UNE PAGE D’AMOUR (Emile Zola) : Un Zola romantique

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unepagedamourSuite de mon exploration de la série des Rougon-Macquart, d’Emile Zola, avec Une Page d’Amour, 8ème volet de la série. Une histoire axée sur le romantisme donc, qui ressemble à une parenthèse dans cette œuvre à la connotation sociale très forte. Un roman peut-être plus « léger » donc, mais qui reste tout de même typique de l’auteur.

Hélène, jeune veuve, vit seule avec sa fille et jure qu’elle ne se mariera plus et que l’amour n’est pas fait pour elle. Un jour, elle fait la connaissance de sa voisine, Mme Deberle, dont elle apprécie très vite la compagnie. Mais, à son corps défendant, elle commence également à apprécier de plus en plus la compagnie de son marie, le Docteur Deberle.

Une Page d’Amour reprend donc le schéma classique du triangle amoureux et le thème de l’adultère. C’est évidemment relativement osé pour l’époque (même si depuis Tristan et Iseult, cela reste un grand classique de la littérature) surtout que le texte est avant tout centré sur les sentiments des personnages, sans jugement moral. Bien sûr, tout cela ne se terminera pas non plus par un happy-end romantique, ce n’est pas vraiment le genre de la maison et cela aurait été évidemment inacceptable au XIXème siècle.

Une Page d’Amour a donc un côté très moderne, mais est naturellement très marqué par la démarche naturaliste de Zola. Il y’a donc une certaine distanciation entre l’auteur et ses personnages qu’il observe et décrit, sans jamais se fondre en eux. Le récit est certes largement centré sur le point de vue d’Hélène, avec certains passages adoptant celui de sa fille. C’est d’ailleurs la relation entre les deux qui forme un des axes fort du récit, presque plus que le lien entre les deux amants, puisque le point de vue du Docteur nous reste toujours étranger.

Du coup, Un Page d’Amour manque un peu de cette passion que l’on attendrait d’un récit sur ce thème. Il n’y a pas ce désir qui parcourt les pages d’un Tristan et Iseult ou d’un Roméo et Juliette. La démarche de Zola est toute autre, mais du coup, on a un peu plus de mal à y adhérer. Décrire la société du XIXème siècle présente évidemment un intérêt historique incontestable. Décrire de la même manière une chose aussi intemporelle que les sentiments amoureux est déjà moins enthousiasmant. Bien sûr, il reste le contexte sociétal, quand même très présent, mais le thème de l’amour adultère dans les milieux puritains et bourgeois n’est pas celui qui nous ait le plus étranger, avec 150 de recul. Nos mœurs ont certes évolué depuis, avec la multiplication des divorces notamment, mais le thème reste globalement sans surprise.

Une Page d’Amour reste néanmoins une œuvre écrite par un des plus grands auteurs qu’ait connu la langue française. La puissance du style reste toujours aussi impressionnante à chaque page et demeure un vrai plaisir purement esthétique. Bien sûr, on n’écrirait plus un roman avec une telle écriture, mais tout auteur rêverait d’être capable de l’imiter. Ce ne sera jamais mon cas, mais bon, j’arrive quand même à trouver le sommeil pour autant.

Une Page d’Amour est donc une belle page de littérature. Pas la plus belle qu’ait écrite Emile Zola, mais cela n’enlève rien à la force de son écriture.

LES NEIGES BLEUES (Piotr Bednarski) : Une forme qui laisse froid

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lesneigesbleuesParler du quotidien est souvent synonyme de légèreté. Cependant, certains contextes font que ce dernier ressemble à un drame sans cesse renouvelé. Les Neiges Bleues nous fait partager le regard d’un jeune garçon, l’auteur lui-même en fait, qui nous fait découvrir ce qu’était la vie des déportés polonais dans les goulags soviétiques au début de la seconde guerre mondiale. Il y vivra bien des tragédies, mais il sera aussi témoin de belles histoires d’amour.

Le père Petia, officier dans l’armée polonaise, est déporté dans un camp de prisonniers, après l’invasion soviétique. Son fils et sa femme le suivent dans un camp situé à proximité. Ils y sont libres mais sous l’étroite surveillance des agents du parti. La vie s’y organise et le jeune garçon va y connaître une adolescence à la fois particulière et ordinaire.

Les Neiges Bleues se présentent comme un livre à sketchs. Sous forme de courts chapitres, Piotr Bednarski nous présente un épisode de sa vie ou de celle du camp et de ses autres habitants. Le ton y est souvent grave, mais on y trouve aussi la joie, l’espoir et l’amour. Comme tous les récits de ce type, Les Neiges Bleues est quelque peu inégal. Certains passages sont profondément émouvants, d’autres laissent beaucoup plus indifférents. Du coup, on a un peu de mal à rentrer totalement dans ce récit qui manque quelque peu d’un fil rouge solide, capable de maintenir constant l’intérêt du lecteur.

Les Neiges Bleues constitue néanmoins un témoignage rare sur un quotidien trop peu souvent rapporté. Il n’y a aucun parti pris idéologique dans l’écriture, mais la volonté de rapporter les faits, de décrire cette ambiance particulière. L’oppression discrète et constante y est remarquablement bien décrite, sans jamais tomber dans le spectaculaire ou le lyrique. L’auteur a très certainement quelque peu romancé certains passages, c’est inévitable, mais très certainement de manière très limitée. On peut y voir une force ou une faiblesse car le livre hésite toujours entre le ton du récit romanesque et le témoignage historique. Il aurait sûrement gagné à choisir franchement entre les deux, même si cette œuvre en aurait sûrement perdu une partie de son identité.

L’écriture de Piotr Bednarski est également parfois un peu confuse. Les personnages sont extrêmement nombreux et on s’y perd parfois. Il n’y a pas vraiment ni de gentil, ni de méchant, mais des rapports parfois complexes. L’auteur s’efforce à décrire le jonglage permanent entre ses pensées et ce qu’il a le droit de dire. C’est là un des principaux intérêts du récit, mais il y perd parfois un peu le lecteur.

Les Neiges Bleues est passionnant sur le fond, mais la forme ne permet pas d’en apprécier pleinement l’intérêt. Dommage car il s’agit là d’un sujet pour lequel les sources sont peu nombreuses.

SANS ESPOIR DE RETOUR (David Goodis) : Un roman noir vif et nerveux

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sansespoirderetourSans Espoir de Retour est un pur roman noir. Son auteur, David Goodis, est d’ailleurs un habitué du genre, puisque sa bibliographie compte également Le Casse ou Tirez sur le Pianiste, les cinéphiles apprécieront. Il est aussi et avant tout un auteur talentueux et ce roman est là pour le prouver.

Eugène Lindell erre dans les rues de Porto Rico, après avoir étanché sa soif avec des aussi paumés que lui. Il entend alors un flic mourant appeler à l’aide dans une ruelle. Il se précipite vers lui pour l’aider mais le policier décède alors qu’il se tient à ses côtés. C’est alors que deux de ses collègues surgissent, pensant l’avoir pris en flagrant délit. Il l’emmène alors au commissariat du quartier où Eugène comprend vite qu’il va être passé à tabac, ou même bien pire. Il saisit alors l’occasion de s’enfuir, tout en sachant que cela sera pris pour un aveu de culpabilité.

Sans Espoir de Retour ravira les amateurs du genre. Le roman est court, nerveux et bien entendu très sombre. Rien de très original, si ce n’est une construction du récit réellement remarquable. David Goodis nous livre peu à peu des éléments sur son personnage principal, changeant ainsi le regard que l’on porte sur lui. Ainsi, il enrichit surtout une intrigue qui semblait presque minimaliste à la base. Ce paumé ne vient pas de nulle part et son passé le rattrapera de manière inattendue.

Ceci nous amène à un attachement progressif et croissant envers le personnage de… Les premières pages nous laissent relativement indifférents à son sort, même si ce qui lui arrive est particulièrement injuste. Mais peu à peu, le tableau prend de l’épaisseur et on commence à vraiment comprendre ce qui l’anime. Le point de départ de l’intrigue ne devient plus qu’une anecdote, un simple fil rouge d’une histoire beaucoup plus large. Cela permet au lecteur de rentrer progressivement, mais profondément, dans Sans Espoir de Retour.

L’écriture de David Goodis est typique des auteurs du genre, sans fioriture. La longueur du livre est là pour le prouver. On est là proche du format roman de gare dont la lecture ne devait pas prendre plus de temps que celui d’un voyage en train. Mais la qualité de l’écriture est toute autre dans Sans Espoir de Retour. On est là face à une œuvre littéraire, pas un roman pondu à la chaîne. Pas de quantité, mais de la qualité donc.

Comme souvent dans ce genre de roman, Sans Espoir de Retour nous offre une large galerie de seconds rôles hauts en couleur. Cette plongée dans les bas-fonds de Porto Rico nous amène à rencontrer nombre de personnages que l’on est heureux de ne croiser que par écriture interposée. Mais… croisera aussi quelques âmes charitables, même si la misère conduit tous ces personnages à penser avant toute autre chose à leur propre survie. C’est là le fondement même du roman noir, un genre littéraire qui nous montre l’humanité sous son jour le plus sombre… Vous me direz, si cela en était autrement, on aurait dénommé ce genre littéraire différemment.

Sans Espoir de Retour n’est donc pas un chef d’œuvre indispensable, mais ravira tous les amateurs de roman noir vif et nerveux.

L’ACCRO DU SHOPPING ATTEND UN BEBE (Sophie Kinsella) : Et nous on attend la suite avec impatience !

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laccrodushoppingattendunbebeLa pouffe qui est en moi adore la série l’Accro du Shopping, certains d’entre vous l’auront sans doute déjà remarqué. La lecture du cinquième volet, et dernier en date, l’Accro du Shopping attend un Bébé, m’a autant ravi que les précédents. Et je ne dis pas ça parce que je l’ai lu en grande partie entre deux baignades dans le jacuzzi en plein air, sur un transat avec une vue imprenable sur la baie de Sosua. Je ne contesterais pas le fait que cela ait contribué au plaisir, mais cela n’enlève rien aux grandes qualités de ce roman.

Becky, après avoir rencontré l’homme de sa vie, après l’avoir suivi à Manhattan, après s’être marié et après avoir découvert qu’elle avait une sœur, est donc enceinte. Que de joies en perspective et surtout d’achats potentiels ! Elle nage donc dans le bonheur… si elle ne soupçonnait pas Luke d’avoir une maîtresse.

Le club pour le triomphe de la virilité pure et dure m’a encore écrit ce matin pour que j’arrête de faire l’éloge des œuvres de Sophie Kinsella, mais que voulez-vous, j’adore ça, je suis accro…Moins que Becky à la dépense superflue, mais tout de même. En fait, il n’y a que le deuxième volet qui m’ait un tout petit peu déçu, car pour le reste, et notamment l’Accro du Shopping attend un Bébé, ce fut toujours un pur bonheur.

Avec l’Accro du Shopping attend un Bébé, pas de fioritures, on revient aux fondamentaux de la série. Le ressort principal reste toujours le même : Becky ne peut s’empêcher d’acheter des objets aussi dispendieux qu’inutiles, tout en déployant un trésor d’imagination pour justifier leur caractère indispensable, voire même économique. Ou comment transformer un gadget en investissement assurément productif. Certains trouveront peut-être que du coup, la série tourne un peu en rond, mais quand on aime, on est ravi de retrouver tout ce que l’on a aimé dans les tomes précédents.

On est réellement là face à un « sitcom littéraire ». Je ne conseillerai à personne de commencer directement par ce cinquième volume où le comique de répétition et surtout les autoréférences se multiplient. Sophie Kinsella a eu le temps de créer un univers bien à elle et il vaut mieux avoir lu les histoires précédentes pour en comprendre toutes les clés. Enfin rassurez-vous, on n’est tout de même pas face à un univers aussi complexe qu’Inception, aucune migraine n’est à prévoir.

La principale qualité de l’Accro du Shopping attend un Bébé reste donc avant tout son humour. C’est léger, réjouissant et surtout très drôle. Ce roman ne cherche pas à être plus que cela, il réussit donc parfaitement sa mission, pour notre plus grand bonheur. N’y cherchez pas une critique acerbe de la société de consommation, on est juste là pour se détendre et passer un moment agréable. L’autre grande force réside dans l’attachement profond que l’on ressent pour les personnages, un attachement évidemment renforcé par la répétition de leurs aventures, qui jamais ne nous lassent. Je ne pense pas qu’il n’y ait aucun fan de la série qui souhaite que Sophie Kinsella s’arrête là. On veut un sixième tome !

J’arrête là mes caprices en conseillant à tous d’essayer au moins une fois de lire les romans de cette série pétillante et drôle. Vous n’avez pas de Becky Bloomwood dans votre vie ! Vous ne savez décidemment pas ce que vous ratez !

RIEN NE VA PLUS (Douglas Kennedy) : Douglas Kennedy à Hollywood

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riennevaplusDouglas Kennedy est un auteur en vogue et avec raison. Il multiplie les best-sellers, comme d’autres multipliaient les pains. Personnellement, je l’avais découvert avec Cul-de-Sac, un vrai moment de pur bonheur littéraire. Rien ne va plus est le deuxième roman de cet auteur auquel je me suis attaqué. Et le bonheur fut (presque) le même.

David Armitage est un scénariste qui a bien du mal à joindre les deux bouts, ses œuvres ne se vendant qu’au compte-goutte. Heureusement, sa femme est là pour le soutenir financièrement. Un jour, il arrive enfin à vendre un pilote de série à une grande chaîne de télévision. Le succès survient alors brutalement, et avec lui, l’argent. Pour le meilleur… mais aussi pour le pire.

Douglas Kennedy pratique un humour mordant dont il se sert pour décrire notre société et les petits travers humains. Rien ne va plus en est un parfait exemple de son style. Il s’agit là d’une histoire totalement contemporaine, avec un petit côté sitcom, mais avec une profondeur que l’on retrouve rarement à la télévision. On s’attache terriblement au personnage de David, dont les mésaventures sont à la fois totalement méritées et terriblement injustes. Le principal ressort comique consiste à le voir se débattre désespérément pour toujours s’enfoncer plus loin dans les emmerdes. C’est du classique, mais terriblement bien écrit.

Douglas Kennedy fait réellement partie de ces auteurs avec cette imagination, ce petit grain de folie, ce petit truc en plus qui fait toute la différence. Il y’a une justesse remarquable dans ses descriptions de la société et des comportements de ses contemporains et une ironie omniprésente qui lui permet de délivrer tous ses messages avec humour et subtilité. Le tout est porté par une qualité d’écriture qui fait de Rien ne va plus un vrai divertissement littéraire, à la fois léger, mais terriblement intelligent.

Douglas Kennedy est donc un des auteurs contemporains les plus intéressants. Son succès est mérité et Rien ne va plus est là pour le prouver. Les thèmes abordés ne sont pas particulièrement originaux (la fragilité du succès médiatico-artistique et l’hypocrisie dans les relations humaines qui en découlent) mais traités avec tant de talent que ce roman sort largement du lot. Il n’y peut-être pas une intrigue aussi époustouflante que dans Cul-de-Sac, mais ce roman vaut tout de même largement le détour.

Le milieu du show-business peut sembler quelque peu éloigné de notre propre quotidien (enfin pour moi, après, je ne sais pas pour vous…), mais on trouvera dans Rien ne va plus des éléments sur les petits travers humains que nous subissons et bien entendu que nous mettons nous-mêmes en pratique… Allez avouons-le nous, nous ne sommes pas non plus toujours parfaits… même moi… L’hypocrisie est un défaut relativement universel et on a tous un jour subi un changement de comportement, suite à un évènement dont nous n’étions pourtant pas responsables. Bref, c’est un vrai livre sur la vie… même si la vie n’a malheureusement pas toujours autant d’humour que Douglas Kennedy.

Rien ne va plus n’est donc pas le roman le plus remarquable de Douglas Kennedy. Il constitue cependant une lecture conseillée à tous les amateurs de vrais petits bonheurs littéraires contemporains et bien écrits.

LE MOINEAU DE DIEU (Mary Doria Russell) : Péché au dénouement

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lemoineaudedieuParfois les premières pages d’un roman font naître chez le lecteur une très forte attente, surtout quand l’auteur se fait un malin plaisir à nous faire entrapercevoir le dénouement sans que l’on comprenne bien de quoi il s’agit et surtout comment on en est arrivé là. La technique du flash-back est très classique, mais constitue une arme à double tranchant car il faut alors être à la hauteur des espérances que l’on a fait naître chez le lecteur. Mary Doria Russell s’y est essayé avec Le Moineau de Dieu, mais sans réellement échouer, elle n’a pas pleinement réussi.

En 2059 le Père Sandoz est rapatrié sur Terre. Il est le dernier survivant d’une mission jésuite parti 40 ans plus tôt, dans le plus grand secret, vers la planète Rakhat , établissant ainsi le premier contact entre l’humanité et une civilisation extra-terrestre. Il est en revient affreusement mutilé et surtout profondément traumatisé. Sur Terre, on ne connaît que quelques bribes de son histoire. Mais il refuse de se livrer et de se justifier de la mort de ses compagnons.

Le Moineau de Dieu souffre d’un défaut qui n’en est pas tout à fait un et qui conduit à porter un regard injuste sur ce roman. En effet, la première partie est tellement captivante que l’on ne peut qu’être déçu par les dernières pages. Mary Doria Russell fait tout pour que notre imagination travaille à plein, elle nous pousse à dévorer l’intrigue pages après pages en quête des réponses aux questions qui nous brûlent. On veut savoir le fin mot de l’histoire avec une avidité qui ne fait que grandir.

Mais voilà, les pages défilent et défilent encore. On se retrouve vite tout près de la fin du Moineau de Dieu et on se dit qu’il ne reste que trop peu de chapitres pour que tous les évènements dramatiques que l’on a imaginés se produisent. Ils finissent bien par survenir mais avec une certaine précipitation réellement frustrante. On aurait vraiment aimé que Mary Doria Russel prenne le temps de faire plonger l’histoire vers le drame de manière moins soudaine et brutale. On ressort donc de ce livre frustré et c’est réellement dommage.

Encore une fois, cette critique est peut-être injuste car si on reconnaît un livre de qualité à sa capacité à faire tenir le lecteur en haleine, alors le Moineau de Dieu est de tout premier ordre. Il est vrai que j’attendais toujours avec impatience de m’y replonger et la légère frustration finale ne doit pas faire oublier le vrai bonheur littéraire des pages précédentes. Conclure une intrigue est toujours le plus difficile et sa réussite distingue les grands des très bons livres. Ce roman ne restera donc qu’au rang de très bon livre. C’est déjà pas mal !

Il est à noter que Le Moineau de Dieu serait plus à ranger dans le rayon « romans d’aventures » plutôt que « science-fiction ». Bien sûr la confrontation avec une civilisation extra-terrestre est un sujet classique de ce dernier genre, mais les allergiques aux vaisseaux spatiaux et autres rayons laser ne seront pas du tout découragés. La confrontation entre les deux mondes est avant tout culturelle et très peu technologique. Mary Doria Russel ne s’intéresse guère aux objets, mais aux rapports « humains », aux traditions et aux organisations sociétales.  

Le Moineau de Dieu aurait presque pu prétendre au rang de petit chef d’œuvre de la littérature « fantastique ». Il restera néanmoins comme une œuvre fascinante, au ton original, mais qui n’a pas su prendre une autre dimension par un dénouement inoubliable.

LE TAILLEUR DE PANAMA (John le Carré) : Manipule-moi si tu peux !

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letailleurdepanamaJ’ai découvert, il y’a bien longtemps déjà, John Le Carré en lisant son plus célèbre roman, l’Espion qui Venait du Froid et il est vrai que je l’avais plus qu’apprécié. Plus tard, je me suis attaqué à Un Pur Espion et Comme un Collégien, deux romans assez difficiles d’accès, à l’écriture puissante mais si dense qu’on y avance avec peine. J’avais donc une légère appréhension en attaquant Le Tailleur de Panama. Mais puisque j’avais déjà vu l’adaptation cinématographique, je savais que le ton y était un peu plus léger qu’à l’habitude. Enfin un peu…

Andrew Osnard est un espion britannique chargé de surveiller l’évolution de la situation politique au Panama. Et quel meilleur contact que Harry Pendel, le tailleur chez qui toute l’élite du pays vient se faire faire un costume sur mesure ? Surtout lorsque ce dernier a quelques problèmes d’argent. Mais, il va vite avoir tendance à broder aussi bien ses renseignements qu’il coud ses vestes.

Si ce synopsis vous fait penser à l’inoubliable Notre Agent à la Havane, avec Alec Guiness, rassurez-vous, cette parenté est assumée, puisque John Le Carré dit avoir eu l’idée du livre depuis le jour où il a vu ce film. Mais si le film de Carol Reed est une vraie comédie, Le Tailleur de Panama est lui sur un ton…disons contrasté. La situation est porteuse d’un vrai potentiel burlesque, mais on sent bien que l’auteur n’est pas ici dans son domaine et a bien du mal à l’exploiter totalement. Roman d’espionnage ou parodie de roman d’espionnage, la plume balance pour finalement pencher sur la fin vers un ton plus grave. On ne se refait pas…

L’écriture de John le Carré conserve ici toute sa force. Mais dans Le Tailleur de Panama, elle gagne surtout en clarté. Dans ce roman, on ne passe pas deux cents pages à essayer de comprendre qui est qui… C’est un vrai changement par rapport à pas mal de ses œuvres. Honnêtement, j’ai pris ça pour un progrès, même si du coup, ce livre est moins « typique » du style de l’auteur, plus classique et moins original. Mais rentrer vraiment dans une histoire dès son commencement facilite largement l’attachement que l’on peut porter aux personnages et à l’histoire en général.

Le Tailleur de Panama est donc un John Le Carré largement accessible. L’hésitation entre deux tons tout au long du récit ne pose pas forcément un problème, même si cela constitue sûrement la plus grande limite de ce roman. En choisir un pour de bon lui aurait peut-être permis d’y mettre la petite étincelle qui en aurait fait un grand roman. Il n’en reste pas moins qu’on est là face à un très bon roman, porté par une plume d’une personnalité rare.

Le couple Harry Pendel – Andrew Osnard est savoureux et cette réussite explique en grande partie le succès du Tailleur de Panama. Entre le tailleur mythomane et l’espion trop sûr de lui, le duel semble trop déséquilibré, mais très vite on ne sait plus très bien qui manipule vraiment l’autre. C’est là que repose tout l’intérêt de l’intrigue et cet aspect est parfaitement maîtrisé par John Le Carré, qui n’est quand même pas le premier auteur venu. Le récit est cependant largement centré sur le personnage d’Harry Pendel dont on partage de très près les états d’âme. Le tout conduira à un dénouement auquel on ne s’attend pas forcément, même si, personnellement, je n’ai pas trouvé que la fin soit tout à fait au même niveau que le reste du roman.

Le Tailleur de Panama est donc un bon bouquin, pour une fois très accessible, d’un grand auteur. Un roman d’espionnage, loin des clichés à la James Bond, qui vous fera naviguer entre humour, exotisme et manipulations.

BALLE DE MATCH (Harlan Coben) : Jeu, set et pages

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balledematchDepuis que j’ai vu et adoré l’excellent Ne le dis à Personne au cinéma, j’avais dans l’idée de lire enfin un roman de Harlan Coben, l’auteur du livre dont le film était tiré. C’est donc chose faite avec Balle de Match, deuxième volet des aventures de Myron Bolitar. Et cette première expérience dans son univers est à la hauteur de tout le bien que l’on m’avait dit de cet auteur.

Dans les allées de Flushing Meadow, l’ancienne championne de tennis, Valérie Simpson, est abattue. Au cœur de la foule, personne ne sait qui a tiré. Mais quelques minutes auparavant, elle laissait un message désespéré à Myron Bolitar, agent sportif, ressemblant fort à un appel au secours. Ce dernier décide alors de mener sa propre enquête.

Dans un roman policier, il y’a le principal et l’accessoire. Le principal est évidemment l’enquête en elle-même et la dose de suspense qu’elle engendre. Et dans ce domaine, Harlan Coben est un maître et Balle de Match le confirme. Ah pourtant, je me rappelle que la clé de l’énigme m’a traversé l’esprit quelques instants avant de repartir dans l’oubli. Du coup, je me suis fait avoir comme un bleu lors du twist final qui intervient vraiment dans les dernières pages, histoire de maintenir la tension et l’intensité du récit les plus loin possibles.

Mais dans un roman policier, il y’a donc aussi l’accessoire, c’est à dire tout le reste. Et c’est souvent ça qui fait la différence entre les bons et les excellents romans policier. Il faut d’abord quelqu’un pour mener l’enquête, quelqu’un dont la perspicacité et la ténacité nous émerveilleront. Et si en plus, on s’y attache, le pari est presque gagné. Dans Balle de Match, avec Myron Bolitar, il est gagné haut la main. Cet ancien champion de basket, devenu agent sportif, use et abuse de son charme et de son sens de la répartie pour arriver à faire parler même les plus réfractaires. Et il faut avouer que l’on succombe également. Sachant que les autres personnages secondaires sont aussi très réussis, on comprend déjà mieux pourquoi ce bouquin est vraiment excellent.

Ensuite, il y’a l’univers dans lequel l’intrigue se déroule. A première vue, Balle de Match nous entraîne dans les coulisses du tennis… Il est vrai que la petite balle jaune joue quand même un rôle important dans cette histoire, au-delà du jeu de mot dans le titre. Mais Harlan Coben nous sort très souvent des abords des cours pour nous emmener aussi bien dans les hautes sphères sociales que dans les milieux moins fréquentables. Mais le récit est trop intense et rythmé pour décrire vraiment quoique ce soit. Il y’a forcément une toile de fond, mais on est ici happé par les dialogues et les rebondissements qui occupent l’essentiel des pages de ce roman.

Balle de Match est écrit avec un style vraiment agréable, à la hauteur de la qualité de l’intrigue. Bien sûr la traduction est passée par là, mais on sent bien que la plume de Harban Coben n’est pas celle du premier venu et qu’il possède un vrai sens de l’écriture. Couplé à un sens remarquable de la narration, cela donne du plaisir en pages.

Je ne peux donc que recommander la lecture de Balle de Mach, qui constitue, qui plus est, un livre comme on les aime en ces périodes estivales et vacancières.

BLADE RUNNER 2 (K.W. Jeter) : De la suite dans les idées

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bladerunnner2Ce dont je vais vous parler ici, Blade Runner 2, est un livre, mais qui est la suite d’un film, et non d’un livre qui porte pourtant désormais le même nom que le film alors qu’il n’y a en fait aucune raison à cela… Ok, je vois bien que vous n’avez rien compris. Je reprends donc. Le Blade Runner 2 de K.W. Jeter est bien la suite du scénario du film de Ridley Scott et non de Les Androïdes Rêvent-ils de Moutons Electriques ?, le roman original de Philip K. Dick, où le mot blade runner n’est jamais prononcé (bien qu’il soit désormais vendu sous ce nom, ma bibliothèque peut en témoigner). Une démarche que l’on peut juger un peu étrange et commerciale, mais qui donne au final un roman plutôt bon.

Rick Deckard a fui Los Angeles et s’est réfugié dans les forêts de l’Oregon avec Rachael, la réplicante dont il est amoureux. Mais les jours de cette dernières sont comptés et elle vit la majorité du temps en stase dans son cercueil. Une équipe de la Tyrell Corporation finit par le retrouver et le ramène de force sur les lieux de ses anciens « exploits ». En effet, il n’avait pas tout à fait achevé sa mission puisqu’un sixième réplicant court encore.

Disons le tout net, K.W. Jeter n’est ni Philip K.Dick (dont il fut proche), ni Ridley Scott. On est là face à de la bonne science-fiction, mais de la science-fiction de base. Il faut donc éviter tout comparaison avec les deux œuvres cultes dont il est issu. On peut toujours évoquer un manque de respect envers une œuvre majeure, cela serait tout à fait compréhensible chez les vrais fans, mais j’en ferai abstraction ici.

Blade Runner 2 ne possède pas la dimension « réflexions existentielles » des œuvres originales. C’est notamment ça qui en fait un livre plus basique, moins intéressant, mais ce n’est pas sûr qu’il y’aurait eu un grand intérêt à en remettre une deuxième couche à ce niveau-là. Elles ne sont pas tout à fait absentes, mais ne constituent qu’une très fine toile de fond. Le récit est beaucoup plus tourné vers l’action, un peu, mais surtout sur les interrogations concernant la nature réelle des personnages.

Aucun personnage de Blade Runner 2 n’échappe aux doutes soit sur sa vraie nature (qui est le sixième réplicant ?), soit sur ses intentions réelles (qui serait derrière un éventuel complot visant à éliminer les blade runners ?). Le tout est construit avec intelligence et maintient l’intérêt du lecteur de bout en bout. Le dénouement est clair, surprenant, bien amené, bref du bon boulot de la part de K.W. Jeter. De plus, sa plume n’est pas désagréable et laisse une large part aux dialogues, ce qui rend le récit très vivant. Encore une fois, il n’y a pas de quoi crier au génie, mais rien à reprocher non plus.

Blade Runner 2 se situant dans un univers déjà connu, il n’est pas alourdi par les descriptions. Cela contribue à l’aspect vivant du récit, que j’ai déjà évoqué, mais les vrais amateurs de science-fiction trouveront ça peut-être un frustrant du coup. On pourra regretter également que du coup, K.W. Jeter n’arrive pas tout à fait à créer la même ambiance sombre et pesante que dans les œuvres d’origine. Mais chaque auteur à son style et l’imitation  n’est pas vraiment la forme la plus intéressante de création.

Blade Runner 2 n’est pas le roman du siècle et s’adresse surtout à ceux qui ont vu le film et sans être des fans jusqu’auboutiste… Ca fait beaucoup de conditions, mais faisant partie de ce public là, je ne regrette pas une seconde ma lecture.

GOLDFINGER (Ian Fleming) : Un vrai roman pour un duo de méchants inoubliable

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goldfingerJe poursuis donc ma plongée dans l’œuvre de Ian Fleming, le romancier papa de James Bond, avec Goldfinger. Le film est un des plus grands classiques de la série. On comprend mieux pourquoi en lisant le roman puisque c’est de loin le meilleur de la série que j’ai lu pour l’instant. Je viens seulement d’attaquer le second tome des œuvres complètes, mais on peut déjà le considérer comme un des meilleurs ouvrages de l’auteur anglais.

James Bond est envoyé pour enquêter sur un mystérieux homme d’affaires, dénommé Goldfinger, dont les agissements paraissent suspects. Et notre agent secret préféré ne tardera pas à se rendre compte que sous ses délires mégalomaniaques, se cache un plan très ambitieux.

On retrouve dans ce roman, ce qui fera l’immense succès de son adaptation, c’est à dire un « couple » de méchants hauts en couleur et mythiques. Goldfinger et son majordome (au chapeau coupeur de têtes) sont des figures inoubliables du 7ème art et elles tirent leur origine de ce roman. Car si les versions cinématographiques a généralement largement étoffé et améliorer les histoires originales, on est ici devant un roman qui se suffit à lui-même.

C’est aussi le roman où le personnage de James Bond est le plus en retrait. Vous l’aurez compris, les vrais stars sont ses adversaires. Cela explique aussi que l’on ressent nettement moins la différence entre le personnage du roman et du film. Car Ian Flemming avait imaginé un personnage proche du « bad boy » cabochard, que l’on retrouve d’ailleurs avec Daniel Craig dans Casino Royale et Quantum of Solace. On peut donc très bien ce coup-ci imaginer Sean Connery prendre vie au fil des pages.

Vous l’aurez compris, Goldfinger a été très fidèlement adapté à l’écran. Les fans du film ne seront donc en rien surpris par le livre. Cela peut être considéré comme une qualité ou un défaut, mais c’est surtout le signe de la qualité de l’histoire. Bon, entendons nous, l’œuvre de Ian Fleming reste de la littérature de gare. Mais si elle a donné naissance à une telle légende, c’est qu’elle portait en elle beaucoup de talent, pas toujours bien exploité. Ici, c’est le cas et ce roman pourrait se laisser lire même par quelqu’un qui ne connaîtrait absolument pas le personnage. Enfin, je doute que son plaisir soit tout à fait le même, mais de toute façon, vu que j’ai vu tous les James Bond et souvent plusieurs fois, c’est une hypothèse, limite une vue de l’esprit…

La plume de Ian Fleming n’est pas vraiment celle de Victor Hugo. On va à l’essentiel, on ne s’embarrasse pas de fioritures. Un style typique des polars des années 50 et 60, publiés sur papier grisâtre, que l’on achetait… dans les gares (d’où l’expression). Ca se lit donc facilement, mais ne laisse évidemment pas un souvenir impérissable. Mais bon, on n’est pas là pour recevoir un court d’écriture mais sentir un peu l’air du mythe, remonter à sa source.

Goldfinger est donc, pour l’instant, de loin le roman de la série des James Bond, dont l’intérêt purement littéraire est plus élevé. Mais de toute façon, le plaisir est ailleurs, même si tout cela ne gâte rien. Bien au contraire.