FURIES DECHAINEES (Richard Morgan) : Pas le bon pied

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furiesdechaineesTroisième volet des aventures de Takeshi Kovacs avec Furies Déchaînées de Richard Morgan. Après un premier épisode, Carbone Modifié, vraiment emballant et un deuxième, Anges Déchus, franchement décevant, j’ai attaqué ce roman de science-fiction avec une certaine perplexité. L’auteur allait-il savoir rebondir ou bien tomber dans les mêmes travers que dans son ouvrage précédent ? Malheureusement, la réponse est beaucoup plus proche de cette dernière option.

En effet, Furies Déchaînées est une nouvelle fois quelque peu écrit avec les pieds. C’est vraiment très dur à suivre, tant Richard Morgan se plaît à ne pas expliquer clairement qui est qui et surtout ce que les personnages sont en train de faire, ou du moins pourquoi ils le font. Le style « je rentre dans le vif du sujet » et je fais tout comprendre par allusions et à travers les dialogues rend certes les récits vivants, mais faut-il encore avoir le talent pour le maîtriser totalement. Or ce n’est clairement pas le cas du romancier britannique.

Après, avec beaucoup d’effort, on n’arrive quand même à comprendre à peu près ce qui se passe sur la fin. Beaucoup plus que pour Anges Déchus, mais pas encore assez. Enfin, on arrive quand même à profiter un minimum du dénouement, ce qui permet de quitter ce roman et ce personnage en restant sur une impression un peu moins désastreuse, mais certainement pas à regret.

LE PAYSAN PARVENU (Marivaux) : Pas parvenu au bout

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lepaysanparvenuAu milieu de la science-fiction et de la fantasy qui caractérise mes lectures ces derniers temps, je me suis plongé dans un classique en la personne… en plutôt en le livre… du Paysan Parvenu de Marivaux. Deux romans en un même, puisque le livre se compose de cinq premières parties écrites par ce dernier, avant trois dernières écrites pas un auteur inconnu. On peut aussi employer le terme de suite apocryphe pour briller dans les salons.

En fait, je vais essentiellement parler des cinq premières parties, car la suite est d’un intérêt littéraire quand même assez limitée. Mais au final, tout cela est un peu frustrant de voir l’auteur abandonner son lecteur au beau milieu d’un récit, ce qu’il avait déjà fait pour la Vie de Marianne. A l’époque, ses romans paraissaient sous forme de feuilleton et il avait été le précurseur des séries qui ne finissent pas. Comme quoi les Américains n’ont décidément rien inventé.

Il reste certes l’intérêt d’une plongée au cœur des mœurs du XVIIIème siècle, mais avec un fil narratif aussi insatisfaisant, on a bien du mal à apprécier pleinement le voyage dans le temps. Les intrigues, les personnages sont quand même beaucoup moins convaincants que dans la Vie de Marianne, alors que les similitudes sont nombreuses, en dehors du sexe du personnage principal. Et on comprendrait presque pourquoi l’auteur a fini par délaisser son Paysan Parvenu au profit Madame la Comtesse de***. Même si elle aussi, il l’abandonnera avant la fin…

FAUX REVEUR : Des nouvelles de Grande-Bretagne

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fauxreveurLa science-fiction est sans doute le genre littéraire où survit encore l’art subtil et particulier de la nouvelle. L’exercice occupe souvent les apprentis écrivains, avant qu’ils ne se consacrent à des romans, qui feront d’eux de « vrais » artistes. Pourtant, le nombre de pages ne fait pas la valeur d’un récit. Heureusement, il reste des recueils comme Faux Rêveur qui regroupe 8 nouvelles écrites par autant d’auteurs britanniques. Le résultat est forcément inégal, mais pas forcément transcendant.

Sur les 8 récits, seuls deux sortent vraiment du lot. Ce sont d’ailleurs ceux qui ouvrent et concluent cet ouvrage. Au milieu, c’est beaucoup plus médiocre et ne retient guère l’attention. Les histoires sont pourtant très variées. Le lien entre elles est d’ailleurs ténu, ce qui s’explique aussi par le fait qu’il s’agisse là du regroupement de deux recueils publiés séparément en Grande-Bretagne. Mais la variété n’est pas suffisante pour donner un réel intérêt à ces récits.

On retiendra donc tout d’abord Tendeléo de Ian McDonald qui avait reçu le Prix Théodore Sturgeon Memorial Award de la meilleure nouvelle. Ok, moi non plus, je n’ai aucune idée du prestige exact de cette récompense, malgré la présence d’une page Wikipédia en français. De toute façon, personnellement, je mettrais avant tout en avant En Regardant Pousser les Arbres de Peter F. Hamilton, le seul auteur parmi les 8 à posséder une vraie renommée mondiale. On sent tout de suite la différence avec un récit mieux construit et mieux écrit. Une façon de bien finir ce recueil qui n’a vraiment rien d’indispensable.

L’ASSASSIN ROYAL, TOME 3 : LA NEF DU CREPUSCULE : Pas rassasié !

lanefducrepuscule

lanefducrepusculeAprès un deuxième volet qui m’avait laissé sur ma faim, retour aux aventures de Fitz avec le troisième volet de la série l’Assassin Royal de Robin Hobb : La Nef du Crépuscule. Mais j’avoue que je suis encore loin d’être rassasié.

L’Assassin Royal, tome 3 : La Nef du Crépuscule commence pourtant par quelques scènes de combats spectaculaires, mais tout s’arrête rapidement et très brusquement, sans au final apporter grand chose au récit. On revient ensuite aux intrigues de cour qui constituent le cœur du récit. D’autres évènements plus épiques influent ensuite directement sur le récit, mais ne sont qu’évoqués, sans que Robin Hobb nous les fasse véritablement vivre. Bref, je reste sur cette impression d’un récit qui se déroule avec le frein à main quelque peu resserré. C’est tout le destin d’un monde qui se joue, mais l’intrigue reste confinée dans un décor trop étroit pour elle (alors que ce n’était pas du tout le cas pour le premier volet).

De plus, les personnages n’évoluent qu’assez peu dans l’Assassin Royal, tome 3: la Nef du Crépuscule. Or cette saga est largement centrée sur eux. Bien sûr le rapport de force entre eux se modifient nettement, mais dans le prolongement exact du tome précédent… Bon peut-être parce que le découpage français est totalement artificiel et ne sert qu’à vendre plus de romans, les deux épisodes ne formant qu’un seul dans son édition anglaise originale. Ca se ressent fortement et frustre un peu le lecteur que je suis qui attendait un peu plus de nouveauté.

Cependant, je ne décroche par pour autant et vais poursuivre tout de même avec plaisir à suivre les aventures de Fritz, car la plume de Robin Hobb reste assez habile et claire pour placer cette saga au top de l’heroic fantasy.

ANGES DECHUS (Richard Morgan) : Mêmes joueurs ne gagnent pas encore…

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angesdechusOn ne change pas une équipe qui gagne. Sauf que la même équipe ne gagne pas à tous les coups. C’est le cas pour le duo formé de l’écrivain Richard Morgan et de son personnage Takeshi Kovacs. Si le premier volet des aventures de ce denrier, Carbone Modifié, était très réussi, la suite, Anges Déchus, est particulièrement décevante.

Anges Déchus nous présente un récit à la fois difficile à suivre… et manquant fortement d’intérêt. Du coup, la lecture de ce roman est plus que pénible et ne procure qu’un plaisir plutôt limité. Le style n’est jamais clair et il suffit d’une seconde d’inattention pour être complètement perdu et ne plus du tout comprendre ce qui se passe, où ça se passe et pourquoi chacun agit ainsi. Enfin, même avec une lecture attentive, ce n’est pas toujours très clair. Et comme le fil rouge de l’histoire ne passionne pas, on se demande un peu qu’est ce qu’on fait au milieu de ce roman.

Carbone Modifié était plutôt un polar futuriste. Anges Déchus tirent plutôt sur le space opéra. Le passage de l’un à l’autre n’a donc pas vraiment réussi à Richard Morgan. J’ai dans ma bibliothèque le troisième volet, Furies Déchaînées, et j’espère bien qu’il ressemble plus au premier qu’au deuxième. Sinon, les aventures de Takeshi Kovacs entrera au panthéon des sagas ratées.

SPHERE (Michael Crichton) : Huis-clos sous-marin

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sphereDans la famille des auteurs de best-sellers en série, tous adaptés sur grand écran, je voudrais Michael Crichton. L’auteur de Jurassic Parc (bien meilleur sur papier qu’au cinéma) a donc également écrit Sphère, adapté en 1998 par Barry Levinson… Mais comme je n’ai pas vu ce film, je ne sais même pas pourquoi je vous parler de ça, puisque je vais me concentrer uniquement sur le roman, écrit lui en 1987.

Sphère reprend le schéma classique du huis-clos, où un groupe est confronté à des évènements étranges sans possibilité de s’enfuir. L’intrigue ne se situe pas sur une île peuplée de dinosaures où un groupe de scientifiques (entre autres) se retrouve coincée à cause d’une tempête, mais au fond de la mer où un groupe de scientifiques (entre autres) se retrouve coincé à cause d’une tempête et confronté à un mystérieux objet d’origine extraterrestre. En gros ce roman a servi de brouillon à celui qu’il écrira juste après et qui fera de lui une star mondiale de la littérature.

Mais si on fait abstraction de tout ça, Sphère se laisse lire avec plaisir, à défaut de se dévorer. Michael Crichton sait définitivement raconter une histoire et le fait avec un style clair et agréable. C’est vrai que rien dans l’intrigue n’est jamais vraiment surprenant ou totalement inattendu, mais sans être pour autant cousu de fil blanc. Le récit comporte ce qu’il faut de tension, les personnages ce qu’il faut de profondeur pour que l’on reste bien accroché jusqu’à la dernière page. Bref, ce n’est définitivement pas son roman le plus marquant, mais vaut bien des sommets d’auteurs beaucoup plus médiocres.

MORT A DEVIL’S ACRE (Anne Perry) : Détente littéraire sans surprise

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mortadevilsacreVoici un moment que je ne m’étais pas plongé dans un tome des aventures de Charlotte Pitt et son mari inspecteur de Scotland Yard dans les années 1880. Des enquêtes qui les poussent à mettre en lumière les travers de la bourgeoisie bien pensante de l’époque, au sein de laquelle il s’en passe de belles ! Pas d’exception avec ce Mort à Devil’s Acre où l’on découvre que certains de ses membres les plus éminents fréquentent des femmes de petite vertu… et que certaines de leurs compagnes aiment même à s’offrir à d’autres pour de l’argent et surtout tromper leur ennui.

Ceux qui auront lu d’autres romans de la même série ne seront en rien surpris par Mort à Devil’s Acre. Il ne seront pas non plus déçus car la qualité est toujours là. Certes, le plat commence à sentir un peu le réchauffé, mais il se mange toujours tout seul, grâce à un style léger et une longueur somme toute limitée. Bref, une vraie lecture de détente pour amateurs de polars historiques et sans autre prétention que de constituer un pur divertissement littéraire. Le côté un peu croustillant du contexte épice un peu le plat, mais Anne Perry n’est pas non plus du genre à trop forcer sur la dose de ce genre de condiments.

ABSOLUTION (Anthony Shaffer) : Un mal pour un bien

absolution

absolutionDans un polar ou un roman noir, on s’attend très vite à voir quelqu’un mourir. Or, une fois arrivée à la moitié de Absolution, on n’a toujours aucun cadavre en vue. Simplement le quotidien d’un pensionnat pour garçons catholique au fin fond de l’Angleterre. Mais parmi le qualités d’un bon roman, figure la capacité à nous surprendre et à nous emmener là où on ne s’attend pas. Dans ce cas, on peut vraiment considérer que ce roman est vraiment très bon.

Dès les premières pages, on sent tout de même bien que quelque chose cloche dans ce paysage qui ne devrait être fait que de discipline, de droiture et de repentir. Mais il est difficile de savoir quoi. Tout ça grâce à la plume très habile d’Anthony Shaffer, surtout connu pour ses qualités de scénaristes (Frenzy d’Alfred Hitchcock ou bien les adaptations du Crime de l’Orient-Express ou de Mort sur le Nil d’Agatha Christie). Il arrive à installer le malaise peu à peu, l’air de rien et sans que l’on comprenne bien comment. Cela passe notamment par une grande subtilité et une réelle ambiguïté chez les personnages. Jamais on ne se doute d’où le mal finira par surgir.

Absolution est un roman court, mais riche et suffisant. Anthony Shaffer aurait pu faire preuve de facilité en plaçant son action dans un lieu censé consacrer le « bien ». Mais il traite son sujet avec une grande intelligence, une finesse rare pour le genre et signe là définitivement un excellent roman.

UN MONDE SANS FIN (Ken Follett) : Le retour du (Pont du) roi

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unmondesansfinUn Monde Sans Fin aurait pu bien porter son nom. En effet, 1350 pages, imprimées dans une police assez petite, on se dit qu’on n’en verra jamais le bout. Mais voilà, quand tout cela est porté par une plume aussi habile et une imagination aussi fertile que celles de Ken Follett, on les dévore plus qu’on ne les lit. Et au final, le pavé nous paraît beaucoup moins long que bien des romans médiocres.

Un Monde Sans Fin est donc la « suite » des Piliers de la Terre, l’œuvre la plus remarquable du romancier gallois, pourtant abonnés aux best-sellers. Suite entre guillemets, puisque l’action se déroule près de deux siècles plus tard. Ce sont donc les lieux que l’on retrouve et non les personnages. L’avantage est qu’un lecteur peut s’attaquer à ce roman sans avoir lu le premier volet. Il ne saisira pas certaines allusions, mais elles sont vraiment peu nombreuses et n’ont aucun impact sur la compréhension.

Un Monde Sans Fin est un peu moins inoubliable que les Piliers de la Terre, mais il n’est demeure pas moins ce qu’il se fait de mieux en termes de roman historique. C’est passionnant, avec une foule de personnages remarquables et des rebondissements nombreux sur les 34 années que nous fait parcourir cette histoire (1327-1361). Le style est toujours aussi vivant et léger et on avale les pages avec un appétit féroce.

Allez, pour faire bonne figure, je vais exprimer une toute petite réserve. Dans chaque roman de Ken Follett, il y a une scène qu’on qualifiera sexuellement explicite. Et j’avoue qu’elles me font toujours un peu sourire, parce qu’on se demande parfois pourquoi elles sont aussi détaillées que dans un roman de la collection Arlequin. Cela fait partie du charme de l’auteur, mais c’est vrai qu’ici, elles sont quand même un peu particulièrement nombreuses. Enfin noyées dans tout le reste, il serait injuste d’affirmer qu’elles nous gâchent le plaisir.

MAFIA CHIC (Sophie Coignard et Alexandre Wickham) : Pouvoir, fiction et réalité

mafiachic

mafiachicMafia Chic fait partie des nombreux livres que j’ai recueillis chez moi, alors qu’ils gisaient abandonnés sur un trottoir. Ce coup-ci, il comporte même une dédicace. Visiblement, il vaut mieux éviter d’offrir de trop beaux cadeaux à une certaine Emilie, puisqu’elle n’hésite pas à les livrer à la merci des inconnus bibliophiles. Bref, je ne savais donc rien de ce roman, écrit par Sophie Coignard et Alexandre Wickham, avant de le parcourir.

Dès les premières pages, j’ai compris qu’on allait me plonger dans un monde que je connais quelque peu (même si c’est quand même de loin) : le pouvoir ! En effet, Mafia Chic nous plonge dans les coulisses de la politique au plus haut niveau de l’Etat. Les deux auteurs ont écrit plusieurs ouvrages pour dénoncer la complicité et l’impunité auto-entretenue des élites politico-économiques dans notre pays. Cette fois-ci, ils ont opté pour la fiction, avec une galerie de personnages qui nous conduira aussi bien à Matignon, qu’au Palais de Justice ou chez les grands éditeurs parisiens. Bref, au cœur de la France d’en haut.

Certes, Mafia Chic est avant tout une caricature, où le Premier Ministre ressemble à une fusion entre Charles Pasqua et DSK. Le trait est parfois un grossier, mais le tout est écrit avec un certain humour qui rend la lecture très agréable. C’est à la fois plus éloigné et plus proche de la réalité qu’on ne le croit. Cela nourrit des fantasmes, mais met aussi le doigts sur des modes fonctionnement bien réels de nos élites. Le style est léger et très vivant, permettant au lecture de dévorer très facilement.

Au final, si on prend ce livre pour ce qu’il est, c’est à dire un roman, il nous offre un bon moment de lecture, qui flatte peut-être le « tous pourris », mais qui nous rappelle que tout n’est pas très rose dans les hautes sphères du pouvoir.