Quand vous n’avez pas le matériel pour faire un long métrage en entier, vous avez deux stratégies qui s’offrent à vous. Soit vous diluez en mettant du vide un peu partout. Soit vous concentrez tout au début et vous finissez comme vous pouvez. C’est visiblement cette deuxième tactique qu’a adoptée Nicolas Pariser pour Le Grand Jeu. Un film qui part plutôt bien, malgré de nombreuses maladresses, avant de s’autodétruire en vol.
Le film d’espionnage n’a jamais été une spécialité française. Le Grand Jeu le confirme. On pourrait le qualifier de film politique, puisqu’il est question de rivalités au sein même de l’Etat, mais les ressors narratifs sont bien ceux du film d’espionnage. Toutes les tentatives hexagonales dans le domaine ces dernières années ont été décevantes. On échappera pas à la règle cette fois-ci, faute d’un scénario proposant assez de contenu. La présentation des personnages est pourtant prometteuse, les premières péripéties laissent espérer une montée en puissance. Mais le film se heurte alors à une scène interminable de dialogue entre deux personnages, signe que le sujet est épuisé. Le scénario ne donnera alors plus rien de très intéressant, avant un dénouement tout sauf palpitant.
La réalisation est propre, les acteurs plutôt bons. André Dussolier fait du André Dussolier, mais on lui pardonne de cabotiner un peu à son âge. C’est donc vraiment dans l’écriture que Le Grand Jeu pêche. Or pour un film d’espionnage, cela ne pardonne pas. On ne peut pas se reposer uniquement sur des personnages attachants et un vague suspense. Il faut des rebondissements, des surprises, des renversements inattendus. Rien de cela ici. Par contre, on y trouvera un peu d’ennui.
LA NOTE : 9/20
Fiche technique : Production : Bizibi, Ate France Cinéma, Les films du 10 Distribution : Bac films Réalisation : Nicolas Pariser Scénario : Nicolas Pariser Montage : Léa Masson Photo : Sébastien Buchmann Décors : Nicolas De Boiscuillé Musique : Benoît de Villeneuve, Benjamin Morando Costumes : Anne-Sophie Gledhill Durée : 99 min
Casting : Melvil Poupaud : Pierre Blum André Dussollier : Joseph Clémence Poésy : Laura Sophie Cattani : Caroline Nicolas Wanczycki : l’homme à l’oreillette Gavino Dessi : Marco Antoine Chappey : Copeau Audrey Bastien : la jeune fille dans la librairie Thomas Chabrol : le sénateur
Certaines personnes ont du talent. Non pas simplement un talent particulier pour une tâche donnée. Non du talent dans tout ce qu’ils font, qu’ils l’aient toujours pratiqué ou qu’ils soient novices. C’est injuste, mais c’est comme ça. Certains suent sang et eau pour y arriver, d’autres peuvent se reposer sur ce don de la nature. Orelsan fait définitivement partie de ces personnes au bord du berceau desquels une bonne fée s’est penchée. On pense ce que l’on veut du rappeur, mais le scénariste-réalisateur-acteur ne peut faire que l’unanimité lorsque l’on a vu Comment C’est Loin.
Il est évidemment difficile de distinguer l’apport exact d’Orelsan et celui de Christophe Offenstein. Il est probable que ce dernier a joué un rôle prépondérant dans le volet purement cinématographique de Comment C’est Loin. Mais le film est bien coréalisé et il est très bien réalisé. Rien de spectaculaire artistiquement parlant, mais de l’imagination quand même parfois, un excellent montage et un vrai sens du rythme dans la narration. Le résultat est solide et n’a rien à envier à l’immense majorité des films français.
Il est tout aussi probable d’imaginer qu’Orelsan a par contre jouer un rôle primordial dans l’écriture du scénario de Comment C’est Loin. Et notamment des dialogues qui font partie de ce qu’on a vu de mieux en 2015. Certaines répliques sont d’un humour qui fait mouche et nous arrache de vrais éclats de rire. Cela rappelle beaucoup ce qu’Orelsan et Gringe font à la télévision avec Bloqués, mais le passage sur grand écran ne donne pas du tout l’impression d’un film composé de sketchs juxtaposés. Qu’Eric et Ramzy en prennent de la graine !
Enfin, et là personne ne peut le lui enlever, Orelsan est un excellent acteur. Bien sûr, son rôle frise l’autobiographie, mais s’interpréter soi-même n’est pas forcément le plus facile. Surtout que les personnages sont eux aussi très réussis et écrits avec beaucoup de finesse. Comment C’est Loin fonctionne donc à tout point de vue, à la fois intelligent et drôle, surprenant et dense, tendre et corrosif. Tout ça pour une seul homme, y a pas de justice !
LA NOTE : 14/20
Fiche technique : Production : NoLiTa Cinema, Les Canards Cinema Distribution : La Belle Company Réalisation : Orelsan, Christophe Offenstein Scénario : Orelsan, Christophe Offenstein, Stéphanie Murat Montage : Jeanne Kef Photo : Christophe Offenstein Décors : Frédérique Doublet Musique : Orelsan, Skread, Alexis Rault Durée : 90 min
Casting : Orelsan : Orel Gringe : Gringe Seydou Doucouré : Bouteille Claude Urbiztondo Llarch : Claude Ablay : Ablay Skread : Skread Paul Minthe : Le patron de l’hôtel
2015 aura été une année cinématographique sans grand chef d’œuvre sortant vraiment du lot et destiné à devenir un grand classique intemporel. On mettra de côté Star Wars VII car il est culte bien au-delà de sa valeur intrinsèque. Mais était-ce pour autant une année moyenne ? Pas forcément ! Beaucoup de très bons films sont quand même sortis et auraient pu tout à fait prétendre figurer dans ce classement.
Ce dernier est plus resserré que jamais avec seulement 9 films. Je rappelle qu’y figurent tous ceux qui ont reçu une note supérieure ou égale à 15. Il couronne un film couronné aux Oscars, ce qui est scandaleusement plus prestigieux, non que je fasse preuve de suivisme mais parce que c’est bel et bien mérité. Alejandro González Iñárritu tient là le chef d’œuvre de sa carrière. Il ressuscite au passage Michael Keaton qui n’aura définitivement pas eu la carrière que son talent lui autorisait.
Concernant les interprétations, je donnerai un pris spécial à Bradley Cooper pour son rôle et sa métamorphose physique dans American Sniper. Côté féminin, je l’attribuerais sans hésiter aux quatre jeunes filles de Mustang. Et une pensée émue pour les créateurs de BB8 dans Star Wars VII qui arrive à rendre un robot incroyablement expressif simplement en déplaçant sa tête !
On remarquera que le cinéma français se porte bien puisqu’il représente un film sur trois dans ce classement. Que c’est aussi dans les étoiles et dans des mondes lointains que beaucoup de ces films nous emmènent. Même s’il nous conduit aussi à l’intérieur de notre propre cerveau.
Enfin 2015 nous aura aussi offert quelques navets de premier ordre avec un trio Les Chevaliers du Zodiaque, la Légende du Sanctuaire, La Vie de Judas et 21 Nuits avec Pattie que j’aurai heureusement vite fait d’oublier.
1-Birdman
Ce film, récompensé par un Oscar amplement mérité, allie la maîtrise artistique d’Alejandro González Iñárritu avec un scénario étonnant. L’occasion d’assister à de superbes numéros d’acteurs par un casting aussi prestigieux que merveilleusement dirigé.
2-Vice-Versa
Un nouveau petit chef d’œuvre signé Pixar qui ravit les petits et les grands. Un film qui délaisse le divertissement pur pour une réflexion plus intime sur ce qui nous caractérise comme individu et sur le passage de l’enfance à l’adolescence. Le tout avec beaucoup d’humour et de tendresse.
3-Kingsman
On pensait que Colin Firth nous avait déjà démontré l’étendu de son talent, mais il en avait encore sous la semelle. La preuve avec ce film d’aventure et d’espionnage parodique et bourré d’humour. Tout fonctionne à la perfection pour un résultat particulièrement jouissif.
4-Nous Trois ou Rien
Kheiron interprète le rôle de son propre père pour nous offrir un film d’un humour d’une incroyable intelligence sur des sujets pourtant particulièrement sérieux. De l’Iran à la banlieue parisienne, le film nous réserve beaucoup de surprises. Et que des bonnes !
5-A la Poursuite de Demain
Un coup de cœur assez personnel pour un film d’un de mes réalisateur préféré. Brad Bird était déjà un des meilleurs cinéastes d’animation (les Indestructibles!) mais il confirme que son talent reste le même avec de vrais acteurs.
6-Mustang
Un film magnifique, qui aurait largement mérité la Palme d’Or s’il avait figuré dans la compétition officielle. Un film qui parfois drôle, parfois dramatique, magnifié par un quatuor d’actrices extraordinaires.
7-Seul Sur Mars
Le meilleur film depuis bien longtemps de Ridley Scott qui prouve qu’il a encore bien du bonheur à nous offrir. On pensait que Abba ne pouvait être au cœur d’un film de science-fiction ! Le film nous prouve qu’il n’en est rien.
8-Star Wars VII
Peut-être le film le plus attendu de l’histoire du cinéma. Au final, un résultat à la hauteur des espérances. On reprochera simplement l’absence de prises de risque scénaristiques, mais la qualité de la réalisation est-elle qu’on pardonne facilement.
9-Un Peu Beaucoup Aveuglément
On peut s’étonner de voir cette sympathique comédie romantique figurer ici. J’assume ma subjectivité, tant ce film a raisonné avec des souvenirs personnels. Il n’empêche que le film est excellent et fonctionne parfaitement du début à la fin.
Claude Lelouch est pour moi très certainement le cinéaste français qui bénéficie d’un statut totalement immérité. Certes, une Palme d’Or en 1966, mais pour un film passablement médiocre. L’Aventure, c’est l’Aventure, Itinéraire d’Un Enfant Gâté… et puis beaucoup de navets. D’ailleurs plus grand monde ne va voir ses films depuis très longtemps. Pour preuve les bides absolus qu’ont représenté Il y a des Jours et des Lunes ou encore Hommes, Femmes, Mode d’Emploi dans les années 90, qui lui ont retiré toute crédibilité. Alors pourquoi être allé voir Un + Une ? Bah tout simplement parce que c’est bien…
Un + Une est la preuve qu’il ne faut pas rester bloqué sur ses préjugés. Quand j’ai vu pour la première fois la bande-annonce de ce film, j’ai d’abord été tenté avant de voir qu’il s’agissait d’un film de Claude Lelouch. Mais comme les critiques étaient plutôt bonnes, j’ai décidé de privilégier ma première impression. Elle était la bonne car le film est bien l’histoire romantique (pas tout à fait une comédie) sympathique qu’on pouvait imaginer, portée par un Jean Dujardin qui cabotine délicieusement (mais c’est le rôle qui veut ça) et une Elsa Zylberstein, parfaite de sensibilité.
Un + Une se repose sur un scénario absolument pas cousu de fil blanc, alors que c’est la principale crainte que l’on pouvait avoir. C’est assez rare dans un film axé sur une relation homme-femme pour être souligné. Du coup, même si le propos commence parfois à tourner en rond, on continue à se demander où cela va nous mener et garde notre attention pleine et entière. Le tout prend vie au travers d’une réalisation sobre, entièrement au service des spectateurs et des magnifiques décors (bon ok, ce sont mes gènes indiens qui parlent). En tout cas, si ce film ne me fera pas considérer Claude Lelouch comme un géant du 7ème art, au moins marque-t-il un début de réconciliation.
LA NOTE : 13/20
Fiche technique : Production : Les Films 13, Davis Films, JD Prod, France 2 Cinéma Distribution : Metropolitan FilmExport Réalisation : Claude Lelouch Scénario : Claude Lelouch, Valérie Perrin Montage : Stéphane Mazalaigue Photo : Robert Alazraki Musique : Francis Lai Durée : 113 min
Casting : Jean Dujardin : Antoine Abeilard Elsa Zylberstein : Anna Hamon Christopher Lambert : Samuel Hamon Alice Pol : Alice Hanel Rahul Vohra : Rahul Abhi Shriya Pilgaonkar : Ayanna Abhishek Krishnan : Sanjay
Comme je disais récemment à propos de Strictly Criminal, on se dit qu’un film de gangsters permet toujours de passer un bon moment, même si le genre est passablement éculé. Surtout quand il est signé Stefano Sollima, qui nous a offert le magnifique Gomorra. Malheureusement la comparaison avec le film de Scott Cooper ne s’arrête pas là. Car si le constat de départ est le même, celui d’arrivée aussi.
Suburra délaisse le sud napolitain pour nous plonger au cœur des relations incestueuses entre la mafia et le pouvoir politique romain. Pour un Italien, j’imagine que ce film dit beaucoup sur son propre pays. Pour un regard extérieur, cela ressemble plus à une série d’archétypes. Des archétypes dont le portrait est bien dressé mais archétypes quand même. Et surtout, il ne s’agit que d’archétypes négatifs. Du coup impossible de trouver au moins un personnage attachant. On assiste alors au déluge de violence sans ressentir d’émotion, indifférent au sors des protagonistes.
D’un point de vue formel, on retrouve bien le style de Stefano Sollima. Un style très réaliste qui crée une ambiance assez sombre et particulière. Mais après Gomorra, le film et la série, on ne s’enthousiasme plus pour si peu. Les acteurs sont bien dans leur rôle. L’histoire est rythmée, c’est propre, c’est net. Mais au fond, à part « tous pourris, le film n’a pas grand chose à dire et la violence omniprésente semble un peu gratuite parfois. Elle correspond très certainement à une réalité mais le réalisateur apparaît quelque peu prisonnier de ses propres archétypes.
LA NOTE : 11/20
Fiche technique : Production : La chauve souris, Canal +, Indie Sales Distribution : Haut et Court Réalisation : Stefano Sollima Scénario : Stefano Rulli, Sandro Petraglia, d’après le roman de Giancarlo de Cataldo et Carlo Bonini Montage : Patrizio Marone Photo : Paolo Carnera Décors : Paki Meduri Costumes : Veronica Fragola Durée : 135 min
Pendant longtemps j’ai crié ma déception devant l’immense majorité des films consacrés à l’adolescence, qui s’apparentait souvent à un ramassis de clichés grotesques. Il est vrai cependant que les choses ont évolué et que chaque année, le cinéma nous offre plusieurs films sympathiques sur le sujet. Dernier en date, le Nouveau. Un film tendre et parfois très drôle. Même s’il n’évite pas tous les pièges du genre.
Et commençons justement avec ce qui fâche. Le Nouveau se situe dans la mouvance « les gens différents sont souvent des gens formidables ». Le problème, c’est que l’on ressent parfois une sorte de pression du genre « si vous n’aimez pas les personnages, c’est que vous êtes en fait un vieux réactionnaire »… C’est exactement ce qui se passe face à un des personnages du film, un ado, qui en plus est d’origine sociale modeste, mais qui se révèle surtout au final très con et très lourd. Et parfois, on a l’impression que le film ne fait vraiment rien pour le rendre sympathique, comme si c’était gagné d’avance, ne serait-ce que par une sorte d’obligation morale.
Heureusement, le reste de la bande est terriblement attachante. Les jeunes acteurs s’en sortent comme des chefs et Max Boubil ne cabotine pas trop. Le Nouveau propose de vrais éclairs, de vrais traits d’esprit vraiment bien sentis et qui nous offrent quelques beaux éclats de rire. Globalement, l’histoire rappellera quelques souvenirs à tous ceux qui n’ont pas toujours été le plus populaire dans leur classe. Alors oui, effectivement, le film grossit un peu les traits, mais sans jamais tomber dans la caricature et toujours pour le besoin de l’histoire. Le propos n’a pas une profondeur abyssale, mais ce n’est pas vraiment ce qu’on lui demande. Au final, le film donne le sourire et c’est déjà pas mal par les temps qui courent.
LA NOTE : 12,5/20
Fiche technique : Réalisation : Rudi Rosenberg Scénario : Igor Gotesman, Bruno Muschio, Rudi Rosenberg Photographie : Nicolas Loir Costumes : Elise Bouquet, Reem Kuzayli Production : Eric Juhérian, Mathias Rubin Société(s) de production : Récifilms, Cinéfrance 1888, Mars Films, D8 Films, Canal+, Ciné+, Région Ile-de-France Durée : 81 minutes
Casting : Réphaël Ghrenassia : Benoît Joshua Raccah : Joshua Géraldine Martineau : Aglaée Guillaume Cloud-Roussel : Constantin Johanna Lindstedt : Johanna Max Boublil : Greg (oncle de Benoît) Eythan Chiche : Charles
Peu à peu le cinéma chinois nous livre un regard critique de l’intérieur même du pays. Cela n’est pas encore le signe d’une vraie libération et d’une fin de la censure, mais peut-être peut-on au moins espérer que l’armure se fendille peu à peu. Zhang-ke Jia est un des fers de lance d’un 7ème art qui nous fait découvrir le cœur d’une société qui peut broyer totalement les individus. L’année dernière, A Touch of Sin avait largement séduit la critique et nous avait livré une vision terriblement sombre. Au-delà des Montagnes n’est guère plus réjouissant sur l’état du pays et le sort de sa population. Mais est-il cinématographiquement aussi réussi ?
Au-delà des Montagnes ne nous livre pas simplement une vision du présent, mais aussi un retour sur le passé et une anticipation du futur, puisqu’il s’achève en 2025. Cette réflexion sur la durée aurait pu ouvrir des horizons nouveaux à la réflexion. Mais au-lieu d’enrichir réellement le propos, il constitue surtout un artifice narratif pour donner du corps à l’histoire des personnages. Du coup, le film est plus complet, peut-être moins intéressant dans l’absolu que A Touch of Sin, mais basée sur une intrigue plus solide. On a tout autant envie de connaître le fruit des réflexions que le sort final réservé aux personnages. Les deux aspects sont assez réussis, mais pas totalement passionnant.
Au-delà Des Montagnes bénéficie d’une réalisation très classique, pour ne pas dire académique. Tout est plus lisse et lumineux que dans A Touch of Sin. C’est le propos qui veut ça, mais du coup cela accroche moins le regard du spectateur. Rien qui vienne le plonger dans une ambiance particulière et dépaysante. Les acteurs sont parfaits, mais là aussi avec une perfection qui rend les sentiments un peu mécaniques. Le film est beau et il est loin d’être dénué d’émotion. Mais il n’est jamais bouleversant. Reste un grand intérêt, sans l’étincelle qui provoque l’enthousiasme.
LA NOTE : 13/20
Fiche technique : Production : MK2, Diaphana, Arte France Cinéma, Shanghai Film Group Réalisation : Jia Zhangke Scénario : Jia Zhangke Montage : Matthieu Laclau Photo : Lik-Wai Yu Décors : Qiang Liu Distribution : Ad Vitam Son : Yang Zhang Musique : Yoshihiro Hanno Durée : 120 min
Casting : Yi Zhang : Jinsheng Zhao Tao : Tao Jingdong Liang : Liand Sylvia Chang : Mia Zijang Dong : Daole
L’émotion transmise par un film est souvent liée à l’attachement que l’on ressent pour les personnages. En effet, on est toujours plus touché par ce qui arrive aux gens que l’on aime bien que par ce qui arrive aux gens qui nous horripilent. C’est humain et cela ne fait pas de nous des êtres sans cœur et indifférents. Mia Madre, le dernier film de Nani Moretti, est riches en personnages objectivement intéressants. Mais sont-il assez sympathiques pour que leur sort nous émeuve réellement ?
J’ai eu beaucoup de mal à rentrer dans Mia Madre. Pendant plus de la moitié du film, j’ai surtout été agacé par des personnages pas forcément hyper sympathiques à première vue. Certains, notamment celui interprété magnifiquement par John Turturo, sont même clairement insupportables. Puis peu à peu, une fois que l’on découvre vraiment qui ils sont, les sentiments qui les habitent, leurs doutes profonds, leurs blessures parfois, on finit par les apprécier jusqu’à un dénouement particulièrement touchant et émouvant.
Mais voilà, après avoir passé une bonne heure en dehors du film, il est assez difficile d’y rentrer à nouveau totalement. Il y a beaucoup de choses admirables dans Mia Madre, notamment par les performances d’acteurs, quelques scènes vraiment mémorables. Mais j’avoue que personnellement, je n’ai jamais pu vraiment basculer de l’intérêt purement intellectuel à un ressenti profond. J’ai toujours vu ce film avec mon cerveau, assez peu avec le cœur. C’est assez pour l’apprécier, trop peu pour l’aimer follement.
LA NOTE : 13/20
Fiche technique : Production : Sacher Film, Fandango, Le Pacte, Rai cinema, Arte France cinema Réalisation : Nanni Moretti Scénario : Nanni Moretti, Francesco Piccolo, Valia Santella Montage : Clelio Benevento Photo : Arnaldo Catinari Décors : Paola Bizzarri Distribution : Le Pacte Son : Alessandro Zanon Musique : Nina Rota, Arvo Pärt, Olafur Arnalds, Philip Glass, Mario Cantini, Cinzia Donti, Isabella Colliva Durée : 107 min
Casting : Nanni Moretti : Giovanni Margherita Buy : Margherita John Turturo : Barry Huggins Giulia Lazzarini : Ada Beatrice Mancini : Livia Enrico Ianniello : Vittorio Stefano Abbati : Federico
Quand on pense univers impitoyable, on pense évidemment immédiatement à Dallas. Mais visiblement, il n’est pas le seul. Le monde de la musique à la fin des années 90 en Angleterre était pas mal aussi dans son genre. Enfin si on en croit Kill Your Friends. Un portrait particulièrement féroce de ce milieu où tous les coups sont permis. Nos instincts les plus bas y trouveront leur compte. Mais est-ce que cela donne un sens suffisant pour rendre un film intéressant ?
Kill Your Friends est un film parfaitement maîtrisé. Owen Harris a un certain sens de l’image, de la direction d’acteurs et du rythme de narration, même si le film a quelques temps morts à ce niveau là. Il arrive parfaitement à retranscrire la cruauté d’un monde où chacun rêve de prendre la place de l’autre. Il sait rendre l’ensemble de ses personnages attachants malgré leur caractère monstrueux. Du coup, on rentre dans le film et on ressent une réelle envie de savoir où tout cela va nous conduire.
Mais voilà, une fois que tout se termine, qu’est ce qui nous reste ? Pas grand chose. Le satisfaction d’avoir appris beaucoup sur l’envers du décor d’une musique qui a bercé notre adolescence (enfin pour les gens de mon âge) ? Pas vraiment, car pour les besoins de l’histoire, les traits sont forcés et on est incapable de distinguer vraiment la caricature des éléments plus réalistes. Les personnages sont quand même trop immoraux pour qu’on leur conserve une réelle tendresse. Le plaisir coupable d’avoir vu d’avoir assisté à ce concours de coups bas ? Comme tout plaisir coupable, il est assez éphémère. Bref, un film bien foutu par certains côtés, mais qui ne restera pas dans les mémoires.
LA NOTE : 11,5/20
Fiche technique : Production : Unigram, AI Film, Altitude Film Entertainment Distribution : Chrysalis Films Réalisation : Owen Harris Scénario : John Niven, d’après son propre roman Montage : Bill Smedley Photo : Gustav Danielsson Décors : Charlotte Pearson Musique : Junkie XL Costumes : Susie Coulthard, Hannah Glossop Durée : 103 min
Casting : Nicholas Hoult : Stelfox Ed Skrein : Rent Georgia King : Rebecca Rosanna Arquette : Barbara James Corden : Waters Tom Riley : Parker-Hall Craig Roberts : Darren Joseph Mawle : Trellick Moritz Bleibtreu : Rudi
Savoir raconter une histoire est un don rare et précieux. Avoir à sa disposition des rebondissements spectaculaires, des aventures fantastiques et des péripéties à foison représente bien sûr une aide appréciable. Mais ceux qui savent vraiment raconter une histoire n’ont même pas besoin de cela. Il ont juste besoin de leur talent. Steven Spielberg est peut-être le plus extraordinaire conteur que le cinéma n’ait jamais compté. Un des plus grands en tout cas, c’est certain. Un nouvelle preuve avec le Pont des Espions.
Le Pont des Espions est un film d’espionnage, mais radicalement différent d’un James Bond. Pas de courses poursuites, de fusillades ou de sauts dans le vide. Pourtant, Steven Spielberg arrive à nous passionner du début à la fin, simplement en déroulant son intrigue et ses dialogues. Il manque à cette histoire plus ou moins vraie une incitation au rêve, comme le réalisateur a su nous en proposer souvent, mais cela n’enlève rien à son intérêt et la maestria avec laquelle elle nous est racontée. Du grand art !
Le Pont des Espions est aussi parfaitement réalisé. Parce que si Steven Spielberg n’était qu’un formidable conteur, ça se saurait. C’est aussi une merveilleux cinéaste. Son sens de l’image, de la photographie et du montage est une nouvelle fois frappant dans un style très sobre, mais impressionnant de maîtrise. Tout ceci est au service des comédiens, au premier rang desquels un Tom Hanks juste parfait. Et c’est un non-fan qui le dit ! Au final, pas le film le plus bouleversant, ni le plus enthousiasmant de l’année, mais un modèle de cinéma.
LA NOTE : 14/20
Fiche technique : Production : DreamWorks Pictures, Fox 2000 Pictures Distribution : 20th Century Fox France Réalisation : Steven Spielberg Scénario : Matt Charman, Ethan & Joel Coen Montage : Michael Kahn Photo : Janusz Kaminski Décors : Adam Stockhausen Musique : Thomas Newman Durée : 141 min
Casting : Tom Hanks : James Donovan Mark Rylance : Rudolf Abel Austin Stowell : Francis Gary Powers Will Rogers : Frederic Pryor Amy Ryan : Mary Donovan Alan Alda : Thomas Watters Jr. Sebastian Koch : Wolfgang Voge
Commentaires récents