BOITE NOIRE : Beaucoup de bruit pour pas grand chose

Ce n’est pas parce qu’on a déjà exploité un concept une fois qu’on ne peut pas recommencer. Sinon, beaucoup de scénaristes se retrouveraient au chômage. Ainsi le concept du film français à suspense dont le personnage central a une oreille particulièrement aiguisée revient sur nos écrans. Après le Chant du Loup, voici Boîte Noire. Après François Civil, Pierre Niney. Mais si premier de ces films avait représenté une grande réussite et une petite surprise, le second comporte trop de faiblesses pour emporter notre enthousiasme. Pas de quoi s’envoyer en l’air en tout cas.

Boîte Noire est d’une facture finalement assez classique au-delà de l’originalité du fait que l’enquête se déroule uniquement (ou presque) à partir d’un enregistrement audio qu’il faut interpréter et décoder. L’intérêt de cet élément assez rare, même si vu récemment, a certainement été surestimé par Yann Gozlan qui fait traîner son scénario en longueur. Les fausses pistes s’enchaînent, l’intrigue tourne en rond, avant un final pas si surprenant que ça. En lambinant en route ainsi, les occasions de proposer des incohérences et des éléments pas très convaincants se multiplient et le film n’en est pas dénués. La curiosité du spectateur reste tout de même forte jusqu’à la fin, mais il découvrira la vérité sans émotion et avec une satisfaction mesurée.

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TEMPO (Dom La nena), SELL OUT (The Who), NEW LONG LEG (Dry Cleaning) : Things go better with coke

Direction le Brésil pour commencer, avec Dom la Nena, de son vrai nom Dominique Pinto, et son album Tempo, sorti cette année. Son instrument est le violoncelle sur lequel elle chante, ce qui est assez rare pour être souligné. Enfin, parfois son chant ressemble plus à un léger murmure. Sa musique s’apparente souvent à de petites ritournelles ou comptines enfantines. L’album propose aussi de nombreux instrumentaux. Le résultat nous berce, par son ambiance douce. Le ton assez uniforme de la voix le rend aussi un rien monotone. Mais le tout reste quand même avant tout très joli.

Le troisième album du groupe mythique The Who, Sell Out, est sorti en 1967. Mais il ressort cette année dans une version collector. Il s’agit autant d’un concept que d’un album. En effet, il est conçu comme s’il s’agissait de l’enregistrement d’une émission de radio, avec de vrais morceaux de musique, mais aussi des publicités (musicales évidemment) et des jingles. Quand on l’ignore, on se demande s’il n’est pas une compilation de fonds de tiroir ou de documents anecdotiques, comme ont pu le proposer les Beatles. Mais même en comprenant le concept, on ne peut s’empêcher de trouver ça musicalement limité. Original certes, mais sans réelle raison de s’enthousiasmer. Quelques titres assez classiques et très sympathiques apparaissent heureusement ça et là. On pourra rire à une fausse pub pour une boisson gazeuse intitulée, avec un joli double sens, Things go better with coke. On retiendra aussi une reprise étonnante de dans l’Antre du Roi de la Montagne de Peer Gynt.

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SERRE MOI FORT : Perdus en chemin

Le twist est une danse peut-être désuète désormais mais qui a eu son ère de gloire, faisant se déhancher bien des habitués des pistes. Mais c’est aussi un outil scénaristique qui a toujours existé, mais qui est devenu presque obligatoire désormais. On ne se laisse désormais plus si facilement impressionner. Et surtout, on peut plus considérer que cela suffit à donner de l’intérêt à un film. Serre Moi Fort, le nouveau film de Mathieu Amalric, ne peut pas se résumer à un simple retournement de situation. Mais celui-ci tient trop de place dans le film pour ne pas représenter le point de bascule où le spectateur va aimer ou détester ce film. Malheureusement, la balance ne retombe pas forcément du bon côté.

Il est difficile de sauver un film grâce à un élément survenant dans toutes les dernières minutes. Surtout quand tout ce qui a précédé nous a plongé dans un certain ennui. Difficile de rattraper un manque d’attachement aux personnages, qui se traduit par un manque d’empathie. Dans ce film, tout cela découle d’un manque de sens apparent. Il sera donné dans les dernières minutes, mais il est alors trop tard pour nous faire aimer Serre Moi Fort. On passe le film à se demander à quoi on assiste réellement. Un drame ? Une romance ? Un film fantastique ? Cela donne vraiment l’impression que Mathieu Amalric ne sait pas du tout où il va. La fin révélera que ce n’est pas le cas, mais il a malheureusement perdu le spectateur en route.

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DELICIEUX : Ode à la chair

Cinéma et gastronomie font souvent bon ménage. Comme quoi, un seul sens peut avoir un pouvoir suffisamment suggestif pour stimuler avec force tous les autres en même temps. Le goût, l’odorat, le toucher peuvent palpiter de bonheur rien qu’à la vue des bons ingrédients ou au son d’une friture annonçant une cuisson parfaite. Ce sont bien vos cinq sens qui se trouveront comblés par Délicieux, un film dont vous ressortirez avec une envie folle de vous mettre aux fourneaux. Et la satisfaction non négligeable d’avoir assister à une belle histoire.

Délicieux est un film profondément sensuel. Au sens littéral, comme au sens figuré d’ailleurs. On l’appréciera évidemment du coup d’autant plus si on est particulièrement sensible au plaisir procuré par la création culinaire. Il parlera à ceux qui connaissent le rapport charnel qu’un cuisinier entretient avec ses ingrédients pour les transformer en quelque chose d’infiniment plus grand. Le film fait ressentir remarquablement bien tout ceci au spectateur. Et tout ceci est au service d’une histoire qui valait bien d’être racontée, même si on se doute bien que la vérité historique a sûrement été quelque peu romancée. La narration n’est pas totalement maîtrisée et on garde l’impression qu’Eric Besnard n’est pas passé loin de signer un film nettement plus marquant, mais devra se contenter d’un long métrage sympathique.

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SHANG-CHI ET LA LEGENDE DES DIX ANNEAUX : Made in Marvel

L’univers Marvel regorge de personnages haut en couleur, dont la plupart sont nés dans les années 60 et 70. Certains sont vraiment symboliques de cette époque et passent facilement pour ringard aujourd’hui. Si en bande-dessinée, ce côté désuet donne aux comics un certain charme, sur grand écran, cela n’a rien d’évident. Mais depuis l’adaptation particulièrement réussie de Captain America, on mesure leur capacité à parvenir à moderniser ce genre de protagonistes, tout en restant d’une grande fidélité à l’œuvre originelle. Shang-Chi et la Légende des Dix Anneaux le prouve une nouvelle fois. Alors que ce n’était vraiment pas gagné d’avance !

Le grand secret des films Marvel réside définitivement dans cette pointe d’humour et de second degré qui vient toujours démontrer qu’ils ne se prennent pas au sérieux. Bon, vous me direz que c’est tellement évident désormais, que ce n’est plus vraiment un secret. Mais une vraie marque de fabrique en tout cas. C’est encore le cas ici. Ceci nous permet d’apprécier pleinement le grand spectacle proposé par Shang-Chi et la Légende des Dix Anneaux, avec des scènes d’actions particulièrement spectaculaires, même si aucune n’est vraiment révolutionnaire. En tout cas, elles s’enchaînent sur un rythme assez soutenu pour nous préserver totalement de l’ennui.

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LE NOM DE LA ROSE (Umberto Eco) : Le lieu du crime

A travers cette critique, je ne vais pas contribuer à l’éternel débat autour de l’adage « le livre est toujours mieux que le film »… Pourtant, elle s’y prêterait particulièrement puisqu’il s’agit ici de parler du Nom de la Rose, dont l’adaptation cinématographique figure parmi mes films culte. Je l’ai vu un certain nombre de fois (enfin pas plus de cinquante fois comme Star Wars quand même…). Cela a forcément influé mon jugement, mais je vais tenter de m’en affranchir. Surtout que ce roman est d’assez grande qualité pour mériter qu’on s’y intéresse pour lui-même, sans penser à chaque page au visage de Sean Connery. Bon, j’avoue, personnellement, il m’est quand même apparu régulièrement.

Par contre, je veux bien contribuer à un autre débat, en apportant une réponse définitive. Le Nom de la Rose est-il un polar ou un roman historique ? Pour moi, il s’agit avant tout incontestablement d’un excellent polar. L’époque, le décor, tout cela est bien au service d’une enquête qui ressemble fort à celles menées par les plus grands détectives de la littérature. Je concède éventuellement le terme de polar historique, mais il s’agit tout de même d’un roman d’une autre trempe que la plupart des œuvres que l’on retrouve dans la collection Grands Détectives de 10/18. Même si je suis bien incapable de mesurer à quel point le récit parvient à maintenir un réel suspense sur le fin mot de l’histoire, puisque je le connaissais depuis le début.

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RIDE YOUR WAVE : Ghost under water

Des fantômes de toutes sortes peuplent les histoires depuis que les humains se racontent des histoires, le soir au coin du feu. La plupart sont là pour faire peur, voire pour commettre les choses les plus abominables qui soient et torturer les vivants. Mais d’autres se montrent beaucoup plus bienveillants et veillent sur ces derniers, en particulier ceux qu’ils ont aimé avant leur trépas. Cela donne des films culte comme Always ou Ghost. Ride You Wave marquera certainement moins les mémoires que ces deux-là. Mais il nous offre néanmoins un joli moment de poésie et de romantisme que l’on peut apprécier à sa juste valeur.

Ride You Wave commence comme une comédie romantique, tout ce qu’il y a des plus classiques et franchement assez cucul. Puis le drame survient… Le film prend alors une dimension fantastique. Celle-ci peut paraître dans un premier temps tout aussi cucul que ce qui a précédé. Puis au fur et à mesure, des idées plus originales et inattendues surviennent et font naître une poésie touchante, légère et adorablement romantique. On se laisse alors vraiment porter par l’histoire, tel un surfeur sur la vague. Elle nous porte vers un très joli dénouement qui présente même une petite dimension épique. Si tous les éléments de l’histoire peuvent avoir un petit air de déjà-vue, le mélange proposé possède, lui, assez de personnalité pour échapper à cette impression.

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UNE HISTOIRE D’AMOUR ET DE DESIR : Dans ses yeux

La sexualité des hommes a toujours été représentée à l’écran d’une manière éloignée de sa complexité réelle et surtout de la manière très différente dont chaque individu de la gente masculine la vit. Tout le monde n’est pas un séducteur sûr de lui, qui va surmonter toute résistance de la part de celle dont il veut conquérir le cœur (ou toute autre partie de son anatomie). A l’heure où la virilité conquérante triomphante n’est plus en odeur de sainteté, il est heureux de voir surgir au cinéma un autre regard. Un regard porté par une réalisatrice, mais assez pertinent pour parler à beaucoup d’hommes, qui se sentiront profondément touchés par Une Histoire d’Amour et de Désir.

Si l’on devait ranger dans Une Histoire d’Amour et de Désir dans une case, on pourrait envisager de la ranger avec les comédies romantiques. Mais le film, sans être dramatique ou lourdingue, ne reprend guère les codes de la comédie. Il s’agit cependant bien de l’histoire d’une rencontre qui remplit le film pour ne pas laisser de place à grand chose d’autre. Pas grand chose, mais pas rien, car les autres aspects du propos, notamment la réflexion sur les racines, présentent aussi un réel intérêt et viennent enrichir le tout. Surtout que chaque aspect se répond et se complète avec une grande intelligence, pour être au service de l’émotion qui n’en est que plus forte.

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UN TRIOMPHE : Une histoire d’hommes

La prison est un monde à part, dont peu de gens connaissent la réalité. Il suffit de mesure l’écart entre la vision que l’on peut entendre au café du commerce et celle que peut avoir un visiteur de prison par exemple. Il est vrai que le cinéma français n’aide pas, car il nous y emmène très peu souvent, à l’inverse de son collègue américain, surtout si on élargit au monde des séries. Du coup, on a parfois l’impression de mieux connaître le système carcéral de l’autre côté de l’Atlantique que celui de ce côté-ci. Est-ce que ce manque sera réparé avec Un Triomphe ? Pas totalement car ce film n’est pas vraiment un film sur la prison. Plutôt un film sur des prisonniers. Mais un beau film en tout cas !

Un Triomphe est un vrai feel-good movie si on l’accepte pour ce qu’il est. Inspiré d’une histoire vrai, il nous raconte le destin de quelques personnages, un destin assez exceptionnel pour valoir la peine d’être partagé. Il n’y a pas ici de dénonciation d’un système ou de réflexion sociétale profonde. Cela n’enlève rien par contre au message profondément humaniste qu’il véhicule. Ne pas conjuguer les deux ne lui permet pas d’être une œuvre aussi marquante qu’un Hors Normes par exemple, mais comme il n’a jamais la prétention de l’être, il serait très injuste de le lui reprocher. Ce portrait touchant nous apporte un lot d’émotions positives qui fait beaucoup de bien. Et c’est déjà beaucoup.

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RORSCHACH TEST (Jay-Jay Johanson), THREE LITTLE WORDS (Dominique Fils-Aimé), GREEN TO GOLD (The Antlers) : La belle voix

On commence avec un album du Suédois Jay-Jay Johanson, sorti cette année et intitulée Rorschach Test. Il débute dans une ambiance lente et évaporée et quand la voix vient se poser sur la musique, le charme opère immédiatement. Le résultat se montre un rien lancinant, mais la maîtrise est assez forte pour rendre ça assez classe. Voire même vraiment classe quand il pose sa voix et l’emmène dans les graves. Surtout que les instrumentations sont vraiment minimalistes, tout passe par le chant. Un album hypnotique et en tout cas de très grande qualité.

On poursuit avec la canadienne Dominique Fils-Aimé, révélée par The Voice, version québecoise (qui s’appelle naturellement la Voix). Son album Three Little Words permet de découvrir sa voix chaude se posant sur des rythmes un rien chaloupés. Cela se montre tout de suite entraînant et séduisant. Elle fait preuve de beaucoup de maîtrise et de conviction, nous livrant une musique douce et harmonieuse. La qualité se montre longtemps constante, avant de faiblir quelque peu sur la fin. Cependant, on retiendra avant tout les très bons moments que nous offre cet album.

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