CAMILLE : Si loin, si proche

camilleaffichePrendre de la distance avec un sujet s’avère souvent nécessaire. C’est vrai dans beaucoup de contextes, y compris lorsqu’on veut faire un film avec un minimum de réalisme et d’objectivité. Boris Lojkine y parvient parfaitement à travers son film Camille. Cela n’avait rien d’évident car il nous raconte l’histoire tragique d’une jeune photographe, morte en Centrafrique, notamment parce qu’elle s’est trouvée trop personnellement impliquée dans ce conflit sanglant. Le film nous livre une réflexion pertinente sur ce sujet, en même temps qu’un portrait profondément touchant.

Un spectateur de Camille vit en fait un peu la même situation que la jeune femme. On est forcément émue par son enthousiasme et son humanité. Mais dans notre situation, ça n’a évidemment aucune conséquence fâcheuse bien au contraire. On rentre profondément dans cette histoire et on la vit intensément. Cela ne nous empêche pas d’être amené à se poser de vraies questions. Le film n’apporte pas vraiment de réponse, c’est au spectateur de se forger sa propre opinion et c’est très bien comme ça car il a vraiment tous les éléments pour le faire.

camilleCamille offre un premier grand rôle à Nina Meurisse. Elle rentre dans la peau de son personnage avec beaucoup de sincérité. Elle le vit plus qu’elle ne le joue, ce qui n’est jamais évident pour une personne ayant vraiment existé. Boris Lojkine maîtrise autant la forme que le fond. La réalisation, la narration, tout cela est parfaitement maîtrisé et contribue à nous faire vivre l’histoire avec beaucoup d’intensité et d’émotion. Le film est excellent pour bien des raisons. Autant de raisons pour ne pas passer à côté de ce film qui a déjà quasiment disparu ds l’affiche.

LA NOTE : 13,5/20

Fiche technique :
Réalisation : Boris Lojkine
Scénario : Boris Lojkine et Bojina Panayotova
Décors : Jan Andersen
Photographie : Elin Kirschfink
Son : Marc-Olivier Brullé
Montage : Xavier Sirven
Musique : Éric Bentz
Production : Bruno Nahon ; Caroline Nataf
Durée : 90 minutes

Casting :
Nina Meurisse : Camille Lepage
Fiacre Bindala : Cyril
Bruno Todeschini : Mathias
Grégoire Colin : François
Augustin Legrand : Stol
Michael Zumstein : Michael
Ousnabee Zounoua : Leila
Abdouraouf Diallo : Abdou
Rafiki Fariala : l’étudiant
Mireille Perrier : la mère de Camille
Antoine Gouy : le frère de Camille
Aurélie Mazzeo : la copine de Camille

SORRY WE MISSED YOU : L’uber et l’argent de l’uber

sorrywemissedyouafficheLes plus grands réalisateurs se distinguent par leur capacité à explorer toujours de nouveaux territoires et à nous proposer des films toujours différents. Du coup, on est en droit de se demander si Ken Loach est réellement un grand réalisateur. Question quelque peu provocante tant l’immensité de son talent est universellement reconnu. Mais il est vrai que son ouvre est une des plus homogènes des cinéastes de cette renommé. Sorry We Missed You se situe dans la droite lignée de Moi, Daniel Blake, son précédent film. Mais tant qu’il parviendra à nous proposer des œuvres de cette qualité, il sera difficile de lui adresser le moindre reproche.

Sorry We Missed You dénonce le développement des contrats dits 0 heure en Grande-Bretagne. Une forme de précarisation qui transforme les salariés en soi-disant entrepreneurs. Bref ce que l’on appelle plus communément l’uberisation du marché du travail. Un sujet plus universel qu’il n’y paraît et qui se trouve remarquablement traité ici. Ken Loach, comme à son habitude, s’intéresse avant tout à l’humain et tire son propos politique d’un vécu concret, pas de grandes idées abstraites et hors sol. L’intelligence du scénario lui offre un impact qui vaut mille thèses d’économétrie.

sorrywemissedyouKen Loach démontre une nouvelle fois qu’il est un des plus remarquables directeurs d’acteurs de l’histoire. Il permet à un casting sans star de livrer des performances d’une sincérité bouleversante. Sorry We Missed You est d’un humanisme rare, que je trouve encore plus fort que Moi, William Blake. Ken Loach prend la distance parfaite avec son sujet et ne cède jamais à l’émotion facile. Beaucoup de cœur, mais aussi beaucoup de raison donc. Et surtout beaucoup de bonheur cinématographique qui nous fait attendre avec impatience le prochain Ken Loach.

LA NOTE : 14/20

Fiche technique :
Production : Sixteen Films, BBC Films, BFI Film Fund, Les films du Fleuve, Why Not Productions, Wild Bunch
Réalisation : Ken Loach
Scénario : Paul Laverty
Montage : Jonathan Morris
Photo : Robbie Ryan
Décors : Fergus Clegg
Distribution : Le Pacte
Musique : George Fenton
Durée : 100 min

Casting :
Kris Hitchen : Rocky Turner
Debbie Honeywood : Abbie Turner
Rhys Stone : Seb
Katie Proctor : Lisa Jane
Alfie Dobson : Jack O’Brien
Linda E. Greenwood : la chauffeuse
Charlie Rchmond : Henry Morgan

MARTIN EDEN : Les routes du paradis

martinedenafficheLe récit d’apprentissage est un grand classique, même si on pense vite à un roman du 19ème siècle. Cependant, ce thème continue de nous offrir encore et toujours de nouvelles histoires et on peut ranger de nombreux films dans cette catégorie. Dernier en date, Martin Eden, un film italien qui nous conte le parcours d’un jeune homme sans éducation qui va vouloir s’élever intellectuellement et par la même occasion socialement. Une récit assez classique, mais qui brille par la qualité de son personnage principal, mais qui souffre d’une forme un peu désuète.

Ce type d’histoire repose forcément de manière quasi exclusive sur son personnage principal. Ce n’est pas par hasard si le film porte simplement son nom. Ce n’est pas tant par son caractère initial que par son évolution qu’il nous fascine et nous pousse à le suivre dans son apprentissage. Martin Eden est un portrait extrêmement vivant et toujours en mouvement. Rien dans ce personnage n’est statique, tout est toujours en construction, du coup jamais le film n’est contemplatif. Il dégage un mélange de force et de faiblesse qui le rend profondément humain et donne son équilibre au film. Il restera une figure marquante de cette année cinématographique.

martinedenDans la forme par contre, Martin Eden ressemble plus à un téléfilm des années 80 qu’à un long métrage d’aujourd’hui. La photographie est très pauvre et la réalisation de Pietro Marcello est dénuée de toute imagination ou prise de risque. Certes, on se retrouve ainsi forcé de se concentrer sur l’essentiel, notamment la superbe performance de Luca Marinelli. Mais cela crée une petite voix dans la tête du spectateur l’empêchant de profiter pleinement du reste. Pas suffisant pour tout gâcher, mais assez pour ne pas donner au film toute la dimension qui aurait pu être la sienne. Que ce personnage riche de ses imperfections donne un film lui aussi imparfait n’est-il pas finalement logique.

LA NOTE : 12,5/20

Fiche technique :
Production : Avventurosa, Rai cinema, Shellac sud, IBC Movie, Match Facotry, Arte
Distribution : Shellac
Réalisation : Pietro Marcello
Scénario : Pietro Marcello, Maurizio Braucci, roman de Jack London
Montage : Fabrizio Federico, Aline Hervé
Photo : Alessandro Abate, Francesco di Giacomo
Musique : Marco Messina, Sacha Ricci
Durée : 128 min

Casting :
Luca Marinelli : Martin Eden
Jessica Cressy : Elena Orsini
Carlo Cecchi : Russ Brissenden
Vincenzo Nemolato : Nino
Marco Leonardi : Bernardo Fiore
Denise Sardisco : Margherita

CHAMBRE 212 : Chambre avec vue

chambre212afficheChristophe Honoré est un des réalisateurs les plus imaginatifs du cinéma français. Du coup, ses films laissent rarement indifférents. Personnellement, j’ai pu m’enthousiasmer pour certaines de ses oeuvres, mais certaines m’ont laisser passablement indifférent, pour ne pas dire plus. Le prix à payer pour la prise de risque. Chambre 212 propose un propos plutôt original sur un sujet, le couple après de longues années de mariage, pourtant extrêmement classique. Malheureusement une incapacité à conclure de manière convaincante vient doucher la curiosité initiale.

Ceux qui ont vu la bande-annonce de Chambre 212 connaisse déjà le principe narratif sur lequel il repose. Je laisserai aux autres la joie de la surprise et de la découverte car c’est finalement là le principal intérêt du film. Il permet une découverte progressive des personnages, de leurs contradictions et de leur complexité, à partir d’un point de départ somme toute assez banal. S’en suivra une réflexion plutôt légère mais souvent pertinente sur la vie de couple et les regrets que l’on peut avoir par rapport à son passé. Cependant au moment d’apporter une conclusion, le propos ne semble plus savoir où aller et surtout s’étire désespérément en longueur, nous laissant sortir sur une mauvaise impression.

chambre212C’est toujours un plaisir de retrouver Chiara Mastroianni à l’écran. Chambre 212 nous rappelle pourquoi car elle irradie à l’écran d’une manière remarquable. Le film confirme aussi la réelle polyvalence, et surtout le très grand talent, de Camille Cottin. Leurs partenaires masculins, Vincent Lacoste et Benjamin Biolay, se contentent de ce qu’ils savent faire le mieux, mais avec un soupçon de paresse, ne parvenant ainsi pas à tirer le film vers le haut. Ce film restera un film entre deux dans la filmographie de Christophe Honoré, laissant une impression mitigée.

LA NOTE : 11/20

Fiche technique :
Production : Les films Pelléas, Scope Pictures, Bidibul Productions, France 2 cinéma
Réalisation : Christophe Honoré
Scénario : Christophe Honoré
Montage : Chantal Hymans
Photo : Rémy Chevrin
Décors : Stéphaie Taillasson
Distribution : Memento films
Durée : 90 min

Casting :
Chiara Mastroianni : Catherine
Vincent Lacoste : Richard jeune
Benjamin Biolay : Richard aujourd’hui
Camille Cottin : Irène jeune
Carole Bouquet : Irène aujourd’hui
Harrison Arevalo : Astrudal Electorat
Stéphane Roger : la volonté
Marie-Christine Adam : la mère de Catherine

MALEFIQUE 2 : LE POUVOIR DU MAL : Suite paresseuse

malefique2afficheQuand on a beaucoup aimé un film, on est à la fois heureux et inquiet quand on apprend qu’il y aura finalement une suite. On a évidemment envie de retrouver l’univers qui nous avait séduit, mais on a aussi peur qu’elle ne soit pas à la hauteur de l’œuvre initiale, ce qui est d’ailleurs assez souvent le cas. Cependant, une fois le film sorti, on surmonte finalement son appréhension, quand bien même les critiques se montrent majoritairement négatives. C’est exactement ce que j’ai fait avec Maléfique 2 : le Pouvoir du Mal après une certaine hésitation. Et force est de constater qu’une nouvelle fois, ce n’est pas forcément une bonne idée.

Maléfique 2 : le Pouvoir du Mal est un film paresseux. En effet, il propose quelques bonnes idées et des directions nouvelles potentiellement intéressantes. Mais aucune n’est vraiment exploitée avec l’application nécessaire. Tout est cousu de fil blanc et parsemé d’éléments qui fonctionnent très mal. Rien n’est vraiment abouti, jamais embarrassé de la moindre dose de subtilité. Ce serait mentir de dire que l’on s’ennuie, mais on n’est pas vraiment pris par l’histoire qui nous divertit finalement assez mollement. La grande bataille finale ne restera pas vraiment dans les mémoires alors qu’elle aurait pu potentiellement se voir portée par un souffle épique tout autre, si les scénaristes avaient bien voulu s’en donner la peine.

malefique2On retrouve dans Maléfique 2 : le Pouvoir du Mal le même casting que le premier épisode. Chacun et chacune s’acquitte de sa tâche avec beaucoup de professionnalisme, mais personne ne parvient à donner de supplément d’âme à son personnage. Pas suffisamment en tout cas pour tirer de manière significative le film vers le haut. Même l’apport de Chiwetel Ejiofor, la seule vraie nouveauté de la distribution, n’a rien d’évident. C’est donc au final un vrai sentiment de déception qui prédomine, avec la légère impression pour le fan de s’être fait légèrement avoir. Et sans aucune envie de voir naître une troisième épisode.

LA NOTE : 09/20

Fiche technique :
Production : Walt Disney Pictures, Roth Films
Distribution : The Walt Disney Company France
Réalisation : Joachim Ronning
Scénario : Linda Woolverton, Noah Harpster, Micah Fitzerman-Blue
Montage : Craig Wood
Photo : Henry Braham
Effets spéciaux : Geoff Zanelli
Durée : 119 min

Casting :
Angelina Jolie : Maléfique
Elle Fanning : Princesse Aurore
Michelle Pfeiffer : Reine Ingrith
Harris Dickinson : Prince Philiip
Sam Riley : Diaval
Chiwetel Ejiofor : Conall
Ed Skrein : Borra

TERMINATOR : DARK FATE : Place aux femmes

terminatordarkfateafficheCertaines franchises passent du culte à l’oubli et l’indifférence à force de s’étirer encore et encore. La sortie de Terminator : Dark Fate est très loin d’avoir eu le même retentissement que la sortie de Terminator 2 en 1991. On peut même parler d’une certaine indifférence. Il faut dire que la qualité cinématographique de ces deux films n’a vraiment rien de comparable. Mais faut-il pour autant jeter ce sixième volet d’une saga qui n’est pas (plus) vraiment une ? Pas forcément ! En effet, on assiste tout de même à un agréable divertissement, qui sait jouer avec malice sur la nostalgie et l’humour. On ne retrouve pas les émotions de l’époque, mais au moins passe-t-on un bon moment.

Si les trois premiers volets de la saga Terminator formait un tout cohérent, les trois autres qui ont suivi ne cherchent plus forcément à éviter les contradictions avec les autres épisodes. Par exemple, ce Terminator : Dark Fate n’est guère compatible avec les événements décrits dans le troisième volet. Mais qu’importe au fond. On est plutôt devant une variation sur le même thème et c’est un exercice tout à fait respectable. Une fois qu’on l’a admit, on peut simplement apprécier ce film d’aventures rythmé, qui va droit au but et qui nous offre quelques jolies scènes d’action. Rien de révolutionnaire, mais une efficacité qui permet d’y trouver ce que l’on pouvait raisonnablement espérer du sixième volet d’une telle saga.

terminatordarkfateTerminator : Dark Fate laisse une large place aux femmes, qui prennent les choses en main. C’est avec un vrai plaisir que de retrouver Linda Hamilton dans le rôle de Sarah Connor. Le poids des années n’ont fait que rendre son personnage encore plus « badass ». A ses côtés, le duo Mackenzie Davis et Natalia Reyes montrent que les personnages féminins conviennent tout aussi bien pour ce genre de film. Evidemment, on est aussi heureux de retrouver notre bon vieux Arnold Schwarzenegger, qui sait toujours faire preuve de beaucoup d’ironie et de second degré par rapport aux rôles qui ont fait sa légende. Tout ce petit monde contribue à la relative réussite de ce film qui se laisse regarder avec un plaisir non feint.

LA NOTE : 12,5/20

Fiche technique :
Réalisation : Tim Miller
Scénario : David S. Goyer, Justin Rhode et Billy Ray, d’après une histoire de James Cameron, Charles Eglee, Josh Friedman, David S. Goyer et Justin Rhodes, d’après les personnages créés par James Cameron et Gale Anne Hurd
Direction artistique : Sonja Klaus
Décors : Monica Alberte, David Bryan, Luke Edwards, Alejandro Fernández, Claire Fleming, Florian Müller, Tom Still et Lucienne Suren
Costumes : Ngila Dickson
Photographie : Ken Seng
Montage : Julian Clarke
Musique : Junkie XL
Production : James Cameron, David Ellison, Dana Goldberg et Don Granger
Producteur délégué : Bonnie Curtis, John J. Kelly et Julie Lynn
Durée : 128 minutes

Casting :
Linda Hamilton : Sarah Connor
Arnold Schwarzenegger : le Terminator T-800 (modèle 101) surnommé « Carl »
Mackenzie Davis : Grace
Natalia Reyes : Daniela « Dani » Ramos5
Gabriel Luna : le Terminator Rev-9
Diego Boneta : Diego Ramos
Stephanie Gil : Grace, jeune
Enrique Arce : M. Ramos

AU BOUT DU MONDE : Lost in Translation

auboutdumondeafficheQuand on va voir un film d’un réalisateur qui nous avait habitué à des œuvres quelque peu décalées, on se montre forcément quelque peu décontenancé quand il revient à une certaine normalité. C’est ce que l’on peut ressentir devant Au Bout du Monde, œuvre de Kiyoshi Kurosawa. Mais ce qu’il y a d’encore plus troublant est la parenté évidente avec Lost in Translation, même si c’est cette fois une Japonaise qui se retrouve loin de chez elle, incapable de communiquer avec la population locale. Difficile dans ces conditions d’entrer complètement dans un film très beau par ailleurs.

Je ne sais pas si tous les spectateurs auront envie de passer leurs prochaines vacances en Ouzbékistan, mais au moins Au Bout du Monde titille-t-il la curiosité de ceux-ci à propos de ce pays. Les amateurs de dépaysement seront servis. On a cependant parfois du mal à comprendre toutes les réactions de « l’héroïne », combien même son état d’esprit est particulier et sa culture éloignée de la nôtre. On a donc un peu de mal à sympathiser et à compatir. On suit les événements avec un intérêt poli, mais guère plus. En tout cas, pas d’enthousiasme à l’horizon.

auboutdumondeAu Bout du Monde est de loin le film de le plus abouti visuellement. Les images sont très belles et Kiyoshi Kurosawa parvient remarquablement bien à capter l’ambiance « exotique » de l’Ouzbékistan. Au milieu de cette photographie particulièrement soignée, Atsuko Maeda évolue avec grâce et délicatesse. Même si on a parfois du mal à croire à son personnage, on ne lui en tiendra pas rigueur car c’est bien son charme singulier qui parvient malgré tout à nous relier au film. Ce dernier ne restera cependant pas inoubliable. Certainement moins qu’un voyage en Ouzbékistan en tout cas.

LA NOTE : 10/20

Fiche technique :
Production : King Records, Tokyo Theatres K.K., Django Film, Loaded Films, Uzbekkino
Distribution : Eurozoom
Réalisation : Kiyoshi Kurosawa
Scénario : Kiyoshi Kurosawa
Montage : Koichi Takahashi
Photo : Akiko Ashizawa
Musique : Yusuke Hayashi
Durée : 120 min

Casting :
Atsuko Maeda : Yoko
Ryo Kase : Iwao
Shota Sometani : Yoshioka
Tokio Emoto : Sasaki
Adiz Rajabov : Temur

MATTHIAS & MAXIME : Maltraitance de sujet

matthiasmaximeafficheXavier Dolan est un génie, ceci est relativement incontestable. Mais être un génie ne signifie pas toujours ne produire que des œuvres géniales. Il faut savoir utiliser l’immensité de son talent à bon escient et ne pas se reposer uniquement sur lui avec complaisance. Juste la Fin du Monde, Ma Vie avec F.Donovan étaient des films formellement brillants, mais où il manquait cette étincelle pour enthousiasmer pleinement. Matthias et Maxime, à travers sa bande-annonce, semblait prometteur, dans une ambiance plus intime, plus québecoise, bref plus proche de son auteur. Mais un scénario guère convaincant ne parvient pas à nous faire apprécier pleinement la maestria de la forme.

Matthias et Maxime fait à mon sens typiquement partie des films où on est censé s’émouvoir face à un personnage qui se comporte comme un crétin, combien même il a quelques raisons compréhensibles pour agir ainsi. Je n’ai ressenti aucune compassion, aucune émotion face à un comportement juste exécrable. Incapable de rentrer dans l’histoire, je me suis ennuyé ferme. Et je n’ai pas non plus été convaincu face à une conclusion d’une banalité confondante, qui inspire un simple « tout ça, pour ça ». La valeur du sujet valait un tout autre scénario, car ce dernier ici ne vaut vraiment pas un film. Bref, on est face à un cas clair de maltraitance de sujet.

matthiasmaximeMatthias et Maxime reste un film cependant divinement réalisé. Le sens de l’image de Xavier Dolan est impressionnant, y compris dans des situations intimistes qui n’appellent pas au spectaculaire. Il sait capter sur le vif les émotions pour les sublimer. Peut-être parce qu’il est lui-même un acteur brillant, ce qu’il prouve une nouvelle fois dans ce film. Gabriel D’Almeida Freitas n’est pas en reste, surtout qu’il bénéficie d’une direction toujours aussi brillante. Mais tout cela ne parvient pas à nous empêcher de trouver le temps bien long. Comme le temps d’attendre le prochain film de Xavier Dolan où il donnera cette fois, espérons-le, toute la mesure de son talent.

LA NOTE : 07/20

Fiche technique :
Production : Sons of Manual
Réalisation : Xavier Dolan
Scénario : Xavier Dolan
Montage : Xavier Dolan
Photo : André Turpin
Décors : Colombe Raby
Distribution : Diaphana
Musique : Jean-Michel Blais
Durée : 119 min

Casting :
Gabriel D’Almeida Freitas : Matthias
Xavier Dolan : Maxime
Anne Dorval : la mère de Maxime
Pierre-Luc Funk : Rivette
Samuel Gauthier : Frank
Adib Alkhalidey : Shariff
Catherine Brunet : Lisa
Antoine Pilon : Brass
Harris Dickinson : McAfee

HORS NORMES : L’humain d’abord

horsnormesafficheConnaître un jour dans sa carrière d’artiste un immense succès représente évidemment avant tout une chance, que chaque créateur, qu’il l’avoue ou non, rêve d’avoir. Cependant, c’est également potentiellement aussi comme une malédiction, car l’artiste se trouver renvoyer encore et toujours à cette œuvre. Avec l’incroyable succès d’Intouchables, Eric Toledano et Olivier Nakache ont acquis un statut à part dans le cinéma français. Mais on attend désormais d’eux qu’il fasse aussi bien (si cette expression a un sens). Avec le Sens de la Fête, ils sont déjà parvenus à connaître un nouveau grand succès dans un style un peu différent. Avec Hors Normes, ils reviennent à ce qu’ils savent faire le mieux, comme s’ils ne pouvaient s’en éloigner trop longtemps. Mais force est de constater que le succès risque d’être à nouveau au rendez-vous.

La grande force d’Eric Toledano et Olivier Nakache reste leur capacité à ne jamais confondre les bons et les beaux sentiments. Hors Normes n’est certainement pas un film qui se contente d’une émotion facile. C’est un film humaniste, au sens profond du terme, rempli de personnages à qui l’histoire donne une véritable épaisseur, sans les enfermer dans un rôle précis et encore dans leur handicap quand ils en ont un. Le tout est porté par des intrigues multiples qui créent une vraie tension narrative constante. Bref, ce n’est ni larmoyant, ni contemplatif et on passe un vrai bon moment plein de rires, de larmes, de découvertes et de jolies rencontres. Il faut beaucoup de talent pour parvenir à faire ça avec un sujet qui tendait une multitude de pièges à celui comptant s’y attaquer.

horsnormesL’avantage de bénéficier d’une réputation comme celle d’Eric Toledano et Olivier Nakache est de pouvoir facilement compter sur un casting de très haut niveau. Rassembler à l’écran Vincent Cassel et Reda Kateb représenterait pour beaucoup de réalisateurs un rêve relativement inaccessible. Dans Hors Normes il devient réalité. Les deux hommes font preuve d’une complicité rare à l’écran. Une complicité qui rappelle celle d’un autre duo d’acteurs dirigé par le même duo de réalisateurs. Mais c’est tout le casting qui est à saluer et pas seulement celui des acteurs professionnels. Dans ce film, il n’y a que des acteurs tout court, que des acteurs formidables, merveilleusement bien dirigés, que des grands rôles pour de grands personnages. C’est ce qui fait la grandeur de ce film dont on ressort enthousiaste, croyant un peu plus fort à la capacité de certains individus à s’engager pour faire le bien. On l’est par contre un peu moins sur la capacité de notre société à faire face avec les moyens nécessaires à la différence.

LA NOTE : 14/20

Production : Quad Films, Ten Cinema
Réalisation : Eric Toledano, Olivier Nakache
Scénario : Eric Toledano, Olivier Nakache
Montage : Dorian Rigal-Ansous
Photo : Antoine Sanier
Distribution : Gaumont
Musique : Grandbrothers
Directeur artistique : Patrick Schmitt
Durée : 115 min

Casting :
Vincent Cassel : Bruno
Reda Kateb : Malik
Hélène Vincent : Hélène
Bryan Mialoundama : Dylan
Benjalin Lesieur : Joseph

PAPICHA : Un destin, un pays

papichaafficheCertains films vous permettent de prendre conscience du côté dérisoire de certains débats qui enflamment l’actualité. Quand on parle sans fin d’un bout de tissu jusqu’à la nausée, Papicha nous rappelle ce qu’est vraiment l’islamisme et que ses premières victimes, dans une absolue majorité, sont des musulmans, y compris des femmes portant pourtant le voile. Il permet de mieux comprendre le basculement dans l’horreur de la société algérienne au début des années 90. Mais ce film reste avant tout un très beau portrait d’une jeune femme éprise de liberté et pleine d’ambition.

Papicha est un film humaniste, avant même d’être un film politique. C’est par un destin individuel que l’on suit le destin de tout un pays. On ne peut que s’attacher profondément au personnage principal, pourtant pas dénué de défaut. Cette jeune fille force notre admiration en même temps que notre affection. On partage sa colère face à un monde qui s’écroule et les murs qui se dressent. On partage ses espoirs de prouver sa valeur au monde et de trouver le bonheur malgré tout. Et bien sûr, on partage également les moments dramatiques. Ce mélange d’émotions, fortes et sincères, donne toute la dimension de ce film salutaire et bouleversant.

papichaLa jeune Lyna Khoudri vie à son personnage avec une énergie et une conviction d’une grande force. Elle porte réellement le film sur ses épaules et contribue à faire de Papicha une grande réussite. Elle est entourée de nombreux seconds rôles tout aussi formidables. La réalisation de Mounia Meddour est parfaitement maîtrisée, faisant naître une vrai souffle narratif qui porte son récit. Elle évite tout les travers larmoyants dans lequel aurait pu facilement tomber une telle histoire. Elle ne cantonne pas ses personnages dans leur état de victimes, mais rend au contraire un vibrant hommage à celles qui ont résisté. Un hommage qui saura en inspirer d’autres, n’en doutons pas.

LA NOTE : 13,5/20

Fiche technique :
Production : High Sea Productions, The Ink Connection, Scope pictures, Tayda Film, Tribus P Film, Same Player
Réalisation : Mounia Meddour
Scénario : Mounia Meddour, Fadette Drouard
Montage : Damien Keyeux
Décors : Chloé Cambournac
Distribution : Jour2fête
Musique : Rob
Durée : 105 min

Casting :
Lyna Khoudri : Nedjma
Shirine Bouetlla : Wassila
Amira Hilda Douaouda : Samira
Zahra Doumandji : Kahina
Yasin Houcha : Mehdi
Samir El Kahim : Mokhtar
Nadia Kaci : Mme Kamissi