CHRONIQUE DES JO DE TOKYO : JOUR 16: Le grand pardon

Photo by JUNG Yeon-je / AFP

Je leur pardonne ! Oui, aujourd’hui, je peux enfin pardonner à tous les professeurs d’EPS qui m’ont forcé à jouer à ce sport horrible qu’est le volley-ball. Ceux qui me connaissent diront que j’aurais dû aimer un sport où on a rarement besoin de courir, mais je leur rappellerai que c’est avant tout un sport d’adresse et que la seule adresse qui je porte en moi est celle qui me permet de recevoir du courrier. Et puis, pendant longtemps, ce sport était une vraie plaie à regarder avec de longues séquences de reprises mutuelles de service, sans aucune évolution du score. C’est vrai que le nouveau système de pointage a rendu ça beaucoup plus sympathique à suvire, mais vous l’aurez compris, le volley-ball n’est pas mon sport préféré ! Sauf sans doute aujourd’hui !

Si la magie des Jeux s’éteindra demain pour trois ans, elle nous aura livré une avant-dernière journée qui rentrera dans l’histoire du sport français. Une journée parachevée par cette médaille d’or en volley-ball au bout d’un match et d’un suspense absolument incroyables. Un scénario qui démontre une nouvelle fois une vérité essentielle du sport de compétition : il ne faut jamais renoncer. Et les premiers à l’avoir démontré dans ce match sont les Russes qui, menés dans le troisième set après avoir perdu les deux premiers, ont su renverser la vapeur. Si, à un moment donné, l’Equipe de France a donné la sensation d’être un rouleau compresseur que rien n’arrête, l’Equipe de Russie (ou je sais, du Comité Olympique bla bla bla…) s’est muée à son tour en une force que rien ne semblait vouloir stopper. Franchement, quand elle a pris l’avantage d’entrée dans le tie-break, je pense qu’on était nombreux à penser que le match était déjà plié. Force est de constater qu’il ne l’était pas.

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THE FATHER : Monsieur Hopkins

Un grand acteur ne suffit pas pour faire un grand film. Mais ça peut quand même aider. Surtout quand l’acteur en question est Anthony Hopkins. The Father restera de ces films intimement associés à la performance de leur tête d’affiche, qui est présent à quasiment chaque plan et qui capte toute l’attention du spectateur. Mais un numéro d’acteurs, aussi grand, aussi immense soit-il ne peut prendre tout sa dimension que s’il est au service d’une histoire, méritant qu’on lui consacre tant de talent. Celle de ce film le valait bien.

The Father est un modèle de narration. En effet, Florian Zeller parvient à rendre mystérieux le plus longtemps possible la nature même de son film. Drame, polar, film fantastique… l’histoire intrigue profondément car on ne parvient pas à donner un sens plein et entier aux événements auxquels on assiste. Ainsi, on partage la confusion du personnage principal, ce qui renforce notre attachement envers lui. Tout comme lui, on a envie de comprendre. Tout comme lui, on se demande si c’est nous qui perdons la raison ou bien si c’est la réalité qui est étrange. Cela permet au film d’échapper à un caractère contemplatif et statique, ce qui est souvent le lot des films adaptés d’une pièce de théâtre.

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LE SOUPIR DES VAGUES : Vague à l’âme

Un moyen de susciter l’intérêt du spectateur est de mettre un peu de temps avant de révéler la vraie nature d’un film et le sens réel de l’histoire qu’il nous raconte. Le risque de l’en faire sortir, sans parvenir ensuite à le raccrocher. C’est le risque qu’a pris Kōji Fukada, le réalisateur du Soupir des Vagues. Un long métrage qui nous emmène en Indonésie, dans une région qui tente de se reconstruire, dix ans après le tsunami dévastateur qui continue de laisser des traces. Là où un événement étrange va survenir.

Le Soupir des Vagues est donc un mélange de film documentaire, de comédie des mœurs et de film fantastique. L’équilibre entre ces trois aspects va varier au cours du scénario. Ce changement de pied (enfin pour le coup, il y en a trois) constant intrigue beaucoup le spectateur et le rend curieux. Cela compense un léger manque de rythme et de souffle dans la manière dont les événements nous sont racontés. C’est assez surprenant pour garder de l’intérêt jusqu’au bout. Cependant, on peut regretter que tout cela aboutisse à un dénouement dont on ne saisit pas bien le sens. Du coup, on peut trouver l’aspect ésotérique de cette histoire un peu vain.

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CHRONIQUE DES JO DE TOKYO : JOUR 15: Tradition de 30 ans

Crédit: Getty Images

Les JO de Barcelone ont été un acte fondateur historique pour le sport français. Je vous ai déjà expliqué que c’est à cette occasion que mon amour des Jeux Olympiques est né… Mais je ne parle évidemment pas de ça. Je veux évoquer ici l’émergence d’un sport qui jusqu’en 1992 vivait dans la plus profonde pénombre dans notre pays. Mais une bande de joyeux drilles et surtout d’immenses champions a surgi hors de la nuit pour remporter une médaille de bronze à la surprise générale. Depuis lors, le handball est devenu le sport collectif où la France connaît les résultats le plus probants et ceci sans discontinuer depuis trente ans.

L’équipe de France masculine va disputer sa quatrième finale olympique d’affilée. Cela démontre une constance assez incroyable, le genre de performance que seules les Etats-Unis au basket semblaient en mesure de réaliser. Celle qu’ils disputeront demain n’était pas forcément la plus attendue, mais l’autorité avec laquelle ils s’y sont qualifiés leur permet d’envisager un troisième titre. Leur adversaire, le Danemark, champion olympique en titre, ne l’entend évidemment pas de cette oreille. Le choc s’annonce titanesque et écrira une nouvelle page de l’histoire courte mais si brillante du handball à ce niveau en France.

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FALLING : Une corde de plus à son arc

En tant que consommateur relativement compulsif de produits culturels, j’ai bien des idoles, des artistes à qui je voue une admiration sans borne. Viggo Mortensen en fait clairement partie. Il lui aura fallu bien peu de films pour cela, mais chacune de ses apparitions éclaboussent l’écran d’une classe dont j’aimerais posséder n’en serait-ce qu’une fraction. Le voir passer de l’autre côté de la caméra ne pouvait donc que provoquer chez moi une certaine excitation. Ferait-il partie de ses génies qui transforment en or tout ce qu’ils touchent ? Falling conduit au final à une réponse quelque peu mitigée.

Falling repose sur un scénario où s’entrecroisent deux problématiques. Tout d’abord, la confrontation permanente entre un père homophobe et conservateur et son fils, homosexuel et marié. L’amour qui perdure malgré tout chez un enfant qui ne reçoit en retour qu’une expression méprisante, si ce n’est haineuse. Ensuite, le film traite aussi largement du déclin dû à l’âge, à la perte d’autonomie intellectuelle et physique. Le grand mérite de cette histoire est de parvenir à entremêler profondément les deux aspects pour qu’ils entrent en synergie et ne forment qu’un tout. Malheureusement, au-delà de ça, l’intrigue tourne largement en rond pendant les presque deux heures que dure le film. Cela donne un aspect voyeuriste au propos, presque sadique quand on voit pour la énième fois le père maltraiter un fils qui ne cherche pourtant qu’à l’aider.

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SLALOM : Hors-jeux

La maltraitance de jeunes athlètes adolescentes par leur entraîneur a malheureusement été au cœur de l’actualité ces derniers mois, en France et ailleurs. Peu de sports semblent épargnés. Partout la parole se libère, faisant espérer que de tels agissements ne puissent plus à nouveau passer aussi longtemps inaperçus… ou du moins, que plus personne ne pourra détourner les yeux pour faire comme s’il ne voyait pas. Je critique souvent le cinéma français dans ces pages pour souligner son incapacité chronique à traiter des sujets contemporains brûlants. C’est pourtant lui qui a donné naissance à Slalom, qui nous plonge au cœur de la relation de plus en plus ambiguë entre une jeune skieuse et son entraîneur.

Slalom traite d’un sujet difficile, où un réalisateur va se trouver en permanence sur un fil pour éviter de tomber dans un voyeurisme déplacé. Charlène Favier parvient de la première à la dernière seconde à trouver le ton juste et la bonne distance. Elle force le spectateur à regarder les événements tels qu’ils sont, dans toute leur horreur parfois. Mais jamais elle ne fait de ceux-ci un spectacle. Les images bousculent, interpellent et c’est en cela que le film atteint son but avec beaucoup de force et d’intensité. Les personnages, leurs relations et l’évolution de ces dernières sont décrits avec une grande pertinence et une profonde subtilité. On ne ressort clairement pas de ce film totalement indemne.

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CHRONIQUE DES JO DE TOKYO : JOUR 14: Douleur et gloire

Crédits photo : REUTERS/USA TODAY USPW

On associe souvent le sport à une bonne santé et à un corps s’approchant de la perfection. Si effectivement le sport est un acte sanitaire de première importance, qui devrait être pleinement inclus dans les politiques publiques de santé, on oublie souvent que le sport de haut niveau pousse souvent le corps dans des extrêmes qui lui font plus de mal que de bien. Courir un marathon est quelque d’extrêmement traumatisant pour le corps et si on peut associer marathon et bonne santé, c’est parce qu’il faut être en bonne santé pour supporter un telle traumatisme. Le sport de haut niveau est aussi souvent une histoire de douleur, de souffrance et de blessures.

La médaille d’argent de Kevin Mayer a écrit une nouvelle page du mythe de l’athlète surmontant la douleur pour triompher malgré tout. Triomphe relatif certes, avec cette médaille d’argent, mais elle présente une dimension héroïque qui lui donne une saveur particulière. Elle ne fera que renforcer l’admiration que l’on peut ressentir pour le Français qui s’approche au plus près de la notion d’athlète ultime. Mais ce qu’il a imposé à son corps pendant deux jours n’est sûrement pas un cadeau pour ce dernier. Le sport de haut niveau n’est pas le triomphe du corps, mais bien celui de l’esprit qui fait du corps un instrument sous son entier contrôle.

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ADN : Famille, je te hais

Quand un film a la famille pour sujet principal, il vous fait généralement aimer la vôtre en vous faisant réaliser à quel point elle est équilibrée et vous offre des rapports sains. Celle qui se trouve au cœur d’ADN, le nouveau film de Maïwenn, ne répond à aucune de ces deux caractéristiques. Sans cela, il n’y aurait évidemment pas de film, mais on est heureux en tout cas de ne pas en faire partie. Mais plus que la simple famille, ce film nous parle de la notion de racines et d’identité d’une manière intime et chargée de beaucoup d’émotions. Rien à voir avec les discours nauséabonds de certains sur le sujet.

Même si elle explique qu’il ne s’agit pas une autobiographie, il est évident que Maïwenn a mis beaucoup d’elle-même dans ADN (ce qu’elle reconnaît). Sans cela, le propos n’aurait pas pu être aussi sincère et touchant. On peut formuler bien des critiques à son propos si on intellectualise de trop. Mais en se laissant juste porter par l’émotion, en reconnaissant que la réalisatrice à donner naissance à cette œuvre avec ses tripes, alors on reconnaît ses immenses qualités. Le film déborde d’humanité, dans toute sa complexité, pour le meilleur et parfois pour le pire. Certains personnages font même un peu peur, notamment le personnage interprété par Fanny Ardant, que l’on est heureux de ne pas compter parmi ses parents.

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OSS 117, ALERTE ROUGE EN AFRIQUE NOIRE : Pas de quoi s’alerter

La constance est une qualité importante paraît-il. Evidemment, on peut nuancer cette assertion quand cela concerne une constance dans la médiocrité. Œuvre culte pour beaucoup, OSS 117, le Caire Nid d’Espions est pour moi une film extrêmement médiocre, sans rythme, avec un Jean Dujardin en roue libre complète. La suite, Rio Ne Répond plus, a trouvé un peu plus grâce à mes yeux, mais sans jamais crier au génie. Je n’ai donc pas été vraiment étonné en voyant les premiers retours très décevants sur OSS 117, Alerte Rouge en Afrique Noire et je m’y suis rendu sans me faire d’illusion. Le résultat s’est montré à la hauteur de mon absence d’attentes.

Le plus gros reproche que l’on peut formuler à l’encontre d’OSS 117, Alerte Rouge en Afrique Noire, est ne de pas être franchement mauvais. En effet, Nicolas Bedos a pris tellement peu de risques qu’il ne pouvait se planter totalement. Mais il condamne son film à un manque d’intérêt criant. Le seul élément un tout petit peu nouveau repose sur le personnage de OSS 1001, mais sans aller très loin. Les bonnes idées manquent cruellement et elles sont le plus souvent largement sous-exploitées. Le reste est rempli de vannes attendues et prévisibles, qui s’enchaînent mollement. On assiste à un exercice de fan service de la pire espèce, sans aucune volonté d’explorer quoique ce soit d’innovant.

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CHRONIQUE DES JO DE TOKYO : JOUR 13: La force du collectif

Reuters

Et un, et deux, et trois, et quatre, et cinq équipes de sport collectif tricolore en demi-finale. On peut même dire six, si on y associe le rugby à 7. Dans des Jeux Olympiques mitigés pour le sport français et en un jour où se dessine une nouvelle cruelle déception avec le physique défaillant de Kevin Mayer, cette bonne nouvelle fait du bien au moral. Certes, cela se traduira peut-être par cinq quatrième place, mais toutes ces équipes semblent habitées par un telle volonté de vaincre que personne n’imagine une telle issue. Celles-ci peuvent cependant être classées en deux catégories différentes.

D’un côté, les survivants. Le volley masculin, le handball et basket féminins ont entamé ces Jeux Olympiques dans une dynamique plutôt négative, chacune de ces équipes passant près de l’élimination. Mais chacune d’elles semblent monter en puissance pour d’abord arracher leur qualification et pour triompher en quart de finale. Triompher face aux champions du monde en titre pour les volleyeurs et les handballeuses, rien que cela. Les basketteuses ont vaincu la bête noire du basket français et cela fait un bien fou. Franchement, on y croyait pas forcément car elles avaient toutes démontré leurs limites, notamment mentales, lors des dernières compétitions, au-delà d’un potentiel que l’on sait immense. Mais quel meilleur moment pour exprimer son potentiel que demi-finales des Jeux Olympiques ?

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