Tout le monde l’affirme, le Festival de Cannes 2012 est un grand, un très grand cru. La preuve, Le Passé n’est pas Palme d’Or. Il faudra attendre l’automne pour savoir ce que vaut vraiment ce La Vie d’Adèle que tout le monde porte aux nues (sauf Christine Boutin, mais je ne crois que ça soit un critère vraiment pertinent). En attendant, on a bien la confirmation que Asghar Faradi est bien un très grand cinéaste, après Une Séparation qui avait ému le monde entier et lui avait valu un Ours d’Or et un Oscar du meilleur film étranger.
J’avais « reproché » à Une Séparation une légère longueur. Bon ok, c’est un reproche que je formule pour à peu-près les trois quarts des films. Le Passé fait lui aussi plus de deux heures et je maintiens qu’il aurait encore meilleur avec une bon quart d’heur de moins. Néanmoins, jamais on ne s’ennuie une seule seconde tant le scénario est remarquablement construit. Pourtant il ne paye pas de mine, mais à chaque fois qu’il semble épuisé, qu’on n’imagine pas qu’il puisse encore durer, un rebondissement vient ouvrir un nouveau pan à cette histoire. La construction est magistrale, un modèle du genre.
Le Passé est un donc un film riche. Certes, le thème de la séparation est une nouvelle fois central, mais on y trouve tellement plus… dont il ne faut rien dévoiler pour ne pas gâcher le plaisir. On soulignera tout de même la manière magistrale (oui, je me répète, mais le terme est tellement approprié qu’il serait dommage de s’en priver) dont les personnages prennent eux aussi un peu plus d’épaisseur à chaque minute. Leur équilibre démontre après Une Séparation l’incroyable capacité de Asghar Faradi à délivrer des messages sans prendre parti, sans repeindre ni les gens, ni les évènements en blanc ou en noir. C’est là que ses films prennent toute leur force, toute leur puissance.
La réalisation d’Asghar Faradi reste très sobre. Mais dans Le Passé, je lui ai trouvé plus de brillance que dans Une Séparation. Il arrive à mettre sa caméra au service de ses comédiens de manière…allez n’ayons pas peur des mots… magistrale. Son art du cadrage nous permet de ressentir pleinement toute les émotions véhiculées par des acteurs magistralement dirigés. Si le prix de Bérénice Béjo est méritée, on aurait envie, comme ce fut le cas à Berlin il y a deux ans, de récompenser l’ensemble d’un formidable casting.
Bref, un moment de cinéma…comment dire… magistral !
Autant mettre les choses tout de suite au clair, je n’ai pas fait partie des inconditionnels de Drive. Je lui avais trouvé des qualités artistiques hors du commun, mais ce bel objet n’avait pas vraiment réussi à m’émouvoir assez pour transformer l’admiration infinie en enthousiasme délirant. Je suis donc allé voir Only God Forgives, qui a profondément divisé la critique à Cannes, sans vraiment rien espérer. Heureusement car ce film se révèle être strictement sans intérêt.
Prenons le scénario déjà. Une histoire de vengeance assez classique, vaguement matinée d’exotisme. Pas vraiment de rebondissement, pas de surprise, simplement un léger suspense sur la nature de la conclusion. Mais bon, tout cela n’est ni épais, ni original, ni profond, rendant l’ultra-violence totalement gratuite. Les personnages souffrent terriblement de la direction d’acteur de Nicolas Winding Refn qui a visiblement interdit à ses comédiens d’afficher la moindre expression. Ryan Gosling en est donc réduit à essayer de changer de regard entre deux scènes, vu qu’il ne peut ni sourire, ni même beaucoup parler. Le jeune homme est charismatique, mais le préfère en train de jouer, plutôt qu’en train de poser.
Certes, la grande force de Nicolas Winding Refn reste le travail esthétique. Il est vrai qu’il fait preuve d’une maîtrise impressionnante en la matière. Mais le talent consiste aussi de savoir faire preuve de retenue quand cela est nécessaire. Le travail sur la lumière sur Only God Forgives a certes quelque chose d’impressionnant, mais aussi de terriblement artificiel tant il est poussé à l’extrême. On a parfois l’impression que le réalisateur cherche à aller encore plus loin que dans Drive, mais cela ne le conduit malheureusement qu’à une sortie de route tout en maîtrise, mais bien réelle.
LA NOTE : 7/20
Fiche technique :
Production : Space Rocket Nation, Motel Movies productions, Bold films, Wild Bunch, Gaumont, Wild Side, le Pacte
Il n’y a pas que l’Amour (avec un grand A) dans la vie. Il y a des relations tout aussi profondes, tout aussi fortes, vecteurs d’autant d’émotions, mais dont on ne tire pas très souvent de films. Donc, si vous voulez voir autre chose qu’une énième comédie romantique, allez voir Une Vie Simple, un film venu de Hong-Kong qui nous relate les dernières années de la vie d’une domestique et sa relation avec un homme qu’elle a vu naître et dont elle s’est occupé depuis sa naissance.
Une Vie Simple nous démontre la pauvreté de notre vocabulaire quant il s’agit de parler des sentiments. Ce film nous parle d’amour, d’un amour infini et puissant. Pourtant, ce terme est porteur de tout un tas de choses qui n’ont pas du tout leur place ici. Il n’y pas d’ambiguïté dans les rapports entre les deux personnages, seulement une affection et un respect sans borne, malgré la distance que crée le statut employeur-employé, qui perdure même à la retraite.
Une Vie Simple manque un peu d’attaques de diligence comme on dit dans la famille. Pourtant, on ne s’ennuie jamais, touché par cette belle histoire dont la simplicité est peut-être une caractéristique, mais qui n’enlève rien à sa richesse et à l’émotion qu’elle véhicule. Il s’agit d’une histoire sans but, sans réel message, mais qui se contente d’être belle et émouvante. C’est parfois largement suffisant pour en faire un beau film, surtout quand il est porté par une si remarquable interpréstation.
LA NOTE : 14/20
Fiche technique :
Production : Bona International Film Group, Focus Films, Sil-Metropole organisation
Quand le réalisateur d’un de mes trois films préférés revient sur les écrans, j’ai évidemment particulièrement hâte de le retrouver. Quand en plus, il s’agit du remake d’un de plus grands classiques hollywoodiens (que je n’ai pas vu, j’avoue…) et qu’il propose Leonardo Di Caprio comme vedette principale, la hâte se transforme vite en impatience. C’est donc le cœur fébrile que je me suis rendu voir Gatsby le Magnifique de Baz Luhrman.
Gatsby le Magnifique commence un peu comme Moulin Rouge. Les premières minutes sont frénétiques, portées par une voix-off qui permet d’avancer rapidement dans la description du point de départ. C’est bruyant, agressif, un rien confus. Et puis, la grâce descend sur le film d’un seul coup. Cette fois-ci non pas par l’intermédiaire des jambes de Nicole Kidman, mais par celui du sourire de Leonardo Di Caprio. Le film prend alors une autre dimension, l’histoire prenant un rythme qui nous permet enfin d’y rentrer et de porter un regard posé sur les personnages.
Baz Luhrman est un cinéaste de grand talent, mais les similitudes extrêmement nombreuses dans la réalisation avec Moulin Rouge révèlent plus des tics qu’une maîtrise totale de son sujet. On a un peu l’impression que quelque soit son sujet, il le traitera de la même façon. Insérer une musique extrêmement moderne dans un contexte historique était certes une idée de génie dans le contexte de Moulin Rouge. Ici, elle nous fait simplement dire « tiens, c’est comme dans Moulin Rouge… »
Gatsby le Magnifique est donc un film doté d’une réelle personnalité, celle de son réalisateur. Mais pas vraiment d’une personnalité propre. Du coup, on assiste à un spectacle agréable et plaisant, mais pas à un grand moment de cinéma. Le scénario mélange histoire d’amour et réflexion sur une époque où l’argent semblait pouvoir couler à flot sans jamais s’arrêter. Mais l’une et l’autre ne possèdent pas la profondeur, le petit supplément d’émotion pour nous captiver définitivement, nous emporter totalement. Il n’y a finalement pas cette synergie totale entre l’intrigue et sa mise en image comme pour Moulin Rouge.
Allez, sur un point, Gatsby le Magnifique l’emporte sur Moulin Rouge. Leonardo Di Caprio, c’est quand même autre chose que Ewan McGregor. Mais j’en ai assez de devoir trouver encore et toujours de nouveaux superlatifs pour décrire son talent. C’est un grand, un très grand, tout à fait digne de Robert Redford auquel il succède dans ce rôle. Et ça, c’est un des plus beaux compliments que je lui ai fait !
LA NOTE : 13/20
Fiche technique :
Production : Bazmark Films, Village Roadshow Pictures
Réalisation : Baz Luhrmann
Scénario : Baz Luhrmann, Craig Pearce , d’après le roman de F. Scott Fitzgerald
Montage : Jason Ballantine, Jonathan Redmond, Matt Villa
Trois films, trois scénarios imparfaits. Certes, la perfection n’est de toute façon pas de ce monde et on peut pardonner les invraisemblances du moment qu’elles sont au service de l’histoire. Mais pour le coup, elles auront à chaque fois desservi ces films dans leur globalité. Commençons par l’Hypnotiseur, un film suédois adapté d’un roman à succès. Il y a évidemment une volonté de surfer sur la vague du polar nordique lancée par le succès mondial du Millenium de Stieg Larsson. Mais n’est pas Stieg Larsson qui veut justement.
L’Hypnotiseur est au final un polar solide, mais qui manque un peu trop d’imagination. L’intrigue est classique, les personnages sont classiques, les rebondissements sont classiques et le dénouement est classique. Si on ajoute à ça quelques faiblesses, notamment lors de la dernière scène, on obtient un film qui se laisse regarder mais qui ne marque pas vraiment. De plus, la réalisation tient plus du très bon téléfilm que du chef d’œuvre du 7ème art. On peut vraiment regretter que l’hypnose ne tienne au final qu’une place aussi mince, car elle aurait pu constituer le point d’originalité de cette histoire.
Sous Surveillance était quant à lui très attendu. En effet, le grand, que dis-je l’immense Robert Redford ne nous livre plus son talent qu’avec parcimonie. Le revoici derrière et devant la caméra avec un film assez politique, mettant en scène d’anciens activistes des années 70, accusés de meurtre, qui ont réussi à échapper au FBI pendant plusieurs décennies. Il fait donc écho à une époque où l’action violente chez les jeunes les plus radicaux était beaucoup plus fréquentes. Cela pose la question de la justification des moyens, même quand la fin est un combat aussi honorable que salutaire.
Le problème est que Sous Surveillance n’apporte pas vraiment de réponse. Robert Redford se contente de nous livrer un film de personnages. La réflexion reste à un stade très individuel et n’arrive pas à élargir le propos à toute la société. Le soucis est qu’à côté de ça, l’intrigue est ponctuée d’invraisemblances trop criantes pour ne pas tiquer. Qu’un petit journaliste de province se montre plus efficace en quelques jours que le FBI en quarante ans a du mal à passer. Le personnage incarné par Richard Jenkins manque lui aussi bien trop de crédibilité. On peut passer outre et apprécier la réalisation sobre mais élégante de Robert Redford, mais on a du mal à ne pas considérer qu’il est loin d’avoir exploité pleinement son sujet.
Enfin Trance est le nouveau film de Danny Boyle. Ce film ne constituera définitivement pas un des sommets de sa carrière, comme ont pu l’être Trainspotting ou Slumdog Millionaire. Là aussi le soucis vient du scénario. En effet, devant cette histoire d’amnésie et d’hypnose, le spectateur sait immédiatement qu’une large partie de ce qu’on lui raconte n’est qu’illusion et que les personnages ne sont certainement pas ce qu’ils semblent être. Certes, c’est là que réside tout l’intérêt du scénario me direz-vous, mais comme on sait qu’on commence par nous raconter des craques, on a bien du mal à se passionner d’emblée pour les évènements qui nous sont contés et surtout à se prendre d’affection pour des personnages qui nous cachent manifestement leur vrai visage. Et lorsque la vérité éclate, il est un peu tard pour raccrocher les wagons, on porte définitivement un regard trop extérieur à ce film pour être réellement entraîné par lui. Pourtant, le dénouement est particulièrement réussi et parvient à donner une grande bouffée finale d’intérêt à ce film.
Reste que Danny Boyle reste un des réalisateurs les plus talentueux de sa génération. Trance est une nouvelle fois parfaitement maîtrisé visuellement, avec une réelle originalité et une incontestable créativité. Mais son style ne surprend plus et on exige désormais plus que ça d’un artiste aussi accompli. C’est la rançon des succès passés !
LES NOTES : L’HYPNOTISEUR : 11/20 SOUS SURVEILLANCE : 12/20 TRANCE : 12,5/20
L’HYPNOTISEUR Fiche technique : Production : Sonet Film, Svensk Filmindustri, Filmpool Nord Distribution : UGC distribution Réalisation : Lasse Hallström Scénario : Paolo Vacirca, d’après le roman d’Alexander Ahndoril (Lars Kepler) Montage : Sebastian Amundsen, Thomas Täng Photo : Mattias Montero Décors : Petr Kunc Musique : Oscar Fogerlström Effets spéciaux : Panorama film & teatereffekter Directeur artistique : Lasse Westfelt Durée : 122 mn
Casting : Tobias Zilliacus : Joona Linna Mikael Persbrandt : Erik Maria Bark Lena Olin : Simone Bark Helena af Sandeberg : Daniella Oscar Pettersson : Benjamin Anna Azcarate : Lydia
SOUS-SURVEILLANCE : Fiche technique : Production : Voltage pictures, Wildwood enterprises, Brightlight pictures, Kingsgate Films, TCYK North Distribution : SND Réalisation : Robert Redford Scénario : Lem Dobbs, d’après le livre de Neil Gordon Montage : Mark Day Photo : Adriano Goldman Décors : Laurence Bennett Musique : Cliff Martinez Effets spéciaux : Artifex Studios Directeur artistique : Jeremy Stanbridge Durée : 212 mn
Casting : Robert Redford : Jim Grant, Nick Sloan Shia LaBeouf : Ben hepard Julie Christie : Mimi Lurie Susan Sarandon : Sharon Solarz Nick Nolte : Donal Fitzgerald Chris Cooper : Daniel Sloan Terrence Howard : Agent Cornelius Stanley Tucci : Ray Fuller Richard Jenkins : Jed Lewis Brendran Gleeson : Henry Osborne
TRANCE : Fiche technique : Production : Cloud Eight Films, Film4 Distribution : Pathé Distribution Réalisation : Danny Boyle Scénario : Joe Ahearne, John Hodge Montage : Jon Harris Photo : Anthony Dod Mantle Décors : Mark Tildesley Musique : Rick Smith Directeur artistique : Katrina Dunn, Denis Schnegg, Su Whitaker Durée : 95 mn
Casting : Rosario Dawson : Elisabeth Vincent Cassel : Franck James McAvoy : Simon Danny Saprani : Nate Matt Cross : Dominic Wahab Sheikh : Riz Mark Poltimore : Francis Lemaître
Jeff Nichols avait signé avec Take Shelter un film qui dévoilait un immense talent particulièrement prometteur. Le revoici avec Mud, qui confirme tout le bien que l’on pensait de lui. Une œuvre qui nous plonge au cœur de l’Amérique profonde, qui tient à la fois du roman d’apprentissage, du polar, de l’histoire d’amour, du film de gangsters… Bref une grande richesse mise en image par une caméra d’une finesse étonnante.
Jeff Nichols, c’est un peu Terence Malick qui aurait appris à écrire des scénarios structurés. Les images sont belles, mais les qualités de Mud ne s’arrêtent pas là. L’intrigue est solide, enrichie par moult détails qui créent une ambiance de film noir et poisseux. L’Amérique qu’il décrit fascine autant qu’elle fait peur. Le film n’essaye pas nous la décrire ni comme quelque chose d’uniquement effrayant, ni comme au contraire le lieu d’une authenticité salvatrice. Il nous la montre telle qu’elle est avec ses faces sombre et lumineuse.
Mud est enfin la confirmation que Matthew McConaughey fait partie de ses acteurs qui sont soudainement touchés par la grâce à un moment donné, parfois tardif, de leur carrière. Il éclabousse littéralement le film de sa classe. Mais c’est tout le casting qui est au diapason, avec notamment une Reese Whiterspoon qui semble être passée au stade adulte.
LA NOTE : 14/20
Fiche technique :
Production : Brace cove productions, Filmnation entertainment, everest entertainment
On dit souvent que l’imitation est la plus haute forme d’admiration. On peut donc imaginer que Park Chan-wook est un grand admirateur d’Alfred Hitchcock. En effet, Stoker est un hommage évident au maître du suspense. Mais la grande force de ce film est d’avoir su moderniser sans jamais trahir l’esprit original. Bref un film que n’aurait pas pu réaliser l’auteur de Psychose à son époque, mais qu’il aurait pu tout à fait réaliser aujourd’hui.
Stoker est donc un mélange de vrai suspense et une plongée dans les aspects les plus malsains des pulsions humaines. On est traversé par un certain malaise pendant tout le film, sentant dès les premières secondes que de terribles choses se cachent sous le vernis de cette famille à première vue bien policée. Le scénario a le mérite de ne pas entretenir un faux suspense de ce point de vue là. Par contre, on ne devinera pas facilement où tout cela va nous mener, même si certains rebondissements en chemin sont un peu plus prévisibles.
Park Chan-wook apporte une élégance visuelle tout asiatique, tout en conservant une sobriété que n’aurait pas renier Alfred Hitchcock. Comme lui, il arrive à transformer les lieux, les objets, des gestes a priori anodins en vecteur d’une vraie inquiétude, voire une véritable menace. Bref, un suspense subtil et parfois dérangeant, qui nous change des grosses ficelles habituelles du genre. Ceci est parfaitement incarné dans le jeu de Matthew Goode, aussi séducteur qu’inquiétant. Par contre, Nicole Kidman devrait penser à arrêter de maigrir parce que là pour le coup, ça devient également mais involontairement inquiétant.
LA NOTE : 13/20
Fiche technique :
Production : Fox Searchlight Pictures, Scott Free Productions, Indian Paintbrush
J’ai une relation un peu particulière avec L’Ecume des Jours dans sa version littéraire. En effet, c’est bien le seul roman que je n’ai jamais lu, mais que j’ai l’impression de bien connaître et d’aimer. Ceci grâce à un certain Nuno qui avait fait un exposé à son sujet en 4ème et nous avait parfaitement transmis sa passion pour cette œuvre si atypique. Je ne sais pas pourquoi, je n’ai du coup jamais osé le lire alors qu’il figurait dans la bibliothèque chez moi. Cependant, je n’ai pas raté son adaptation par Michel Gondry sur grand écran.
Il serait sans doute présomptueux de ma part d’affirmer que le film est fidèle au roman. Pourtant, j’ai vraiment eu la sensation d’y retrouver tous les éléments qui m’avaient marqué lors du fameux exposé. Mais c’est peut-être là la grande limite de l’Ecume des Jours. L’écriture de Boris Vian fait appel à l’imagination du lecteur. Au cinéma, c’est évidemment beaucoup plus difficile puisqu’il faut traduire visuellement les éléments mystérieux qui peuplent le roman. Cela perd forcément un peu de son charme et de sa poésie.
L’Ecume des Jours est un film agréable et plaisant. Mais il est parfois un peu chargé, tourne un peu à l’exercice de style. La rêverie vagabonde au fil des pages laisse place à une invention à l’écran toutes les cinq secondes, jusqu’à l’ivresse. On peut dire que c’est enivrant, mais le mot saoulant n’est pas loin non plus. Heureusement, le talent de Michel Gondry est assez manifeste pour nous éviter l’écœurement. On arrive donc tout de même à apprécier cette belle histoire romantique et émouvante.
L’Ecume des Jours fait partie des œuvres à traiter avec un infini respect. Mais adapter n’est pas toujours respecter à la lettre. Le film de Michel Gondry est une nouvelle preuve de la difficulté de l’exercice. Mais on peut cependant penser que peu de réalisateur aurait pu faire mieux que lui.
LA NOTE : 12/20
Fiche technique : Production : Brio Films, StudioCanal, France 2 Cinéma, Herodiade, Scope
Distribution : StudioCanal
Réalisation : Michel Gondry
Scénario : Michel Gondry, Luc Bossi, d’après le roman de Boris Vian
Faire un film centré sur l’Holocauste n’est jamais facile. Alors faire un film centré sur une polémique autour de l’Holocauste semble encore plus compliqué. C’est pourtant le pari réussi de Hannah Arendt, qui nous plonge au cœur de la controverse violente provoquée par les articles écrits par la philosophe à propos du procès d’Adolf Eichman en 1961 et sa théorie sur « la Banalité du Mal ».
Il est conseillé de se renseigner un minimum sur les éléments historiques qui sous-tendent ce film avant d’aller le voir. Personnellement, si je ne connaissais Hannah Arendt que de nom, je connaissais bien les circonstances du procès d’Adolf Eichman pour avoir vu deux documentaires à ce propos (où on avait du parler de la controverse en question, mais cela ne m’avait pas plus marqué que ça). Le propos reste clair, mais il porte tout de même sur un point très précis, il est donc bon d’en savoir un peu plus sur le contexte général.
Hannah Arendt n’est donc pas un biopic, mais un moment bien précis de la vie de la philosophe. Le scénario a donc un début et une fin et arrive à créer une certaine tension narrative. Il ne s’agit pas d’un documentaire, mais d’un récit qui dresse le portrait d’un personnage historique mais à travers ses actions, non de manière purement descriptive. Tous ceux qui s’intéressent aux débats d’idée quels qu’ils soient seront passionnés par ce film qui nous en apprend beaucoup, sans jamais nous ennuyer.
On soulignera la qualité de l’interprétation de Barbara Sukova qui incarne littéralement son personnage. On sait bien que les rôles de personnages célèbres donnent toujours lieu à un déluge de superlatifs (et souvent un Oscar), mais ne sachant pas bien à quoi ressemble l’Hannah Arendt historique, je me suis contenté d’admirer le travail de l’actrice.
La NOTE : 13/20
Fiche technique :
Production : Heimatfilm, Les productions de l’amour fou, MACT Productions, Sophie Dulac Productions, ARD
Je vais une nouvelle fois vous parler de films que je n’avais pas l’intention d’aller voir dans un premier temps avant de me faire influencer par les échos positifs. Et comme souvent, j’en sors plutôt satisfait d’être aussi faible. Tout d’abord, Les Gamins, comédie sympathique avec Max Boubil et Alain Chabat, qui traite de la crise de la cinquantaine quand on a cinquante ans et de la difficulté de s’engager quand on en a 25 de moins.
Le duo fonctionne plutôt bien, les acteurs s’éclatent et ça se voit. Les Gamins provoque à de nombreuses reprises de vrais éclats de rire francs et massifs. Bon, le soucis est qu’entre deux, le film souffre parfois de longs moments de faiblesses. Le propos n’est pas non plus hyper novateur, ni vraiment surprenant, il sert juste de prétexte à de multiples situations plus ou moins attendues. On passe tout de même un bon moment, les zygomatiques détendus, mais le film fera le même effet lors d’un passage à la télévision, un soir de pluie.
Par contre, j’aurais été très malheureux d’avoir raté La Cage Dorée. Certes, si je n’avais pas été le voir, je ne saurais pas ce que j’aurais raté, donc je ne serais pas si malheureux que ça, mais ceci est un autre problème. J’avais plus qu’adoré les Femmes du Sixième Etage, le précédent film de Philippe Le Guay et la bande-annonce m’avait vraiment donné l’impression d’une sorte de remake, histoire de surfer sur son succès précédent. Il n’en est rien, les deux films sont assez différents, tout en partageant bien des qualités.
Bien sûr, la Cage Doré nous parle encore de la manière dont sont traités les employés issus de l’immigration du sud de l’Europe, ici les concierges et maçons portugais. Une nouvelle comédie sociale et humaniste, mais qui fonctionne une nouvelle fois à merveille. Il y a quelque chose d’incroyablement enthousiasmant et euphorisant dans le cinéma de Philippe le Guay. Le film s’est conclu sous les applaudissements de la salle et beaucoup sont restés pour suivre le générique, qui ne propose pourtant que quelques images des personnages, jusqu’au bout. On sort de ce film le cœur léger et plein d’optimisme.
La grande différence avec Les Femmes Sixième Etage repose peut-être sur l’absence d’un Fabrice Lucchini. Il lui manque du coup peut-être la présence d’un pur génie à l’écran. Mais d’un autre côté, l’attention ne se focalise plus autour d’un seul acteur emblématique et nous permet d’apprécier pleinement l’ensemble du casting et cette galerie de personnages remarquable. Cela constitue incontestablement la grande force de la Cage Dorée.
Avec la Cage Dorée, Philippe le Guay arrive une nouvelle fois à nous divertir et même rire aux éclats parfois, tout en nous livrant un message humaniste dont la profondeur n’a rien à envier avec celle d’œuvres se prenant bien plus au sérieux.
LES NOTES
Les Gamins : 11,5/20
La Cage Dorée : 15/20
LES GAMINS
Fiche technique :
Réalisation : Anthony Marciano
Scénario : Max Boublil et Anthony Marciano
Décors : Marie Cheminal
Photographie : Jean-Paul Agostini
Son : Frédéric De Ravignan, Stéphane Brunclair, Cyril Holtz
Production : Simon Istolainen et Alain Goldman
Directeur de production : Nicolas Royer
Casting :
Alain Chabat : Gilbert
Max Boublil : Thomas
Sandrine Kiberlain : Suzanne
Mélanie Bernier : Lola
Alban Lenoir : Romain
Elisa Sednaoui : Irène
Arié Elmaleh : Carl
François Dunoyer : Claude
Nicolas Briançon : Bruno
Kheiron : Reza Sadeki
Mélusine Mayance : Mimi Zozo
LA CAGE DOREE
Fiche technique :
Réalisation : Ruben Alves
Scénario : Ruben Alves, Jean-André Yerles et Hugo Gélin
Producteur : Laetitia Galitzine et Hugo Gélin
Musique : Rémi Barbot, Raphael Hamburger, Rodrigo Leão
Directeur de la photographie : André Szankowski
Montage : Nassim Gordji Tehrani
Distribution : Pathé
Décors : Jimena Esteve
Création des costumes :
Format : Couleur 35mm
Pays : France et Portugal
Durée : 90 minutes
Casting :
Rita Blanco : Maria Ribeiro, concierge
Joaquim de Almeida : José Ribeiro, le mari de Maria, chef de chantier
Roland Giraud : Francis Caillaux, le patron de José
Chantal Lauby : Solange Caillaux, la femme de Francis
Barbara Cabrita : Paula Ribeiro, la fille de Maria et de José
Lannick Gautry : Charles Caillaux, le fils de Francis et de Solange
Nicole Croisille : Mme Reichert
Maria Vieira : Rosa, la domestique des Caillaux et amie de Maria
Jacqueline Corado : Lourdes, la sœur de Maria
Jean-Pierre Martins : Carlos, le mari de Lourdes
Alex Alves Pereira : Pedro Ribeiro, le fils de Maria et de José
Alice Isaaz : Cassiopée, l’ado dont Pedro est amoureux
Commentaires récents