MORT, OU EST TA VICTOIRE ? (Daniel-Rops) : Chemin tortueux

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mortouesttavictoireDans la bibliothèque de la maison de campagne familiale, se trouvent un certain nombre de livres ayant marqué la jeunesse de ma mère. Autant vous dire qu’ils ne correspondent pas vraiment à mes lectures habituelles, mais j’aime bien y piocher à l’occasion. Il s’agit le plus souvent de romans de la collection Livre de Poche, première édition, qui ne possédaient pas alors de quatrième de couverture. Si je décide d’en lire un, je le fais alors à l’aveugle. Ce fut le cas pour Mort, Où Est Ta Victoire ? de Daniel-Rops.

Laure est une jeune fille orpheline et habite chez les Detérieux, une famille bourgeoise de province. Le fils de la maison, Thierry, est amoureux d’elle, mais ses sentiments ne sont pas partagés. Il se décide alors à la faire chanter quand il met la main sur des lettres ambigües qu’elle a échangées avec Pia, la sœur de Thiery. Après un ultime refus, le jeune homme livre ces missives à son père. Ce dernier furieux menace Laure et tente de la violer. Elle n’a alors d’autre choix que de s’enfuir.

Mort, Où Est Ta Victoire ? est une sorte de roman d’apprentissage, mais qui s’étire de l’adolescence à l’aube de la vieillesse. Plus qu’un portrait ou une suite de péripéties, ce roman nous propose avant tout la description d’un processus. Celui de la recherche du bonheur et de l’affirmation de soi, dans une société où les apparences et les conventions sociales broient les aspirations profondes des individus. Daniel-Rops parcourt les époques de la fin du XIXème à la guerre de 14-18 et nous dresse le portrait d’un univers où la frustration règne en maître.

Mort, Où Est Ta Victoire ? nous propose un mélange assez étrange, qui brouille quelque peu le propos. Daniel-Rops a été à la fois un fervent catholique et le fondateur d’un mouvement politique, l’Ordre Nouveau, iconoclaste, voulant dépasser les querelles entre idéologies. Dans ce roman, il nous présente d’un côté un personnage principal qui lutte pour son émancipation, son droit à la liberté et à l’amour. Mais de l’autre, le récit est également parcouru d’une morale chrétienne, assimilant parfois le bonheur à une forme d’orgueil. Laure est au centre de ces déchirements, mais il est difficile de savoir ce qui l’emporte et quel message l’auteur a cherché à faire passer.

Mort, Où Est Ta Victoire ? a été publié en 1934, dans un contexte historique lourd. Bien sûr, l’intrigue se situe à une autre époque, mais les allusions politiques qui pointent ça et là dans le roman (comme l’évocation du vote de la loi de 1905 sur la séparation de l’Eglise et de l’Etat) sont sûrement nées des préoccupations de l’auteur au moment de son écriture. Mais encore une fois, on a bien du mal à saisir le sens profond que Daniel-Rops a cherché à donner à son récit.

Reste donc l’intrigue de base, le parcours quelque peu chaotique de cette femme. Il est vrai que dans ce domaine, Mort, Où Est Ta Victoire ? est quelque peu daté. Même si la plume de Daniel-Rops est très agréable (elle finira par le conduire à l’Académie Française), on a parfois un peu l’impression d’être dans du sous-Balzac. Il y a une grande pudeur dans l’écriture, bien que l’histoire aborde largement l’attirance charnelle entre hommes et femmes, mais sans la puissance évocatrice de l’écriture des auteurs du XIXème siècle. Mais il est indéniable que ce roman devait être considéré comme relativement provocateur à l’époque de sa publication.

Mort, Où Est Ta Victoire ? est donc un roman qui n’a pas su atteindre le rang de classique et que le temps finira sûrement par effacer des mémoires. Mais il n’est certainement pas assez passionnant pour gagner le droit de traverser les siècles.

UN CRIME TRES ORDINAIRE (Max Gallo) : Un livre qui l’est encore plus

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uncrimetresordinaireMax Gallo est un homme qui a connu plusieurs vies en une. Celle notamment d’un homme politique puisqu’il a été député, puis député européen, au début des années 80. Mais c’est avant tout un homme de lettres, entré à l’Académie Française en 2007. C’est en premier lieux par son travail d’historien qu’il s’est fait connaître, en particulier de biographe, signant d’importants ouvrages sur Napoléon, De Gaulle ou encore Victor Hugo, pour autant de succès en librairie. Cependant, il a aussi signé de nombreux romans de pure fiction, dont ce Un Crime Très Ordinaire, sorti en 1982, et qui ne constitue certainement pas son œuvre la plus marquante.

Michel Forges, critique littéraire, habitué des salons parisiens, est froidement assassiné, visiblement par des professionnels. Mais en l’absence de toute piste, l’affaire semble vite classée et n’intéresser plus grand monde. Sylvie Mertens, avec qui il a vécu une histoire d’amour chaotique et dont il a permis la publication du premier roman, n’arrive pas à accepter cet abandon. Elle se lance alors dans une enquête, malgré une hostilité générale vis-à-vis de sa démarche.

Un Crime Très Ordinaire est tout simplement un très mauvais roman, sans grand intérêt. Une enquête qui ne connaît pas réellement de dénouement et qui est noyée dans un verbiage qui s’étire désespérément. Une histoire qui ne commence jamais vraiment et qui ne mène nulle part. Bref, on s’ennuie ferme, surtout que tous les autres aspects du roman sont particulièrement médiocres.

Un Crime Très Ordinaire est raconté à la première personne, par Sylvie Martens, qui nous faire largement part de ses états d’âme vis-à-vis de son histoire d’amour passée avec la victime. Et quand je dis largement, c’est un euphémisme, tant cela revient inlassablement pour alourdir un récit, dont le procédé cherche à masquer le vide absolu. Sans doute, Max Gallo a voulu ainsi nous faire comprendre la complexité de Michel, mais à la place, il fait passer sa narratrice pour une emmerdeuse qui ennuie son lecteur avec ses prises de tête sans intérêt.

Max Gallo, en bon historien, a voulu dresser ici un portrait des milieux intellectuels parisiens de la fin des années 70. On peut déjà douter de l’intérêt du sujet à la base, mais c’est encore plus le traitement qui finit de plomber Un Crime Très Ordinaire. En fait, il fait preuve exactement de ce qu’il cherche à dénoncer, c’est à dire un manque de profondeur masqué par des apparences. La description ne dépasse pas le stade du cliché et l’ambiguïté des personnages sonne terriblement faux. Des protagonistes bancals, pour un roman qui l’est tout autant.

Enfin, le style de Max Gallo n’est pas non plus d’une limpidité romanesque. On sent en lui l’historien qui doit expliquer et faire preuve de pédagogie. Sauf que lorsqu’on l’utilise pour un sujet autant dénué d’intérêt, le résultat est catastrophique, abrutissant de lourdeur. Heureusement, la brièveté des chapitres et des paragraphes fait que les pages s’égrainent rapidement, faisant de Un Crime Très Ordinaire un roman bien plus court qu’il pouvait en avoir l’air à première vue.

Et c’est tant mieux, car il s’agit tout simplement d’un très mauvais roman. Heureusement, la carrière de Max Gallo est assez riche pour qu’on puisse aisément l’oublier.

 

L’ASSASSIN ROYAL, TOME 1 : L’APPRENTI ASSASSIN (Robin Hobb) : Introduction plein de promesses

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lapprentiassassinLe premier tome d’une série de treize ne peut évidemment pas être considéré comme on le ferait d’une œuvre indépendante. On ne peut pas avoir les mêmes attentes, ni les mêmes critères de jugement. Un tel roman constitue forcément avant tout une introduction, d’une présentation des personnages, du contexte et du monde imaginaire dans lequel se déroule l’histoire qui nous intéresse ici. Il s’agit de L’Apprenti Assassin, premier volet de la saga signée Robin Hobb, l’Assassin Royal.

Fitz est le fils illégitime de Chevalerie, l’héritier du trône. Ne pouvant subvenir à ses besoins, son père adoptif le renvoie auprès de son père biologique. Ce dernier ne semble lui porter aucune attention particulière et en fait un garçon d’écurie. Mais quand le prince vient à décéder, le jeune garçon commence à être le centre de beaucoup d’attentions de la part des membres de la cour. Et pas forcément des plus bienveillantes, surtout qu’il ressemble de plus en plus à son géniteur et ne peut donc plus dissimuler sa parenté avec lui. Cependant, le roi, son grand-père, décide finalement de confier son éducation à Umbre dans le but de faire de lui un serviteur mortel du royaume.

L’Assassin Royal est une des seules sagas de fantasy à avoir été écrite par une femme. En effet, Robin Hobb est une des rares à avoir réussi à marcher dans les trace de la pionnière, Marion Zimmer Bradley. Cela peut paraître relativement anecdotique, mais ce n’est peut-être pas tout à fait, sans conséquences. En effet, les personnages possèdent une réelle épaisseur et évitent largement les très nombreux clichés qui règnent en maître sur ce genre littéraire. On fait face ici à une fantasy très « humaine », qui s’intéresse avant tout aux protagonistes, plus qu’aux décors ou à la magie.

Ce premier volet, l’Apprenti Assassin constitue donc une longue introduction. Il s’agit avant tout de nous faire découvrir Fitz, son histoire, son parcours, sa formation. On est là vraiment dans la genèse d’un personnage. Il faudra vraiment attendre la toute fin de ce roman pour voir apparaître une réelle intrigue avec son début, sa fin et ses rebondissements. On sent bien que Robin Hobb pose les bases de quelques choses de beaucoup plus large, cherchant à attiser la curiosité du lecteur, pas encore à la satisfaire.

Le moins que l’on puisse dire, c’est qu’elle y parvient parfaitement. On ressort un peu frustré de la lecture de l’Apprenti Assassin, mais un frustration des plus positives. On meurt d’envie de lire la suite et au plus vite ! Ce n’est peut-être qu’une mise en bouche, mais elle nous fait vraiment saliver et on parcourt ce livre avec grand plaisir. On en ressort profondément attaché aux personnages et plus largement à cet univers, dont on sent bien que ce premier volet ne dévoile qu’une infime partie.

Encore une fois, l’Apprenti Assassin constitue vraiment ce qui se fait de mieux en matière de fantasy. Les personnages et les situations sont ambiguës, échappent aux lieux communs et donc nous surprennent à bien des titres. Robin Hobb ne cherche pas à faire de la surenchère dans l’imagination, mais pose des jalons extrêmement solides pour la suite de la saga. Le résultat est d’une remarquable cohérence et d’une très appréciable profondeur.

L’auteur utilise pleinement la liberté que lui offre la création d’un monde totalement fictif, mais n’en abuse pas. Il s’agit vraiment d’une fantasy vivante, où les dialogues et l’action prennent nettement le pas sur les descriptions. Comme je l’ai déjà évoqué, on est plus dans la présentation que dans l’intrigue, mais cela se fait par l’intermédiaire de péripéties. Ajouter à cela une plume solide et efficace et vous obtenez avec l’Apprenti Assassin un premier volet qui permet déjà de pleinement comprendre le succès mondial de cette saga.

L’Apprenti Assassin n’est peut-être pas le roman le plus passionnant en soi. Mais il constitue la remarquable porte d’entrée d’une œuvre pleine de promesses.

LA MORT DANS UNE VOITURE SOLITAIRE (Hugues Pagan) : Pas vraiment mortel

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lamortdansunevoituresolitaireLe flic, c’est bien connu, est particulièrement sujet à la dépression. Enfin dans les polars, même si, vu la difficulté du métier, on peut facilement imaginer que cela soit également le cas dans la vraie vie vraie. Cela procure une source inépuisable de personnages torturés, plongés dans une logique d’auto-destruction. La Mort dans une Voiture Solitaire, d’Hugues Pagan, publié en 1982, se situe dans cette droite lignée.

L’inspecteur principal Schneider est amené à enquêter sur la mort de Mayer, un malfrat local. Cela tombe bien car il a bien des choses à oublier, bien des pages à tourner. Mais se plonger dans son travail n’est-il pas le meilleur moyen de s’y noyer ?

Hugues Pagan sait de quoi il parle puisqu’il est lui-même un ancien policier. La Mort dans une Voiture Solitaire fut son premier roman. Il en a depuis signé bien d’autres et a également beaucoup travaillé pour la télévision. Il est notamment l’auteur de la série Mafiosa que l’on a pu voir sur Canal+. On sent d’ailleurs dans La Mort Dans une Voiture Solitaire qu’il est encore très attaché à son ancienne profession car il laisse une large part à la description du fonctionnement de la police. Son parcours rappelle un peu celui d’Olivier Marshall, l’un derrière la plume, l’autre derrière une caméra.

Globalement, la Mort dans une Voiture Solitaire s’assimile plus à un livre sur les policiers qu’à une enquête pure et dure. Cette dernière est un fil rouge, avec un certain suspense, mais ne constitue pas forcément la principale source d’intérêt. C’est son impact sur le moral et les états d’âme de l’inspecteur Schneider qui forment le cœur de cet ouvrage. On est là dans la pure tradition du roman noir. On aurait envie de dire « à l’américaine », mais notre pays est également un producteur important de ce genre littéraire. Mais avoir une intrigue policière, au sens classique du terme, un peu plus développée n’aurait rien gâté.

Malheureusement, la Mort dans une Voiture Solitaire fonctionne moyennement. C’est riche et particulièrement touffu, mais ça ne passionne pas forcément. L’attachement aux personnages reste quand même assez minime, y compris au personnage principal, ce qui est quand même un tantinet embêtant. On reste largement en dehors de cette histoire trop dense pour qu’on puisse s’y glisser sans effort. Globalement, ce roman ne se démarque pas vraiment de la tradition dans laquelle il s’inscrit, ce qui peut être vu comme une force, mais qui constitue pour moi avant tout pour moi ici une faiblesse.

De plus, la Mort dans une Voiture Solitaire n’est pas franchement bien écrit. Ce n’est pas toujours très clair, alors que les personnages sont nombreux. On s’y perd et on progresse dans le roman avec effort, pour ne pas dire peine. Cela aurait pu coller avec l’ambiance générale du roman, mais cela contribue avant tout à laisser le lecteur en dehors de l’histoire. Cela nuit parfois même à la compréhension, ce qui est encore plus gênant. En ce sens, on pourrait comparer Hugues Pagan à John Le Carré, mais sa plume est quand même très loin (c’est un euphémisme) de valoir celle de l’auteur de l’Espion qui Venait du Froid. Bref, la lecture de ce roman ne s’apparente pas du tout à un moment de détente légère.

La Mort dans une Voiture Solitaire m’a donc moyennement convaincu, pour ne pas dire que sa lecture fut un peu pénible.

LE PAYS DE LA LIBERTE (Ken Follet) : Ken Follet, égal à lui-même

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lepaysdelaliberteL’avantage avec un auteur comme Ken Follet, c’est que quand on ne sait pas trop quoi lire, on peut toujours attaquer un de ces nombreux romans, on a peu de chance d’être déçu. Bien sûr, il n’a pas non plus écrit que des chefs d’œuvre comme les Piliers de la Terre. Mais je n’ai pas le souvenir d’en avoir détesté un seul, alors que c’est peut-être, derrière Agatha Christie, sans doute l’auteur dont j’ai lu le plus de livre. Confirmation en tout cas avec le Pays de la Liberté, un roman historique qui se lit avec un grand plaisir.

Né en Ecosse au XVIIIème siècle, Mack a l’esprit rebelle. Mais Mack appartient à Lord Jamisson, le propriétaire de la mine où il travaille depuis qu’il est enfant. Un jour, il brave l’autorité de son maître, appuyé par une lettre d’un avocat londonien qui prétend que cet esclavage est illégal. Il attire l’attention de Lizzie, la future belle fille du propriétaire qui a elle aussi des idées qui bousculent les conventions immuables.

Le Pays de la Liberté est un roman d’aventures très classiques, qui vous entraîne de l’Ecosse à Londres, puis en Amérique (comme le titre le laisse penser). Des aventures, de la romance (avec les descriptions érotiques qui font un peu sourire, mais qui sont présentes dans tous les roman de Ken Follet), de l’exotisme, ingrédients éternels de ce genre de récit. Tout cela n’a rien de révolutionnaire, mais reste particulièrement divertissant. Surtout que l’auteur est particulièrement à l’aise dans cet exercice. Pas de la grande littérature, mais de quoi passer un bon moment de lecture qui ne prend pas trop la tête.

Le Pays de la Liberté séduit par ses personnages, peut-être un peu caricaturaux et manichéens, mais assez bien campés pour qu’on se laisse séduire. Leur caractère très marqué, avec des bons très bons et des méchants parfois très méchants, rend leurs faits et gestes, et du même coup le déroulement de l’histoire, quelque peu prévisibles. Qu’importe, on y croit combien même tout ça reste nettement improbable. De toute façon, ce genre de récit ne tire jamais rarement son intérêt de son réalisme, mais de sa dimension épique très réussie pour le coup.

Le Pays de la Liberté présente tout de même un intérêt historique. Si les personnages sont anachroniques, le décor dans lequel ils évoluent nous permet de découvrir certains aspects méconnus de la société britannique du XVIIIème siècle. Rien que l’esclavage des mineurs dans une nation qui se veut souvent la championne intemporelle des droits humains, attisera la curiosité d’amateurs de reconstitutions historiques. La description de la vie des dockers londoniens de l’époque est elle aussi assez passionnante. On n’est cependant pas du tout face à un roman documentaire, mais on apprend tout de même un certain nombre de choses.

La plume de Ken Follet est à l’image de son récit. Légère et agréable, à défaut d’être transcendante. Le Pays de la Liberté se lit très facilement, ne se perd jamais dans des descriptions lourdingues, quand bien même l’auteur cherche à nous faire découvrir la réalité d’une époque. Encore une fois, on est vraiment face à du divertissement littéraire, mais du bon divertissement.

Le Pays de la Liberté est donc une œuvre de Ken Follet par rapport aux Piliers de la Terre notamment, mais qui confirme son statut d’auteur qui ne déçoit que très rarement.

JANUA VERA (Jean-Philippe Jaworski) : Fantasy mature

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januaveraPendant longtemps l’heroic fantasy a été largement dominée par les Anglo-saxons. Il faut dire que le genre est né en Angleterre sous la plume de J.R.R Tolkien. Depuis, ce domaine littéraire s’est largement diversifié et donc internationalisé. La preuve avec un petit gars (enfin né en 1969 quand même) bien de chez nous, Jean-Philippe Jaworski et son recueil de nouvelles Janua Vera. Il s’agit de sa première œuvre, publiée en 2007, même si je me base ici sur une édition augmentée, sortie en 2010.

Le Vieux Royaume à travers les époque et à travers les destins de plusieurs personnages : un souverain-dieu qui rêve de sa propre chute, un assassin victime d’une machination, un chevalier prêt à défendre l’honneur d’une dame, un guerrier qui lutte contre la mort au milieu d’étranges visions…

Janua Vera est composé de 8 récits d’une cinquantaine de pages chacun. J’imagine que la première édition en comptait moins, mais je ne saurais dire combien. On y retrouve quelques nom de lieux en commun pour donner une unité, mais sinon chaque nouvelle peut se lire totalement indépendamment des autres. Elles se situent tous au Vieux Royaume, l’univers récurent imaginé par Jean-Philippe Jaworski, mais qui sert ici de simple décor. Chaque récit se concentre essentiellement sur les péripéties vécues par un personnage et les descriptions sont vraiment peu nombreuses.

En fait, Janua Vera est plus proche du roman historique que de la fantasy à proprement parler. En effet, il se situe dans un univers moyenâgeux où la magie et les créatures fantastiques sont assez peu présentes. La plupart des nouvelles auraient pu se dérouler dans notre monde, cela n’aurait le plus souvent strictement rien changé au récit. Cette œuvre peut donc réunir un public beaucoup plus large que les fans d’elfes et de dragons. D’ailleurs ces derniers seront même sûrement carrément frustrés.

Mais Janua Vera se distingue surtout par une réelle qualité d’écriture. Comme en plus, l’auteur est français, on n’a aucune perte due à la traduction. Jean-Philippe Jaworski a un parcours un peu particulier puisqu’avant de devenir écrivain, il s’est fait connaître en réalisant deux jeux de rôle en tant qu’amateur. Ce recueil a donc été une suite logique de son imagination débordante. Elle a connu un succès immédiat, récompensée par plusieurs prix. En parcourant les pages, on n’a jamais la sensation de lire un auteur débutant, bien au contraire. Il y a une grande maturité et une réelle maîtrise dans le style, qualités vraiment rares dans cet univers littéraire souvent beaucoup plus direct et immature.

Bien qu’il soit un recueil de nouvelles, Janua Vera est vraiment d’une qualité homogène. Les histoires sont très différentes les unes des autres, mais se lisent tous avec le même plaisir. Cette forme pourra ravir les lecteurs intermittent puisque, encore une fois, chaque récit est vraiment indépendant de ceux qui l’ont précédé. Personnellement, j’ai lu une nouvelle par soir et c’était très agréable de pouvoir à chaque jour de lecture avoir un début, un milieu et une fois, surtout que je n’ai jamais été déçu.

Janua Vera et plus largement l’univers de Jean-Philippe Jaworski constituent donc de très belles surprises. Personnellement, j’ai hâte de revenir au Vieux Royaume. Cela tombe bien puisqu’en même temps que ce recueil, on m’a offert Gagner la Guerre, son deuxième livre, un roman se situant dans le même univers. Rendez-vous donc bientôt pour une nouvelle critique !

WONDERLAND AVENUE (Michael Connelly) : Enchanté Monsieur Connelly !

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wonderlandavenueParmi les grands auteurs de polar, je n’avais encore jamais eu l’occasion de lire un roman de Michael Connelly. Au printemps dernier, j’avais beaucoup apprécié l’adaptation cinématographique d’une de ses œuvres, la Défense Lincoln. Mais c’est Wonderland Avenue qui fut l’objet de ma lecture, un roman qui met en scène son personnage fétiche, l’inspecteur Harry Bosch.

La découverte accidentelle d’un cadavre d’enfant va donner du travail à l’inspecteur du LAPD, Harry Bosch. L’affaire s’annonce d’autant plus délicate que la mort remonte à plus de vingt ans. Mais les meurtres de mineurs sont ceux qui obsèdent le plus les policiers. Il est donc décidé de résoudre ce crime coûte que coûte.

Wonderland Avenue est le 9ème roman de la série des enquêtes de Harry Bosch, qui en compte désormais 17. Un personnage qui accompagne Michael Connelly depuis son premier roman et qui est présent dans la plupart de ses œuvres. Cependant, même si le personnage doit bien évoluer d’un roman à l’autre, on ne ressent ici absolument pas l’effet série, les références à d’autres épisodes étant totalement absentes et l’intrigue se concentrant largement sur l’enquête en elle-même.

Wonderland Avenue est un roman policier solide. Une intrigue prenante, cohérente et riche en rebondissement assurera à tous les amateurs du genre de passer un bon moment. C’est assez classique, mais sans réel défaut. Il est vrai que dans un domaine littéraire aussi pléthorique, on s’attend à un peu plus d’originalité et de surprises pour vraiment crier au génie. Mais si le niveau général de la série est celui-là, on comprend mieux son succès.

Le personnage de Harry Bosch est relativement neutre puisque Wonderland Avenue ne cherche pas vraiment à nous le faire connaître. C’était sûrement le rôle d’épisodes précédents. Même lorsque l’intrigue propose des évènements le touchant directement, on passe au final assez vite et quelques chapitres plus loin, on est complètement passé à autre chose. Ceux qui aime les histoires qui vont droit au but seront servis. Personnellement, je suis plus nuancé car cela empêche tout de même un réel attachement au personnage principal.

L’intrigue est classique dans son mécanisme. Il y a certes une phase d’identification de la victime, puisqu’on ne retrouve qu’un squelette, mais après on retrouve le balai habituel des suspects successifs, avant un rebondissement final qui remet tout en question. Les rouages sont connus, mais Michael Connelly y met assez d’huile pour que cela tourne tout seul. Wonderland Avenue est assez long, mais se lit rapidement, surtout que le texte est découpé en courts chapitres. Un petit pavé mais avec pas mal de pages blanches.

Le style de Michael Connelly est à l’image de Wonderland Avenue, solide et efficace. Peu de descriptions, mais beaucoup de dialogues, c’est assez léger, à défaut d’être génial. On sent tout de même que ce n’est pas non plus du polar de seconde zone écrit à la chaîne. Sans être de la grande littérature, c’est un minimum travaillé, mais sans personnalité débordante.

Après Wonderland Avenue, j’aurais grand plaisir à découvrir d’autres romans de Michael Connelly. Cela tombe bien, j’en un autre qui attend patiemment dans ma bibliothèque…

UNE VIE COMME NEUVE (George Simenon) : Les traits du génie, mais sans enthousiasme

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uneviecommeneuvePoursuite de ma traversée de l’œuvre de George Simenon avec Une Vie Comme Neuve. Une nouvelle plongée dans les méandres de l’âme humaine, écrite en 1951. Un livre sur la médiocrité de la vie, mais un livre loin d’être médiocre… même s’il a bien du mal à passionner.

Monsieur Dudon mène une petite vie étriquée. Vieux garçon, il se rend régulièrement au bordel, chez Madame Germaine, où il dépense les petites sommes qu’il détourne de l’entreprise dont il est le comptable. Il n’assume pas et reste persuadé qu’il finira par être puni pour ça. Il pense que le jour du châtiment est arrivé le jour où il est renversé par une voiture. Mais le responsable de son accident, un notable qui veut l’empêcher de révéler qu’il était alors avec sa maîtresse, va lui offrir sans le savoir une nouvelle vie.

Une Vie Nouvelle pourrait faire croire qu’il s’agit vraiment d’un récit sur la possibilité d’oublier son passé et de mener enfin l’existence dont on rêve. On peut le penser pendant un bon moment, mais ceux qui connaissent un peu l’œuvre de l’auteur belge se doutent bien que tout ne se termine pas par un happy-end. On est une nouvelle fois confronté à des hommes du quotidien, au destin ordinaire, mais qui cachent souvent des choses beaucoup plus inavouables. On est donc là devant du pur Simenon, le précurseur de Desperate Housewives… (Bon j’ironise un tantinet pour le coup).

Cependant, Une Vie comme Neuve est portée par une trame narrative beaucoup plus légère que d’habitude… Oui enfin, ce n’est que le troisième Simenon que je lis, mais je vais faire comme si j’en étais déjà un grand spécialiste. Pour ainsi dire, il ne se passe pas grand chose, en dehors des états d’âme des protagonistes. Du coup, par moment, je dois bien avouer, on s’ennuie un peu. Enfin, le roman, comme le plus souvent, est très court, donc on arrive quand même à le lire relativement rapidement.

C’est dommage que le propos ne soit pas soutenu par une intrigue plus consistante, car il est vraiment intéressant. Simenon ne nous décrit pas la réalité comme on aimerait qu’elle soit, mais comme elle est. Trop souvent notre propre médiocrité vient à bout de nos résolutions les plus fermes et les vieux travers ressurgissent. C’est exactement le cas de Une Vie comme Neuve qui nous décrit ce processus avec sa montée et sa descente parfois lente, parfois vertigineuse.

Une Vie comme Neuve est écrite sous la plume de Simenon, c’est à dire une très grande plume. Ce qu’il y a bien avec un tel auteur, c’est que même quand on est moins enthousiaste, on arrive à ne pas être totalement déçu, puisqu’on a au moins le plaisir de parcourir des mots si bien agencés. Et puis un auteur qui a publié 176 romans, rien que ça, tout ne peut pas toujours être fantastiquement génial.

Une Vie comme Neuve est donc un livre de George Simenon qui est loin de m’avoir enthousiasmé. On reconnaît les traits du génie, mais le tout manque de souffle ! Mais bon, du coup, j’ai très envie d’en lire rapidement un autre !

L’ENTRE DEUX-GUERRES, TOME 2 : LE BOUCANIER DU ROI (Raymond E. Feist) : L’aventure continue

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leboucanierduroiNouvelle ballade à Midkemia, avec L’Entre-deux Guerres, tome 2 : le Boucanier du Roi. Un nouveau récit d’aventures indépendant, mais qui nous permet de retrouver les personnages que l’on apprécie et cet univers qui devient de plus en plus familier. Même si pour le coup, le roman va nous emmener vers des rivages encore inconnus.

7 ans ont passé depuis les évènements de Prince de Sang. Le plus jeune fils du Prince Arutha, Nicholas est désormais un jeune homme. Mais il reste quelque peu timide et réservé, bien que son écuyer, Harry, l’entraîne sur quelques mauvais coups. La faute à un léger handicap, un pied déformé, qu’il a appris à compenser mais qui fait qu’on a toujours cherché à le ménager. Son père décide alors de l’envoyer passer quelques temps à Crydee, loin de la cour princière. Mais ce voyage va l’entraîner beaucoup plus loin que prévu lorsque la cité est attaqué par une force aux motivations mystérieuses.

A première vue, ceux qui ont lu l’ensemble des romans qui ont précédé cet l’Entre-deux Guerres, tome 2 : le Boucanier du Roi pourront se dire que celui-ci est un retour aux sources puisqu’il nous ramène à Crydee, le royaume où tout a démarré dans Pug, l’Apprenti. Il n’en est rien puisque nos héros n’y resteront pas longtemps et embarqueront rapidement pour une destination encore inconnue. Cela prouve la volonté de Raymond E. Feist de se renouveler dans ces deux récits qui marquent une transition entre deux époques beaucoup plus dramatiques.

L’Entre-deux Guerres, tome 2 : le Boucanier du Roi nous propose une autre nouveauté, en la personne de Nicholas qui n’était précédemment qu’un enfant dont l’existence n’était que signalée. Cela permet de nous proposer des thèmes nouveaux quant à la psychologie des personnages, même si l’attirance de Raymond E. Feist pour le « roman d’apprentissage » demeure évidente. Mais que ceux ayant peur de l’inconnu se rassure, le récit laisse également une large place à Amos Trask, l’ancien pirate, devenu capitaine de la flotte royale qui a déjà joué un rôle très important dans les premières Chroniques de Krondor.

Comme pour le tome précédent de l’Entre-deux Guerres, le Boucanier du Roi est de l’heroic fantasy que l’on pourrait qualifier de soft. En effet, si la magie est présente, elle joue quand même un rôle très mineur. On est plus dans des éléments de fantastiques qui viennent enrichir un récit d’aventures très classique, un peu comme un Indiana Jones (même si la comparaison est un peu osée, je l’admets). Les allergiques aux dragons et aux elfes pourront donc se laisser tout de même tenter, bien qu’il risque quand même d’en croiser un ou deux aux détours du récit.

L’Entre-deux Guerres, tome 2 : le Boucanier du Roi reste globalement très agréable à suivre. Riche en rebondissements, il n’est peut-être pas le plus passionnant de la saga, mais reste tout de même d’un très bon niveau. Les nouveautés apportées, la richesse des péripéties procurent beaucoup de plaisir au lecteur qui ne s’ennuie pas une seule seconde. La manière dont Raymond E. Feist arrive à cacher le plus longtemps possible les réels intentions des ennemis créent une tension permanente dans le roman.

Le style de Raymon E. Feist reste toujours plaisant. On pourra cependant reprocher à l’Entre-deux Guerres, tome 2 : le Boucanier du Roi certains passages un peu confus. En effet, en nous emmenant dans des royaumes totalement nouveaux, le lecteur a besoin de retrouver ses repaires pour bien comprendre qui sont les forces en présence. Il est vrai que le récit ne prend pas toujours le temps au lecteur de s’en imprégner et ce dernier a parfois du mal à se rappeler qui est qui. Cependant, cela ne lui que très peu au plaisir de la lecture.

L’Entre-deux Guerres, tome 2 : le Boucanier du Roi se situe donc la lignée de cette grande saga d’heroïc fantasy, particulièrement plaisante à suivre.

AU SERVICE SECRET DE SA MAJESTE (Ian Fleming) : James Bond fait du ski

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auservicesecretdesamajesteSuite des aventures de James Bond en roman, puisque je le rappelle, c’est sur papier que le personnage est né, avec Au Service Secret de sa Majesté. Le film qui en est tiré est connu pour être… un des plus mauvais de la série. Au du moins, un de ceux qui la le moins séduit le public. La faute au choix de l’acteur australien George Lazenby pour interpréter le plus fameux espion anglais, expérience qui ne sera pas renouvelée. En attendant le roman est au contraire un des plus réussis et des plus consistants.

James Bond est au bord de la dépression, sa lettre de démission déjà écrite. Depuis l’Opération Tonnerre, il est chargé de retrouver Ernst Blofeld, le chef du SPECTRE, qui semble s’être volatilisé. Mais c’est un travail de policier, pas d’espion. Mais son amour des jeunes femmes va finir par le mettre sur la voie, le jour où il croise Tracy, fille du chef de la mafia corse. Ce dernier voit d’un bon œil la joie retrouvée de sa progéniture et accepter d’aider Bond dans sa quête.

On l’avait déjà remarqué avec Opération Tonnerre, mais l’adaptation cinématographique de son personnage a aidé Ian Fleming à améliorer sa propre œuvre. Si les premiers volumes tenaient de la littérature de gare parfois un peu naïve, peu à peu, les intrigues se complexifient et s’étoffent. D’ailleurs, le scénario qui sera tiré de Au Service Secret de Sa Majesté sera très proche du roman. Ce n’est toujours pas de la grande littérature, mais cela se laisse lire avec plaisir. Un plaisir renforcé par l’aura du personnage. De plus, Ian Fleming reprend aussi à son compte l’humour des films, avec notamment, un clin d’œil à Ursula Andress, dont le maillot de bain dans le film James Bond contre le Docteur No (sorti avant la parution de ce roman) reste un passage mythique.

Au Service Secret de sa Majesté est donc un bon roman d’espionnage, avec un petit côté désuet, mais qui lui donne un supplément de charme. Publié en 1963, on retrouve une vision géopolitique de l’époque, avec les méchants d’un côté et les gentils de l’autre… Bon sachant qu’il y en a encore maintenant qui ne semblent pas avoir quitter cette époque. Ce manichéisme appauvrit peut-être un peu le roman, mais il est en partie compensé par le côté « mauvais garçon » du James Bond littéraire, même si cet aspect s’est un peu édulcoré au fil des romans pour se rapprocher de sa version cinématographique.

Au Service Secret de sa Majesté n’est pas le roman de la série où il y a le plus d’action. On se situe plus dans un suspense lié à la nature même des plans du vilain méchant, qui ne seront dévoilés que dans les dernières pages. James Bond cherche donc à percer un mystère et c’est vrai, comme le dit le personnage, on est parfois plus proche d’un travail de policier sous couverture que d’un véritable agent secret. Mais bon, pour l’aider, il garde évidemment son charme auquel aucune femme n’est jamais capable de résister. A la fois, pourquoi résister ?

Ian Fleming n’est toujours pas l’auteur à la plume la plus flamboyante qui soit. Ce n’était pas le cas dans les précédents épisodes, ça ne l’est toujours pas. A la fois, ce n’est guère étonnant… Si les intrigues ont pris de l’ampleur, il est vrai que l’écriture reste celle d’une littérature populaire si on veut être gentil, de gare si on veut être plus méchant (bien que j’ai déjà longuement expliqué au cours de mes critiques que ce terme ne devrait pas avoir des connotations négatives).

Au Service Secret de sa Majesté est donc un des meilleurs romans de la série littéraire. Tout l’opposé de son adaptation au final…