WIND RIVER : Grand froid

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windriverafficheLes paysages verglacés et recouverts d’un blanc manteau neigeux constituent un décor parfaitement adapté pour un polar. L’Europe du Nord l’a bien compris et a fait de ce style littéraire une denrée d’exportation presque aussi importante que les petits pains grillés et les meubles en kit. Mais les Etats-Unis ne sont pas en reste car elles comportent aussi des contrées hostiles où le thermomètre descend très bas et où les raquettes servent rarement pour jouer au tennis. La preuve avec Wind River, un polar bien mené mais sans grande imagination.

Avec Wind River, rien de nouveau sous le soleil. Cela tombe bien, le film est plutôt marqué par un blizzard épais. L’intrigue, les personnages, la construction du récit reprennent tous les codes habituels du genre et ne recèlent aucune surprise. Il est difficile d’identifier de vraies faiblesses, mais cela a tellement un air de déjà-vu qu’il est bien difficile de s’enthousiasmer. Il nous amène doucement vers un dénouement relativement attendu, sur un chemin qui ne l’est pas moins. Le rythme est là, la réalisation n’est pas maladroite, mais rien ne vient vraiment faire sortir le film du lot.

windriverC’est un avis très personnel, mais je trouve que Jeremy Renner est un acteur relativement médiocre (je n’ai pas dit mauvais), qui n’a en tout cas pas un talent en rapport avec son statut sur l’échelle des stars. Cela se confirme avec Wind River, où il ne tire absolument pas le film vers le haut, se contentant d’une performance propre mais sans relief. On lui préférera Elizabeth Olsen, une Avenger elle aussi, mais qui elle apporte beaucoup de fraîcheur à l’écran. La fraîcheur reste donc le maître mot de ce film. Malheureusement, c’est aussi pour ça peut-être qu’il nous laisse froid.

LA NOTE : 10/20

Fiche technique :
Réalisation et scénario : Taylor Sheridan
Photographie : Ben Richardson
Montage : Gary D. Roach
Musique : Nick Cave et Warren Ellis
Production : Elizabeth A. Bell, Peter Berg, Matthew George, Basil Iwanyk et Wayne Rogers
Genre : thriller, policier
Durée : 110 minutes

Casting :
Jeremy Renner : Cory Lambert
Elizabeth Olsen : l’agent Jane Banner
Kelsey Chow : Natalie Hanson
Jon Bernthal : Matt
Graham Greene : Ben
Julia Jones : Wilma Lambert
Gil Birmingham : Martin Hanson
Martin Sensmeier : Chip Hanson
Eric Lange : Dr. Whitehurst
James Jordan : Pete Mickens
Ian Bohen : Evan
Hugh Dillon : Curtis
Matthew Del Negro : Dillon
Teo Briones : Casey Lambert
Tantoo Cardinal : Madame Hanson
Apesanahkwat : Dan Crowheart

PATTI CAKE$ : Epatante Patti

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patticakesafficheCertains films en rappellent forcément d’autres et il est difficile de ne pas faire le parallèle. Patti Cake$ a bien des points communs avec 8 Mile. Les deux pitchs sont quasi identiques. Les deux grandes différences résident dans un traitement beaucoup plus léger dans le cas qui nous intéresse ici et surtout un personnage principal qui cette fois est une fille. Le principe de l’égalité des sexes voudrait que cela ne change pas grand chose… Mais entre les principes et la réalité, il y a parfois un léger fossé.

Si vous avez aimé 8 Mile, vous aimerez certainement Patti Cake$. Si vous n’avez pas aimé 8 Mile, tout n’est pas perdu pour autant. On est plus proche ici de la comédie que du film social, qui se prend un tantinet au sérieux. Il nous offre un galerie de personnages un rien marginaux certes, mais terriblement attachants. Les ressorts de l’intrigue sont quand même légèrement cousus de fil blanc et le final offre un petit moment de « too much », mais les protagonistes insufflent assez d’énergie dans cette histoire pour que l’on ait envie d’y croire et pour que nos petits cœurs se mettent à battre en rythme avec les leurs.

patticakesPatti Cake$ est aussi l’occasion de découvrir Danielle Macdonald qui livre une prestation pleine de talent et de conviction. Elle est particulièrement convaincante dans les passages musicaux. Sans dire qu’elle rivalise avec Eminem à ce niveau là, elle tire le film vers le haut dès qu’elle se met à chanter. Elle emporte la sympathie du spectateur dès les premières minutes et lui permet d’entrer immédiatement dans cette histoire. Ses partenaires à l’écran ne sont pas en reste, mais c’est bien elle qui tient le haut de l’affiche. Si on ajoute à ça une réalisation parfaitement maîtrisé, on aboutit à un film qui nous offre un petit vent de fraîcheur pour cette rentrée.

LA NOTE : 13,5/20

Fiche technique :
Production : RT Features
Réalisation : Geremy Jasper
Scénario : Geremy Jasper
Montage : Brad Turner
Distribution : Diaphana Distribution
Musique : Geremy Jasper
Durée : 108 min

Casting :
Danielle Macdonald : Patti
Siddharth Dhananjay : Jheri
Cathy Moriarty : Nana
Mamoudou Athie : Basterd
Bridget Everett : Barb

LE PRIX DU SUCCES : En échec

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leprixdusuccesafficheIl vaut mieux être seul que mal accompagné. Cet adage est bien sûr vrai en amour, mais aussi quand il s’agit de gérer une carrière. Le cliché est particulièrement vivace pour les footballeurs depuis Nicolas Anelka et ses inoubliables frères. Le monde du spectacle n’échappe cependant pas au phénomène. C’est le point de départ de Le Prix du Succès qui met en scène un jeune comique, idole des jeunes et des foules, et son frère impresario légèrement encombrant. Évidemment les liens du sang sont les plus difficiles à trancher.

Je n’aurais jamais cru écrire ça un jour, mais la plus grande faiblesse de Le Prix du Succès réside dans Roschdy Zem. Pourtant, mon admiration pour cet acteur est immense. Cependant, ici il n’arrive jamais à trouver le bon ton pour être vraiment crédible. Son jeu est bancal, maladroit, on ne croit pas une seule seconde à son personnage. Et du coup, c’est tout le film qui s’en retrouve fragilisé. On ne rentre pas vraiment dans l’histoire, qui est plus est quelque peu prévisible. Si le personnage interprété par Tahar Rahim inspire lui une vraie sympathie, l’intrigue ne génère que peu de tension et au final un intérêt limité.

leprixdusuccesLe Prix du Succès souffre globalement d’un manque d’audace dans le traitement de sujet. Pour éviter de tomber définitivement dans les clichés avec lesquels ils flirtent allégrement, il reste dans une demi-mesure qui lui confère un certain réalisme mais sans émouvoir outre mesure. Teddy Lussi-Modeste reste donc au milieu du gué, sans qu’on sache vraiment si c’est par timidité ou par manque de talent. On lui souhaite évidemment de prouver avec un prochain film qu’il s’agit de la première option.

LA NOTE : 09/20

Fiche technique :
Réalisation : Teddy Lussi-Modeste
Scénario : Teddy Lussi-Modeste et Rebecca Zlotowski
Montage : Julien Lacheray
Direction de la photographie : Julien Poupard
Production : Jean-Christophe Reymond et Amaury Ovise
Format : Couleur – Ratio : 2,35:1 – Son : Stéréo DTS
Distributeur : Ad Vitam
Pays : Drapeau de la France France
Genre : Drame
Durée : 92 minutes

Casting :
Tahar Rahim : Brahim
Roschdy Zem : Mourad
Maïwenn : Linda
Grégoire Colin : Hervé
Ali Marhyar : Lenny
Camille Lellouche : Camille
Saida Bekkouche : Wassila
Meriem Serbah : Inès
Salma Lahmer : Meriem
Kader Kada : Kader
Malika Birèche : Malika
Hocine Choutri : Hocine
Steve Tientcheu : Doumams
Akim Chir : Walid
Abdelkader Hogguy : Mehdi
Abdoulaye Fofana : L’imam
Walid Afkir : Le Fâcheux

PETIT PAYSAN : Grand film

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petitpaysanafficheQuand on est ingénieur agronome, on voit forcément d’un œil particulier un film qui s’appelle Petit Paysan. Un œil plein de tendresse et d’affection, mais aussi un œil critique sur ce qui est peut être dit ou montré d’une réalité que l’on connaît forcément très bien. Je constituais donc un public pouvant être aussi facilement conquis que déçu. Heureusement, le film d’Hubert Charuel déploie assez de qualités pour emporter l’adhésion de tous ceux attachés à cette profession loin des clichés et des idées fausses.

Petit Paysan n’est pas un film sur l’agriculture. C’est un film qui se déroule dans le milieu agricole. Ce n’est en rien un film documentaire. Il est porté par un scénario extrêmement solide, plus proche du polar que de la Petite Maison dans la Prairie. Certes, on sent que la caméra s’attarde parfois un peu sur certains gestes de l’éleveur afin de nous les faire partager, mais ce n’est jamais gratuit, mais au service de l’histoire. Rebondissements, suspense constituent les points forts de ce long métrage. S’il nous démontre de manière magistrale la relation très fort entre l’homme et ses bêtes, c’est bien parce que cet amour est le moteur de l’intrigue.

petitpaysanPetit Paysan confirme tout le bien qu’on pensait de Swann Arlaud et de Sara Giraudeau. Cette dernière est déjà bien installée dans le décor du cinéma hexagonal, mais elle prouve qu’elle prend à chaque film une dimension supplémentaire. Son partenaire tient quant à lui son rôle le plus marquant jusqu’alors. Il mérite amplement la pluie de compliments sur sa performance qui inondent les critiques sur ce film. Il tire vraiment le film vers le haut et pas sûr que ce dernier aurait été un tel succès sans lui. En tout cas, voilà un vidéo sur l’élevage bien plus instructive et indispensable que beaucoup.

LA NOTE : 14/20

Fiche technique :
Production : Domino Films
Réalisation : Hubert Charuel
Scénario : Hubert Charuel, Claude Le Pape
Montage : Julie Léna, Lilian Corbeille, Grégoire Pontécaille
Photo : Sebastien Goepfert
Distribution : Pyramide distribution
Musique : Quentin Lepoutre
Durée : 90 min

Casting :
Swann Arlaud : Pierre
Sara Giraudeau : Pascale
Bouli Lanners : Jamy
Isabelle Candelier : la mère
Jean-Paul Charuel : le père

TOUT CA POUR CA : 10 ANS DE MILITANTISME AU PS : EPISODE 6 : La petit bataille des Yvelines

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episode6Un congrès du Parti Socialiste ne se limite pas aux joutes nationales qui font la une des médias. Ce sont tous les étages du PS qui sont amenés à renouveler leurs instances à travers le vote du militant. Et chacune d’elles doit refléter l’équilibre du vote des motions à son niveau. Ceci paraît normal et particulièrement démocratique. Mais ce principe se révèle surtout mortifère et rend la machine militante particulièrement inefficace.

Ma Section viroflaysienne a toujours échappé à ce fonctionnement. C’est peut-être pour ça qu’il y a fait bon militer pendant ces longues années. Je n’ai jamais connu de rivalité pour le poste de secrétaire de Section et le bureau (ou plutôt la commission administrative, dans le langage technocratique du Parti) était composé simplement des militants les plus motivés, sans se soucier de leur sous-sous-sous-sous sensibilité au sein du Parti. Et force est de constater que nous avons toujours été une Section particulièrement efficace, organisée et dynamique.

Par contre, au niveau fédéral (c’est à dire départemental), cela ne fonctionne pas du tout comme ça. Avant le Congrès de Reims, les Yvelines, terre de droite, ne comptaient que deux élus de poids au niveau du PS : Jean-Paul Huchon, Président du Conseil Régional, et la Sénatrice Catherine Tasca. Mais à leur grande déconvenue, ils ne tenaient pas la fédération sous leur coupe. C’est un collectif avant tout militant, dirigé par le regretté Patrick Malivet, qui était majoritaire dans les instances fédérales et assurait son bon fonctionnement. Mais évidemment, ces grands élus comptaient bien profiter du congrès de Reims pour revenir sur cette anomalie et reprendre les rennes de la Fédération.

Il faut savoir qu’une fédération au PS a avant tout un rôle organisationnel. Elle est rarement amenée à définir une ligne politique, mais sert avant tout à animer la vie militante et servir d’appui aux Sections qui restent les rouages essentiels du Parti. Même pour la nomination des candidats pour les scrutins de liste, elle est censée simplement respecter le vote militant et l’équilibre entre les Motions, ces dernières choisissant elles-même les candidats qui les représentent (enfin ça, c’est en théorie…). Bref, mettre en lien les deux élections et les deux niveaux est totalement absurde. Mais c’est comme ça que fonctionne le Parti.

Le week-end avant l’élection du 1er secrétaire fédéral par les militants se réunit le Congrès Fédéral (le Congrès de Reims version local donc). Chaque Motion se réunit d’abord séparément pour préparer une candidature éventuelle d’un des siens et fixer une ligne commune à tous ses membres. Une des Motions principales (celle de Delanoë ou celle d’Aubry, je ne suis plus très sûr) a fait valider immédiatement le principe qu’il fallait faire perdre l’équipe sortante puisque Patrick Malivet soutenait Ségolène Royal. Son bilan, la qualité de son action ne semblaient alors ne même pas constituer un paramètre à prendre en compte. Tout ce qui comptait, c’était de savoir dans quelle écurie nationale il se situait. Qu’il ait signé la Motion porté par Ségolène Royal en faisait ainsi non un camarade, mais un adversaire à abattre. Si le PS est malade de quelque chose, c’est bien de ça. De ce fonctionnement et surtout d’un système où ceux qui le trouvent absurdes sont amenés à ne pas y participer (heureux le militant socialiste qui ne met jamais les pieds dans sa fédération) et à le laisser donc perdurer et tourner en cercles de plus en plus fermés. Et tout ça dans une médiocrité intellectuelle crasse !

Pour donner une idée de l’intérêt des débats et de la profondeur des interventions à ce Congrès de Reims à la sauce yvelinoise, je me rappelle fort bien d’une prise de parole (je crois bien que c’était un des rares maires socialistes du département, mais je ne le jurerai pas) dénonçant avec une vraie violence les faux militants à 20 euros… Il désignait par là tous ceux qui avaient rejoint le PS pour participer au primaires pour l’élection présidentielle de 2007, en ayant droit à une adhésion réduite la première année. Ils avaient surtout eu le mauvais goût de voter en majorité pour Ségolène Royal. A la tribune, ils ont été dénoncés comme de faux militants, parce qu’être militant socialiste ça se mérite, faut que ça coûte et on ne gagne ses galons qu’après avoir perdu un doigt ou deux en tractant dans le froid. Et la preuve qu’ils étaient des faux militants, ils étaient tous déjà partis…

C’était assez étonnant comme spectacle, parce que si ces militants étaient tous partis comme le prétendait l’orateur, ils ne votaient pas pour ce Congrès et on ne comprenait pas bien l’intérêt de cette intervention, à part insinuer que Ségolène Royal avait volé son investiture. Heureusement, un des militants à 20 euros présents (dont je faisais quelque part parti, même si j’avais adhéré après les Primaires) est monté ensuite à la tribune pour rappeler avec humour et finesse qu’ils étaient encore nombreux à être là (à Viroflay, une bonne moitié de la Section était alors composé de ces néo-militants dont certains y sont encore) et qu’ils se donnaient autant de mal que n’importe qui pour faire vivre ce Parti. Cela donne une bonne idée de la manière dont sont parfois accueillis les nouveaux militants qui tombent dans un panier de crabes où il faut haïr avant tout l’autre en interne, quand ils pensaient bêtement adhérer à un Parti et mener un combat politique dans une ambiance de camaraderie.

Enfin la morale de l’histoire, c’est que Patrick Malivet a été réélu malgré tout ça ! Grâce aussi au soutien discret des hamonistes… Soutien discret puisque interdit officiellement. Vous comprenez au PS, ce sont les petits accords de Solférino qui sont censés dicter qui on a envie de voir diriger les rouages locaux, indépendamment de toute notion de compétence, d’efficacité et de mérite… Plus je relis cette phrase, plus je comprends où on en est.

 

120 BATTEMENTS PAR MINUTE : Le film de l’année, le combat d’une vie

120battementsparminuteaffiche

120battementsparminuteafficheEvidemment, tant que nous ne sommes le dernier mercredi de l’année, difficile de déterminer avec certitude quel sera LE film de l’année. Mais parfois, un long métrage atteint des sommets assez élevés pour imaginer difficilement qu’il soit rejoint. 120 Battements par Minute est sans conteste le meilleur film sorti en 2017… jusqu’à présent. Cependant, il est peu probable qu’aucun autre film ne laisse une meilleure impression d’ici au Réveillon (y compris The Circle, qui a reçu la Palme d’Or à sa place). Car rarement le 7ème art nous aura offert un tel déluge d’émotions.

120 Battements par Minute est un grand film, un film immense, un film magistral. Il l’est en premier lieu par l’histoire qu’elle raconte. Que l’on ait apprécié Act’Up ou pas, ne change rien. Car ce film nous raconte infiniment plus que le simple combat d’une association. Il nous raconte un moment de l’histoire humaine. L’épidémie du SIDA n’est pas une épidémie comme une autre. Elle a façonné toute une époque, toute une génération, changeant la face du monde et son rapport à l’acte le plus universel qui soit : celui de faire l’amour. L’amour qui devient la mort, le SIDA aura mêlé de manière dramatique ce qui semblait pourtant si contradictoire.

Voilà qui résume bien 120 Battements par Minute : la contradiction violente entre l’amour et la mort, l’espoir et le désespoir, la joie et la peine, la force et la faiblesse. Tout cela mêlé, entremêlé, entrelacé… Ce film vous attrape dès les premières minutes et vous secoue très fort, dans un sens puis dans un autre, avec une puissance hors du commun et ne vous lâchera jamais jusqu’à la fin. Ce n’est jamais extrême, le trait n’est jamais forcé, mais tout est empli d’une force incroyable. De celle qui a habité ces hommes et ces femmes dans ce combat pour la vie, pour leur vie, pour qu’elle se prolonge encore un peu dans une immensité d’indifférence.

120battementsparminuteMais 120 Battements par Minute ne constituerait pas un tel choc si la forme n’y contribuait. Ce film n’a rien de techniquement spectaculaire. Cependant, il nous rompt la distance qu’il peut exister entre le spectateur et les personnages. S’il n’est pas exempt de quelques longueurs, il offre aussi une diversité de scènes et à chaque fois la manière de filmer est adapté pour en démultiplier l’effet. Il propose même des scènes artistiquement audacieuses et parfaitement maîtrisées, notamment une scène d’amour d’une intensité incroyable sans être une seule seconde vulgaire ou voyeuriste. Robin Campillo fait preuve d’un talent de cinéaste que l’on ne soupçonnait même pas, ses premiers films étant (injustement semble-t-il) passés inaperçus.

Robin Campillo a aussi le grand mérite d’avoir dirigé son casting avec une maestria phénoménale. Evidemment, sans talent cela n’aurait pas été possible, mais voir autant d’acteurs à la notoriété limitée livrer une performance aussi fantastique tient forcément d’une direction qui a su tirer le meilleur de chacun d’eux. Ici, les comédiens ne jouent pas leur rôle, ils ne l’interprètent pas, ils le vivent. Cela contribue à l’effacement de la distance avec le spectateur que j’évoquais plus haut, car ce dernier a réellement l’impression d’assister aux événements, non à une reconstitution.

120 Battements par Minute n’est pas un film communautaire ou générationnel. Il est trop intense et magnifique pour être ainsi enfermé. Cependant, il fera revivre à beaucoup une époque et pour certains des blessures. Mais c’est aussi un film pour ne pas oublier, pour une nouvelle génération sûrement plus inconsciente envers un fléau dont on ne meurt plus en France, mais qui reste un drame planétaire qui continue de tuer loin de nos sociétés occidentales. Si le combat s’est peut-être déplacé, il est encore loin d’être fini. Je ne sais évidemment pas en d’autres époques et d’autres lieux naîtront des films aussi aboutis sur ces nouvelles formes de combat. En attendant, ce film reste tout simplement incontournable et indispensable.

LA NOTE : 16,5

Fiche technique :
Production : Les films de Pierre, Page 114, France 3 Cinéma, FD productions, Memento films
Réalisation : Robin Campillo
Scénario : Robin Campillo, Philippe Mangeot
Montage : Robin Campillo
Photo : Jeanne Lapoirie
Décors : Emmanuelle Duplay
Distribution : Memento Films distribution
Musique : Arnaud Rebotini
Durée : 140 min

Casting :
Nahuel Pérez Biscayart : Sean
Arnaud Valois : Nathan
Adèle Haenel : Sophie
Antoine Reinartz : Thibault
Félix Maritaud : Max
Méhdi Touré : Germain
Catherine Vinatier : Hélène
Simon Bourgade : Luc

QUE DIOS NOS PERDONE : Polar ibérique

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quediosnosperdoneafficheLe bien et le mal sont des notions associées au blanc et au noir, mais dont la concrétisation dans la vraie vie ressemble plutôt à un festival de nuances de gris. Et le genre cinématographique qui en témoigne le mieux reste le polar. En effet, il est rare que la figure du « flic » y soit celle d’un ange immaculé. Les meilleurs personnages dans ce registre ressemblent souvent par de nombreux côtés à ceux qu’ils pourchassent. Cette ambiguïté est souvent à la base des meilleurs films policier. Une nouvelle preuve venue d’Espagne avec Que Dios Nos Perdone.

Que Dios Nos Perdone est donc extrêmement classique, mais parfaitement maîtrisé par Rodigro Sorogoyen. Un film marqué à la fois par une ambiance pesante qui apporte une regain de tension et par un scénario subtilement construit, où les sujets vont venir progressivement s’ajouter les uns aux autres. Les premières minutes ne permettent en rien de mesurer la richesse finale de cette histoire de serial killer et de flics torturés. Au final, aucun aspect n’est traité de manière révolutionnaire, mais c’est solide et particulièrement prenant.

quediosnosperdoneQue Dios Nos Perdone bénéficie de l’interprétation brillante d’Antonio de la Torre, un des plus grands acteurs espagnols contemporains. Le film lui offre un rôle marquant, un personnage doté d’un défaut d’élocution, ce qui peut vite tourner au ridicule avec un comédien moins talentueux. Il n’en est rien ici. Heureusement car c’est un facteur important de la personnalité de ce flic relativement hors norme. Mais tout le reste du casting est à saluer et se hisse au niveau de leur brillant partenaire. Ils contribuent tous à ce film qui restera un des meilleurs polars de l’année.

LA NOTE : 14/20

Fiche technique :
Production : Tornasol films, Atresmedia Cine, Mistery Producciones, Hernandez Y Hernandez, MovieStar +, Telemadrid, ICAA
Distribution : Le Pacte
Réalisation : Rodrigo Sorogoyen
Scénario : Rodrigo Sorogoyen, Isabel Pena
Montage : Fernando Franco, Alberto del Campo
Photo : Alex de Pablo
Décors : Miguel Angel Rebollo
Musique : Olivier Arson
Durée : 126 min

Casting :
Antonio de la Torre : Détective Velarde
Roberto Alamo : Dététective Alfaro
Javier Pereira : Andrés Bosque
Luis Zahera : Alonso
Raul Prieto : Bermejo
Maria Ballesteros : Rosario

LES PROIES : Le grand gâchis

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lesproiesafficheSofia Coppola a toujours eu le don de me décevoir. Je n’ai été enthousiasmé par aucun de ses films. Seul Lost in Translation trouve grâce à mes yeux. Et encore, après l’avoir vu plusieurs fois, parce que la première impression ne fut pas fantastique. Cependant, je lui reconnais un réelle talent de cinéaste, une capacité à donner une personnalité narrative et visuelle à ses œuvres. Je n’accroche pas, mais je garde espoir que cela puisse vraiment marcher entre nous un jour. C’est avec cet espoir au cœur que j’ai été voir les Proies, sans trop y croire vu la tiédeur des critiques. Un espoir à nouveau déçu.

Les Proies constitue en fait un véritable gâchis. En effet, Sofia Coppola pose la situation de départ de manière magistrale, réunit tous les éléments pour nous offrir quelque chose de vraiment emballant. Mais au final, elle n’en fait rien. Au moment où l’intrigue devrait vraiment s’emballer, où la tension accumulée devrait se libérer, le scénario tombe dans une banalité et une platitude particulièrement décevantes. Comme si elle avait eu l’idée de cette situation ambiguë, mais qu’elle n’avait pas contre aucune idée de ce à quoi elle devait conduire. Elle n’est pas la première à qui cela arrive, mais là ça prend de rares proportions.

lesproiesA côté de cela, sur la forme pure, Les Proies reste un film assez splendide. La manière dont Sofia Coppola capte les petits regards, les légers frémissements entre les personnages qui en disent long sur ce qui est en train de se nouer est tout simplement remarquable. La photographie est impeccable, créant une atmosphère particulière, permettant de dépasser l’impression de confinement qu’impose un huis-clos. Les acteurs sont parfaitement dirigés, même si la qualité du casting aide bien sûr. Mais tout cela ne suffit pas à insuffler un vrai souffle d’intérêt à ce film qui reste avant tout une idée de départ brillante mais absolument pas exploitée.

LA NOTE : 10/20

Fiche technique :
Production : American Zoetrope, FR Productions
Réalisation : Sofia Coppola
Scénario : Sofia Coppola, d’après le roman de Thomas Cullinan
Montage : Sarah Flack
Photo : Philippe Le Sourd
Décors : Anne Ross
Distribution : Universal Pictures International France
Directeur artistique : Jennifer Dehghan
Durée : 94 min

Casting :
Nicole Kidman : Martha Farnsworth
Kirsten Dunst : Edwina Dabney
Colin Farrell : Caporal John McBurney
Elle Fanning : Alicia
Angourie Rice : Jane
Oona Laurence : Amy
Addison Riecke : Marie
Emma Howard : Emily

UPSTREAM COLOR : Flou artistique

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upstreamcolorafficheIl est des films tellement indescriptible qu’il en est même difficile de décrire les sentiments qu’ils nous inspirent. C’est le cas de Upstream Color, un film relativement inclassable sur la forme et le fond. Une curiosité cinématographique sorti… il y a quatre ans de l’autre côté de l’Atlantique. Je ne sais donc pas très bien ce qui a poussé soudainement des distributeurs à finalement programmer ce film sur les écrans français. Je ne sais même pas trop quoi dire à son propos. Ni je dois inciter ou décourager les spectateurs éventuels. Bref, même avec quelques jours, je reste particulièrement circonspect.

Je vais donc essayer d’aborder ce film de manière objective. Sur la forme d’abord. L’histoire est racontée sans réels dialogues, sans continuité claire. Il est formé d’une succession de flashs plus ou moins long, certains fugaces, certains ressemblant quand même à des scènes au sens classique du terme. C’est ainsi que nous ai raconté l’histoire d’une manière un peu floue donc, puisque le spectateur doit combler beaucoup de vides. Cependant, on la comprend tout de même, mais sans vraiment avoir l’occasion notamment de connaître réellement les personnages. Du coup, il est bien difficile de s’y attacher. C’est sans doute là que réside la principale limite de Upstream Color, qui reste au fond avant tout un exercice de style intéressant, mais un peu froid.

upstreamcolorLe fond de l’histoire n’est pas banal non plus. Entre science-fiction, polar, drame psychologique, teinté de comédie romantique. Upstream Color est à la fois totalement éloigné de ces étiquettes, tout en pouvant tout de même revendiquer de reprendre des éléments qui leur sont familiers. Finalement, il est difficile de savoir si avoir choisi à la fois un fond et une forme particulières rend le film particulièrement intéressant, ou au contraire trop obscur pour être pleinement apprécié. Bref, même en mettant des mots sur ce que j’ai pu ressentir devant ce film tout reste flou. Mais quelqu’un n’aurait pas-t-il dit « Quand c’est flou, y a un loup ? ».

LA NOTE : 12/20

Fiche technique :
Réalisation : Shane Carruth
Scénario : Shane Carruth
Photographie : Shane Carruth
Montage : Shane Carruth et David Lowery
Musique : Shane Carruth
Producteur : Shane Carruth, Casey Gooden et Ben LeClair
Durée : 96 minutes

Casting :
Amy Seimetz : Kris
Shane Carruth : Jeff
Andrew Sensenig : Le Sampler
Thiago Martins : Le Voleur
Mollie Milligan : Maggie
Kerry McCormick : Gyn
Charles Reynolds
Jeff Fenter : Rich
Marco Antonio Rodríguez : un technicien du MRI

UNE VIE VIOLENTE : Le combat en héritage

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unevieviolenteafficheLa Corse est très certainement un des plus beaux endroits au monde et l’île mérite amplement son surnom. Ses particularités constituent aussi une source d’histoires dans laquelle il semble assez facile de puiser. Pourtant, elle n’irrigue finalement pas tant que ça la littérature ou le cinéma. Peut-être que le sujet fait peur. En tout cas, Thierry de Peretti a décidé de l’attaquer de front avec Une Vie Violente. Un récit franc et direct sur la manière dont la jeunesse insulaire est confrontée à l’histoire et aux combats menés par leurs aînés. Face à ce lourd héritage, chacun est obligé de faire des choix et la neutralité semble impossible.

Une Vie Violente est librement inspiré de la vie d’un militant nationaliste mort assassiné en 2001. Mais au-delà de cela, on sent que Thierry de Peretti, né à Ajaccio, a mis un petit peu de lui-même dans ce film. Il cherche clairement à décrire la situation de manière la plus réaliste possible et avec une certaine volonté pédagogique. Il est vrai que le propos est particulièrement éclairant sur la complexité du combat nationaliste corse, parcouru de dissensions internes, qui paraissent assez obscures vues du continent et du journal de TF1. A ce niveau, le film atteint parfaitement son but.

unevieviolenteUne Vie Violente est également soutenu par une réalisation qui vient amplifier la tension du récit. On se souviendra notamment du plan séquence final, qui place le spectateur dans une interminable attente avant de… Non, évidemment, je ne dirai rien ! Le film fonctionne aussi grâce à Jean Michelangeli qui donne vie à un personnage loin de tous les clichés sur les « bandits » corses, comme ceux que l’on avait pu voir dans la série Mafiosa par exemple. Un film donc indispensable à ceux qui s’intéressent de près ou de loin à l’Ile de Beauté.

LA NOTE : 13/20

Fiche technique :
Réalisation : Thierry de Peretti
Scénario : Thierry de Peretti et Guillaume Bréaud
Décors : Toma Baqueni
Costumes : Rachèle Raoult
Photographie : Claire Mathon
Montage : Marion Monnier
Musique : Frédéric Junqua
Durée : 113 minutes

Casting :
Jean Michelangeli : Stéphane
Henry-Noël Tabary : Christophe
Cédric Appietto : Michel
Marie-Pierre Nouveau : Jeanne
Délia Sepulcre-Nativi : Raphaëlle
Dominique Colombani : François
Paul Garatte : Marc-Antoine
Jean-Étienne Brat : Micka
Anaïs Lechiara : Vanessa
Paul Rognoni : Maître Patrice Guidicelli