L’EURO ET LA GRECE SAUVES… ET DEMAIN ?

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eurosauveIl paraît que la Grèce et l’Euro sont sauvés par des mesures exceptionnelles et uniques. Une faveur historique puisque, promis, juré, craché, on ne renouvellera pas de telles mesures pour le Portugal, l’Espagne ou l’Irlande qui n’en auront pas besoin de toute façon. Enfin, il y a encore quelques jours, on nous racontait que la Grèce pouvait s’en sortir sans certaines des décisions qui ont été prises la semaine dernière.

Mais de quoi au juste a-t-on sauvé la Grèce ? D’une incapacité à faire face à leurs échéances de remboursement. C’est simple, clair et limpide. Mais ce qui est beaucoup plus étonnant c’est que pour leur permettre d’honorer ses engagements, on leur a… prêté de l’argent ! Cela n’est pas étonnant, cela s’appelle une restructuration de la dette, cela se pratique couramment pour les particuliers surendettés. Quoi de plus normal alors !

On a donc substitué des emprunts à 10% par des emprunts à 3,5% (bon, je simplifie un peu). Mais on peut aller se poser une légitime question : comment peut-on prêter de l’argent à 10% ? On n’est pas si loin des taux usuraires, se situant autour de 20%. Le taux de rémunération d’un emprunt se justifie par le risque pris par le prêteur de ne pas être remboursé. Le problème c’est qu’un taux aussi élevé augmente par lui-même le risque de voir l’emprunteur incapable de faire face aux échéances. De plus, cela rend inenvisageable un prêt sur le long terme et cela fait rentrer l’emprunteur dans un cercle vicieux dont il est quasi impossible de se sortir.

La crise de la dette grecque montre bien à quel point l’autorégulation des marchés financiers est une idée qui n’a aucun fondement. Alors bien sûr, les plus acharnés vous raconteront que si on en est arrivé là, c’est que le gouvernement grecque a menti sur la réalité de sa situation. S’il avait été honnête, les taux qu’on lui proposaient auraient été beaucoup plus élevés bien plus tôt et il n’aurait pu abuser de cette façon d’une capacité d’emprunt qui n’existait pas. Mais un système qui ne fonctionne que si tous les acteurs sont parfaitement honnêtes ne peut tout simplement pas fonctionner.

Pourtant, il existe un outil censé donner aux créanciers l’information sur le risque encouru : les agences de notation. Sauf qu’elles ont prouvé depuis longtemps que leurs avis sont aussi fiables que les prévisions météorologiques. Et là encore, on retombe dans les mêmes travers : un emprunteur mal noté ne se verra proposer que des taux très élevés, multipliant ainsi le risque de ne pouvoir le rembourser. On retrouve donc la notion de prophétie auto-réalisatrice qui explique bulles et crises des marchés financiers. Penser que l’on puisse appuyer tout le système financier mondial sur des piliers aussi fragiles est tout simplement irresponsable.

Reste une question : pourquoi aider la Grèce ? Après tout, c’est de leur faute s’ils en sont là. Ils ont abusé des facilités que leur offrait l’Euro et nuisent aux autres membres sans qu’ils y soient pour rien. Enfin pour rien, ce n’est pas si sûr. Personne n’a forcé la Grèce à emprunter autant, mais ni la France, ni encore moins l’Allemagne n’ont craché sur les intérêts touchés par leurs banques et sur les exportations qui ont pris la direction d’Athènes grâce à l’argent emprunté.

Il n’y a pas de formule magique. On peut philosopher sans fin sur la crise grecque, sur les responsabilités des uns et des autres, sur qui doit payer. Mais l’urgence est surtout de faire le nécessaire pour s’en sortir et surtout de rendre impossible le renouvellement d’un tel scénario. Et pour cela, c’est une Europe politique et un vraie gouvernance économique qu’il faut construire. Mais les choses avancent doucement, très doucement, trop doucement.

POLEMIQUE A LA CON

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evajolyNous ne pouvons saluer bien bas la faculté de nos hommes politiques à se mobiliser pour les problèmes de fond, à monter au créneau massivement pour changer radicalement le monde, à être prêt à se battre pour ce qui compte vraiment… Nous ne pouvons aussi que nous réjouir de la capacité des médias à relayer les débats le plus primordiaux qui animent notre pays, à faire leurs unes des questions de société qui impacteront la vie de chacun d’entre nous et celle de nos enfants… Car après le maintien des départements sur les plaques minéralogiques, après la défense des délinquants routiers injustement harcelés par la force publique, nous avons pu assister à la bataille d’idées acharnée sur un sujet aussi fondamental que… le défilé du 14 juillet !

La déclaration d’Eva Joly, alors que 7 militaires viennent de trouver la mort en Afghanistan, n’était pas du meilleur goût, vues les circonstances. Sans être foncièrement en désaccord avec elle, elle a perdu une bonne occasion de se taire. Encore une fois le sujet n’a rien de crucial et ces propos sonnent au final comme une bien inutile provocation. Les hommes politiques sont certes censés avoir un avis sur tout, mais je ne crois qu’ils aient raison de toujours le donner.

Cependant, dans l’absolu, les propos d’Eva Joly ne reflètent qu’une opinion, qu’elle a tout à fait le droit d’avoir. Personnellement, si je ne suis pas en désaccord flagrant avec elle, c’est tout simplement parce que je porte autant d’intérêt au défilé du 14 juillet qu’à ma première paire de chaussettes. Mais si certains y attache de l’importance, tant mieux pour eux, je ne vois pas pourquoi je les empêcherai de profiter du spectacle.

Le moins que l’on puisse dire, c’est que la petite tempête médiatique qui a suivi a touché le fond du ridicule. Cela ressemblait au lamentable spectacle donné par la classe politique après la main de Thierry Henry. Franchement, en pleine crise de l’euro, nos actuels ou futurs dirigeants ont sûrement bien des sujets bien plus cruciaux sur lesquels débattre et exprimer leur opinion. Les discours pompeux et ridicules sur la force symbolique et patriotique de ce qui constitue simplement l’attraction télévisuelle du 14 juillet au matin, juste avant de passer à l’apéro et au barbecue, ont prouvé, s’il en était besoin, que bien des humains ne perdent jamais une occasion de se prendre bien futilement très au sérieux.

Restent enfin les piques adressées à Eva Joly qui sous-entendaient qu’elle n’était pas tout à fait française… C’est tellement abject et bas que cela n’aurait même pas du avoir l’honneur d’être rapporté dans les journaux. Mais que cela sorte de la bouche du Premier Ministre, en déplacement à l’étranger qui plus est, montre bien que notre gouvernement n’est plus à un déshonneur près. Leur course après les électeurs du Front National est en train de devenir une seconde nature très inquiétante. Ce n’est pas nouveau, mais ce n’est pas une raison pour s’y habituer.

En tout cas entre connerie maladroite et connerie immonde, je sais pour laquelle j’ai le plus d’indulgence.

TRANSFORMERS 3 – LA FACE CACHEE DE LA LUNE : La face cachée du navet

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transformers3afficheLa première question est « pourquoi ? ». Pourquoi être allé voir Transformers 3, quand le deuxième volet fut une longue agonie de médiocrité cinématographique ? Quand tout dans la bande-annonce sonne comme une assurance d’assister à un gros navet. Quand la plupart des critiques vous confortent dans votre idée… Peut-être suis-je au fond quelque peu masochiste. Ou peut-être suis-je un incorrigible optimiste et j’espérais y trouver la même étincelle de second degré jouissif que possédait le premier volet. Que d’interrogations existentielles autour d’un tel film…

On nous a menti. La course entre Américains et Soviétiques pour la conquête spatiale cachait en fait un but secret. A la fin des années 50, les traces d’un crash d’un vaisseau spatial sur la face cachée de la Lune avaient été détectées et il fallait à tout prix être la première nation a pouvoir visiter l’épave. Il s’avère que cette dernière était un vaisseau Autobot, ayant fuit les dernières heures de la guerre avec à son bord une technologie qui aurait pu bouleverser le cours des évènements… et que les Decepticons rêvent de récupérer.

En fait, j’ignore pourquoi j’ai consacré autant de ligne au synopsis. Car la qualité et la complexité de l’intrigue n’est pas vraiment le qualité la plus marquante de Transformers 3… Autant dire que je me permets là un doux euphémisme… L’histoire n’est qu’un vague prétexte à un enchaînement de scènes d’action plus ou moins variées. Enfin, je dois reconnaître en tout honnêteté que le seul rebondissement du film m’a complètement surpris. Comme quoi, peut-être qu’ils auraient du persévérer dans cette voie.

Tout spectateur qui achète sa place pour Transformers 3 s’y résout pour voir de gros robots se taper dessus. Du coup, on se demande bien pourquoi les scénaristes se sont acharnés à nous ressortir encore le personnage de Sam Witwicki, toujours interprété par le non-charismatique Shia LaBeouf… Bon peut-être parce que c’est le héros de cette saga, mais franchement, on est venu là pour Optimus Prime et pour assouvir le désir de se débarrasser définitivement de la frustration de ne pas l’avoir eu en jouet quand on était petit !!! Alors, éventuellement, on peut apprécier le fait d’admirer la plastique de sa nouvelle copine sous à peu près tous les angles, mais franchement une Rosie Huntigton-Whiteley ne vaut pas le quart d’une Megan Fox !

Si le premier épisode de Transformers avait été si réussi, c’est qu’il maniait un humour très second degré, qui en faisait un film vraiment spectaculaire, mais ne se prenant pas du tout au sérieux. Ce troisième épisode essaye de retrouver cet esprit en y mettant une bonne dose d’humour et d’auto-parodie. Mais voilà, cette fois-ci tout est hyper premier degré, pour ne pas dire parfois un peu lourdingue. Le plus marquant est l’évolution du personnage interprété par John Turturo qui est devenu aussi superflu que grotesque. Seul l’apparition de John Malkovitch arrive à nous arracher quelques sourires.

transformers3Et ce qui demande le plus grand courage lorsque l’on va voir Transformers 3, c’est de se dire que l’on va en prendre pour 2h35 ! Et tenir aussi longtemps avec un scénario aussi ténu, ce n’est pas un mince exploit. Le tout est facilité par un affrontement final extrêmement long, ponctué par un des rares moments de bonheur cinématographique, lorsqu’un Decepticon serpentiforme s’attaque à la destruction d’un building en verre. Cela assouvira tous vos désirs cachés de vandalisme !

Bon quel est le bilan de tout cela ? Je serai particulièrement malhonnête en disant que je n’ai pris aucun plaisir à voir Transformers 3. Malgré cette liste de défaut longue comme le bras, le résultat est assez spectaculaire pour ne jamais vraiment succomber à l’ennui. C’est très basique, mais ça fonctionne quand même parfois assez bien. C’est sans doute ça qui fait l’énorme différence entre un Michael Bay et un Roland Emmerich, c’est cette faculté à rendre les scènes d’action assez prenantes pour que l’on oublie tout le reste.

Transfomers 3 est donc objectivement un navet. Mais que voulez-vous, je rêvais d’avoir le camion rouge et bleue quand j’étais petit, alors ce film m’a permis pour la troisième de toucher du doigt ce bonheur… C’est peu, mais c’est déjà beaucoup.

Fiche technique :
Production : Paramount Pictures, Hasbro, Di Bonaventura Pictures
Distribution : Paramount Pictures France
Réalisation : Michael Bay
Scénario : Ehren Kruger
Montage : Roger Barton
Photo : Amir M. Mokri
Décors : Jennifer Williams
Musique : Todd Haberman, Steve Jablonsky
Effets spéciaux : John Frazier
Directeur artistique : Benjamin Edelberg
Durée : 155 mn

Casting :
Shia LaBeouf : Sam Witwicky
John Turturro : Seymour Simmons
John Malkovich : Bruce Brazos
Frances McDormand : Charlotte Mearing
Patrick Dempsey : Dylan Gould
Rosie Huntington-Whiteley : Carly Spencer

A BIENTOT MESDAMES !

equipedefrancefemininedefootball

equipedefrancefemininedefootballIl n’est pas sûr que si la France était devenue championne du Monde de football féminin ce soir, les Champs Elysées seraient noirs de monde. On n’en est pas tout à fait là encore, mais il est incontestable que le regard de notre pays sur le football féminin a définitivement, espérons-le, changé. Lyon avait ouvert la voie il y a quelques semaines en remportant la Ligue des Champions, l’Equipe de France a magnifiquement transformé l’essai.

La principale explication à prise de conscience et ce soudain coup de projecteur médiatique tient dans la qualité du spectacle proposé par cette équipe, au-delà des résultats en eux-mêmes. Les matchs étaient tout simplement de très beaux matchs de football tout court, disputés dans un esprit. remarquable, qui, chez les hommes, n’existe plus depuis longtemps… ou alors dans les stades de rugby. Quel plaisir de voir un tel niveau technique pouvant s’exprimer, sans être haché menu par des fautes à répétition ! Chez les femmes, l’enjeu ne tue pas le jeu.

Et si notre pays est tombé amoureux de cette équipe, c’est qu’elle a eu aussi la bonne et mauvaise idée de se situer dans une grande tradition nationale. La défaite contre les Etats-Unis nous a rappelé tant de matchs où nos couleurs ont du s’incliner face à un froid réalisme. Les Bleues font partie de ces perdant(e)s magnifiques qui peuplent l’imaginaire sportif de notre pays. Elles étaient plus fortes, plus spectaculaires, plus enthousiasmantes, quand leurs adversaires n’étaient qu’efficaces et chanceuses. Mais espérons que cette tradition ne devienne pas un fardeau et qu’elles sauront préférer un jour l’esprit de 1998 à celui de 1958 ou 1982.

Les Jeux Olympiques de Londres constitueront une formidable occasion pour faire définitivement du football féminin un objet d’enthousiasme plutôt que de curiosité. Espérons qu’elles y brilleront assez pour que cette histoire d’amour ne soit pas sans lendemain.

THOMAS VOECKLER ET LES MEDIOCRES

thomasvoeckler

thomasvoecklerThomas Voeckler ne gagnera certainement pas le Tour de France. Mais cette hypothèse totalement farfelue il y a encore quelques jours a désormais quitté le monde de la science-fiction pour celui de l’improbable, mais pas impossible. La manière dont il a défendu son Maillot Jaune aujourd’hui lors de la grande étape pyrénéenne a épaté le monde du cyclisme, mais très certainement aussi le principal intéressé, qui ne s’imaginait pas suivre aussi facilement tous les meilleurs en haute montagne.

On le savait avant même le début de la Grande Boucle, mais Thomas Voeckler est dans la forme de sa vie. Son début de saison a été marqué par de très nombreuses victoires. Mais jamais on ne le considérait comme pouvant jouer un rôle pour le classement général. Mais voilà, son tempérament d’attaquant l’a conduit à dépasser tous ses objectifs. Si l’adage « seuls qui n’essayent pas sont sûrs d’échouer » peut tenir du lieu commun, Thomas Voeckler l’illustre pourtant à la perfection.

Le coureur français est l’héritier des grands attaquants d’hier. On pensait que la race s’était éteinte avec notre Jacky Durand national. D’ailleurs, le parallèle entre les deux est immédiat, les deux sachant compenser des moyens physiques pas forcément exceptionnels par un tempérament offensif, un courage sans faille et une intelligence rare dans le peloton. Jamais une course cycliste ne se gagne qu’avec la tête, les jambes jouent forcément, mais un peu de matière grise peut parfois faire la différence.

Le panache et la volonté de Thomas Voeckler tranche avec la médiocrité de l’esprit de ses principaux adversaires. Peut-être que le Tour sourira cette année enfin à Cadel Evans, l’homme qui n’attaque jamais. S’il était animé ne serait-ce que du dixième de l’esprit offensif du coureur de l’équipe Europcar, il y aurait longtemps qu’il aurait déjà été victorieux à Paris. Et que dire des frères Schleck qui courent les mains sur les freins. Leurs attaques d’une timidité maladive ne sont pas près de les conduire aux rêves de gloire tant espérés. Quant à Contador, il semble faire ce qu’il peut avec ses moyens actuels. Lui sait attaquer quand il le faut et ses adversaires ont tort de le laisser reprendre un peu plus de force chaque jour.

Ce Tour de France est enthousiasmant grâce à Voeckler et désespérant par la médiocrité de ses adversaires. Il est probable que la médiocrité finira par l’emporter. Et injustice sera alors faite !

UN AMOUR DE JEUNESSE : Un amour que l’on n’oublie pas

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unamourdejeunesseaffichePour introduire cette critique, je tiens à remercier une jeune fille. J’ignore tout d’elle, qui elle est, même son nom. Je crois qu’elle est assez jolie, même si je n’ai pas bien vu dans le noir. Elle ne lira sûrement jamais ces lignes, mais elle m’a épargné une expérience assez pénible, que j’ai déjà vécu et que je m’abstiendrais volontiers de revivre. En effet, en arrivant quelques secondes avant le début du générique, elle a empêché de voir Un Amour de Jeunesse en séance totalement privée. Pour une première semaine d’exploitation, même à 22h, ce n’est pas très encourageant quant au succès commercial de ce film. Et c’est bien dommage…

Camille a 15 ans et est folle amoureuse de Sullivan. Il est l’homme de sa vie et elle ne peut imaginer son existence sans lui. Alors, le jour où il part passer un an en Amérique du Sud, son univers s’écroule et rien ne semble pouvoir la consoler.

Un Amour de Jeunesse est donc un film sur le premier amour. Un amour qui marque à jamais (ou pas en fait, mais on va faire comme si, histoire de ne pas ruiner mon argumentation) à un âge où tout nous semble devoir être définitif. Ce n’est que plus tard que l’on apprendra que le temps guérit de tout et que rares sont les existences où l’on aime pas plusieurs fois. Ce film nous parle de tout ça, un sujet universel et immortel, traité ici avec beaucoup d’intelligence et d’émotion.

D’abord, je tiens à exprimer mon plaisir de voir un film parler de l’adolescence, sans en faire une caricature ridicule. Les jeunes de cet âge restent des êtres humains à part entière, ce que beaucoup de réalisateurs semblent oublier. Bon des fois, il est vrai, quand on en voit dans le métro, on se pose des questions, mais là n’est pas la question. Le personnage de Camille est parfaitement posé, avec la fragilité et le caractère entier qui caractérise cet âge. Mais, ses sentiments ressemblent à ceux que l’on a tous ressentis un jour ou l’autre et auxquels on peut donc s’identifier quelque soit son âge.

Un Amour de Jeunesse n’est pas que le portrait d’une jeune fille qui se construit. Le film nous amènera au fil des années à suivre son parcours et la manière dont il est marqué par ce premier amour. Il possède un vrai fil rouge narratif qui emmène vraiment les personnages d’un point A à un point B. Son évolution se fait à travers les évènements qu’elle traverse et l’intérêt du spectateur est maintenu car on ignore où l’histoire va bien pouvoir nous mener. Car jamais elle n’est cousue de fil blanc et même si elle traverse des épreuves qui nous rappellent celles que l’on a nous-même vécues, on ne sait jamais comment tout cela va se terminer.

unamourdejeunesseUn Amour de Jeunesse souffre par contre d’un léger manque de rythme, surtout dans sa première partie. C’est le passage le moins surprenant, du moins si on a lu le synopsis avant d’y aller, et il est vrai qu’il s’étire un peu en longueur. Cela fait craindre un film largement trop contemplatif. Comme évoqué plus haut, la suite est nettement plus riches en évènements, mais il faut admettre que tout cela n’est jamais raconté sur un rythme échevelé.

Mais le plus grand défaut de Un Amour de Jeunesse s’appelle Sébastien Urzendowsky. Je n’aime pas casser du sucre sur le dos des acteurs, mais là, je ne vois pas comment je pourrais défendre une prestation aussi poussive. Toutes ses répliques sont prononcées sur un ton qui sonne terriblement faux et ne contribue pas à compenser son absence totale de charisme. Du coup, on a bien du mal à comprendre comment cette jeune fille peut être aussi amoureuse de lui. Heureusement, à l’inverse, Lola Creton est la véritable révélation d’un film où elle fait étalage d’une sensibilité assez bluffante pour une actrice de son âge. Ne doutons pas que nous la reverrons bientôt.

Un Amour de Jeunesse est très beau film d’une profondeur remarquable, mais d’une forme pas tout à fait à la hauteur de l’émotion véhiculée par l’histoire.

Fiche technique :
Production : Les Films Pelléas, Razor Film, Arte France Cinéma
Distribution : Les films du Losange
Réalisation : Mia Hansen-Love
Scénario : Mia Hansen-Love
Montage : Marion monnier
Photo : Stéphane Fontaine
Décors : Mathieu Menut, Charlotte de Cadeville
Costumes : Bethsabée Dreyfus
Durée : 110 mn

Casting :
Lola Creton : Camille
Sébastien Urzendowsky : Sullivan
Magne Havard Brekke : Lorenz
Valérie Bonneton : la mère de Camille
Serge Renko : le père de Camille
Özay Fecht : la mère de Sullivan

CASE DEPART : Départ en seconde classe

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casedepartaffichePendant longtemps, j’ai été voir, avec un acharnement étonnant, tous les films d’Eric et Ramzy. Après les avoir trouvés tous plus consternants les uns que les autres, j’ai enfin renoncé à cet acte masochiste et n’ai pas été voir Halal Police d’Etat. Mais quand j’ai vu la première fois la bande-annonce de Case Départ, j’ai eu très peur de replonger dans une nouvelle drogue tout aussi nuisible, à savoir le duo Thomas Ngijol-Fabrice Eboué. Mais au final, sans être enthousiaste, je n’aurais pas passé un trop mauvais moment.

Jöel et Régis sont deux demi-frères, mais n’ont pas grand chose en commun. Le premier est un glandeur invétéré, qui prend le racisme comme excuse à tous ses problèmes. Le second est conseiller municipal et joue la carte de l’intégration jusqu’à la caricature. Les deux se trouve réunis en Guadeloupe autour de leur père mourant. Ce dernier leur lègue l’acte d’affranchissement de leurs ancêtres esclaves. Déçus de ne pas toucher d’argent, ils déchirent le précieux document, sous les yeux effarés de leur tante. Elle décide alors de les envoyer faire un tour en 1780…

Les Visiteurs au temps de l’esclavage, voilà quel aurait pu être le titre de ce film, qui repose sur même principe que la comédie de Jean-Marie Poiré. Un ressort connu, celui de l’anachronisme, mais qui continuera à faire rire, tant qu’il sera utilisé à bon escient. Dans Case Départ, il est mis en œuvre avec une certaine intelligente, au service d’un propos plein de bonnes intentions, à défaut d’une réelle profondeur.

Cependant, Case Départ souffre d’une limite irrémédiable. Le film est drôle…mais pas plus que cela. Certains gags fonctionnent bien, mais on les a déjà vu pour la plupart dans la bande-annonce. Du coup, les éclats de rire ne sont pas aussi nombreux que ce que l’on aimerait. Ils sont parfois réels, suffisants pour ne pas non plus passer un mauvais moment, mais pas assez pour faire de cette comédie un film culte.

Par contre, on peut reconnaître à Case Départ le mérite d’avoir échappé à une lourdeur trop commune dans ce genre de pure comédie. Pas de pipi-caca, mais quelques blagues en-dessous de la ceinture. Bon, ceux qui me connaissent me trouveraient quelque peu hypocrite si je considérais ça comme rédhibitoire. Seulement, dans ce film, ces gags-là ne sont certainement pas les plus drôles et du coup, ils n’apportent pas grand chose. Mais globalement, l’humour reste surtout situationnel et parfois teinté de second degré.

Case Départ tente aussi, de manière légère, de faire passer un vrai message. Et cela fonctionne plutôt bien, non que le sujet soit traité de manière exceptionnellement pertinente, mais avec tout de même un minimum de recul. En effet, tout le monde en prend pour son grade. Car si le racisme en lui-même est visé, le film se moque aussi allègrement de ceux qui l’utilisent comme excuse pour tout et n’importe quoi et les hypocrites qui se plaignent de ce qu’ils subissent, sans jamais réfléchir deux secondes à ce qu’ils infligent.

casedepartEn fait, Case Départ se démarque des films d’Eric et Ramzy par le fait que ce soit un vrai film, avec une intrigue, des acteurs qui jouent vraiment la comédie et une réalisation professionnelle. Pas d’impression d’assister à une suite décousue de sketchs et pas de cabotinage sans fin et sans aucun contrôle. Alors, certes, ce film n’est pas un chef d’œuvre, ne justifie peut-être pas le prix exorbitant d’une place de cinéma, mais on ne pourra reprocher aux auteurs de s’être moqué du monde.

Casde Départ est évidemment fait pour mettre en valeur le duo formé de Thomas Ngijol et Fabrice Eboué. Ils sont omniprésents à l’écran, mais sans pour autant partir dans des délires improvisés qui peuvent fonctionner dans un spectacle de « stand up comedy », mais jamais au cinéma, qui nécessite un cadre beaucoup plus construit et rigoureux. Ce ne sont peut-être pas le comédiens du siècle, mais il faut admettre que c’est eux qui nous font rire…quand le film nous fait rire.

Case Départ manque peut-être trop d’intensité comique pour être pleinement satisfaisant. Mais une soirée pluvieuse pourra être sans problème être agrémentée par cette comédie qui possède toute de même quelques qualités.

Fiche technique :

Réalisation : Lionel Steketee, Fabrice Éboué et Thomas N’Gijol
Scénario : Fabrice Éboué, Thomas N’Gijol et Jérôme L’hotsky
Décors : Christian Marti
Costumes : Pierre-Jean Larroque
Photographie : Jean-Claude Aumont
Son : Pierre André
Montage : Frederique Olszak
Musique : Alexandre Azaria

Casting :
Fabrice Éboué : Régis
Thomas N’Gijol : Joël
Stéfi Celma : Rosalie
Eriq Ebouaney : Isidore
Étienne Chicot : M. Jourdain
Catherine Hosmalin : Mme Jourdain
David Salles : M. Henri
Franck de la Personne : le curé
Joséphine de Meaux : Joséphine Jourdain
Franck Migeon : Le gendre
Max Baissette de Malglaive : Victor Jourdain
Alain Fromager : Chasseur #1
Sylvain Tempier : Chasseur #2
Michel Crémadès : Isaac
Isabel del Carmen Solar Montalvo : La vieille tante
Doudou Masta : Chef Neg’ Marron
Jean-Claude Duverger : Père Grosdésir
Jean-Yves Rupert : Jocelyn Grosdésir
Vincent Solignac : Le marchand d’esclaves

SWITCH : Un scénario en bois…

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switchafficheLe cinéma français nous a livré ces derniers mois des polars plutôt musclés et plutôt réussis. On citera notamment A Bout Portant et la Proie. Et c’est plutôt une bonne nouvelle, parce que bon, Julie Lescaut, ça va bien cinq minutes. Switch voulait s’inscrire dans cette même lignée. Avec un scénario signé Jean-Baptiste Grangé, on pouvait se dire que l’objectif avait toutes les chances d’être atteint. Le moins que l’on puisse dire, c’est qu’on en est loin… Très loin…

Sophie Malaterre est une Québecoise qui traverse une mauvaise passe. Pas de boulot, pas de mec, pas d’argent pour partir en vacances… Jusqu’à ce qu’on lui conseille le site switch.com, un site internet d’échange d’appartements. En quelques clics, elle réussit à troquer pour le mois d’août sa petite maison au bord du St Laurent contre un appartement avec jardin et vue sur la Tour Eiffel. Arrivée à Paris, les premières 24h ressemblent à un rêve… avant que tout ne tourne au cauchemar.

Switch est un gros navet pour une seule et unique raison : un scénario en bois… C’est bien surprenant venant d’un maître français du polar, au moins littéraire, mais c’est comme ça. S’il y a une notion qui échappe totalement à cette histoire, c’est celle de la crédibilité. Elle est absente de la première à la dernière seconde. On veut bien être magnanime pour ce qui est du réalisme quand on va au cinéma, mais il existe quand même des limites à ne pas dépasser. Croire aux évènements relatés dans ce film tient de la candeur la plus absolue.

Premier exemple. Dans Switch, la police française affronte un terrible ennemi, qui vient contrarier toutes ses investigations et la réduire à l’impuissance : le mois d’août ! Alors certes, beaucoup de gens sont en vacances, tout demande un peu plus de temps, mais ceci est totalement surexploité par ce scénario. En fait, cela devient la parade magique à toutes les faiblesses, et dieu qu’elles sont nombreuses, de cette histoire. A chaque fois que la police cherche à faire quelque chose qui, dans un monde juste un tantinet réaliste, mettrait fin à cette intrigue fumeuse en deux secondes, on se heurte au même « ah mais oui, ça ne va pas être possible, on est au mois d’août… » . La première fois, ça peut passer, la quinzième, on se demande de qui on se moque.

L’autre énormité vient du personnage de Sophie, jeune Québécoise, censée être une simple graphiste… Je ne sais pas ce qu’ils apprennent dans les écoles d’art canadienne, mais visiblement cela tient de l’entraînement paramilitaire de très haut niveau. Le quidam obligé de se muer en super-héros pour survivre ou sauver celui ou celle qu’il aime est ultra classique. Sauf que généralement, justement, ce genre d’histoire s’appuie sur la maladresse du personnage. Dans Switch, la police n’arrête pas de répéter « Ca se voit que c’est une professionnelle… »… sauf qu’elle ne l’est pas du tout, mais semble capable de mettre une raclée à James Bond. Par contre, si elle est capable de sauter d’une fenêtre à une autre comme Jason Bourne, elle n’est guère maligne et ne pense même pas à donner le nom et l’adresse de gens qui la connaissent, genre sa mère, pour prouver son identité.

switchDernier grief, la linéarité du scénario. Avec un tel titre, on s’attend à ce que Switch se termine par un twist final… Et bien non pas du tout… Aucun rebondissement final n’est programmé et le tout se termine de manière abrupte et totalement prévisible. Même l’explication du pourquoi du comment est visible de très loin et arrive avec de gros sabots à clochettes.

Et c’est vraiment dommage qu’un scénario aussi navrant vienne gâcher le très bon travail sur la mise en forme. En effet, l’histoire est ridicule, mais rythmée. Les scènes d’action sont parfaitement exécutées et très spectaculaires. On retiendra notamment une très belle poursuite à pied à travers les jardins de la zone pavillonnaire de Rueil-Malmaison. Les acteurs n’ont absolument rien à se reprocher. Eric Cantona est très bon et livre une performance propre et professionnelle. A ses côtés, Karine Vanasse s’en sort elle aussi très bien. On notera surtout sa superbe poitrine qu’elle exhibe à deux occasions, ce qui représente peut-être au final le seul réel intérêt de ce film.

Switch est plombé irrémédiablement par un scénario d’une médiocrité invraisemblable, où rien n’incite le spectateur à croire à la plausibilité de l’histoire.

Fiche technique :
Réalisation : Frédéric Schoendoerffer
Scénario : Jean-Christophe Grangé (scénario original, adaptation et dialogues) et Frédéric Schoendoerffer (adaptation et dialogues)
Images : Vincent Gallot
Musique : Bruno Coulais
Production : Carcharodon, L&G
Durée : 100 minutes

Casting :
Karine Vanasse : Sophie Malaterre
Éric Cantona : Damien Forgeat
Mehdi Nebbou : Stéphane Defer
Aurélien Recoing : Delors
Karina Testa : Bénédicte Serteaux
Bruno Todeschini : Verdier
Stéphan Guérin-Tillié : Policier, 3ème de groupe
Maxim Roy : Claire Marras
Karim Saleh : Kourosh
Jacob Desvarieux : Pat

CHICO & RITA : Amour et musique

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chicoritaafficheEn 1998, Wim Wenders et son Buena Vista Social Club permettait au monde entier de se rappeler que Cuba était une formidable terre de musiciens, avant que le régime castriste ne les isole du reste de l’humanité et ne les plonge ainsi dans l’oubli. Sans lui, peut-être que Chico & Rita, un film d’animation espagnol qui nous replonge dans le La Havane des années 50 et la frénésie de création musicale qui y régnait.

Chico est un des tous meilleurs pianistes du Cuba des années 50. Mais il lui manque encore la voix pour interpréter ses compositions et l’accompagner jusqu’au succès. Il la trouvera par hasard, en la personne de Rita, qui chante dans les clubs et les bals populaires. Ils vivront une histoire d’amour qui se heurtera vite leur passion dévorante pour la musique, une maîtresse bien possessive, mais qui les entraînera au bout du monde.

Chico & Rita possède bien des qualités qui en font une œuvre originale et charmante. Tout d’abord, un scénario riche en rebondissements qui tient l’intérêt du spectateur éveillé du début à la fin. Il déroule un fil rouge narratif vraiment consistant qui n’est pas qu’un support pour la musique ou le simple plaisir de voir revivre une époque depuis longtemps révolue. Si le film est plutôt nostalgique, ce sentiment n’a pas du tout servi d’excuse à une intrigue paresseuse et minimaliste.

Une histoire d’amour n’est jamais bien passionnante à suivre si on est pas soi-même charmé par les deux tourtereaux. C’est heureusement bien le cas dans Chico & Rita. Les deux personnages ont leur caractère propre, et plutôt bien trempé. Ils sont très attachants, malgré leur défaut et le capacité à ruiner leurs élans amoureux. Mais bon, si leur passion était simple et linéaire, il n’y aurait pas de film. Seuls les sentiments contrariés valent le coup d’être racontés.

Chico & Rita est bien sûr bercé par une musique très présente. Il ne s’agit pas d’une comédie musicale, mais nos deux personnages sont souvent en action et on profite largement des morceaux qu’ils interprètent. Cela donne un petit supplément d’âme à ce beau film car, évidemment, la musique reste un des meilleurs supports qui soient pour créer l’émotion. Elle se ressent au moins autant qu’elle ne s’écoute… un peu comme son cœur devant l’être aimé. Dieu que c’est beau ce que je dis !

chicoritaGraphiquement enfin, Chico & Rita possède une vraie personnalité et une réelle originalité. L’animation a un aspect rétro, loin de ce à quoi nous ont habitué les images de synthèse. Du coup, on retrouve le caractère unique que peut avoir un coup de crayon, bien plus qu’une programmation informatique. Le graphisme contribue largement à la sensation d’exotisme et plus largement au charme de ce film.

Une belle histoire, de la bonne musique, de l’amour et des graphismes de qualité… que demander de plus alors ! Pas grand chose en fait, même s’il est difficile de classer ce film parmi les purs chefs d’œuvre. Il lui manque peut-être une dernière étincelle de créativité et d’imagination. Chico & Rita est original, mais pas forcément super surprenant. Rien dans l’histoire ou dans les images n’est réellement inattendu une fois le décor posé. Mais bon, je cherche là la petite bête, car le résultat reste globalement remarquablement agréable à suivre.

Chico & Rita ravira donc tous les amateurs d’animation qui change de l’animation. Et bien sûr tous les amoureux de la musique… et les amoureux tout court en fait.

Fiche technique :
Production : Christina Huete, Santi Errando, Martin Pope, Michael Rose, Angelica huete, Andrew Fingret
Distribution : Studio 37, Rezo Films
Réalisation : Fernando Trueba et Javier Mariscal
Scénario : Fernando Trueba et Ignacio Martinez de pison
Montage : Arnau Quiles
Son : Pelayo Gutierrez
Musique : Bebo Valdes
Durée : 93 mn

Casting :
Idania Valdes : Rita
Bebo Valdes : Chico
Michael Phillip Mossman : Dizzy Gillesoie
Pedrito Martinez : Miguelito Valdes
Jimmy Heath : Ben Webster
Freddy Cole : Nat King Cole
Estrella Morente : Estrella Morente
Amadito Valdes : Tito Puente
German Velazco : Charlie Parker

J’AI RENCONTRE LE DIABLE : Noir paroxysme

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jairencontrelediableafficheRares sont les films distribués en France avec la mention « interdit aux moins de 16 ans ». C’est le cas pourtant de J’ai Rencontré le Diable, un film noir, très noir, très très noir, très très très très noir. Un film aussi extrêmement violent et assez dérangeant, mais qui ne manque ni d’intérêt, ni d’une certaine intelligence et encore moins de profondeur dans le propos. Ames sensibles s’abstenir néanmoins.

Kyung-chul est un tueur psychopathe et sadique particulièrement redoutable. Cependant, sa dernière victime est la fille d’un chef de la police retraité et fiancée à un agent des services secrets coréens. Les deux hommes vont donc décider de mener leurs propres recherches. Mais traquer ainsi un homme pour se venger et le faire souffrir ne fait-il pas du chasseur un être aussi cruel que sa proie ?

Les chasses à l’homme et la vengeance représentent des thèmes classiques des films noirs. On les retrouve d’ailleurs très souvent dans le cinéma coréen qui excelle plus que tout autre dans ce genre cinématographique. J’ai Rencontré le Diable en constitue une nouvelle preuve, tant il arrive à marquer sa différence. Tout est poussé à son paroxysme dans ce film, mais avec assez d’intelligence, et non gratuitement, pour lui donner une force et intensité incroyable.

J’ai Rencontré le Diable va notamment incroyablement loin dans l’ambiguïté des personnages. On semble pourtant parti pour un film extrêmement manichéen et très vite tout bascule. Au final, on se demande même qui est bien le Diable dont parle le titre du film. C’est pourquoi, ce film est particulièrement troublant et nous offre une vraie réflexion sur la violence qui sommeille en chacun de nous, sur l’existence ou non de raisons valables pour la mettre en œuvre et sur la manière dont elle peut dévorer et faire perdre tout contrôle à celui qui s’y adonne.

Le tout est mise en image de manière particulièrement crue. On ne se situe pas dans un cinéma d’horreur où on cherche à faire couler l’hémoglobine pour le spectacle et le plaisir. Mais si elle coule autant dans J’ai Rencontré le Diable, c’est parce qu’elle est la conséquence de la violence que mette en œuvre le chasseur et sa proie dans leur lutte sans merci. Une violence qui se situe autant dans l’intrigue elle-même que dans les images, ce qui justifie pleinement l’interdiction aux moins de 16 ans. Le sang qui coule ici ne fait pas rire, c’est ce qui le rend si dérangeant.

J’ai Rencontré le Diable souffre néanmoins d’un défaut non négligeable. Sa longueur, 2h12. Je le répète à chaque fois que je parle d’un film coréen, mais le cinéma du pays du Matin Calme ne ressemble en rien à ses confrères chinois ou japonais. Le rythme de narration est souvent nerveux et rapide, comme n’importe quel film occidental. C’est aussi le cas ici, car jamais le scénario ne traîne en longueur, allongeant inutilement une scène. Par contre, à un moment donné, il tourne un peu en rond et on aurait pu arriver au dénouement plus rapidement, sans que le film n’y perde. Cependant, on ne peut jamais vraiment parler d’ennui.

jairencontrelediableSi j’apprécie autant le cinéma coréen, c’est aussi pour les incroyables acteurs qu’il est capable de nous offrir. La palme revient sans contexte à Choi Min-sik, absolument extraordinaire dans son rôle de tueur psychopathe, à côté duquel Hannibal Lecter est un bisounours. Il nous avait déjà époustouflé dans les fabuleux Ivre de Femmes et de Peinture et Old Boy et on peut vraiment le considérer comme un des tous meilleurs acteurs au monde. A ses côtés, au plutôt en face, Lee Byung-Hun, que l’on avait découvert dans le jouissif Le Bon, la Brute et le Cinglé et qui avait gagné de l’argent en jouant dans GI-Joe. Si son personnage est sans doute moins charismatique que son adversaire, il s’en acquitte avec un aplomb et un talent magistraux.

J’ai Rencontré le Diable est peut-être LE film noir de l’année, malgré quelques défauts. Une œuvre forte, un paroxysme du cinéma coréen, qui n’a d’égal en Occident que les Promesses de l’Ombre de David Cronenberg.

Fiche technique :
Production : Softbank ventures, Showbox, Peppermint & Co, Siz Entertainment
Distribution : ARP Sélection
Réalisation : Kim Jee-woon
Scénario : Hoon-jung Park
Montage : Na-young Nam
Photo : Mogae Lee
Musique : Mowg
Durée : 142 mn

Casting :
Lee Byung-hun : Kim Soo-hyeon
Min-sik Choi : Kyung-chul
Gook-hwan Jeon : Jang
Ho-Jin Jeon : Oh
San-ha Oh : Joo-Yeon