KRONDOR : L’ENTRE-DEUX-GUERRES, TOME 1 : PRINCE DE SANG (Raymond E. Feist) : 20 ans plus tard, retour réussi

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princedesangQuand un univers devient familier, vous avez souvent plaisir à le retrouver. C’est le principe même de la série. Après évidemment, le plus difficile reste de savoir se renouveler. Après quatre premiers tomes vraiment convaincants, nous voilà de retour dans le monde de Midkemia avec Krondor : L’Entre-Deux-guerres, tome 1 : Prince de Sang. Un retour très réussi pour un récit très agréable et remplis de nouveautés.

20 ans ont passé depuis la Guerre de la Faille. La paix règne au Royaume de Krondor, même si les tensions sont toujours présentes avec le puissant voisin keshian. Pour les apaiser et pour rendre les deux jeunes gens responsables et dignes de leur rang, le Prince Arutha envoie ses deux aînés, les jumeaux Borric et Erland, au jubilé de l’impératrice. Mais le voyage va vite se révéler semé d’embûches qui pourraient bien replonger les deux puissances dans un conflit sanglant.

Krondor : L’Entre-Deux-Guerres, tome 1 : Prince de Sang évite la routine par deux caractéristiques. Avoir laissé passer deux décennies a permis à Raymond E. Feist de nous proposer de nombreux nouveaux personnages. Certains déjà connus ont simplement vieilli, d’autres sont morts et surtout de nouveaux apparaissent, notamment les deux personnages principaux. On se situe donc dans un univers familier, mais qui a bien changé. Le lecteur est donc très curieux de voir comment les éléments mis en place lors des épisodes précédents ont évolué.

Krondor : L’Entre-Deux-Guerres, tome 1 : Prince de Sang nous emmène également dans des décors nouveaux. Lors des premiers épisodes, le royaume de Kesh-la-Grande est très souvent cité, mais comme un élément extérieur, ne jouant pas un rôle très important dans l’intrigue. Du coup, on ne sait pas grand chose à son sujet. Ce roman nous permet de découvrir ses paysages et sa culture. Raymond E. Feist n’a pas été puisé son inspiration bien loin puisque schématiquement Krondor est un monde médiéval occidental, tandis que Kesh nous plonge en Orient. Mais bon, le fait de se situer dans un univers imaginaire permet évidemment à l’auteur de donner tout de même libre court à sa créativité.

Cependant, Krondor : L’Entre-Deux-Guerres, tome 1 : Prince de Sang peut tout à fait se lire même sans avoir parcouru les épisodes précédents. Bien sûr, un certain nombre de références vous échappera alors, mais rien qui ne gêne vraiment la compréhension de l’intrigue. On peut aussi noter que l’Entre-Deux-Guerres compte un deuxième tome, Le Boucanier du Roi, mais chacun forme un récit indépendant. Ce livre peut donc servir de porte d’entrée au monde de Midkemia, même si évidemment il est toujours préférable de commencer par le début.

Krondor : l’Entre-Deux-Guerres, tome 1 : Prince de Sang est un roman double. En effet, très vite l’intrigue va se séparer en deux lignes narratives qui vont progresser en parallèle. L’un nous plonge dans un récit d’aventures très classiques au décor très oriental. On peut facilement le rapprocher d’autres œuvres qui se situent pourtant sur notre bonne vieille Terre. L’autre nous plonge au cœur des complots et des trahisons qui peuvent changer le cours du destin de ce monde. Là encore, c’est au final assez classique et pas forcément typique de l’heroic fantasy. D’ailleurs globalement, même si la magie est encore présente, on plus proche du roman faussement historique que d’un énième roman inspiré du Seigneur des Anneaux.

En tout cas, les deux aspects sont très réussis, très divertissants, rythmés et parfaitement menés. On dévore vraiment Krondor : l’Entre-Deux-Guerres, tome 1 : Prince de Sang. Cela est du notamment au style très agréable de Raymond E. Feist. Un style qui semble s’être affirmé depuis les premiers épisodes. On sent une grande maîtrise, tout en gardant une légèreté qui permet de parcourir un récit jamais alourdi par les descriptions inutiles. Il nous fait pourtant découvrir un univers inconnu, mais le fait de manière extrêmement vivante et agréable.

Krondor : l’Entre-Deux-Guerres, tome 1 : Prince de Sang pourra donc séduire bien au-delà des amateurs de d’heroic fantasy. En tout cas, tous ceux qui ont apprécié les premiers épisodes ne pourront qu’apprécier ce nouveau voyage.

LA MENTEUSE EST SANS PITIE (Loren D. Estleman) : Complexité de gare

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lamenteuseestsanspitieJe l’ai déjà évoqué dans ces critiques, mais j’ai un faible pour la littérature du gare. Attention, au sens noble du terme, c’est à dire des récits courts, souvent policiers ou d’espionnage, imprimés sur du papier de qualité médiocre et destinés à être lu pendant les voyages ferroviaires. On peut prendre ça pour de la sous-littérature, mais c’est aussi un univers riche et foisonnant. La crème de la crème du genre se retrouvait sûrement dans la collection Série Noire des éditions Gallimard. Vous y trouverez notamment La Menteuse est Sans Pitié, de Loren D. Estleman.

Amos Walker, détective privée, est embauchée par une star de cinéma. Sa mission : retrouver le parrain de la mafia avec lequel elle sortait avant qu’il ne disparaisse et avec lequel elle voudrait solder les comptes pour reprendre sa liberté. Mais il va vite s’avérer que ceci n’est qu’un test et qu’une toute autre mission l’attende. Et un tout autre employeur.

La Menteuse est Sans Pitié possède une caractéristique assez fréquence dans ce genre de littérature. Au final, on ne voit pas très bien pourquoi ce titre a été choisi. Peut-être que c’est juste une mauvaise traduction du titre orignal, « Sweet Women Lie ». Ce n’est pas très important mais c’est amusant de le noter. Bon, il est vrai qu’il ait beaucoup question de femmes et de mensonges dans ce roman.

La Menteuse est Sans Pitié est en fait beaucoup plus complexe que la plupart des romans de ce type. C’est à la fois sa plus grande originalité, mais aussi sa plus grande faiblesse. Car du coup, il se retrouver un peu les pages entre deux chaises. Le résultat est donc un peu bancal avec par exemple les personnages un rien caricaturaux et dont la psychologie est assez peu fouillée, mais qui se retrouvent à entretenir des relations à tiroir. Du coup, on ne sait pas trop si Loren D. Estleman a eu trop ou au contraire pas assez d’ambition.

La conséquence la plus fâcheuse de tout ça est que La Menteuse est Sans Pitié n’est pas hyper clair dans son dénouement. Il y a beaucoup de rebondissements, de double-jeu, de trahisons diverses et variées. Mais quand toute la vérité se fait, on n’est pas sûr d’avoir bien saisi les motivations de chacun. Bref, ce n’est pas hyper convaincant et amène une petite déception, puisque ce qui avait précédé avait plutôt piqué notre curiosité.

Cette légère confusion est donc due en partie à la complexité de l’intrigue, mais aussi au style de Loren D. Estleman qui n’aide pas toujours. Le style est moins épuré que la plupart des auteurs de cette catégorie. Les dialogues sont eux aussi plus complexes qu’à l’accoutumée, mais cela ne constitue pas qu’un bien. On lutte toujours un peu pour rester accroché à cette intrigue à tiroirs et du coup, on n’a pas vraiment le temps de rentrer complètement dedans et de se laisser porter. Souvent, un bon roman de gare se dévore, là il faut vraiment le lire.

Je terminerai sur un point vraiment positif. La Menteuse est Sans Pitié est raconté à la première personne, le narrateur étant le détective privé. Il ne se gêne pas pour faire des remarques sur ce qu’il pense des autres personnages et des situations. Il le fait toujours avec un certain détachement, mi-ironique, mi-désabusé. Cela apporte une pointe d’humour subtil et surtout un peu de personnalité à ce récit. Du coup, son personnage est le seul ayant vraiment de l’épaisseur et nous inspirant un minimum de sympathie.

La Menteuse est Sans Pitié pourra donc contenter les fans de la collection série noire et les amateurs de littérature de gare. Mais, on doit bien admettre qu’on a fait beaucoup mieux dans le genre.

CASSIE (John Saul) : N’est pas Stephen King qui veut

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cassieLe bookcrossing consiste à laisser un livre dans un lieu public pour qu’il soit ramassé puis évidemment lu par une autre personne, qui devra poursuivre la chaîne. J’ai récupéré Cassie de John Saul de cette manière. Bon, plus précisément, c’est mon ex-copine qui l’a sauvé du tri sélectif, mais il y avait un petit mot à l’intérieur « Lisez et passé à quelqu’un d’autre » (je retranscris aussi la faute d’orthographe). Après avoir écrit cette critique, c’est ce que je ferai. Peut-être dès demain dans le RER.

Cassie quitte Los Angeles pour une petite ville, après le décès de sa mère pour aller vivre avec son père et sa nouvelle femme. Elle a du mal à se faire accepter par les autres adolescents de son lycée. Cela ne s’arrange pas quand elle se lie d’amitié avec Miranda, une vieille ermite considérée au mieux comme folle, ou parfois même comme une sorcière. Encore moins quand une série d’évènements sanglants va se produire, visiblement liée à la jeune fille.

Je ne sais pas si le traducteur a voulu faire un lien avec le Carrie de Stephen King en traduisant « The Unwanted » de cette manière, mais c’est vrai qu’on se dit parfois qu’il y a quelques vagues similitudes entre les deux histoires. Mais si John Saul, si j’en crois Wikipedia, a toujours connu un certain succès outre-Atlantique, il a bien du mal à soutenir la comparaison avec le maître incontesté de l’horreur. Car disons le tout net, Cassie est un livre qui se laisse lire, mais sans surprise et sans grande imagination.

Cassie est avant tout sauvé par son style. En effet, la plume de John Saul est très agréable à suivre. Ce n’est pas de la grand littérature, mais elle est fluide et d’une très grande clarté. Elle ne cherche pas à impressionner inutilement et reste totalement au service de l’intrigue. Le roman n’est pas excessivement long et se parcourt donc avec rapidité et facilité. Certains, trouveront peut-être cette écriture un peu lisse, mais elle a au moins le mérite d’être d’une efficacité pragmatique.

On parcourt Cassie en ayant toujours l’impression de parcourir du déjà-lu. Les personnages, le contexte, le déroulé des évènements, tout cela n’a vraiment rien d’original. Il n’y a rien non plus de subversif, de dérangeant ou de réellement malsain. Du coup, on glisse vraiment sur le récit plutôt que l’on y pénètre réellement. Le dénouement est lui aussi également sans surprise, le rebondissement final étant visible de très loin. Bref, on a vraiment l’impression que John Saul ne s’est pas non plus foulé des masses !

L’adolescente mal dans sa peau et qui a du mal à se faire accepter, la famille recomposée pleine de bonne volonté, l’alcoolique qui bat femme et fils, autant de personnages que l’on retrouve souvent dans ce genre de littérature, Stephen King en tête. L’héroïne arrive bien à créer un minimum de sympathie à son égard. Mais jamais le lecteur n’arrive à ressentir une empathie totale, empêchant ainsi le récit de dégager une véritable tension. Même quand il est question de vie ou de mort, on n’a pas de pincement au cœur et on n’a pas vraiment la sensation qu’il y a un véritable enjeu.

Cassie est sorti en 1987. Il apparaît désormais relativement dépassé. Certes, les histoires de sorcellerie et de magie existent depuis toujours. Mais le roman de John Saul ne pourra séduire réellement qu’un public assez jeune, qui peut encore s’accommoder de son caractère assez soft. Mais à l’heure de Twillight, la littérature jeunesse offre une multitude d’œuvres de bien meilleure qualité. Je ne veux pas dire forcément que ce roman soit vraiment mauvais dans l’absolu, mais on est quand même tenté de le qualifier de médiocre au vu de la concurrence.

Je ne sais donc pas si je fais vraiment un cadeau à celui qui ramassera ce livre. Je n’ai pas passé un mauvais moment. Mais un moment que j’oublierai très vite.

LE FLEAU DE CHALION (Loïs McMaster Bujold) : Intrigues de cour, c’est un peu court

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lefleaudechalionDans le domaine de l’heroic fantasy, c’est toujours agréable de tomber sur un roman qui ne soit pas le premier tome d’une saga qui en compte 72. Bon, en tant que gros lecteur, ça ne me dérange pas tant que ça. Simplement, quand c’est bien mais sans plus, on reste toujours partagé entre l’envie de connaître la suite et l’envie de passer à autre chose. Le Fléau de Chalion, de Loïs McMaster Bujold, est un roman isolé (enfin presque, j’y reviendrai)… et moyen.

Cazaril a roulé sa bosse et ressemble à un vieillard fatigué alors qu’il n’a que 35 ans. Il revient à la cour où il a servi comme page étant plus jeune, celle de la provincara douairière. Il n’aspire qu’à une fonction modeste, mais il se retrouve très vite nommé secrétaire personnel et surtout précepteur de la jeuner royesse Iselle. Ce poste et les aléa de la politique vont le conduire à retourner à la cour royale de Cardegoss. Là où il ne voulait à tout prix pas retourner.

Bon, le Fléau de Chalion fait bien partie d’un cycle de trois romans. Cependant, ils n’ont de communs que quelques personnages pour les deux premiers et le même monde pour l’ensemble. Ils peuvent se lire totalement indépendamment. Autre particularité, l’auteur est une femme, ce qui est plutôt rare dans ce genre littéraire. Loïs McMaster Bujold s’est d’abord fait connaître par ses romans de science fiction. Le Fléau de Chalion constitue ses premiers pas dans le domaine de l’heroic fantasy. Il ne s’agit pas de n’importe qui puisqu’elle est la seule, avec Robert Heinlein, un des précurseurs de la science-fiction dans les années 50, a avoir remporté quatre fois le prix Hugo, le prix littéraire le plus prestigieux dans cet univers littéraire.

Le Fléau de Chalion souffre quand même d’un défaut important. Il ne s’y passe pas grand chose. On est plongé avant tous dans des intrigues de cour, des enjeux et des trahisons politiques, qui fait certes couler un peu de sang, mais rien de spectaculaire. Le récit ne décolle jamais vraiment et on a toujours l’impression que les évènements sont sur le point de se précipiter et prendre une toute autre ampleur… sauf qu’au final, cela n’arrive jamais. Du coup, on est quelque peu frustré. On ne s’est pas non plus ennuyé ferme, mais on ne termine pas ce livre en étant hyper enthousiaste.

Le Fléau de Chalion nous plonge dans un univers moyenâgeux imaginaire, avec une pointe de magie. On se situe plus dans l’ésotérisme que dans l’heroic fantasy classique, avec dragons, magiciens et tout le tralala. Cela donne une certaine personnalité à cet univers, mais on peut également trouver que Loïs McMaster Bujold a quelque peu bridé son imagination. Peut-être parce qu’elle était dans un univers qu’elle ne maîtrisait pas encore totalement. Cependant, si j’en crois ce que j’ai lu et le prix remportés, la suite de son œuvre a été d’un autre calibre.

On retiendra du Fléau de Chalion avant tout ses personnages qui échappent pour la plupart au manichéisme. Chacun d’eux portent sa part d’ambiguïté, ce qui vient considérablement enrichir le récit. Mais là encore, le cadre assez restreint de l’intrigue ne leur permet pas de prendre toute leur dimension. Il manque vraiment un vrai souffle épique et héroïque. Le fond est intéressant, mais ce qui est construit dessus reste trop limité.

Le style de Loïs McMaster Bujold est par contre très agréable. Le Fléau de Chalion est beaucoup mieux écrit que la moyenne des romans d’heroic fantasy, c’est incontestable. Sans cela, il est d’ailleurs probable que ce roman plongerait vraiment le lecteur dans un désintérêt profond. C’est évidemment en premier lieu une qualité, mais renforce aussi le caractère quelque peu frustrant de cette œuvre.

Le Fléau de Chalion est donc une œuvre quelque peu anecdotique pour une grande dame de l’imaginaire, même s’il a constitué un tournant dans sa carrière.

LES AMOURS DE LAURA QUICK (Isabell Wolff) : Chick, pas chic !

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lesamoursdelauraquickSur Facebook, je suis un membre actif du groupe « J’ai un humour de merde, mais j’assume ! ». Cependant, je pourrais créer ou faire partie d’un autre, au nom tout aussi prometteur : « Je suis un homme, j’aime la chick lit, mais j’assume ! ». Ceux qui ont l’habitude de lire mes critiques littéraires l’auront déjà remarqué. Je ne crache pas à l’occasion sur cette littérature légère, moderne, très orientée vers les histoires sentimentales et surtout censées viser un public a priori essentiellement féminin. Rassurez-vous, je n’en achète pas, je me contente de les piquer à ma mère. Mais bon, j’ai un côté féminin et j’assume… Tiens encore une idée de groupe Facebook. Enfin, en attendant, je vais vous parler de les Amours de Laura Quick, d’Isabel Wolff. Malheureusement, pas pour en dire que du bien…

Laura Quick a vécu la douleur terrible de voir son mari disparaître du jour au lendemain, sans explication. Elle sait qu’il est encore visant, mais ignore totalement où il est, ce qu’il fait et surtout pourquoi il est parti. Elle se noie dans le travail depuis et va voir ses efforts récompensés lorsqu’elle devient la présentatrice vedette d’un jeu télévisé encensé par le public et la critique. Mais les tabloïds vont vite s’emparer de son histoire.

Comme toute bonne chick lit, les Amours de Laura Quick se lit très facilement. Surtout quand on lu du Marcel Proust juste avant. Vive l’éclectisme ! C’est léger, tout ce qu’il y a de plus digeste et ne fait pas du tout surchauffer les méninges. On est vraiment face à une littérature de pure détente et dire que j’ai passé un mauvais moment en lisant ce livre serait mentir. Ca occupe, ça détend et ne demande pas une concentration extrême. Si vous lisez essentiellement pour vous endormir plus rapidement, ce livre n’est pas forcément à vous conseiller.

Cependant, il y a un mais… Et un gros mais, puisque la principal défaut de les Amours de Laura Quick est de proposer une histoire qui manque franchement d’intérêt. Déjà, le titre est presque trompeur puisque l’héroïne n’aura pas au final cinquante amours non plus. Enfin tout cela vient, pour changer, d’une très mauvaise traduction du titre original qui est A Question of Love, jeu de mots lié à la profession de l’héroïne. Bref, tout cela pour dire que le fil rouge narratif principal est assez fin, que les rebondissements ne sont pas très nombreux et surtout extrêmement prévisibles. Les intrigues ou thèmes secondaires sont relativement absents.

Tout cela contribue au fait que l’on ne s’attache qu’assez peu aux personnages, principaux ou secondaires. C’est pourtant une condition primordiale pour apprécier pleinement ce genre d’histoire. On ne demande pas forcément beaucoup de profondeur, mais au moins que l’on partage un minimum les sentiments des protagonistes. Dans les Amours de Laura Quick, on reste relativement indifférent. L’héroïne n’est pas vraiment antipathique, on compatit quelque peu quand elle est malmenée injustement par la presse à scandale. Mais ça ne va pas très loin et n’est certainement pas suffisant pour que l’on soit enthousiasmé par ce roman.

Le style de Isabell Wolff est léger et plutôt agréable. Ca coule tout seule, laisse une large part aux dialogues. Mais bon, encore une fois, cette qualité est loin d’être suffisante pour donner un réel intérêt à Les Amours de Laura Quick. Surtout que voilà un genre littéraire où la concurrence est rude, alors on peut être en droit d’être un minimum exigeant. N’est pas Sophie Kinsella qui veut, même si Isabell Wolff se défend également niveau notoriété et succès. Mais ce n’est pas forcément du à ce roman en particulier.

Les Amours de Laura Quick est donc plutôt décevant car l’intrigue est beaucoup trop légère et prévisible.

DU COTE DE CHEZ SWANN (Marcel Proust) : Oui mais là non !

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ducotedechezswannOn a tous de grands classiques que l’on est, en tant que personne fréquentable et cultivé, censé aimer, alors qu’en fait, on déteste cordialement. On trouve totalement incompréhensible que cette œuvre ait traversé les siècles et continue d’être adulée, étudiée, vénérée. Au cinéma, j’ai Cris et Chuchotements et les Parapluie de Cherbourg en bêtes noires. Pour la littérature, j’avais déjà la Princesse de Clèves. Je pourrais désormais y ajouter Du Côté de Chez Swann de Marcel Proust.

Du Côté de Chez Swann est le premier tome de A la Recherche du Temps Perdu, qui en compte sept. Ce premier volet se compose en trois parties. La première et la dernière s’inscrivent pleinement dans le récit de l’enfance et la jeunesse de Marcel Proust. Il nous emmène à Combray, petite ville de Normandie où l’auteur a grandi. La deuxième, intitulé Un Amour de Swann, est un long aparté, parfois édité sans les deux autres parties, qui peut se lire indépendamment du reste. Il nous rapporte des évènements qui se déroulent avant la naissance du narrateur, au moment de la rencontre de Charles Swann et de Odette, qui deviendra sa femme. Ce dernier est un personnage secondaire du reste du roman, mais qui a exercé une véritable fascination chez le jeune Marcel.

A la base, le sujet me faisait plutôt envie. Parce que des madeleines, j’en ai plein. Il suffit d’avoir visité une seule fois mon appartement pour se rendre compte que le thème des souvenirs et de la nostalgie de l’enfance ne m’est pas totalement étranger. J’avais donc attaquer Du Côté de Chez Swann avec beaucoup d’envie et j’aurais vraiment aimé tomber amoureux de cette œuvre. Mais dès les premières pages, j’ai compris que ça serait très difficile.

Déjà, le style. Le fameux style proustien, avec ses phrases interminables et qui nous rappelle à longueur de pages que le point-virgule n’est pas qu’un café-théâtre, mais aussi un signe de ponctuation que l’on a droit d’utiliser. Simplement, j’ai trouvé ça complètement illisible. Du coup, j’ai passé mon temps à parcourir les pages en m’apercevant que je ne comprenais absolument pas ce que j’étais en train de lire. Dès que mon esprit s’échappait vers d’autres pensées, je continuais de lire mécaniquement sans rien retenir. Parcourir ces lignes étaient un calvaire, je n’avais donc aucune envie de m’y arrêter, de m’en imprégner. J’ai mis un temps infini à achever la lecture de Du Côté de Chez Swann, malgré une folle envie d’en finir au plus vite.

De plus, avouons-le, il ne se passe pas non plus grand chose. C’est donc d’autant plus difficile de se plonger dans Du Côté de Chez Swann sans avoir envie de sortir de l’eau au plus vite. La première partie s’étire sans fil rouge, sans intrigue, juste une somme de souvenirs personnels accumulés. On est loin de l’intrigue d’un Marcel Pagnol qui déformait sûrement sa propre enfance pour la rendre plus passionnante. Là, on aimerait que Marcel Proust fasse de même.

Un Amour de Swann est un peu différent à ce niveau-là. Mais bon les évènements relatés restent au stade de l’anecdotique. Il y a bien une jolie réflexion sur la jalousie, mais delà à en faire un roman qui traverse les siècles, il y a un pas que je ne franchirai pas, vous l’aurez bien compris. Enfin au moins, il se passe quelque chose, c’est déjà bien.

Après, il est vrai que Du Côté de Chez Swann ne ressemble à rien de ce que j’ai pu lire par ailleurs. Il y a bien une personnalité particulièrement affirmée. Je n’ai vraiment pas aimé ce roman, mais alors pas du tout. Cependant, je ne le qualifierai sûrement pas de médiocre ou de sans intérêt. La haine n’est pas le contraire de l’amour, c’est l’indifférence. Et ce livre ne m’a pas rendu indifférent, c’est le moins que l’on puisse dire.

Je n’irai donc jamais refaire un tour Du Côté de Chez Swann. Je me contenterai de réécouter Dave.

LE SUCCESSEUR DE PIERRE (Jean-Michel Truong): Riche mais touffu

lesuccesseurdepierre

lesuccesseurdepierreReligion, textes sacrés, théorie du complot, Da Vinci Code a lancé la mode en 2003. Pourtant, Dan Brown n’a rien inventé et bien d’autres œuvres avaient exploré le même terrain bien avant lui, mais pas forcément avec le même succès. C’était notamment le cas de Le Successeur de Pierre, un roman français signé Jean-Michel Truong, publié en 1999. Un roman riche, qui mêle les éléments précités avec la science fiction. A défaut d’être totalement convaincant.

En 2032, après une grande épidémie, une large partie de l’humanité vit enfermé dans des cocons individuels. Les contacts avec les autres ne sont plus que via le réseau informatique et des avatars artificiels. Parmi eux, Calvin intercepte un jour un message dont il ne comprend pas immédiatement le sens, mais qui va avoir d’énormes répercussions. Des répercussions venues du fond des âges. Depuis la naissance du christianisme.

J’avoue que j’ai eu beaucoup de mal à rentrer dans Le Successeur de Pierre. Le récit commence par un prologue qui nous amène en l’an 30 puis en 628 et 1927. Ensuite, plongée dans le futur. Et là, pendant des centaines de pages, on n’aura aucune idée du rapport que tout cela peut avoir. C’est ici que réside le principal problème. A force de nous cacher le sens profond des évènements, on finit par s’en désintéresser quelque peu. De plus, comme on ne connaît l’importance réelle de ce qui nous ait raconté, on a parfois du mal à tout retenir et on est parfois un peu perdu dans le récit.

De plus, le style de Jean-Michel Truong n’aide pas. Le Successeur de Pierre est un livre touffu. De par sa richesse, je vais y revenir, mais l’écriture ne donne pas une grande clarté au récit. Cet univers où les personnages passent de manière incessante du réel au virtuel n’est pas décrit de manière limpide et on doute souvent de quel côté du miroir l’action se situe. Je ne dirais pas que ce roman est mal écrit, mais il n’est certainement pas léger.

Un autre élément qui m’a un peu gêné, c’est le fait que les personnages ne soient pas particulièrement attachants. C’est un jugement assez subjectif, mais qui vient aussi qu’une partie d’entre eux se cachent sous de fausses identités. Du coup, comment vouloir connaître des protagonistes dont on ne sait qu’ils ne sont pas ce qu’ils prétendent être ? Reste tout de même le personnage principal, mais il n’a pas vraiment l’étoffe pour donner à lui seul envie de se plonger dans ce récit assez ardu.

Passons tout de même au positif. La plus grande qualité de Le Successeur de Pierre est, comme je l’ai évoqué plus haut, sa richesse. On est là à la croisée des genres, entre ésotérisme et science-fiction, avec une petite pincée de polar. On ne pourra pas reproché à Jean-Michel Truong son manque d’imagination, ni à son récit d’être trop simpliste. Au contraire même, j’ai envie de dire. Je veux bien croire que si on arrive à vraiment rentrer dès le début totalement dans l’histoire, on peut trouver ça totalement passionnant. Par contre, quand on prend un peu de retard comme moi, c’est assez difficile de raccrocher les wagons.

Enfin, le Successeur de Pierre nous propose un dénouement qui donne, certes tardivement, une vraie cohérence au reste du récit. La théorie exposée est intéressante. Pas forcément hyper convaincante, mais qui tient debout, sort des sentiers battus et qui n’a pas déjà été exposé mille fois. Si j’en crois Wikipedia, Jean-Michel Truong a exploité cette idée dans d’autres de ces œuvres. Je n’en dirais rien, alors si vous voulez vous préserver le suspense, évitez de consulter sa page Wikipedia.

Le Successeur de Pierre est une œuvre incontestablement intéressante, mais pas très facile d’accès. Personnellement, je ne suis pas arrivé à y rentrer totalement. Tant pis pour moi, même si l’auteur ne facilite pas vraiment la tâche de son lecteur.

LES CHARMES DISCRETS DE LA VIE CONJUGALE (Douglas Kennedy) : Un charme un peu trop discret

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lescharmesdiscretsdelavieconjugaleJ’adore Douglas Kennedy. J’ai commencé par lire Cul-de-Sac, le livre qui l’a révélé et je dois admettre que c’est effectivement un petit chef d’œuvre. Depuis, ses romans sont toujours très bons et en font un des auteurs contemporains majeurs. Cependant, je n’ai jamais encore retrouvé cet enthousiasme originel. Et ce n’est pas les Charmes Discrets de la Vie Conjugale qui va me le permettre.

Hannah Buchan ne voulait pas d’une vie rangée. Elle voulait partir finir ses études à Paris. Mais voilà, elle rencontre Dan, tombe amoureuse et de fil en aiguille se retrouve à le suivre dans une toute petite ville perdue au fin fond du Maine. Elle est loin de l’existence dont elle rêvait, ce qui lui rapporte le mépris de sa mère. Un incident va venir bouleverser sa vie. Enfin, pas en immédiatement en profondeur. Mais trente ans plus tard…

Les Charmes Discrets de la Vie Conjugale est un roman riche. Peut-être trop riche d’ailleurs, car aucune thématique n’est tout à fait explorée jusqu’au bout. Sur 600 pages, Douglas Kennedy prend tout de même le temps de nous raconter beaucoup de choses, mais je n’ai pu m’empêcher de sortir de ce roman quelque peu frustré. Quand une piste semble pouvoir devenir passionnante, le récit passe à autre chose et tout est à recommencer.

Les Charmes Discrets de la Vie Conjugale est d’abord un roman sur le couple. Bon, vu le titre, on pouvait s’en douter. Pourtant, si cela constitue bien le fil rouge principal de ce roman, la thématique n’est vraiment abordée de front que dans les dernières pages. Certes, tout est la conséquence de l’ensemble des péripéties qui ont précédé, mais la réflexion manque un peu de recul et n’apporte surtout rien de bien nouveau sur un sujet qui a déjà permis à des milliers d’auteurs de noircir des millions de pages.

Les Charmes Discrets de la Vie Conjugale traite également largement du climat qui régnait dans l’Amérique de George Bush, dans l’Amérique d’après le 11 septembre. Une Amérique renfermée sur elle-même, intolérante, où la droite la plus radicale pouvait cracher sa haine de tout ce qui sortait de près ou de loin de ce qu’elle qualifiait de « bien ». Un courant de pensée qui peint tout en noir et blanc et n’applique jamais une seule seconde les valeurs qu’elle prétend pourtant défendre. Ni de liberté, ni de fraternité dans cette Amérique-là.

Mais cet aspect, qui sert de base à l’intrigue en tant que tel, est traité avec de grosses ficelles. Comme à son habitude, Douglas Kennedy s’appuie sur une histoire pleine de rebondissements, plus ou moins invraisemblables. Cela rend la lecture globalement distrayante, mais pour le coup, il m’est souvent arrivé de ne pas trop croire ce qu’il me racontait, à trouver ça un peu gros, un peu facile. Il arrivait tout de même à me donner envie de connaître la suite, mais sans être pour autant enthousiasmé ou passionné. Je partage évidemment ces idées, mais certains personnages sont tellement caricaturaux que l’on se dit qu’il ne prenait pas grand risque.

Heureusement, Douglas Kennedy possède une plume d’un calibre suffisant pour que l’on parcourt le roman sans jamais s’ennuyer. De plus, il entretient une relation étroite avec son traducteur français, donc on peut espérer que les « pertes en ligne » soient relativement limitées. C’est un style contemporain, léger, mais celui d’un vrai écrivain au sens noble du terme.

Du coup, je serai vraiment injuste de dire que j’ai passé un mauvais moment en lisant Les Charmes Discrets de la Vie Conjugale. Je suis juste un peu déçu au vu de l’immense talent de l’auteur.

L’ERMITE DE LA FORËT D’EYTON : Un Cadfael au meileur de sa forme

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lermitedelaforetdeytonNous voici de nouveau dans l’Angleterre du 12ème siècle pour retrouver notre moine aux talents de détective, Cadfael, dans une nouvelle aventure, l’Ermite de la Forêt d’Etyon. Si la dernière fois, j’avais souligné le caractère quelque peu inabouti du premier épisode de la série, il s’agit ici du 14ème. Cette fois, le style est bien affirmé et on retrouve bien tout ce qui a fait la popularité de cette série.

Richard Ludel, tenant héréditaire du manoir d’Eaton, a confié l’éducation de son fils à l’abbaye de Shrewsbury. Quand il vient à décéder, ce dernier est trop jeune pour lui succéder. L’abbé décide donc de continuer sa mission et de garder le garçon auprès de lui, conformément à la promesse qu’il a faite à son père. Mais sa grand-mère a d’autres projets pour lui et exige de récupérer l’enfant, avec à ses côtés un mystérieux ermite et son assistant qui n’est peut-être pas celui qu’il prétend être.

Ce résumé n’est pas extrêmement révélateur de ce qu’est le cœur de l’intrigue de l’Ermite de la Forêt d’Eyton. Et c’est tant mieux, car il serait dommage de gâcher le plaisir d’un futur lecteur éventuel. En effet, Ellis Peters commence toujours ses récits pas des évènements qui semblent anodins, avant que tout s’envenime et se complique, avec généralement un mort à la clé. Mais également beaucoup de mystère que frère Cadfael va se faire un malin plaisir de dénouer. Heureusement, le plaisir est partagé.

L’Ermite de la Forêt d’Eyton se caractérise notamment par plusieurs intrigues qui s’entrecroisent. Le récit est donc riche, sans être non plus hyper dense. Les livres de Ellis Peters reste toujours très accessible et clair. Beaucoup d’intrigues ne signifient pas forcément intrigues complexes et alambiquées. Après, on y voit là une qualité ou un défaut, chacun ses préférences. Globalement, sans être inoubliable, cette histoire est très agréable à lire et propose un dénouement en rien prévisible, même si on ne peut pas non plus affirmer qu’il est hyper surprenant.

Comme pour les autres romans de la série, on retrouve dans l’Ermite de la Forêt d’Eyton ce qui fait le charme de ce détective moyenâgeux. Déjà, le personnage en lui-même, ce moine, ancien croisé, qui jette un regard toujours plein de recul sur les événements. Il se démarque des préjugés et des superstitions de ses contemporains et c’est ce qui en fait un enquêteur hors paire. Evidemment, on apprécie aussi l’aspect historique du roman. Ellis Peters est vraiment un pionner du genre détective du passé, qui désormais rempli largement les rayons des libraires. Il y a un vrai dépaysement dans la lecture de cette série, même si l’auteur ne cherche pas à tout pris à nous donner un cours d’histoire. C’est vraiment un décor, une toile de fond, mais qui apporte un aspect un peu décalé à ce « polar ».

La plume d’Ellis Peters est à l’image de ses intrigues. Pas inoubliable, mais qui permet de passer un très bon moment. L’Ermite de la Forêt d’Eyton se lit vraiment facilement et s’il est un peu plus épais que d’autres épisodes de la série, il reste relativement court (280 pages chez 10/18). Le récit ne s’encombre jamais de trop de descriptions et de lourdeurs. Chose appréciable, il y a une carte avant le début du roman qui permet de situer les lieux qui sont évoqués.

L’Ermite de la Forêt d’Eyton est vraiment de la littérature de « série ». Le plaisir de retrouver un personnage et un univers auxquels on s’est attaché renforce l’intérêt que l’on porte à un roman avant tout divertissant, mais qui ne révolutionne pas le genre. Même si pour le coup, cette série l’a un peu inventé…

LA MORT DANS L’ART (Sandra Scoppettone) : Pour épater la galerie

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lamortdanslartIl y a des milieux qui se prêtent mieux au polar que d’autres. Nombreux sont ceux qui nous amènent dans les casinos, les champs de course, le milieu politique ou encore le monde de la nuit. Bref, là où on s’attend à rencontrer des mauvais garçons et un minimum de violence. Les galeries d’art ne sont par contre pas vraiment un lieu où on s’attend à voir se nouer une intrigue policière. C’est pourtant possible. La Mort dans l’Art de Sandra Scoppettone est là pour le prouver.

Fortune Fanelli est un ancien flic, reconverti en détective privé. Il est chargé d’enquêter sur le meurtre d’une jeune fille dont le corps a été découvert disposé comme un mannequin dans la vitrine d’un magasin branché de Soho. Il s’agit surtout de retrouver son jeune frère, qui avait fugué pour vivre son rêve de devenir peintre.

Sandra Scoppetone est une femme. Bon dis, comme ça, on s’en doute un peu et on ne mesure pas vraiment l’intérêt d’une telle information. Mais il faut savoir qu’elle a tout d’abord publié ses premiers romans policiers sous le pseudonyme de Jack Early, avant d’assumer son sexe. A tel point qu’elle a crée la première (enfin à ma connaissance) détective ouvertement lesbienne, Lauren Laurano. Mais la Mort dans l’Art met en scène un autre personnage.

Le héros de ce roman s’appelle donc Fortune Fanelli. Or, on le sait bien (façon très prétentieuse d’ériger son avis personnel au range de vérité universelle…), pour faire un bon polar, il faut un enquêteur sympathique ou bien intéressant. Le personnage principal répond ici très bien à cette définition et on s’y attache très vite. Père célibataire, il tente de mener de front sa vie familiale, son enquête, tout en séduisant sa nouvelle voisine. Cela fait beaucoup pour un seul homme… Bon, évidemment, on ne tient pas là le cœur de la Mort dans l’Art, mais on sait bien que ces à-côtés sont capitaux pour vraiment apprécier ce genre de littérature.

Mais rentrons dans le vif du sujet avec l’enquête à proprement parler. Là on tient un récit très classique, avec son meurtre, sa recherche du mobile, puis du coupable. La Mort dans l’Art n’a vraiment rien de révolutionnaire de ce côté là, mais on entre tout de même très facilement dans cette histoire. Les rebondissements ne sont pas cousus de fil blanc et si le dénouement n’est pas inoubliable, on ne le voit pas venir dix ans, ou plutôt cinquante pages, à l’avance. Bref, les amateurs de polar apprécieront.

Globalement, la Mort dans l’Art est très agréable à lire. Le style de Sandra Scoppettone est très léger. Le livre est relativement court, 250 pages chez Pocket. C’est donc idéal pour un court moment de détente littéraire ou pour les transports vu qu’il ne pèsera pas une tonne et demi dans votre sac à main. On regrettera simplement l’absence d’une vraie immersion dans un quartier, une ambiance. Toute l’intrigue tourne autour de Soho, mais on n’arrive pas vraiment à se l’imaginer à travers ce roman, à ressentir ce qui fait son âme et sa particularité. Certes, de trop longues descriptions auraient pu alourdir le récit, mais aurait pu donner une autre dimension à ce livre qui restera au stade de divertissement sympathique.

Autre petit regret est que ce roman n’est pas donné lieu à une suite et l’apparition d’un personnage récurrent. Comme on a pu le voir, la vie personnel du protagoniste principal fait beaucoup dans le charme de ce livre. On aimerait donc beaucoup le retrouver et voir comment cela évolue avec sa charmante voisine. Tant pis… Et vu que ce roman date de 1984, il y a peu de chance que l’auteur se décide enfin de lui offrir une nouvelle vie.

La Mort dans l’Art est donc un bon polar, court, agréable à lire, à défaut d’être révolutionnaire.