STRAY (Bambara), MAN ALIVE! (King Krule), SALONE (Bai Kamara Jr) : Belgian blues

straybambaraBambara est un groupe venu de Brooklyn, dont Stray est le quatrième album, sorti en 2000. Ils nous offrent un rock sombre, dont les sonorités sont le plus souvent martelées et lancinantes. Le résultat est relativement basique et la voix de Reid Bateh est très mal mise en valeur. Il vomit plus ses textes qu’il ne les chante. Cela manque cruellement d’énergie. La production s’avère quelque peu bordélique. Leur musique n’offre ni réelle originalité, ni intérêt débordant. Bref, on peut passer.

manalivekingkruleOn peut passer aussi King Krule, un artiste anglais, et son album Man Alive!. On est reste quelque peu circonspect devant les petites mélodies électro, mais tendance synthétiseur Bontempi, qu’il nous offre. Surtout que sa voix sonne presque comme une parodie. Le résultat est décousu, un rien psychédélique, mais il s’avère avant tout pénible à écouter. Quand les sonorités sont plus rock, cela ressemble à du The Clash sous Xanax. Comme tous les titres sont sur même mode tristounet, on décroche vite.

salonebaikamaraPar contre, il serait dommage de passer à côté de Bai Kamara Jr, un artiste belge, originaire de Sierra Leone. On l’aurait pourtant cru originaire du sud des Etats-Unis car il nous offre avec Salone du vrai et surtout du bon blues. Sa voix puissante, profonde et claire à la fois, nous prend l’oreille et l’attention pour ne plus la lâcher. Le résultat est classe et parfaitement maîtrisé. Il navigue entre douceur et énergie, le plus souvent avec beaucoup de qualité. L’album compte bien quelques moments plus faibles, mais rien de bien méchant. Au final, l’album est vraiment solide.

L’OMBRE DE STALINE : La lumière de la vérité

lombredestalineafficheIl est toujours intéressant de s’intéresser au décalage entre la vision contemporaine d’un événement et sa vision historique a posteriori. On a du mal à appréhender en 2020 ce que pouvait être la connaissance de la réalité de l’Holocauste de la population française pendant la Guerre, quand elle est devenue pour nous un événement historique majeur. Cela nous interroge sur notre propre perception d’événements actuels, dont nous avons l’impression de saisir la réalité. L’avenir nous prouvera peut-être que non. L’Ombre de Staline constitue un autre exemple pouvant alimenter notre réflexion sur le sujet.

Je me rappelle avoir entendu parlé lors de mes cours d’histoire au lycée de la famine survenue dans les années 30 en URSS et en particulier en Ukraine. On imagine mal qu’un tel événement puisse être caché aux yeux du reste du monde. Cela serait beaucoup plus difficile aujourd’hui, mais il faut rester vigilant. L’Ombre de Staline nous raconte l’histoire de Gareth Jones, un journaliste gallois qui aura été le premier à révéler l’ampleur du drame, dont il a été directement témoin, au péril de sa vie. Je ne mesure pas à quel point le scénario de ce film dramatise son histoire. En tout cas, elle valait le coup d’être racontée. Pas seulement pour son profond intérêt historique, mais aussi parce que le travail qui le mènera sur le chemin de la vérité est digne des meilleurs romans d’aventures et d’espionnage. Le film est aussi chargé d’une réelle puissance émotionnelle, en nous montrant de manière très crue la réalité des conditions des vies des victimes de cette grande famine.

lombredestalineL’Ombre de Staline est un film qui va crescendo. C’est notamment lié à un des grands mérites de la narration. Elle place vraiment le spectateur dans les pas du personnage principal. Le scénario gagne en intensité à mesure que le journaliste va de plus en plus loin dans la découverte de la réalité. On quitte donc rapidement la circonspection ayant pu naître pendant les premières minutes pour être vite passionné, un peu choqué aussi, par le propos. Le tout est porté par une réalisation d’une belle finesse et une interprétation impeccable. On ressort donc de ce film avec la double satisfaction d’avoir assisté à une œuvre aboutie et d’être un peu moins ignorant.

LA NOTE : 13/20

Fiche technique :
Réalisation : Agnieszka Holland
Scénario : Andrea Chalupa
Décors : Grzegorz Piatkowski
Direction artistique : Fiona Gavin
Costumes : Galina Otenko et Ola Staszko
Montage : Michal Czarnecki
Musique : Antoni Lazarkiewicz
Ingénieur du son : Marcin Matiak
Mixage : Filip Krzemien
Producteurs : Andrea Chalupa, Angus Lamont, Klaudia Smieja, Egor Olesov et Stanislaw Dziedzic
Durée : 119 minutes

Casting :
James Norton : Gareth Jones
Vanessa Kirby : Ada Brooks
Peter Sarsgaard : Walter Duranty
Joseph Mawle : George Orwell
Richard Elfyn : l’agent de police
Beata Pozniak : Rhea Clyman
Celyn Jones : Matthew
Julian Lewis Jones : le Major Jones
Patricia Volny : Bonnie
Krzysztof Pieczyński : Maxime Litvinov
Fenella Woolgar : Miss Stevenson

LES QUATRE (Agatha Christie) : Hercule Poirot 007

lesquatreAgatha Christie est sans doute l’auteur dont j’ai lu le plus de livres. Je pense même que je peux enlever sans risque le « sans doute ». Ses romans ont pourtant un style particulièrement reconnaissable et les intrigues ont souvent beaucoup de points communs entre elles. Pourtant, quand on aime Hercule Poirot ou Miss Marple, on ne se lasse pas de ces histoires de meurtres au sein de la bonne société anglaise. Et le plaisir est d’autant plus grand lorsque l’on attaque une de ces œuvres pour très vite s’apercevoir qu’elle ne correspond pas du tout à ce qu’Agatha Christie nous réserve habituellement. Pourtant, les Quatre met bien en scène le célèbre inspecteur belge.

Les Quatre tient en effet plus du roman d’espionnage que du roman policier. La bibliographie d’Agatha Christie compte quelques ouvrages de ce type, cela ne constitue donc pas en soi une surprise. Par contre, voir Hercule Poirot en être le principal protagoniste est assez inattendu. En écrivant cette critique, j’ai découvert que le roman est en fait un recueil de douze nouvelles qui ont été rassemblées pour former une seule et même histoire. Cela explique le côté quelque peu haché du récit, qui avance par petits à-coups. C’est assez dommage ne pas avoir conservé la structure originelle. Le choix de le faire passer pour un roman classique rend la structure de l’histoire assez peu fluide et crée un peu d’incompréhension quand on ignore cette anecdote.

L’intérêt que l’on peut porter à Les Quatre tient plus de son caractère inattendu que de la qualité du roman en lui même. Cette histoire de complot international, où quatre figures tiennent le destin du monde dans leurs mains, frise la parodie, entre naïveté et caricature. Les rebondissements du récit prêtent plutôt à sourire qu’à faire naître le frisson chez le lecteur. Le dénouement tourne un peu au grand n’importe quoi. N’empêche qu’Agatha Christie parvient tout de même à faire naître autour de son histoire un élan de sympathie qui nous empêche de regretter ces quelques heures (pas très nombreuses, le roman est court) passées à parcourir ses pages. Pour les curieux donc.

AMERICAN UTOPIA ON BROADWAY (David Byrne), WEST OF EDEN (HMLTD), AND IT’S STILL ALRIGHT (Nathaniel Rateliff) : En quête d’harmonie

americanutopiaonbroadwaydavidbyrneDavid Byrne est avant tout connu pour être le chanteur du groupe Talking Heads. Mais il mène également une carrière solo. En 2018, il sortait American Utopia. Un an plus tard, il sortait un version live de cet album, Americain Utopia on Broadway. Sa voix nasillarde et ses mélodies faiblardes nous font vite penser que le résultat n’est pas d’un intérêt flagrant. Certes, les titres nous offrent une certaine variété, mais la qualité globale nous fait parfois plus penser à la Fête de la Musique au coin de la rue qu’à Broadway (bon, je suis un peu sévère là!). Les mélodies se montrent le plus souvent relativement lancinantes. On retiendra cependant le titre Toe Jam qui s’avère entraînant et énergique.

westofedenhmltdOn poursuit avec les anglais de HMLTD dont West of Eden est le premier album studio, après un EP et quelques singles. Ils nous offrent un rock pas très harmonieux. Les sonorités nous rappellent parfois The Cure, mais sans le même talent. Parfois, le chant semble correspondre à peine à la musique. En fait, si certains titres semblent quand même plus aboutis, certains sombrent dans le n’importe quoi. Le groupe semble revisiter le rock des années 80 pour un résultat très inégal. Les bons titres sont un peu plus nombreux dans la deuxième partie de l’album, mais on reste sur une impression très mitigée.

itsstillalrightnathanielrateliffOn termine avec l’Américain Nathaniel Rateliff et son album And It’s Still Alright. Sa belle voix nous plonge dans un univers entre le swing et le jazz. On y apprécie vite toute sa maîtrise et la qualité constante des titres. L’ambiance est plutôt tranquille et paisible, avec une réelle variété entre les morceaux. Le résultat coule tout seul aux oreilles. Les titres sont souvent longs, mais on en a pour notre argent et le résultat est vraiment bon. Aucune raison de s’en plaindre donc !

INVISIBLE MAN : Retour réussi

invisiblemanafficheCette critique constitue évidemment un moment particulier puisque c’est la première que j’écris depuis près de trois mois. Vous imaginez bien que je n’ai pas pu attendre à l’annonce de la réouverture des cinémas et dès lundi 17h30, je prenais place dans une salle obscure, un peu ému je dois l’admettre. Quel bonheur de se retrouver devant ce grand écran ! Le bonheur n’aurait évidemment pas été complet si le film que j’avais choisi s’était avéré mauvais. Heureusement, il n’en fut rien et Invisible Man m’a fait passer un très bon moment. Un thriller somme toute classique, un tout petit peu long, mais quand même globalement très bien foutu.

Invisible Man nous propose un scénario en plusieurs séquences. La première, celle où l’héroïne sent autour d’elle la présence d’un homme invisible (je ne crois pas trop spoiler, vu le titre et la bande-annonce) reste la plus réussie. C’est tout simplement flippant, même si les ressorts sont archi connus. La réalisation joue parfaitement son rôle, car faire naître la peur à partir de quelque chose que l’on ne voit pas n’est pas si évident. On pourra simplement regretter qu’à partir du moment où l’histoire commence à passer à autre chose, le rythme ne s’accélère pas plus franchement. On ne s’ennuie jamais mais le récit aurait gagné à être plus tranchant dans des parties plus tournées vers l’action pure.

invisiblemanInvisible Man ne pouvait de toute façon être totalement dénué d’intérêt, puisqu’un film avec Elisabeth Moss n’est jamais un film totalement perdu. Certes, ce rôle ne restera pas le plus inoubliable de sa carrière, mais sa simple présence à l’écran suffit à ravir le spectateur. Elle surnage dans un casting relativement quelconque par ailleurs. Comme je l’ai souligné, la réalisation de Leigh Whannell se révèle réellement aboutie et totalement maîtrisée. Il parvient à donner un supplément d’âme visuel à son histoire, même si c’est à travers une mise en scène plus efficace qu’artistique. Cela aurait été relativement déplacé de ma part de la critiquer, sachant que j’ai parfois caché l’écran avec mes mains pour ne pas voir ce qui s’y passait. Le confinement ne m’a pas totalement endurci. C’est rassurant !

LA NOTE : 13/20

Fiche technique :
Réalisation : Leigh Whannell
Histoire et Scénario : Leigh Whannell
Montage : Andy Canny
Musique : Benjamin Wallfisch
Photographie : Stefan Duscio
Production : Jason Blum et Kylie du Fresne
Durée : 124 minutes

Casting :
Elisabeth Moss : Cecilia Kass
Aldis Hodge : James Lanier
Storm Reid : Sydney Lanier
Harriet Dyer : Emily Kass
Michael Dorman : Tom Griffin
Oliver Jackson-Cohen : Adrian Griffin
Benedict Hardie : Marc
Amali Golden : Annie
Sam Smith : détective Reckley

MIND HIVE (Wire), HOTSPOT (Pet Shop Boys), THE NEON SKYLINE (Andy Shauf) : Toujours verts

mindhivewireParfois on a l’impression de découvrir un nouveau groupe émergeant, avant de découvrir qu’il n’en est rien. Wire est un groupe britannique qui s’est formé dans les années 70. Mind Hive, sorti en 2020, est leur 17ème album. Mais j’avoue que les premières minutes étonnent quelque peu. Cela pourrait presque ressembler à une parodie. Le reste sera plus classique, pour ne pas dire basique et toujours propre sur lui. C’est maîtrisé, mais un peu le cul entre deux chaises. Les textes sont autant joués que chantés. Mais tout cela laisse froid, car jamais leur musique ne parvient à créer l’émotion.

hotspotthepetshopboysNés dans les années 80, les Pet Shop Boys sont d’autres vieux routiers de la scène musicale mondiale. Hotspot est leur dernier album en date. On est tout de suite frappé par leur dynamisme et leur mordant. Ils sont bien dans le style, du coup cela a un charmant goût vintage, qui nous replonge trente ans en arrière. La plupart des titres sont entraînants, voire carrément dansants, même si certains sonnent plutôt comme des balades. Leurs voix restent incomparables et les instrumentations s’avèrent particulièrement élaborées. La qualité des titres restent longtemps très haute et constante, même si l’album ne compte pas de grand tubes en puissance.

theneonskylineandyshaufOn termine avec un artiste canadien, Andy Shauf et son album The Neon Skyline. Cela ravira les amateurs de balade et de musique paisible. Le style est maîtrisé et l’ambiance assez intimiste. Les titres sont variés et de qualité. Les instrumentations sont simples, mais avec des sonorités originales et fort sympathiques. Le résultat est très doux aux oreilles. Au final, l’album souffre tout de même de ne pas compter de titre réellement marquant.

LES AVENTURIERS DE LA MER : L’INTEGRALE 3 (Robin Hobb) : A bon port

lesaventuriersdelamer3Dernier volet des Aventuriers de la Mer, « Ship of Destiny » a été édité en français sous la forme de trois romans, ce qui constitue une mauvaise habitude pour les éditions français d’œuvres d’heroic fantasy. Mais passons, car j’ai lu les trois volumes à la suite, retrouvant ainsi l’esprit et la structure de ce roman, tel qu’il a été imaginé par Robin Hobb, avec son début, son milieu et sa fin. C’est bien mieux comme ça et m’a permis d’apprécier pleinement cette conclusion particulièrement réussie. Cela confirme que cette saga, si elle est loin d’être aussi inoubliable que l’Assassin Royal, est allée crescendo.

Les Aventuriers de la Mer répond à un schéma particulièrement classique de ce genre. L’histoire débute alors que les très nombreux personnages se retrouvent dispersés, loin les uns des autres. Et parfois dans une situation relativement difficile. Ils finiront pas se retrouver dans un long final de haute volée. Ceci se fera à travers de nombreux rebondissements, parfois surprenants, qui préserveront totalement le lecteur de l’ennui. Robin Hobb fera même quelques choix osés, notamment un qui peut vraiment prêter à débat. Pas question de spoiler, mais attendez-vous à un moment donné à être assez choqué par ce que vous allez lire.

La plume de Robin Hobb est réellement une des plus agréables du monde de l’heroic fantasy. Elle sait faire naître des univers riches, avec de très nombreux personnages, sans jamais perdre le lecteur. Le récit est clair et, à quelques exceptions près, les protagonistes assez marqués pour que l’on garde toujours clairement à l’esprit qui est qui, quel est son but et ses motivations. Cela semble être la base, mais ces qualités ne sont pas toujours présentes dans les œuvres d’heroic fantasy, y compris dans des œuvres à très grands succès (ne le prends pas mal George!). Au final, les Aventures de la Mer apparaît clairement comme une œuvre annexe dans l’univers créé par Robin Hobb. Mais cela ne retire rien au plaisir que l’on prend à voyager en son sein, sans jamais avoir le mal de mer.

SOLEIL ENCULE (Arlt), HAVE WE MET (Destroyer), MUSIC TO BE MURDERED BY (Eminem) : La bonne technique

soleilenculearltOn commence cet avis par un groupe français particulièrement méconnu. Arlt a sorti Soleil Enculé en 2019. Dans un premier temps, on semble plongé dans un conte pour enfants. Le groupe est en fait un duo, mais c’est la voix féminine qui domine largement. Les mélodies sont lancinantes et pas toujours très harmonieuses. Les textes sont quant à eux sans grand intérêt. Le résultat est relativement étrange, mais ce côté décalé ne vient jamais provoquer la curiosité de l’auditeur qui passe rapidement et définitivement à autre chose.

havewemetdestroyerOn enchaîne avec les canadiens de Destroyer et leur album Have We Met. La voix du chanteur, Daniel Béjar, semble parfois en décalage avec la musique. L’ambiance crée est assez intimiste. Elle traduit surtout une vraie personnalité de l’artiste, qui compense le manque d’harmonie ou de maîtrise. L’album compte quelques bons moments, mais se révèle tout de même relativement inégal. Il devient même parfois assez pénible à écouter. Dommage.

musictobemurderedbyeminemOn termine avec une des plus grandes stars de la scène mondial, le rappeur Eminem et son album Music to be Murdered By. Le résultat est techniquement parfait, dans une ambiance plus calme et posée que d’habitude. L’album compte beaucoup de duos. Cela contribue à créer une ambiance différente à chaque titre. La diction est toujours aussi dynamique et mordante. Cela ressemble parfois un peu à un exercice de style, comme le titre Godzilla où le rappeur semble chercher à battre son propre record de vitesse. Mais même pour quelqu’un qui n’aime pas plus le rap que ça, comme moi, cela reste un très bon album.

TOUT CA, POUR CA : 10 ANS DE MILITANTISME AU PARTI SOCIALISTE : EPISODE 29 : Gem, Gem, Gem

episode29Le Parti Socialiste est connu pour avoir toujours été structuré autour de différentes sous-composantes qui auront pris différents noms au cours de son histoire : courant, motion, texte d’orientation… Ceci est d’autant plus fort que cette structuration est bien volontaire, se situant au cœur des processus démocratiques au sein du parti. Ces composantes s’affrontent au moment des Congrès et les militants sont appelés à trancher grâce à leur vote. Tout ceci serait très sain et fertile, favorisant l’émergence de nouvelles idées à travers le débat, si cela se limitait aux périodes de Congrès et ne provoquait pas des fractures beaucoup plus profondes et constantes.

Ces sous-composantes ont été toujours plus ou moins structurées, selon leur permanence et la culture de ceux qui les faisaient vivre. L’aile-gauche du parti socialiste a toujours été la mieux organisée, bien qu’elle compte parfois un grand nombre de chefs autoproclamés. Mais elle a toujours pu compter sur le soutien du Mouvement des Jeunes Socialistes (MJS) qui lui offrait de facto une certaine organisation. Elle pouvait aussi s’appuyer sur une culture profonde des pratiques militantes et de la prise de contrôle du parti. Ce n’est évidemment pas le seul mouvement au sein du PS à avoir pratiqué l’entrisme, l’intimidation ou les fausses cartes d’adhérents (les régions PACA et Nord, contrôlées par d’autres chapelles, savaient très bien y faire), mais c’est sûrement la force interne qui l’aura exercé avant le plus de constance, sans jamais parvenir à ses fins cependant (ce qui conduira à la création de Génération.s, mais ceci est une autre histoire).

François Hollande, paradoxalement, ne pouvait pas compter sur un tel mouvement organisé. En effet, il a passé trop d’années à diriger le PS et à préserver tant qu’il pouvait l’unité entre les différents courants pour avoir le temps d’en créer et structurer un. Il commença cependant à le faire, après avoir passé la main à Martine Aubry, en créant Répondre à Gauche, dirigé par son plus fidèle lieutenant, Stéphane Le Foll. Mais voilà, après avoir été longtemps le chef de tous les Socialistes, il est devenu assez rapidement le chef de tous les Français. Et en homme de synthèse qu’il était, François Hollande décida alors de mettre en sommeil le mouvement prêt à aller au combat pour défendre son action, sous prétexte de ne pas créer la division. C’est pour ce genre de décision que j’ai une certaine affection pour l’homme. Mais aussi un peu de regret par rapport à la manière dont tout cela finira.

En 2014, la Fédération des Yvelines était tombé sous la coupe de Benoît Hamon et de ses… allez disons partisans, même si j’ai bien envie d’employer le mot « sbires ». Ces derniers mettaient tout en œuvre pour faire du PS local une machine à dénigrer consciencieusement l’action du gouvernement. Le départ de Benoît Hamon de ce dernier donna évidemment une impulsion supplémentaire à ce travail de sape, qui avait déjà chassé pas mal de camarades du Parti, lassés d’être l’objet d’attaques lors des réunions de Section de la part des petits roquets à sa solde. J’avais la chance d’échapper à cette ambiance délétère à Viroflay, mais je recevais les échos de ce qui pouvait se passer ailleurs dans le département.

Face à cette machinerie trop bien huilée, les quelques camarades motivés pour résister et défendre l’action gouvernementale voulurent s’organiser à leur tour pour être en mesure de contre-attaquer. Répondre à Gauche semblait être le meilleur cadre pour cela. Mais nous nous sommes vus opposés un refus venu d’en haut. On devait continuer à faire profil bas pour ne pas apparaître comme diviseur. La situation était trop intenable dans les Yvelines pour que nous en restions là. Nous avons donc pris notre destin en main et crée GEM, Gauche en Mouvement, qui devait se charger de faire un travail pédagogique principalement auprès des militants et sympathisants pour leur rappeler tout ce qui était fait par un gouvernement qui restera, quoi qu’on en dise, avant tout de gauche et dont l’action ne se résume pas à la caricature qui en était faite.

Notre action se concrétisa principalement à travers une newsletter que nous diffusions comme nous pouvions, n’ayant pas accès aux voies de diffusion officielles. Les retours se montrèrent extrêmement positifs et surtout étonnés… Pourquoi n’existait-il personne d’autres que nous pour faire ce travail au sein du PS ? Pourquoi personne au niveau national ne se donnait la peine de faire un point clair, condensé et pédagogique sur l’action d’un gouvernement qui en était issu ? Cela tient à des faiblesses structurelles du PS, mais aussi à l’absence de volonté de François Hollande que ce travail soit fait. Je ne suis pas convaincu que cela aurait inversé le déclin de la base militante encline à le soutenir, mais au moins cela ne ne l’aurait pas plongé dans un sentiment d’abandon, dont elle ne s’est jamais vraiment remise.

Avons-nous au moins tirer, au niveau local, des bénéfices politiques de ce travail qui aura pris un peu de temps libre à plusieurs d’entre nous pendant une année et demi ? Les prochains épisodes répondront malheureusement par la négative. Mais bon, si vous avez suivi mon récit depuis le début, vous n’en serez guère surpris…

JUNIOR (Corridor), THREE CHORDS AND THE TRUTH (Van Morrison), IMMANENT FIRE (Emily Jane White) : Toujours vert

juniorcorridorOn part de l’autre côté de l’Atlantique mais pour entendre parler français. En effet Corridor est un groupe venu de Montréal. Leur album Junior, sorti en 2019, nous fait découvrir leur univers éthéré, où la voix distordue résonne avec un effet d’écho. Ceci a pour double effet de mettre la voix totalement en retrait et de rendre totalement incompréhensibles les paroles. Restent donc les mélodies, mais qui ne cassent pas trois pattes à un canard. Le résultat a un petit côté années 80, mais se révèle surtout terriblement lancinant. Pour tout dire, c’est un peu pénible à écouter.

threecordsandthetruthvanmorrisonOn enchaîne avec une légende de la scène rock, Monsieur Van Morrison, né en 1945, 47 albums au compteur, dont ce Three Cords and the Truth. On comprend la dimension du bonhomme en découvrant sa musique tout en maîtrise et de grande classe. Il navigue entre jazz, country et rock. Sa voix enchanteresse et relativement originale donne tout son charme à l’ensemble. On peut cependant trouver cet album un rien monotone. Cela reste en effet toujours très classique, même si tous les titres sont tout de même de grande qualité.

immanentfireemilyjanewhiteOn termine avec Emily Jane White et son album Immanent Fire. On y pénètre dans une ambiance éthérée, même si le reste de l’album aura un côté pop un rien sucré. Sa musique est très mélodique. Sa voix est très mise en avant, mais sans pour autant avoir les qualités requises pour faire vraiment la différence grâce à elle. Cela rappelle parfois l’univers de Björk. Le résultat est au final solide et se laisse écouter avec un certain plaisir. Mais rien de vraiment emballant néanmoins.