3 BILLBOARDS : Premier bravo de 2018 !

3billboardsaffiche

3billboardsafficheOn a parfois l’impression que les scénaristes ont bien du mal à nous proposer des histoires vraiment nouvelles. J’aime assez les comparaisons pour admettre qu’il est généralement facile de trouver pour l’immense majorité des synopsis qui nous sont proposés un autre avec lequel établir un parallèle. Pourtant, certains arrivent encore à nous proposer des histoires qui sortent vraiment de l’ordinaire et proposent un cheminement narratif et des personnages inattendus, car ne ressemblant à aucun autre. C’est le cas de 3 Billboards, le premier très bon film de cette année 2018.

Pour ceux qui auraient vu la bande-annonce de 3 Billboards et qui pensent avoir à travers elle déjà plus ou moins vu le film (on m’a fait la réflexion), détrompez-vous. Elle ne brossait que le point de départ et ne disait rien sur les multiples développements qu’elle connaît au fur et à mesure. Jusqu’à la dernière minute, le spectateur ignore quels événements vont survenir ensuite. Mais évidemment tout ceci n’aurait pas grand intérêt si ces derniers ne formaient pas une histoire réellement prenante, subtile et livrant une réflexion sur la nature humaine qui échappe à tous raccourcis malheureux.

3billboards3 Billboards ne pouvait de toute façon ne pas être un film totalement raté puisqu’il compte la formidable Frances McDomarnd à son casting. Sa seule présence justifie presque l’achat de se rendre dans une salle obscure pour voir ce film. Mais la distribution ne s’arrête pas là avec un Woody Harrelson dans un rôle taillé pour lui et un Sam Rockwell qui parvient à donner une épaisseur supplémentaire à son personnage. Tous concourent à faire de ce film une réussite. Un bon moment de cinéma, qui donne vie à une histoire qui méritait bien d’être racontée et de prendre vie sur grand écran.

LA NOTE : 14/20

Fiche technique :
Production : Blueprint Pictures, 20th Century Fox
Distribution : 20th Century Fox France
Réalisation : Martin McDonagh
Scénario : Martin McDonagh
Montage : John Gregory
Photo : Ben Davis
Décors : Inbal Weinberg
Musique : Carter Burwell
Durée : 115 min

Casting :
Frances McDormand : Mildred Hayes
Woody Harrelson : Willoughby
Sam Rockwell : Dixon
Caleb Landry Jones : Red Welby
Abbie Cornish : Anne
Lucas Hedges : Robbie
Peter Dinklage : James
Sandy Martin : Maman Dixon
John Hawkes : Charlie

LA SURFACE DE REPARATION : En milieu de tableau

lasurfacedereparationaffiche

lasurfacedereparationafficheLe football et le cinéma sont deux des éléments culturaux les plus universels. Les stars du 7ème art et du ballon rond sont des figures mondialement connues. Pourtant, ils cohabitent très mal, le football étant un sport particulièrement peu cinégénique. Restent alors la possibilité de proposer une histoire sur les à-côtés de ce sport très médiatique, mais bizarrement ces derniers n’inspirent que peu les scénaristes. Il est donc surprenant de considérer que la Surface de Réparation est un film à l’histoire originale. Ou du moins qu’on a pas l’habitude de voir sur grand écran.

La Surface de Réparation n’est certainement pas un grand film, mais incontestablement un film réussi. Il est évident qu’il touchera différemment les amateurs de football et les autres. Non qu’il faille maîtriser parfaitement la règle du hors-jeu pour comprendre le scénario. Mais la passion viscérale que peut engendrer ce sport se situant au cœur de l’intrigue, on s’identifiera d’autant mieux aux sentiments des personnages qu’on est capable de les ressentir soi-même. Dans tous les cas, le film recèle un intérêt sociologique qui pourra intéresser tous les publics.

lasurfacedereparationLa principale faiblesse de la Surface de Réparation reste son interprétation parfois un peu hésitante. Franck Gastambide fait du mieux qu’il peut, mais son talent reste trop limité pour donner une dimension supplémentaire à son personnage. Quant à Hippolyte Girardot, il n’est guère crédible dans un rôle un peu bancal il est vrai. Heureusement, la jeune Alice Isaaz parvient elle à transcender son personnage et apporte un élan supplémentaire à cette histoire. La réalisation de Christophe Régin est propre mais sans génie. Un peu à l’image de ce film de milieu de tableau, à l’abri de la relégation, mais qui ne peut pas prétendre jouer l’Europe.

LA NOTE : 12,5/20

Fiche technique :
Réalisation et scénario : Christophe Régin
Décors : Pascale Consigny
Costumes : Vincent Garson
Photographie : Simon Beaufils
Montage : Frédéric Baillehaiche
Musique : Para One
Son : Emmanuel Bonnat
Directeur de production : Christophe Grandière
Producteurs : Hugues Charbonneau et Marie-Ange Luciani
Durée : 94 minutes

Casting :
Franck Gastambide : Franck
Hippolyte Girardot : Yves
Alice Isaaz : Salomé
Moussa Mansaly : Djibril

LE RIRE DE MA MERE : Du rire aux larmes

leriredemamereaffiche

leriredemamereafficheL’enfance et la mort apparaissent comme deux notions antinomiques. Cependant, le jeune âge ne protège évidemment pas de la mort de ses proches. Et même de ses parents. Cette fausse contradiction a inspiré bien des scénaristes pour des films plus ou moins sombres et plus ou moins tristes. Le Rire de ma Mère adopte un ton tragi-comique, qui fait passer du rire aux larmes en un instant. Un joli film chargé d’émotion, même si tout n’y est pas parfait.

Quand on s’attaque à un sujet aussi potentiellement chargé de tristesse, on peut facilement tomber sur l’écueil de l’émotion facile. Cette sorte d’injonction du style : c’est triste donc soyez émus ! Sauf que la vraie émotion demande beaucoup de subtilité et ne vient pas forcément sur commande. Le Rire de ma Mère ne tombe absolument pas dans ce piège. Il propose déjà une vraie richesse dans le propos en nous faisant partager le point de vue de l’ensemble des protagonistes et pas seulement celui de l’enfant. Ensuite, il nous propose des personnages qui sont loin d’être attachants en toutes circonstances. Ils n’en sont que plus réels et permet que ça soit bien à l’histoire que l’on s’attache avant tout.

leriredemamereLe Rire de ma Mère bénéficie d’un très beau casting. Suzanne Clément tient là un des rôles les plus marquants de sa carrière et elle porte une bonne partie du poids du film sur ses épaules. Pascal Demolon y est vraiment excellent alors que j’ai rarement été convaincu par cet acteur. Il serait enfin particulièrement injuste d’oublier la jolie performance du jeune Igor Van Dessel, donc le jeu est peut-être un rien hésitant parfois, mais qui y est pour beaucoup dans l’émotion véhiculé par ce film. Au final, on est touché par cette histoire et ces personnages. Et si le film donne parfois l’impression de tourner un peu en rond, on en ressort quand même avec un gros pincement au cœur.

LA NOTE : 13/20

Fiche technique :
Réalisation : Colombe Savignac et Pascal Ralite
Scénario : Colombe Savignac et Pascal Ralite
Photographie : Myriam Vinocour
Montage : Vanessa Basté
Costumes : Isabelle Mathieu
Décors : Hérald Najar
Producteur : Marie-Castille Mention-Schaar
Durée : 92 minutes

Casting :
Suzanne Clément : Marie
Pascal Demolon : Romain
Sabrina Seyvecou : Gabrielle
Igor Van Dessel : Adrien
Salomé Larouquie : Elsa
Corrado Invernizzi : le psychanalyste
Mathis Bour : Mathis
Chloé Barkoff-Gaillard : l’élève de l’atelier théâtre
Grégoire Colin : l’ORL

DOWNSIZING : De plus en plus petit

downsizingaffiche

downsizingafficheUn film est constitué d’un début, d’un milieu et d’une fin. On peut pardonner un début raté, voire également un milieu médiocre, si la fin est à la hauteur et permet de sortir sur une note positive. Le crescendo est une caractéristique tout à fait acceptable cinématographiquement. Par contre, le decrescendo est beaucoup plus difficilement pardonnable. Il suffit d’aller voir Downsizing pour s’en rendre compte. Un film qui commence par nous séduire mais sans savoir où nous mener ensuite.

Downsizing est doté d’un excellent pitch et on sait à quel point certains films s’en sortent honorablement en s’en contentant. Mais en étirant son film sur plus de deux heures, Alexander Payne ne peut cacher très longtemps qu’il ne sait pas vraiment comment l’étoffer et surtout comment lui offrir une conclusion. Même la morale bienpensante n’est pas particulièrement nette et on ne sait pas vraiment quel message cette histoire cherche à transmettre. On décroche à mi-film environ et rien vient ensuite nous donner envie de reprendre le train en marche.

downsizingLes faiblesses de Downsizing se reflètent dans l’interprétation paresseuse d’un casting pourtant bien doté. Il est d’ailleurs regrettable que le personnage interprété avec le plus de conviction soit celui qui disparaisse assez tôt dans le film. Je ne dirais évidemment pas qui pour ne pas spoiler. Et comble du malheur pour ce film, cela fait un moment déjà que la qualité des effets spéciaux, même remarquables, ne permet pas de donner un intérêt supplémentaire à un long métrage. On est beaucoup trop blasé à ce niveau-là pour cela. On en reste donc sur une impression assez négative de ce film au démarrage pourtant prometteur.

LA NOTE : 9/20

Fiche technique :
Production : Ad Hominem Enterprises, Annapurna Pictures, Paramount Pictures
Distribution : Paramount Pictures France
Réalisation : Alexander Payne
Scénario : Alexander Payne, Jim Taylor
Montage : Kevin Tent
Photo : Phedon Papamichael
Décors : Stefania Cella
Musique : Rolfe Kent
Durée : 135 min

Casting :
Matt Damon : Paul Safranek
Christoph Waltz : Dusan Mirkovic
Hong Chau : Ngoc Lan Tran
Kristen Wiig : Audrey Safranek
Udo Kier : Konrad
Jason Sudeikis : Dave Johnson
Neil Patrick Harris : Jeff Lonowski
Laura Dern : Laura Lonowski

LE SIECLE, TOME 3 : AUX PORTES DE L’ETERNITE (Ken Follett) : On n’oublie pas le guide

auxportesdeleternite

auxportesdeleterniteLe souvenir que l’on garde d’un voyage ne dépend pas que du guide qui nous montre le chemin, mais il est vrai que ce dernier joue un rôle important. Encore plus, évidemment quand le voyage est littéraire. La traversée du XXème siècle sous la direction de Ken Follett se poursuit et s’achève avec le dernier volet de sa trilogie le Siècle, intitulé Aux Portes de l’Eternité. Après les deux Guerres Mondiales, ce volume nous plonge dans les méandres de la Guerre Froide. Et encore une fois, la petite et la grande histoire se mêlent avec un grand bonheur.

On retrouve dans Aux Portes de l’Eternité tout ce qui m’avait enthousiasmé dans le première tome du Siècle et que j’avais trouvé moins présent dans le deuxième volume. Les amateurs d’histoire en apprendront beaucoup sur les dessous de certains événements qu’ils connaissent bien. A la lecture de ce roman, on comprend mieux pourquoi et comment certains tournants de l’histoire du monde sont survenus, avec en point d’orgue la chute du Mur de Berlin et la chute du communisme en Europe de l’Est. Ce fond historique fait la particularité de cette trilogie et beaucoup de son intérêt.

Cependant, Aux Portes de l’Eternité reste avant tout une fiction. Un livre chorale où on suit le destin croisé de nombreux personnages un peu partout sur la planète. On en suit certains, ou leurs descendants, depuis le premier tome, mais ce troisième volet offre son lot de nouveaux protagonistes. On s’attache très fortement à tous les fils narratifs, ce qui fait que l’on dévore une nouvelle fois ce roman, aussi épais que ces prédécesseurs. La lecture est facile et parfois réellement passionnante. Ken Follett confirme ici l’étendu de ses talents de narrateurs. Plus que jamais, on est prêt à le suivre pour des voyages au long cours, car avec lui on ne voit jamais passé les pages et le trajet s’achève toujours trop vite.

THE TIES THAT BIND (Bruce Springsteen), FREE AS A BIRD (Soom T), WEST KIRBY COUNTY PRIMARY (Bill Ryder Jones) : Légende et découverte énergique

thetiesthatbindbrucespringsteen

thetiesthatbindbrucespringsteenOn commence avec un monument du rock, Bruce Springsteen et l’album The Tie That Bind. Il s’agit en fait d’une version « augmentée » du mythique album The River. 4 CD, dont les deux volets de l’album original. On redécouvre ainsi (pour les malheureux qui l’auraient oublié) ce moment de pur génie, ce sommet de l’histoire du rock, marqué par le titre éponyme absolument sublime. La vraie nouveauté vient du 4ème et dernier CD qui nous livre une vingtaine d’inédits écrits à l’époque et qui auraient tout aussi bien pu figurer sur l’album. En effet, on est stupéfait par la qualité de ces titres qui ont failli finir à jamais à la poubelle. Ce genre d’opération ressemble souvent à des coups marketing sans intérêt. Mais ici, il s’agissait d’une opération de sauvetage absolument indispensable !

freeasabirdsommtOn enchaîne avec une formidable découverte. Soon T nous vient de Glasgow et elle est qualifiée de MC de ragga sur Wikipedia. Mais il est souligné que son univers musical est beaucoup plus large. La preuve avec Free as a Bird, son seul et unique album à ce jour, sorti en 2015, et qui n’a visiblement pas connu la destinée qu’il aurait mérité. On est frappé immédiatement par l’incroyable énergie dégagé par les premiers titres. C’est funky, jazzy, électrique et terriblement entraînant. La voix est original et prenante. Le reste de l’album est marqué aussi par des passages plus hip-hop, en tout cas plus lents, un peu en retrait. Mais ça reste toujours très bon. On citera entre autres les titres City Zoo, Gimme Gimme, Black Butterfly, Broken Robots ou encore la jolie ballade Free as a Bird qui conclue l’album.

westkirbybountyprimarybillryderjonesRetour à plus ordinaire, mais tout de même très bon, avec West Kirby County Primary de Bill Ryder Jones. Il alterne les moments doux et mélancoliques avec d’autres beaucoup plus rock et énergiques. Les instrumentations peuvent être aussi bien épurées que proposer de gros riffs de guitare. Le résultat final est somme tout très classique, plus sympathique que réellement emballant, mais se laisse tout de même écouter avec un vrai plaisir.

LES HEURES SOMBRES : Grandes heures pour un grand acteur

lesheuressombresaffiche

lesheuressombresafficheOn reste dans la politique avec ce nouvel avis, mais cette fois pour revivre un moment légendaire de l’histoire contemporaine. Un de ces moments où tout bascule, où l’action d’un homme fait toute la différence. Des moments évidemment que chaque personne engagée aimerait vivre. Enfin pas tout à fait non plus… Je n’aimerais évidemment pas vivre les événements racontés par les Heures Sombres. Mais disons que prononcer un discours comme celui de Wiston Churchill est chargé d’un peu plus de sens et de d’impact sur le destin d’une nation que de discuter des tarifs des concessions au cimetière au Conseil Municipal de Viroflay.

Certains reprochent à les Heures Sombres d’être clairement une hagiographie de Wiston Churchill. Ce dernier fait est incontestable, mais on peut simplement le prendre comme un choix artistique comme un autre. A la fois, on est bien devant un film, non un documentaire. Il est moins question ici d’explorer la complexité d’un homme que de faire revivre un épisode clé de l’histoire d’un pays. Un épisode chargé d’imaginaire collectif et qui ne correspond donc certainement pas tout à fait à la réalité historique au sens strict. Mais qu’importe en fait, donner corps à cette légende vaut bien un film.

lesheuressombresCependant, il serait malhonnête à l’inverse de ne pas soulever le fait que la volonté de glorifier son personnage conduit à un moment donné Joe Wright à frôler le n’importe quoi. Une scène dans le métro, qui se veut pourtant décisive, est tout simplement ridicule et vient un peu gâcher la fin d’un film qui aurait du finir sur une apothéose. Cela ne remet pas heureusement pas le plaisir que l’on a devant l’incroyable numéro d’acteur d’un Gary Oldman méconnaissable mais absolument génial. Un rôle à Oscar assurément. Le film en lui-même n’en vaut certainement pas un, mais vous vaudra bien mieux que du sang, de la sueur et des larmes.

LA NOTE : 12,5/20

Fiche technique :
Production : Perfect World Pictures, Working Title Films
Distribution : Universal Pictures International
Réalisation : Joe Wright
Scénario : Anthony McCarten
Montage : Valerio Bonelli
Photo : Bruno Delbonnel
Décors : Katie Spencer
Musique : Dario Marianelli
Costumes : Jacqueline Duran
Durée : 125 min

Casting :
Gary Oldman : Winston Churchill
Kristin Scott-Thomas : Clemmie
Ben Mendelsohn : le Roi George VI
Lily James : Elizabeth Layton
Ronald Pickup : Neville Chamberlain
Stephen Dillane : Le Vicomte Halifax
Nicolas Jones : Sir John Simon
Samuel West : Sir Anthony Eden

EL PRESIDENTE : Chemins tortueux

Elpresidenteaffiche

ElpresidenteafficheTout le monde connaît mon amour pour la politique, pour l’avoir moi-même pratiqué pour me remettre doucement à la pratiquer à nouveau. Tout le monde connaît aussi mon amour pour le cinéma, sinon vous ne seriez pas en train de lire cette critique écrite de mes propres petites mains. Vous ne connaissez peut-être un peu moins mon amour pour le cinéma argentin, né avec Dans Tes Yeux, et mon admiration pour Ricardo Darin. Donc vous imaginez bien mon impatience quand j’ai vu arriver sur nos écrans un thriller politique avec ce dernier. El Presidente n’a malheureusement pas déchaîné mon enthousiasme.

Pourtant, El Presidente possède une qualité que j’apprécie particulièrement au cinéma, à savoir qu’il propose un scénario vraiment surprenant qui vous emmène sur des chemins plutôt inattendus. J’en dirais rien pour ne pas gâcher la surprise à ceux qui souhaiteraient y aller. Simplement, même si je ne m’y attendais pas, je n’ai pas vraiment été convaincu par ces choix audacieux. Je trouve que l’histoire perd progressivement en tension narrative et à force de partir dans trop de direction, chacune se dilue quelque peu. La fin laisse un peu perplexe et on aurait apprécié une conclusion beaucoup plus forte.

elpresidenteIl reste le plaisir assez unique d’admirer le talent et le charisme de Ricardo Darin. Il fait une nouvelle fois preuve de toute sa classe dans ce rôle visiblement taillé pour lui. Pourtant son jeu n’a rien de spectaculaire ou flamboyant. Mais quant on possède autant de classe, la sobriété est suffisante pour occuper toute la place à l’écran. La réalisation de Santagio Mitre parvient à créer de vraies ambiances qui mettent parfaitement en valeur ses comédiens. Cependant, le tout manque d’une vraie tension qui pourrait maintenir l’intérêt du spectateur au plus haut. Finalement, El Predisente se regarde surtout avec un œil poli mais guère enthousiaste.

LA NOTE : 12/20

Fiche technique :
Production : K&S films, Maneki films, La union de los rios, Mod producciones, Arte france cinéma, Memento films, Telefe
Réalisation : Santiago Mitre
Scénario : Santiago Mitre, Mariano Llinas
Montage : Nicolas Goldbart
Photo : Javier Julia
Décors : Sebastian Orgambide
Distribution : Memento Films distribution
Musique : Alberto Iglesias
Durée : 114 min

Casting :
Ricardo Darin : Hernan Blanco
Dolores Fonzi : Marina Blanco
Eric Rivas : Luisa Cordero
Elena Anaya : Claudia Klein
Daniel Gimenez Cacho : Sebastian Sastre
Paulina Garcia : Paula Scherson
Gerardo Romano : Castex
Christian Slater : Dereck Mc Kinley

TOUT CA POUR CA : 10 ANS DE MILITANTISME AU PS : EPISODE 11 : Elections régionales 2010, la grande illusion

episode11

episode11A chaque défaite électorale, chaque parti politique déçu jure la main sur le cœur qu’il saura tirer toutes les leçons, de faire le bilan de ses erreurs et de revenir victorieux. L’expérience montre, au PS ou ailleurs, que c’est rarement le cas. Il est alors facile d’imaginer qu’une telle analyse n’est jamais réalisée en cas de triomphe. Cela serait pourtant nécessaire, comme l’a prouvé l’écrasante victoire du PS aux élections régionales de 2010.

Certes l’Alsace résistait encore mais sans cette tâche bleue, la France métropolitaine aurait été uniformément rose ce soir là. Partout, les scores étaient écrasants, dépassant parfois 60% pour certaines majorités reconduites. A Viroflay, la liste mené par Jean-Paul Huchon avait fait un score légèrement supérieur à 48%, score historique pour la gauche dans notre commune. Évidemment, lors de la soirée post électorale organisée chez notre regretté camarade Jean-Etienne, nous avions tous le sourire. Mais avons-nous raison ? Notre sourire n’était-il pas excessivement arrogant ?

Quels étaient donc les faits objectifs qui ont conduit à un tel triomphe ? La plupart des discours de victoire de la reconnaissance d’un bilan. Ce genre d’argument est incontournable et il est difficilement envisageable pour un élu venant d’être reconduit dans ses fonctions de dire autre chose… même si cette affirmation est clairement erronée. Dans le cas d’une élection régionale, ce critère joue un rôle mineur puisque l’immense majorité des citoyens sont strictement incapables de juger la qualité de l’action d’une collectivité dont ils ont bien du mal à saisir l’utilité. Même si les choses évoluent doucement, en 2010, les Conseils Régionaux s’apparentaient surtout à une collectivité « chéquier » vouée à financer des actions menée concrètement par les collectivités plus locales.

Je me souviens très bien d’un reportage un peu cruel du Petit Journal, suivant Jean-Paul Huchon qui remontait une rame de RER tout en saluant les voyageurs. Le journaliste interviewait ensuite les personnes qu’il venait de saluer pour leur demander s’ils avaient une idée de l’identité de celui qui venait lui serrer la main. Même si le montage est évidemment passé par là, la plupart avouait leur ignorance et n’avait absolument pas reconnu le Président de leur Région, dont ils ignoraient parfois même le nom. C’était plus drôle que méchant, mais terriblement révélateur.

Le PS avait-il triomphé alors du fait de la qualité de la campagne menée par ses militants ? Évidement un soir comme celui-là, le militant que j’étais, et tous les autres, ressentait une certaine fierté personnelle d’avoir participé à une victoire collective. Un sentiment tout à fait légitime, sans lequel d’ailleurs le militant arrêterait vite de militer. Mais il faut avoir la modestie de reconnaître que participer ne veut pas dire être décisif. Quand bien même notre action auait rapporté un, deux, allons jusqu’à 3% au PS, elle ne peut constituer qu’une explication mineure vu les scores pléthoriques réalisés.

Quant à la qualité des programmes… Si cela permettait de remporter des élections, ça se saurait. Je ne vais pas perdre mon temps à discourir là-dessus.

En y repensant, ces élections régionales étaient beaucoup moins une victoire du PS qu’une défaite cuisante pour le pouvoir sarkozyste. Une partie de ses supporters l’avaient boudé (il y a plus de 53% de gens de droite à Viroflay…) et il avait perdu une grande partie du soutien des électeurs habitués à changer de camps régulièrement (le fameux marais). D’ailleurs, si nous étions heureux ce soir-là, ce n’est pas tant pour la victoire à des élections régionales, que pour le sentiment que la victoire aux élections présidentielles de 2012 pouvait être sereinement envisagée.

Personne à gauche un soir comme celui-là ne s’est demandé si l’ampleur de la défaite du pouvoir en place ne présageait pas une d’une détestation du pouvoir tout court qui nous rattraperait une fois que nous l’occuperions à notre tour. A y voir la défaite des idées que nous combattions, nous nous sommes aveuglés et n’avons pas vu là le signe d’une déliquescence du système démocratique, devenu une machine à créer de l’insatisfaction, quant ce n’est pas du ressentiment chez nos concitoyens. Une détestation du pouvoir en place qui frappe de plus en plus fort et de plus en plus vite depuis trente ans.

Mais nous n’allions pas tarder à être rattrapé par cette réalité. Et elle allait faire très mal…

LE GRAND JEU : Départ moyen

legrandjeuaffiche

legrandjeuafficheL’univers du jeu représente une source d’inspiration non négligeable pour les scénaristes. Quoi de mieux pour commencer 2018 que se plonger dans une histoire de poker et des gros sous qui vont avec. Une histoire vraie en plus. Mais la réalité dépasse-t-elle toujours la fiction ? On peut en douter en allant voir le Grand Jeu. Un film brillant sur la forme, au scénario riche, à la distribution de haut vol, mais auquel il manque un petit quelque chose. Un départ mi-figue mi-raisin donc pour cette année cinématographique. Une paire de deux, pas un carré d’as.

Le Grand Jeu est tiré de la vraie vie d’une certaine Molly Bloom au destin qui, il est vrai, vaut bien un film. J’ignore évidemment à quel point le film est fidèle à son autobiographie et à quel point cette dernière était fidèle à la réalité. Mais le récit nous amène vers un dénouement assez plat et décevant, rendant un peu futile et vain ce qui a précédé. Cela s’est peut-être réellement passé comme ça. Cependant, le spectateur n’est pas venu voir un documentaire, mais bien un film dont il attend une histoire convaincante et forte. Ce n’est pas le cas ici et on en ressort un peu chagrin.

legrandjeuAaron Sorkin signe là un premier film, lui qui était précédemment un des plus brillants scénaristes d’Hollywood. Il fait prendre d’une grande maîtrise dans la réalisation, mais peut-être d’un peu trop justement. Le Grand Jeu est un produit formaté, maîtrisé et efficace, mais sans génie, surprise ou avouons-le génie. La seule réelle étincelle vient de la présence à l’écran toujours aussi remarquable et remarquée de Jessica Chastain. Elle éclipse totalement le reste de la distribution, y compris Kevin Costner, je dois bien l’admettre. Et pourtant Dieu sait si j’ai une admiration sans borde pour Kevin Costner. Au final, le film reste un objet aussi rutilant qu’un jeton de casino neuf, mais aussi vain qu’une partie de jeu de hasard.

LA NOTE : 12/20

Fiche technique :
Réalisation : Aaron Sorkin
Scénario : Aaron Sorkin, d’après les mémoires Molly’s Game: From Hollywood’s Elite to Wall Street’s Billionaire Boys Club, My High-Stakes Adventure in the World of Underground Poker de Molly Bloom
Décors : Patricia Larman
Costumes : Susan Lyall
Photographie : Charlotte Bruus Christensen
Montage : David Rosenbloom
Musique : Daniel Pemberton
Production : Mark Gordon et Amy Pascal
Durée : 140 minutes

Casting :
Jessica Chastain : Molly Bloom
Idris Elba : Charlie Jaffey, l’avocat de Molly
Kevin Costner: Larry Bloom, le père de Molly
Chris O’Dowd: Douglas Downey
Brian d’Arcy James : Bad Brad
Michael Cera : joueur X
J. C. MacKenzie : Harrison Wellstone
Bill Camp : Harlan Eustice