TOUT CA, POUR CA : 10 ANS DE MILITANTISME AU PARTI SOCIALISTE : EPISODE 32 : Le Congrès de Poitiers, partie 2 : le PS épuisé

episode32Un jour de congés de posé et me voilà dans la voiture avec deux camarades yvelinois en route pour Poitiers. Si politiquement, ce Congrès n’aura pas légué un héritage intellectuel remarquable, il restera à jamais pour moi un très beau souvenir. Le point d’orgue d’une belle histoire d’amitié, forgée autour de combats communs. Si je ne regrette jamais tout le temps que m’aura pris mon militantisme politique, même dans les réunions le plus inutiles, c’est pour les rencontres qu’il m’aura permis de faire.

Pour la première fois donc, j’assistais à un Congrès du Parti Socialiste. J’avais largement suivi celui de Reims à la télévision, mais bien d’eau avait coulé sous les ponts, et la dramaturgie n’avait plus grand chose à voir. Nous arrivâmes sur place le vendredi après-midi. A l’extérieur, de nombreux stands qui font ressembler le Congrès plus à une foire qu’à un moment de réflexion politique. Mais c’est surtout un endroit de convivialité qui a finalement plus de valeur que les débats formels qui ont lieu sur la scène à l’intérieur. Surtout qu’en ce premier jour, il y avait encore très peu de monde et les personnes invitées à la tribune parlaient principalement devant des sièges vide.

L’ambiance fut différente le samedi où le public était nettement plus nombreux. De nombreuses têtes d’affiche se succédèrent à la tribune. Des invités extérieurs venaient aussi élargir l’horizon de nos débats. Je me rappelle notamment l’intervention d’une combattante kurde irakienne, venue nous parler de son combat contre l’Etat Islamique. Une intervention rendant bien pathétiques nos combats de motion pour lequel certains sont prêts à tous les déchirement les comportements le plus bas.

Une photo peut témoigner également de mon regard énamouré quand Najat Vallaud-Belkacem prend la parole. Mon admiration pour elle en ressortira encore grandi après avoir entendu son discours incisif et pertinent. Mon grand regret est ne pas avoir pu la croiser à un moment à l’autre dans les allées à l’extérieur. Elle y passa beaucoup de temps, ne faisant preuve d’aucune avarice pour discuter avec les simples militants et leur laisser prendre des selfies. Bref, j’aurais aimé m’adonner à quelque chose que je dénonce parfois dans le comportement des militants politique : la fan attitude ! Faites ce que je dis, pas ce que je fais !

Le grand moment de la journée resta cependant sans conteste le discours du Premier Ministre, Manuel Valls. A son arrivée, on sentit l’assemblée partagée, vu le caractère particulièrement clivant du personnage. Moi-même, je me trouvais dans un état d’esprit bizarre face à cette homme que je n’ai jamais aimé, certainement jamais admiré et auquel j’en voulais un peu d’occuper la position qu’il occupait alors. Mais il allait me retourner comme une crêpe. En effet, son discours restera le moment le plus fort émotionnellement de mes années de militantisme. Si Manuel Valls est un homme sans idées, la suite le prouvera, il reste un tribun extraordinaire. Il est l’incarnation du leader charismatique. Voilà un général capable de vous convaincre de donner votre vie à ses côtés dans la bataille. Cela ne suffit évidemment pas en faire un grand Premier Ministre, voire même il n’est pas évident que ces qualités soient vraiment utiles pour un tel poste. Mais malgré tous les reproches que je peux formuler à son encontre par ailleurs, je ne pourrais pas lui enlever ça.

Le point d’orgue de son discours restera le moment où il demande à l’assemblée d’accorder une longue ovation à François Hollande. Une large part de celle-ci applaudira avec force et enthousiasme. Cette période était particulièrement difficile pour tout militant socialiste et il était parvenu à nous rappeler avec une puissance rare pourquoi nous nous étions battus pour le voir élire et pourquoi il fallait continuer à défendre l’action d’un gouvernement auquel on ne pardonne rien. Certains resteront muet et ne daigneront pas se lever, dont les principaux responsables de la Fédération des Yvelines. Les frondeurs avaient alors bien largué depuis longtemps les amarres de la courtoisie républicaine. De la courtoisie tout court en fait. Ne parlons même pas de la camaraderie.

La journée se poursuivit par deux moments de convivialité. Tout d’abord, un apéritif entre membres de Répondre à Gauche, soit le mouvement des « hollandais », sous l’égide de Stéphane Le Foll. Le moment fut sympathique, me permit d’échanger quelques mots avec Michel Sapin. Il se termina surtout par un échange entre nous, militants des Yvelines, et Stéphane le Foll lui même. Nous lui parlâmes de la campagne fédérale à venir. Nous lui signifions que nous avons besoin de tout le soutien possible pour espérer battre la candidate hamoniste. Il nous répondit qu’il ne fallait pas trop rêver à la victoire, mais nous promit de nous inviter à déjeuner au Ministère de l’Agriculture si nous dépassions les 40%. Malheureusement, nous ferons un peu moins et nous passerons à côté d’un bon repas.

Ensuite, les militants yvelinois de toute tendance avaient rendez-vous pour un repas en commun. La tablée fut à l’image de la fédération, coupée en deux. Benoît Hamon était là et j’eus même « le privilège » d’être assis à côté de lui. Le hasard fit que ce même soir a lieu la finale de la Ligue des Champions. Cela me permit de découvrir que j’aurais au moins un point en commun avec lui, l’amour profond du football. Il insista auprès des restaurateurs pour que le match soit diffusé sur l’écran au dessus de notre table, mais ils avaient un problème avec leur box. Il demanda alors à la 1ère fédérale sa tablette. Celle-ci lui fit remarquer que nous étions à un repas convivial et que ce n’était pas très poli de préférer regarder un match de foot. Benoît Hamon lui répondit sèchement, comme un maître parle à sa domestique. Je me rappelle bien avoir été choqué. Cela ne sera pas la seule fois que je le vis comporter ainsi en petit chef misogyne et irrespectueux. Si je n’ai jamais aimé ses idées, ce que j’ai vu de l’homme ne m’a jamais donné envie de le lui pardonner.

Les deux côtés de la table se trouvaient plongés dans deux ambiances radicalement différentes. De mon côté, les militants riaient, buvaient, parlaient parfois un peu fort. De l’autre côté, les jeunes hamonistes, privés de leur chef parti au bout d’une demi-heure, mangeaient dans un silence d’une tristesse absolue. Certes, cela n’a que peu de rapport avec les convictions politiques, mais ces derniers traduisent souvent un certain état d’esprit. Et ce soir-là, j’étais vraiment heureux de me trouver dans le camp de la bonne humeur, ne voyant pas la politique que comme un sinistre combat du bien contre le mal.

Le Congrès se termina le dimanche matin par un triste discours de Jean-Christophe Cambadélis. L’homme est visiblement épuisé. Mais cela n’explique pas entièrement la médiocrité du discours sur la forme et le fond. Sans doute, le PS a-t-il alors un Premier Secrétaire à son image. Car il n’y a pas que lui qui semble épuisé…

TOUT CA, POUR CA : 10 ANS DE MILITANTISME AU PARTI SOCIALISTE : EPISODE 31 : Le Congrès de Poitiers, partie 1 : le PS toujours social démocrate

episode31L’impopularité croissante de François Hollande et du gouvernement et les très mauvais résultats des élections municipales et départementales ont évidemment laissé des traces au sein du Parti Socialiste. Après les premières, le remaniement et l’arrivée de Manuel Valls furent l’occasion d’exfiltrer un Harlem Désir dépassé par les événements en le nommant Secrétaire d’Etat aux Affaires Européennes. Acte absolument lamentable, une nomination à ce genre de poste n’étant évidemment pas faite pour régler des affaires internes à un parti. Certes, son long passé de député européen ne le rendait pas totalement illégitime pour une telle fonction, mais la manœuvre était trop grosse pour croire vraiment que c’est sa compétence qui avait prévalu.

Pour le remplacer, Jean-Christophe Cambadélis est nommé Premier Secrétaire par intérim et va le rester un long moment, en dehors de toute procédure prévue par les statuts du PS. Personnellement, j’étais assez effaré par cette arrivée aux manettes d’un homme qui représente pour moi tout ce qui pose problème au PS. Un parfait apparatchik, ayant prouvé à de maintes reprises sa parfaite incompétence (cf. la campagne des européennes 2009), qui ne reste député que parce qu’il bénéficie d’une circonscription acquise au PS (enfin jusqu’en 2017…)… Je me rappelle très bien avoir dit un jour que jamais je ne voterai pour lui si jamais il devait être candidat au premier secrétariat. La suite me prouvera qu’il ne faut vraiment jamais dire jamais.

La situation au Parti allait être remise à plat par un Congrès devant avoir lieu cette fois-ci à Poitiers. Il apparut vite qu’il allait se transformer en un duel entre les supporters du gouvernement et les frondeurs. Ou plus classiquement dans l’histoire du PS, entre les sociaux-démocrates et les marxistes. Certes, deux autres forces se proposaient bien au suffrage des militants. Des forces se voulant être celles choisissant l’apaisement et tourné vers le fonctionnement du Parti. Mais comme souvent dans les situations tendues, où les clivages sont importants, la place laissé à une troisième voie est resté minime.

Pourtant, ce Congrès avait commencé par une phase de contributions où les textes proposés étaient extrêmement nombreux (27). Comme toujours, je le ai tous lus et décidé de donner ma signature à un texte porté par un collectif de jeunes militants, nommés Bougez les Lignes. Le texte était excellent, mais comme peu de gens l’avaient lu et qu’il n’était soutenu par aucun poids lourd national, il passa totalement inaperçu. Etant le seul signataire des Yvelines, j’ai même eu l’honneur de présenter le texte lors du débat départemental.

Mais au moment des motions, les textes sur lesquels les adhérents sont amenés à voter et qui structurent les instances du parti, tout ce petit monde se rassembla autour de quatre textes seulement, dont aucun n’était vraiment emballant. Me voyant mal abandonner mes camarades sociaux-démocrates yvelinois avec qui j’avais tant travaillé ces dernières années et ne voulant certainement pas laisser le moindre champ libre aux frondeurs, je me ralliais donc à la motion dont le premier secrétaire était Jean-Christophe Cambadélis.

J’avais un peu l’impression de donner ma voix au triomphe de la médiocrité. Cela traduisait à quel point l’appareil du Parti était laissé aux seconds couteaux, quand les figures les plus influentes voguaient plutôt dans les sphères gouvernementales. D’un côté, il y avait quelque chose de sain dans cette situation. Le pays avant le Parti comme on dit. Mais avec le recul, cette perte de substance de l’appareil a marqué le début d’un déclin qui ne semble pas depuis vouloir s’arrêter.

Pendant plusieurs semaines, les militants PS vécurent donc au rythme des débats entre les différents textes. Personnellement, j’assistais à celui organisé en commun avec la Section voisine de Vélizy, où je prenais longuement la parole pour défendre le texte, que je présentais un peu plus tard dans une petite Section toute proche. Mais je retiendrais surtout de cette période le débat départemental, où les deux principaux textes furent présentées par deux figures nationales : Laurence Rossignol pour les soutiens du gouvernement et Gaétan Gorce, le Maire de la Charité/Loire, chère à mon cœur, pour les frondeurs.

L’ambiance s’avéra relativement électrique et tendue. Mais je mesurais surtout à quel point il ne ressortait plus grand chose de ces débats qui aurait dû être d’idée ou de fond. La fédération étant devenue depuis un moment le fief de Benoît Hamon, les interventions du public se montrèrent majoritairement hostiles au gouvernement. La plupart des arguments avancés ne traduisait pas vraiment une hauteur de vue. Je me rappelle particulièrement de l’intervention tout sauf spontanée d’une des principales lieutenantes de la majorité fédérale, connue pour sa hargne et son agressivité. Elle expliqua que, proche du peuple, elle avait souvent l’occasion de discuter avec de simples citoyens qui lui auraient dit que parmi toutes les décisions prises par le gouvernement, la hausse de la TVA de 19,6 à 20% serait celle qu’ils ne sauraient pardonner.

Cette attaque, sortie tout droit d’un argumentaire prêt à l’emploi, n’avait strictement aucun sens. Pour la simple raison que cette hausse de la TVA n’avait eu strictement aucun impact sur les prix. Tout simplement parce qu’augmenter la TVA de 0,4% ne change pas l’immense majorité des prix qui sont soit ronds, soit du type 9,90 euros. Les entreprises ne sont pas soudainement mises à vendre leurs produits 9,92 euros. Bref, cette hausse avait été entièrement absorbée par les entreprises et donc augmenté discrètement les prélèvements qui pesaient sur elles. Une mesure qui aurait du donc satisfaire l’aile gauche. Mais voilà, dans leur vision totalement manichéenne des choses, TVA = impôt injuste = instrument du démon. Seul le diable pouvait donc oser augmenter la TVA. Cela aurait pu passer pour une erreur de bonne foi, si cela n’avait été dit avec un ton de donneur de leçons plein de morgue et de certitudes, venant d’une jeune fille qui n’avait pas la moindre idée de ce qu’est une entreprise et de la manière dont elle fixe ses prix.

Dans cette ambiance délétère et comptant surfer sur l’impopularité du gouvernement, l’aile frondeuse pensait pouvoir enfin mettre main basse sur le parti après toute une vie dans l’opposition. Mais le PS est un parti avant tout social-démocrate et la motion soutenant le gouvernement obtint une large majorité dès le premier tour (60%), l’aile gauche se trouvant cantonnée une nouvelle fois sous les 30%, soit son étiage habituel. L’élection ensuite de Jean-Christophe Cambadélis ne fut plus qu’une formalité, ce dernier remportant 70% des voix.

Tout ce petit monde se donnait alors rendez-vous à Poitiers. Et pour la première fois, je me rendais moi aussi à un congrès du Parti Socialiste.

MADRE : Hors de propos

madreafficheUn personnage vit un drame affreux et un scénariste est alors tenté d’en faire un film. En effet, quoi de mieux que le malheur pour écrire une histoire. Notre empathie nous pousse vers un sentiment de sympathie envers celui qui le vit et on est prêt à lui pardonner beaucoup de choses, puisqu’il a une excuse toute faite pour expliquer son comportement. L’auteur s’attend à ce que l’on soit ému et compréhensif, à moins de passer pour un monstre insensible. Je le suis peut-être parfois, car tout cela ne me suffit pas toujours pour me faire aimer un film. Nouvelle preuve avec Madre, qui m’a surtout inspiré indifférence, voire hostilité.

Pour résumer, Madre nous raconte l’histoire d’une jeune mère dont le fils a été enlevé quand il était tout petit et qui, des années plus tard, croise le chemin d’un jeune adolescent qui lui rappelle ce qu’aurait pu être désormais son fils. Et que croyez-vous qu’elle fait ? Et bien, elle débute avec lui une relation quasi amoureuse qui finira par devenir charnelle (même s’il y a une certaine ambiguïté à ce niveau-là). Bref, le film nous présente des élans pédophiles comme une manière de faire son deuil. Je caricature un tantinet, mais le propos est définitivement glauque et sans grand intérêt. Dans ces conditions, comment s’attacher à un personnage qui a un tel comportement ?

madreLe film de Rodrigo Sorogoyen, qu’on avait quand même connu beaucoup plus inspiré, est pourtant formellement plutôt réussi. Il parvient à installer une ambiance qui intrigue le spectateur. La scène d’ouverture est notamment remarquable. Il dirige également à merveille ses comédiens. La performance de Marta Nieto est de tout premier ordre. Mais ces qualités artistiques ne peuvent effacer les problèmes posés par le propos. On ressort de Madre en ressentant une gène immense. C’est parfois le signe d’un film percutant qui ne laisse pas indifférent. Ici, il s’agit d’autre chose, qui doit plutôt inciter le spectateur à aller voir autre chose.

LA NOTE : 06/20

Fiche technique :
Réalisation : Rodrigo Sorogoyen
Scénario : Isabel Peña et Rodrigo Sorogoyen
Costumes : Ana López Cobos
Photographie : Alejandro de Pablo
Montage : Alberto del Campo
Musique : Olivier Arson
Durée : 128 minutes

Casting :
Marta Nieto : Elena
Jules Porier : Jean
Alex Brendemühl : Joseba,
Anne Consigny : Lea
Frédéric Pierrot : Gregory
Guillaume Arnault : Benoit
Álvaro Balas : Iván
Blanca Apilánez : la mère d’Elena
Alexandre Pagani : Benjamin

THE KING OF STATEN ISLAND : King of summer

thekingofstatenislandafficheJudd Appatow est pour moi une des réalisateurs contemporains les plus déconsidérés par rapport à son immense talent. La faute à des films qui ne rentrent pas des une case prédéfinie. Ni réellement comédie, ni vraiment film social, son style se situe entre Woody Allen et les frères Farrelly. Les inconditionnels de ces deux styles n’y trouvent pas leur compte, surtout s’ils s’attendaient à autre chose. The King of Staten Island a cette fois-ci rencontré un beau succès critique. Malheureusement, il sort dans une période vraiment particulière et terriblement défavorable. Du coup, un grand nombre de spectateurs passeront à côté de ce qui restera peut-être comme le meilleur film de cet été (bon ok, en attendant Nolan…).

The King of Staten Island est un film portrait. Celui d’un jeune homme un peu paumé, qui ne sait pas trop quoi faire de sa vie. Le reste sera un parcours d’apprentissage finalement assez classique, mais mené ici avec une grande intelligence. La narration est tout d’abord remarquable, en dévoilant progressivement toutes les facettes du personnage et donc de l’histoire. Elle promet dans les premiers instants d’être assez simplistes et convenues, mais on en découvre vite toute la subtilité et la réelle profondeur. Les évolutions s’avèrent crédibles dans leur mesure. Elles ne sont jamais gratuites et on adhère totalement un message humaniste et positif qui se dégage de cet excellent long métrage.

thekingofstatenislandThe King of Staten Island nous offre une vraie et belle révélation. Celle de Pete Davidson, venue de la télévision américaine et qui tient là son premier grand rôle au cinéma. Il incarne son personnage avec un naturel déconcertant et talent qui ne l’est pas moins. Si j’ai une admiration sans borne pour Judd Appatow, je dois reconnaître que son film n’aurait pas été aussi réussi sans son acteur principal. Mais le reste du casting n’est pas à oublier, y compris quelques apparitions sympathiques, comme celle notamment de Steve Buscemi, dont la présence à l’écran est toujours un régal sans borne. Il prend donc facilement sa place dans ce film qui est déjà un régal à lui tout seul.

LA NOTE : 14/20

Fiche technique :
Réalisation : Judd Apatow
Scénario : Judd Apatow, Pete Davidson et Dave Sirus
Décors : David Schlesinger
Costumes : Sarah Mae Burton
Photographie : Robert Elswit
Montage : Jay Cassidy, William Kerr et Brian Scott Olds
Musique : Michael Andrews
Producteur : Judd Apatow et Barry Mendel
Durée : 136 minutes

Casting :
Pete Davidson : Scott Carlin
Bel Powley : Kelsey
Ricky Velez : Oscar
Lou Wilson : Richie
Moises Arias : Igor
Marisa Tomei : Margie
Maude Apatow : Claire Carlin
Pauline Chalamet : Joanne
Kevin Corrigan : Joe
Bill Burr : Ray
Steve Buscemi : Papa

THE CLIMB : Au sommet

theclimbafficheSi l’amour reste le principal sujet abordé par toutes les histoires racontées en ce bas monde, l’amitié n’est pas en reste. Surtout quand l’amour (et oui, on y revient toujours) vient perturber celle-ci. C’est en tout cas le point de départ de The Climb, l’histoire de deux amis qui vont voir leur relation perturbée par les projets de mariage de l’un des deux. Une idée de base assez simple, voire simpliste, mais qui va donner lieu à un grand nombre de rebondissements savoureux et parfois inattendus. Un film plein d’humanité et de tendresse, saupoudré de beaucoup d’humour. Et avant tout un très bon film !

The Climb allie de manière remarquable l’originalité des situations et l’originalité de la réalisation. La scène d’ouverture en reste la meilleure illustration. Un long plan séquence pendant une ascension en vélo (d’où le titre!), où le plus à l’aise des deux amis profite de la situation pour annoncer à son compagnon, incapable de le rattraper, quelque chose de très désagréable à attendre. La même scène filmé classiquement dans un café n’aurait pas du tout la même saveur et ne présenterait pas du tout le même intérêt. Cela lance parfaitement le film car le reste sera exactement dans la même veine. Le propos n’est pas bouleversant de profondeur, mais il est livré avec assez d’intelligence pour faire de ce long métrage un vrai régal.

theclimbMichael Angelo Covino a mis beaucoup de lui-même dans ce film, puisqu’il est au scénario, à la réalisation et interprète une des deux rôles principaux. On ne s’en plaindra pas car il a mis du talent à tous les étages de The Climb. Dans l’écriture, dans la mise en scène et aussi dans l’interprétation. Il forme avec Kyle Marvin (qui a participé aussi à l’écriture du scénario) un duo détonnant qui fonctionne à merveille. Ils sont accompagnés de beaucoup de seconds rôles eux aussi savoureux. On peut citer par chauvinisme Judith Godrèche, mais on retiendra avant la performance de Gayle Rankin. Tout ce petit monde contribue à faire de ce film un des excellents films de cet été. Un film qui donne envie de retourner au cinéma sans attendre !

LA NOTE : 13,5/20

Fiche technique :
Production : Topic Studios,
Réalisation : Michael Angelo Covino
Scénario : Michael Angelo Covino, Kyle Marvin
Montage : Sara Shaw
Photo : Zach Kuperstein
Directeur artistique : Kaili Corcoran, Leo Swartz
Durée : 104 min

Casting :
Michael Angelo Covino : Mike
Kyle Marvin : Kyle
Gayle Rankin : Marissa
Talia Balsam : Suzi
Judith Godrèche : Ava
Zina Wilde : Sarah
George Wendt : Jim

TOUT CA, POUR CA : 10 ANS DE MILITANTISME AU PARTI SOCIALISTE : EPISODE 30 : On va faire comme d’habitude…

episode30Le calendrier électoral laisse rarement aux militants politiques l’occasion de s’accorder une véritable pause. Un an après les municipales eurent lieu, en 2015 les élections départementales. Elles portaient pour la première ce nom, ce qui les rendait tout de même nettement plus compréhensibles. Il faut se rappeler que précédemment, elles s’appelaient les élections cantonales, qui permettaient d’élire des conseillers généraux qui géraient le département… L’éloignement des citoyens de la démocratie vient aussi de ce genre de détail qui peut paraître insignifiant à tous ceux dont la culture politique est solide.

Autre grande nouveauté, la division du nombre de circonscription par deux pour en former des plus grandes, au sein desquels les électeurs étaient amenés à voter non pas pour un, mais pour un ticket paritaire. Avant cette belle innovation que l’on doit à l’action de François Hollande, les conseils généraux (départementaux) ressemblaient à des clubs réservés aux hommes. Avec ce système, ils se trouvaient condamnés à devenir paritaires. Quelques notables y perdirent une source de revenus non négligeables, mais la démocratie y gagnait par contre largement.

Dans l’ancien système, Viroflay était une « ville-canton », ce qui assurait généralement au Maire la possibilité de cumuler avec la fonction de conseiller général. La tradition aurait pu s’arrêter là puisque le nouveau découpage faisait cohabiter notre ville avec de nombreuses autres au sein de notre circonscription, mais le duo choisit par la droite comprenait bien mon adversaire préféré. Dans l’ancienne configuration, je ne me serais pas vraiment posé la question et j’aurais naturellement été candidat, sauf à voir un camarade se porter volontaire. Dans la nouvelle, avant de pouvoir l’être, il m’aurait fallu être investi par le PS. Or je n’étais pas le seul candidat potentiel dans la circonscription.

A la Section, certains m’ont incité à candidater. Cela semblait naturel dans la continuité des élections municipales. Je me rappelle avoir réfléchi, mais ma réponse fut rapide. Je laissais volontiers la place à mon homologue et ami de Vélizy. Il y avait plusieurs raisons à ce retrait. Déjà, le poids relatif des différentes sections ne me garantissait pas du tout l’investiture, au contraire même, et je n’avais pas du tout envie de batailler pour l’obtenir. Et surtout, je savais déjà que je serais amené à quitter prochainement Viroflay et je n’avais donc rien à gagner à être candidat. En effet, pour un candidat de gauche, le combat était perdu d’avance. Mais dans une stratégie à plus long terme, ce genre d’élection peut permettre d’asseoir une certaine notoriété locale. Je n’en voyais pas l’intérêt dans mon cas personnel.

J’ai cependant joué un rôle actif dans cette élection puisque j’héritais du titre de directeur de campagne. Je me suis donc retrouvé à coordonner la campagne menée par notre quatuor de candidats. En effet, aux côté des deux titulaires, il fallait compter sur un duo de suppléants. Pour la suppléante, nous avions réussi à convaincre celle qui aurait du être élue avec moi au Conseil Municipal si nous avions gardé quatre élus. Un moyen d’entretenir toute l’énergie et la motivation dont elle avait su faire preuve pendant la campagne des municipales. Elle démontra les mêmes qualités pendant celle qui nous intéresse ici. C’était donc un très bon choix.

Pour compléter le quatuor, on choisit deux figures « historiques » du PS sur la circonscription. Des militants de longue date, ayant déjà été de nombreuses fois candidats à diverses élections locales. Cela pouvait paraître un bon choix, un bon équilibre entre renouvellement et expérience. Malheureusement, malgré tout le respect que j’ai pour l’expérience, devant moi aussi de plus en plus vieux, celle-ci peut être aussi un boulet d’une lourdeur rédhibitoire.

J’avais envie pour cette campagne de poursuivre la recherche d’actions nouvelles et innovantes entreprises, sans doute trop timidement, lors de la campagne des municipales. Je pense que le candidat et la suppléante en auraient été ravis. Cependant, à la première réunion de campagne, le suppléant sortit cette phrase magnifique « j’ai déjà été candidat sept fois (je crois que c’était sept… c’était beaucoup en tout cas), je sais comment faire campagne, on va donc faire comme on a toujours fait»… La réponse que j’aurais du apporter était « Oui, mais ça fait sept fois que tu perds les élections, donc on va faire autrement ». J’avoue que je n’avais ni l’envie, ni la motivation de mener cette campagne en créant d’emblée une tension au sein de l’équipe. Alors du coup, on a fait comme d’habitude…

Je n’ai pas donc grand chose à dire sur nos actions de campagne. Tracts et distributions en gare ou au marché, réunions publiques devant pas grand monde, si ce n’est les copains déjà acquis à la cause. Bref, les grands classiques. Je me rappelle juste d’un porte-à-porte avec Benoît Hamon que j’avais gentiment esquivé, sans autre raison que l’absence envie d’aller jouer les hypocrites en compagnie d’une « star » que je combattais par ailleurs. Cependant, malgré le manque d’originalité, nous faisions campagne avec la plus grande application car l’enjeu n’était pas nul.

En effet, si nous n’imaginions pas gagner, nous voulions éviter à tout prix de nous faire évincer dès le premier tour au profit du FN. Ceci sera le cas dans plusieurs circonscriptions des Yvelines et malgré un score assez faible (moins de 20%) nous sommes parvenus à finir deuxième au premier tour, devant le parti frontiste. Mais l’honnêteté intellectuelle doit me faire reconnaître que nous n’avons obtenu ce résultat que grâce à la présence de candidats issus de la Manif pour Tous, ayant fait un score conséquent dans notre secteur. J’échappais cependant à l’humiliation d’être le directeur d’une campagne qui aurait emmené le PS à finir derrière le FN et je continue à être heureux de ne pas avoir vécu cela.

Au soir du premier tour, au bureau central de la circonscription, à la Mairie de Versailles, nous nous sentons donc soulagés, heureux d’avoir rempli notre modeste objectif. Nous cherchons cependant à entamer la discussion avec les candidats écologistes et communistes pour qu’ils nous apportent leur soutien pour le deuxième tour. Mais ces derniers ont quitté les lieux, certainement volontairement, dans la seconde de la proclamation des résultats. Ce genre d’attitude qui explique pourquoi je ne suis certainement pas le plus grand partisan de l’union avec ces partis au comportement souvent indigne. Mais j’y reviendrai dans mon futur billet sur les dernières régionales.

Je suis sévère avec eux ? Peut-être. Il n’empêche que pendant cette campagne c’est bien encore les militants socialistes qui se trouvaient sur le terrain à tracter en même temps que le Front National et la Manif pour Tous qui avaient depuis longtemps arrêté de se cacher. Et je suis particulièrement bien placé pour le dire. Un dimanche sur la fin d’un tractage au marché, le candidat de la Manif pour Tous, qui était de Viroflay, vient me parler. L’échange est poli et nous débattons de manière tout ce qu’il y a de républicaine de questions économiques. Pendant ce temps, mes camarades terminent leur ouvrage et me laissent seul. C’est alors qu’une autre militante de la Manif pour Tous vient se mêler à la conversation. Elle essaye bien d’avancer des arguments, mais elle n’a visiblement pas la culture économique pour réellement participer à l’échange. Cela l’agace que je lui oppose systématiquement un chiffre ou un fait, sans qu’elle puisse rebondir. C’est alors qu’elle me sort, sur un ton particulièrement agressif, l’argument absolu : « Et X milliers d’avortements par an, c’est un pays qui va bien ? ». Aucun rapport avec le sujet de la conversation, mais elle n’avait pas pu s’empêcher de finir par déverser sa haine sectaire. Je mis alors fin à la conversation en lui répondant d’un ton ferme qu’elle faisait partie des personnes que j’étais fier de combattre.

Pour l’anecdote, au deuxième tour, la droite fit plus du double de notre score. Mais l’essentiel était ailleurs pour nous. Par contre, au niveau du département, la gauche ne remporta aucune circonscription. Le Conseil Général des Yvelines se trouvait composé uniquement d’élus LR et assimilés, devenant le seul département à l’assemblée sans opposition. Comme je ne regrette pas de l’avoir quitté…

LA NUIT VENUE : La fin venue…

lanuitvenueafficheTrouver le dénouement qui marquera définitivement votre histoire du sceau de la réussite représente un exercice difficile pour tous les créateurs d’histoire. Beaucoup de récits, pourtant passionnants pendant toute leur durée, déçoivent au final, faute d’une conclusion à la hauteur du reste. La Nuit Venue appartient malheureusement à cette dernière catégorie. Pourtant le reste du scénario, l’ambiance générale du film avaient de quoi séduire les spectateurs les plus exigeants. Mais un final aussi peu convaincant nous laisse sur une impression beaucoup plus mitigée que ce qu’elle aurait du être.

Avoir une fin prévisible n’est pas toujours un problème rédhibitoire. Sinon, pourquoi irions-nous voir des comédies romantiques ? Le vrai souci est quand l’évidence de la conclusion ne saute pas aussi aux yeux du principal intéressé. Dans la Nuit Venue, on a envie d’engueuler le personnage principal pour lui dire « tu es con ou quoi ? Pourquoi tu fais ça ? Il est évident que… ». Cela donne un caractère un peu artificiel et forcé au dénouement. On en oublierait presque la curiosité de la découverte d’un milieu, la belle histoire entre les deux principaux protagonistes et la tension réelle qu’une bonne partie de l’histoire fait naître. Les bases du scénarios possédaient un potentiel à faire beaucoup mieux, si le sommet de la pyramide avait été de la même qualité.

lanuitvenueC’est d’autant plus dommage qu’artistiquement La Nuit Venue s’avère réellement abouti. La réalisation de Frédéric Farruci se montre particulièrement élégante. C’est beau, sans être vain, car les qualités esthétiques contribuent à créer l’ambiance particulière dans laquelle évoluent les personnages. Côté interprétation, Camelia Jordana crève vraiment l’écran. Elle éclipse totalement son partenaire, Guang Huo, qui se montre pourtant impeccable. Elle confirme donc son immense talent de comédienne, qui lui avait valu le César du meilleur espoir féminin pour le Brio. On a hâte de la voir dans un grand film. Ce n’est malheureusement pas le cas ici.

LA NOTE : 10/20

Fiche technique :
Réalisation et dialogues : Frédéric Farrucci
Scénario : Benjamin Charbit, Nicolas Journet et Frédéric Farrucci
Musique : Rone
Durée : 95 minutes

Casting :
Guang Huo : Jin
Camélia Jordana : Naomi

CHAINED, BELOVED : En couple, mais pas trop

chainedafficheDeux films pour une seule critique, mais ceci pour une bonne raison. En effet, Beloved et Chained forment deux parties d’un même triptyque dont le dernier volet sortira en septembre. Il ne s’agit pas de deux épisodes d’une même histoire, mais de deux histoires différentes qui se croisent et quo comptent certains personnages en commun. Malheureusement, l’intérêt de cette caractéristique reste relativement anecdotique, faute d’être réellement exploitée. Les propos des deux films s’avèrent de plus pas du même intérêt, rendant le tout est peu frustrant.

Chained raconte l’histoire d’une séparation en épousant le point de vue de la moitié masculine du couple. Il livre un formidable portrait, d’une remarquable subtilité, sans aucun manichéisme. En allant voir Beloved, on s’attend à assister à la même histoire du point de vue féminin. C’est d’ailleurs ce que laisse largement entendre les promoteurs du film. Cependant, il n’en est rien. Ce deuxième volet est en fait un triple portrait de femme. Certes l’une d’elle est bien celle qui finira par quitter son mari dans l’autre film, mais le propos n’est pas du tout ici centré sur son couple. Si certains éléments permettent de mieux comprendre ce qui s’est passé par ailleurs, la synergie est assez ténue et il aurait presque pu s’agir de deux films totalement différents.

belovedafficheBeloved est au final nettement moins intéressant que Chained. En abordant trois personnages d’un coup, le propos ne réussit pas à être aussi fouillé. Cela rend aussi le film plus inégal car on ne ressent pas le même attrait pour les trois histoires. Sans doute, une question de sensibilité personnelle mais pas que. Il manque à ce deuxième film un propos fort. On sait parfaitement ce que Yaron Chani cherche à nous raconter et à nous dire à travers Chained. Pour Beloved, rien d’aussi clair. En tout cas, cela n’enlève rien à la qualité du casting qui prouve encore une fois la vitalité du cinéma israélien, qui peut compter sur un grand nombre de talents.

LES NOTES :
CHAINED : 12,5/20
BELOVED : 09/20

Fiche technique :
Réalisation : Yaron Chani
Scénario : Yaron Shani
Production : Naomi Levari, Saar Yogev, Michael Reuter, Alona Refua
Photographie : Nizan Lotem, Shai Skiff
Montage : Yaron Shani

Casting :
Rashi : Eran Naim
Avigail : Stav Almagor
Jasmine : Stav Patai
Enquêteur : Asher Ayalon
Asi : Yaniv Assaraf
Dimri : Yaniv Dimri
Hezi : Udi Ohana
Yael : Ori Shani
Na’ama Efrati : Leah Tonic
Yasmin : Stav Patay

LANDS OF MURDERS : Polar au goût de polar

landsofmurdersafficheCe mois de juillet cinématographique un peu particulier ne brille pas vraiment par l’originalité des thèmes abordés par les long métrages ayant retrouvé le chemin des grands écrans. Non qu’il n’y ait pas de bons films, mais des films au scénario relativement classique. C’est encore le cas avec Lands of Murders, un polar qui a un scénario de polar ressemblant très fortement à un scénario de polar. Bref, rien de très étonnant jusque là. L’histoire est d’autant moins originale qu’il s’agit du remake allemand d’un film espagnol, la Isla Minima. N’ayant pas vu l’œuvre originale, cet état de fait ne m’a guère influencer pour apprécier pleinement ce film réussi, mais sans surprise.

Comme par hasard, l’enquête de Lands of Murders est menée par deux flics que tout oppose. Ca vous rappelle quelque chose ? Oui, effectivement, environ un polar sur deux. Rien de très original ici en effet… mais ailleurs également. En fait, toute la personnalité du film vient du contexte historique du scénario qui se déroule quelques temps après la réunification allemande. Ce petit à côté enrichit le mécanisme pur de l’enquête et donne à ce film le petit supplément d’intérêt qui peut justifier un déplacement dans une salle obscure. Cela nous évite en tout cas le travers d’une impression pure et simple de déjà-vue.

landsofmurdersLe film fonctionne aussi grâce à son casting. Les deux personnages principaux sont particulièrement contrastés et les acteurs qui les incarnent le sont tout autant. Mais un vrai talent et une réelle présence à l’écran les unit, ce qui permet au film de fonctionner pleinement. C’est d’ailleurs plus l’évolution de leur relation que la résolution du mystère autour des meurtres qui anime jusqu’au bout l’intérêt du spectateur. Là encore, aucune réelle surprise n’est à attendre. On se contentera donc d’un spectacle ne cochant en rien la case « inattendu », mais qui parvient tout de même à cocher la case « réussi ».

LA NOTE : 12,5/20

Fiche technique :
Réalisation : Christian Alvart
Scénario : Christian Alvart et Siegfried Kamml
Costumes : Ingken Benesch
Photographie : Christian Alvart
Montage : Marc Hofmeister
Musique : Christoph Schauer
Pays d’origine : Allemagne
Format : Couleurs – 35 mm – 2,35:1
Genre : drame, thriller
Durée : 128 minutes

Casting :
Trystan Pütter : Patrick Stein
Felix Kramer : Markus Bach
Uwe Dag Berlin : Horst
Ben Hartmann : Richard Horn
Hanna Hilsdorf : Zoe
Nurit Hirschfeld : Melanie Pons
Leonard Kunz : Kevin
Marc Limpach : Kalle Möller
Marius Marx : Henner Kraft
Asia Luna Mohmand : Miriam

ETE 85 : Ozon sensible

ete85afficheFrançois Ozon est un réalisateur avec qui j’ai une relation particulière. Non pas que je le connaisse personnellement, mais son œuvre me plonge souvent dans une abîme de perplexité. En effet, il possède un talent de cinéaste comme le 7ème art hexagonal en a rarement connu. Mais dans beaucoup de ses films, cette perfection formelle conduit à une certaine froideur. Même quand il aborde des sujets sulfureux le résultat a quelque chose de lisse, qui nuit à la force des émotions. Cependant, j’ai déjà noté, qu’avec l’âge, ce défaut s’efface et ses films se dotent peu des aspérités qui retiennent profondément l’attention du spectateur. Eté 85 en est une nouvelle preuve !

Eté 85 raconte une histoire que l’on peut avoir l’impression de connaître par cœur. Les premiers amours adolescentes, l’homosexualité, le personnage séducteur et irrésistible, mais terriblement instable… Autant d’éléments qui ont nourri bien des scénarios. Cependant, la narration est ici d’une grande intelligente pour maintenir une tension constante. Certes, le procédé pour y parvenir, l’histoire racontée en flash-back, n’est pas non plus hyper original, mais la maîtrise de François Ozon lui permet de fonctionner à merveille et d’entraîner le spectateur. On est vite intrigué par le récit et on se demande jusqu’au bout où il va nous mener.

ete85Mais où Eté 85 prend tout son intérêt, c’est dans la sensualité qui s’en dégage. Or celle-ci ne peut naître si l’image est trop lisse. Ici elle respire souvent le désir, entre les deux personnages principaux, mais pas que. Cela tient au talent de réalisateur de François Ozon, mais aussi à la qualité du casting. Les jeunes Felix Lefebvre et Benjamin Voisin incarnent réellement leurs personnages, alors que les rôles n’ont rien de facile. Sur eux, veille un casting beaucoup plus expérimenté avec une Valeria Bruni Tedeschi impeccable et un Melvil Poupaud pas toujours crédible. Tout cela fait de ce film une œuvre aboutie. Peut-être pas la plus marquante de la filmographie de François Ozon, mais une des plus sensibles.

LA NOTE : 13/20

Fiche technique :
Réalisation et scénario : François Ozon, d’après le roman La Danse du coucou (Dance on My Grave) d’Aidan Chambers
Décors : Benoît Barouh
Costumes : Pascaline Chavanne
Musique : Jean-Benoît Dunckel
Photographie : Hichame Alaouié
Son : Brigitte Taillandier
Montage : Laure Gardette
Production : Éric Altmayer et Nicolas Altmayer
Durée : 100 minutes

Casting :
Félix Lefebvre : Alexis Robin
Benjamin Voisin : David Gorman
Philippine Velge : Kate
Valeria Bruni Tedeschi : Madame Gorman
Melvil Poupaud : Monsieur Lefèvre
Isabelle Nanty : Madame Robin
Laurent Fernandez : Monsieur Robin
Aurore Broutin : l’éducatrice
Bruno Lochet : Bernard
Antoine Simony : Chris
Yoann Zimmer : Luc