Fustiger le manque de rythme des comédies françaises est devenue au fil du temps un de mes habitudes de critique cinéma amateur. Je trouve souvent que mes collègues professionnels sont bien indulgents avec beaucoup de productions hexagonales. C’est donc à l’inverse avec une certaine déception que constate un léger manque d’enthousiasme de leur part pour Joséphine s’Arrondit qui est loin d’être la comédie la plus fine et la mieux écrite qui soit, mais dégage une énergie assez communicative pour ne pas bouder son plaisir.
Si le rythme est indispensable à une comédie, c’est que ce genre de film est forcément ponctué de moments plus faibles ou un peu lourdingues. Joséphine s’Arrondit n’en est pas exempt. Cependant, tout va assez vite pour que l’on n’est pas le temps de s’arrêter dessus avant que quelque chose de bien plus drôle nous soit proposé. Et globalement, les bons moments l’emportent à une écrasante majorité. On y retrouve les personnages que l’on avait adorés dans le premier volet, mais le film sait les faire évoluer pour renouveler le plaisir.
On peut vraiment tirer un grand coup de chapeau à Marilou Berry qui réussit parfaitement son passage derrière la caméra. Car cette énergie tient autant dans le jeu des acteurs, qui sont vraiment dirigés, que dans une mise en scène vraiment imaginative. Joséphine s’Arrondit n’est pas que la déclinaison d’une recette ayant déjà marché, mais permet à la jeune femme de prouver qu’il faut compter avec elle à l’avenir dans un cinéma français qui a bien besoin de son peps. Avec un scénario peut-être un peu plus fin, elle semble bien en mesure de nous livrer dans le futur de grandes comédies. En attendant, on se contentera de ce vrai petit plaisir à consommer sans modération.
LA NOTE : 14/20
Fiche technique : Titre de travail : Joséphine est enceinte Réalisation : Marilou Berry Scénario : Samantha Mazeras avec la participation de Marilou Berry pour les dialogues, d’après Joséphine de Pénélope Bagieu Photographie : Pierric Gantelmi d’Ille Montage : Thibaut Damade Musique : Matthieu Gonet Production : Romain Rojtman
Casting : Marilou Berry : Joséphine Mehdi Nebbou : Gilles Cyril Gueï : Cyril Sarah Suco : Sophie Medi Sadoun : Marc, le gynécologue de Joséphine Josiane Balasko : la mère de Joséphine Victoria Abril : la mère de Gilles Vanessa Guide : Diane, la soeur de Joséphine Bérengère Krief : Chloé Caroline Anglade : Alexandra Enzo Nyezi-Bapoma : Bakary Catherine Jacob : Anne de Bauvallet Zahia Dehar : Lola
L’autre soir au cinéma, j’ai enchaîné La Tour de Contrôle Infernale et les Innocentes. Passer d’une pure comédie absurde et déjantée à une histoire sur des nonnes polonaises violées lors de la deuxième guerre mondiale, le contraste peut paraître sévère et le choc rude. Cependant, passer d’une comédie qui ne m’a pas fait rire du tout à un film qui n’a rien de sinistre n’est pas si difficile que ça. Une chose est sûre, je suis passé d’un très mauvais film à un très bon.
Les Innocentes repose tout simplement une belle histoire. Des éléments sont terriblement dramatiques, mais au final il s’agit plus d’un film sur le bonheur malgré tout que sur le malheur. Il n’a rien de déprimant, il n’est en rien un regard un peu voyeur sur la détresse humaine, alors que le sujet aurait pu vite conduire Anne Fontaine à emprunter ce chemin. Elle nous livre au final un film absolument pas contemplatif, mais doté d’une vraie intrigue portée principalement par des personnages forts, subtils et que l’on découvre en profondeur.
On peut simplement reprocher à les Innocentes un léger manque de rythme. 10 minutes en moins n’aurait pas nuit à la qualité du film, bien au contraire. Sans cela, il n’y a pas grand chose à redire, la réalisation est vraiment soignée, au service de l’histoire et des comédiens. On saluera bien bas la performance de Lou de Laâge, peut-être pas aussi extraordinaire que dans Respire, mais qui s’affirme ici une nouvelle fois comme une future grande. En fait, pourquoi future ? Reste évidemment à confirmer dans la durée. En tout cas, elle a le talent pour cela.
LA NOTE : 13,5/20
Fiche technique : Réalisation : Anne Fontaine Scénario : Sabrina B. Karine, Pascal Bonitzer, Anne Fontaine et Alice Vial d’après une idée originale de Philippe Maynial Photographie : Caroline Champetier Montage : Annette Dutertre Musique : Grégoire Hetzel Production : Éric et Nicolas Altmayer et Philippe Carcassonne Durée : 100 minutes
Casting : Joanna Kulig : la religieuse Irena Agata Kulesza : la mère supérieure Agata Buzek : la religieuse Maria Lou de Laâge : Mathilde Pauliac Vincent Macaigne : Samuel
Je pense être quelqu’un d’intelligent et capable d’apprendre de ses erreurs. Pourtant certains éléments peuvent permettre d’en douter. Parmi eux, les films d’Eric et Ramzy. A chaque nouveau long métrage, j’en ressors en me promettant de ne plus me laisser avoir par les critiques élogieuses pour la simple et bonne raison qu’ils ne me font pas du tout rire sur grand écran. Et pourtant j’ai été voir la Tour de Contrôle Infernale.
D’après les commentateurs avisés, la Tour de Contrôle Infernale fait transparaître une plus grande maturité dans l’écriture et la réalisation. En toute honnêteté, je dois admettre que ce film est infiniment meilleur que leurs précédentes incursions dans le 7ème art en termes d’intensité et de rythme. Cette fois, ce n’est pas un gag tous les quarts d’heure, mais bien deux gags à la minute. Sauf que je trouve que 99% d’entre eux tombent à plat… et d’ailleurs l’absence d’enthousiasme collectif de la salle un samedi soir démontrait que cela ne traduit pas un quelconque mauvais esprit de ma part.
Le problème des films avec Eric et Ramzy… c’est justement Eric et Ramzy. Ou plutôt l’absence totale de direction dont ils semblent bénéficier. Eric Judor derrière la caméra oublie de faire sortir le duo, et en premier lieu lui-même, de son éternelle routine que l’on connaît par cœur. Au final le seul rayon de soleil qui éclaire la Tour de Contrôle Infernale vient de Phlippe Katerine qui lui livre un vrai numéro d’acteur maîtrisé et finement joué. Mais c’est bien peu.
LA NOTE : 07/20
Fiche technique : Réalisation : Éric Judor Scénario : Éric Judor, Ramzy Bédia et Nicolas Orzeckowski Direction artistique : Philippe Lacomblez Décors : Lieven Baes Photographie : Vincent Muller Montage : Jean-Denis Buré Production : Alain Goldman Sociétés de production : Légende Films ; 4 Mecs en Baskets Production, 4 Mecs à Lunettes Production, Cinéfrance 1888, France 2 Cinéma, Le 12e Art, Nexus Factory et BNP Paribas Fortis Film Finance (co-production) Société de distribution : Légende Films (France) Durée : 88 min.
Casting : Éric Judor : Ernest Krakenkrick Ramzy Bédia : Bachir Bouzouk Marina Foïs : la conseillère du Ministre Philippe Katerine : le colonel Janouniou Serge Riaboukine : le Méchant Grégoire Oestermann : le ministre de la Défense William Gay : le général Mangedeurme Michel Nabokoff : le père de famille Lionel Beyeke : Jean-Peter McCallaway Charles Nemes : le recruteur
Pour beaucoup de nos concitoyens, la démocratie n’est plus réelle. On peut discuter à l’infini du fondement de cette assertion, mais le malaise, lui, est incontestable. L’abstention monte, l’indifférence, quand ce n’est pas le rejet, gagne du terrain un peu plus chaque jour. Cela met en danger le fonctionnement de nos institutions, nuit à l’efficacité des mesures prises, qui ne sont plus appropriés par ceux qui doivent les mettre en œuvre ou en bénéficier. Face à ce problème éminemment complexe, il n’y a évidemment pas qu’une seule réponse. Le régler passera par une action à de multiples niveaux. Cependant, un concept fait indubitablement partie de la solution. Un concept encore flou, qui revient souvent dans les discours, mais qui a du mal à se traduire concrètement. Le concept de démocratie participative.
Ségolène Royal sors de ce corps, a-t-on envie de me lancer. Contrairement à beaucoup d’autres, je ne renie certainement pas mon passé ségoléniste et je continue de penser, et mon sujet d’aujourd’hui en est la preuve, qu’elle est une des rares personnalités politiques de premier plan de ces dernières années à avoir lancer des idées vraiment nouvelles, vraiment innovantes dans le débat. On peut discuter à l’infini également sur les raisons pour lesquelles elle n’a pas su les faire croître, mais ce n’est pas non plus le sujet du jour. Il n’empêche que c’est bien elle qui a fait entrer la démocratie participative dans le discours politique.
La démocratie participative est comme beaucoup d’idée révolutionnaire… absolument pas nouvelle. Il suffit d’ailleurs de remplacer ce mot par concertation, qui n’est pas un synonyme mais dont le sens est tout de même assez proche, et on revient vite à des notions manipulées depuis longtemps. Manipulées, mais certainement pas maîtrisées. Elles sont encore considérées par les élus, mais aussi parfois par les citoyens, de manière extrêmement réductrices et limitées. Rares sont ceux qui réalisent que ces processus ont besoin de compétences et d’outils spécifiques. Sans ces derniers, les démarches de ce type restent inabouties, décevantes et au final pas très utiles. Ce mauvais bilan ne débouche le plus souvent non pas sur une remise en question, mais plutôt sur des raisonnement du type « la concertation, j’ai essayé, ça ne donne rien ».
En tant qu’élu local, je mesure bien les limites du processus du type réunion publique accompagnée d’un registre de remarques et doléances. Il en sort parfois quelque chose d’intéressant, mais généralement à la marge des projets. C’est de la concertation médiocre, sûrement pas de la démocratie participative. On est loin de la coproduction de politiques publiques que cette dernière vise. On n’implique pas des tiers non élus à la réflexion, on leur demande simplement leur avis, ce qui n’est pas vraiment la même chose.
Il n’y a pas là forcément une volonté des élus de s’accrocher à un pouvoir de décision qu’ils ne voudraient pas partager. Il y a souvent simplement une ignorance du fait que l’on peut faire différemment et mieux. Lors de la révision du Plan Local d’Urbanisme de la ville où je suis élu, l’adjointe à l’urbanisme en charge du dossier a animé les réunions de 4 groupes de travail, chargés de faire émerger des idées… Force est de constater qu’il n’est à peu près rien sorti de ces heures passées. Quand bien même je me suis opposé à elle sur de nombreux points du projet final, je ne voudrais pas paraître trop critique en disant qu’elle n’était tout simplement pas compétente pour faire vivre un tel processus de concertation. Elle a fait incontestablement le mieux qu’elle pouvait et beaucoup aurait fait encore moins bien. Simplement, animer une concertation exige un savoir-faire spécifique professionnel qui ne s’improvise pas.
La démocratie participative cherchant à aller nettement plus loin que la simple concertation, les besoins en compétences et en outils spécifiques s’en trouvent décuplés. Et ces derniers en sont encore à leurs balbutiements et les innovations et expériences en la matière peinent à être diffusées et reconnues. Pourtant, l’émergence des outils numériques constitue une chance d’aller plus vite et plus loin. Les choses bougent lentement, mais sûrement. Le site internet Parlement & Citoyens est typiquement le genre de très bonne idées qui n’auraient pas pu exister il y a même encore dix ans, faute des moyens techniques.
Il est donc urgent que le monde politique s’en ré-empare pour de bon du concept. Le chemin sera long pour convaincre, mais il semble capital que des élus de premier plan prennent réellement cette notion à bras-le-corps pour la faire exister au niveau national. Sur les territoires, des initiatives existent déjà. Il faut que ceux qui les ont fait naître et vivre le clament et en fassent un argument pour briguer des responsabilités au niveau supérieur. Cela est d’autant plus vrai au Parti Socialiste que le parti a raté un premier rendez-vous avec cette notion. Elle est vaguement restée dans les discours, mais peine à se traduire concrètement.
L’immense succès des primaires de 2011 montre que cette démarche répond à une vraie attente. Beaucoup de citoyens ont envie de saisir la moindre occasion de s’exprimer, du moment qu’ils mesurent concrètement les conséquences de leur mobilisation. Il faut que ce lien entre l’acte qu’on leur demande d’accomplir et les évolutions qu’il est susceptible d’engendrer soit lisible, explicite, quantifiable et surtout irréversible. Sans cela, pas de confiance et beaucoup de déception à la fin.
Mais pour que cela fonctionne, il faudra aussi que le citoyen sorte de son attitude de consommateurs qu’il adopte désormais trop souvent. S’engager dans la démocratie participative (et en fait dans la démocratie tout court), c’est aussi accepter que le processus aboutisse à une décision qui n’est pas celle que l’on souhaite. Là encore, la transparence, condition indispensable à la confiance, est fondamentale pour qu’il ne subsiste aucun sentiment d’injustice ou crainte de manipulation.
La démocratie participative pose la question fondamentale du rôle de l’élu, question que j’ai déjà évoqué dans un billet précédent. Elle ne fonctionnera que si aussi bien les acteurs politiques que les citoyens acceptent le fait que l’élu n’est pas forcément celui qui apporte la solution mais celui qui apporte la méthode par laquelle elle va émerger. On peut regretter par exemple qu’un outil comme Parlement et Citoyens ne soit pas né à l’initiative d’un parti politique ? Mais à la fois est-ce si grave ? Les bonnes idées, les idées innovantes, les idées efficaces ne vont évidemment pas forcément toujours naître d’un cercle aussi restreint que celui des militants politiques. Il y a là une vraie révolution culturelle à réaliser, qui me semble inévitable, mais qui ne me semble malheureusement pas en marche à grand vitesse.
Pour résumer et conclure, la démocratie participative apparaît comme devant prendre une place de plus en plus large dans le fonctionnement de notre système institutionnel et politique. Pour cela, il faut réunir trois conditions -des outils et des compétences spécifiques : ils sont en cours de développement mais restent trop méconnus. Les possibilités d’innovation sont très certainement immenses et insoupçonnées. -des acteurs politiques qui s’en emparent et en fassent leur cheval de bataille. La notion est malheureusement encore très certainement trop associée à Ségolène Royal pour être prise au sérieux (c’est un constat, pas un avis personnel!!) -des citoyens qui abandonnent l’attente d’un homme ou de solutions providentiels. Ils répondent présents quand ils sont consulter dans les conditions que j’ai énoncé plus haut, alors il n’y a certainement pas là d’obstacle insurmontable.
Cette évolution sera longue et sûrement chaotique. Mais elle semble incontournable pour éviter des chaos infiniment inquiétants.
Cela faisait un moment que je n’avais pas fait une critique croisée entre deux films. Mais ce mardi soir au cinéma, j’ai été frappé par les points communs, mais aussi les différences, entre les deux biopics que j’ai vu à la suite l’un de l’autre. Le premier, Steve Jobs, est américain, le second, Chocolat, est français. Deux destins extraordinaires, des grands acteurs, des mises en scène soignées, par de nombreux côtés les deux films se ressemblent. Beaucoup moins par d’autres.
Steve Jobs présente une efficacité toute hollywoodienne. Cependant, il y a aussi de l’audace dans ce scénario qui ne nous raconte pas la vie du fondateur d’Apple. Il nous raconte uniquement trois moments clés de sa vie, trois lancements de produit, trois de ces shows dont il avait le secret. Et à travers ces quelques heures, le film cherche à nous raconter l’ensemble de son parcours, à cerner un personnage qui se complexifie au fur et à mesure. Et il faut bien admettre qu’il y a arrive de manière assez brillante et étonnante. Mais en payant un certain prix…
Chocolat adopte lui un récit linéaire de la vie du premier artiste noir ayant connu la célébrité en France. Ce traitement hyper classique est sans surprise, mais permet du coup de connaître de manière exhaustive son parcours éclairant sur une page de notre histoire et de notre société. A côté de ça, le film a mis les moyens pour nous faire partager cette histoire. Les décors et les costumes sont très réussis et jamais on ne retrouve le côté cheap de certains films historiques français. On est là face à une vraie superproduction, au bon sens du terme. Mais est-ce totalement suffisant ?
En choisissant une structure audacieuse, Dany Boyle a confirmé qu’il est bien un des réalisateurs les plus imaginatifs et Aaron Sorkin, à qui on doit aussi le superbe The Social Network, un des scénaristes les plus talentueux. Leur portrait est sans concession et démonte largement le mythe. Steve Jobs n’a rien d’une hagiographie et ce n’est pas là sa moindre qualité. Mais voilà, à force de faire ressembler le film à un exercice de style brillant, il en perd un peu en authenticité. On ne sait plus très bien s’ils ont plié la réalité aux besoins de la forme ou ont mis leur audace au service de la vérité. Mais après tout, c’est un film, non un documentaire, mais cela reste un petit caillou dans la chaussure.
Chocolat avait tout pour faire un grand film chargé en émotion forte et sincère. Les sujets graves abordes sont nombreux et les personnages assez attachants pour que l’on soit touché par toutes les injustices qu’ils subissent. Mais voilà, Roschdy Zem n’arrive pas à insuffler à son film le souffle nécessaire pour que l’on soit vraiment enthousiaste. Un manque de rythme, une forme de flottement, qui rend le propos moins percutant, moins efficace. L’histoire en elle-même est intéressante, touchante, dramatique, mais le film oublie de la sublimer.
Par contre, Steve Jobs et Chocolat constituent l’occasion de saluer l’immense talent de deux grands acteurs. Michael Fassbender démontre une nouvelle fois l’étendue de sa classe, avec un jeu incroyablement sobre, mais qui lui permet néanmoins d’incarner totalement son personnage, jusqu’à lui ressembler sans chercher à l’imiter (même s’il y a un vrai travail sur ses postures). Omar Sy tient lui vraiment son film sur ses épaules par son énergie communicative. Mais ce sont dans les moments plus intimistes que l’on admire vraiment le magnifique comédien qu’il est.
Au final, entre le classicisme et l’audace, je choisis l’audace. Steve Jobs est un film incontestablement plus percutant et d’une efficacité redoutable. Je me suis surpris à verser ma petite larme à la fin, alors que je déteste ce personnage et que le dénouement n’est certainement pas le moment le plus intéressant. Cependant, voilà, on est vraiment pris dans le film, comme pris au piège. Chocolat laisse malheureusement plutôt sur une légère frustration. Encore une fois, il y avait matière à faire un grand film. Mais, je ne pense pas lui faire injure en constatant simplement que Roschdy Zem n’a pas tout à fait le génie de Dany Boyle.
LES NOTES : STEVE JOBS : 14/20 CHOCOLAT : 12,5/20
STEVE JOBS Fiche technique : Production : The Mark Gordon Company, Universal Pictures, Legendary Pictures, Management 360, Distribution : Universal Pictures International France Réalisation : Danny Boyle Scénario : Aaron Sorkin Montage : Jon Harris Photo : Alwin H. Küchler Décors : Gene Serdena Musique : Daniel Pemberton Directeur artistique : Guy Hendrix Dyas Durée : 122 min
Casting : Michael Fassbender : Steve Jobs Kate Winslet : Joanna Hoffman Seth Rogen : Steve Wozniak Jeff Daniels : John Sculley Michael Stuhlberg : Andy Hertzfeld Katherine Waterston : Chrisann Brennan Perla Haney-Jardine : Lisa Brennan
CHOCOLAT Fiche technique : Production : Mandarin cinéma, Gaumont, Korokoro, M6 Films Distribution : Gaumont Réalisation : Roschdy Zem Scénario : Cyril Gely, Olivier Gorce, Roschdy Zem, d’après le livre de Gérard Noiriel Montage : Monica Coleman Photo : Thomas Letellier Décors : Jérémy Duchier Musique : Gabriel Yared Costumes : Pascaline Chavanne Durée : 110 min
Casting : Omar Sy : Rafael Padilla dit Chocolat James Thierrée : Footit Clotilde Hesme : Marie Olivier Gourmet : Oller Frédéric Pierrot : Delvaux Noémie Lvovsky : Mme Delvaux Alice de Lencquesaing : Camille Olivier Rabourdin : Germier Alex Decas : le compagnon de cellule
L’arrivée de Guy Novès à la tête de l’Equipe de France de rugby a ravi tous les amateurs du ballon ovale. En effet, s’il y avait un entraîneur que l’on rêvait de voir un jour diriger le XV de France, c’était lui. Après plusieurs rendez-vous ratés, il a succédé à un Philippe Saint-André sorti par la petite porte après une défaite humiliante contre les All Blacks. Après avoir touché le fond, on ne pouvait imaginer qu’une amélioration rapide et probante. Le match d’hier a montré que cela était loin d’être gagné.
La qualité de jeu du XV de France est un peu comme l’inversion de la courbe du chômage. On l’attend depuis de longues années mais rien ne vient. Guy Novès a été à deux doigts de débuter son mandat par une défaite humiliante face à une équipe italienne dont l’Equipe évoquait le départ du Tournoi, faute d’un niveau suffisant. Preuve que la suffisance est peut-être justement ce qui caractérise notre pays. Le changement n’est pas pour maintenant. Car le changement prend toujours du temps.
Personne ne blâmera Guy Novès pour le piètre spectacle proposé hier après-midi par l’Equipe de France. Le rugby est un sport éminemment collectif et même avec les meilleurs joueurs du monde, cela prend du temps pour atteindre un niveau de jeu optimum. On mesurera vraiment l’apport de l’ex-entraîneur du Stade Toulousain à la fin du Tournoi, voire même dans un an après le Tournoi 2017. Après cette date, il n’aura guère d’excuse et c’est bien le résultat de son travail que l’on jugera sur le terrain.
Cependant, à l’impossible nul n’est tenu. Depuis 8 ans, le XV de France multiplie les performances médiocres. Les deux derniers sélectionneurs ont été désignés comme les coupables de cet état de faits, le public ayant été renforcé dans cette idée par la finale miraculeuse de 2011 qui aurait le résultat d’une reprise en mains de la part des joueurs. Mais à trop se focaliser sur les entraîneurs, on a peut-être perdu de vue que le rugby de Français ne produit plus de joueurs d’un niveau suffisant pour prétendre à une victoire dans le Tournoi et encore moins à un titre de champion du Monde. Les victoires de Toulon en Coupe d’Europe ont été acquises à grands renforts de joueurs étrangers et il n’est pas sûr que l’Equipe de France soit capable d’atteindre le niveau de l’armada toulonnaise.
Le travail qui attend Guy Novès s’annonce donc difficile. Son passé et son incroyable palmarès font que personne ne doute de ses qualités exceptionnelles d’entraîneurs. Seront-elles suffisantes pour remettre le XV de France au niveau que l’on rêve ? Rien n’est moins sûr. En tout cas, les joueurs, largement épargnés par l’opinion depuis 8 ans, n’auront plus un sélectionneur derrière lequel se cacher.
Le cinéma hollywoodien a bien des travers, mais aussi beaucoup de génie. Ce dernier s’exprime d’autant mieux dans certains genres cinématographiques qui semblent l’apanage exclusif du 7ème art américain. Les scénarios d’enquête journalistique en font partie. La preuve avec Spotlight, premier grand film de 2016. Un film totalement maîtrisé avec quelques défauts typiquement hollywoodien, mais qui reste extrêmement limité.
La plus grande qualité de Spotlight est d’être tout simplement passionnant. Le scénario est parfaitement écrit en termes de déroulé de l’enquête. On est immédiatement happé par l’histoire et on brûle de savoir comment l’équipe de journalistes va finir par faire surgir une vérité dont il ne soupçonne pas l’ampleur au début du film. Les étapes sont franchies une à une, chaque difficulté est contournée, sans que cela ne soit jamais cousu de fil blanc, ni à l’inverse capillotracté. Les personnages sont convaincants… même si on peut voir là, le seul travers du film. Il s’agit d’un bel hommage à ces reporters dont il s’agit là de l’histoire vraie. Cependant, la scénarisation leur donne une dimension héroïque qu’ils méritent sans doute, mais qui du coup fait de ce film un produit quelque peu formaté, un rien manichéen, où aucune ambiguïté n’existe.
Mais le format est tellement efficace et plaisant qu’il serait vraiment idiot de bouder notre plaisir. Et notre plaisir est décuplé par un casting de très très haut niveau, parfaitement mis en valeur par la réalisation sobre de Tom Mc Carthy. Un cinéaste que l’on connaissait grâce à une filmographie plutôt intimiste, mais uniquement composée de petit bijoux (The Visitor!!!). Avec plus de moyens, il ne perd rien de son talent, mais garde au contraire une certaine modestie qui lui a permis de servir son sujet et les comédiens sans chercher le spectaculaire outre mesure. Cet équilibre fait au final la force de Spotlight et notre plus grand plaisir.
LA NOTE : 15/20
Fiche technique : Production : Anonymous Content, First Look, Participant Media, Rocklin / Faust Distribution : Warner Bros. Réalisation : Tom McCarthy Scénario : Tom McCarthy, Josh Singer Montage : Tom McArdle Photo : Masanobu Takayanagi Décors : Stephen H. Carter Musique : Howard Shore Directeur artistique : Michaela Cheyne Durée : 128 min
Casting : Michael Keaton : Walter ‘Robbie’ Robinson Mark Ruffalo : Michael Renzendes Rachel McAdams : Sacha Pfeiffer Liev Schreiber : Marty Baron John Slattery : Ben Bradlee Jr Brian D’Arcy James : Matt Carroll Stanley Tucci : Mitchell Garabedian Billy Crudup : Eric MacLeish
A travers mes critiques, je reproche souvent au cinéma français une certaine paresse. Une médiocrité face à laquelle subsiste une complaisance critique regrettable. Encore Heureux ne va certainement pas me faire changer d’avis. Le film a certes bien des qualités mais il se contente par beaucoup d’aspects du strict minimum. C’est dommage et il aurait été facile de faire beaucoup mieux pour le même prix. Un peu plus d’ambition et d’exigence et le film aurait pris une autre dimension.
Il est vrai que la présence d’Edouard Baer a la faculté de transformer le plomb en or. Mais son génie a quand même ses limites. Surtout que Benoît Graffin a réussi un exploit substantiel. Il l’a dirigé… En effet, pas de trace de cabotinage ici, jamais de « il en fait un peu beaucoup », mais de la justesse et de la maîtrise. On devrait s’en réjouir… mais du coup, sa performance rentre dans le rang et perd un peu de son incomparable fraîcheur. En fait, Encore Heureux oublie de lâcher les chevaux dans en temps. Les dialogues constituent un autre exemple. Le film aurait gagné à proposer de vraies répliques percutantes. A part une ou deux qui nous arrachent un vrai sourire, cela reste trop réaliste pour être vraiment drôle et par la même demeure assez plat.
Au final, on ne s’ennuie pas vraiment devant Encore Heureux, on garde un sourire aux lèvres grâce à la folie douce qui parcourt le film. Mais il ne plonge jamais dans une émotion franche. Jamais un réel éclat de rire, jamais réellement touchant. Les personnages sont sympathiques, sans être pour autant terriblement attachants. Ce n’est jamais subversif alors que l’intrigue n’est pas dénuée d’une certaine immoralité. Rien n’est vraiment mauvais, mais rien n’est excellent non plus. Il y avait pourtant les ingrédients pour une recette savoureuse. Mais sans sel, ni piment, un plat ravit rarement les papilles.
LA NOTE : 09/20
Fiche technique : Réalisation : Benoît Graffin Scénario : Mika Tard, Déborah Saïag, Benoît Graffin, Nicolas Bedos Production : Pauline Duhault Photographie : Antoine Héberlé Décors : Samantha Gordowski, Julien Tesseraud
Casting : Sandrine Kiberlain : Marie Edouard Baer : Sam Bulle Ogier : Madeleine Carla Besnaïnon : Alexia Matthieu Torlotting : Clément Benjamin Biolay : Le séducteur
L’amour dure trois ans paraît-il. Enfin, parfois, il dure quand même un peu plus longtemps. 45 ans par exemple ! 45 Ans est le titre d’un film qui vaut une nomination aux Oscars à Charlotte Rampling et nous dit beaucoup de choses passionnantes sur la non éternité des choses, y compris les sentiments que l’on croit gravés à jamais dans le marbre. Un film un peu contemplatif mais qui nous permet de découvrir avec une profondeur rare deux personnages interprétés par deux monstres sacrés du cinéma britanniques.
45 Ans a un point de départ plutôt inventif et permet d’introduire avec brio le sujet. Ce grain de sable qui après tant d’années de vie commune vient gripper une mécanique qui semblait immuable est une trouvaille scénaristique remarquable. Le dénouement constitue lui aussi un moment marquant qui vous laisse sur une impression forte. Entre les deux, il est vrai qu’Andrew Haigh prend son temps et développe son propos sans se presser et en l’explorant vraiment de bout en bout. On ne s’ennuie jamais, mais il est vrai que ce tempo donne une certaine froideur à l’ensemble et dilue peut-être légèrement l’émotion.
Cependant, 45 Ans reste un modèle de direction d’acteur. La réalisation d’Adrew Haigh est totalement au service de ces comédiens et arrive comme rarement à mettre en lumière leurs sentiments. Evidemment, l’immense talent de Charlotte Rampling et Tom Courtenay contribuent largement à ce succès. Mais ces trois éléments ne font pas que s’additionner, il y a une vraie synergie entre eux. Une synergie qui porte le film et en fait un très beau moment de cinéma.
LA NOTE : 13,5/20
Fiche technique : Production : The Bureau, Film4, British Film Institute (BFI) Distribution : Ad Vitam Réalisation : Andrew Haigh Scénario : Andrew Haigh, d’après une nouvelle de David Constantine Montage : Jonathan Alberts Photo : Lol Crawley Décors : Sarah Finlay Son : Joakim Sundstorm Costumes : Suzie Harman Durée : 95 min
Casting : Charlotte Rampling : Kate Mercer Tom Courtenay : Goeff Mercer Geraldine James : Lena Dolly Wells : Charlotte David Sibley : George
Militant du Parti Socialiste, j’ai ces derniers jours assisté à plusieurs réunions où nous avons débattu de la déchéance de nationalité. Au milieu des discussions est apparue à plusieurs reprises cette question : à quoi sert le Parti Socialiste ? Ou, du point de vue du militant, à quoi servons-nous ? Une question fondamentale revenant de plus en plus souvent, indépendamment du contexte particulier que nous connaissons actuellement. Il est vrai que la question se pose avec plus de force pour le parti au pouvoir, mais elle dépasse largement le simple PS.
Le rôle et le fonctionnement des partis politiques n’ont guère évolué ces dernières décennies, en tout cas infiniment moins vite que la société. Leur image est brouillée et la défiance dont ils font tous l’objet est délétère pour notre démocratie. Mais alors que faire ? Quel nouveau modèle inventer ?
A mon sens, il faut partir de la réalité telle qu’elle est, pas telle qu’on souhaiterait qu’elle soit. Les responsables politiques ont désormais un rapport direct avec l’opinion. A la moindre annonce, au moindre événement, ils peuvent faire connaître leur opinion immédiatement via les réseaux sociaux. Du coup, cela a-t-il encore un sens de parler de position officielle d’un parti quand elle est forcément contredite par une partie de ses membres avant même qu’elle ne soit déterminée ? Ceux dont l’opinion est minoritaire ne vont pas soudainement changer d’avis, ni même se taire. On peut alors rechercher l’unanimité, mais il faut pour cela se rapprocher d’un plus petit dominateur commun, dont la médiocrité intellectuelle n’est plus à prouver. Un parti politique est un lieu où tout le monde n’est pas d’accord sur tout, ou face à un même problème plusieurs solutions sont proposées, acceptons-le.
Le vrai débat d’idée existe encore, bien plus que ne le croit l’opinion. Simplement, il n’a lieu que rarement dans les partis politiques à proprement parler, mais plutôt dans leurs satellites. Du think tank institutionnalisé comme Terra Nova ou la Fondation Jean Jaurès au collectif de simples militants, comme Inventons Demain ou Bouger les Lignes, ces lieux de réflexion, de travail, de recherche de solutions concrètes et innovantes sont nombreux et variés. Malheureusement, le fruit de leurs réflexions est trop peu diffusé, y compris auprès des militants des partis dont ils sont proches.
Ces entités présentent bien des avantages. Par leur diversité, ils peuvent impliquer de multiples façons ceux qui souhaitent participer à un travail de réflexion. Par leur éloignement des enjeux électoraux et de pouvoir, ils peuvent plus facilement associer des experts souhaitant apporter leur éclairage, sans forcément prendre parti. Ils constituent déjà une véritable richesse intellectuelle, mais qui ne demanderait qu’à croître encore s’ils étaient universellement reconnus comme les lieux de la réflexion politique. Ils sont en tout cas infiniment plus efficaces que tous les travaux collectifs à l’échelle du PS, où chaque section est appelée à amender un texte déjà limité par le subtil équilibre politique dont il est né et qui ne pourra plus être modifié qu’à le marge. Ils sont ainsi plus à même de proposer enfin des idées nouvelles, de libérer l’imagination dont la réflexion politique a cruellement besoin.
Mais on revient alors à la première question. S’il n’est plus le lieu de la réflexion, ce qu’il devrait être avant tout dans un monde idéal qui n’existe pas (ou plus), alors à quoi sert un parti politique ? Il doit rester celui de l’action ! Tout militant sait bien que les élections s’enchaînent à un rythme assez rapide pour que leur préparation accapare déjà une large part de l’énergie et du temps. On reproche souvent aux partis politiques de n’être plus que des machines électorales… et bien assumons-le ! Les campagnes électorales restent tout de même le moment le plus fort de la vie politique. Avoir des structures dédiées à cette seule tâche se justifie déjà amplement.
L’action politique ne se limite cependant pas aux seules campagnes électorales. En tant qu’élu municipal d’opposition, je m’efforce, avec tous ceux qui partagent mes convictions, de faire connaître nos positions sur les enjeux locaux. Mais nous avons également mené des campagnes de communication sur l’accessibilité. Dans le but de faire évoluer l’action de majorité municipale, mais aussi pour sensibiliser la population. Ce travail a fait collaborer des personnes qui ne partagent pas la même opinion sur la politique gouvernementale actuelle. Cela ne nous a pas empêché d’être, dans l’action militante, ensemble et unis. Et il existe bien d’autres sujets ou problématiques aptes à rassembler.
Séparer l’action de la réflexion présente aussi de mon point de vue un immense avantage. Les congrès du PS se focalisent uniquement sur les points de clivage, aussi minimes ou artificielles soient-ils. Du coup, les aspects organisationnels, la qualité des outils de mobilisation, de communication sont les parents pauvres de ces moments de débats et de démocratie internes. Ainsi, la vie militante au sein du PS, mais aussi ailleurs, se résume encore beaucoup au triptyque tractage, collage, réunions… Des modes d’expression largement obsolètes et cette obsolescence contribue au fossé qui se creuse entre les acteurs politiques, quel que soit leur niveau, et le reste de la population, en particulier les plus jeunes. Il est donc urgent de développer des outils de mobilisation innovants, des vecteurs de communication inédits qui ne peuvent se résumer à Facebook et à Twitter. Faire de ces questions l’enjeu principal des élections internes du parti, juger les candidats aux responsabilité sur leurs compétences en la matière, et non leur simple positionnement idéologique, permettraient de faire enfin rentrer l’action politique pleinement dans les XXIème siècle.
Reste la question de la ligne politique qui guidera l’action des futurs élus. Depuis mon adhésion, j’ai toujours toujours combattu l’idée encore très répandue au PS, qu’il fallait d’abord définir le programme puis choisir celui ou celle qui allait le porter. Cela me semble absurde et il m’apparaît infiniment plus logique de choisir en une fois le ou la candidat(e) sur le programme qu’il propose. D’ailleurs dans les faits, c’est exactement ce qui se passe déjà. Pour toutes les élections, des primaires au périmètre à définir, organisées par les militants du parti, doivent permettre de choisir aussi bien les personnes que les lignes politiques qu’elles porteront. En cas de renouvellement de mandat ou de candidat unique, le programme porté par le candidat devra être validé par référendum, non pas globalement, mais divisé en grandes orientations afin de permettre une vraie discussion et sortir du tout ou rien. Des outils numériques, comme ceux développés par le site Parlement & Citoyens, permettent facilement d’organiser une consultation très fine, avec droit d’amendement, sur chaque point d’un programme.
Il ne s’agit pas ici de minimiser la valeur du débat. Cependant, comme un débat se focalise naturellement vers les différences, aussi petites soient-elles, le voir occuper tout l’espace médiatique donne une image totalement déformée de la réflexion politique. De plus, les idées novatrices doivent avoir le temps de s’affiner, de se consolider avant de se confronter à des idées plus conservatrices déjà bien ancrées dans les esprits. Il leur faut donc des espaces où elles pourront naître et mûrir, ce que ne permet pas un parti politique supposé n’avoir qu’une seule ligne. Il faut donc passer d’un état de débat permanent à un état de réflexions (au pluriel) permanentes, réflexions qui se confronteront à l’occasion de moments forts de débat, comme des primaires. Par ailleurs, rien n’empêche des débats dans le cadre de l’action militante entre deux élections. Simplement, dans ce cas, il faut sortir de l’idée qu’il doit en ressortir une position commune ou majoritaire.
Séparer action et réflexion permettra également de surmonter quelque peu les dilemmes qui surviennent quand le parti participe à un gouvernement ou à tout autre exécutif. Cela permettra à des réflexions critiques ou des politiques alternatives d’être élaborées sans que cela n’interfère avec une action de terrain qui assurera la promotion des éléments les plus fédérateurs, comme l’aurait pu être la généralisation du tiers payant par exemple. Cette dernière n’a fait l’objet d’aucune mobilisation militante alors qu’elle était fortement attaquée par des lobbies, tandis que les membres du parti débattaient à l’infini sur l’efficacité d’un CICE qui n’avait même pas eu le temps d’être pleinement mis en place. Pour les élus en place, la diversité et la profondeur de réflexions plurielles doivent pouvoir inspirer des politiques plus innovantes que celles s’inspirant de positions issues d’improbables synthèses ou compromis au sein du parti.
Cette séparation entre action et réflexion permettra à tous ceux qui veulent s’engager politiquement de trouver leur place. Tout le monde n’a pas envie de distribuer des tracts sur les marchés, mais peut avoir envie de mettre ses compétences et son expérience pour trouver des solutions aux problèmes qui lui tiennent à cœur. Tout le monde n’a pas envie de discuter pendant des heures et des heures sur l’opportunité de fusionner l’impôt sur le revenu et la CSG, mais peut avoir envie d’aller au contact de ses concitoyens pour défendre des valeurs. Et ceux qui souhaitent faire les deux pourront s’investir dans les deux types de structure qui auront chacune gagné en efficacité puisque leurs rôles auront été clairement défini.
Toutes ces considérations ne constituent que l’ébauche d’une réflexion. Elle doit évidemment être poursuivie. Podemos constitue par exemple un autre modèle. Mais je connais beaucoup de gens déçus par les tentatives de faire de la politique autrement, au Modem ou à Nouvelle Donne. Les rivalités de personnes finissent toujours par ressortir, l’être humain étant ce qu’il est. Ce que je propose ne correspond pas à mon idéal mais de ce qui me semble le plus proche d’une réalité qui s’impose à nous et qu’il est nécessaire de positiver. Elle ne constitue pas une révolution. Mais la défiance envers les partis politiques ne vient pas tant de ce qu’ils sont, mais du décalage entre ce qu’ils sont et ce qu’ils prétendent être. Réduire ce décalage est indispensable à une confiance restaurée. Il y a urgence car les partis politiques sont des structures moribondes et dont on peut même prévoir la disparition. Mais sans eux, comment imaginer la démocratie ?
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