Certains réalisateurs possèdent un style particulièrement marqué qui ne laisse pas indifférent. Terrence Malick fait partie de ceux-là. Je fais partie de ceux qui ont par exemple trouvé The Tree of Life absolument extraordinaire. Mais je me rappelle aussi très bien de toutes les personnes quittant la salle avant la fin. Je dois admettre que certains de ses films plongent même les spectateurs les plus bienveillants à son égard dans un ennui des plus profonds. Aller voir un de ses films s’apparente donc toujours à un pari. Et un pari risqué puisque la plupart de ses films frôlent les trois heures. C’est un nouvelle fois le cas avec Une Vie Cachée. Mais cette fois, la réussite est pleinement au rendez-vous.
Avec une bonne demi-heure de moins, Une Vie Cachée serait sûrement définitivement un grand film. Cependant, s’il était plus court, il ressemblerait moins à un film de Terrence Malick. La grande force de ce film est de parvenir à allier la puissance esthétique de la réalisation avec une histoire particulièrement forte. On assiste ici à un vrai récit, avec un enjeu fort, une tension dramatique qui saisit le spectateur et le rive à ce film. Il souffre de quelques longueurs en son milieu, mais la première et la dernière partie sont absolument passionnantes. Le propos est riche et bouscule le spectateur. Il prouve aussi que son style si particulier ne le condamne pas à un cinéma uniquement contemplatif. Il peut être aussi au service d’un scénario puissant.
Une Vie Cachée nous offre quelques plans absolument sublimes. Le décor alpin est déjà beau en lui-même, mais il est ici magnifié. Mais la caméra de Terrence Malick sait aussi livrer des scènes intimistes dans des espaces étroits tout aussi belles. Il laisse aussi plus de place aux jeux des acteurs, en offrant de vrais dialogues quand il est connu pour user et abuser des voix-offs, encore bien présentes cependant. L’alternance entre les deux est vraiment au service de l’histoire, décuplant l’émotion qu’elle véhicule et son caractère dramatique. Terrence Malick livre là une de ses œuvres les plus aboutis, peut-être moins spectaculaire que The Tree of Life, mais qui pourra séduire un public plus large.
LA NOTE : 14,5/20
Fiche technique : Production : Elizabeth Bay Productions, Studio Babelsberg Réalisation : Terrence Malick Scénario : Terrence Malick Montage : Rehman Nizar Ali, Joe Gleason, Sebastian Jones Photo : Jörg Widmer Décors : Sebastian T. Krawinkel Distribution : UGC Distribution Musique : James Newton Howard Durée : 173 min
Casting : August Diehl : Franz Jägerstätter Valerie Pachner : Franziska Jägerstätter Maria Simon : Resie Bruno Gans : Juge Lueben Matthias Schoenaerts : Capitaine Herder
Devenir fou n’est pas quelque chose qui arrive tous les jours, ni très facilement. Mais le cinéma n’étant pas tout à fait le reflet de la réalité, on y assiste souvent à des chutes vers la folie, parfois particulièrement spectaculaires et rapides, spectacle parfois particulièrement fascinant. Un nouvel exemple avec The Lighthouse. Mais si ce genre de glissement d’un personnage vers la folie est un point de départ solide pour bâtir une histoire, il faut l’agrémenter de bien d’autres choses pour lui donner du sens et par là même un certain intérêt. C’est bien ce qui manque ici, où l’esthétisme ne peut rattraper une profonde vanité.
A toutes les critiques que l’on peut énoncer à l’encontre de The Lighthouse, on a parfois l’impression que Robert Eggers pense qu’il pourra y opposer un seul argument : « oui mais c’est en noir et blanc ! ». Il est vrai que cela donne une vraie personnalité visuelle au film mais cela paraît parfois aussi comme un artifice pour masquer le vide qui l’habite et se donner un style un peu « intello ». Mais un joli creux reste désespérément creux. Le spectacle proposé est relativement gratuit et finit très vite par lasser. Le film dure près de deux heures et on a l’impression d’assister toujours plus ou moins à la même chose, même si tout va crescendo. Plus l’histoire avance, plus la frontière entre délire et réalité se brouille, mais ni l’un, ni l’autre ne nous émeut. Les allers et retours incessants entre les deux nous laissent donc totalement froid.
The Lighthouse aurait pu éventuellement valoir le détour pour voir Robert Pattinson dans un rôle loin de son registre habituel. Mais il y a longtemps que cet acteur a su s’éloigner de son image de jeune premier de l’époque de Twilight. Ce n’est pas le premier rôle dans un univers barré et un rien malsain. Mais Robert Eggers n’est pas David Cronenberg. Du coup, il n’y a aucune effet de surprise à attendre de ce côté là. Et voir Willem Dafoe jouer le rôle d’une personnage ayant quelque peu perdu la raison n’est pas non plus une nouveauté jamais vue. Bref, à part la photographie absolument sublime, ce film n’allume vraiment rien dans l’œil du spectateur qui s’ennuie profondément. Au lieu de tomber dans la folie, il tombe dans une torpeur dont il ne sortira qu’en quittant la salle.
LA NOTE : 07/20
Fiche technique : Production : A24, New Regency, RT Features Réalisation : Robert Eggers Scénario : Robert Eggers, Max Eggers Montage : Louise Ford Photo : Jarin Blaschke Décors : Craig Lathrop Distribution : Universal Pictures International France Son : Damian Volpe Musique : Mark Korven Durée : 118 min
Casting : Willem Dafoe : Thomas Robert Pattinson : Ephraim
Dans un premier temps, je n’avais pas forcément imaginé aller voir la Vie Invisible d’Euridice Gusmao. Quelle erreur funeste aurais-je commis ! Récompensé par le Prix Un Certain Regard au dernier Festival de Cannes, ce film est des petits bijoux qui viennent enchanter les salles obscures en cette fin d’année. Beau, passionnant, touchant, ce film nous propose une histoire forte, peuplée de personnages marquants et nous offrant un vrai panorama sur un pays et une époque. Ce film est donc à ajouter dans la longue liste des petits chefs d’œuvre cinématographiques venus du Brésil.
La Vie Invisible d’Euridice Gusmao est un vrai mélodrame. Ce terme prend parfois un sens péjoratif. Il n’en est rien ici et redonne au contraire à ce genre toutes ses lettres de noblesses. Pas d’émotion facile ou de grosses ficelles narratives, mais un récit poignant qui prend des allures de fresques familiales et quasi historiques. Car à travers le destin de deux sœurs et de leur famille, c’est toute une société que l’on découvre et que l’on voit évoluer. La construction du récit est vraiment remarquable. Il prend progressivement de l’épaisseur pour laisser le temps au spectateur de s’imprégner de chaque couche, qui est aussi réussie que la précédente. Il passera par beaucoup d’émotions, toujours plus fortes et toujours sincères.
La Vie Invisible d’Euridice Gusmao est porté par deux merveilleuses actrices. Carol Duarte et Julia Stockler forme un formidable duo. La réussite de ce film repose largement sur la qualité de leur interprétation, même si c’est tout le casting qui est à saluer. Karim Aïnouz fait preuve d’une réelle maîtrise artistique en tout point, de la photographie en passant par l’écriture et la direction d’acteurs donc. Son film a reçu un prix réellement mérité, sans aucune contestation possible, ce qui est quand même assez rare quand on parle du palmarès cannois. Un film qui ne laissera donc aucun regret à quiconque se laissera tenter. J’invite donc tous les amateur de beaux films à faire comme moi.
LA NOTE : 14/20
Fiche technique : Production : RT Features Réalisation : Karim Aïnouz Scénario : Muriel Hauser, Inés Bortagaray, Karim Aïnouz, roman de Martha Batalha Montage : Heike Parplies Photo : Hélène Louvart Décors : Rodrigo Martirena Distribution : ARP Sélection Musique : Benedikt Schiefer Durée : 139 min
Casting : Carol Duarte : Euridice Julia Stockler : Guida Gégrorio Duvivier : Antenor Barbara Santos : Filomena Flavia Gusmao : Ana Maria Manoella : Zelia Antonio Fonseca : Manuel Fernanda Montenegro : Euridice âgée
Le cinéma a ceci de magique qu’il peut rendre positif quelque chose qui dans la vie ne l’est franchement pas. Par exemple, les tics et les tocs ne sont pas forcément des caractéristiques qui rendent la vie plus plus belles pour ceux qui en sont frappés et ceux qui y sont confrontés. Pourtant, le 7ème art nous a souvent proposé des personnages qui en présentent, et parfois même des sévères, pour qu’au final cela les rendent plutôt sympathiques. Une nouvelle preuve avec Brooklyn Affairs, deuxième film d’Edward Norton. Cependant, cela ne s’avère tout de même pas suffisant pour donner tout son intérêt à un film.
Brooklyn Affairs se situe entre le polar et le film de gangsters. Mais ce que l’on retiendra surtout c’est le syndrome de Gilles de la Tourette dont est frappé son personnage principal. Parce que pour le reste, l’intrigue passionne peu. Elle ne possède pas l’épaisseur qui justifie deux heures et demi de film et du coup tout est dilué et perd en impact. On entre assez facilement dans l’histoire, mais à mesure que le mystère se dissipe, on est généralement assez déçu des explications données. On finit sur une impression assez désagréable de « tout ça, pour ça ». On ne s’est pas tant ennuyé que ça, mais on a quand même l’impression de s’être fait avoir par un scénario qui parvient simplement à masquer longtemps sa faiblesse.
Edward Norton s’offre avec Brooklyn Affairs un rôle qu’il a taillé exprès pour lui-même. Cependant, tous les rôles « avec handicap » ne sont pas des rôles oscarisables potentiels. Pas de Dustin Hoffman dans Rain Man ici. Je doute que ce rôle, et le film en général, marque réellement les mémoires. Edward Norton n’est pas réalisateur maladroit, son film présentant une certaine élégance artistique. Mais tout cela manque passablement d’une vraie flamme créatrice. Tout est trop attendue, cadrée pour vraiment émouvoir ou étonner. Il ne signe pas un film raté, mais une œuvre pas totalement aboutie et qui aurait dû être nettement plus audacieuse pour s’avérer réellement marquante.
LA NOTE : 10/20
Fiche technique : Production : Class 5 films, MWM, Warner Bros Pictures Distribution : Warner Bros France Réalisation : Edward Norton Scénario : Edward Norton, roman de Jonathan Lethem Montage : Joe Klotz Photo : Dick Pope Décors : Beth Mickle Musique : Daniel Pemberton Directeur artistique : Michael Ahern Durée : 144 min
Casting : Eward Norton : Lionel Essrog Gugu Mbatha-Raw : Laura Rose Alec Baldwin : Moses Randolph Bobby Cannavale : Tony Vermonte Willem Dafoe : Paul Bruce Willis : Frank Minna Ethan Suplee : Gilbert Coney Cherry Jones : Gabby Horowitz Robert Wisdom : Billy Rose
La poésie et le cinéma font parfois bon ménage, parfois un peu moins. Juger un film poétique peut permettre d’en souligner les grandes qualités. Mais c’est aussi parfois une manière extrêmement polie de dire qu’un film est un tantinet ennuyeux. It must Be Heaven est effectivement très poétique. Mais il est aussi, admettons-le, un tantinet ennuyeux. Léger euphémisme pour ne pas dire carrément chiant. Ses qualités sont indéniables. Mais ses défauts le sont tout autant.
It Must Be Heaven est parcouru d’une douce poésie, portée par un humour absurde. Elia Suleiman nous propose sa vision décalée sur la Palestine, Paris et New York. Le problème est que l’on ne saisit pas toujours ce qu’il cherche à nous dire. Cela donne au film un caractère très répétitif et pour tout dire relativement lassant. On aimerait pourtant rentrer pleinement dans cet univers qui parvient tout de même assez sympathique et amusant. Mais Elia Suleiman a tout simplement oublié de le rendre accessible au spectateur. Se sentant bêtement exclu, ce dernier finit par s’en détourner.
Tout cela est vraiment dommage car It Must Be Heaven est visuellement assez abouti. La réalisation apporte une touche esthétique indéniable et met parfaitement en valeur des personnages que l’on ne comprend pas toujours par ailleurs. En choisissant de faire de lui-même le personnage principal de son film, Elia Suleiman donne définitivement l’impression de nous livrer un univers extrêmement personnel. Sans doute un peu trop pour être partagé. Un OVNI cinématographique donc, mais avec un extra-terrestre qui ne parle pas tout à fait la même langue que nous.
LA NOTE : 08/20
Fiche technique : Production : Possibles Média, Rectangle Productions, Nazira Films, Zeynofilm, Pallas Film, Doha Film Institute Réalisation : Elia Suleiman Scénario : Elia Suleiman Montage : Véronique Lange Photo : Sofian El Fani Distribution : Le Pacte Directeur artistique : Juna Suleiman Durée : 97 min
Casting : Elia Suleiman : Elia Suleiman Tarik Kopty : le voisin Grégoire Colin : Homme dans le métro Vincent Maraval : producteur Gael Garcia Bernal : lui-même
Une histoire peut ressembler soit à un long fil que l’on déroule et qui vous mène au dénouement dans un même mouvement. Certaines ressemblent au contraire à un puzzle où chaque pièce se met en place une à une, sans que l’on puisse voir au début comment tout cela va bien pouvoir former une image cohérente. Seules les Bêtes est l’archétype de ce dernier genre de construction. Une histoire racontée du point de vue de chaque protagoniste, qui dévoilera chacun une part de vérité. Un puzzle réussi est un puzzle où toutes les pièces s’emboîtent à la perfection. Celui proposé ici a été découpé avec la plus grande précision.
Ce genre de film peut facilement tomber dans deux pièges. Soit il propose des surprises qui n’en sont pas, soit il propose des éléments surprenants car totalement incohérents et irréalistes. Seules les Bêtes échappe avec brio à ces deux écueils. La qualité de la narration est ici assez remarquable pour intriguer immédiatement le spectateur qui se demande bien quel peut être le rapport entre tous les faits qui lui sont présentés. Elle se poursuit sur la même lancée pour livrer une explication finale qui s’avère à la fois convaincante et inattendue. On est là dans le pur plaisir que peut nous faire ressentir un bon polar. C’est futile, mais c’est bon.
Seules les Bêtes offre enfin un premier rôle, et un beau, à Laure Calamy. Cette actrice, pour qui j’ai une affection particulière, prouve qu’elle a largement les épaules pour ça. A ses côtés, Denis Menochet livre une présentation à hauteur de son talent. La vraie révélation reste néanmoins la jeune Nadia Tereszkiewicz qui marque vraiment le film de sa présence. Globalement, que ce soit à l’écriture ou à la réalisation, Dominik Moll fait preuve d’une maîtrise totale. On regrette amèrement qu’il se fasse si rare sur nos écrans, avec un film tous les 5 ans environ. Mais peut-être que c’est justement cette rareté qui lui permet de nous offrir des œuvres toujours aussi abouties.
LA NOTE : 13,5/20
Fiche technique : Réalisation : Dominik Moll Scénario : Dominik Moll et Gilles Marchand, d’après l’œuvre de Colin Niel. Décors : Emmanuelle Duplay Costumes : Virginie Montel et Isabelle Pannetier Photographie : Patrick Ghiringhelli Montage : Laurent Roüan Musique : Benedikt Schiefer Producteur : Simon Arnal-Szlovak, Carline Benjo, Barbara Letellier et Carole Scotta Durée : 117 minutes
Casting : Denis Ménochet : Michel Farange Laure Calamy : Alice Farange Valeria Bruni Tedeschi : Evelyne Ducat Damien Bonnard : Joseph Bonnefille Bastien Bouillon : Cédric Vigier Guy Roger N’drin : Armand Nadia Tereszkiewicz : Marion Marie Victorie Amie : Brigitte Fred Ulysse : le père d’Alice Colin Niel : le vendeur de la coopérative
Décidément, ce dernier trimestre cinématographique aura été marqué par les films consacrés aux reporters de guerre. Et même plus précisément au sujet de la distance qu’ils gardent, ou non, avec les protagonistes des conflits qu’ils sont chargés de couvrir. Après le très réussi et touchant Camille, voici Sympathie pour le Diable, qui nous replonge dans le siège de Sarajevo en 1992. Il nous permet de faire la connaissance de Paul Marchand, qui a couvert le conflit avec acharnement et beaucoup de conviction. Quitte à s’attirer les foudres des autorités ou même de ses collègues, qu’il ne trouvait pas toujours assez engagés.
Sympathie pour le Diable est un film au triple intérêt. Il s’agit tout d’abord d’un film portrait d’un homme au caractère hors du commun. Un vrai personnage de cinéma, si ce n’est qu’il a réellement existé. Après, difficile de savoir si l’écart inévitable entre la fiction et la réalité est important ou pas. Ensuite, le film nous plonge dans le quotidien des habitants de Sarajevo et nous fait découvrir les acteurs de ce conflit. On en apprend beaucoup sur une situation très compliquée, qui est présentée ici de manière claire et précise, sans jamais ralentir l’intrigue. Enfin, il y enfin une vraie réflexion sur le rôle et la place d’un journaliste dans une telle situation. Paul Marchand n’était pas un témoin neutre et distancié. Etait-ce un mal ou bien ? Le film ne répond pas vraiment mais donne beaucoup d’éléments pour que chacun puisse se faire une idée.
Sympathie pour le Diable offre un rôle de premier ordre à Niels Schneider, César du Meilleur Espoir Masculin en 2017. Il interprète son rôle avec la même conviction que celui qu’il incarne exerçait son rôle de journaliste. Un personnage complexe mais qui reprend vie ici avec beaucoup de crédibilité. A ses côtés, Ella Rumpf, découverte dans Grave, rivalise avec lui en termes de personnalité et de présence à l’écran. La réalisation de Guillaume de Fontenay est volontairement datée pour nous plonger avec encore plus de réalisme dans l’ambiance de l’époque. Il livre un film marquant et réussi, qui nous en apprend beaucoup et nourrit notre réflexion.
LA NOTE : 13/20
Fiche technique : Réalisation : Guillaume de Fontenay Scénario : Guillaume de Fontenay, Jean Barbe, Guillaume Vigneault d’après le récit de Paul Marchand Production : Monkey Pack Films, Go Films, Nexus Factory, Logical Pictures Directeur de la photographie : Pierre Aïm Montage : Mathilde Van de Moortel Durée : 100 min
Casting : Niels Schneider : Paul Marchand Ella Rumpf : Boba Vincent Rottiers : Vincent
Loin des yeux, loin du cœur. Et sûrement encore plus quand ce lointain se situe en dehors de notre planète. Difficile d’imaginer ce que représente la douleur de quitter ses proches avant de partir pour un long séjour dans l’espace. Cela concerne peu de monde ici-bas, mais assez pour que Alice Winocour nous propose Proxima. Un film qui explore la relation d’une astronaute et de sa fille dans les semaines et les jours qui précèdent le grand départ. Un thème banal, mais développé dans des circonstances qui le sont nettement moins, pour un résultat aussi touchant qu’intéressant.
Une histoire ne peut tenir par son seul décor. Mais celui de Proxima joue quand même un rôle central et ajoute un supplément d’intérêt loin d’être négligeable. Le film décrit de manière assez précise, parfois passionnante, à quoi peut ressembler la préparation d’une astronaute, l’engagement cela exige et les doutes qui peuvent naître quand celle qui doit partir est une femme. Mais tout cela reste secondaire face à la description du lien entre une mère et sa fille et la manière dont il menace de distendre face à l’absence et plus tard face à l’éloignement. Le sujet principal du film reste avant tous les relations humaines, avant l’aventure que peut représenter la préparation pour un tel voyage. Il est traité avec beaucoup d’humanité et de subtilité.
Proxima offre un très beau rôle à Eva Green. Un rôle parfois physique, mais qui joue souvent sur l’intime. Ce n’est pas facile de faire passer autant d’émotions, en interprétant un personnage qui cherche à tout prix à cacher les siennes pour paraître forte. Elle parvient vraiment à trouver le bon équilibre et porte le film sur ses épaules. La réalisation d’Alice Winocour se montre une nouvelle fois particulièrement élégante, brillante même par moments. Cela donne une vraie beauté au film, aussi bien sur la forme que sur le fond. Un film qui ne nous emmène peut-être pas dans les étoiles, mais nous offre un joli moment de cinéma.
LA NOTE : 13/20
Fiche technique : Production : Dharamsala, Darius films, Pathé, Pandora Film, France 3 Cinéma Distribution : Pathé Réalisation : Alice Winocour Scénario : Alice Winocour, Jean-Stéphane Bron Montage : Julien Lacheray Photo : George Lechaptois Décors : Florian Sanson Musique : Ryuichi Sakamoto Durée : 106 min
Casting : Eva Green : Sarah Loreau Zélie Boulant-Lemesle : Stella Matt Dillon : Mike Shanon Alexei Fateev : Anton Ochievski Lars Eidinger : Thoma Sandra Hüller : Wendy Nancy Tate : Naomi
J’avais intitulé ma critique de The Last Jedi : Kill the fan, kill the past pour saluer la manière dont Rian Johnson s’était efforcé de tourner une page pour engager la saga Star Wars sur un nouveau chemin. Il tournait aussi par la même occasion définitivement le dos à la nostalgie ayant légèrement plombé l’épisode VII, signé JJ Abrams. Cependant, cette tentative de rupture a provoqué un déluge délirant de haine et de reproches de la part de tous les fans incapables de faire le deuil de leur enfance. Il suffit de voir Star Wars, Episode IX : l’Ascension de Skywalker pour comprendre que cette réaction d’enfants gâtés a eu un réel impact sur la production, qui s’est empressée de rappeler JJ Abrams aux manettes. Ils ont gagné. Pas sûr que le cinéma, lui, soit gagnant.
Star Wars, Episode IX : l’Ascension de Skywalker constitue un bon exemple de film pour lequel il est quasiment impossible d’écrire une critique totalement objective. En effet, difficile de ne pas le juger, non dans l’absolu, mais pour sa place dans un ensemble beaucoup plus grand et surtout par rapport aux attentes que l’on pouvait formuler à son égard. Si on assume cette subjectivité, alors on peut estimer que ce film est décevant. Il aurait pu, il aurait dû se révéler bien meilleur, plus original, plus ambitieux, plus surprenant. Il s’efforce au contraire de ramener l’histoire, les personnages, les péripéties dans un cadre déjà connu, où le fan se sent peut-être à l’aise, mais qui ne lui permet pas de connaître des émotions nouvelles. Pas d’émotions du tout du coup ?
Non, il serait injuste d’affirmer cela. Car si on essaye de juger Star Wars, Episode IX : l’Ascension de Skywalker dans l’absolu, alors on peut qu’en souligner de nombreuses qualités. Comme souvent dans ce genre de film, la qualité de la réalisation semble rester totalement ignorée de la part de nombreux critiques. JJ Abrams reste pourtant un vrai, un grand cinéaste. Le film possède une qualité esthétique qui n’a rien à voir avec la qualité des effets spéciaux. La photographie, le sens du cadrage, le montage ne peuvent que forcer l’admiration. Cela donne une grandeur supplémentaire aux meilleurs passages du film, qui finiront par rester ceux que les spectateurs retiendront au final, j’en reste persuadé.
Car Star Wars,Episode IX : l’Ascension de Skywalker propose quand même quelques beaux moments. Le scénario, au milieu des péripéties convenue imaginées pour faire plaisir aux fans sans imagination, recèle quelques passages valant le détour. Ils tournent tous autour de la relation entre Rey et Kylo. Il s’agit de l’héritage de Rian Johnson. Le fait que le meilleur de cet épisode vienne de lui renforce les regrets face à ce retour forcé à l’orthodoxie. Mais cela sauve quand même le film d’une complète platitude et apporte une dose d’émotion salutaire. Tout cela vaut mille fois mieux que les tous les clins d’œil à la trilogie initiale, aussi omniprésents que dans l’épisode VII, mais qui ne feront jamais un film, aussi sympathiques soient-ils.
Star Wars, Episode IX : l’Ascension de Skywalker souffle donc le chaud et le froid et provoque des sentiments mêlés. Avec un peu de recul, on mesure combien les critiques le plus incendiaires relèvent d’un snobisme un peu crétin, mais aussi combien les rares avis totalement enthousiasmes tiennent d’une foi quelque peu aveugle. Une chose est sûre. Disney a totalement raté son coup. Le départ moyen au box-office et l’accueil critique très froid permettent déjà de conclure que ce repli vers la zone de confort de la saga conduira à un échec peut-être encore plus profond que l’audace du précédent épisode. On ne sait pas encore quelles seront les conséquences pour le futur de la saga. En attendant la conclusion de cet arc narratif laisse les fans avec pas mal de regret, mais avec quand même quelques beaux nouveaux moments à savourer encore et encore.
LA NOTE : 13/20
Fiche technique : Production : Lucasfilm, Bad Robot, Walt Disney Pictures Distribution : Walt Disney Studios Motion Pictures International Réalisation : J. J. Abrams Scénario : J. J. Abrams et Chris Terrio Montage : Maryann Brandon, Stefan Grube Photo : Daniel Mindel Musique : John Williams Durée : 142 min
Casting : Carrie Fisher : Leia Organa Mark Hamill : Luke Skywalker Oscar Isaac : Finn John Boyega : Poe Daisy Ridley : Rey Adam Driver : Kylo Ren / Ben Solo
Un manoir, une famille nombreuse, avec quelques domestiques, un mort et un détective privé perspicace… Vous pensez tout de suite à Agatha Christie ou à quelques parties de Cluedo qui ont rythmé votre enfance. Désormais, vous pourrez penser également à A Couteaux Tirés, le dernier film de Rian Johnson, l’homme qui a offert au monde le meilleur ou le pire des Star Wars, selon chaque camp. En tout cas, cette fois-ci le résultat est unanimement salué comme étant une grande réussite. Le film parvient à être d’un classicisme total, tout en livrant une intrigue relativement inédite. Avec surtout beaucoup de second degré particulièrement rafraîchissant.
Les premières minutes de A Couteaux Tirés semblent nous mener dans une direction totalement attendue. On imagine déjà tous les protagonistes rassemblés dans une même pièce avec le détective désignant tout à coup le coupable, très certainement celui que l’on soupçonnait à première vue le moins. Et bien… pas du tout. L’histoire ne va pas suivre ce cheminement cousu de fil blanc, mais un autre bien plus original et pour le coup bien plus réjouissant. Il y a un vrai effet de surprise (que je viens de gâcher un peu… oups!) et cela vous met dans les meilleures dispositions pour suivre le reste de l’intrigue. Elle ne réservera pas de twist renversant mais elle est menée avec assez d’intelligence, sans se prendre au sérieux, pour apporter une bonne grosse dose de plaisir au spectateur.
A Couteaux Tirés bénéficie d’un casting d’un très haut niveau. Daniel Craig crève l’écran comme à son habitude. Il n’est certainement pas l’acteur le plus expressif de l’histoire, mais il parvient justement, sans en savoir l’air, à livrer un vrai numéro d’acteurs. Il apporte une réelle touche d’humour à son personnage, qui diffuse sur tout le film. Quel bonheur de revoir Jamie Lee Curtis ! Elle se fait extrêmement rare à l’écran et on ne peut que le regretter. Il serait trop long de citer tous les grands acteurs qui se partagent l’affiche ici. Alors contentons nous de saluer la prestation pleine de fraîcheur de Ana de Armas, la moins connue du lot (et de loin) mais qui brille par un rel enthousiasme dans son interprétation. Tout ce petit monde s’amuse, ça se voit et cela s’avère particulièrement communicatif pour livrer un film indispensable pour bien finir l’année.
LA NOTE : 14/20
Fiche technique : Production : Lionsgate, Media Rights Capital, T-Street Distribution : Metropolitan FilmExport Réalisation : Rian Johnson Scénario : Rian Johnson Montage : Bob Ducsay Photo : Steve Yedlin Décors : David Crank Musique : Nathan Johnson Durée : 130 min
Casting : Daniel Craig : Benoit Blanc Chris Evans : Ransmon Drysdale Ana de Armas : Marta Cabrera Jamie Lee Curtis : Linda Drysdale Michael Shannon : Walt Thrombey Don Johnson : Richard Drysdale Toni Collette : Joni Thrombey Christopher Plummer : Harlan Thrombey LaKeith Stanfield : Lt Elliott
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