NANA (Emile Zola) : Routine dans la série

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nanaAprès une longue interruption, me voilà reparti dans les Rougon-Macquart d’Emile Zola, avec Nana, 9ème roman de la série. Un roman qui nous entraîne dans le monde du théâtre et de la prostitution. Mais aussi celui qui m’a peut-être le moins convaincu jusqu’alors. En effet, on y retrouve évidemment la démarche naturaliste de l’auteur qui cherche à dresser un portrait précis et exhaustif, pour ne pas dire scientifique, d’une société. Cependant ce coup-ci, tout cela n’est pas porté par un fil rouge narratif très développé. On reste largement dans le contemplatif et on a parfois bien du mal à se passionner pour les évènements qui nous sont décrits.

A force de vouloir faire de son personnage un symbole de la décadence et de la perversion de la société du Second Empire, Emile Zola oublie de nous le faire aimer et de nous permettre de le comprendre. On est loin de l’émotion que nous transmettait Gervaise, la mère de Nana, dans l’Assommoir. Il y a une réelle distance entre le lecteur et le récit, que l’écriture sublime n’arrive pas à combler. On reste froid et ce n’est pas la fin dramatique qui vient changer cela. Elle arrive un peu sans être vraiment justifiée, si ce n’est pour respecter le schéma classique des romans de la série.

RESCAPEE (Fiona Kidman) : A l’autre bout du monde

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rescapeeJ’ai beau être passionné d’histoire, il y a quand même des lieux et des époques dont je ne connais pas grand chose. Je suis désormais moins ignorant après avoir lu Rescapée, de Fiona Kidman qui nous emmènent au milieu du XIXème siècle, alors que la Nouvelle-Zélande s’accélère au dépend des maoris. Une intrigue qui pourrait ressembler à celle d’un western, tant on peut faire le parallèle avec le sort des amérindiens.

Rescapée nous raconte l’histoire de Betty, une jeune femme qui a vécu plusieurs mois en captivité parmi les maoris. Officiellement c’est une victime que l’on a délivrée. Mais très vite, des rumeurs commencent à circuler dans la bonne société australienne. On évite de plus en plus la jeune fille et on commence à se demander de plus en plus ouvertement ce qu’elle du faire pour assurer sa survie ?

Si le fond de Rescapée est vraiment digne d’intérêt, la forme est un peu plus décevante. En effet, les évènements sont largement racontés en flash-back et il faut attendre la moitié du roman pour vraiment entrer dans le vif du sujet. C’est dommage car cela laisse le temps au lecteur de sortir un peu de l’histoire en se demandant pendant 200 pages quand est-ce que cela va vraiment commencer. Certes, la suite est nettement plus passionnante, mais Fiona Kidman n’a malheureusement pas su nous faire vraiment aimer ses personnages. Pourtant, le récit nous est proposé à travers différentes sources, nous offrant différents points de vue, nous permettant de partager les pensées de diverses protagonistes.

Rescapée n’est donc pas vraiment un récit d’aventures, ni un récit purement historique. Il aurait pu être les deux à la fois, mais il n’est malheureusement au final aucun des deux.

LES LAMES DU ROI, TOME 1 : L’INSIGNE DU CHANCELIER (Dave Duncan) : Mousquetaires fantaisistes

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linsigneduchancelier« Imaginez les Trois Mousquetaires avec de la magie ! » Voilà ce qu’on peut lire sur le 4ème de couverture de Les Lames du Roi, tome 1 : L’Insigne du Chancelier. Il est vrai que cette histoire de bretteurs au service d’un souverain rappelle forcément Alexandre Dumas, même si au final les liens entre les deux sont quand même ténus. Il reste un œuvre de fantasy presque originale et assez sympathique.

Les Lames du Roi, tome 1 : L’Insigne du Chancelier se distingue par une intrigue toujours surprenante. Le récit s’étale sur des décennies et on ne sait jamais où tout cela va nous mener. Cela entretient l’attention du lecteur qui parcours ce roman avec un certain plaisir. Mais cette œuvre se heurte tout de même à certaines limites : une écriture de la part de Dave Duncan pas toujours hyper claire, ce qui est fâcheux quand on en vient aux intrigues politiques, et des personnages qui manque parfois de profondeur et d’épaisseur.

UNE MAISON DE REVE (Madeleine Wickham) : On préfère Sophie à Madeleine

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unemaisondereveCela faisait un certain moment que je n’avais pas cultivé mon côté féminin et lu un peu de chick-lit. Et quoi de mieux pour s’y remettre qu’un roman de la reine du genre, j’ai nommé Sophie Kinsella. Enfin le roman est officiellement de Madeleine Wickham, pseudonyme sous le quel l’auteur de l’Accro du Shopping a signé six romans. Bon visiblement, cela doit être le nom qu’elle réserve aux textes un peu ratés, comme le fait Jean-Jacques Goldman qui refile ses brouillons à tous les autres chanteurs francophones.

Une Maison de Rêve, puisque c’est de ce roman dont il s’agit, nous raconte en parallèle l’histoire de trois familles, dont les vies se croiser et quelque peu s’entremêler autour d’une maison. On retrouvera ainsi les propriétaires, les locataires et l’agent immobilier. Bon, s’il s’agissait de personnages récurrents que l’on a plaisir à retrouver, on pourrait apprécier ce livre qui se lit rapidement et sans aucune difficulté. Mais ne faisant pas partie d’une série, l’intrigue ne laisse pas vraiment le temps d’apprendre à aimer des personnages qui n’ont rien d’extraordinaires et qui vivent des évènements qui ne le sont guère plus. Le livre aborde pourtant beaucoup de thème (amour, famille, argent…) mais ne propose jamais un propos réellement profond ou surprenant.

Je suis peut-être un peu sévère avec Une Maison de Rêve, qui peut quand même faire passer un bon moment de détente littéraire. Mais quand on aime autant que moi l’Accro du Shopping (et oui, toujours cette femme qui vit en moi…), on a du mal à se contenter de roman très ordinaire.

UNE PEINE D’EXCEPTION (Patricia Cornwell) : Le jugement n’était pas définitif

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unepeinedexceptionJe n’étais jusqu’alors un grand fan de Patricia Cornwell. J’ai notamment lu les deux premiers romans mettant en scène la médecin-légiste, Kay Scarpetta, mais sans grand enthousiasme et j’avais décidé de m’arrêter là. Finalement, le quatrième, Une Peine d’Exception, trainant chez moi, je l’ai lu et j’avoue que ce fut une agréable surprise. Je ne crie toujours pas au génie, mais j’avoue que ce roman m’a plutôt convaincu.

Une Peine d’Exception n’a pourtant rien de révolutionnaire. Il utilise le principe classique des évènements a priori sans lien et qui finissent par se rejoindre. Mais il est ici mis en œuvre avec un certain talent. L’intrigue a vraiment le mérité de n’être jamais cousue de fil blanc, laissant le lecteur dans le brouillard, mais sans jamais le perdre. On ne devine pas à l’avance les tenants et les aboutissants, mais le récit reste clair en toutes circonstances.

Je regretterai simplement un dénouement un peu abrupte et rapide qui laisse quelque peu sur sa faim. C’est dommage, même si ça ne gâche pas fondamentalement le plaisir. Je ne pense pas qu’Une Peine d’Exception me pousse à lire l’ensemble de la bibliographie de Patricia Cornwell, mais je regarderai d’un autre œil un de ses romans s’il venait à me tomber sous la main.

LA NUIT DU SERAIL (MIchel de Grèce) : Entre les murs

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lanuitauserailCritique littéraire nouveau format, donc beaucoup plus courte pour un livre qui ne m’a pas vraiment convaincu. La Nuit du Sérail de Michel De Grèce avait pourtant de quoi me séduire : un roman historique et exotique, relatant une histoire supposée véridique, celle de Aimée Dubuc de Rivery, née en 1776 et qui, suite à une attaque par des pirates, aurait intégré le harem du palais de Topkapi à Istanbul pour finir sultane.

L’intérêt historique est indéniable. On en apprend beaucoup sur le fonctionnement de ce qui est le cœur de l’Empire Ottoman, un des plus puissants que notre monde ait connu, mais aussi sur la diplomatie au moment des guerres napoléoniennes. Ces dernières constituent en effet la toile de fond de La Nuit du Sérail. Malheureusement, cette histoire racontée à la première personne est à l’étroit, comme son héroïne, entre les murs de ce harem qu’elle ne peut quitter. Les évènements sont toujours raconté de manière indirecte. Bref, cela manque d’un souffle épique, alors qu’on évoque batailles et évènements d’ampleur quasi planétaire.

La Nuit du Sérail est donc avant tout un livre avant tout politique, pleins d’intrigues de cour et de complots. Il peut satisfaire une certaine curiosité intellectuelle, mais ne comblera pas les amateurs de grands romans historiques. Par contre, si ce livre vous intéresse, surveillez les bancs du métro puisque je vais continuer la chaîne de bookcrossing à laquelle ce livre appartient.

L’OASIS DU DESIR (Abby Green) : Un si beau cadeau !

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oasisdudesirPrenons l’objet en main ! Il est rectangulaire et a pour dimensions exactes 17,8 sur 10,7 cm L’objet est souple, un peu trop pour être une cale pour table bancale, comme on aurait pu le penser dans un premier temps. Il est composé de multiples sous-couches, la première et la dernière étant d’une épaisseur un peu supérieure. Elles sont reliées entre elles sur un côté, ce qui assure la cohésion de l’ensemble, tout en permettant un accès à chacune d’entre elles. Elles sont généralement recouvertes de lettres formant des mots, accompagnées de ponctuation afin de former des phrases. On retrouve en bas de chacun d’elles un numéro, toujours différent, mais on constate vite qu’ils se suivent. Bref, c’est un livre, intitulé L’Oasis du Désir.

La contemplation de la couverture incite au rêve. Déjà, le logo « Arlequin » est en soi une promesse. Cette collection mythique a fait rêver des générations entières de jeunes filles encore pures et innocentes, souhaitant s’acoquiner avec une littérature qui éveillerait leurs premiers émois. Et combien de femmes négligées par un mari alcoolique et légèrement impuissant sur les bords ont trouvé dans ces pages un peu d’évasion, s’imaginant à la place de l’héroïne dans les bras d’un amant beau et vigoureux ? Ensuite, on voit que le livre fait partie de la collection Azur. Ce mot et la couleur de la couverture nous renvoient au bleu d’un ciel que l’on a envie de contempler à deux, au moins cinq minutes, avant de s’adonner à des activités qui vont souvent plutôt nous faire contempler le sol. Enfin, le livre porte la mention « Prince du Désert » qui renvoie à la sensualité orientale parcourant ce livre, qui va nous entraîner dans des sables particulièrement brûlants !

Et que dire de l’image qui orne la couverture. Cette brune troublante à la robe bleue azur, assortie aux bords du dessin, qui laisse entrevoir une future scoliose, vu la cambrure un peu trop prononcée de ses reins. Son regard se pose sur ce torse puissant, et surtout complètement glabre, parce que le poil, c’est mal ! Ah quel bel homme, dont les mains qui enserrent la jeune femme constituent un appel à l’amour sauvage et bestial. Quelle sensualité ! Quel érotisme ! Le tout dans un décor féérique, où se dessine dans le fond un dromadaire, et non un chameau puisqu’il n’a qu’une bosse. Evidemment, le palmier qui va bien est là aussi, nous rappelant que nous sommes dans un oasis, clin d’œil au titre du livre et non à la boisson sucré. Comment alors ne pas se jeter sur ce livre pour le lire d’une seule traite !

Surtout quand on sait que l’Oasis du Désir a été écrit par Abby Green. Une auteur tellement talentueuse qu’elle n’a même pas de page Wikipédia, ce qui constitue quand même un peu la honte en short, ta mère devant le Prisu ! Par contre, elle possède tout de même sa page sur Romancewiki.com… Ouf l’honneur est sauf ! On apprendra qu’elle compte aussi à la bibliographie des romans au titre aussi évocateur que Mistress to the Merciless Millionaire et surtout The Virgin’s Secret ! Ca fait rêver… On y apprendra aussi que la demoiselle est titulaire d’un diplôme d’anthropologie sociale, ce qui prouve une nouvelle fois que c’est bien beau de faire des études dans n’importe quoi, mais au final ce n’est pas avec ce genre de diplôme que l’on trouve un vrai travail !

Et là, je vous sens brûlant d’impatience ! Vous vous demandez quelle peut bien être la troublante histoire de l’Oasis du Désir ! Alors voilà, Jamilah et Salman sont deux amis d’enfance que la vie a séparés. Quand ils se retrouvent une fois adultes par hasard à Paris, ils débutent très vite une histoire torride, la jeune fille lui offrant sa virginité sans qu’il n’ait à se donner trop de mal. Mais le jeune homme finit par congédier sa partenaire d’une manière forte inélégante (mais tout ça à cause de blessures morales profondes, secrètes et intimes, bien entendu). Ils se recroisent quelques années plus tard, mais elle le repousse. Ils se recroisent quelques années plus tard, vu que Jamilah bosse dans le palais du royaume de Merkazad et que Salman n’est personne d’autre que le frère du prince, qui aimerait bien les caser tous les deux, mais elle le repousse. Ils finissent par se croiser à nouveau et là, ils couchent ensemble mais elle considère que cela ne va pas être possible entre eux, puisque de toute façon, il va partir. Ensuite, ils continuent à coucher ensemble en se disant que c’est une mauvaise idée et qu’ils feraient mieux d’arrêter, mais que s’ils arrêtaient, bah l’histoire serait déjà finie, alors que le livre ne fait quand même que 150 pages avec une grosse police, donc faut bien délayer un peu… Bref, à la fin, ils s’avouent qu’ils s’aiment, surtout qu’il lui a prouvé son amour en faisant du cheval (vous ne voyez pas le rapport… et bien lisez le livre !) et se marient tout ça, tout ça…

Vous le voyez, il s’agit d’une histoire absolument pas répétitive, pleine de rebondissements qu’on ne voit pas du tout arriver, le tout conclu par une fin totalement inattendue. En plus, c’est écrit avec la verve et le talent littéraire des meilleures notices de montage Ikea, c’est dire si c’est un vrai bonheur de la première à la dernière page. Chacune d’elle m’a bouleversé et emplit d’émotion, au moins autant qu’à chaque fois qu’il faut éliminer quelqu’un à la Star Academy. J’étais là, dans mon lit (bah oui, je n’allais quand même pas lire ça dans un lieu public, je fais de la politique, je vous le rappelle) et je m’écriais « mais tu vas te la faire, putain de bordel de merde ! » à chaque page avec un enthousiasme toujours renouvelé ! Que l’on est triste de quitter le très célèbre royaume de Merkazad (l’avantage des pays fictifs, c’est que vous pouvez les charger de tous les clichés du monde sans que l’on puisse vous reprocher quoique ce soit…), mais heureusement, il existe d’autres romans de la même collection qui nous y ramène. Je vais donc vite les commander… Ou pas… (non, non, inutile de m’offrir la suite à mon prochain anniversaire, je vous jure que ça va aller…).

Et que dire des scènes de sexe. Bah oui, faut pas déconner, on est là pour ça ! Si la ménagère de moins de cinquante ans lit ce genre de mer…veilleux roman, c’est bien pour retrouver un peu de chaleur à un endroit intime de son anatomie que ne vient plus visiter que son gynécologue. Ah mais quelle puissance érotique dans ces descriptions de corps dévorés par un désir incontrôlable, mais qu’ils arrivent à contrôler pendant une bonne moitié du roman, avant de s’en donner à cœur joie et de niquer comme des lapins en rut, ou plutôt des chameaux puisque nous sommes dans le désert, ne l’oublions pas, ce roman ne s’appelle pas non plus l’Oasis du Désir pour rien ! Après avoir lu ce fantastique moment de littérature, j’ai même commencé à regarder mon phoque en peluche bizarrement… Mais une bonne douche froide et tout va mieux d’un seul coup !

L’Oasis du Désir est donc un des plus merveilleux cadeaux qu’on ne m’ait jamais fait. En effet, je n’ai jamais eu en ma possession du si beau papier pour emballer le poisson !

MORT D’UNE HEROINE ROUGE (Qiu Xiaoling) : Au coeur d’un système absurde

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mortduneheroinerougeLes romans policiers se distinguent généralement par leur suspense. Mais ce dernier peut provenir de deux types de construction de l’intrigue. Soit, on se demande jusqu’à la dernière page qui est le coupable. Soit, on se demande jusqu’à la dernière page comment celui qui mène l’enquête va enfin pouvoir prouver la culpabilité de celui qu’il pourchasse. En gros, c’est la différence entre les enquêtes d’Hercule Poirot et celles de l’inspecteur Columbo. Mort d’une Héroïne Rouge, premier roman de Qiu Xiaolong, fait partie de la deuxième catégorie, nous plongeant au cœur du fonctionnement de la société chinoise.

Le corps de Hongying est repêchée dans le canal, après avoir été visiblement violée et étranglée. Elle n’est pas n’importe qui, mais une Travailleuse Modèle de la Nation, soit une jeune fille censée être la communiste parfaite. L’enquête des inspecteurs Chen et Yu va donc se dérouler sous le regard attentif des cadres du parti. Ces derniers ne vont pas leur faciliter la tâche quand le principal suspect s’avère être le fils de l’un d’entre eux.

Qui Xiaolong est un chinois réfugié aux Etats-Unis. Son père, professeur, avait été victime de la Révolution Culturelle et lui-même avait été interdit d’études. Il s’est néanmoins accroché, a réussi à apprendre l’anglais malgré tout et a obtenu le droit de passer un an à l’université de Saint-Louis en 1988. Mais les évènements de la Place Tian’anmen l’année suivante lui feront choisir l’exil définitif. Ce parcours n’a rien d’anecdotique pour comprendre son œuvre qui est visiblement très marquée par son parcours personnel. A travers, Mort d’une Héroïne Rouge, il cherche à nous décrire, avec beaucoup d’intelligence, ce qu’il a fui, c’est à dire un système hyper administratif et totalement hypocrite.

Mais le plus grand mérite de Qui Xialong dans Mort d’une Héroïne Rouge est de faire tout ça avec beaucoup d’intelligence et de subtilité, et surtout beaucoup d’humour. Il cherche à nous démontrer l’absurdité du système. Ses personnages portent un regard assez désabusés sur les situations qu’ils vivent et on partage largement leur point de vue. On sourit donc beaucoup à la lecture de ces pages, même si on devine le côté assez monstrueux de cette société parfois écrasante. Il utilise l’ironie pour fustiger l’attitude des cadres du parti qui font tout pour échapper aux contraintes de politiques dont ils sont pourtant les garants. Ces aspects là du roman sont vraiment passionnant et apportent un vrai plus à l’intrigue.

En effet, à côté de ça la partie policière proprement dite est bien menée, mais sans rien de bien original. On aurait aimé pourquoi pas quelques fausses pistes, alors que l’intrigue se concentre vraiment sur la remontée d’une piste tournant autour d’un seul et même suspect. C’est un choix de départ, qui permet à Qiu Xialing de se concentrer sur l’autre aspect de Mort d’une Héroïne Rouge, mais mener les deux de front aurait rendu le roman encore meilleur. Mais que voulez-vous, on ne peut jamais tout avoir dans la vie.

Le style de Qiu Xialing est assez vivant. On suit l’avancée de l’histoire soit à travers la vision de l’inspecteur Chen ou celui de son collègue. Le récit est toujours à la troisième personne, mais on partage largement leurs pensées et leurs sentiments. Cela permet vraiment de rentrer au cœur de l’hypocrisie du système en montrant le décalage entre les apparences qu’il faut conserver et ce que pense vraiment les protagonistes. On parcourt donc Mort d’une Héroïne Rouge avec beaucoup de plaisir et de facilité.

Mort d’une Héroïne Rouge est le premier roman d’une série. S’il n’est pas parfait, ce point d’entrée donne vraiment envie de parcourir les tomes suivants. Cela tombe bien, j’en ai qui m’attendent dans ma bibliothèque.

 

DEFENSE ET TRAHISON (Anne Perry) : La loi des séries

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defenseettrahisonJe suis un garçon plutôt fidèle. Non ce n’est pas le début d’un annonce Meetic, mais bien mon introduction pour vous parler de Défense et Trahison d’Anne Perry. Fidélité donc à cette romancière dont je parcours régulièrement les œuvres, grâce à une fournisseuse officielle qui me les prête. Mais cette fois-ci, c’est à ses personnages fétiches, Charlotte et Thomas Pitt, que je commets une infidélité puisque je m’attaque ici à la seconde série dont elle est l’auteur. Celle mettant en scène le détective privé William Monk.

Miltaire et héros de guerre, Thaddeus Carlyon meurt dans ce qui semble quelques instants être un terrible accident. Mais il s’agit bien d’un meurtre. Très vite, son épouse, Alexandra, avoue en prétextant un accès de jalousie. Cependant, si ses aveux suffisent à la police et pourraient lui valoir la corde, ses proches ne sont guère convaincus. Sans doute cache-t-elle quelque chose ou protège-t-elle quelqu’un. Ils engagent alors William Monk pour découvrir toute la vérité.

Si j’ai bien retrouvé beaucoup des qualités qui me font apprécier l’œuvre d’Anne Perry, je dois dire que cette seconde série me convainc un peu moins. En effet, elle est moins riche. Si on retrouve la description des milieux bourgeois anglais de l’époque victorienne, le personnage principal est quand même moins intéressant. On ne retrouve pas le choc des cultures comme avec Charlotte et Thomas Pitt, qui donne à la description un soupçon d’ironie. Ici, le style est plus direct. Cela reste un décor intéressant, mais amené de manière moins savoureuse.

Bref, il manque à Défense et Trahison, ce petit plus qui fait le charme de l’autre série d’Anne Perry. Reste donc une enquête assez classique. A l’anglaise, j’ai envie de dire, même si on n’est pas dans le huis-clos à la Agatha Christie. Il y a vraiment une volonté de décrire tout une société, pas simplement un contexte familial particulier. Et la grande différence avec la mère d’Hercule Poirot réside dans la conclusion, particulièrement osée. Naturellement, je ne vous en dirai rien ici.

Il serait injuste de dire que j’ai passé un mauvais moment à Défense et Trahison. Le style assez léger d’Anne Perry rend la lecture toujours aussi facile et plaisante. Cela reste une lecture vraiment divertissante, l’intrigue étant bien construite, avec de vrais rebondissements et surprises inattendus. Mais dans le marché particulièrement concurrentiel du polar, disons que tout cela manque d’à côté vraiment intéressants pour faire la différence et sortir du lot.

Evidemment, c’est un peu sévère de juger une série sur un seul de ses tomes. Défense et Trahison en est le troisième volet et fait référence au passé du personnage. On apprend notamment qu’il a eu un accident qui la fait quitter la police et devenir amnésique. D’ailleurs, le premier volet s’intitule Un Etranger dans le Miroir. Ne l’ayant pas lu, il est vrai qu’il y a un certain nombre d’éléments qui m’ont quelque peu échappé ou du moins dont je n’ai pas saisi l’intérêt, n’ayant aucun attachement préalable au personnage. Il en apprend plus sur son passé dans ce roman, en dehors même de l’enquête, et c’est vrai que j’ai plutôt vécu ça comme une intrigue secondaire parasite. C’est souvent le problème lorsque l’on prend des séries en cours.

Défense et Trahison ne constitue donc pas une réelle déception, mais me fait dire que je vais d’abord épuiser les aventures de Charlotte et Thomas Pitt, avant de voir ce que ce William Monk a vraiment dans le ventre !

ON NE VIT QUE DEUX FOIS (Ian Fleming) : Duel au Japon

onnevitquedeuxfois

onnevitquedeuxfoisSuite et bientôt fin de la série des romans de Ian Fleming ayant mis en scène son célèbre héros : James Bond ! On Ne Vit Que Deux Fois est en effet l’antépénultième roman de la série, le dernier à avoir été édité de son vivant. Mais aussi, et même avant tout, un des meilleurs et des plus élaborés. C’est aussi celui qui permettra à 007 d’affronter dans un duel à mort son plus grand ennemi : Ernst Stavro Bofeld.

James Bond n’est plus que l’ombre de lui-même, n’arrivant pas à se remettre de la mort de son épouse, Teresa, assassinée quelques heures après leur mariage par Irma Blunt, la complice de Ernst Bofeld. Ses supérieurs pensent sérieusement à le renvoyer, mais vont lui offrir une dernière chance. Il l’envoie au Japon pour tenter de convaincre le chef des services secrets nippons, Tigre, de donner au MI6 une machine capable de décoder les codes russes qu’ils ont en leur possession. Il finira par accepter, mais l’agent 007 doit pour cela lui rendre un service en échange. Un service qui va lui faire recroiser la route de vieilles connaissances.

On Ne Vit Que Deux Fois conclut la trilogie entamée avec Opération Tonnerre et poursuivie par Au Service Secret de Sa Majesté où James Bond affronte le SPECTRE et son chef, Ernst Bofeld. Depuis l’assassinat de l’épouse de l’espion britannique, les choses sont devenues personnelles entre les deux hommes et chacun ne trouvera de repos qu’à la mort de l’autre. Bon, je ne vous dis pas qui gagne à la fin, mais je me doute que vous avez une très légère idée sur la question.

Mais ces trois romans ne se distinguent pas que par leur unité scénaristiques. Ils ont surtout marqué le passage d’une littérature de gare sympathique mais assez médiocre souvent, à quelque chose de plus élaboré. Ce n’est toujours pas du grand roman d’espionnage, mais on retrouve tout de même avec toujours autant de plaisir le mythique agent 007. Surtout que Ian Fleming a définitivement transformé son personnage pour le faire coller avec celui présent sur grand écran, ce qui n’était pas du tout le cas à l’origine.

On Ne Vit Que Deux Fois franchit même encore un palier en proposant un humour plus présent et même un certaine originalité. Le roman repose beaucoup sur le choc des cultures entre le Grande-Bretagne et le Japon. Il passe en grande partie par le personnage de Tigre qui n’arrête pas de mettre notre héros dans des situations où ses habitudes occidentales vont être quelque peu bousculées. Une large partie de l’intrigue tourne autour de cela et, comme souvent chez Ian Fleming, l’action proprement dite n’interviendra qu’à la toute fin. En tout cas, le résultat fonctionne plutôt bien et donner une épaisseur supplémentaire à cet épisode par rapport au reste de la série.

Evdiemment, tout cela tourne parfois légèrement au cliché. Mais cela fait aussi partie du charme de James Bond, qui nous propose de toute façon toujours des aventures hautement improbables et réalise quelques prouesses assez peu crédibles. On Ne Vit Que Deux Fois ne cherche pas le réalisme, Ian Fleming reste tout de même largement avant tout un auteur de divertissement. Et dans cette optique, ce roman atteint plutôt son but.

La plume de Ian Fleming n’est toujours pas la plus élégante du monde, On Ne Vit Que Deux Fois le confirme une nouvelle fois. On lui reprochera comme souvent de ne pas toujours être totalement clair, surtout quand les situations se compliquent… On peut d’ailleurs trouvera ça assez logique… Mais, comme toujours dans cette série, ce roman n’est pas très long et on le lit tout de même avec grand plaisir, en sachant bien que l’on est pas en train de parcourir un chef d’œuvre impérissable de la littérature.

James Bond reste avant tout un héros légendaire du 7ème art. Mais son géniteur restera tout de même à jamais Ian Fleming, qui signa quelques romans dignes de la légende, comme On Ne Vit Que Deux Fois.