On pense parfois que certains concepts ont donné tout ce qu’ils avaient à donner à l’histoire de la fiction. On pense qu’ils ont été exploité tellement souvent que plus rien ne viendra les renouveler profondément. Il existe heureusement dans ce monde des esprits assez géniaux et assez fous pour imaginer ce que personne n’avait encore jamais osé imaginer. Le voyage dans le temps occupe les récits depuis longtemps. Vers le futur, vers le passé, conjecturant encore et encore sur les conséquences d’une telle possibilité. Le terme remonter le temps y était fréquemment employé mais toujours dans le sens : se transporter d’un saut en arrière dans le temps avant de reprendre son cours normal à partir de son point d’arrivée. Personne (ou presque…) n’avait pensé à prendre l’expression de manière littérale, c’est à dire dans le sens de vivre le cours du temps à l’envers… Personne avant un cinéaste de génie… Monsieur Christopher Nolan qui nous a offert Tenet.
Notre perception du temps si profondément ancré dans notre perception de la réalité même que l’on a du mal à accepter que le temps soit autre chose que ce que nous percevons. Tous ceux qui se sont intéressés de prêt ou de loin à la théorie de la relativité le savent bien. Tenet nous offre une expérience tellement contraire à notre manière habituelle de percevoir le temps qu’il est facile de se montrer totalement rétif à cette histoire. Mais si vous acceptez ce point de départ, cette idée simple, celle que peuvent cohabiter des êtres et des objets ne vivant pas le temps dans le même sens, mais aux conséquences vertigineuses et parfois impossibles à appréhender, alors vous vivrez une expérience en tout point extraordinaire. En se laissant simplement porter par l’histoire, en ne cherchant pas à comprendre chaque détail de chaque seconde du film (il faudrait le revoir dix fois pour ça), alors le voyage s’avère merveilleux.
Surtout que Christopher Nolan fait une nouvelle fois preuve d’une incroyable faculté à rendre accessible l’immense complexité dans lequel il cherche à plonger le spectateur. Ici la tâche était trop ardue pour qu’il y parvienne totalement. Mais il conserve l’aspect très pédagogique de ses récits, où il propose plusieurs scènes ne servant qu’à expliquer les concepts qu’il utilise. On peut trouver ça barbant, tant cela ressemble parfois à des cours très théoriques, mais si vous aimez les conférences qui vous emmènent vers des mondes inconnus, vous serez enchantés de recevoir la leçon. Tenet ne se résume heureusement pas à un cours sur la relativité, mais constitue avant tout un film d’aventures haletants, doublés d’un polar où la structure même de l’univers peut-être vue comme l’arme du crime.
Tenet bénéficie pleinement de la maestria de Christopher Nolan. Les scènes d’actions sont à couper le souffle, même si, pour la dernière, il se laisse peut-être aller à un peu de cabotinage. Les scènes d’intrigues sont toujours aussi prenantes alors qu’elles pourraient passer juste pour du bavardage. Il maintient constamment le récit, et ainsi le spectateur, sous tension et lui offre régulièrement de quoi en prendre plein les mirettes. On fait face à un cinéaste au sommet de son art, à qui on ne pourra en tout cas jamais reprocher l’absence de prises de risque ou une paresse qui le conduirait à arrêter d’explorer de nouveaux territoires et à repousser les limites du possible en termes de narration.
Tenet est tellement marqué par son réalisateur que l’on aurait tendance à oublier de parler des comédiens ou de tous ceux qui ont travaillé sur ce film. S’il y a un élément qui place ce film un cran plus bas qu’Inception, c’est sans doute son casting. Il est juste très bon, sans être exceptionnellement brillant. On retiendra simplement que Robert Pattinson est définitivement un acteur excellent sur tous les terrains. On saluera aussi la musique de Ludwig Göransson qui est en parfaite harmonie avec le reste du film. Et quand on connaît sa complexité, on devine que la tâche n’avait rien d’évident.
Nous ne savons pas encore où nous emmènera Christopher Nolan la prochaine fois. Mais on a hâte de la suivre, même si c’est pour s’y perdre.
LA NOTE : 16,5/20
Fiche technique : Production : Warner Bros, Syncopy Distribution : Warner Bros Réalisation : Christopher Nolan Scénario : Christopher Nolan Montage : Jennifer Lame Photo : Hoyte Van Hoytema Décors : Nathan Crowley Musique : Ludwig Göransson Durée : 150 min
Casting : John David Washington : Le protagoniste Robert Pattinson : Neil Elizabeth Debicki : Kat Kenneth Branagh : Andrei Sator Dimple Kapadia : Priya Michael Caine : Sir Crosby Clémense Poésy : Barbara Aaron Taylor-Johnson : Ives Himesh Patel : Victor
Les films Marvel au cinéma sont parvenus à séduire un public très large en sachant varier les genres. Entre les combats dantesques et cosmiques de Infinity Wars, les blagues potaches de Deadpool ou la fresque crépusculaire comme Logan, il existe de grands écarts. Et pourtant il s’agit toujours de super-héros. En refusant de se prendre totalement au sérieux, cet univers ne s’interdit rien et se trouve prêt à accueillir toutes sortes d’histoires. Avec les Nouveaux Mutants, Marvel s’attaque cette fois-ci au film d’horreur. Pour un résultat plutôt convaincant, même s’il séduira certainement plus les fans de super-héros que ceux de ce genre cinématographique si particulier.
Les Nouveaux Mutants est un film d’horreur qui ne fait pas très peur, soyons honnêtes. Il reprend quelques codes du genre, avec cette histoire d’adolescents enfermés faisant face à une puissance maléfique. Mais on ne dépassera pas le stade du « à la manière de ». Seules les âmes les plus jeunes ou les plus sensibles trembleront réellement devant les péripéties qui attendent les héros. On fait donc plutôt face à un film d’aventures assez efficace pour ne pas s’ennuyer et pour passer un moment tout à fait distrayant. Les amateurs de l’univers Marvel prendront par contre beaucoup de plaisir à voir apparaître à l’écran quelques héros, jouant peut-être en deuxième division, mais pour qui ils ressentent une affection particulière. C’est mon cas, je l’avoue, et cela a sûrement permis un attachement immédiat aux personnages.
Les Nouveaux Mutants confirme la capacité des films Marvel à adapter à l’écran de manière convaincante des éléments des comics qui auraient pu être écartés, car prêtant à sourire. Ils choisissent au contraire la fidélité et n’ont pas peur de donner vie à un démon-ours. Les fans des comics les remercient. Les fans de Games of Thrones aussi car ils seront ravis de voir sur grand écran Maisie Williams. Soyons honnêtes, son rôle est ici infiniment moins marquant que celui d’Arya Stark. La vraie star du film est définitivement Anya Taylor-Joy que l’on espère revoir dans d’autres films. Son interprétation d’un personnage qui rappelle, dans un style assez différent tout de même, Harley Quinn, est absolument savoureuse. Au final, ce film est plus anecdotique que vraiment indispensable, mais il fera plaisir à bien des publics.
LA NOTE : 12/20
Fiche technique : Réalisation : Josh Boone Scénario : Josh Boone et Knate Lee, d’après les personnages créés par Chris Claremont et Bob McLeod Direction artistique : Steve Cooper Décors : Molly Hughes Costumes : Leesa Evans et Virginia Johnson Photographie : Peter Deming Montage : Matthew Dunnell, Robb Sullivan et Andrew Buckland Musique : Mark Snow Musiques additionnelles : Nate Walcott et Mike Hogis Production : Simon Kinberg Producteurs délégués : Stan Lee, Karen Rosenfelt et Lauren Shuler Donner Durée : 94 minutes
Blu Hunt : Danielle « Dani » Moonstar Anya Taylor-Joy : Illyana Rasputin Colbie Gannett : Illyana Rasputin, enfant Maisie Williams : Rahne Sinclair Charlie Heaton : Samuel « Sam » Guthrie Henry Zaga : Roberto « Bobby » Da Costa Alice Braga : Dr. Cecilia Reyes Adam Beach : William Lonestar Happy Anderson : le révérend Craig Thomas Kee : Thomas Guthrie Marilyn Manson (voix), Dustin Ceithamer (capture de mouvement) : l’Homme Grimaçant
Benoît Délépine et Gustave Kervern ont fini par se faire une vraie place dans le monde du cinéma français, ce qui n’est jamais garanti quand on vient du monde du petit écran. Leur univers décalé et poétique nous a déjà offert de jolis moments et surtout surprenants. Effacer l’Historique se situe vraiment dans la continuité de leur filmographie sur bien des points. Il bénéficie donc de toutes les qualités habituelles qui nous les ont faits aimer en tant que réalisateurs. Mais il se heurte aussi aux mêmes limites.
Comme beaucoup de leurs films, Effacer l’Historique s’apparente presque à un films à sketch, mais sans l’être de manière assumée. Le scénario s’efforce de rassembler toutes les séquences pour faire progresser une seule et même histoire. Il y parvient dans l’absolu, mais cela garde un petit aspect artificiel. On parfois l’impression qu’ils ont d’abord listé tous les travers du monde numérique et on construit l’histoire pour que tout y trouve sa place. Cet entre-deux empêche le film de prendre vraiment une vraie dimension et de devenir une dénonciation forte et profonde. Il en restera au stade de la dénonciation légère et poétique,ce qui correspond bien au style de Délépine et Kervern. Certes leur cinéma est militant, mais sans jamais se prendre réellement au sérieux.
Encore une fois, ils parviennent à rassembler un casting qui rendrait jaloux bien des réalisateurs. Il offre notamment à Blanche Gardin son rôle le plus marquant de sa carrière d’actrice. Même si elle reste dans un registre qui lui correspond totalement, on ne peut que saluer la qualité de sa prestation. Elle rivalise largement avec Denis Podalydes toujours aussi juste. On ne compte plus ensuite le nombre de caméos plus ou moins longs et savoureux qui peuple Effacer l’Historique. C’est anecdotique, mais autant de second, troisième et quatrième rôles de qualité tirent évidemment la qualité globale du film vers le haut. Ils contribuent tous donc à faire de ce film une réussite sympathique qui nous donnerait presque envie de nous débarrasser de notre smartphone. Allez, je commence demain…
LA NOTE : 12/20
Réalisation et scénario : Benoît Delépine et Gustave Kervern Décors : Madphil Costumes : Agnès Noden Directeur de la photographie : Hugues Poulain Montage : Stéphane Elmadjian Son : Régis Boussin et Fabien Devillers Production : Sylvie Pialat, Benoît Delépine, Gustave Kervern et Benoît Quainon Durée : 106 minutes
Casting : Blanche Gardin : Marie Denis Podalydès : Bertrand Corinne Masiero : Christine Vincent Lacoste : le sextapeur Benoît Poelvoorde : le livreur Alimazone Bouli Lanners : Dieu, le hackeur Vincent Dedienne : le fermier bio Philippe Rebbot : la feignasse Michel Houellebecq : l’acheteur de voiture suicidaire Clémentine Peyricot : Cathya Lucas Mondher : Sylvain Jean-Louis Barcelona : le serveur grognon Candy Ming : la guichetière de la Poste Joseph Dahan : le guichetier de la Poste Pierre Gommé : le gamin de la banque Jackie Berroyer : le voisin pointilleux Jean Dujardin : le chasseur de pandas (en photo) Denis O’Hare : le millionnaire américain Gustave Kervern : l’autre dodo
Et si demain, le monde se trouvait privé de la moitié féminine de l’humanité ? Oui certes, on pourrait définitivement regarder le football en buvant des bières, mais qui alors garderait les enfants ? Il est vrai que la perpétuation de l’espère deviendrait également problématique. Voici une question posée par Casey Affleck dans Light of My Life. J’admets pas tout à fait dans ces termes, mais il nous emmène dans un monde où un virus mystérieux et mortel aurait affecté les femmes du monde entier et les aurait décimées. Une idée plus originale qu’elle en a l’air… mais qui est au final totalement sous-exploitée.
Light of My Life est au final un récit extrêmement classique où un père et une fille essaye de survivre dans un monde devenu hostile, en vivant au maximum à l’écart. En coupant ses personnages de leur environnement, Casey Affleck se prive de la possibilité d’explorer vraiment les conséquences d’une disparition des femmes de la surface de la Terre. Cela ne devient qu’un prétexte pour un film qui s’assmile plus à un récit sur les rapports père/fille qu’à un récit de science-fiction. Ce n’est pas que le propos est déplaisant, ni dénué d’intérêt ou de poésie, mais se prive de la possibilité d’être réellement marquant.
Casey Affleck est assez à l’aise pour diriger Casey Affleck en lui permettant de faire du Casey Affleck. Avec sa voix et sa diction si particulières, il peut horripiler. Mais si au contraire, on l’apprécie pour cela, alors on peut pleinement profiter de Light of My Life. Par contre, il nous permet de découvrir la jeune Anne Pniowsky qui livre une prestation remarquable. Enfin, c’est toujours autant un plaisir de voir Elisabeth Moss à l’écran. La réalisation de Casey Affleck est relativement élégante et comme souvent avec lui, elle prend son temps. Peut-être un peu trop parfois, mais cela permet d’apprécier l’ambiance particulière qu’il parvient à faire naître. Au final, on en reste quand même un à un sentiment d’un film inabouti, qui est loin d’avoir la dimension qu’il aurait pu prendre.
LA NOTE : 10,5/20
Fiche technique : Réalisation et scénario : Casey Affleck Décors : Sara K. White Costumes : Malgosia Turzanska Photographie : Adam Arkapaw Montage : Dody Dorn et Christopher Tellefsen Musique : Daniel Hart Production : John Powers Middleton et Teddy Schwarzman Coproducteur : Geoffrey Quan Producteurs délégués : Michael Heimler, Whitaker Lader et Ben Stillman Durée : 119 minutes
Casting : Casey Affleck : le père Anna Pniowsky : Rag Elisabeth Moss : la mère Tom Bower : Tom Timothy Webber : Lemmy Hrothgar Mathews : Calvin
La culture est comme le gruyère (bon l’emmental en fait). On a beau faire, il y a toujours des trous. C’est même pour ça qu’on l’apprécie. Si on avait un jour l’impression d’avoir tout lu ou tout vu, la vie serait beaucoup plus triste. Le film Akira faisait partie des gros trous dans ma propre culture. Un trou uniquement cinématographique puisque le manga trône en intégralité depuis longtemps dans ma bibliothèque. La ressortie du film sur grand écran constituait une occasion unique de boucher cette regrettable cavité, occasion que je n’ai évidemment pas ratée (sinon, je ne serai pas en train d’écrire cette critique). J’ai pu comprendre pourquoi il était devenu culte à ce point… mais aussi les critiques qui lui ont été adressés.
La principale critique porte sur un choix d’adaptation audacieux et risqué. En effet, les trois premiers quarts du film sont assez fidèles au manga. Sauf que les événements racontés ne représentent qu’un tiers de l’histoire originelle. On imagine donc facilement que la fin a été profondément modifiée pour conclure le récit infiniment plus rapidement, éliminant totalement des grands pans de l’intrigue. On a vite fait d’y voir une trahison, même cela revient à dire que Katsuhiro Otomo a trahit Katsuhiro Otomo. J’avoue que j’ai eu un peu de mal à faire abstraction de ce choix quelque peu étrange et qui dénature quand même assez largement l’œuvre dont Akira est adapté. Ceci s’explique par le fait que le film est sorti avant la fin de la publication du manga, mais tout de même. Evidemment, si vous n’avez jamais lu le manga, vous n’aurez absolument pas ces considérations en tête et pourrez apprécier pleinement cette histoire qui reste extraordinaire et unique.
Graphiquement, Akira commence à être quelque peu daté. Mais les vieux nostalgiques comme moi pourront dire que c’est plus une qualité qu’un défaut, n’ayant pas toujours été convaincu par les films d’animation modernes, où le recours au numérique en fait des œuvres froides et sans personnalité. Le film représente le sommet d’une animation japonaise qui aura profondément marqué ma génération. La qualité artistique est évidemment sans commune mesure avec les séries produites au kilomètre qui peuplaient le Club Dorothée. On ne peut ici que s’extasier devant cette vision d’un Tokyo futuriste… un futur qui se situe dans l’année 2020. Nouvelle raison de prendre un coup de vieux et de se sentir nostalgique. Mais le film nous donne surtout des raisons de saluer cette œuvre majeure de la science-fiction, qui recèle tout de même assez de génie pour demeurer intemporel.
LA NOTE:15/20
Fiche technique : Réalisation : Katsuhiro Ōtomo Scénario : Katsuhiro Ōtomo et Izō Hashimoto Décors : Kazuo Ebisawa, Yuji Ikehata et Koji Ono Direction artistique : Toshiharu Mizutani Photographie : Katsuji Misawa Montage : Takeshi Seyama Musique : Shoji Yamashiro (Tsutomu Ōhashi) Animations : Studio Fuga, Telecom Animation Film Co., Ltd., Dragon Production Production : Ryôhei Suzuki, Shunzō Katō, Hiroe Tsukamoto, Yutaka Maseba, Haruyo Kanesaku et Shunzo Kato Durée : 124 minutes
Grandir est un processus exaltant, mais aussi douloureux. Surtout quand on veut grandir trop vite dans l’espoir d’échapper à un milieu qui vous oppresse. Cette problématique se trouve au cœur du sujet de Mignonnes, qui traite en particulier de la sexualisation précoce de certaines jeunes adolescentes. Des sujets forts et délicats mais qui sont ici traités avec beaucoup de pertinence par Maïmouna Doucouré. Cette dernière fait également preuve de beaucoup de qualités artistiques.
Mignonnes peut faire craindre dans ses premières minutes que le film va se résumer à une litanie de clichés. Mais contrairement à beaucoup de films traitant de l’adolescence, celui-ci évite tous les chausse-trappes qui se trouvent sur la route de son histoire. Le scénario offre une belle profondeur aux personnages, aussi jeunes soient-ils. On s’y attache malgré leurs défauts et leurs excès car le film parvient à ce que les spectateurs les comprennent. Or, tout parent vous expliquera que comprendre un adolescent n’a rien d’un exercice évident. Tout cela ne fait que décupler l’émotion véhiculée par l’histoire.
Avec Mignonnes, Maïmouna Doucouré prouve qu’elle est une réalisatrice accomplie, malgré une filmographie qui se limite à deux films. Elle parvient par l’image à mettre en lumière les âmes et les corps. L’intrigue étant centré sur un concours de danse, ces derniers participent aussi à donner un sens profond à cette histoire. Si on ajoute à cela, le talent et le culot de la jeune Fathia Youssouf, on obtient un très beau film, émouvant et parfois dérangeant, car il ne fait pas l’impasse sur les réactions inavouables que peut provoquer ces jeunes filles, sortant pourtant à peine de l’enfance.
LA NOTE : 13/20
Fiche technique : Réalisation : Maïmouna Doucouré Scénario : Maïmouna Doucouré, Alice Winocour, Valentine Milville, Nathalie Saugeon Costumes : Valérie Ranchoux Musique : Niko Noki Montage : Stéphane Mazalaigue, Mathilde Van de Moortel Photographie : Yann Maritaud Son : Clément Maléo Casting : Tania Arana, Angélique Vergara, Kenza Barrah Durée : 95 minutes
Casting : Fathia Youssouf : Amy Medina El Aidi : Angelica Esther Gohourou : Coumba Ilanah Cami-Goursolas : Jess Myriam Hamma : Yasmine Demba Diaw : Ismael Maïmouna Gueye : la mère Thérèse Mbissine Diop : la tante Bass Dhem : El Hadj
Certains acteurs ont un don incroyable pour se métamorphoser physiquement à chaque rôle. On ne parle pas simplement de prendre ou de perdre du poids, mais véritablement de changer de tête. Parfois le matin, en se regardant dans la glace, on aimerait avoir ce pouvoir, mais il est malheureusement réservé à quelques uns. Russel Crowe en fait partie. Il nous le prouve une nouvelle fois avec Enragé. Un film haletant, mais pas trop, dont l’intérêt principal tient à la performance de la star australienne.
Enragé nous raconte pour la énième l’histoire de la jeune femme innocente qui va se retrouver poursuivie par un psychopathe. Rien de bien nouveau ou de très original. Certes, cette fois le personnage du fou dangereux n’est pas piqué des hannetons, comme disent les jeunes qui ont longtemps vécu. Le scénario ne cherche d’ailleurs pas spécialement à nous surprendre, mais simplement à se montrer efficace. Il y a parvient plutôt bien. Le film dure une heure et demi tout juste, preuve qu’il va directement à l’essentiel. Ainsi, on passe tout de même un bon moment, même si on ne retiendra rien de vraiment marquant dans cette intrigue assez banale.
Par contre, on se souviendra vraiment de la tête de fou furieux qu’arbore Russel Crowe dans Enragé. Physiquement, il a décidé de ressemble à John Goodman et y parvient sans problème. Il est comme ça, Russel, il décide qui il est ! En tout cas, ce numéro d’acteur, même pour un film aussi gratuit, vaut le détour. Le reste du casting apparaît totalement transparent à ses côtés et c’est sans doute un peu injuste pour eux. Les fans de cette acteur ne doivent donc rater ce film sous aucun prétexte. Les autres pourront éventuellement attendre une longue soirée lors du prochain confinement pour y jeter un œil.
LA NOTE : 11/20
Fiche technique : Réalisation : Derrick Borte Scénario : Carl Ellsworth Direction artistique : Paul Jackson et Paul Luther Jackson Décors : Freddy Waff Costumes : Denise Wingate Photographie : Brendan Galvin Montage : Michael McCusker, Steve Mirkovich et Tim Mirkovich Musique : David Buckley Producteurs : Lisa Ellzey, Mark Gill et Andrew Gunn Durée : 90 min
Casting : Russell Crowe : Tom Cooper Caren Pistorius : Rachel Hunter Jimmi Simpson : Andy Gabriel Bateman : Kyle Hunter Lucy Faust : Rosie Anne Leighton : Deborah Haskell Austin P. McKenzie : Fred Purvis Stephen Louis Grush : Leo Devyn A. Tyler : Mme Ayers Michael Papajohn : Homer
Après les débats nationaux, le Congrès se traduit dans un deuxième temps au niveau local, avec un renouvellement des instances au niveau local (Section) et départemental (Fédération). Il paraît que beaucoup de militants se sont engagés en politique pour changer le monde. Chaque Congrès prouve, qu’à défaut d’y parvenir, ils sont prêts à tout pour gagner une petite part de pouvoir au sein des instances du PS. On a les combats et l’ambition que l’on peut.
Au niveau de ma Section, je suis sollicité par quelques camarades pour me présenter au poste de Secrétaire. En effet, nos effectifs ont fondu et la Section apparaît de plus en plus moribonde (j’y reviendrai dans un prochain épisode) et certains considèrent qu’il y a des choses à changer dans l’animation. J’aurais très certainement accepté si je n’avais déjà en tête mon futur départ de Viroflay. J’ai donc poliment refusé et nous avons reconduit simplement le Secrétaire de Section sortant.
Au niveau fédéral, les choses sont nettement moins tranquilles. La motion soutenant l’action gouvernementale a fait un bon score, meilleure que ce que j’avais imaginé (je n’ai plus le chiffre précis), montrant que l’emprise des forces hamonistes et frondeuses n’est peut-être pas si importante que ça. Nous gardons donc l’espoir qu’au moment d’élire le Secrétaire Fédéral, les militants choisirons la cohérence avec leur vote de motion.
Malheureusement, la motion n’est pas soutenue par un bloc collectif soudé. Il y a bien sûr notre noyau dur « hollandais ». Mais même lui commence à faire apparaître des fissures, qui finiront bientôt par éclater. Au moment de la campagne pour les motions, le national a imposé qu’elle soit conduite au niveau local par plusieurs personnes à la légitimité douteuse. Ainsi nous avons « hérité » d’un représentant quasi inconnu au niveau départemental, mais qui se trouve être proche de Christophe Borgel, Secrétaire National aux élections (et apparatchik notoire). On ajoute à ça une proche de Ségolène Royal et une de Martine Aubry, ne représentant qu’elles-mêmes, et on se retrouve avec un quatuor pour porter la motion. Tout le travail accompli par notre collectif semble compter bien moins que les bonnes relations avec les cadres de la rue de Solférino.
Le leader de notre collectif est cependant à nouveau candidat au poste de Secrétaire Fédéral face à la sortante. Mais il ne bénéficie pas du soutien unanime et fort de tous les représentants de la motion qu’il est censé représenter. Cela tient aussi à sa personnalité. En effet, sa plus grande qualité est aussi son plus grand défaut. Il a une vision détachée de l’importance des institutions du PS. Epanoui professionnellement et humainement, il n’a pas besoin de ça pour vivre et se sentir exister, contrairement à beaucoup. C’est pour ça que l’on a autant de plaisir à travailler ensemble, car on se concentre sur l’essentiel, dans une ambiance saine et sereine. Mais du coup, il se refuse à appeler et « draguer » tous ceux qui ont envie qu’on leur fasse la cour pour accorder leur soutien à un camp ou un autre. Et ils sont nombreux. Il les laisse à leur médiocrité. Il a raison humainement. Mais électoralement, cette attitude constitue un sérieux handicap.
Nous nous retrouvons également face au dilemme auquel fait face toutes les oppositions du monde. Devons-nous chercher à nous allier et agglomérer toutes les forces qui ne soutiennent pas la majorité sortante, y compris ceux qui représenteraient un mal bien pire que celui en place ? La tentation de le faire est immense. Déjà que le combat est déséquilibré, alors renoncer à des forces supplémentaires est difficile à accepter. Personnellement, je sais que nous allons perdre, alors je me dis autant le faire avec toute notre intégrité. Nous la garderons globalement, même si on afficherons au final certains soutiens dont on aurait pu franchement se passer.
Tout cela rend difficile dans un premier temps le choix des représentants de la motion au Conseil Fédéral. J’ai déjà décrit cet exercice toujours assez ubuesque. Au PS, le vote des militants détermine simplement le quota attribué à chaque motion. A chaque de ces dernières de détermines, comme elles peuvent, qui occupera les sièges obtenus, sans aucune transparence. Le manque d’union au sein de notre motion se ressent, mais on parvient tout de même à établir une liste acceptée par toutes les forces en présence. Pour ce faire, nous devons convaincre certains d’entre nous de ne pas figurer sur cette liste, contre la promesse qu’ils siégeront au Conseil Fédéral dans le collège des Secrétaires de Section, dont la composition est déterminée dans un second temps. Un de mes camarades proches, jeune, compétent et actif, ne l’accepte que difficilement mais fait tout de même le choix du collectif en acceptant de patienter. Il ne prend pas grand risque alors pense-t-on.
Le débat entre notre candidat et la Secrétaire Fédérale sortante se passe dans une ambiance relativement sereine. Peut-être pas cordiale mais presque. Il faut dire qu’elle ne craint pas grand chose puisqu’elle a réussi à obtenir le soutien de quelques membres de notre motion. De vieux secrétaires de Section (dont celui qui ne voulait rien changer pendant les élections départementales) et une des mandataires de la motion, dont le seul mérite politique, à part réussir à être détestée par tout le monde, est d’avoir un jour réussi à devenir proche de Ségolène Royal, ce qui est suffisant pour imposer sa présence que personne ne souhaite.
Notre sérénité s’explique aussi des assurances que nous avons reçus. Après l’élection, la majorité hamoniste nous promet de travailler avec nous en bonne intelligence et dans le respect. Nous maintenons donc notre ligne, à savoir de défendre nos idées, sans jamais attaquer le camp d’en face. Il y a pourtant à dire. J’avoue qu’à Viroflay, je la joue un peu plus fine. La veille de l’élection, j’envoie à tous mes camarades, en dehors de trois irréductibles soutiens de la majorité sortante, un mail en glissant en pièce-jointe le rapport d’activité de la précédente mandature et celui rédigé pour le Congrès de Reims, en 2008, le dernier témoignant du travail que ma mouvance avait réalisé à la tête de la fédération quand elle l’occupait.
Entre les deux, c’est le jour et la nuit. La majorité sortante ne s’est en effet jamais réellement intéressée à la vie fédérale. Exit toutes les commissions, groupes de travail, journaux d’information, soirées débats organisées précédemment… En envoyant ces mails, je suis saisi d’un peu de nostalgie, mais aussi de fierté en me rappelant pourquoi je défends notre collectif. Au final le stratagème fonctionne, puisque notre candidat fera le plein de voix à Viroflay ! Mon Secrétaire de Section, qui fait partie des irréductibles, m’en tiendra rigueur. Mais j’ai juste profité de l’absence de débat ou échange à l’échelle de la Section, qu’il aurait très bien peu organisé, et du fait n’a pas osé envoyer un message à ses ouailles pour les informer de son choix, comme c’est de tradition pour un Secrétaire de Section. Mais, il est vrai qu’en attendant le dernier moment, pour ne pas lui laisser le temps de réagir, je n’ai pas été totalement fair-play.
La Secrétaire Fédérale est réélue sans surprise. Elle fait plus de 60% des voix, donc pas de repas au Ministère de l’Agriculture pour nous. Mais nous restons fiers de notre campagne et nous apprêtons à continuer à participer sereinement à la vie fédérale. Une très mauvaise surprise nous attend. Les Secrétaires de Section du département sont appelés à se réunir pour valider la liste de leurs représentants au Conseil Fédéral. Naturellement, nous informons la Secrétaire Fédérale du nom des Secrétaires que nous voudrions voir représenter notre motion. Au final, elle n’en tiendra pas compte et soumet aux votes une liste avant les quelques Secrétaires de Section issus de notre motion qu’ils l’ont finalement soutenue. Exit donc notre jeune camarade dynamique pour laisser place à quelques vieux barbons sans intérêt. Au moment de constituer le Secrétariat Fédéral, c’est à dire ceux qui seront chargés d’animer les commissions thématiques de la Fédération, rien ne nous ai proposé, contrairement à ce qui avait été convenu. Bref, les hamonistes nous l’ont fait à l’envers, tout ça pour renforcer leur position de force en vue de la négociation pour la liste des régionales qui allaient commencer quelques semaines plus tard.
Un jour, Benoît Hamon payera cher ses pratiques qui auront profondément abîmé l’appareil militant socialiste, dans l’espoir vain d’en prendre le contrôle. Bizarrement il jouera les meurtris, le jour où, comptant sur nous pour faire campagne pour lui, nous lui avons tourné le dos. On récolte pourtant souvent simplement ce que l’on sème.
De plus en plus de cinéastes issus du monde arabo-musulman porte des œuvres pour défendre la place des femmes dans la société. Haifaa Al Mansour avait été une précurseuse en la matière en signant le magnifique Wadja en 2012. Elle revient cette fois-ci avec The Perfect Candidate, l’histoire d’une jeune femme qui se retrouve, presque par hasard, candidate à une élection municipale en Arabie Saoudite et qui va tout faire pour remporter la victoire. Une histoire au sujet sérieux, mais traité sous un ton de comédie, que l’on devine surtout choisi pour contourner la censure. Il prouve encore une fois que la légèreté peut être une arme redoutable pour porter, sans en avoir l’air, bien haut des messages pourtant très lourds de sens.
Le grand mérite d’Haifaa Al Mansour est d’avoir trouver le parfait équilibre qui lui permet de critiquer de manière forte un patriarcat aux fondements profondément religieux… sans jamais critiquer formellement le poids de la religion ou même le système instauré par le pouvoir. En effet, The Perfect Candidate se concentre sur les femmes et les hommes d’Arabie Saoudite et le regard qu’elles/ils portent les uns sur les autres. Finalement, cela s’avère un excellent choix, car c’est bien parce que chacun le fait vivre, ou simplement l’accepte, que de tels systèmes oppressifs parviennent à survivre. Le film parvient à ne se montrer jamais manichéen. Il n’y a pas de méchant, juste une chape de plomb qui pèse sur tous. Cette réussite se concrétise particulièrement dans une dernière scène, assez attendue certes, mais qui parvient à nous émouvoir profondément. Preuve tout ce qui a précédé qui a fonctionné à la perfection.
The Perfect Candidate permet de découvrir une superbe actrice en la personne de Nora Al Awadh. Elle porte réellement le film sur ses épaules avec son talent, son énergie et son charisme hors norme. Elle parvient surtout à trouver une justesse qui colle parfaitement avec celle du propos. Son personnage n’est pas que sympathique, mais on s’y attache avec une facilité déconcertante et on épouse rapidement ses aspirations qui deviendront un combat. Mais le reste du casting n’est pas en reste avec les deux comédiennes qui incarnent ses deux sœurs, qui se placent dans ses traces. Une preuve éclatante que l’Arabie Saoudite devrait penser à donner à ses habitantes la place qu’elles méritent. Car elle ont un talent fou !
LA NOTE : 13/20
Fiche technique : Réalisation : Haifaa al-Mansour Scénario : Haifaa al-Mansour et Brad Niemann Photographie : Patrick Orth Montage : Andreas Wodraschke Musique : Volker Bertelmann Pays d’origine : Drapeau de l’Allemagne Allemagne, Drapeau de l’Arabie saoudite Arabie saoudite Genre : drame Durée : 104 minutes
Casting : Nora Al Awadh : Sara Dae Al Hilali : Selma Mila Al Zahrani : Maryam Khalid Abdulraheem : Abdulaziz
Raconter une histoire, c’est aller d’un point A vers un point B. Pour certaines, depuis le premier, on aperçoit clairement le deuxième et le chemin qui y mène. Pour d’autres, la route est plus sinueuse et tout le plaisir procuré par le film vient du fait qu’il nous fait avancer à l’aveugle. Peu à peu, la route se dessine pour nous conduire à un dénouement que l’on imaginait pas forcément au premier abord. L’Infirmière fait clairement partie de cette dernière catégorie avec un scénario qui va dévoiler progressivement tous ces contours pour entraîner avec lui le spectateur et aspirer irrésistiblement le personnage principal. Cependant, si ce genre d’expérience s’avère le plus souvent particulièrement agréable, on est vraiment heureux quand le point d’arrivée nous satisfait aussi pleinement. Ici, ce n’est malheureusement pas tout à fait le cas.
L’Infirmière brille à la fois par la qualité de sa narration, mais aussi par l’ambiance particulière dans laquelle nous plonge Kôji Fukada. Il parvient à nous faire sentir très rapidement que quelque chose va venir troubler une situation de départ presque banale. On se doute bien, quand un premier événement survient, que ce dernier va avoir une série de répercussions qui vont nous emmener loin du point de départ. Cette atmosphère quelque peu troublante vient titiller fortement la curiosité du spectateur. On nous cache quelque chose et on veut savoir quoi ! Si la réponse est la hauteur, les dernières minutes du film peine à apporter une réelle conclusion au propos. On peut s’interroger sur le sens profond de l’ultime scène par exemple. Si on positive, on peut considérer que le réalisateur a voulu entretenir jusqu’au bout l’impression de mystère, ou bien considérer plutôt qu’il ne savait pas vraiment comment apporter un vrai point final à son histoire. Ceci ne vient pas gâcher l’ensemble, mais peut renfrogner quelque peu le spectateur.
L’Infirmière est littéralement illuminé par la performance de Mariko Tsutsui. Le film repose largement sur ses frêles épaules. Elle incarne à la perfection son personnage pourtant complexe, car porteur de sentiments très forts et contrastés. Elle rend parfaitement crédible son personnage et tous les sentiments qui viendront peu à peu la torturer. Son jeu est parfaitement mis en valeur par la réalisation très élégante de Kôji Fukada, qui fait vraiment de ce film une œuvre artistiquement aboutie. Elle aurait pu être plus enthousiasmante avec une fin mieux maîtrisée, mais elle restera un des bons films de cet été cinématographique, où les salles auront été bien trop désertées par les spectateurs.
LA NOTE : 12,5/20
Fiche technique : Réalisation et scénario : Kōji Fukada Photographie : Ken’ichi Negishi Montage : Kōji Fukada et Julia Gregory Musique : Hiroyuki Onogawa Production : Daisuke Futagi, Kazumasa Yonemitsu et Masa Sawada Durée : 111 minutes
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