ne s’apparentent en rien à un manque de recul, mais simplement à une indignation toute légitime.

Fiche technique :
Production : Les Films du Losange, France 3 Cinéma
Distribution : Les Films du Losange
Réalisation : Romain Goupil
Scénario : Romain Goupil
Montage : Laurence Briaud
Photo : Irina Lubtchansky
Décors : Jean-Baptiste Poirot
Son : Sophie Chiabaut, Hélène Ducret, Dominique Dalmasso
Durée : 90 mn

Casting :
Jules Ritmanic : Blaise
Linda Doudaeva : Milana
Hippolyte Girardot : Rodolphe
Valeria Bruni Tedeschi : Cendrine
Louna Klanit : Alice
Romain Goupil : Luc