LES LIVRES DE CORUM, TOME 5 : LE CHENE ET LE BELIER (Michael Moorcock) : Direct vers le final

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lecheneetlebelierAvant-dernière étape au sein des Livres de Corum de Michael Moorcock, avec Le Chêne et le Bélier. Un cinquième tome, le deuxième d’un second cycle, typique des trilogies d’heroic fantasy. Le mal semble prendre le dessus sur des représentants du bien qu’il cherche à diviser. Un roman qui nous emmène tout droit vers un combat final que l’on attend avec une réelle impatience.

Le Chêne et le Bélier est beaucoup moins marqué par l’ésotérisme habituel chez Michael Moorcock. Les péripéties, les combats, les batailles sont décrits dans un style plus direct et les passages consacrés à la mythologie liée à son univers sont moins présents. On peut le regretter car cela fait perdre à ce roman une partie de l’originalité qui marque toute l’œuvre de son auteur, mais replacé dans le contexte global des six volets de cette histoire (même si évidemment, je n’ai pas encore lu le dernier), cela s’apparente à une respiration pas forcément désagréable.

Surtout que le Chêne et le Bélier est pour le reste dans la droite lignée du reste des Livres de Corum. Le roman fait une nouvelle fois moins de 200 pages, découpé en chapitres très courts. Le rythme du récit est très rapide et Michael Moorcock ne s’embarrasse pas de fioritures ou de descriptions interminables. Les actions des personnages s’enchaînent sans être forcément décrites dans leurs moindres détails. Du coup, encore une fois, on est devant un livre qui se lit incroyablement vite vu sa richesse.

LE TRAIN DE VENISE (George Simenon) : Faiblesse au dernier arrêt

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letraindeveniseC’est l’été (même si aujourd’hui, on ne dirait pas vraiment) et qui dit été, dit lecture d’un ou plusieurs romans de Simenon, pris dans la large collection de ma mère. Cette année, mon choix (et le hasard puisque j’ai pris bêtement le premier de la rangée) s’est porté sur Le Train de Venise, écrit en 1965. Une histoire mille fois racontée mais à laquelle on peut facilement s’identifier en se demandant ce que l’on ferait à la place du personnage principal.

Comme tous les romans de Simenon, le Train de Venise est particulièrement court (moins de 200 pages, écrit gros). Il serait donc presque criminel d’en dire trop sur l’intrigue, sous peine de résumer la moitié du roman. En gros, il confronte son personnage, et par la même son lecteur, à un dilemme du genre « bien mal acquis par hasard peut-il profiter ? ». George Simenon explore ainsi les méandres de la pensée, de la conscience et de la culpabilité d’un homme qui s’est toujours défini comme quelqu’un de bien, mais qui se retrouve soumis à la tentation de sortir quelque peu de ce droit de chemin.

Cet aspect étude des mœurs est comme toujours chez l’auteur belge réellement passionnante. Surtout qu’elle est soutenue par une des plus belles plumes qu’ai jamais connues la littérature francophone. De plus, il arrive réellement à créer une tension narrative du début à la fin et le lecteur se demande réellement où tout cela va mener. Là où le bât blesse, c’est justement le point d’arrivée. Le dernier chapitre nous propose un dénouement pas réellement convaincant et qui n’apporte pas une conclusion à la hauteur de la réflexion. Ce n’est que 5 pages sur 200, mais les 5 pages les plus importantes. Cela ne vient pas tout gâcher, mais on sort de le Train de Venise quelque peu frustré et chagriné par une pointe de déception.

TYHPON (Joseph Conrad) : Plate tempête

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typhonDans la série des grands auteurs dont aucune œuvre ne figurait à ma culture pourtant pas totalement indigente figurait encore il y a quelques jours Joseph Conrad. Ce trou scandaleux est désormais bouché grâce à Typhon. Une œuvre typique de son œuvre très liée à la mer. Comme on peut se douter à lecture du titre, le récit nous emmène au cœur d’une tempête que va affronter un équipage et son bateau.

Typhon est avant tout un roman d’hommes, encore plus qu’un roman d’aventure. Il s’attache avant tout à décrire la relation entre les membres de l’équipage, les tensions qui naissent à l’approche du danger et la gestion des désaccords quant aux décisions à prendre pour y faire face. Le roman est court et va vite droit à l’essentiel. Pas de fioritures, de descriptions exotiques ou de paysages enchanteurs. On entre vite au cœur de la tempête et on en sort presque aussi rapidement.

Je suis toujours un peu chagriné de ne pas être particulièrement être enthousiaste lors de la découverte d’un auteur de ce calibre. Mais j’ai trouvé le récit parfois assez confus. Les passages décrivant le bateau face aux vagues permettent difficilement de visualiser ce qui se passe. Les intentions des personnages ne sont pas toujours claires et du coup, on a un peu de mal à être passionné. Bon, je me doute que l’œuvre de Joseph Conrad mérite bien une autre chance, mais cette première rencontre n’a pas été totalement concluante.

LES SEPT CRIMES DE ROME (Guillaume Prévost) : Retour aux fondamentaux

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lesseptcrimesderomeL’avantage des romans historiques, c’est que l’on a à sa disposition des personnages tous près. Cela épargne un peu de travail d’imagination. Guillaume Prévost l’a bien compris, puisqu’il a notamment écrit un roman où c’est Jules Verne lui même qui mène l’enquête. Dans les 7 Crimes de Rome, ce n’est autre que Léonard de Vinci qui jouer les assistants enquêteur. Un roman policier qui nous emmène autour du Vatican à l’aube de la Renaissance.

Les 7 Crimes de Rome propose une intrigue très classique à base de tueur en série, qui envoie un message au travers d’une mise en scène spectaculaire des meurtres qu’il commet. L’enquête porte donc autant sur le décryptage du message que sur la collecte d’éléments permettant d’identifier le coupable. Rien de bien nouveau, mais c’est assez agréable de tomber sur un récit cherchant à revenir ainsi aux fondamentaux sans forcément chercher à en faire toujours plus par rapport à la concurrence.

Le contexte historique ravira les amateurs du genre. Surtout ceux qui ont regardé la série Borgia et qui ont envie d’avoir une vue de Rome et du Vatican dans les années qui ont suivi. Le style est vivant, léger. Le récit est clair, malgré un nombre relativement important de personnages. Une parfaite lecture d’été donc, qui ne vous laissera pas un souvenir impérissable, mais vous fera passer un bon moment.

ALLAH RECHERCHE L’AUTAN PERDU : Non, non, non rien n’ a changé…

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allahrecherchelautanperduGeorge Simenon avait son commissaire Maigret. Philippe De Villiers avait Son Altesse Sérénissime (SAS). Frédéric Dard avait son San-Antonio. Mais personne n’a son Poulpe. Car cette série policière née en 1995 présente la particularité que chaque épisode soit écrit par un auteur différent. Le premier que j’ai lu, et donc je vais vous parler aujourd’hui, a été écrit par Roger Dadoun, un philosophe français, et s’intitule Allah Recherche l’Autan Perdu. Un roman dont le contexte a quelques résonances dans la situation actuelle, 20 ans après avoir été écrit.

Allah Recherche l’Autan Perdu se situe entre le polar et le roman d’espionnage. Bref, tout ce qui a toujours fait la richesse du roman de gare, au sens noble du terme, à la française. On y retrouve toutes les caractéristiques : peu de pages, une intrigue qui démarre au quart de tour, du papier de qualité moyenne… et quelques scènes un peu crues. Mais cela reste écrit avec un talent bien supérieur à la moyenne, sans atteindre non plus des sommets littéraires.

L’intrigue est riche, nous amène au quatre coins du Moyen-Orient, où l’on peut constater que beaucoup de choses n’ont pas beaucoup changé malheureusement. Ce n’est pas toujours hyper crédible, mais on se laisse porter par l’histoire, surtout que l’esprit affûté du personnage principal y apporte une touche de second degré et d’humour très agréable. Allah Recherche l’Autan Perdu constitue donc un moment de lecture agréable et sans prétention. Mais il m’a tout de même donné envie de lire d’autres épisodes du Poulpe… Cela tombe bien, j’en ai toute une collection qui m’attend dans ma chambre.

LA CONJURATION DES IMBECILES (John Kennedy Toole) : Mieux vaut tard que jamais…

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laconjurationdesimbecilesDans la critique cinématographique que je viens d’écrire, je me décrivais comme obstiné. Heureusement, je ne suis pas le seul à l’être dans ce bas monde. La mère de John Kennedy Toole et l’écrivain Walker Percy se sont battus inlassablement pour faire publier la Conjuration des Imbéciles. Son auteur s’est suicidé à 31 ans en 1969, notamment suite à des refus multiples d’éditeurs. Un peu plus de dix ans plus tard, le livre est néanmoins enfin publié. Pour le plus grand bonheur de tous ceux qui l’auront lu ! Et pour remporter le Prix Pulitzer en 1981, rien que ça. Comme quoi, les éditeurs ont parfois du nez… ou pas…

La Conjuration des Imbéciles est un vrai grand moment d’humour littéraire. Porté par un personnage aussi indescriptible qu’inoubliable, il vous donne le sourire du début jusqu’à la fin. Le livre navigue entre le premier et le millième degré avec toujours la même réussite. Ce regard décalé sur la société américaine des années 60, en particulier celle de la Nouvelle-Orléans, constitue un vrai régal. L’absurde côtoie la critique sociale avec toujours la même verve et la même imagination. C’est drôlement riche et richement drôle.

Certes, la Conjuration des Imbéciles repose sur des ressorts assez classiques. Le narrateur, mégalo au bord de la folie, nous livre des jugements paranoïaques et excessifs, montant en épingle le moindre travers des personnes qu’il croise. Il est vrai qu’à force d’utiliser toujours le même ressort, John Kennedy Toole finit par quelque peu l’user. Mais comme cela est fait avec talent et une plume vive et plaisante, on ne se lasse pas vraiment et on finit par quitter à regret l’inoubliable Ignatus J. Reilly.

LES MAITRES DU TEMPS (Vladimir Volkoff) : Bon, ça, c’est fait…

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lesmaitresdutempsJ’en ai donc fini avec cet exercice un peu masochiste qui a consisté à lire les 4 tomes de la tétralogie Les Humeurs de la Mer, écrite par Vladimir Volkoff, qui est également, dans une autre vie, le père de Langelot, sous le nom de Lieutenant X. Après, avoir récupéré les trois premiers tomes sur mon trottoir, j’ai fait preuve d’une certaine abnégation pour acheter le dernier, les Maîtres du Temps, pour achever la lecture de ce cycle qui possède certes des qualités, mais aussi bien des défauts.

Le principal défaut reste quand même une lourdeur assez incroyable. Le côté philosophico-ésotérico-intellectuel ne vient pas enrichir un propos qui n’est pas inintéressant en soi, mais vient le plomber de manière particulièrement regrettable. Les Maîtres du Temps aurait pu se contenter d’être une simple comédie des mœurs qui remet en scène nombre de personnages croisés précédemment. Mais il cherche à être quelque chose de plus… et n’y arrive pas. Je dois admettre que ce travers est peut-être moins marqué dans ce dernier volet, mais comme le sujet en lui-même est également moins passionnant, on a bien du mal à s’enthousiasmer.

Surtout qu’après 4 tomes de réflexions intellectuelles un peu fumeuses, Vladimir Volkoff ne semble aboutir nul part. Il y a peut-être une morale à tirer de toutes ces histoires, mais je n’ai pas bien saisi laquelle. Reste juste une figure centrale remarquable et des personnages plus secondaires souvent réussis. Du point de vue de leur parcours et de leur évolution, Les Maîtres du Temps peut être vu comme une vraie conclusion. On ne les quitte pas vraiment à regret, mais on regrette fortement que l’auteur n’ait pas su nous les faire véritablement aimé.

HERESIE (Charles Willeford) : L’intrigue, plutôt que le sang

heresie

heresieQui a dit qu’un excellent polar doit forcément comporter un crime affreux, un serial killer et beaucoup de litres de sang ? En tout cas, personne n’ayant lu Hérésie de Charles Willeford, un auteur américain dont la longue carrière s’est étalée des années 50 à la fin des années 80. Ce roman-ci, relativement court, a été publié en 1971. Une histoire pas forcément hyper spectaculaire donc, mais assez bien écrite pour emporter l’adhésion du lecteur.

Hérésie est une histoire mettant en scène un peintre, un milliardaire, un critique d’art et une fiancée un peu exaspérante. Rien qui ne se prête à de folles aventures donc. Mais la sauce prend. Charles Willeford ne crée par un suspense insoutenable à chaque page, mais on se demande toujours où tout cela va nous mener. Et par deux retournements de situation, cela nous conduira dans des directions quelque peu inattendues. Pour écrire des roman, il faut savoir écrire des histoires et Charles Willeford possède visiblement un très bon sens de la narration. Qui plus est, il nous propose des personnages très réussis qui nous attachent encore plus à l’histoire.

Il possède également un style agréable et vivant. Hérésie flirte avec le polar type « littérature de gare », mais avec ce petite touche de talent littéraire qui fait la petite différence (bien que je sois un amateur éclairé de ce genre littéraire qui n’a rien de péjoratif à mes yeux). Le roman est vite avalé, mais avalé avec plaisir. Pas un festin de roi, ni un met d’une finesse absolue. Mais une bonne cuisine littéraire qui réjouit et rassasie.

LE TRONE DE FER, TOME 4 : L’OMBRE MALEFIQUE (George R.R. Martin) : Accélération

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lombremalefiqueJe continue de faire mon rebelle littéraire et à ne pas regarder Game Of Thrones à la télévision, mais à lire le Trône de Fer. Je continue donc ma progression en m’attaquant au 4ème tome, intitulé l’Ombre Maléfique, venant après un troisième épisode qui m’avait laissé sur ma faim, puisqu’il ne s’y passait pas grand chose. Heureusement, George R.R. Martin redresse la barre et nous propose un roman nettement plus emballant.

En effet, l’intrigue met un bon coup d’accélérateur au cour de l’Ombre Maléfique. Toutes les histoires parallèles qui avaient stagné dans l’épisode précédent se mettent à avancer de manière beaucoup plus franche. Du coup, on entre cette fois avec beaucoup plus d’enthousiasme dans le récit. Cela n’atteint pas les sommets du deuxième tome, mais on sent une progression prometteuse pour la suite, les forces en présence ayant pour beaucoup cessé de se regarder en chiens de faïence. L’alternance de péripéties intimistes et de considérations beaucoup plus « géostratégique » redonnent sa richesse à cette saga.

L’Ombre Maléfique reste néanmoins un récit si dense qu’on a l’impression d’y progresser en se frayant un chemin à la machette. Les personnages sont toujours aussi nombreux et si on est désormais familiers avec la plupart, certains nouveau surviennent et on a parfois un peu de mal à les situer. Mais cela fait aussi partie du charme de cette saga. Il faut savoir s’abandonner à cette légère sensation d’égarement constant. Une fois qu’on s’y fait ce n’est pas si désagréable. De toute façon, si cela l’était, il est peu probable que cette saga ait conquis autant de fans de part le monde.

ECHECS ET MATHS (Terry Bisson) : Le comique est dans l’équation

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echecsetmathsDans science-fiction, il y a science. Mais depuis Jules Verne, le vrai terme devrait plutôt être technologie-fiction ou invention-fiction. L’ingénierie n’est pas la science, le premier étant l’application pratique de la seconde. Par contre Echecs et Maths de Terry Bisson est bien de la science-fiction, alors qu’il se déroule à notre époque. Par contre, on y parle beaucoup de principes mathématiques et physiques… pour en rire. Si, si, c’est possible !

Echecs et Maths s’assimile plutôt à un recueil de trois nouvelles, plutôt qu’à un roman. Certes, les trois histoires déclinent les mêmes concepts et les mêmes personnages, se suivant chronologiquement, mais pourraient presque se lire indépendamment les unes des autres. Elles jouent beaucoup sur l’humour et le second degré. Personne ne demande au lecteur de comprendre les équations qui peuplent le récit… puisqu’elles nous permettent d’être dans la peau du narrateur qui n’en saisit pas le sens lui-même, contrairement à son meilleur ami qui les lui présente en disant toujours « comme tu peux voir… »…

… bon ok, dit comme ça, ça n’apparaît pas forcément comme un ressort comique très efficace. Pourtant, Echecs et Maths fonctionne bien. Le livre est court et léger, sans prétention autre que d’être un aimable divertissant, ce qu’il arrive parfaitement à être. Terry Bisson manipule les concepts scientifiques les plus pointus en ayant totalement l’air de savoir de quoi il parle. Peut-être qu’il n’en a aucune idée, mais on n’y voit que du feu. Par contre, c’est certain qu’il arrive à nous faire sourire et c’est bien l’essentiel.