
Pour la première fois donc, j’assistais à un Congrès du Parti Socialiste. J’avais largement suivi celui de Reims à la télévision, mais bien d’eau avait coulé sous les ponts, et la dramaturgie n’avait plus grand chose à voir. Nous arrivâmes sur place le vendredi après-midi. A l’extérieur, de nombreux stands qui font ressembler le Congrès plus à une foire qu’à un moment de réflexion politique. Mais c’est surtout un endroit de convivialité qui a finalement plus de valeur que les débats formels qui ont lieu sur la scène à l’intérieur. Surtout qu’en ce premier jour, il y avait encore très peu de monde et les personnes invitées à la tribune parlaient principalement devant des sièges vide.
L’ambiance fut différente le samedi où le public était nettement plus nombreux. De nombreuses têtes d’affiche se succédèrent à la tribune. Des invités extérieurs venaient aussi élargir l’horizon de nos débats. Je me rappelle notamment l’intervention d’une combattante kurde irakienne, venue nous parler de son combat contre l’Etat Islamique. Une intervention rendant bien pathétiques nos combats de motion pour lequel certains sont prêts à tous les déchirement les comportements le plus bas.
Une photo peut témoigner également de mon regard énamouré quand Najat Vallaud-Belkacem prend la parole. Mon admiration pour elle en ressortira encore grandi après avoir entendu son discours incisif et pertinent. Mon grand regret est ne pas avoir pu la croiser à un moment à l’autre dans les allées à l’extérieur. Elle y passa beaucoup de temps, ne faisant preuve d’aucune avarice pour discuter avec les simples militants et leur laisser prendre des selfies. Bref, j’aurais aimé m’adonner à quelque chose que je dénonce parfois dans le comportement des militants politique : la fan attitude ! Faites ce que je dis, pas ce que je fais !
Le grand moment de la journée resta cependant sans conteste le discours du Premier Ministre, Manuel Valls. A son arrivée, on sentit l’assemblée partagée, vu le caractère particulièrement clivant du personnage. Moi-même, je me trouvais dans un état d’esprit bizarre face à cette homme que je n’ai jamais aimé, certainement jamais admiré et auquel j’en voulais un peu d’occuper la position qu’il occupait alors. Mais il allait me retourner comme une crêpe. En effet, son discours restera le moment le plus fort émotionnellement de mes années de militantisme. Si Manuel Valls est un homme sans idées, la suite le prouvera, il reste un tribun extraordinaire. Il est l’incarnation du leader charismatique. Voilà un général capable de vous convaincre de donner votre vie à ses côtés dans la bataille. Cela ne suffit évidemment pas en faire un grand Premier Ministre, voire même il n’est pas évident que ces qualités soient vraiment utiles pour un tel poste. Mais malgré tous les reproches que je peux formuler à son encontre par ailleurs, je ne pourrais pas lui enlever ça.
Le point d’orgue de son discours restera le moment où il demande à l’assemblée d’accorder une longue ovation à François Hollande. Une large part de celle-ci applaudira avec force et enthousiasme. Cette période était particulièrement difficile pour tout militant socialiste et il était parvenu à nous rappeler avec une puissance rare pourquoi nous nous étions battus pour le voir élire et pourquoi il fallait continuer à défendre l’action d’un gouvernement auquel on ne pardonne rien. Certains resteront muet et ne daigneront pas se lever, dont les principaux responsables de la Fédération des Yvelines. Les frondeurs avaient alors bien largué depuis longtemps les amarres de la courtoisie républicaine. De la courtoisie tout court en fait. Ne parlons même pas de la camaraderie.
La journée se poursuivit par deux moments de convivialité. Tout d’abord, un apéritif entre membres de Répondre à Gauche, soit le mouvement des « hollandais », sous l’égide de Stéphane Le Foll. Le moment fut sympathique, me permit d’échanger quelques mots avec Michel Sapin. Il se termina surtout par un échange entre nous, militants des Yvelines, et Stéphane le Foll lui même. Nous lui parlâmes de la campagne fédérale à venir. Nous lui signifions que nous avons besoin de tout le soutien possible pour espérer battre la candidate hamoniste. Il nous répondit qu’il ne fallait pas trop rêver à la victoire, mais nous promit de nous inviter à déjeuner au Ministère de l’Agriculture si nous dépassions les 40%. Malheureusement, nous ferons un peu moins et nous passerons à côté d’un bon repas.
Ensuite, les militants yvelinois de toute tendance avaient rendez-vous pour un repas en commun. La tablée fut à l’image de la fédération, coupée en deux. Benoît Hamon était là et j’eus même « le privilège » d’être assis à côté de lui. Le hasard fit que ce même soir a lieu la finale de la Ligue des Champions. Cela me permit de découvrir que j’aurais au moins un point en commun avec lui, l’amour profond du football. Il insista auprès des restaurateurs pour que le match soit diffusé sur l’écran au dessus de notre table, mais ils avaient un problème avec leur box. Il demanda alors à la 1ère fédérale sa tablette. Celle-ci lui fit remarquer que nous étions à un repas convivial et que ce n’était pas très poli de préférer regarder un match de foot. Benoît Hamon lui répondit sèchement, comme un maître parle à sa domestique. Je me rappelle bien avoir été choqué. Cela ne sera pas la seule fois que je le vis comporter ainsi en petit chef misogyne et irrespectueux. Si je n’ai jamais aimé ses idées, ce que j’ai vu de l’homme ne m’a jamais donné envie de le lui pardonner.
Les deux côtés de la table se trouvaient plongés dans deux ambiances radicalement différentes. De mon côté, les militants riaient, buvaient, parlaient parfois un peu fort. De l’autre côté, les jeunes hamonistes, privés de leur chef parti au bout d’une demi-heure, mangeaient dans un silence d’une tristesse absolue. Certes, cela n’a que peu de rapport avec les convictions politiques, mais ces derniers traduisent souvent un certain état d’esprit. Et ce soir-là, j’étais vraiment heureux de me trouver dans le camp de la bonne humeur, ne voyant pas la politique que comme un sinistre combat du bien contre le mal.
Le Congrès se termina le dimanche matin par un triste discours de Jean-Christophe Cambadélis. L’homme est visiblement épuisé. Mais cela n’explique pas entièrement la médiocrité du discours sur la forme et le fond. Sans doute, le PS a-t-il alors un Premier Secrétaire à son image. Car il n’y a pas que lui qui semble épuisé…
L’impopularité croissante de François Hollande et du gouvernement et les très mauvais résultats des élections municipales et départementales ont évidemment laissé des traces au sein du Parti Socialiste. Après les premières, le remaniement et l’arrivée de Manuel Valls furent l’occasion d’exfiltrer un Harlem Désir dépassé par les événements en le nommant Secrétaire d’Etat aux Affaires Européennes. Acte absolument lamentable, une nomination à ce genre de poste n’étant évidemment pas faite pour régler des affaires internes à un parti. Certes, son long passé de député européen ne le rendait pas totalement illégitime pour une telle fonction, mais la manœuvre était trop grosse pour croire vraiment que c’est sa compétence qui avait prévalu.
Un personnage vit un drame affreux et un scénariste est alors tenté d’en faire un film. En effet, quoi de mieux que le malheur pour écrire une histoire. Notre empathie nous pousse vers un sentiment de sympathie envers celui qui le vit et on est prêt à lui pardonner beaucoup de choses, puisqu’il a une excuse toute faite pour expliquer son comportement. L’auteur s’attend à ce que l’on soit ému et compréhensif, à moins de passer pour un monstre insensible. Je le suis peut-être parfois, car tout cela ne me suffit pas toujours pour me faire aimer un film. Nouvelle preuve avec Madre, qui m’a surtout inspiré indifférence, voire hostilité.
Le film de Rodrigo Sorogoyen, qu’on avait quand même connu beaucoup plus inspiré, est pourtant formellement plutôt réussi. Il parvient à installer une ambiance qui intrigue le spectateur. La scène d’ouverture est notamment remarquable. Il dirige également à merveille ses comédiens. La performance de Marta Nieto est de tout premier ordre. Mais ces qualités artistiques ne peuvent effacer les problèmes posés par le propos. On ressort de Madre en ressentant une gène immense. C’est parfois le signe d’un film percutant qui ne laisse pas indifférent. Ici, il s’agit d’autre chose, qui doit plutôt inciter le spectateur à aller voir autre chose.
Judd Appatow est pour moi une des réalisateurs contemporains les plus déconsidérés par rapport à son immense talent. La faute à des films qui ne rentrent pas des une case prédéfinie. Ni réellement comédie, ni vraiment film social, son style se situe entre Woody Allen et les frères Farrelly. Les inconditionnels de ces deux styles n’y trouvent pas leur compte, surtout s’ils s’attendaient à autre chose. The King of Staten Island a cette fois-ci rencontré un beau succès critique. Malheureusement, il sort dans une période vraiment particulière et terriblement défavorable. Du coup, un grand nombre de spectateurs passeront à côté de ce qui restera peut-être comme le meilleur film de cet été (bon ok, en attendant Nolan…).
The King of Staten Island nous offre une vraie et belle révélation. Celle de Pete Davidson, venue de la télévision américaine et qui tient là son premier grand rôle au cinéma. Il incarne son personnage avec un naturel déconcertant et talent qui ne l’est pas moins. Si j’ai une admiration sans borne pour Judd Appatow, je dois reconnaître que son film n’aurait pas été aussi réussi sans son acteur principal. Mais le reste du casting n’est pas à oublier, y compris quelques apparitions sympathiques, comme celle notamment de Steve Buscemi, dont la présence à l’écran est toujours un régal sans borne. Il prend donc facilement sa place dans ce film qui est déjà un régal à lui tout seul.
Si l’amour reste le principal sujet abordé par toutes les histoires racontées en ce bas monde, l’amitié n’est pas en reste. Surtout quand l’amour (et oui, on y revient toujours) vient perturber celle-ci. C’est en tout cas le point de départ de The Climb, l’histoire de deux amis qui vont voir leur relation perturbée par les projets de mariage de l’un des deux. Une idée de base assez simple, voire simpliste, mais qui va donner lieu à un grand nombre de rebondissements savoureux et parfois inattendus. Un film plein d’humanité et de tendresse, saupoudré de beaucoup d’humour. Et avant tout un très bon film !
Michael Angelo Covino a mis beaucoup de lui-même dans ce film, puisqu’il est au scénario, à la réalisation et interprète une des deux rôles principaux. On ne s’en plaindra pas car il a mis du talent à tous les étages de The Climb. Dans l’écriture, dans la mise en scène et aussi dans l’interprétation. Il forme avec Kyle Marvin (qui a participé aussi à l’écriture du scénario) un duo détonnant qui fonctionne à merveille. Ils sont accompagnés de beaucoup de seconds rôles eux aussi savoureux. On peut citer par chauvinisme Judith Godrèche, mais on retiendra avant la performance de Gayle Rankin. Tout ce petit monde contribue à faire de ce film un des excellents films de cet été. Un film qui donne envie de retourner au cinéma sans attendre !
Le calendrier électoral laisse rarement aux militants politiques l’occasion de s’accorder une véritable pause. Un an après les municipales eurent lieu, en 2015 les élections départementales. Elles portaient pour la première ce nom, ce qui les rendait tout de même nettement plus compréhensibles. Il faut se rappeler que précédemment, elles s’appelaient les élections cantonales, qui permettaient d’élire des conseillers généraux qui géraient le département… L’éloignement des citoyens de la démocratie vient aussi de ce genre de détail qui peut paraître insignifiant à tous ceux dont la culture politique est solide.
Trouver le dénouement qui marquera définitivement votre histoire du sceau de la réussite représente un exercice difficile pour tous les créateurs d’histoire. Beaucoup de récits, pourtant passionnants pendant toute leur durée, déçoivent au final, faute d’une conclusion à la hauteur du reste. La Nuit Venue appartient malheureusement à cette dernière catégorie. Pourtant le reste du scénario, l’ambiance générale du film avaient de quoi séduire les spectateurs les plus exigeants. Mais un final aussi peu convaincant nous laisse sur une impression beaucoup plus mitigée que ce qu’elle aurait du être.
C’est d’autant plus dommage qu’artistiquement La Nuit Venue s’avère réellement abouti. La réalisation de Frédéric Farruci se montre particulièrement élégante. C’est beau, sans être vain, car les qualités esthétiques contribuent à créer l’ambiance particulière dans laquelle évoluent les personnages. Côté interprétation, Camelia Jordana crève vraiment l’écran. Elle éclipse totalement son partenaire, Guang Huo, qui se montre pourtant impeccable. Elle confirme donc son immense talent de comédienne, qui lui avait valu le César du meilleur espoir féminin pour le Brio. On a hâte de la voir dans un grand film. Ce n’est malheureusement pas le cas ici.
Deux films pour une seule critique, mais ceci pour une bonne raison. En effet, Beloved et Chained forment deux parties d’un même triptyque dont le dernier volet sortira en septembre. Il ne s’agit pas de deux épisodes d’une même histoire, mais de deux histoires différentes qui se croisent et quo comptent certains personnages en commun. Malheureusement, l’intérêt de cette caractéristique reste relativement anecdotique, faute d’être réellement exploitée. Les propos des deux films s’avèrent de plus pas du même intérêt, rendant le tout est peu frustrant.
Beloved est au final nettement moins intéressant que Chained. En abordant trois personnages d’un coup, le propos ne réussit pas à être aussi fouillé. Cela rend aussi le film plus inégal car on ne ressent pas le même attrait pour les trois histoires. Sans doute, une question de sensibilité personnelle mais pas que. Il manque à ce deuxième film un propos fort. On sait parfaitement ce que Yaron Chani cherche à nous raconter et à nous dire à travers Chained. Pour Beloved, rien d’aussi clair. En tout cas, cela n’enlève rien à la qualité du casting qui prouve encore une fois la vitalité du cinéma israélien, qui peut compter sur un grand nombre de talents.
Le film fonctionne aussi grâce à son casting. Les deux personnages principaux sont particulièrement contrastés et les acteurs qui les incarnent le sont tout autant. Mais un vrai talent et une réelle présence à l’écran les unit, ce qui permet au film de fonctionner pleinement. C’est d’ailleurs plus l’évolution de leur relation que la résolution du mystère autour des meurtres qui anime jusqu’au bout l’intérêt du spectateur. Là encore, aucune réelle surprise n’est à attendre. On se contentera donc d’un spectacle ne cochant en rien la case « inattendu », mais qui parvient tout de même à cocher la case « réussi ».
François Ozon est un réalisateur avec qui j’ai une relation particulière. Non pas que je le connaisse personnellement, mais son œuvre me plonge souvent dans une abîme de perplexité. En effet, il possède un talent de cinéaste comme le 7ème art hexagonal en a rarement connu. Mais dans beaucoup de ses films, cette perfection formelle conduit à une certaine froideur. Même quand il aborde des sujets sulfureux le résultat a quelque chose de lisse, qui nuit à la force des émotions. Cependant, j’ai déjà noté, qu’avec l’âge, ce défaut s’efface et ses films se dotent peu des aspérités qui retiennent profondément l’attention du spectateur. Eté 85 en est une nouvelle preuve !
Mais où Eté 85 prend tout son intérêt, c’est dans la sensualité qui s’en dégage. Or celle-ci ne peut naître si l’image est trop lisse. Ici elle respire souvent le désir, entre les deux personnages principaux, mais pas que. Cela tient au talent de réalisateur de François Ozon, mais aussi à la qualité du casting. Les jeunes Felix Lefebvre et Benjamin Voisin incarnent réellement leurs personnages, alors que les rôles n’ont rien de facile. Sur eux, veille un casting beaucoup plus expérimenté avec une Valeria Bruni Tedeschi impeccable et un Melvil Poupaud pas toujours crédible. Tout cela fait de ce film une œuvre aboutie. Peut-être pas la plus marquante de la filmographie de François Ozon, mais une des plus sensibles.
Commentaires récents