TANTE JEANNE (George Simenon) : Bon comme du Simenon

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tantejeanneQui dit séjour à la campagne, dit piochage dans la collection de Simenon de ma maman. Ce coup-ci, l’heureux élu s’appelle Tante Jeanne, un roman paru en 1950. Comme d’habitude, il s’agit d’une plongée dans les névroses de la petite bourgeoisie, avec une histoire assez courte, mais toujours aussi remarquablement écrite. Nous quittons cette fois Paris pour nous rendre à Poitiers où une femme revient sur les lieux de sa jeunesse après plus de trente ans passés à l’étranger.

Tante Jeanne est construit comme un roman policier avec un mort au début du roman et des secrets évidents qui seront percés peu à peu avant un grand déballage final. Sauf qu’il n’y a pas de policier dans l’histoire, mais simplement des évènements dramatiques qui forcent les personnages à dépasser les non-dits. En tout cas, le récit est passionnant et porté par une telle écriture, il ne peut que conduire le lecteur à dévorer ce livre.

LA BETE COINTRE LES MURS (Edward Bunker) : Devil inside

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labetecontrelesmursParmi les livres que j’ai récupérés sur le trottoir, que mes anciens voisins voulaient jeter, figurait Aucune Bête Aussi Féroce d’Edward Bunker, un livre dont je vous ai déjà livré la critique et que j’avais qualifié de grand roman. Il traitait de la difficile, voire impossible, réinsertion d’un ancien détenu après des années de prison. Le tout écrit magistralement par un auteur, lui-même ancien braqueur récidiviste. Cette fois-ci, je vais vous parlez de La Bête contre les Murs, du même auteur, qui cette fois nous plonge même au cœur de l’univers carcéral. Avec la même réussite.

Si le titre fait un lien entre les deux œuvres, c’est uniquement parce que les sujets sont proches. Les histoires n’ont en fait rien à voir. La Bête Contre les Murs nous raconte l’amitié entre un jeune détenu qui doit apprendre les règles et les codes de l’univers carcéral, avec un vieux routier du lieu qui semble « être né ici ». Le roman dresse un tableau sans concession de cet univers si particulier et si dur. Il relate avec force toute sa violence, notamment sexuelle, et la manière dont elle vous endurcit ou vous détruit.

Mais le plus passionnant dans la Bête Contre les Murs reste le formidable recul avec lequel Edward Bunker traite un sujet qui pourtant lui parle forcément au plus profond de lui. Il y a ni vision morale, ni apitoiement. On se prend de sympathie pour les deux protagonistes, mais on n’oublie jamais qui ils sont. Toute la force de ce roman repose ainsi sur cette justesse de jugement sur des êtres humains, contraints de vivre dans un monde qui les pousse à se comporter comme des bêtes féroces. Or, ils n’en sont pas, même s’ils n’ont rien d’agneaux non plus.

La qualité d’écriture d’Eward Bunker est étonnante pour quelqu’un qui a eu son parcours, même si évidemment la traduction nous offre peut-être une vision déformée de son style. En tout cas, il possède un don qu’il exploite infiniment mieux en nous livrant ce passionnant La Bête Contre les Murs plutôt qu’en croupissant dans un univers qui change tous ceux qui le fréquente à jamais.

L’ASSASSIN ROYAL, TOME 2 : L’ASSASSIN DU ROI (Robin Hobb) : Vivement la suite !

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lasssassinduroiL’Assassin Royal fait partie des grandes sagas d’heroic fantasy, qui ont été un peu éclipsées par le phénomène Game of Thrones. Après un premier épisode qui donnait l’eau à la bouche, voici le deuxième tome, l’Assassin du Roi, qui nous permet de connaître encore plus en profondeur le personnage de Fritz et le monde dans lequel il évolue. Cependant, il est vrai que le tout manque quand même un peu d’action et on en ressort de la lecture de ce volume quelque peu frustré. Certes, des éléments sont mis en place qui seront très certainement exploités plus tard, mais en attendant, sans pour autant s’ennuyer, on trépigne un peu.

Heureusement, la plume de Robin Hobb reste de plus agréables. Le style est toujours vivant, les descriptions claires et le récit fluide. L’univers de l’Assassin Royal, tome 2 : l’Assassin du Roi est très riche, mais on ne s’y perd jamais. Les protagonistes, qui prennent donc ici de l’épaisseur, échappent réellement à tous les poncifs du genre, ce qui explique à mon sens en grande partie l’immense succès de la saga.

En tout cas, même si ce volume m’a presque déçu, je garde une grande envie de poursuivre mon chemin en compagnie de Fitz à travers l’univers imaginé par Robin Hobb.

SUR LA ROUTE : LE ROULEAU ORIGINAL (Jack Kerouac) : A l’épreuve de la route

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surlarouterouleauoriginalAvant de rentrer dans le vif du sujet, il faut que j’explique de quoi exactement je vais vous livrer la critique. Il ne s’agit pas tout à fait du roman Sur la Route, tel qu’il est lu depuis sa publication en 1957. Il s’agit de sa première version, écrite du 2 au 22 avril 1951, sur des feuilles à calligraphie japonaise collée bout à bout pour former un seul et même rouleau de 36 mètre de long. On peut évidemment imaginer la tête de son éditeur quand Jack Kerouac lui a soumis ce texte sous cette forme… Il fut ensuite maintes fois retravaillé pour donner le roman tel qu’il est le plus connu.

Cet objet, ce fameux rouleau, a longtemps constitué un mythe. Il a notamment été vendu aux enchères pour un peu plus de 2 millions de dollars en 2001. La légende prétendait qu’il ne comportait aucune ponctuation, signe de la rapidité incroyable, de la ferveur quasi mystique avec lesquelles Jack Kerouac a écrit ce premier jet, où les personnages portent encore leurs vrais noms, en faisant donc pour le coup une réelle autobiographie. La publication de cette version mythique permet désormais à tout le monde d’y avoir accès.

Heureusement, Sur la Route dans sa version originale comporte bien une ponctuation tout à fait normale. Par contre, il compte 450 pages pour…un seul renvoi à la ligne… On ressent donc pleinement la frénésie de l’écriture de Kerouac. Simplement, si cela a quelque chose de fascinant, il faut bien avouer que cela rend la lecture de cette version parfois assez difficile. Si vous perdez le fil, vous pouvez vite vous retrouver quelque peu perdu. Surtout que ce roman est incroyablement touffu et dense. Mais affronter une légende ne peut se faire sans effort.

Il est donc difficile d’apporter une appréciation sur la qualité de cette version de Sur la Route. Il se dégage de cette œuvre une fièvre rare, mais sans doute trop peu communicative du fait de la difficulté pour le lecteur de suivre le rythme de son auteur. Mais au moins ce moment de l’histoire de la littérature a quelque chose d’unique, d’extraordinaire, pour ne pas dire de monstrueux. On en ressort quelque peu fatigué, mais avec la satisfaction d’avoir vécu une épreuve à nulle autre pareil.

LA RESERVE DES LUTINS (Clifford D. Simak) : Demain, les lutins

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lareservedeslutinsEn sixième, j’ai eu le meilleur professeur de français que j’ai connu au cours de ma scolarité. Un jour, il nous a parlé d’un roman de science-fiction appelé Demain les Chiens, de l’auteur américain Clifford D. Simak. Je m’étais alors empressé de l’emprunter au CDI du collège, avant de me le faire offrir. Il demeure depuis un de mes livres culte. J’aurais pourtant attendu vingt ans avant de lire une seconde œuvre de cet auteur, la Réserve des Lutins. Un roman qui confirme tout le bien que je pensais de ce romancier.

La Réserve des Lutins est une œuvre qui mêle science-fiction pure avec un peu de fantasy. Comme souvent dans les romans de ce type des années 60 (1968 précisément dans le cas qui nous intéresse), le titre donne d’ailleurs une très mauvaise idée du contenu du roman, puisque les lutins en question ne forme pas vraiment le centre de l’intrigue. Mais c’est presque tant mieux, car au final, ce roman offre une nouvelle occasion à Clifford D. Simak de faire preuve de son remarquable sens de la narration, de son imagination fine, qui permet au lecteur d’aller de surprises en surprises, et surtout d’un véritable humour subtil qui fait que ce roman ne se prend jamais au sérieux.

Clifford D. Simak est incontestablement une plume de la science-fiction, genre dont il a été un des pionniers des années 40 à 80. S’il est moins connu que Philipp K. Dick, il n’en est pas moins un auteur remarquable, dont les œuvres dégagent visiblement (à la fois, je n’ai lu que deux de ses romans, mais je vais faire comme si je les avais tous lus) une grande maturité et une finesse assez inhabituelle dans un genre littéraire peuplée généralement d’éternels adolescents.

PANDEMONIUM (Les Standfiord) : Agents non provocateurs

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pandemoniumUn avis vite fait sur un roman, Pandemonium de Les Standiford, qui souffre d’un sérieux manque d’intérêt. Une histoire d’agent bactériologique et d’agents gouvernementaux qui veulent effacer les preuves en éliminant des innocents. Bref, une intrigue un peu vue mille fois, qui ne tient pas là sa version la plus inoubliable. L’histoire ne démarre vraiment qu’au bout de 100 pages (sur 300) et la suite des évènements n’est guère transcendante. L’auteur essaye bien de donner un peu d’épaisseur à ses personnages, mais pour le lecteur cela ressemble plus à des anecdotes sans intérêt en attendant qu’il y ait un peu d’action. Si on ajoute à ça un style qui roule à l’ordinaire, on se dit que le seul mérite de ce roman est de ne pas être trop long.

LOINTAIN SOUVENIR DE LA PEAU (Russel Banks) : A 760 mètres de l’humanité

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lointainsouvenirdelapeauIl y a bien longtemps que je n’avais pas été aussi enthousiaste à propos d’un livre. Non que Lointain Souvenir de la Peau soit sans défaut, mais il traite de manière remarquable d’un sujet auquel peu aurait osé s’attaquer. Il nous plonge en effet dans le monde des délinquants sexuels qui aux Etats-Unis sont souvent condamnés à demeurer à plus de 760 mètres de toute école ou terrain de jeu. Or, dans un espace urbain, cela les condamne à vivre entre eux dans les rares endroits répondant à ces critères.

Le personnage principal n’a rien d’un prédateur et tient plutôt du pauvre type. L’équilibre était difficile à trouver tant ce genre d’acte n’incite pas à l’empathie. Il fallait faire preuve d’une infinie subtilité pour nous faire aimer quelqu’un à propos duquel le terme d’antihéros est un doux euphémisme. Le Kid, c’est son nom, n’est présenté ni comme une victime, ni comme un coupable. Lointain Souvenir de la Peau illustre justement la complexité réelle d’une situation qu’on aurait vite fait de repeindre en noir et blanc.

Russel Banks est un véritable auteur militant. Son œuvre a toujours constitué un moyen pour délivrer un message, dénoncer, pointer les absurdités et les injustices. Lointain Souvenir de la Peau est évidemment une réaction à cette société où l’on construit de minuscules terrains de jeu juste pour empêcher des condamnés à vivre à proximité, sans se préoccuper une seule seconde des implications d’un système aussi binaire. Mais ce livre a l’immense mérite de ne juger personne, de ne pas donner de leçon, mais cherche simplement à enrichir la réflexion du lecteur.

Lointain Souvenir de la Peau est surtout remarquablement bien écrit. Le style de Russel Banks est fluide et vivant et c’est un vrai plaisir de se laisser imprégner par ses mots. Le récit nous est livré à travers différents points de vue, différents modes de narration. Mais ces techniques sont toujours employées à bon escient, pour souligner le propos et non simplement pour la frime ou l’originalité. Le seul vrai reproche que je formulerais à propos de ce roman est peut-être un dénouement qui n’est pas au niveau du reste, comme si l’auteur n’avait pas vraiment su comment conclure.

Lointain Souvenir de la Peau nous montre donc à quel point l’humanité est capable du meilleur comme le pire, sans qu’il soit toujours facile de savoir de quel côté on se situe. Mais une chose est sûre, ce roman fait partie du meilleur.

LES LAMES DU ROI, TOME 2 : LE SEIGNEUR DES TERRES DE FEU (Dave Duncan) : Manque de suite dans les idées

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leseigeneurdesterresdefeuLe problèmes des suites, c’est qu’elles exploitent trop souvent la même bonne idée que le premier épisode. Du coup, cela sent le réchauffé et cela perd grandement de son intérêt. Avec Les Lames du Roi, tome 2 : Le Seigneur des Terres de Feu, c’est plutôt le phénomène inverse. On regrette fortement que l’idée un peu originale du départ soit passée totalement au second plan. Si le premier volume nous proposait un mélange assez plaisant (mais pas inoubliable non plus) des Trois Mousquetaires et de l’héroic fantasy, on se retrouve ici avec un récit beaucoup plus classique de ce genre littéraire.

Malheureusement, on aurait envie d’employer également le qualificatif de médiocre. Bon, cela serait objectivement sévère, car la lecture de Les Lames du Roi, tome 2 : le Seigneur des Terres de Feu reste agréable et distrayante. Cependant, on ne peut qu’admettre qu’on a lu mille fois mieux, même si on a aussi lu bien pire. Un roman au milieu du gué donc, dont l’originalité ne peut plus masquer totalement les limites de son auteur, dont l’écriture manque parfois de fluidité et de clarté. Bref, si, comme moi, vous le trouvez sur un trottoir, vous pourrez lire ce roman sans trop regret. Si vous sortez quelques euros de votre bourse, la déception peut être alors au rendez-vous.

ENQUETE DANS LE BROUILLARD (Elizabeth George), MAIGRET SE TROMPE (George Simenon) : Deux époques, deux légères déceptions

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enquetedanslebrouillardDeux époques pour deux polars un poil décevants. Le premier, Enquête Dans le Brouillard de Elizabeth George, publié en 1988, est typique de ces premiers tomes d’une série qui se concentre avant tout à nous présenter les personnages que l’on suivra tout au long des épisodes suivants. Du coup, l’enquête de fond apparaît plus comme un décor et n’arrive pas vraiment à passionner. Surtout que cette dernière met en scène beaucoup de protagonistes. Cela fait beaucoup d’informations à assimiler d’un coup et on s’y perd parfois un peu. Cependant, je laisserai une seconde chance à cette série dont les « héros » présentent déjà une certaine épaisseur que l’on a envie de voir développée.

Le second nous ramène en 1953, avec Maigret Se Trompe de George Simenon. On retrouve bien les qualités immuables de cette série, à savoir une qualité d’écriture hors du commun et un portrait sous-jacent de la société toujours passionnant. D’ailleurs, on reste assez captivé tout du long, se demandant avec impatience quel peut être la clé du mystère. Malheureusement, le dénouement survient en deux lignes et laisse perplexe. Une déception assez brutale et rédhibitoire pour réellement apprécier cette œuvre mineure du célèbre romancier belge.

COUCHE DANS LE PAIN (Chester Himes) : Confusion à Harlem

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couchedanslepainUn avis court mais suffisant sur un polar de Chester Himes, écrivain afro-américain à une époque où cela n’était pas facile de l’être, écrit en 1959 et intitulé Couché dans le Pain. L’ambiance y est assez originale, le ton ironique et décalée et les personnages assez fantasques, aussi bien du côté des flics que des voyous. Par contre, j’ai trouvé que le style rendait le récit parfois un peu difficile à suivre. Cela provient peut-être d’une traduction de mauvaise qualité, mais cela est aussi certainement liée au côté fantaisiste du roman. Chester Himes cherche à nous faire partager une ambiance, à créer un décor, celui du Harlem des anénes 50, par son écriture même, mais à force d’écrire comme on parle ou on pense, le lecteur est parfois en manque de repères. Du coup, l’intrigue principale, celle qui constitue toujours le coeur d’une roman policier ne passionne pas vraiment et la conclusion nous arrive dans une certaine indifférence.  Une impression plus que mitigée donc.