Certaines familles qui peuplent notre imaginaire et les fictions qui nous ravissent finissent par ressembler à la nôtre. On a plaisir à la retrouver, même pour des occassions anodines. Je suis tombé amoureux de la famille Spellman dès les premières pages du premier volet de leurs aventures. Certes, les différentes suites n’ont jamais été du même niveau, mais ce n’est pas pour ça que je ne me suis pas montré heureux de les croiser à nouveau. Rien ne Va Plus chez les Spellman n’est certainement pas un grand roman. Mais ce n’est pas pour ça qu’il ne ravira pas les amateurs de cette série.
La plus grande limite à laquelle se heurte Rien ne Va Plus chez les Spellman est l’aspect assez famélique de trame narrative sous-jacente. Certes, dans cette série qui met en scène une famille de détectives, ce ne sont jamais les enquêtes en elle-même qui constituent le principal sujet d’intérêt. Les romans reposent tous avant tout sur les relations entre les personnages. Et celles-ci ne sont pas simple, chaque membre de cette tribu ayant son grand grain de folie. Le ton est celui de l’humour, jamais celui du polar. Mais précédemment, il y avait tout de même toujours un petit fil rouge de cette nature. Là quasiment pas.
Cette caractéristique ne pose pas forcément de problème aux lecteurs qui connaissent déjà bien l’univers développé par Lisa Lutz et ses protagonistes. On pourrait même considérer que cela permet au récit de se concentrer sur ce que pour quoi le lecteur est venu. Mais si ce dernier est un néophyte, il aura bien du mal à trouver un intérêt profond à Rien ne Va Plus chez les Spellman. La série est quelque peu en roue libre et on sent tout de même que son auteur a un peu de mal à la faire réellement rebondir. Malgré ça, on ressort de ce roman avec envie de leur donner rendez-vous au prochain tome.
On commence avec une chanteuse-compositrice américaine d’un peu moins de trente ans, mais qui compte déjà cinq albums solo à son actif, ainsi que quatre autres avec son groupe Big Thief. Adrianne Lenker n’est donc pas du genre à traîner en route. Cette année, elle nous a proposé Songs. Les débuts sont hésitants. Sa petite voix se pose sur une mélodie très simple. Elle murmure plus qu’elle ne chante et le tout s’avère répétitif. Puis, la voix se fait plus claire dans les titres suivants. La musique est douce, sonnant parfois comme une berceuse enfantine. Elle crée une réelle intimité avec l’auditeur. Sa voix originale attire vraiment l’attention, même si cela ne fait tout de même pas totalement oublié une certaine monotonie. On retiendra tout de même le joli titre Zombie Girl.
On poursuit avec le dernier album d’une immense star Lana Del Rey. Violet Bent Backwards Over the Grass est avant tout le premier recueil de poésies qu’elle a publié. Elle en a fait également un « album » du même nom. S’agit-il vraiment de musique ? Certes, elle récite ses poèmes sur une petite mélodie qui l’accompagne, mais elle ne chante pas. Elle récite. Cela a quelque chose de très mélodieux malgré tout. Difficile de juger réellement la qualité des textes, mais ils sonnent tout de même agréablement aux oreilles.
Si Lane Del Rey est une immense star, que dire de Bruce Sprinsteen. The Boss est encore bien là, comme le prouve son dernier album Letter to You. Il début par une chanson très douce, qui permet de se rappelle à quel point sa voix peut s’avérer magique. Ensuite il enchaîne avec du rock extrêmement classique pour lui, mais tellement bon. Il y a de la maîtrise, de la classe, bref on n’est pas loin de la perfection. On le sent appaisé, plein de sagesse, mais ne prenons surtout pas ça pour un signe de vieillesse et de déclin. Il nous propose au contraire une plénitude qui fait du bien aux oreilles. A une époque où le monde semble de plus en plus complexe, cela fait du bien de savoir qu’il reste des valeurs sûres.
En août 2016, ma période d’essai vient de se terminer. Je suis donc en mesure de mettre en oeuvre la dernière étape de mes envies de changement. Je me mets donc en recherche d’un appartement sur Paris… que je trouve à ma première visite. Je suis plutôt chanceux pour le coup. Mais une fois le préavis donné et le bail signé, une course contre la montre commence. Beaucoup de démarches, beaucoup de cartons et un coup de fil à passer.
Auparavant, je n’avais jamais appelé le Maire de Viroflay au téléphone. Il n’a jamais eu rien à craindre de moi et moi, jamais rien à espérer de lui. Nous nous sommes toujours témoignés une forme d’indifférence. J’ai mené une campagne municipale, sans jamais l’évoquer et je n’ai jamais fait de politique pour le plaisir d’être son opposant. Ce jour là pourtant, je suis sur le balcon de mon bureau pour lui annoncer que je m’apprête à lui envoyer un courrier de démission du Conseil Municipal. L’échange sera court et sans affect.
Je ne me souviens plus très bien du moment où j’ai prévenu mes camarades de mon départ. Je crois bien que c’est avant de trouver un appartement, peut-être même avant l’été. En tout cas, en le faisant, je me libère d’un poids. Je peux enfin arrêter de mentir, même si c’est mentir par omission. Les réactions sont bienveillantes. Il faut dire qu’une des différences entre la gauche et la droite à Viroflay tient aussi dans le rapport à la ville. Un des objectifs des élus de la majorité, rappelés sans cesse, étaient de permettre à leurs enfants d’y habiter (vaut mieux nos enfants, que des pauvres dans les logements sociaux…). Notre objectif était de permettre à nos enfants d’accomplir leurs rêves, qui passent souvent par un autre horizon que cette ville parfois désespérément calme…
En septembre 2016, j’assiste donc à mon dernier Conseil Municipal. Le dernier acte de ma vie d’élu. Il se passe normalement. A la fin, le Maire m’invite à faire un discours. J’avais évidemment réfléchi à ce que je voulais dire. J’hésitais sur le ton à adopter. J’aurais pu être cinglant, rappeler à la majorité une dernière fois ce qui nous séparait. Mais au dernier moment, un peu ému, j’opte pour un discours nettement plus consensuel. Je parle de l’engagement, de sa difficulté et de la fierté que chacun autour de cette table peut ressentir d’avoir fait ce choix, indépendemment de son camp. Je le termine sous une vraie salve d’applaudissements. Je sais que la plupart sont sincères. Au cours de ces années, je pense avoir gagné un profond respect de la part de beaucoup d’élus de la majorité, pour ne pas dire parfois de l’admiration. Et peut-être même un peu d’envie. Je suis sûr que certains auraient aimé qu’on leur donne les moyens d’être plus ambitieux dans leur mission.
Le Maire prononce quelques mots positifs à mon égard. Pas d’effusion non plus. Il se lève pour me faire un cadeau. Un livre sur l’histoire de Viroflay qu’il m’a dédicacé. Je lui fais alors remarquer que j’ai déjà ce livre puisqu’il a été donné précédemment à tous les élus… Ce cadeau dénué de toute imagination lui ressemble tellement… Enfin le petit mot à l’intérieur est plutôt sympathique alors j’ai substitué dans la ma bibliothèque cet exemplaire à celui qui s’y trouvait déjà. Je quitte pour de bon la salle du Conseil, tournant le dos à huit années de ma vie et à une expérience un rien frustrante, mais que je ne regrette certainement pas.
La soirée en mon honneur organisé par mes camarades me touchera infiniment plus. Touché par le nombre d’entre eux à être venus, même quand ils avaient pris quelque peu leurs distances avec le PS. C’est un des rares moments dans mon parcours politique où j’ai vraiment ressenti pourquoi nous nous surnommons « camarades » entre nous. Ils auraient pourtant pu me tenir rigueur pour un départ finalement peu de temps après qu’ils m’aient témoigné une grande confiance en me confiant la tête de la liste. Je n’ai ressenti ça dans aucun regard, dans aucun mot. Mais plutôt de la gratitude et des regrets de me voir partir.
Si je n’ai alors aucun regret de quitter Viroflay, j’ai ce soir là un gros pincement au coeur en quittant mes camarades viroflaysiens !
Après les élections régionales et la déchéance de nationalité, le moral des militants socialistes ne se situent pas au beau fixe en ce début d’année 2016. L’échéance électorale de l’élection présidentielle se rapproche à grande vitesse et rien ne vient laisser penser que le quinquennat pourra être sauvé. Le dernier clou sera mis par la Loi Travail. J’ai beau être me situer sur l’aile droite (même si je récuse ce titre) du PS au niveau économique, il faut avouer que défendre cette initiative pouvait difficilement être défendu avec cœur et enthousiasme par un militant socialiste.
2016 restera pour moi une belle année d’un point de vue personnel. Celle d’un grand changement dans ma vie qui va venir bouleverser ma vie de militant. Depuis septembre 2015, je me rends tous les lundis matin dans les locaux de l’association de anciens de mon école d’ingénieur pour suivre une « formation » pour chercher efficacement un nouveau travail. Dans ma tête, le changement est donc désormais inéluctable. Il intervient au printemps, où je change d’emploi. Un nouveau job situé en plein Paris et m’offrant un salaire qui me donne les moyens de réaliser un vieux projet de vie : vivre enfin dans la capitale intra-muros.
Cette dernière étape n’interviendra qu’en septembre. Mais je l’ai en ligne de mire depuis septembre 2015. Je le garde pour moi, tant que le changement ne se concrétise pas, mais je vis désormais tout avec un certain détachement. L’histoire du PS de Viroflay et des Yvelines s’écrira bientôt sans moi et je le sais. Alors je me sens de moins en moins concerné, avec une envie de moins en moins forte de m’investir pour résoudre les difficultés qui surviennent. Mon univers militant est de plus en plus mal en point et je sais que je ne ferai pas grand chose pour y remédier.
La Section du PS de Viroflay a vu ses effectifs diminuer peu à peu depuis l’élection de François Hollande, chaque polémique apportant son lot de démissions, alors que les recrutements sont peu nombreux. Cette situation se retrouve partout en France. Pendant mes dix ans de militantisme dans mon ancienne commune, j’ai refusé à plusieurs reprises de devenir Secrétaire de Section. Il serait donc doublement injuste de ma part d’émettre la moindre critique envers celui qui exerçait alors cette fonction. Mais force est de constater que beaucoup des militants restant me font part régulièrement de leur mécontentement quant à l’animation et le contenu des réunions. En tant que leader politique, c’est vers moi qu’ils se tournent.
Si je n’avais pas su mon départ proche, j’aurais pris mes responsabilités et aurais tenté de devenir Secrétaire de Section à l’occasion du Congrès de Poitiers. A la place de ça, je constate les dégâts, le coeur serré. Je n’ai pas la prétention d’affirmer que j’aurais pu inverser une tendance aussi générale. Mais au moins, j’aurais eu le sentiment d’avoir fait le maximum. Le plus dur est cependant de taire mon départ inéluctable, même quans l’avenir est évoqué. Surtout une fois mon nouveau travail trouvé. Je dois expliquer à plusieurs reprises qu’il est tout à fait accessible de Viroflay (ce qui est vrai), quand on s’inquiète d’un éventuel départ à cause de ça. Mon envie de venir habiter Paris ne tient de toute façon pas à mes trajets domicile-travail.
Au niveau des Yvelines, notre collectif s’est aussi effiloché depuis les élections régionales. Les deux principales déçues ont adopté des attitudes différentes. L’une s’est mise en retrait, l’autre, celle dont on se méfiait, fait cessession. Son futur parcours à la République en Marche montre bien qu’elle aura toujours plus brillé par son arrivisme que par ses convictions.
Elle m’aura fait vivre une des moments les plus hallucinants de bêtise humaine causée par l’activisme politique. J’ai l’occasion de la croiser dans le cadre de mon activité professionnelle, un jour d’inauguration. Autour du buffet, elle m’aborde avec la même cordialité que celle que l’on se témoignait avant les régionales. Nous ne sommes donc pas dans le cadre d’une réunion politique, mais ça ne l’empêche pas de me livrer alors un réquisitoire d’une violence absolue contre le leader de notre mouvement, celui qui l’accuse de l’avoir trahie pour jouer sa carte personnelle. Sauf que les arguments employés tiennent plus du délire paranoïaque que de l’argumentation étayée. En gros, elle l’accuse d’être un mythomane qui nous manipulerait.
Comment pouvait-elle imaginer une seconde que j’allais lui donner raison et me laisser convaincre par son tissus de « faits alternatifs » comme on dit maintenant ? La politique pousse des gens pourtant brillants, normalement rationnels à ce genre de comportement proche du pathologique. Peut-être ai-je déjà sombré dans de tels travers. En tout cas, j’aurais passé toutes ces années à tout faire pour l’éviter.
Suite à cela, lors d’une réunion de notre groupe, certains plaident pour une réconciliation. Je prends alors ma parole et évoque l’incident précédent. Et je pose une question qui se pose à tous les forces minoritaires dans le jeu politique : doit-on, sous prétexte de renverser un pouvoir qui nous semble néfaste, nous allier avec quiconque mène le même combat que nous ? Doit-on légitimer ces travers pour combattre ceux de la majorité ? Je n’ai pas de réponse définitive. Car se diviser quand on est minoritaires, c’est se condamner définitivement à la défaite. Mais passer l’éponge sur tout, c’est péréniser à jamais ce genre de comportement. Cynisme efficace ou idéalisme vain, voilà le dilemne qui se propose à tous les militants politiques.
On rêve tous d’un idéalisme efficace. Mais tous les rêves ne se réalisent pas.
Osees est un groupe de rock américain difficile à suivre. En effet, il change régulièrement de nom, de composition et explore des univers musicaux différents. Protean Threat est sorti en 2020 et nous plonge dans un univers rock électro relativement bordélique. La musique n’est ni harmonieuse, ni entraînante et les mélodies sont saccadées et mécaniques. Il y a un vrai travail sur les sonorités, différentes d’un titre à l’autre et souvent étranges. Mais le résultat est plus désagréable que vraiment créatif. La variété reste la seule réelle qualité car le reste est très basique.
Working Men’s Club est un groupe anglais qui a sorti un album du même nom. On se retrouve dans un son électro qui sent bon les années 80. Mais le résultat s’avère lancinant et tristounet. Certes, les instrumentations et les sonorités sont souvent très élaborées. Et on peut leur reconnaître une réelle maîtrise artistique qui permet aux différents titres de ne pas se ressembler. Par contre, on ne retrouve pas cette variété au sein des titres qui sont tous extrêmement répétitifs.
On enchaîne avec un groupe phare du metal des années, Deftones, dont Ohms est le neuvième album. On y retrouve du bon vieux hard rock à l’ancienne, avec comme qualité notable une voix qui articule. C’est un style particulier, on aime ou on n’aime pas. Mais dans tous les cas, on peut leur reconnaître une vraie maîtrise et une production soignée. Les titres plus calmes séduiront un plus large public et se laissent écouter avec plaisir, malgré cet effet loin du micro qui m’horripile toujours. Là aussi, c’est une question de goût.
Pourquoi une œuvre culte ou acquière le rang de classique ? Par sa qualité bien sûr, mais aussi son succès commercial. Par sa place dans la littérature d’espionnage, Shibumi de Trevanian, un roman qui a un très bel âge (c’est à dire le mien), peut prétendre à ce statut. Je confesse que j’ignorais totalement son existence avant que l’on me l’offre. Mais il n’est jamais trop tard pour parfaire sa culture. Cependant, si l’œuvre n’aura pas le même statut dans ma bibliothèque personnelle.
Je n’ai pas trouvé que Shibumi est un mauvais roman, loin de là. Déjà parce qu’il est remarquablement bien écrit. Si le style est toujours difficile à juger dans le cadre d’une traduction, la plume de Trevanian est vraiment exceptionnelle, surtout pour un roman de ce style. L’histoire est aussi d’une grande originalité. Il s’agit d’une dystopie, dont le récit se situe entre le roman d’apprentissage, le portrait et la réflexion philosophique. Le tout donnant un roman d’espionnage. Une œuvre assez singulière pour sortir vraiment du lot. Toutes ces caractéristiques expliquent largement son succès.
Cette originalité constitue aussi à mon sens la principale limite de Shibumi. Tous les éléments n’entrent pas forcément en synergie, mais se diluent mutuellement. Il y a deux histoire en une dans ce roman, celle du personnage et celle de son combat contre une organisation cherchant à dominer le monde. La première vient s’intercaler au milieu de la seconde, ce qui fait perdre quelque peu le fil et ne permet pas à la tension de monter. Certains chapitres laissent quelque peu circonspect, comme cette expédition spéléologique décrite longuement dont ne voit pas bien en quoi elle enrichit l’histoire. Bref, ce roman m’a laissé sur ma faim.
Certains événements ont tellement marqué la conscience collective, que tout le monde, ou presque, est capable de vous raconter où il était, ce qu’il faisait et avec qui ce jour là. Ils peuvent être des événements joyeux comme la victoire de la France en 1998 ou bien des drames terribles. Pour ces derniers, les attentats terroristes occupent une place à part. 11 septembre, Charlie Hebdo et le 13 novembre 2015… autant de moments dont tout le monde se souvient. Pour cette dernière date, je me souviens parfaitement avoir appris qu’il se passait quelque chose à une terrasse. Heureusement pour moi, je me trouvais à Montparnasse. Pas là où le sinistre commando œuvrait.
Je me souviens très bien d’avoir entendu à la télévision les premiers mots de François Hollande. C’était ceux d’un homme tout simplement. Un homme qui avait bien du mal à ne pas être submergé par une émotion terrible. Devenir Président de la République demande une capacité à se glisser dans une armure hermétique. Parfois, le costume devient trop lourd à porter. Mais il n’est jamais loin. Quelques minutes plus tard, alors qu’il arrive sur les lieux du drame, le ton a radicalement changé. Il est froid, dur et déterminé. Ce n’est plus celui d’un concitoyen partageant la même détresse, mais celui d’un chef dont la force doit être capable de nous guider.
Ce sentiment de communion de la Nation autour du chef de l’Etat durera quelques temps. Mais ce genre d’élan ne peut jamais se prolonger éternellement. Le lundi 16 novembre, quand François Hollande s’exprime devant le Congrès, il est encore bien présent. C’est pourquoi, tous les parlementaires, toutes tendances confondues, finissent le discours debout pour l’applaudir. Je ne veux pas douter de la sincérité de ce moment où tout autre attitude aurait paru déplacée. Mais certains d’entre eux n’avaient-ils déjà pas à l’esprit la séquence pathétique qui allait suivre ?
Parmi les annonces du chef de l’Etat ce jour-là figurait la déchéance de la nationalité française pour les personnes condamnées pour des faits de terrorisme et possédant une autre nationalité. Sur le moment, la mesure n’avait pas été plus commentée que n’importe quelle autre. Mais elle allait bientôt se révéler être un boulet pour François Hollande et marqué un point final à la désunion de la majorité.
Avec le recul, on comprend bien le calcul fait par le Président de la République. Pour espérer une union sacrée et le soutien de la droite à la réforme constitutionnelle qu’il proposait, il fallait donner au camp d’en face un os à ronger. C’est à dire une mesure à laquelle il tenait et qui n’aurait jamais pu être proposé par la gauche dans d’autres circonstances. Cet os était donc cette déchéance de nationalité, à l’impact réel extrêmement limité. De manière concrète, elle ne changeait pas grand chose pour grand monde. C’est sans doute pour cela qu’il l’a choisie comme cadeau à la droite.
Mais comme souvent pendant son quinquennat, François Hollande a ignoré deux choses. Premièrement, l’importance de la portée symbolique des actions. L’ancien chef de l’Etat est un homme pragmatique, c’est aussi pour ça que l’apprécie tant. Mais la politique ne peut être faite que de pragmatisme. Il faut savoir donner du sens. Et cette déchéance, venant après un renoncement au droite de vote aux élections locales pour les étrangers, envoyaient un signal particulièrement négatif, pour ne pas dire hostile, à une catégorie de la population ayant largement contribué à son élection.
Deuxièmement, il fit preuve d’un aveuglement sur la division profonde existant déjà dans son propre camp. Même dans ces circonstances exceptionnelles et l’appel à l’union nationale, une partie de la gauche n’avait aucunement l’intention de lui faire le moindre cadeau. Se concentrant sur la nécessité de rallier la droite, il oublia de souder d’abord la gauche qui lui fit payer chèrement. Tout cela est à l’image d’un quinquennat qui se termina sur la Loi Travail sur laquelle on peut largement livrer la même analyse.
Je me souviens très bien d’une session du Conseil Fédéral où était proposé une motion pour demander le retrait de cette proposition. Sans cette proposition, la droite ne suivrait pas, enterrant définitivement la tentative de modifier la Constitution (ce qui finit par advenir). Je me retrouve donc coincé entre une mesure à laquelle je suis opposé dans l’absolu, même si je comprends le calcul politique sous-jacent, et la possibilité d’un soutien à une motion proposée par un courant que je combats depuis de longs mois. Partagé entre le fait qu’on ne peut pas demander à la droite de suivre sans reprendre aucune de ses idées qui nous déplaisent (bref, sans faire un compromis… gros mot en politique) et les arguments qui sous-tendent le texte soumis au vote, qui le tourne en procès politique totalement déplacé.
J’ai alors fait quelque chose que j’ai rarement fait dans la ma vie politique et citoyenne. Je me suis abstenu. Pas forcément le geste le plus courageux, mais pour moi le geste juste. Un geste que je renouvellerai un jour de deuxième tour des primaires. Mais ceci est une autre histoire… même si elle est intimement reliée à celle-ci.
On commence cet avis musical par un artiste américain de 60 ans, Bob Mould, qui a été le leader de plusieurs groupes punk. Mais, il s’est un peu calmé avec l’âge, mais à peine. Pour preuve son album solo, sorti cet année, intitulé Blue Hearts. Il s’ouvre sur une titre presque doux avec simplement la voix et une guitare. Le reste sera plus rock, voire très rock. C’est bordélique, plein d’énergie (comme du punk), mais cette dernière se révèle pas ici particulièrement communicative. Mais après ce début basique et sans grand intérêt (on dirait du Pearl Jam, mais sans évidemment la voix unique d’Eddie Vedder), la suite est plus maîtrisée et se laisse finalement écouter. Un album inégal donc, non indispensable, mais dont on ne peut nier les qualités.
On poursuit avec une grande star, Madame Alicia Keys et son dernier album sobrement intitulé Alicia. Les débuts sont hésitants, en retrait. Mais très vite, on profite enfin pleinement de sa très belle voix. La musique est douce, pleine de maîtrise et de conviction. Certains titres savent aussi se montrer entraînants. Cela coule tout seul avec beaucoup de plaisir. La qualité reste constante et élevée, même si l’album ne comporte aucun tube en puissance.
It’s Immaterial est un groupe anglais ayant signé deux albums en 1986 et 1990. Mais il n’est jamais trop tard pour renaître puisqu’ils sont revenus cette année avec House for Sale. On est accueilli dans une ambiance éthérée, qui donne une impression d’intimité. John Campbell parle parfois plus qu’il ne chante, comme s’il s’adressait directement à l’auditeur. Le résultat est classe, grâce à cette voix très expressive. Cela se laisse écouter avec beaucoup de plaisir, surtout que la qualité des titres reste constante.
Je vous ai parlé à de nombreuses reprises dans cette chronique de cet objet étrange qu’est une fédération au Parti Socialiste. Un truc qui prend beaucoup d’énergie et de temps aux militants les plus investis, sans servir à grand chose au fond. Constituer la liste des candidats pour les élections régionales constitue un des rares moment où elles jouent un vrai rôle. Et c’est bien pour ça que la majorité fédérale sortante avait tout fait pour renforcer son emprise sur les instances, en se comportant de la pire des façons et profitant d’une certaine naïveté de la part de notre collectif hollandais.
Quand les discussions débutent, nous comprenons vite que nous allons avoir un problème. En effet, parmi les élues sortantes, trois appartiennent à notre motion. Une a vendu son soutien à majorité hamoniste au moment du congrès. Une est candidate largement hors sol, mais qui bénéficie d’importants soutiens au niveau national. L’autre fait pleinement partie de notre collectif, mais certains s’en méfient (l’histoire leur donnera largement raison). A cela, s’ajoute la volonté légitime d’une des militantes les plus méritantes qui soient, qui n’a rien à envier à personne intellectuellement et moralement, de voir son travail dans l’ombre depuis des années enfin récompensé.
Or, le rapport de force issu du Congrès ne nous permet pas d’espérer autant de places éligibles (à l’époque on espère encore légitimement remporter la victoire) pour les femmes. Il faudra donc choisir. Au sein de la motion, mais aussi donc au sein de notre collectif. Les négociations s’annoncent difficile, puisque nous n’avons strictement aucun moyen de pression. La majorité n’a pas besoin de nous pour faire adopter la liste qu’elle aura choisi et à remplir les places réservées à notre motion avec des candidats qui lui plaisent. Quiconque a déjà mené une négociation dans ces conditions sait qu’il ne s’agit pas vraiment d’une négociation.
Le résultat de la discussion est sans surprise. Il n’y avait pas grand chose à espérer et le résultat est à la hauteur de nos espérances. Notre chef de file est le mieux placé de notre motion chez les hommes. Mais au gré des alliances avec nos meilleurs amis des autres partis, il se retrouvera à une modeste 10ème place sur la liste du deuxième tour. Chez les femmes, la majorité hamoniste fera strictement ce qu’elle veut et ne favorisera aucune des deux candidates issues de notre mouvement. Enfin pas tout à fait ce qu’elle veut…
Le soir de la validation de la liste (du moins celle des candidats socialistes), Benoît Hamon, qui y figure en deuxième position derrière la première fédérale, mène clairement les débats. Il annonce une liste où la candidate hors sol se situe plus loin que ce qu’elle espérait. Elle fait mine de protester. J’assiste alors à une scène les plus marquantes de ma carrière de militant. Benoît Hamon et elle se retrouvent dans les derniers rangs de l’assemblée, tout près de là où je suis moi-même assis. J’entends donc clairement ce qu’il lui dit. Ses mots sont durs et humiliants, d’une méchanceté totalement déplacée. Il lui explique que c’est lui qui décide et qu’elle n’a strictement rien à dire. Elle est visiblement choquée, elle l’écoute sans le regarder en fixant le vide devant elle, retenant ses larmes avec la plus grande des difficultés.
Cette anecdote en dit déjà long sur les mœurs du personnage. Mais l’épilogue dresse un portrait encore plus lamentable. Dans les jours qui suivent, la direction nationale du PS (et certainement Martine Aubry en personne) a ordonné que les choses rentrent dans l’ordre. La candidate humiliée retrouvera sa troisième place sur la liste. Témoigner d’un excès d’autoritarisme est souvent la preuve qu’on en manque en réalité d’une réelle autorité. Je n’appréciais aucun des deux protagonistes de cet épisode. Mais elle ne méritait certainement pas une telle humiliation. Et lui perdra toute chance que je lui apporte jamais le moindre soutien… élection présidentielle incluse.
Ce soir-là, je faisais partie des rares militants à voter contre la liste proposée, par amitié pour la militante que nous n’avions pas pu porter à la place qu’elle méritait. Cela ne changeait vraiment rien, mais je ne regrette vraiment pas. Mais ce soir-là signera le vrai début de la fin pour notre mouvement. La constitution de la liste laissera beaucoup de rancœurs, trop pour que le chemin puisse se poursuivre ensemble.
Tout ceci n’est pas grand chose de toute façon comparée à l’immense gâchis qui conduira à la défaite de la gauche à une élection qu’elle n’aurait jamais dû perdre. D’abord, la volonté de Jean-Paul Huchon de se représenter, alors qu’il était usé, avec une image brouillée, l’empêcha de préparer sereinement sa succession. Résultat, il est poussé vers la sortie sans beaucoup d’élégance, mais sur le coup, je trouve qu’il ne peut s’en prendre avant tout qu’à lui-même. Il a livré une caricature du politicien voulant s’accrocher coûte que coûte au pouvoir.
Claude Bartolone prendra donc sa suite, un peu dans l’urgence. La campagne est sans éclat. Je garde le souvenir de la réunion de Section où j’ai présenté le programme. Mes camarades viroflaysiens en soulignèrent la nullité. En bon soldat, j’essayais tant bien que mal de le défendre, mais sans vraiment y croire. Mais bon, si les élections se jouaient sur les programmes, ça se saurait. Le bon résultat du premier tour en ait la preuve. La fusion avec les liste EELV et communiste devait nous assurée la victoire.
Sur la liste communiste figurait d’ailleurs en première place dans les Yvelines une Viroflaysienne. La même qui a toujours tout fait pour ne jamais me parler. Lors de la fusion, elle hérite d’une place éligible dans le Val de Marne. Naïvement, je me dis qu’elle acceptera quand même de venir tracter dans sa propre commune pour sa propre élection, même si elle doit le faire avec des sociotraites socialistes. Nous demandons donc à la cellule locale du PC s’ils acceptent de venir distribuer des tracts avec nous le mercredi matin aux trois gares de la ville, puisque l’élection d’une des leurs est en jeu. Aucun d’eux ne viendra, laissant les socialistes qu’ils méprisent, braver le froid de décembre dès 7h du matin pour leur offrir des élus qu’ils n’auraient jamais eu sans eux. A noter que la seule militante connue d’EELV sur la commune nous a fait également comprendre que se lever tôt pour tracter n’était pas trop son truc… Vous comprendrez mieux pourquoi je ne suis pas le premier défenseur de la fameuse union de la gauche, qui ne fait que donner raison à ce genre de comportement.
Claude Bartolone perdra bêtement l’élection à cause d’une sortie non maîtrisée à propos de son adversaire, Valérie Pécresse, et de son électorat. Cela conduira une partie de l’électorat FN du premier tour à ne pas renouveler leur choix pour le second, mais voter plutôt pour les Républicains. Ces dernier l’emporteront de peu. La défaite fait que la dixième place dans les Yvelines n’est pas éligible. Notre mouvement n’aura donc aucun élu au Conseil Régional.
Les contes sont faits pour être racontés aux enfants avant de s’endormir. Mais en les modifiant quelque peu, on peut en faire des histoires pour ces grands enfants qu’on appelle des adultes. C’est ce à quoi s’amuse Pierre Dubois qui, après Les Contes de Crimes, a signé Comptines Assassines. Un second recueil de nouvelles qui détournent certaines contes très connus, ou du moins leurs personnages principaux, pour nous livrer des histoires peuplés de morts sanglantes et d’assassinats en règle. L’exercice est sympathique, mais assez inégal.
La plus grande qualité des Comptines Assassines est la variété des récits. Ils sont de longueur et de contenu varié. Ils ont tous le double points communs du lien avec les contes et les meurtres qui les peuplent, mais tout cela est décliné de manière variée. Certaines nouvelles sont savoureuses, titillant la curiosité du lecteur du début à la fin. D’autres sont plus ternes. Il est dommage d’ailleurs que l’ultime histoire du recueil soit la plus longue… et moins convaincante. Bon pour le coup, c’est peut-être simplement moi qui n’ai rien compris, mais je suis sorti de ce livre sur une mauvaise note.
La partition n’est au finale pas désagréable, mais n’a rien d’inoubliable. Le style est agréable, mais sans être réellement marquant. Globalement, Comptines Assassines s’avère un peu frustrant. On pouvait s’attendre à un peu plus de fantaisie macabre, ou de noirceur. On a parfois l’impression que Pierre Dubois n’a pas toujours osé à réellement se lâcher et à exprimer tout le potentiel de son imagination tout de même assez débordante. Reste quelques bons moments où elle parvient à nous ravir. D’autres, où elle nous laisse indifférent aussi. Mais pourquoi regarder le verre à moitié vide ?
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