UNE SECONDE CHANCE POUR LE MORTS (Charles Willeford) : Je vous présente Hoke Moseley

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unesecondechancepourlesmortsDans un roman policier, il y’a généralement deux centres d’intérêt. Tout d’abord, évidemment, l’enquête qui sert de fil rouge à la trame narrative, pouvant être plus ou moins passionnante, plus ou moins chargée de suspense et de rebondissements. Ensuite, il y’a la vie du policier à côté de ça, sa personnalité, les emmerdes de sa vie personnelle (étrangement souvent liée à sa femme…). Un bon roman policier est souvent un subtil équilibre entre ses deux aspects. C’est effectivement le cas de Une Seconde Chance pour les Morts de Charles Willeford.

Le Sergent Hoke Moseley se voit attribuer la mission de réexaminer 50 affaires plus ou moins classées par la police de Miami, alors qu’il enquête déjà sur une mort suspecte par overdose. Si cela ne suffisait pas, il doit trouver d’urgence un nouveau logement. Et pour couronner le tout, son ex-femme part en Californie suivre son nouveau compagnon, en laissant derrière elle leurs deux filles.

Si Une Seconde Chance pour les Morts ne marquera pas profondément l’histoire du genre, il constitue un roman policier fort sympathique. Certains trouveront peut-être la partie « enquête » un peu trop légère. Il est vrai que si on prend plaisir à lire ce livre, c’est surtout que l’on s’attache très facilement à son héros. Un héros qui prend avec philosophie les emmerdes qui s’accumulent. Avec son air détaché, il n’est pas moins attentionné envers autrui, même si l’expression de ses sentiments n’est pas son fort. Bref, un personnage dans lequel on peut plus ou moins se reconnaître, même si on ne sent pas du tout dans la peau d’un inspecteur de police de Miami.

Une Seconde Chance pour les Morts n’est pas vraiment un roman noir. Bien sûr, il nous plonge dans un univers moins glamour que celui de Nip Tuck, mais tous les personnages gardent cette part d’humanité qui fait que le trait n’est ni grossier, ni exagérément noirci. Certains trouveront peut-être que cela donne une impression que ce roman navigue entre deux eaux, mais pour moi il lui permet surtout d’échapper à la caricature et aux poncifs du genre.

Le style de Charles Willeford est clair et agréable. Le passage d’un aspect à l’autre de l’histoire se fait sans heurts, surtout qu’ils sont souvent étroitement mêlés. On ne voit pas les pages passées. Si le fond n’est pas inoubliable, le style léger lui correspond très bien et fait de ce film un bon moment à passer derrière un bouquin. Le personnage de Hoke Moseley est un personnage récurent et Une Seconde Chance pour les Morts donne envie de découvrir le reste de ses aventures, sans pour autant nécessiter de vendre père et mère pour cela.

Une Seconde Chance pour les Morts est donc à réserver aux amateurs de polars. Ils y trouveront là un univers familier, mais un récit plutôt original. Encore une fois, cela a peu de chance de devenir un livre culte, mais cela se lit avec le plus grand des plaisirs. Pour les rétifs au genre, passez votre chemin. Quitte à en lire un par décennie, on peut trouver mieux à tout point de vue, même si Hoke Moseley possède son charme bien à lui. Suffisant pour séduire les lecteurs assidus de romans policiers, mais pas tout à fait pour les autres.

Une Seconde Chance pour les Morts peut donc être lu sans crainte si jamais il vous tombe sous la main. Sinon, inutile de menacer de mort votre libraire s’il n’en a plus en stock. En plus, vous risque d’avoir Hoke Moseley à vos trousses !

L’ACCRO DU SHOPPING A UNE SOEUR (Sophie Kinsella) : La famille s’agrandit et c’est tant mieux !

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laccrodushoppingaunesoeurQuand on est tombé amoureux d’un personnage, on est toujours particulièrement heureux de le retrouver pour de nouvelles aventures. Et quiconque aura un jour ouvert Confessions d’une Accro du Shopping sera tombé sous le charme de Becky Bloomwood, et ce pour toujours. Il sera donc forcément enthousiaste à l’idée de la retrouver pour un quatrième épisode de ses aventures : L’Accro du Shopping a une Sœur. Vous l’aurez compris, je suis bel et bien dans ce cas là. Je m’y suis donc plongé avec entrain !

Becky et Luke viennent de passer dix mois à voyager partout dans le monde pour leur voyage de noces. Ils décident de rentrer en Angleterre et de faire la surprise à tous ceux qu’ils aiment. Mais le retour ne se déroule pas du tout comme l’imagination toujours aussi débordante de Becky l’avait prévu : sa meilleure amie s’est trouvé une autre complice, Luke redevient vite le businessman overbooké qu’il était et ses parents l’accueillent beaucoup plus froidement que prévu. Ils ont en fait une nouvelle inattendue à lui annoncer : Becky a une demi-sœur…

Ceux qui ont apprécié les trois premiers tomes ne seront en rien surpris par L’Accro du Shopping a une sœur. Le ressort est le même et Becky n’a évidemment pas changé, pour notre plus grand bonheur. Le livre est ponctué des innombrables scénarios visiblement imparables que son esprit élabore en permanence et qui, évidemment, ne se réalise jamais. Plus elle déploie d’énergie, et dieu sait si elle est capable d’en déployer, pour se sortir d’une situation embarrassante dans laquelle sa maladresse l’a fourré, plus elle s’y enfonce.

Evidemment, la magie ne sera plus jamais la même depuis le premier tome. Mais enfin, quand un plat est vraiment bon, on ne se lasse pas de se le faire servir. Et là, il faut avouer qu’il est excellent, toujours autant bourré d’énergie, d’humour et de vitalité. Les nouveaux personnages sont aussi attachants que ceux que l’on connaît déjà depuis longtemps. Bref, la famille s’agrandit et c’est tant mieux !

Comme tous les autres livres de la série, l’Accro du Shopping a une Sœur se lit tout seul. Il ne se lit pas, il se dévore. La légèreté du style de Sophie Kinsella est à la mesure de la légèreté de son propos. Bref, c’est pas un livre, c’est une plume ! En tout cas, c’est typiquement le genre d’ouvrage idéal pour les moments de détente où l’on a envie de sourire et de ciel bleu. Pas de la grande littérature, certes, mais dans le genre qui est le sien, on ne fait pas mieux que cette série. Alors pourquoi se priver ?

Le style de Sophie Kinsella est donc particulièrement accessible. Mais du coup, il possède un certain impact. Les sentiments des personnages sont incroyablement communicatifs, surtout que l’attachement que l’on ressent envers eux est très fort. Si la série compte autant d’adeptes, c’est avant tout pour cela ! Becky Bloowood ferait presque partie de la famille ! Alors, oui, L’Accro du Shopping a une Sœur ne vaut pas le premier volet évidemment, l’Accro du Shopping dit Oui non plus, mais reste une très bon moment à partager avec ces personnages que l’on aime tant.

J’adore la série l’Accro du Shopping et je l’assume ! Et l’Accro du Shopping a une Sœur est un de ses dignes représentants ! 

AU TREFONDS DU CIEL (Vernor Vinge) : Après l’effort, le réconfort

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autrefondsducielL’avantage d’un récit de science-fiction est d’offrir une liberté totale à l’imagination de son auteur. Il peut imaginer des mondes lointains et exotiques et surtout spéculer à l’infini sur les futurs possibles de l’humanité. Au tréfonds du ciel nous envoie dans un avenir très lointain, où les hommes ont colonisé une grande partie de l’univers. Et où, ils s’apprêtent à entrer en contact pour la première fois avec une autre civilisation.

Loin dans l’univers se trouve l’étoile Marche-Arrêt qui, cycliquement, brille 35 ans, avant de s’éteindre pour 215 ans. Elle chauffe une planète où vivent des araignées qui ont développé une technologie et viennent d’inventer la radio. Attirées par ces ondes, deux flottes humaines vont s’affronter pour prendre le contrôle des ressources de la planète. D’un côté, les Qeng Ho, une civilisation basée sur le commerce intersidéral. De l’autre, les Emergents, une civilisation beaucoup plus agressive et belliqueuse. Cependant, les dégâts qu’ils se causent mutuellement vont finalement les contraindre à cohabiter et à coopérer, sous la domination tyrannique de Thomas Nau, le chef des Emergents. Mais chez Qeng Ho survivants, tout le monde n’est pas prêt à plier si facilement.

Au Tréfonds du Ciel n’est pas un livre dans lequel il est forcément aisé d’entrer. Relativement long, il nous laisse cependant le temps de nous imprégner de cet univers, de ces trois civilisations et de cette dizaine de personnages que l’on a parfois un peu de mal à situer pendant presque un tiers du récit. Bon, j’avoue, c’est aussi moi qui n’ai pas compris tout de suite qu’une des lignes narratives décrivait le monde des araignées… J’ai du raté un épisode, ce qui m’a conduit à nager pendant un bon moment avant que tout ne redevienne clair. Mais non, je vous jure, je ne bois pas avant de prendre mon bouquin…

Une fois que l’on totalement entré dans le récit de Vernor Vinge, on se dit que cela valait le coup de s’accrocher un peu. Au Tréfonds du Ciel devient de plus en plus passionnant au fil des pages avant un final plutôt classique pour du « space opera », mais auquel des centaines de pages nous ont conduit patiemment. Ce livre est donc parallèlement une description de civilisations et d’univers originaux et un récit qui voit les tensions entre les différents acteurs monter crescendo avant l’explosion finale.

Au Tréfonds du Ciel s’adresse donc aux lecteurs qui aiment s’immerger dans un univers issu de l’imagination d’un auteur. Qui aiment y flâner, y découvrir ses particularités, ses curiosités, ses mœurs, ses coutumes, son histoire… Les amateurs d’action pure seront très certainement rebutés par l’aspect parfois un peu touffu du récit, qui le ferait presque ressembler à du John Le Carré (dans un tout autre contexte bien sûr). Mais bon, ce livre offre toutefois la possibilité d’un voyage qui vaut le coup d’être mené. Le guide, Vernor Vinge, manque parfois de clarté sans son propos, mais ce dernier est assez riche et étonnant pour mériter l’attention du lecteur.

Au Tréfonds du Ciel est donc un trésor de science-fiction qui demande un peu d’efforts pour être découvert. Mais après l’effort, ce livre sait apporter tout le réconfort qu’il faut.

LES ENFANTS DE L’ATLANTIDE, TOME 3 : LE CREPUSCULE DES GEANTS (Bernard Simonay) : Une nouvelle mythologie !

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lesenfantsdelatlantide3Créer un univers original mais tout ce qu’il y’a de plus terrien n’est pas chose aisée. Réviser les origines du monde est un exercice périlleux, où l’imagination est moins libre que dans un monde totalement imaginaire. Barjavel l’avait réalisé dans son magnifique « La Nuit des Temps ». Bernard Simonay s’y attaque avec sa saga les Enfants de l’Atlantide, dont le Crépuscule des Géants est le troisième volet.

Astyan, après avoir retrouvé la mémoire, décide de naviguer sur l’océan pour retrouver la trace de Poseidonia, le royaume atlante qui fut jadis le sien. Mais le navire fourni par Callisto n’est pas taillé pour ce genre de voyage. Il se voit obligé de faire escale à Leonesse pour bâtir un bateau avec les connaissances qu’il est le dernier à maîtriser. Mais cette cité est tenue d’une main de fer par le phareïs et les prêtres du culte de Yawehah. Et ces derniers ne voient pas d’un très bon œil les étrangers.

Depuis, le début de la saga Les Enfants de l’Atlantide, Bernard Simonay aura conduit son héros sur des chemins totalement inattendus. Qui aurait pu penser à la lecture des premières pages que ce jeune chasseur néolithique était en fait la réincarnation d’un Titan, un dieu atlante. Bon évidemment, dit comme ça, à froid, ça peut laisser circonspect, mais le tout est vraiment bien amené et donne au récit une vraie dimension.

Dans le Crépuscule des Géants, les surprises sont moindres. L’univers a été introduit, le personnage nous a été présenté sous ses multiples facettes. On connaît son présent et son passé. Nous n’avons plus qu’à le suivre dans ses aventures et sa recherche de l’Atlantide (et accessoirement son ex…). Evidemment, on se doute bien qu’il n’y a plus de continent au milieu de l’Atlantique, je pense qu’on l’aurait remarqué depuis le temps.

Ce tome marque une pause dans la saga. Très peu du mystère est ici dévoilé. On ignore encore tout (ou presque) des circonstances de la chute et la destruction de l’Atlantide. Bernard Simonay en profite pour donner plus d’épaisseur et d’humanité à son héros. Le récit peut sembler plus anecdotique, mais le Crépuscule des Géants n’en reste pas moins très agréable à lire. Les deux premiers tomes étaient assez bons pour nous donner envie de continuer à nous imprégner de cet univers singulier. Et puis, entretenir la frustration est le meilleur moyen de pousser le lecteur vers le quatrième et dernier tome de la saga (malheureusement très décevant paraît-il).

Le style de Bernard Simonay est pour beaucoup dans le plaisir que l’on prend à parcourir le Crépuscule des Géants. Préférant les dialogues aux descriptions, il nous fait découvrir son univers de manière vivante et dynamique. On pourra simplement lui reprocher un très léger penchant pour le manichéisme. Car si certains méchants sont relativement ambigus, les gentils sont vraiment gentils. Heureusement, ils sont avant tout attachants.

Les Enfants de l’Atlantide constitue donc un agréable mélange des genres. Du fantastique dans un monde antique, de l’heroic fantasy au néolithique, une nouvelle mythologie en fait. Si vous aimez à la fois les récits d’aventure et avez toujours eu un faible pour les légendes gréco-romaines, cette série est faite pour vous !

Le Crépuscule des Géants est donc un ouvrage dans la lignée des deux précédents, très agréable à lire, original et parfois vraiment inattendu. Bref du bon bouquin !

VIF-ARGENT, TOME 3 : LE CREPUSCULE DE VIF-ARGENT : Une fin et une fin de la fin très réussies

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vifargent3Le plus dur dans une saga en plusieurs tomes, c’est de savoir conclure. Pour les besoins de l’histoire, on ouvre généralement plusieurs intrigues en parallèle, on plonge les héros dans des situations qui semblent de plus en plus inextricables, on maintient le suspense à son intensité maximale le plus longtemps possible, avant de tout conclure, de tout arranger, de tout terminer en quelques pages. Et il faut avouer que tout cela est généralement assez décevant et rarement à la hauteur du reste de l’œuvre. C’est un écueil auquel la saga Vif-Argent a échappé puisque son troisième et dernier tome, Le Crépuscule de Vif-Argent est totalement réussi et maîtrisé.

La rébellion a été décimée par la trahison de Tanalvah. Une poignée de ses membres ont tout de même réussi à prendre possession de l’Ile de Diamant et y établir leur état libre. Parmi eux, Reeth Cadalson qui se décide à enfin partir à la recherche de la Clepsydre, artefact magique, son dernier espoir de se libérer du mystérieux mal qui le ronge. Mais très vite, l’île est assiégée par des hordes de pirates, tandis que les deux Empires se préparent à unir leur force pour écraser définitivement la rébellion.

Si dans le second tome, l’intrigue avait un peu tendance à stagner, dans le Crépuscule de Vif-Argent, ce n’est pas du tout le cas. Beaucoup d’éléments qui n’avaient été pour l’instant qu’évoqués prennent forme, l’enrichissant d’autant plus. En plus, ce livre a la bonne idée de commencer par un résumé des épisodes précédents, ce qui permet au lecteur de remettre ses idées au clair sur ce monde imaginaire à la structure relativement complexe. On n’a fait pire dans le genre, mais n’avoir aucun soucis de « qui est qui ? » ou « c’est quoi ça déjà ? » est un vrai plus. Cela permet une meilleure immersion dans l’univers crée par Stan Nichols.

Vif-Argent est à ranger dans les sagas « sympathiques, mais pas indispensables ». Le Crépuscule de Vif-Argent est le tome le plus réussi, mais les trois forment vraiment un tout. Les coupures sont totalement artificielles, les trois ouvrages racontant une seule et même histoire. Ce volume est donc vraiment le climax narratif de cette série et aboutit sur un dénouement très réussi, comme je l’ai déjà indiqué. Les allergiques aux fins à la Tolkien seront ravis, les autres la trouveront peut-être un peu abruptes. Mais dans tous les cas, elle est claire et cohérente avec le reste du récit.

Le style de Stan Nichols n’a rien d’exceptionnel, mais reste très agréable à lire. Il privilégie largement les dialogues et l’action, sur les descriptions. Cela donne un roman qui se parcourt sans que l’on ne voit ni le temps, ni les pages passer. L’univers qu’il a crée nous est désormais familier pour ce troisième tome, et c’est un plaisir de s’y attarder. Du coup, on n’est un peu triste de le quitter, surtout que l’on avait fini par s’attacher profondément à ses personnages, qui ont eux-aussi pris de l’épaisseur au fur et à mesure des pages.

Vif-Argent, tome 3 : le Crépuscule de Vif-Argent constitue donc une fin très réussie pour une saga à recommander aux fans du genre. Les autres pourront survivre sans l’avoir lu, mais pourront également y prendre du plaisir.

LE TEMPS DES CERISES (Dan Franck et Jean Vautrin) : Toujours aussi frustrant !

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letempsdescerisesJe suis quelqu’un de plutôt indulgent et optimiste, accordant facilement une seconde chance. Après un premier tome qui m’a laissé une impression mitigée, je me suis tout de même attaqué au deuxième volet des aventures de Boro, reporter-photographe, le Temps des Cerises. Malheureusement, j’y ai retrouvé tous les défauts, mais aussi les qualités, de la Dame de Berlin. Je ne suis donc pas du tout persuadé que Dan Franck et Jean Vautrin auront droit à une troisième chance.

1936, le Front Populaire est sur le point de triompher. Trois ans ont passé depuis les évènements de Berlin, mais Boro continue de se retrouver, souvent malgré lui, en première ligne contre les factions fascistes parisiennes. Cette fois, c’est en volant au secours de Liselotte, jolie vendeuse de 17 ans des Galeries Lafayette qu’il va encore une nouvelle fois se trouver face à la bête immonde.

Les deux principales de la Dame de Berlin se retrouvent dans le Temps des Cerises. Mais en y repensant, il n’y avait vraiment pas de raison qu’elles disparaissent. Le personnage principal reste le principal atout de cette série. Il est ici beaucoup plus mûr que dans le premier tome, mais garde son charme incomparable, son humour corrosif, son sens de la réparti inimitable. Un vrai héros populaire, au sens noble du terme, protecteur de la veuve et de l’orphelin, et surtout de la veuve, surtout si elle est jolie.

L’autre élément agréable est le style léger adopté par Dan Franck et Jean Vautrin. Un style proche du roman de gare, mais en mieux… Un peu comme quand Tarantino rend hommage au série Z, mais version littérature. Le propos est de toute façon assez léger, malgré un contexte sous-jacent éminemment historique et politique, et aurait été ridicule emballé dans de longues phrases pompeuses et ampoulées.

Mais malheureusement, le principal défaut reste le même. Les deux auteurs s’éloignent trop souvent du fil rouge de l’histoire. Du coup, Ce dernier apparaît presque comme un prétexte lointain à différentes péripéties chargées de mettre en valeur le personnage de Boro. Ainsi, le Temps des Cerises, comme la Dame de Berlin, distrait, amuse, mais ne passionne pas. Dan Franck et Jean Vautrin ne nous offrent jamais de moments où l’on tourne les pages avec avidité, pressé que l’on est de connaître la suite. On parcourt se livre sans jamais vraiment y pénétrer, sans réelle immersion dans un univers qui fait pourtant envie. C’est encore une fois dommage car il ne manque pas grand chose, juste une trame narrative plus épaisse et plus intense.

Maintenant, se pose la question de savoir si je vais lire la suite. Je sais à qui l’emprunter, donc cela peut se faire à moindre frais. Je ressens le même sentiment de frustration qu’après la Dame de Berlin et a vraiment envie de voir enfin Boro vivre des aventures à la hauteur de la sympathie qu’il dégage. On verra donc à quelle point ma patiente à des limites.

Le Temps des Cerises n’est pas forcément à éviter. Il est plus frustrant que décevant, car il ne lui manque pas grand chose pour être réellement excellent. Mais bon, parfois, les petites choses sont les plus dures à obtenir. 

LES ROYAUMES D’EPINES ET D’OS, TOME 4 : LA DERNERE REINE (Greg Keyes) : L’apothéose était presque parfaite

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leroyaumedepinesetdos4Ceux qui ont l’habitude de lire mes avis l’auront compris, Les Royaumes d’Epines et d’Os constitue un des tous meilleurs cycles d’heroic fantasy de ces dernières années. Et son quatrième et dernier tome, la Dernière Reine, est dans la droite lignée des trois précédents. Mais il est aussi celui qui contient ce que tous les lecteurs de la saga attendent avec impatience et avidité depuis la première page : le dénouement ! C’est sans doute ce qu’il y’a de plus difficile à réussir dans une œuvre aussi riche et complexe. Et Greg Keyes s’en sort… (suspense insoutenable !).

Anne Dare a repris le trône de Crotheny et se prépare à la guerre contre Hansa et l’Eglise. Elle envoie sa mère comme ambassadrice pour tenter de stopper un conflit qui semble inévitable. Loin d’eux, Stéphane et Aspar tentent eux-aussi de sauver le monde de la destruction et feront face à des forces de plus en plus puissantes.

J’ai lu la Dernière Reine avec la même avidité que les trois tomes précédents. Cette saga est tellement passionnante qu’elle ne se lit pas, elle se dévore ! J’ai donc lu les 550 premières pages avec un bonheur rare et un enthousiasme réel. Ce dimanche, alors qu’il était minuit, il ne me restait plus que 100 pages à lire. J’avais donc le choix de le finir d’un trait, comme j’en mourrais d’envie, mais avec le risque de lutter contre le sommeil et du coup, de ne pas profiter pleinement du plaisir de la lecture. J’ai choisi la seconde option, celle de repousser ça au lendemain soir, passant la journée de lundi à attendre impatiemment de me retrouver dans mon lit pour cette apothéose.

80 pages plus loin, mon enthousiasme était au plus haut face à un final formidablement haletant. Plus que 20 pages pour tout conclure, cela semblait impossible…. Et c’était effectivement trop peu ! La fin de la Dernière Reine est loin d’être ratée, mais simplement trop rapide et du coup, un peu confuse et avouons-le, un rien frustrante. Sans faire du Tolkien, Greg Keyes aurait gagné à prendre un peu plus son temps.

Rendons cependant à Greg Keyes ce qui lui appartient. Si l’extrême fin des Royaumes d’Epines et d’Os essuient quelques critiques, c’est que le reste place la barre très très haut. L’intensité des deux derniers tomes est tout à fait exceptionnelle, la seule erreur de l’auteur et d’avoir voulu la pousser encore plus loin pour le dénouement. Cela part d’un bon sentiment, mais la réussite ne fut pas totale.

Mais cessons-là ces critiques, qui s’assimilent quand même largement à du pinaillage. La Dernière Reine est un des meilleurs bouquins que je n’ai jamais lu et garde sur plus de 600 pages toutes les qualités qui nous ont fait tant aimer les trois tomes précédents. Un récit clair malgré son incroyable richesse (je vous conseille cependant de ne pas lire les 4 tomes avec un an d’intervalle, surtout les deux derniers), un style direct qui vous fait entrer de manière rare au cœur de l’action qui ne ralentit jamais depuis le milieu du troisième tome. Bref, un livre exceptionnel qui vient conclure une saga exceptionnelle.

Personne n’aurait pu se douter que Greg Keyes nous entraînerait là où se termine la Dernière Reine. C’est une des plus grandes forces des Royaumes d’Epines et d’Os ! La saga n’est en rien cousue de fil blanc et constitue un univers vraiment original et unique. Bien sûr, on y retrouve bien des élément classiques de ce genre, mais qui sont ici mis en scène dans un récit hors du commun de l’héroic fantasy.

Je le répète encore un fois, mais La Dernière Reine et plus largement Les Royaumes d’Epines et d’Os est indispensable à tout amateur de près ou de loin d’heroic fantasy et saura séduire un public simplement amateur de récits palpitants et pleins d’aventures.

P.S : Encore un grand merci à Armelle pour ce superbe cadeau d’anniversaire !

L’APPRENTI DU DIABLE (Ellis Peters) : Miss Marple en robe de bure

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lapprentidudiableQuand on pense crime, investigation, coupable démasqué, on pense tout de suite à une vieille dame prenant son thé, genre Miss Marple, ou alors à un détective privé avec un long imperméable, un chapeau et une ville où il pleut tout le temps. Mais, même si c’est plus rare, on peut également penser à un moine dans une abbaye du 12ème siècle. On peut donc penser à Cadfael, personnage crée par Ellis Peters et qui nous plonge en pleine Angleterre moyenâgeuse.

A l’abbaye St Pierre et St Paul de Shrewsbury, le dernier novice, prénommé Meriet, inquiète les autres moines par ses cauchemars à répétition et les cris qu’il pousse la nuit. Il est très vite surnommé l’Apprenti du Diable. Très vite, le perspicace frère Cadfael va chercher à comprendre ce qu’il y’a derrière tout ça. Surtout qu’au même moment, Peter Clemente, ambassadeur du Roi Etienne, a mystérieusement disparu.

Ellis Peters est une romancière anglaise au parcours étonnant. Décorée lors de la Seconde Guerre Mondiale pour son travail dans les communications, elle devint une spécialiste de la littérature tchèque. Puis elle écrivit différents romans historiques et policiers. Puis, à 64 ans, elle décida de mêler les deux pour créer le personnage de Cadfael, dont les aventures comptent 21 tomes et une adaptation en série télévisée. L’image d’une romancière anglaise plutôt âgée revoit donc évidemment à Agatha Christie. Il est vrai que la filiation est indéniable.

Même si le contexte de l’Apprenti du Diable n’a rien à voir avec un Hercule Poirot, on n’est là face à un polar tout ce qu’il y’a de plus classique. Un temps où les enquêtes ne se menait pas à grand coup de test ADN, mais d’interrogatoires, de jugeote et de déductions. Et le frère Cadfael n’en manque pas. Comme tous les personnages de ce type, il est aussi curieux, tenace et va au bout de ses intuitions et de ses raisonnements. Bref il n’a rien à envier à un Columbo des grands soirs ! Même si évidemment, il ne parle pas tout le temps de sa femme…

Mais que ceux qu’Agatha Christie endort de rassure. Le contexte est quand même moins policé que la bourgeoisie anglaise du début du siècle dernier. Il y’a nettement plus de boue et de sang. Bon, il n’y a pas de scènes gores, ni même beaucoup d’action à proprement parler, mais au moins ça sent un peu la sueur et le purin, pas seulement le thé et la camomille.

La plume de Ellis Peters n’a rien à envier à celle de son aînée. Elle maîtrise parfaitement la légèreté du style qui sied à ce genre de lecture. L’Apprenti du Diable se lit donc très facilement et rapidement. Idéal pour les moments de détente, surtout que l’on entre très aisément dans l’intrigue. Et le fait que ce livre soit le 8ème de la série n’a aucune espèce d’importance et ne nuit en rien à la compréhension du récit.

L’Apprenti du Diable n’est donc pas de la grande Littérature avec un grand L, mais de la très bonne littérature policière et historique. Un mélange des genres assez rares (même si de plus en plus répandu) pour satisfaire un large public.

LA DAME DE BERLIN (Franck et Vautrtin) : Un héros est né

ladamedeberlin

ladamedeberlinCréer un personnage que l’on souhaite voir jouer les héros d’une série qu’elle soit littéraire, télévisuelle ou cinématographique est toujours un exercice délicat. Si on se plante, la série est morte-née. Il faut savoir faire naître chez le lecteur-téléspectateur l’envie de le retrouver pour de nouvelles aventures. La Dame de Berlin est le premier tome de celles de Boro, reporter-photographe. Le personnage est parfaitement réussi. Ses aventures un tout petit peu moins…

En 1931, Blémia Borowicz est un jeune assistant-photographe de 20 ans. S’il rêve de devenir grand reporter, il rêve surtout de conquérir Maryka, sa belle cousine, devenue star de cinéma dans une Allemagne, marquée par la montée du nazisme. Pour cela, il se rend à Munich. Les retrouvailles sont chaleureuses, mais l’amour qu’il recherche ne sera pas au rendez-vous. Mais avant de partir, il la prend en photo avec en arrière-plan un homme qui fait vite part de sa fureur. Les deux jeunes gens se moquent de lui, mais vont vite découvrir que ce cliché pourrait avoir des conséquences d’une ampleur inattendue.

Boro est l’archétype du héros ayant pour seule arme son talent, son culot et son insolence. Il énerve autant qu’il séduit les personnes qu’il croise. Mais pour le lecteur, c’est de très loin la séduction qui domine. Il se dégage de lui une fraîcheur et une sympathie des plus réjouissantes. Un vrai personnage romanesque et ça tombe bien puisque la Dame de Berlin est un roman. La vie est bien faite parfois !

Malheureusement, l’intrigue quant à elle souffre de quelques faiblesses. Les aventures de Boro se veulent dans la lignée des romans populaire type Arsène Lupin ou Fantômas. C’est vrai que la Dame de Berlin possède un réel charme un peu désuet tout à fait savoureux. Mais l’histoire a un peu de mal à passionner et ce sont les numéros de charme de Boro qui maintient l’intérêt du lecteur à flots. A vouloir nos offrir une histoire riche et étoffé, Franck et Vautrin éloignent trop souvent l’intrigue de ce qui en constitue le cœur, la relation entre Boro et sa cousine. On se demande souvent où l’histoire va nous mener, et même s’il finit par nous ramener le long du fil rouge de ce roman, on regrette ce détour pas forcément utile.

Dan Franck et Jean Vautrin nous offrent par contre une plume très agréable à suivre. Là aussi, il y’a une réelle volonté de recréer le style des romans « populaires » avec un style direct et assez peu de description. Il y’a beaucoup de vie dans leur écriture et, du coup, dans leurs personnages. Ceci explique notamment qu’ils soient très réussis. La Dame de Berlin se lit donc assez facilement, tel un roman de gare, mais avec une qualité littéraire bien supérieure.

La Dame de Berlin est loin d’être un mauvais roman. Il donne même envie de connaître la suite des aventures de son personnage principal. Mais bon, il laisse tout de même une impression d’une œuvre pas tout à fait aboutie, qui est certes divertissante mais qui aurait pu être facilement réellement passionnante.

LE ROYAUME D’EPINE ET D’OS, TOME 3 : LE CHEVALIER DE SANG (Greg Keyes) : De plus en plus passionnant !

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leroyaumedepinesetdos3En littérature, c’est comme en à peu près n’importe quoi, souvent, le plus dur, c’est de tenir la distance. Nombreuses sont les séries dont l’intérêt décroît au fil des tomes. Rares sont celles qui maintiennent l’intérêt constant. Rarissimes sont celles où l’intérêt se renforce à chaque page. Les Royaumes d’Epines et d’Os fait partie de ces dernières. J’ai déjà chanté ses louanges pour les deux premiers tomes. Je vais donc recommencer pour le troisième, le Chevalier de Sang.

Robert, revenu d’entre les morts, a pris le contrôle du royaume de Crotheny. La princesse Anne ne peut compter que sur peu d’alliés pour espérer reprendre le trône. Pourtant, l’avenir du monde repose en grande partie sur son destin.

Allez pas besoin d’en dire plus. C’est déjà trop pour ceux qui ont lu les deux premiers tomes et pour lesquels il ne faudrait pas gâcher le suspense. Les autres n’auront de toute façon aucune idée de quoi je parle ! En fait, ce troisième volet commence par des péripéties qui ressemblent quand même fortement à tout ce qu’on a vécu au deuxième tome. Du coup, on a presque peur que la saga commence à tourner en rond. En fait, tout cela est reculer pour mieux sauter !

La deuxième moitié de ce livre est absolument fabuleuse. Le rythme monte peu à peu, pour un final incroyable d’intensité. Dans le reste de la saga, on suit en parallèle le destin de chaque protagoniste, ce dernier changeant à chaque chapitre. Dans le final, c’est à chaque paragraphe que cela change. Comme chaque fil narratif est à un comble de suspense, on trépigne d’impatience, quasiment chaque paragraphe se terminant par un « cliffhanger ». Bref, la fin du Chevalier de Sang est digne des meilleures fins de saison de série télévisée.

Du coup, une fois le livre reposé, on n’a qu’une seule envie, c’est de se jeter sur le quatrième et dernier tome. J’ai su résister à la tentation et commencé un autre bouquin, mais j’avoue le regretter au moment où j’écris ces lignes. Mais bon, la frustration a du bon parfois et mon plaisir d’ouvrir la Dernière Reine, le 4me tome des Royaume d’Epines et d’Os, n’en sera que décuplé.

Si les deux premiers tomes avaient séduit par leur richesse, elle est désormais assimilée et nous plongeons cette fois directement au cœur de l’action. Certaines questions trouvent enfin des réponses, même si de nouveaux mystères voient également le jour. Bref, pas une seule page ne nous plonge dans l’ennui. Greg Keyes nous a déjà largement décrit le monde qu’il a fait naître, il peut se consacrer ici entièrement à le faire vivre. Et de quelle façon !

Encore une fois, Les Royaumes d’Epines et d’Os se caractérise par la clarté de l’écriture. Jamais le lecteur ne se sent perdu dans ce monde pourtant complexe et incroyablement riche. C’est là une qualité extrêmement rare pour le genre et qui fait de cette saga une œuvre vraiment remarquable.

Ma conclusion va ressembler à celle du tome précédent. Les Royaumes d’Epines et d’Os, et donc à fortiori son troisième tome, le Chevalier de Sang, représentent un lecture indispensable à tous les amateurs d’héroic fantasy. Mais par sa qualité, elle saura séduire un public bien plus large que les seuls initiés, mais tous les amateurs d’aventures épiques et passionnantes.