Le désir de vengeance sert de moteur à une multitude de scénarios chaque année. Cela semble même constituer le refuge de tous les auteurs en mal d’inspiration, car il n’y a pas besoin d’être vraiment imaginatif pour pondre un telle histoire, tant les codes sont archi connus et usés. On pourrait penser que Derek Kolstad n’avait pas beaucoup d’idées pour écrire le scénario de John Wick, assez minimaliste… mais pas tant que ça.
C’est le fil rouge de John Wick qui est vraiment… comment dire… épuré. Il s’agit d’une histoire de vengeance pure et simple, relativement linéaire, sans vraiment d’à côté, ni d’intrigues secondaires. Le film aurait pu donc vite devenir extrêmement bourrin. Certes, il ne brille au final pas non plus par sa subtilité, mais on notera tout de même un effort pour à la fois développer une vraie personnalité aux personnages, en particulier le premier d’entre eux, et surtout de créer une ambiance et un univers beaucoup plus originaux que l’histoire qui s’y déroule. Ca n’atteint pas des sommets, mais au moins, cela sauve le film.
John Wick a pour principal intérêt ses très belles scènes de combat. On est à l’exact opposé de ce que nous proposait il n’y a pas longtemps The Raid. Pas de chorégraphie frénétique, mais au contraire une impression de mécanique de précision où chaque mouvement lent et contrôlé est là pour faire mouche. Cela fait plaisir de voir un film un peu à contre-courant du toujours plus qui devra bien s’arrêter un jour s’il ne veut pas sombrer définitivement dans le ridicule. Surtout que le choix fait ici n’enlève rien au caractère particulièrement spectaculaire et un rien terrifiant de ces scènes. Simplement, elles se répètent un certain nombre de fois pendant le film et l’intérêt qu’on leur porte a quand même tendance à décroître.
John Wick signe aussi le retour dans un premier rôle de Keanu Reeves, qui semble ne s’être jamais tout à fait remis d’avoir été Néo dans Matrix. Bon, encore une fois, il compense par un certain charisme son manque évident de talent de comédien. Certes, il doit ici interprété un personnage assez taiseux et inexpressif, mais son interprétation constitue une des limites de ce film… de toute façon quelque peu limité.
LA NOTE : 10,5/20
Fiche technique :
Réalisation :David Leitch et Chad Stahelski
Scénario : Derek Kolstad
Décors : Susan Bode
Costumes : Luca Mosca
Cinématographie : Jonathan Sela
Montage : Elísabet Ronaldsdóttir
Musique : Tyler Bates, Joel J. Richard. Bande Originale par « Le Castle Vania », Scott Tixier, « M86 & Susie Q » et « the Candy Shop Boys »
Production : Basil Iwanyk, David Leitch, Eva Longoria, Chad Stahelski et Mike Witherill
Si on avait encore besoin d’une preuve que, quoiqu’on en dise, il y a quand même des putains de films au Festival de Cannes, voici Léviathan, qui y a reçu le Prix du Scénario cette année. Une récompense amplement méritée que j’approuve totalement. Certes, je serai un poil (mais juste un poil) moins enthousiaste que mes collègues à son sujet, mais il n’en reste pas moins que nous sommes là devant un très bon film.
Comment parler d’un grand scénario sans rien en dévoiler? Car raconter quoique ce soit s’apparenterait évidemment à un crime contre le cinéma. Celui de Léviathan conjugue un fil narratif vraiment prenant et dont on ignore à chaque instant la direction qu’il va prendre l’instant suivant, avec une dénonciation très forte du système et de la corruption qui règnent en Russie. Ces deux aspects sont traités avec un immense talent, une grande intelligence et un vrai sens de l’écriture. Le point de départ s’apparente à un David contre Goliath assez classique, celui d’arrivée… En tout cas, le résultat est réellement remarquable et totalement convaincant.
Je mettrais simplement un bémol très personnel. Le film est peut-être un peu trop long. Certes, il correspond au format de beaucoup de films russes, mais Andrei Zvyagintsev étire un peu l’action à chaque scène, donnant à son film un ton assez contemplatif. Or le sujet aurait peut-être appelé un rythme plus soutenu pour frapper encore plus le spectateur. Personnellement, je ne me suis jamais ennuyé une seule seconde, mais j’ai parfois craint que ça finisse par arriver. Cela m’a empêché de basculer totalement dans l’enthousiasme, même si, objectivement, nous sommes là devant un des meilleurs films de l’année.
Mais pourquoi donc le cinéma s’évertue-t-il à confier à Liam Neeson des rôles de mentor ? Certes, la réponse est parce qu’il le fait très bien et, il est vrai, qu’il a la tête à ça. Mais de là à se forcer à ajouter ce aspect-là de manière finalement un peu inutile à son personnage… C’est pourtant bien le cas dans Balade Entre les Tombes, un polar noir assez classique, assez bien foutu, mais sans grande surprise.
Balade Entre les Tombes nous rejoue une énième fois l’histoire de l’ancien flic poursuivi par son passé qui va devoir jouer les justiciers une dernière fois un peu contre son gré. Voilà rien de nouveau sous le soleil, sauf peut-être que, cette fois, l’ex-flic en question n’est pas alcoolique, mais ancien alcoolique. D’ailleurs, le film ne nous épargne pas les discours un rien lourdingue sur la rédemption tout ça, tout ça… Le manque d’originalité du personnage principal constitue d’ailleurs la principale limite de ce film. Et ce n’est pas en lui collant dans les pattes un jeune SDF pour nous refaire le coup du vieux loup solitaire qui s’attache à un gamin en détresse qui vient changer la donne.
Reste la traque de deux serial killers assez flippants. Ces deux-là sont par contre particulièrement réussis et donnent un peu de relief à Balade Entre les Tombes. L’enquête proprement dite est plutôt bien construite, de manière assez linéaire, mais avec le maintien d’une tension et d’un suspense constants. L’ambiance est celle d’un vrai film noir, avec certes les clichés du genre, mais aussi du plaisir pour tous les amateurs du genre. Le tout se termine par une dernière séquence là aussi classique mais qui conclue parfaitement le film.
LA NOTE : 11,5/20
Fiche technique :
Réalisation : Scott Frank
Scénario : Scott Frank d’après La Balade entre les tombes de Lawrence Block
Décors : David Brisbin
Direction artistique : Jonathan Arkin
Costumes : Betsy Heimann
Montage : Jill Savitt
Musique : Carlos Rafael Rivera
Photographie : Mihai Malaimare Jr.
Son : Branden Spencer et Wylie Stateman
Production : Danny DeVito, Brian Oliver, Michael Shamberg et Stacey Sher
Je suis un club invaincu après dix matchs de championnat et trois en Ligue des Champions (dont deux à l’extérieur), j’ai battu le FC Barcelone au bout d’un match sublime, j’ai écrasé 5-0 et 3-0 deux de mes principaux rivaux pour le titre… et pourtant tout le monde juge mon début de saison moyen, voire même carrément décevant. Dis comme ça, cela semble totalement délirant. C’est surtout particulièrement révélateur de l’exigence à laquelle est soumis désormais le Paris Saint-Germain.
Il est incontestable que le début de saison du club parisien est moins convaincant que l’année dernière. Mais il suffit de se rappeler des commentaires souvent peu enthousiastes à propos de la saison dernière, combien même l’équipe entraînée par Laurent Blanc est celle qui aura marqué le plus de points de l’histoire du championnat de France. Mais plus rien ne sera pardonné au PSG, la moindre faiblesse sera montée en épingle, la plus petite baisse de régime sera commentée encore et encore avec des mots aussi ridicules que crise ou fin de règne.
Il est vrai que la multitude de matchs nuls obtenus malgré une ouverture du score est le signe d’un maîtrise inférieure à la saison dernière. La comparaison avec un OM qui marche sur l’eau d’une manière qui ne pourra pas durer éternellement renforce cette impression d’un début de saison poussif. Cependant, combien parmi les plus grands clubs d’Europe sont encore invaincus dans leur championnat et en tête de leur poule en Ligue des Champions ? Ils ne sont que quatre, le Bayern Munich, Chelsea, Porto… et le PSG donc. On a déjà vu plus mauvais compagnie si on veut vraiment jouer au jeu des comparaisons.
Le PSG vient d’enchaîner deux victoires en championnat pour la première fois de la saison en l’emportant hier sur Bordeaux. Attendre dix journées pour cela peut certes constituer une déception en soi. Mais une déception qui constitue un rêve inaccessible pour la plupart des clubs. Les journaux et les cafés du commerce pourront bien continuer à discourir encore et encore et faire la fine bouche, l’armoire à trophées du PSG n’est pas prête d’arrêter de se remplir.
Après Mommy, cet automne cinématographique nous offre un deuxième grand moment avec Gone Girl, dernier film de David Fincher. Il n’y pas grand chose de comparable entre ces deux films, si ce n’est le génie de leur réalisateur, la force de leur scénario et le talent de leurs interprètes. Une belle preuve de la diversité du 7ème art pour le plus grand bonheur des cinéphiles. Et un bon moyen d’oublier le ciel gris qui s’installe.
Gone Girl, c’est d’abord un scénario. Et pas n’importe quel scénario ! Un des meilleurs jamais écrits ! Certains trouveront que je m’emballe un peu, après je ne sais pas très bien ce qu’il faut entendre par là. Dans le top 10, 100, 1000 ? Mais en tout cas un putain de scénario ! Et j’en profite pour féliciter chaudement l’auteur de la bande-annonce qui vous fait envie sans ne rien dévoiler du tout de la vraie nature de cette histoire qui compte un des rebondissements les phénoménaux jamais proposés. C’est surtout la manière dont cela est amené qui rend ce film réellement phénoménal. Un 180° qu’on ne voit pas venir et qui vous prend au dépourvu tant il intervient sans même que l’on s’en rende compte. C’est terriblement tentant d’en dire plus pour en parler, mais ça serait un crime vis-à-vis de tous ceux qui lisent ces lignes et qui n’ont pas encore vu ce petit bijou d’écriture.
Ben Affleck a longtemps été considéré avec un certain mépris. Il faut dire que son début de carrière compte quelques navets, ceux qui ont vu Dardevil s’en désole encore. Pour beaucoup il devait sa gloire médiatique à ses aventures amoureuses, dont son mariage avec Jennifer Lopez. Mais depuis, il a quand même gagné un Oscar en passant derrière la caméra, ce qui force quand même un minimum le respect. Avec Gone Girl, il prouve que diriger par un aussi grand réalisateur que David Fincher, il peut être aussi un formidable comédien. Un mot sur Rosamund Pike qui livre également une prestation remarquable.
Il manque cependant un petit quelque chose à Gone Girl pour devenir un pur chef d’œuvre. Ce petit quelque chose est l’émotion. Ce scénario constitue une mécanique si parfaite qu’il oublie peut-être de faire naître chez le spectateur un sentiment plus personnel que la pure admiration, aussi forte soit-elle. David Fincher joue avec le public, notamment en imposant un rythme assez lent à cette histoire qui nous fascine et qu’on voudrait voir s’accélérer, comme pour nous garder sous son contrôle, avec une petite dose de sadisme. Mais du coup, on oublie de vraiment créer un lien fort avec ses personnages qui n’apparaissent que comme des rouages parmi d’autres de cette merveilleuse mécanique. Je chipote peut-être un peu, mais le génie n’est pas toujours synonyme de perfection.
LA NOTE : 15,5
Fiche technique :
Production : Pacific Standard, New Regency Pictures
Distribution : 20th Century Fox France
Réalisation : David Fincher
Scénario : Gillian Flynn, d’après son roman Les apparences
Dans la série des madeleines de Proust adaptées au cinéma, voici Ninja Turtles ! Et c’est une madeleine qui a plutôt bon goût car le résultat n’est pas mauvais du tout. Avec moult limites certes, mais assez d’application pour que cela ne s’apparente pas à un détroussement éhonté d’adulescents un rien attardés. Un film d’aventures pas génial, mais plutôt agréable.
Ninja Turtles souffre du défaut de beaucoup de premier épisode de ce genre de saga (parce que ne doutons pas qu’il y aura plusieurs suites). En effet, une bonne moitié du film est consacrée à l’introduction des personnages et aux explications censées rendre crédibles l’existence de quatre tortues de deux mètres, spécialistes des arts martiaux. Evidemment, il vaut mieux que l’effet madeleine joue à plein et qu’on soit capable de retrouver un minimum de naïveté enfantine si on ne veut pas trouver ça un rien risible, voire passablement ridicule.
Heureusement, tout le monde pourra se réconcilier lors d’une dernière demi-heure entièrement consacrée à l’action. Ce n’est pas ce qui se fait de plus extraordinaire en la matière, mais c’est assez bien foutu pour que l’on puisse apprécier le spectacle. Surtout que Ninja Turtles est plutôt réussi graphiquement quand les premiers éléments visuels dévoilés pour nous mettre l’eau à la bouche faisait plutôt craindre le pire. Enfin, il reste le plaisir des yeux avec Megan Fox… Bon des yeux uniquement car ce n’est définitivement pas la plus grande comédienne que la Terre n’ai jamais porté.
Ninja Turtles est donc un film cinématographiquement moyen, mais qui a le mérite de ne pas trop se prendre au sérieux, avec un peu d’humour potache qui collera très bien avec celui du public qui se rappelle avec nostalgie du dessin-animé de son enfance ou des heures passées sur un des jeux vidéos les plus mythiques de l’histoire de Nintendo.
LA NOTE : 10,5/20
Fiche technique :
Réalisation : Jonathan Liebesman
Scénario : Josh Appelbaum, André Nemec et Evan Daugherty, d’après les personnages créés par Kevin Eastman et Peter Laird
Direction artistique : Scott P. Murphy
Décors : Neil Spisak
Costumes : Sarah Edwards
Photographie : Lula Carvalho
Montage : Joel Negron et Glen Scantlebury
Musique : Brian Tyler
Production : Michael Bay, Andrew Form, Bradley Fuller, Scott Mednick et Galen Walker
Durée : 101 minutes
Casting :
Megan Fox : April O’Neil
Pete Ploszek (capture de mouvement) et Johnny Knoxville (voix) : Leonardo
Alan Ritchson : Raphael
Noel Fisher : Michelangelo
Jeremy Howard : Donatello
William Fichtner : Eric Sachs
Tohoru Masamune : Shredder
Danny Woodburn (capture de mouvement) et Tony Shalhoub (voix) : Maître Splinter
Le jury du dernier festival de Cannes s’est clairement trompé de Palme d’Or. Je n’ai rien contre Winter Sleep, mais contrairement à ses deux prédécesseurs, il ne figurera pas au sommet de mon palmarès de l’année. Oui, j’aime faire comme si j’étais devenu une vraie référence dans le monde de la critique cinématographique. Par contre, il n’est pas dit que Mommy ne remporte pas cette distinction prestigieuse. Ok, peut-être un peu moins prestigieuse que le Grand Prix du Jury qui lui a été décerné cette année, ce qui prouve tout de même que, quoi qu’on en dise, y a quand même des putains de films chaque année sur la Croisette.
Pourtant, j’ai quasiment détesté Mommy pendant près d’une bonne heure. Enfin disons que j’avais envie que le film s’arrête, tant les personnages me mettaient mal à l’aise. Mais c’était la preuve que quelque chose de fort se passait, que ce film me prenait aux tripes dès les premières secondes. Peu à peu, on apprend à les aimer malgré tout. Et le tout en question est très loin d’être négligeable. Le malaise laisse place à l’émotion, en gardant la même force jusqu’à un final qui vous laissera quelque peu sonné. On ne ressort pas d’un tel film indemne, même si c’est qu’une fiction. Mais il faudra de longue minute pour ressortir d’une œuvre qui vous pénètre si profondément sous la peau et revenir à la réalité.
Mommy se distingue aussi par sa forme, avec ce cadrage resserré qui rend l’image carré pendant 95% du temps (je vous laisse découvrir ce qui se passe les 5% restants). Très honnêtement au final, ça n’apporte pas grand chose. Certes, on en comprend le sens quand on voit le film, mais cela reste quand même assez anecdotique. De toute façon, on est tellement pris par l’histoire que l’on ne remarque guère cet artifice qui part néanmoins d’une intention artistique originale. Mais le génie de Xavier Dolan est ailleurs.
Mommy restera dans les mémoires pour les trois performances d’acteurs. La langue française compte moult superlatifs mais aucun ne peut vraiment rendre compte de ce que nous offrent Anne Dorval, Suzanne Clément et surtout Antoine Olivier Pilon. Il s’agit bien d’un offrande à tous ceux qui aiment les grands comédiens et les interprétations à couper le souffle. Un cadeau magnifique pour tous ceux qui aiment le cinéma tout simplement. Il est évident qu’ils ne ressemblent pas à ça dans la vie (et heureusement pour eux!) et se métamorphoser en ces personnages hors du commun demande un travail et un talent fabuleux, surtout pour un résultat aussi convaincant.
Bref, un grand film, un vrai.
LA NOTE : 16,5/20
Fiche technique :
Production : Les films Séville, Metafilms, Sons of manual
Elle l’Adore est un beau succès à la fois commercial et critique. Le risque avec un film qui provoque un tel enthousiasme est d’être bêtement déçu non parce que le film est mauvais, mais parce qu’il n’est pas aussi bien qu’espéré. Heureusement, un couple d’amis m’avait rendu nettement plus suspicieux. Du coup, j’ai vu ce film pour ce qu’il est, avec ses qualités bien réelles, mais aussi ses faiblesses.
La plus grande force de Elle l’Adore est son scénario. Une histoire qui semble à première vue hyper classique, mais qui ne cessera de nous surprendre. Bien malin qui peut savoir comment tout cela finira jusqu’à quelques minutes de dénouement. Les personnages, particulièrement réussis, vont évoluer eux aussi dans des directions parfois inattendues, tout en prenant de l’épaisseur à chaque rebondissement. Bref, une histoire qui cache bien sa complexité et nous la dévoile peu à peu avec beaucoup d’intelligence.
La plus grande faiblesse de Elle l’Adore est son scénario. Ou plutôt la manière dont il est porté à l’écran. En effet, le film souffre d’un déséquilibre dans le rythme. En effet, il ne prend vraiment tout son intérêt que dans le dernier tiers. Avant cela, on s’ennuie parfois un peu car les évolutions se font de manière un peu trop progressive et lente pour vraiment créer une tension. Du coup, l’accélération des événements sur la fin crée une certaine frustration car les élément les plus intéressants sont traités un peu trop rapidement. Bref, on n’est pas passé très loin du très bon film. Mais un bon film, ce n’est déjà pas si mal.
LA NOTE : 12/20
Fiche technique :
Production : Les productions du Trésor, CHI-FOU-MI productions, StudioCanal, TF1 Films productions, Egérie Productions
Après le biopic américain et musical avec Get On up, voici le biopic français et vestimentaire avec Saint-Laurent. Un biopic qui a quand même la particularité d’être le second sur le même personnage en moins d’un an. Après le double remake de la Guerre des Boutons, voici une nouvelle coïncidence cinématographique hexagonale quelque peu curieuse. Logiquement, je devrais m’adonner au petit jeu des comparaisons. Mais comme je n’ai pas vu le film de Jalil Lespert, je vais me contenter de vous parler de celui de Bertrand Bonello, sobrement intitulé Saint Laurent.
En fait, je pourrais résumer ma critique en une seule sentence. Je me suis fais chier… Que voulez-vous, j’aurais aimé être comme tous mes « collègues » critiques et trouver ce film génial, mais je ne peux qu’admettre que j’ai surtout trouvé ces 2h30 absolument interminables. Je ne suis jamais rentré dans cette œuvre à la forme quelque peu inattendue, mais qui manque beaucoup trop de fond. Au final, Saint Laurent ne raconte rien, il essaye juste de nous montrer visuellement les turpitudes d’un homme et son génie. La démarche n’a rien de condamnable en elle-même, si ce n’est qu’elle est terriblement mal maîtrisée par Bertrand Bonello.
Saint Laurent alterne des séquences interminables et souvent répétitives, avec des scènes étonnamment courtes. Le spectateur est livré à lui-même pour essayer de comprendre les raisons profondes de tout ce à quoi il assiste. Mais le film se veut une expérience avant tout sensuelle, non une biographie explicative. Sauf que personnellement, je n’ai rien ressenti face à cette univers quelque peu psychédélique et décadent que Bonello met en scène avec une infinie lourdeur et une insistance suspecte. Les génie de Yves Saint Laurent reposait notamment sur une capacité à s’affranchir des conventions. Les allers et retours entre les époques et la confusion qui en découle cherchait sûrement à suivre le même chemin. Mais n’est pas un génie qui veut. Enfin, avouons quand même que Gaspard Ulliel est quand même assez génial dans ce film. Tout n’est donc pas perdu…
LA NOTE : 8/20
Fiche technique :
Production : Mandarin Cinéma, Europacorp, Orange studio, Arte France Cinéma, Scope Pictures
John Le Carré fait partie des plus grande star de la littérature contemporaine, à l’instar de Stephen King ou Dan Brown. Et comme pour ces derniers, beaucoup de ses œuvres ont eu l’honneur d’une adaptation cinématographique. Le style de l’auteur de l’Espion qui Venait du Froid, touffu et mettant en scène le plus souvent un multitude de personnages, aboutit à des longs métrages eux aussi particulièrement denses, qu’il faut suivre avec un bon degré de concentration. Mais le résultat est parfois remarquable, comme pour la Taupe, un des meilleurs films de 2013. Un Homme Très Recherché est nettement moins inoubliable, mais nous propose un film solide et typique de l’univers de cet auteur.
Un Homme Très Recherché est autant un film d’espionnage qu’un film d’espions. En effet, si la narration s’appuie sur un fil rouge consistant en la traque de terroristes, ce dernier ne constitue qu’un arrière-plan. Le sujet principal de ce film sont ses personnages, leurs motivations et leurs états d’âme. N’attendez donc pas de scène d’action à la James Bond, le propos est beaucoup plus psychologique, même s’il est parcouru d’une vraie tension avec une dénouement très réussi et quelque peu renversant.
Un Homme Très Recherché est l’occasion de rendre un hommage à Philipp Seymour Hoffman décédé depuis, au plus grand désespoir des cinéphiles. Il porte un grande partie du film sur ses épaules, heureusement assez larges pour supporter une tel poids. Cependant, le film reste plus intéressant que passionnant. Aucun élément n’est décevant à proprement parler mais il manque tout de même une petite étincelle pour que le résultat final soit un peu plus que la somme de ses parties. Toutefois, les fans du genre en auront pour leur argent et les autres passeront tout de même un moment loin d’être désagréable.
LA NOTE : 12,5/20
Fiche technique :
Production : The Ink Factory, Potboiler productions, Amusement Park Films, Demarest Films, Film4, Senator Film
Distribution : Mars distribution
Réalisation : Anton Corbijn
Scénario : Andrew Bovell, d’après le roman de John Le Carré
Commentaires récents