L’INDE DE DEMAIN (Akash Kapur) : L’Inde comme un roman

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lindededemainSi je suis heureux de vous parler de L’Inde de Demain d’Akash Kapur, ce n’est pas seulement parce que ce livre parle de l’Inde et pas seulement parce que je suis moi même à moitié un Kapur. C’est aussi et avant tout parce que ce livre est réellement passionnant. Et à plus d’un titre ! Il se lit vraiment comme un roman car il n’est pas loin d’être un roman. Bref, beaucoup de bonnes raisons pour se plonger dans ce livre qui nous en apprend beaucoup sur ce qui sera bientôt le pays le plus peuplé de la planète.

L’Inde de Demain prend la forme d’un récit. Celui de l’auteur retournant vivre en Inde après de longues années passées aux Etats-Unis. Il se rend alors compte de combien son pays a changé rapidement, pour le meilleur… mais aussi pour le pire. Son séjour à l’étranger lui a donné le recul pour regarder la société de son pays avec une certaine objectivité. Il nous fait part de ses différentes rencontres, nous raconte l’histoire des personnes qu’il croise et qui illustre les réussites et les travers de son pays. Cela donne un livre vraiment très vivant, qui n’a rien d’un cours de sociologie ou de géopolitique.

L’Inde de Demain ne vise pas l’exhaustivité. Mais il témoigne de tellement d’aspects de la société indienne, qu’on en ressort en ayant vraiment l’impression d’avoir appris énormément sur ce pays à nul autre pareil. On laisse de côté beaucoup de clichés, même si on approfondit aussi des éléments qui transparaissent de ce que l’on sait de ce pays. Cependant, là, tout devient concret, tangible et c’est terriblement enrichissant. Bien sûr, cela l’est particulièrement pour quelqu’un qui comme moi à des liens affectifs profonds avec ce pays, mais cela passionnera aussi tous ceux qui sont curieux de comprendre le monde (entier) d’aujourd’hui.

LA LUMIERE DU MATIN (Exbrayat) : Les pilliers de l’Auvergne

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lalumieredumatinBeaucoup d’auteurs sont connus pour avoir excellé dans un genre littéraire bien particulier. Charles Exbrayat est par exemple doit sa célébrité à la centaine de romans policiers ou d’espionnage qu’il aura laissé derrière lui. Cependant, son œuvre ne se limite pas à cette seule catégorie. Il aura aussi livré quelques romans historiques, comme ce La Lumière du Matin, premier volet d’une tétralogie intitulée Les Bonheurs Simples.

La Lumière du Matin nous emmène en Auvergne en 1774. Il s’agit d’une chronique des événements qui émailleront le demi-siècle qui suivra au travers du destin d’un homme dont le parcours en fera un acteur de certains épisodes historiques. On visite donc la petite et la grande histoire, découvrant le quotidien de la campagne reculée de l’époque, en revivant les grandes dates que l’on a tous appris à l’école. Cela rappelle fortement Ken Follet (enfin c’est plutôt l’inverse, vu les dates réciproques de publication), y compris dans le côté un peu naïf et gentillet… mais surtout dans le plaisir que l’on a à le lire.

La Lumière du Matin est largement tombé dans l’oubli puisque vous ne pouvez plus trouver ce roman que d’occasion. C’est dommage ! Non qu’il s’agisse là d’un chef d’œuvre absolu de la littérature française, mais de bien meilleure qualité que bien des romans de ce type publiés à la chaîne. Le style est particulièrement léger et vivant. Les événements et les années s’égrainent très vite, l’intrigue étant toujours dans l’avancée et l’action, jamais dans la description. Personnellement, j’aurais parfois aimé que le récit prenne un peu plus sont temps, mais c’était avant tout pour prolonger un réel plaisir.

L’ENIGME DU PERSAN GRIS (Stuart Palmer) : N’est pas Miss Marple qui veut !

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lenigmedupersangrisSi le monde des détectives qui hantent les romans policiers a longtemps été essentiellement peuplé de personnages masculins, quelques femmes sont arrivées tout de même à tirer leur épingle du jeu. Le plus souvent en tant que détective amateur, puisque la profession restait la chasse gardée des hommes. Miss Marple reste la plus célèbre d’entre elles. Charlotte Pitt a elle aussi ses adeptes (j’en connais!). Par contre, j’avoue que j’ignorais l’existence de Hildegarde Whiters jusqu’à ce que je lise L’Enigme du Persan Gris, publiée en 1934 sous la plume de l’écrivain américain Stuart Palmer.

Les habitués des deux personnages cités plus haut ne seront pas trop dépaysés en lisant L’Enigme du Persan Gris. En effet, il nous plonge au cœur de la bonne société anglaise du début du siècle, où la rigueur morale et le puritanisme cachent bien des comportements inavouables et des secrets honteux. Mais si l’œuvre de Stuart Palmer n’a pas tout à fait la même renommée que celle d’Agatha Christie ou même celle d’Anne Perry, ce n’est pas pour rien. Si la lecture est agréable, il n’y a pas de raison de s’enthousiasmer non plus.

Si l’intrigue se déroule de manière fluide, on a bien du mal à se passionner. La faute à des personnages pour lesquels on ne s’attache pas spécialement. Du coup, les morts s’accumulent sans que l’on frissonne d’impatience à l’idée de connaître le fin mot de l’histoire et l’identité du coupable. Heureusement, Stuart Palmer parvient à préserver le suspense jusqu’au bout, ce qui conduit tout de même le lecteur à vouloir poursuivre la lecture. Le style est quant à lui relativement anodin. Bref, du déjà-vu en mieux.

L’ASSASSIN ROYAL, TOME 6 : LA REINE SOLITAIRE (Robin Hobb) : La fin du chemin

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lareinesolitaireLe plus dur, c’est de conclure… Non, il ne s’agit pas là de la conclusion d’une longue réflexion sur les technique de séduction. Il s’agit par contre d’une réflexion littéraire sur la difficulté d’achever une histoire au long cours. C’est le défi qu’attendait Robin Hobb en nous livrant le sixième tome de l’Assassin Royal, intitulé la Reine Solitaire. Bon, sixième tome en France, puisqu’il s’agit de la deuxième partie du troisième tome dans la version originale en anglais, mais il s’agit de toute façon de la conclusion.

L’Assassin Royal, tome 6 : la Reine Solitaire vient après un volet qui nous avait laissé sur une réelle impatience. Le début du roman y répond et on se dirige vers un dénouement particulièrement prometteur. Malheureusement, il sera quelque peu décevant. Ni mauvais, ni incohérent, mais assez longuet et pas franchement hyper convaincant. On tourne longtemps autour du pot avant un événement final que l’on sait bien devoir survenir et qui règle un peu tout d’un coup de baguette magique. Bref, tout cela n’est pas tout à fait à la hauteur du meilleur offert par cette saga.

Puisque l’on achève le dernier volet de ce premier cycle, on peut jeter un regard plus complet sur la saga. L’Assassin Royal, tome 6 : la Reine Solitaire est à son image, quelque peu inégal. Le meilleur est vraiment excellent, mais il est entrecoupé de temps morts où l’action et l’imagination de l’auteur semble avoir oublié de desserrer le frein à main. Mais ne soyons pas inutilement sévère, cela figure tout de même parmi ce qui se fait de mieux en heroic fantasy et on garde l’envie de poursuivre notre chemin dans cet univers.

AU BONHEUR DES DAMES (Emile Zola) : Trop de descripitions tue la description

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aubonheurdesdamesJe poursuis donc mon exploration d’un des arbres généalogiques le plus célèbres, à savoir celui des Rougont-Macquart, avec Au Bonheur des Dames. Un volume qui ne dépayse guère le lecteur puisqu’il reprend le même personnage principal (ou presque) que le précédent (Pot-Bouille). Un volume que j’ai abordé avec une certaine impatience car il m’a souvent été décrit comme un des plus exceptionnels lors de discussion familiale sur le sujet. Enfin rassurez-vous, on se raconte aussi des histoires drôles à table en famille, on ne parle pas que littérature.

Dans Au Bonheur des Dames, on retrouve le style d’Emile Zola dans toute sa splendeur. J’aurais malheureusement envie de dire aussi dans tout son excès. On en ressort avec un vocabulaire considérablement enrichi, connaissant désormais tous les sortes d’étoffe possibles et imaginables. Les pages de ce roman sont peuplées de longues listes, de descriptions… allez j’ose le mot… interminables. Avec tout le respect que je dois à cette œuvre essentielle de l’histoire littéraire, je dois avouer que je me suis parfois quelque peu ennuyé pendant sa lecture.

Après évidemment, je vendrais un de mes bras (enfin de préférence le gauche) pour pouvoir écrire aussi bien qu’Emile Zola. La profusion des descriptions n’est pas non plus totalement vaine. Elle sert à souligner la profusion qui règne dans le magasin où l’action se déroule. Cela fonctionne parfois merveilleusement bien, mais le procédé atteint vite ses limites. Enfin, ceci n’est qu’un petit accroc dans une œuvre tellement immense que l’on aurait bien tort de s’y attarder.

LES RIVIERES POURPRES (Jean-Christophe Grangé) : Là-haut sur la montagne…

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lesrivierespourpresOn dit souvent que les films sont moins bons que les livres sont ils sont tirés. Je trouve personnellement que ce genre de jugement définitif revient à comparer deux choses trop différentes pour avoir réellement un sens. Cependant, il est clair que de très bons romans ont donné naissance à des films assez médiocres. C’est clairement le cas de Les Rivières Pourpres de Jean-Christophe Grangé. Le long métrage, signé par Matthieu Kassovitz, n’était vraiment pas à la hauteur de ce excellent polar.

Ayant vu le film à sa sortie (ce qui remonte quand même à un petit bail), je connaissais déjà la chute finale mais cela ne m’a en rien gâché le plaisir. En effet, l’intrigue de Les Rivières Pourpres est assez complexe pour qu’on effeuille le mystère aussi lentement que dans les meilleurs strip-teases. Le lecteur a donc le droit à son lot de surprises et de rebondissements. Rien n’est cousu de fil blanc, même si le récit est assez bien construit pour que tout s’enchaîne avec une implacable logique a posteriori. C’est au final assez classique, mais construit avec assez de talent pour sortir du lot.

La plume de Jean-Christophe Grangé est solide et efficace, à défaut d’être totalement brillante. Il arrive à créer une véritable ambiance de mystère, même quand l’intrigue semble encore éparpillée entre des événements n’ayant à première vue aucun lien entre eux. On sent toujours qu’il va se passer quelque chose à la page suivante et cela pousse le lecteur à dévorer cet excellent polar. Les deux personnages sont aussi particulièrement réussis. Encore une fois, on retrouve des archétypes de flics que l’on retrouve souvent dans ce genre de roman, mais ils sont mis en scène avec ce supplément de dextérité qui fait la différence.

LES LIVRES DE CORUM, TOME 6 : LE GLAIVE ET L’ETALON (Michael Moorcock) : Le chant du départ

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leglaiveetletalonC’est toujours avec une petite pointe de tristesse que l’on quitte un héros et un univers que l’on a appris à apprécier. C’est donc avec un pointe de regret que j’ai terminé Le Glaive et l’Etalon, 6ème et dernier épisode des Livres de Corum, de Michael Moorcock. Une conclusion à l’image de la saga, avec ses forces et ses faiblesses, mais dont le style unique reste particulièrement original et séduisant.

Le Glaive et l’Etalon conclut donc un deuxième cycle. Vu la longueur de chaque roman (moins de 200 pages), on peut même considérer que c’est la fin d’un deuxième tome. N’allez donc pas croire que cette histoire en six parties se soit étirée artificiellement plus que de raison. Le style et le récit restent particulièrement concis et vifs, ne s’attardant jamais en des longues descriptions. Ajoutée à cela une ambiance toujours aussi ésotérique (mais un nettement moins qu’au début), ce dernier tome comme tous ses prédécesseurs laissent une large place à l’imagination.

Une conclusion à la hauteur du reste de la saga donc, mais une conclusion qui arrive tout de même juste avant que le récit de ne s’essouffle. Le Glaive et l’Etalon est tellement dans la lignée des épisodes précédents que cela donne une impression de répétition qui ne s’apparente pas encore à de la lassitude. Michael Moorcock aura donc exploité pleinement son personnage et son univers, le quittant au moment opportun. Même si le lecteur serait bien resté encore un peu quand même…

LA LUNE DANS LE CONGELO (Alain Raybaud) : Trop court pour être honnête

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lalunedanslecongeloNouveau Poulpe, La Lune dans le Congélo, et donc nouvel auteur. Celui là est écrit par Alain Raynaud, un des fondateurs de Libération, où il écrit des chroniques gastronomiques. Il reprend d’ailleurs beaucoup des éléments de sa propre vie puisque ce roman nous parle du monde de la restauration et nous emmène à New York, où son auteur a longtemps vécu. Un polar extrêmement court… sans doute un peu trop.

Tout juste un peu de plus de 100 pages imprimées avec une police assez grosse, La Lune dans le Congélo est plus proche de la longue nouvelle que du roman. C’est un exercice littéraire comme un autre, qui peut très bien donner un petit chef d’œuvre. Mais dans le cas qui nous intéresse, cela laisse trop peu de place pour développer des personnages vraiment épais, construire une intrigue dans lequel on prend le temps de plonger ou bien nous proposer vraiment une visite du décor « exotique » dans lequel le personnage évolue. Ce n’est pas désagréable à lire, mais trop mince pour présenter un réel intérêt.

C’est dommage car La Lune dans le Congélo est écrit avec un style assez vif et vivant. Cela fait que le roman se dévore d’autant plus vite et on atteint la fin en ayant à peine l’impression qu’il ait vraiment jamais commencé. Il y avait pourtant de la matière, assez d’ingrédients dans la recette pour nous servir un vrai bon gueuleton. A défaut, on se contentera donc de ce petit canapé apéritif.

LE BOUCHON DE CRISTAL (Arsène Lupin) : Arsène Lupin IV, le fils de la revanche

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lebouchondecristalIl m’arrive régulièrement d’évoquer les « franchises » cinématographiques qui peuplent nos écrans et qui deviennent le symbole d’un 7ème art qui recycle à l’infini les mêmes concepts. Preuve de décadence ? Seulement, ce principe n’est pas nouveau, même si, dans un premier temps, il n’était décliné que sous forme littéraire. Pour preuve la série des Arsène Lupin qui, sous la plume de Maurice Leblanc, aura donné vie à pas moins de 17 romans et 19 nouvelles. Parmi eux, le quatrième roman, le Bouchon de Cristal, publié en 1912.

J’avoue ne pas être un grand spécialiste d’Arsène Lupin puisque il s’agit là du deuxième roman de la série que j’ai l’occasion de lire, l’autre étant Arsène Lupin contre Herlock Sholmes. Je ne pourrai donc guère m’adonner aux joies de la comparaison que j’affectionne pourtant beaucoup. J’ai trouvé en tout cas cette lecture plaisante et sympathique. Les personnages sont très réussis. L’intrigue propose un grand nombre de rebondissements qui maintient une tension narrative jusqu’à la dernière page et aura amené le récit dans des directions que l’on ne pouvait pas soupçonner à la lecture des premières pages.

Le style de Maurice Leblanc est très agréable et je pense que cela explique en grande partie le succès de son œuvre. La plume est légère et le récit très vivant. Peut-être un peu trop même d’ailleurs car il n’est pas toujours d’une clarté totale. La moindre inattention dans votre lecture et vous vous sentirez vite un peu perdu, car l’intrigue aura avancé et les intentions des personnages évolué en une ou deux phrases. Bon après, c’est aussi qu’en vieillissant, j’ai un peu tendance à m’endormir vite sur mes bouquins et donc à lire en luttant un peu et il serait injuste de le reprocher à l’auteur. Bref, si ce n’est pas le plus connu des Arsène Lupin, le Bouchon de Cristal reste une œuvre indispensable à tous les amateurs du personnage.

SANS FOIE NI LOI (Fabienne Tsaï) : Poulpe sauce aigre douce

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sansfoieniloiAprès un premier Poulpe plutôt sympathique qui m’avait emmené en Extrême-Orient, voici un second qui m’a conduit jusqu’en Chine. Nouveau titre bien sûr, Sans Foie Ni Loi, mais aussi nouvel auteur, puisque chaque épisode en possède un différent. Fabienne Tsaï est avant tout connue pour être productrice de cinéma, mais elle a signé là un premier roman plutôt réussi.

Le Poulpe est cette fois chargé d’enquêter sur un trafic d’organes… d’où le jeux de mots très subtil du titre ! C’est aussi l’occasion de nous faire découvrir plus profondément la société chinoise. Entre intrigue et description sociologique, Sans Foie Ni Loi est intéressant à bien des égards. L’équilibre entre les deux est plutôt bon, porté par un style léger et agréable. Ce n’est donc pas de la grande littérature, mais ça se laisse lire avec un plaisir non feint.

Le seul petit reproche que l’on pourra faire à Sans Foie Ni Loi est peut-être un léger manque d’humour. Sans être non plus totalement au premier degré, le roman n’exploite pas totalement les réflexions que peut porter le héros sur cette société à laquelle il est étranger. Le décalage culturel est un ressort comique très classique, Fabienne Tsaï s’en prive largement. Peut-être parce qu’elle est elle même issue de ces deux cultures. Mais pour le petit lecteur français, cela produit une légère frustration.