Le combat pour l’égalité homme/femme se joue pour une part importante au sein des entreprises. On pense immédiatement à l’égalité salariale. Mais il existe d’autres enjeux. On souligne souvent l’absence quasi totale de femmes à la tête des entreprises du CAC 40. C’est sur ce constat qu’est basé Numéro Une. Un film sur l’univers impitoyable des affaires et sur la manière dont les hommes cherchent à conserver l’exclusivité du pouvoir. Un film qui prend une résonance particulière dans le contexte actuel, même si les sujets sont bien distincts.
Numéro Une aurait pu être un film tout ce qu’il y a des plus classiques sur les jeux de pouvoir et d’influence et toutes les extrémités dont certains sont capables pour garder leur position dans l’ordre des choses. Lui donner une dimension féministe lui donne étonnamment un relief, un intérêt et un originalité supplémentaire. Etonnamment car cela permet de réaliser à quel point le sujet a pour l’instant été largement oublié par le cinéma français. Un des grands mérites de ce film est de réparer cet oubli.
Numéro Une est d’autant plus méritant qu’il est aussi maîtrisé et réussi. Emmanuelle Devos éclabousse l’écran comme à son habitude et sa présence constitue une raison à elle seule d’aller voir ce film. On retrouve globalement la science de la narration de Tonie Marshall qui sait raconter son histoire comme un polar et maintient donc une vraie tension narrative du début à la fin. Certes, le film n’est pas parfait, manque parfois d’une réelle audace, comme si la réalisatrice avait peur de desservir son sujet en prenant des risques. C’est dommage, mais ce n’est pas une raison de bouder ce film.
LA NOTE : 13/20
Fiche technique : Production : Tabo Tabo Films, Versus productions, France 3, Noodles production Distribution : Pyramide Réalisation : Tonie Marshall Scénario : Tonie Marshall, Marion Doussot, Raphaëlle Bacqué Montage : Marie-Pierre Frappier Photo : Julien Roux Décors : Anna Falguières Musique : Mike Kourtzer, Fabien Kourtzer Durée : 110 min
Casting : Emmanuelle Devos : Emmanuelle Blachey Suzanne Clément : Véra Jacob Richard Berry : Jean Beaumel Sami Frey : Henri Blachey Benjamin Biolay : Marc Ronsin Francine Bergé : Adrienne Postel-Devaux Anne Azoulay : Claire Dormoy John Lynch : Gary Adaùs Jérôme Deschamps : le P-DG
Si le cinéma n’a généralement aucun scrupule à ranger les personnages dans des cases manichéennes, il a beaucoup de scrupule à faire de même quand il s’agit d’enfants ou d’adolescents, n’osant considérer que leur cause est déjà entendue. Cela donne même lieu à réflexion sur les « enfants » perdus, qui semblent voués à devenir des adultes infréquentables, mais qu’il est encore temps de sauver. L’Atelier se situe dans cette lignée. Un film qui essaye de comprendre les racines de la dérive vers la haine et la violence, mais sans tout à fait y parvenir.
L’Atelier est doté de deux centres de gravité. Le sujet reste un des jeunes élèves d’un atelier d’écriture qui a commencé à basculer vers la haine et l’extrême droite. Si le début du film peut nous laisser penser à un propos plus large, il se focalise très vite sur ce seul axe. Par contre, l’histoire n’est pas raconté d’un œil extérieur et neutre. On partage clairement le point de vue de l’animatrice de l’atelier. Son désir de comprendre se transmet au spectateur et la quête devient commune. Et si le dénouement n’apporte pas de réponse claire et définitive, c’est sans doute que cette dernière n’existe de toute façon pas.
Il y a longtemps que Marina Foïs a quitté son statut d’actrice comique, on n’est plus du tout surprise de la voir aussi à l’aise dans un tel rôle. Mais on ne peut que constater que sa présence à l’écran apporte un vrai plus. Elle est parfaitement secondée par tout le casting post adolescent, avec le jeune Matthieu Lucci, vraie révélation. Au final, l’Atelier n’est peut-être pas le film le plus abouti et le plus passionnant de Laurent Cantet. Mais il livre une œuvre qui sait résister à tous les raccourcis qu’il aurait pu facilement emprunter pour nous offrir au final une ambiguité ni noire, ni blanche, mais grise. Bref, comme dans la vraie vie.
LA NOTE : 13/20
Fiche technique : Production : Archipel 35 / Archipel 33 Réalisation : Laurent Cantet Scénario : Laurent Cantet, Robin Campillo Montage : Mathilde Muyard Photo : Pierre Milon Distribution : Diaphana Films Musique : Bedis Tir, Edouard Pons Durée : 113 mn
J’avoue que lorsque j’ai vu pour la première fois les affiches de Coexister sur les murs du métro, j’ai pris un peu peur. Non que je dénie tout talent à Fabrice Eboué, mais je ne le pensais pas capable de traiter un tel sujet sans se prendre les pieds dans le tapis de la lourdeur. Le résultat confirme qu’il ne faut jamais douter a priori de la réussite ou d’un échec. En effet, sans être parfait, le film évite beaucoup des pièges qui se dressaient devant lui et se révèle surtout très drôle. Il fera en tout cas définitivement oublier le détestable Qu’Est ce qu’on a Fait au Bon Dieu ?
Excusez-moi pour cette expression triviale, mais Fabrice Eboué a quand même eu les couilles d’oser se moquer gentiment mais résolument des religions dans le contexte que l’on connaît. Il y a une forme de tendresse dans son regard certes, mais aussi beaucoup de mordant. Si on veut chercher des défauts à Coexister, on pourrait dire qu’il y en a pas toujours assez de ce dernier. On aurait aimé que Fabrice Eboué aille un peu plus loin dans le caustique, mais il est vrai que ça aurait été sûrement au détriment de l’attachement que l’on ressent pour les personnages.
Les mérites de Fabrice Eboué n’en restent pas moins multiple. Au-delà d’une réelle qualité d’écriture, il a su aussi diriger un casting qui aurait pu vite partir dans le cabotinage insupportable. Finalement, Coexister forme un tout supérieur à la somme des petits numéros de chacun. Toutes les parties du film ne se valent pas, mais il y a assez de rythme pour vite passer à un passage plus réjouissant et drôle. On peut voir de nombreuses limites à ce film, mais au moins Fabrice Eboué a osé. Voilà une audace salutaire dont on peut le remercier !
LA NOTE : 13/20
Fiche technique : Réalisation et scénario : Fabrice Éboué Photographie : Philippe Guilbert Montage : Alice Plantin Musique : Guillaume Roussel Producteurs : Édouard de Vésinne et Fabrice Éboué Directeur de production : Alain Mougenot Durée : 90 minutes
Casting : Fabrice Éboué : Nicolas Lejeune Ramzy Bédia : Moncef, l’imam Guillaume de Tonquédec : Benoit, le curé Jonathan Cohen : Samuel, le rabbin Amelle Chahbi : Alexia Audrey Lamy : Sabrina Mathilde Seigner : Sophie Demanche Grégoire Foessel : un technicien du cinéma Mylene Bude : la groupie Michel Drucker : lui-même Jean-Pascal Zadi : Pink Kalash
On imagine facilement qu’un film sur la vie sexuelle sera joyeux et réjouissant. Car qu’il y a-t-il de plus réjouissant et de joyeux que le sexe ? Mais quand on découvre qu’il s’agit de la vie sexuelle des Iraniens, on commence à être saisi d’un léger doute. En effet, Téhéran Tabou n’a rien de joyeux et nous fait découvrir un quotidien oppressant jusqu’à l’absurde. Par contre, si on tient compte de ses nombreuses qualités, alors on peut le considérer comme artistiquement réjouissant. A défaut d’avoir des raisons de se réjouir pour les personnages.
Le choix de passer par un film d’animation pour traiter un sujet si « adulte » pourrait surprendre sans le succès de Valse avec Bachir. Les styles graphiques de ces deux films ne sont d’ailleurs pas si éloignés, ou se caractérisent tout du moins par la même maturité qui colle parfaitement avec la gravité du sujet. Au final, on en oublierait presque ce détail de forme pour se concentrer sur le fond. En effet, on va voir Téhéran Tabou avant tout pour le sujet qu’il traite.
Téhéran Tabou reste avant tout une fiction où l’on suit le destin parallèle de différents personnages. Il y a une réelle volonté de démonstration sur l’infinie hypocrisie qui traverse la société iranienne à propos du sexe. Mais ce n’est pas une démonstration sur tableau noire, mais par l’exemple. Elle n’en est pas moins éclairante et convaincante. On s’attache aux protagonistes tout en découvrant avec effarement ce à quoi ils sont soumis. Cela rend le film réellement passionnant. Un peu attristant aussi.
LA NOTE : 14/20
Fiche technique : Production : Little Dream Entertainment Réalisation : Ali Soozandeh Scénario : Ali Soozandeh Montage : Andrea Mertens, Frank Geiger Photo : Martin Gschlacht Décors : Ali Soozandeh Distribution : ARP sélection Son : Janis Grossmann Musique : Ali N. Askin Durée : 96 min
Casting : Negar Nasseri : Donya Elmira Rafizadeh : Pari Zahra Amir Ebrahimi : Sara Arash Marandi : Babak
Ce qu’il y a de bien avec les suites, c’est qu’elles me permettent de faire toujours la même introduction à mes critiques, alors que les premières lignes sont les plus ardues à écrire. Mais le plus souvent, c’est pour m’insurger contre le cliché que les suites sont toujours décevantes comparées aux épisodes originaux. Et bien pour Kingsman : Le Cercle d’Or, je vais difficilement pouvoir aller à contre-courant des idées reçues. En effet, autant le premier volet avait été un vrai grand moment de bonheur cinématographique, autant le second est très moyen, pour ne pas dire médiocre.
Kingsman : Le Cercle d’Or connaît des faiblesses à à peu près tous les niveaux. En premier lieu le scénario. L’idée de la rencontre avec des homologues américains aurait pu être réellement savoureuse si elle avait été mieux exploitée. Le film manque de rythme, propose un humour parfois lourdingue et même les clins d’œil au premier échoue à nous émouvoir. Parapluie contre lasso, on préfère définitivement le premier. A trois vouloir imiter le premier volet, cette suite ne trouve pas sa propre identité et pour tout dire son propre intérêt. Surtout si c’est pour faire la même chose en moins bien !
Mais ne désespérons pas totalement car tout n’est pas à jeter dans Kingsman : Le Cercle d’Or. En effet, il nous offre quand même deux raisons de se réjouir. Tout d’abord, le surprenant mais jouissif caméo d’Elton John. On peut même parler de second rôle, car il intervient assez longuement dans l’histoire dans son propre rôle. S’il y a un élément humoristique qui fonctionne dans ce film, c’est bien celui-là et cela fait toujours plaisir de voir une telle star capable d’un peu d’autodérision. Enfin, la dernière scène d’action filmée en long plan séquence reste quand même particulièrement délectable. Elle montre aussi que les nouvelles technologies de trucages peuvent aussi servir le cinéma en élargissant les possibilités de mise en scène. Cependant, cela ne suffit pas à sauver le film. Espérons que le troisième volet qui pointe lors du dernier plan sera d’une toute autre valeur.
LA NOTE : 09/20
Fiche technique : Production : 20th Century Fox, Marv Films, TSG Entertainment, Shangri-La Entertainment Distribution : 20th Century Fox France Réalisation : Matthew Vaughn Scénario : Matthew Vaughn, Jane Goldman, d’après la BD de Dave Gibbons et Mark Millar Montage : Eddie Hamilton Photo : George Richmond Décors : Darren Gilford Musique : Matthew Margeson, Henry Jackman Durée : 141 min
Casting : Taron Egerton : Eggsy Colin Firth : Harry Hart Mark Strong : Merlin Julianne Moore : Poppy Channing Tatum : Tequila Halle Berry : Ginger Edward Holcroft : Charlie Jeff Bridges : Champ Elton John : Elton John
J’ai déjà évoqué dans cette chronique l’indifférence profonde du commun des mortels vis-à-vis des enjeux politiques locaux. Je dois nuancer légèrement ce propos. En effet, 8 ans de vie d’élus m’ont amené à assister à de nombreuses réunions publiques. Or, ces dernières m’amènent à corriger légèrement ma sentence initiale. Le commun des mortels est profondément indifférent aux enjeux politiques locaux… à moins qu’il ne soit directement concerné.
Une des preuves les plus éclatantes a été apporté par la première réunion publique à laquelle j’ai assisté en tant qu’élu (en fait la première tout court, parce qu’effectivement, je dois admettre qu’avant de faire activement de la politique, je n’étais pas non plus passionné par ce genre d’événement). Il s’agissait d’une réunion de concertation avec les riverains d’un projet de construction de logements sociaux. Un projet assez particulier il est vrai, situé au fond d’une rue privée très étroite.
Une grande majorité des habitants de la rue était présent. Je n’ai pas compté, mais il est même possible que l’assistance soit plus fourni qu’à notre réunion publique de campagne, à laquelle pourtant tout la ville était conviée et non une seule rue. On pouvait s’imaginer qu’ils soient remontés contre l’installation de « pauvres » au fond de leur rue. A ma bonne surprise, le débat n’a jamais pris cette tournure. Toute la discussion a porté sur une seule et même chose : avec une vingtaine de logement au fond de notre rue, on ne va plus pouvoir se garer ! Bref, je découvrais là l’étonnant phénomène qui pousse toute réunion publique locale à finalement tourner autour d’une seule et même chose, quel que soit le sujet de départ, la bagnole !
A la fin de la réunion, un des participants s’est approché de Philippe, qui avait conduit notre liste aux dernières municipales, qui était dans le même temps candidat pour les élections cantonales, le tout un mois à peine avant la réunion, et suppléant aux législatives moins d’un an avant, dont le visage occupait donc une bonne place sur des affiches ayant décoré les murs de la ville et professions de foi envoyées à chaque électeur. S’étonnant de le voir là, il lui a demandé si ça faisait longtemps qu’il habitait le quartier. Bref, il n’avait aucune idée de qui était Philippe malgré tous nos efforts déployés pendant les différentes campagnes précédentes.
Les « gens » demandent souvent aux politiques de s’attaquer aux problèmes de fond, aux vrais problèmes, de voir à long terme, d’être courageux… On peut donc s’imaginer que les réunions publiques constituent un moment où les « gens » viennent le rappeler à leurs élus. Vous aurez compris qu’il n’en est rien. Mais elles permettent d’assister à quelques spectacles étonnants. L’arrivée du tramway en souterrain sur Viroflay notamment, puisque deux réunions à ce sujet m’ont permis de voir une dame, stéréotype de la bourgeoise versaillaise et présidente de l’association opposée au projet, devenir littéralement hystérique, si bien qu’il a fallu au final lui arracher le micro des mains pour qu’elle achève enfin son propos d’une agressivité hallucinante. Dans une autre, une foule de « gens » comme vous et moi, transformés tout à coup en hydrogéologues de haut niveau, capables de prédire l’effondrement de la ville pour des raisons que la science ne pourrait contester… sauf les vrais hydrogéologues corrompus qui prétendaient le contraire. Evidemment, ce sont ces derniers qui ont eu raison et la ville est toujours debout avec un tramway qui circule avec bonheur dans de son tunnel.
Je suis loin de n’avoir que de l’amitié et sûrement pas d’admiration pour le Maire de mon ancienne commune. Mais je dois avouer que bien des réunions publiques ont provoqué chez moi un élan de sympathie envers lui. Car s’il y avait bien une personne qui essayait tant bien que mal de défendre l’intérêt général dans la salle, même s’il le faisait avec des convictions opposées aux miennes, c’était bien lui, élu et notable. Et sûrement pas les « gens », incapables de défendre autre chose que leur petit intérêt particulier court-termiste.
Le style caméra à l’épaule a été très en vogue ces dernières années. La mode semble être en train de passer. C’est tant mieux car entre de mauvaises mains, elle peut vite donner au spectateur une légère envie de vomir. Mais ce style a fait la gloire et la renommée de Kathryn Bigelow, lui valant même un Oscar pour Démineurs. Il est vrai qu’elle maîtrise cette manière de filmer à la perfection, sans jamais donné la moindre nausée à l’assistance. Une nouvelle preuve avec Detroit. Assurément le meilleur film de sa carrière.
Au-delà de chaque élément pris séparément, Detroit est un grand film car il signe la parfaite synergie entre un style visuel et un sujet. En nous racontant une histoire se déroulant quasiment en temps réel, elle justifie pleinement l’usage d’une technique qui nous plonge au cœur de l’action de manière assez directe. Pas d’artifice artistique, mais bien une manière de maximiser l’impact d’un propos qui résonne de manière forte avec le contexte actuel. Cet échos permet au film d’être infiniment plus qu’un simple récit de fait divers et en dit particulièrement long sur ce mal qui ronge les Etats-Unis et qui ne semble pas arriver à se dissiper.
Detroit fait partie de ces film traversé du début à la fin par une tension qui vous cloue à votre fauteuil. Chaque moment de calme semble annoncer une tempête à venir et ces dernières ne manquent pas de se déchaîner régulièrement. Ce sens du rythme et de la narration est une autre marque de fabrique de Kathryn Bigelow et elle nous offre une nouvelle démonstration de son immense talent en la matière. Elle n’est pas maladroite non plus dans la direction d’acteurs. J’ignore quelle carrière aura au final Will Poulter, mais il est quasiment certain qu’elle devra beaucoup à ce film, dans lequel il livre une performance tout à fait oscarisable. Mais il n’y a pas que lui qui soit dans ce cas… Le film l’est clairement et Kathryn Bigelow peut espérer d’entrer dans le cercle restreint des réalisateurs multioscarisés.
LA NOTE : 15/20
Fiche technique : Production : Annapurna Pictures, First Light Productions, Page 1 Distribution : Mars Films Réalisation : Kathryn Bigelow Scénario : Mark Boal Montage : William Goldenberg Photo : Barry Ackroyd Musique : James Newton Howard Durée : 143 min
Casting : Anthony Mackie : Greene John Krasinski : Attorney Auerbach Kaitlyn Dever : Karen Algee Smith : Larry Reed Hannah Murray : Julie Ann Will Poulter : Philip Krauss John Boyega : Melvin Dismukes
Le pari était ambitieux. Offrir une suite, 30 ans après, à un monument du cinéma comme Blade Runner avait tout du piège susceptible de déchaîner la fureur d’une horde de fans et autres amateurs éclairés. Mais en choisissant Denis Villeneuve pour le réaliser, les producteurs ont fait clairement le bon choix. Au final, le pari est presque totalement. Car si le Blade Runner 2049 est visuellement et auditivement incroyablement fidèle au chef d’œuvre de Ridley Scott, le scénario manque quelque peu d’épaisseur.
Blade Runner 2049 est un film sublime sur la forme. Certes, il y a d’un côté la fidélité à un style qui a profondément marqué le cinéma et on peut objecter que l’imitation ne constitue pas une forme de génie. Mais Denis Villeneuve a certes repris les éléments visuels et sonores du Blade Runner de Ridley Scott, mais pour en faire quelque chose de magnifique. Il serait cruellement injuste de ne pas lui reconnaître un immense mérite artistique. La photographie, le jeu sur les couleurs sont vraiment extraordinaires. On en prend plein les yeux mais aussi les oreilles, car l’ambiance sonore joue ici un rôle central. Et personne ne s’étonnera de voir que Hans Zimmer est la baguette.
Du côté du scénario, Blade Runner 2049 est aussi réussi, mais connaît quelques limites. Si on entre le cerveau le premier dans l’histoire, on en ressort un peu frustré. L’histoire est finalement assez linéaire et se termine sans apporter de réponse à une foule de questions qui restent ouvertes. Ce ne constituerait pas forcément un problème en soi, si le film ne faisait pas près de 3 heures. Le rythme de narration est lent. Cela donne un style et une personnalité (et reste fidèle à l’œuvre de Ridley Scott) au film, mais au final un soupçon de rythme supplémentaire n’aurait pas été du luxe. S’il serait dommage de bouder son plaisir, on se dit que Denis Villeneuve est passé tout près du chef d’œuvre. Mais le pari reste tout de même réussi haut la main.
LA NOTE : 14,5/20
Fiche technique : Réalisation : Denis Villeneuve Scénario : Hampton Fancher et Michael Green, sur une idée d’Hampton Fancher et Ridley Scott, d’après les personnages créés par Philip K. Dick Décors : Dennis Gassner Costumes : Renée April Photographie : Roger Deakins Musique : Hans Zimmer et Benjamin Wallfisch Production : Andrew Kosove, Broderick Johnson, Ridley Scott, Bud Yorkin et Cynthia Sikes Yorkin Durée : 163 minutes
Casting : Ryan Gosling : officier K du LAPD/Joe Harrison Ford : Rick Deckard Ana de Armas : Joi Robin Wright : lieutenant Joshi Jared Leto : Neander Wallace Sylvia Hoeks : Luv Mackenzie Davis : Mariette David Bautista : Sapper Morton Carla Juri : Dr Ana Stelline Lennie James : M. Cotton Hiam Abbass : Freysa Barkhad Abdi : Doc Badger Tómas Lemarquis : l’employé de Luv Edward James Olmos : Gaff Wood Harris : Nandez David Dastmalchian : Coco
Un grand film peut-il être léger ou doit-il être toujours doté d’une réelle profondeur ? Voilà un beau sujet de dissertation, mais qui n’est pas le sujet d’aujourd’hui puisque le Sens de la Fête n’est pas un grand film. Mais il est déjà un très bon film, ce qui n’est pas rien. S’il ne délivre pas de message philosophique, s’il ne débouche pas sur une morale pleine de sagesse, il ne sonne pas pour autant creux. Il permet avant tout de passer un excellent moment plaisant et divertissant.
Avec ce film léger Eric Toledano et Olivier Nakache échapperont sans doute aux polémiques ridicules qui ont accompagné Intouchables et Samba. Mais que leurs admirateurs se rassurent, ils conservent toutes leurs qualités de cinéaste. Le Sens de la Fête reste un film profondément humaniste. Une humanité ordinaire peut-être, mais une belle humanité quand même. Il reste avant tout un film de personnages, avec une galerie particulièrement réussie, où il n’y a pas grand chose à jeter. Ils arrivent à se mettre en avant le pire de chacun d’eux pour créer les effets comiques, mais en le filmant avec une infinie tendresse qui permet au spectateur de s’attacher à chacun d’eux malgré tout.
La multiplicité des personnages permet à Eric Toledano et Olivier Nakache de donner du rythme à leur récit. Et on sait à quel point le rythme est capital pour qu’une comédie fonctionne. Les séquences s’enchaînent et si une d’entre elles vous laissent froid, elle laissera vite la place à une autre qui vous arrachera un grand sourire. Le Sens de la Fête est à ce titre un modèle dont bien des réalisateurs français devrait s’inspirer. Si on ajoute à tout ça un casting prestigieux, mais parfaitement mis en valeur, avec un Jean-Pierre Bacri inspiré comme rarement, on ne peut que savourer cette friandise cinématographique succulente.
LA NOTE : 14/20
Fiche technique : Production : Quad Films, Ten Films, Gaumont, TF1 Films Production Distribution : Gaumont Réalisation : Éric Toledano, Olivier Nakache Scénario : Éric Toledano, Olivier Nakache Photo : David Chizallet Musique : Avishai Cohen Costumes : Isabelle Pannetier Durée : 117 min
Casting : Jean-Pierre Bacri : Max Vincent Macaigne : Julien Alban Ivanov : Samy Kévin Azaïs : Patrice Eye Haïdara : Adèle William Lebghil : Seb Suzanne Clément : Josiane Jean-Paul Rouve : Guy Gilles Lellouche : James
On associe rarement la Russie avec gaieté et joie de vivre. Il est peu probable que cette image change avec Faute d’Amour, un film peuplé de personnages dont le cœur est aussi sec qu’un biscuit militaire périmé. Un film qui dresse surtout un portrait désabusé d’une société qui semble avoir perdu tous ses repères. Mais un portrait saisissant, sublimé par la caméra d’Andrey Zvyagintsev qui n’a pas son pareil pour nous faire voyager dans les déserts affectifs et moraux.
Le précédent film de Andrey Zvyagintsev possédait un fond beaucoup plus politique et nous faisait découvrir une Russie plutôt rurale. Faute d’Amour nous plonge dans un quotidien plus ordinaire des urbains. Mais il semble capte avec la même maestria la même désagrégation des rapports humains. Il le fait à travers ses personnages qu’il met au premier plan, mais aussi à travers ses décors. Des lieux qui témoignent eux aussi d’un pays dont des pans entiers se sont disloqués. Et le résultat a quelque chose de fascinant, de pathétique, mais aussi d’inquiétant.
Le style d’Andrey Zvyagintsev peut rebuter. La narration est notamment très lente. L’histoire avance en faisant des cercles, se répétant tout en progressant malgré tout. Faute d’Amour n’a pas vraiment de longueurs à proprement parler. Il s’agit d’un vrai choix artistique de réalisation, auquel on adhère ou pas, mais qui colle merveilleusement bien avec le propos. La performance des deux acteurs principaux est aussi à saluer car jouer l’absence d’émotion est parfois plus difficile que d’incarner l’une d’entre elles. On ressort de ce film réellement troublé, prouvant que l’indifférence ne laisse pas toujours indifférent.
LA NOTE : 14/20
Fiche technique : Production : Why Not Productions, Arte France Cinéma Réalisation : Andrey Zvyagintsev Scénario : Andrey Zvyagintsev, Oleg Negin Montage : Anna Mass Photo : Mikhaïl Krichman Distribution : Pyramide France Musique : Evgeny Galperin Durée : 127 min
Casting : Maryana Spivak : Zhenya Alexey Rozin : Boris Matvey Novikov : Alyosha Andris Keishs : Anton Marina Vasilyeva : Masha
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