IS IT FIRE ? (Jessie Evans) : Virage hasardeux

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isitfirejessieevansOn peut avoir l’esprit punk et vouloir tout de même proposer une musique plutôt élaborée et variée. C’est le cas de Jessie Evans et son album Is It Fire ?. Mais si la musique des Clash et des Sex Pistols a souvent été directe et basique, mais au moins elle compensait par une débauche d’énergie communicative qui fait que leurs chansons continuent de faire sauter partout des générations entières. Ici, rien de tout ça et on pourrait presque le regretter.

Jessie Evans est une chanteuse américaine qui s’est longtemps produite avec des groupes punk (Subtonix, The Vanishing). En 2009, elle commence une carrière solo avec l’album Is it Fire ? qui, on va le voir, représente un vraie tournant musical pour cette artiste. Cependant, elle se produit sur scène très souvent en duo avec Toby Dammit, l’ancien batteur d’Iggy Pop. L’esprit punk n’est donc pas totalement mort chez elle !

Le rapport entre Is It Fire ? et le punk est quand même très ténu. Cet album nous propose plutôt un voyage au son de rythmes tropicaux et chaloupés. L’album sonne très latino, souvent teinté d’un peu d’électro. On est donc dans une musique plutôt calme, avec des instrumentations plutôt soignées, à défaut d’être hyper complexes. Les titres de cet album ne se ressemblent pas, on peut donc saluer un vrai travail de créativité.

Mais cela n’empêche que l’on se heurte très vite aux limites du talent de Jessie Evans. Limite déjà vocale. Le chant manque un peu de chaleur et de profondeur pour cet univers musical. Il y a quelque chose de très sensuel dans la musique latino et la chanteuse a bien du mal à insuffler ce zeste de désir qui ferait toute la différence. Ensuite, les rythmes chaloupés de Is It Fire ? manquent souvent de consistance et certains titres sont à la limite de l’ennuyeux. Si les titres sont variés, aucun d’entre eux ne sort vraiment de l’ordinaire.

Is it Fire ? Commence pourtant plutôt bien. Les trois premiers titres sont plutôt sympathiques et prometteurs. Scientist of Love constitue certainement le meilleur morceau de cet album. Mais ensuite, malheureusement, ça se gâte quelque peu. Jessie Evans alterne alors le bon et le moins bon, mais sans jamais retrouver le niveau du début, à part pour le dernier titre, Sera El Fuego. Du coup, l’auditeur décroche quelque peu et traverse l’album avec une certaine indifférence.

Is it Fire ? est donc d’un intérêt très limité. Le travail aurait pu présenter un certain, mais il se révèle finalement trop plat pour retenir vraiment l’attention. C’est dommage que Jessie Evans n’est pas gardée l’énergie en changeant d’univers musical. On peut saluer la prise de risque, mais cela ne peut pas totalement compenser, il faut bien le dire, une certaine médiocrité. Enfin, ce n’est pas comme si on manquait d’artistes vers qui se rabattre.

Jessie Evans a sans doute pris du plaisir en explorant des terrains inhabituels pour elle sur Is It Fire ?. Malheureusement l’auditeur en prend nettement moins.

Pour finir, faisons le tour des titres que l’on trouve sur Is It Fire ?  

1. Is It Fire?
Un rythme tropical et chaloupé, avec des cuivres très présents, pour une introduction presque prometteuse.

2. Scientist Of Love
Un titre plus jazzy pour un swing sympa.

3. Blood And Silver
Un morceau un rien salsa.

4. Class Magic
Un peu mou et transparent.

5. Let Me On
Plus électro, mais assez chiant.

6. Niños del Espacio
Chaloupé et envoûtant, mais un rien lancinant tout de même.

7. Micheladas
Un très court intermède.

8. Golden Snake
Très latino et cuivré. Manque cependant de peps car la voix de Jessie Evans possède une sensualité limitée.

9. Black Sand
Un peu plat.

10. To The Sun
Un long instrumental assez ennuyeux.

11. Sera el Fuego
Latino et festif pour une fin fort sympathique.

21ST CENTURY MAN (Luke Haines) : D’un rock à l’autre

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21stcenturymanlukehainesLorsque j’écoute un album d’un artiste que je ne connais pas et avant de chercher des informations le concernant pour écrire mon avis, je fais souvent des paris sur sa nationalité. Généralement, ça se joue entre Américain et Anglais. De temps en temps, je tombe sur des artistes plus exotiques, genre suédois, norvégien, australien, ou même français récemment avec Zenzile. Si j’avais du miser de l’argent à l’écoute de 21st Century Man, j’aurais bien vu Luke Haines venir de l’autre côté de l’Atlantique. Mais finalement, il ne vient que de l’autre côté de la Manche. Une erreur certainement due à la grande diversité de sa musique.

Luke Haines est né en 1967 à Walton-on-Thames (info sans intérêt, mais j’aime bien le nom). Il a fait partie de diverses groupes, inconnus pour ma part : The Auters, Baader Meinhof et Black Box Recorder. Il poursuit une carrière solo depuis 2001 et à déjà signé 7 albums. 21st Century Man est le 6ème et est sorti en 2009.

21st Century Man est tout simplement une excellent album. Ca a le mérite d’être clair, mais je vais évidemment vous expliquer pourquoi. Déjà parce que ses qualités de musiciens sont indéniables. Luke Haines arrive à conjuguer maîtrise artistique et énergie dans l’interprétation. C’est le signe des plus grands artistes rock. Cela n’est pas en soi suffisant, mais on apprécie de sentir que l’artiste ne se contente pas de vous sortir ce qui lui passe par la tête et qu’il prend en plus aussi plaisir à l’interpréter. Ainsi, le plaisir est d’autant plus communicatif.

Luke Haines se distingue aussi par sa voix. Rien à voir avec celle de Adam Green dont j’ai parlé précédemment. Ici, c’est avant tout la personnalité et la manière dont il l’utilise qui font la différence. Sur 21st Century Man, Luke Haines n’hésite pas à vraiment interpréter ses textes comme s’il s’agissait d’un rôle. Bref, il met le ton, tout en chantant, ce qui n’est pas donné à tout le monde. Du coup, on flirte parfois avec une légère impression de parodie, mais encore une fois, la maîtrise artistique n’a rien de comique.

Enfin, 21st Century Man est un album rock, mais qui navigue d’un sous-univers à l’autre et parfois même à travers les époques. Luke Haines nous propose certains archétypes du genre, comme la ballade avec violons ou le morceau mélodique avec les chœurs sirupeux qui vont bien. Mais tout cela à sa sauce, si bien qu’on y voit vraiment une réappropriation de clichés plutôt que leur prolongation. Si je devais faire une comparaison osée, Luke Haines est un peu le Quentin Tarantino du rock !

Le tout donne un album assez compact, 10 titres, mais où aucun n’est à jeter. En plus, je trouve que 21st Century Man se termine par le meilleur d’entre eux, celui qui porte le nom de l’album. Un titre entre rock et pop, très élégant, signé par un vrai musicien, pas par un ado boutonneux britannique qui se prend déjà pour le roi du monde. Et surtout, on passe vraiment d’un univers à l’autre, toujours en lien avec le rock, toujours avec le même bonheur. Bref, une ballade musicale agréable et surprenante.

21st Century Man ne contient peut-être pas un méga tube inoubliable. Mais 10 chansons toutes différentes et d’excellente qualité, qui font de cet album un vrai moment de bonheur musical.

P.S : Cet album existe en version double, accompagné d’un autre intitulé Achtung Mutha, mais qui contient à la fois des chansons et des textes récités.

Pour finir, examinons les titres qui composent 21st Century Man.

1.: Suburban Morning
Un titre pop-rock élégant. La voix prend le dessus sur l’instrumentation par sa personnalité marquée.

2.: Peter Hammill
Un morceau plus rock, énergique et sympa.

3.: Klaus Kinski
Une ballade originale autour de ce grand acteur.

4.: Love Letter To London
Une chanson douce, un peu sirupeuse, notamment à cause des chœurs, mais parfaitement réussie.

5.: Wot A Rotter
Un son très années 80 pour un résultat toujours marqué par la personnalité de la voix.

6.: Our Man In Buenos Aires
Un rock assez mélancolique, avec des instruments à cordes pour un résultat presque parodique.

7.: Russian Futurists Black Out The Sun
La voix joue vraiment le texte et c’est bon !

8.: English Southern Man
Une ballade avec violon, où la voix interprète encore le texte en introduction, avant que le morceau ne se transforme en titre pop-rock plus classique.

9.: White Honky Afro
Un titre pop-rock maîtrisé et de bonne facture.

10.: 21st Century Man
Luke Haines boucle la boucle avec un titre qui ressemble au premier et qui constitue une très bonne fin.

MINOR LOVE (Adam Green) : Un bijou ciselé par une voix

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minorloveadamgreenA force d’écrire des avis sur des artistes relativement inconnus, je finis naturellement par en connaître un certain nombre. Adam Green fait partie de ces inconnus qui ne le sont plus trop pour moi puisque je vous avais déjà parlé de son album Sixes & Sevens que j’avais réellement apprécié. Avec ce Minor Love, on franchit un nouveau palier puisqu’il nous livre là un petit bijou, ciselé par cette voix hors du commun.

Décidemment, ces derniers temps, je suis particulièrement attiré par les artistes new-yorkais. En effet, Adam Green en fait lui aussi partie depuis sa naissance en 1981. Il est souvent comparer à Leonard Cohen, avec lequel il partage une voix profonde et caverneuse et surtout un univers musical entre folk et country. Minor Love est sorti en 2010. Il s’agit de son sixième album studio depuis le premier qui date de 2002.

Dès les premières secondes de Minor Love, ce qui vous saute aux oreilles, c’est cette voix. Une voix grave d’une profondeur exceptionnelle. Une voix que l’on prêterait aisément au cow-boy Malboro, mais qui ici, vu l’âge relativement modeste du jeune homme, n’est sûrement pas dû à un cancer de la gorge. Une voix faite pour chanter cette musique-là, de manière presque caricaturale. Mais le talent est là, frappant, incontestable et c’est un vrai régal.

Au-delà, de la voix, il est vrai que Minor Love reste tout de même très classique. Des mélodies que l’on imagine très bien chantée autour d’un feu de camps dans l’Ouest Américain. Les instrumentations sont généralement assez épurées, mais jamais minimalistes. Adam Green s’essaye même parfois à une certaine créativité dans ce domaine avec un jeu de sonorités surprenantes dans un tel contexte. Cela reste assez timide, mais cela fait la différence avec son précédent album.

L’univers d’Adam Green reste centré sur la country et le folk. Mais quelques titres sonnent un peu différemment. Minor Love nous livre quelques passages plus rock et des mélodies plus dynamiques que précédemment. Là encore, c’est un peu limité et on sent bien qu’il n’ose pas tout à fait s’éloigner de trop de son univers habituel. On aimerait parfois qu’il se lâche car le résultat est parfois plutôt séduisant. Cet artiste possède vraiment le potentiel pour s’aventurer bien plus loin.

La densité de Minor Love est remarquable. A part deux petits titres plus en retrait, tous les titres s’écoutent avec délice. De toute façon, l’avantage de posséder une voix aussi remarquable est qu’on a toujours quelque chose sur lequel s’appuyer. Elle représente une constante qui traverse tout l’album. Elle lui permet de nous livrer de petits bijoux comme ce Stadium Soul, pour moi le meilleur titre de l’album. Mais on pourra également citer Give Them a Token, Goblin, Cigarette Burns Forever ou encore Boss Inside. En fait, en dehors de Oh Shucks et Don’t Call Me Uncle, on aurait pu tout citer.

Minor Love confirme donc tout le bien que je pensais d’Adam Green. Un album porté par une voix sublime qui nous transporte du début à la fin.

Pour finir, faisons le tour des titres que l’on trouve sur Minor Love.

1.: Breaking Locks
A l’écoute de ce titre, on est tout de suite transporté autour d’un feu de camps dans le Grand Ouest Américain. La voix nous fait tout de suite de l’effet.

2.: Give Them a Token
Une instrumentation un peu plus complexe pour une très belle chanson.

3.: Buddy Bradley
Un ton plus dynamique, presque joyeux. La voix est presque plus proche de la parole que du chant.

4.: Goblin
Une guitare dynamique pour une chanson presque dansante.

5.: Bathing Birds
Une très jolie ballade mélancolique, dont le rythme s’accélère progressivement.

6.: What Makes Him Act So Bad
Un peu plus rock, mais toujours aussi bon.

7.: Stadium Soul
Un titre qui joue sur la variété des sonorités. Vraiment excellent !

8.: Cigarette Burns Forever
La voix sublime prend des accents crooner.

9.: Boss Inside
Une superbe ballade épurée.

10.: Castles and Tassels
Un titre enjoué et sympa.

11.: Oh Shucks
Un titre dissonant. Pas top !

12.: Don’t Call Me Uncle
Une ballade assez statique.

13.: Lockout
Un morceau enjoué et dynamique. Une instrumentation qui mélange des sonorités très diverses, entre maracas et guitare très rock.

14.: You Blacken My Stay
Un retour à un son hyper country. Très beau final.

CONTRA (Vampire Weekend) : Créatif et foufou

contravampireweekend

contravampireweekendEtre artiste, cela peut signifier se torturer les méninges et être pris de passions irrépressibles et spectaculaires. On peut aussi créer pour changer le monde, faire avancer la société, dénoncer les injustices ou soutenir de grandes causes. On peut aussi vouloir à travers son œuvre explorer le plus profond de l’âme humaine, ses contradictions, ses tourments les plus intimes. Mais on peut surtout créer pour s’amuser sans se prendre la tête le moins du monde. C’est exactement le cas de Vampire Weekend et leur album Contra.

Vampire Weekend est un groupe fondé en 2006 à New York. Quatre copains issus de la fac de Columbia : Ezra Koening (chant et guitare), Rostam Batmanglij (clavier, guitare, chant), Chis Tomson (batterie), Chris Baio (basse). Une formation rock assez classique, même si au final leur musique ne l’est pas tout à fait. Ils ont sorti le premier album, simplement intitulé Vampire Weekend en 2008, avant d’enchaîner avec ce Contra deux ans plus tard.

Si Vampire Weekend a tout d’un groupe de rock classique à première vue, dès les premières secondes de Contra, on s’aperçoit qu’il n’en est rien. En effet, leur musique est pleine de sonorités étranges et originales qui viennent agrémenter l’immuable trio guitare-basse-batterie. Les apports sont généralement artificiels, mais on ne peut pas vraiment pas parler de rock-électro. En effet, les mélodies sont rarement jouer au clavier, mais ce dernier vient compléter l’instrumentation classique, un peu comme le fait la batterie en fait.

Ce qui marque immédiatement est également le côté un peu foufou et enthousiaste de Vampire Weekend. Contra est un album qui ne se prend pas au sérieux, bourré d’énergie et de joie de vivre. Le groupe se fait plaisir et c’est le plus souvent relativement communicatif. C’est assez débridé parfois, mais au moins, cela ne ressemble en rien à un produit formaté produit à la chaîne. Le son livré ici est réellement original et possède une vraie personnalité.

Mais voilà, une fois tout cela dit, est-ce que le résultat est vraiment convaincant ? De mon côté, je suis resté un peu circonspect. Je suis entré tout de suite dans Contra et j’ai vraiment apprécié les premiers titres. Cependant, peu à peu, le côté un peu brouillon a commencé à me lasser. C’est hyper créatif, mais on a parfois du mal à suivre Vampire Weekend dans cette musique qui part dans tous les sens. Quelques fois, on aimerait qu’ils se posent, histoire que l’on puisse mesurer vraiment l’étendu de leur maîtrise derrière toute cette énergie déployée.

Le meilleur titre de Contra reste le principal single, Cousins, qui résume assez bien l’album et qui nous propose ce qu’il y a de mieux chez Vampire Weekend. J’ai aussi un petit faible pour Giant (une chanson bonus pas présente sur toutes les versions de l’album). White Sky et Holiday s’écoutent aussi avec beaucoup de plaisir et y sont pour beaucoup sur la bonne impression initiale que procure l’album.

Au final, Contra nous propose un son réellement original, vertu devenue très rare, mais qui manque un peu trop de maîtrise pour être vraiment génial.

Pour finir, faisons le tour des titres que l’on trouve sur Contra.

1.: Horchata
Un morceau introductif aux sonorités originales.

2.: White Sky
Une ballade pop dynamique, avec toujours beaucoup d’originalité dans l’instrumentation.

3.: Holiday
Enjoué, un peu délirant et sympa.

4.: California English
Un titre assez dissonant, mais rigolo.

5.: Taxi Cab
Une ballade douce et mélancolique.

6.: Run
Une instrumentation plus symphonique, mais cela ne leur ressemble pas trop du coup.

7.: Cousins
Un single dynamique et créatif. Très bon !

8.: Giving Up The Gun
Un titre pop-rock plus classique, mais pas forcément hyper intéressant.

9.: Diplomat’s Son
Un titre un rien chaloupé, mais qui manque un peu d’épaisseur.

10.: I Think Ur A Contra
Un morceau plus épuré, entre voix et piano, accompagné de quelques effets sonores tout de même.

11.: Giant
Un titre très dynamique, chaloupé et assez festif.

12.: California English (Pt. 2)
Psychédélique et évaporé, mais guère convaincant.

THEM CROOKED VULTURES (Them crooked vultures) : Beau casting un peu brouillon

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themcrookedvulturesLes groupes de rock, c’est bien connu, ne prêchent que rarement l’amour éternel et la fidélité tout au long de la vie. C’est plutôt sexe, drogue et sexe… Du coup, on ne s’étonnera pas que la carrière de certaines rock-stars ressemblent plus à de l’échangisme à outrance, plutôt qu’un long et tranquille mariage. Et que je forme un groupe avec machin un jour, puis je joue avec trucmuche le lendemain… Bref, on s’y perd, c’est encore plus dur à suivre que les Feux de l’Amour. Pour preuve, Them Crooked Vulture, un groupe au casting plutôt prestigieux, venu de divers horizons.

The Crooked Vulture est donc formé de Davd Grohl, ancien membre de Nirvana et batteur de son état, Josh Homme, le chanteur des Queens of the Stone Age, et John Paul Jones, bassiste de Led Zeppelin. Il y a donc du lourd dans ce groupe américano-britannique qui n’a pour l’instant produit qu’un seul album, sobrement intitulé Them Crooked Vulture, en 2009. Mais le trio aurait un nouvel album en projet.

Pour être tout à fait honnête, Them Crooked Vulture n’est pas tout à fait à la hauteur de son casting. On est très loin de la qualité de The Queens of the Stone Age, sans même parler des légendaires Led Zeppelin. Bon, pour The Foo Fighters, le groupe actuel de Dave Grohl, ça se discute, vu qu’il propose du bon et du moins bon. Bref, si j’ai bien aimé cet album, je reste persuadé que ce trio pouvait faire nettement mieux. Mais au moins, ils donnent l’impression de vraiment prendre du plaisir.

En effet, Them Crooked Vulture reste quand même relativement basique. Il s’agit de bon gros rock, plein d’énergie et de fougue, mais qui manque parfois sérieusement de maîtrise. C’est même parfois franchement brouillon. D’ailleurs, les meilleurs morceaux sont certainement ceux où le groupe joue plus posément et font preuve d’une plus grande maîtrise. Après, la musique est assez dynamique pour se laisser écouter et donner parfois même envie de pogoter. C’est simple, direct et atteint le plus souvent son but.

Them Crooked Vulture manque quand même d’un très grand tube pour vraiment marquer les esprits. Personnellement, mes deux titres préférés sont Dead End Friends et Bandoliers. Un titre plus rock, un plus calme, mais sûrement les deux où le groupe fait preuve d’un peu plus de maîtrise. Et je trouve que ça leur va plutôt bien. Et pour ce qui est des titres plus énergiques et un peu plus brouillons, j’aime aussi assez Mind Eraser No Chaser. En dehors de ça, il n’y a rien vraiment à jeter, à part éventuellement Warsaw or the First Breath You Take After You Give Up et Spinning in Daffodils. Globalement, l’album est d’une très bonne densité.

Au final, Them Crooked Vulture reste un bon moment de rock’n’roll. Mais trop basique par moment, il n’exploite clairement la totalité du potentiel offert par le prestige des membres qui le compose.

Pour finir, faisons le tour des titres que l’on trouve sur Them Crooked Vulture.

1.: No One Loves Me and Neither Do I
Un rock classieux et efficace.

2.: Mind Eraser No Chaser
Un rock énergique et dynamique, un peu brouillon.

3.: New Fang
Toujours brouillon mais moins enthousiasmant.

4.: Dead End Friends
Pluus maîtrisé et pas mal du tout.

5.: Elephants
Rock très US eténergique. C’est basique et bon.

6.: Scumbag Blues
Voix poussée dans les aigues pour un titre quasi-parodique.

7.: Bandoliers
Presque une ballade au style très maîtrisé. Cela leur va bien aussi.

8.: Reptiles
Style original avec la voix un peu dissonante par rapport à la musique.

9.: Interlude with Ludes
Un titre psyché et évaporé.

10.: Warsaw or the First Breath You Take After You Give Up
Un titre sombre et un peu chiant, malgré un joli solo. Un morceau de 7 minutes quand même.

11.: Caligulove
Un titre très rock. L’énergie compense encore.

12.: Gunman
Un titre plus orchestral et surtout pas mal du tout.

13.: Spinning in Daffodils
Un titre plus transparent pour finir.

HOW SWEET THE SOUND (Joan Baez) : Une voix, une merveille

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howsweetthesoundjoanbaezIl y a des noms qui sonnent comme légendaires, mais quand vous y réfléchissez, vous vous apercevez que vous n’en savez en fait pas grand chose. J’ai déjà vécu ça il n’y a pas très longtemps avec Neil Young. Cette fois-ci, je me suis initié à la musique de Joan Baez, à travers l’album How Sweet The Sound, sorti en 2009, qui nous offre des enregistrements inédits en studio et en live. Un album sûrement un peu « gadget » par rapport à son immense carrière, mais qui a constitué pour moi une très belle porte d’entrée.

Joan Baez est née en 1941 à New-York. Sa carrière a commencé en 1960 pour deux décennies où elle popularisera avec Bob Dylan le folk à travers la planète. Connue pour ses engagements, elle possède une des voix les plus marquantes de cette époque. Depuis, elle continue d’enregistrer tous les trois-quatre ans un nouvel album. Le dernier en date remonte à 2008. How Sweet The Sound est une compilation de divers enregistrements des années 60 et 70.

Dès les premières notes de Man Smart Woman Smarter, on comprend pourquoi son nom est resté légendaire. Car la voix de Joan Baez est à nulle autre pareil et vous transperce immédiatement. Une voix si claire, si fluide, si douce. Beaucoup d’autres artistes se sont situées dans cet univers musical, mais on comprend pourquoi elle constitue un modèle, une icône. Elle est vraiment l’égale de Bob Dylan à l’univers si proche. How Sweet the Sound propose d’ailleurs un duo entre ces deux immenses artistes (I Pity The Poor Immigrant.).

La musique de Joan Baez se situe dans un univers folk très épuré. Une guitare, une voix et c’est souvent tout. Mais il vaut toujours mieux la qualité que la quantité, cette simplicité n’enlève donc rien à la puissance de cette musique. On est transporté par la douceur des mélodies, portées par ce chant si mélodieux. Je ne peux pas vraiment juger de la qualité des textes, mais la liste des titres montrent bien que les paroles de ses chansons reflètent bien les engagements nombreux de cet artiste.

J’aurais pu reprocher à How Sweet The Sound une certaine monotonie. C’est tout de même un défaut que je mets souvent en avant dans mes critiques. Certes, Joan Baez arrive à faire varier sa voix d’un morceau à l’autre. Plus poussée, plus claire parfois, plus posée et grave à d’autres moments, toujours avec le même bonheur. Mais si les titres ne sont pas d’une extrême variété, la magie est toujours présente et on ressort de l’écoute de cet album en voulant encore ! Quand ça touche ainsi au sublime, le temps d’un album n’est pas suffisant pour nous rassasier.

Du coup, il est difficile de ressortir un titre plutôt qu’un autre de How Sweet the Sound. 15 plages pour autant de petits bijoux. On reste vraiment dans l’émerveillement du début jusqu’à la fin. Seule parfois la qualité d’enregistrement de certains titres live gâche de manière infime le plaisir. D’un autre côté, cela permet de resituer cette musique dans son contexte, elle qui est quand même caractéristique d’une époque. Mais le talent de Joan Baez reste totalement intemporel et la magie continue d’opérer avec la même force !

Pour une découverte, ce fut donc une merveilleuse découverte. How Sweet the Sound constitue pour moi une petite révélation et j’ai bien l’intention de creuser la carrière de cette artiste légendaire.

Pour finir, regardons de plus près les titres que l’on trouve sur How Sweet the Sound.

1. Man Smart Woman Smarter
Une petite chanson à la guitare, mais le charme de la voix opère immédiatement.

2. I Never Will Marry
Une voix et une mélodie d’une sublime douceur, avec le renfort de chœurs.

3. Barbara Allen
Une mélodie très épurée, mais quelle voix !

4. Silver Dagger
Un enregistrement live, au son « vintage » pour un nouveau très beau titre.

5. Fennario
La voix est plus posée, mais le charme reste identique.

6. Oh Freedom
Un classique superbement interprété.

7. With God On Our Side
Une très belle ballade très « irlandaise ».

8. A Song for David
Un son plus country, voix plus grave, moins poussée pour un résultat très appaisant.

9. The Night They Drove Old Dixie Down
Une chorale joyeuse et entraînante.

10.Carry It On
Une ballade qui ressemble à du Dylan.

11. I Pity The Poor Immigrant
Une duo entre deux légendes : Joan Baez et Bob Dylan.

12.Diamonds & Rust
Beaucoup d’émotions dans une voix presque cassée.

13.Love Song To A Stranger
Une ballade posée, mais c’est toujours aussi bon.

14.Day After Tomorrow
Un titre chanté presque a capela, mais la voix fait tout !

15.Jerusalem
Une ballade enjouée et parfaite pour finir.

PHRAZES FOR THE YOUNG (Julian Casablancas) : Créatif ou chargé ?

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phrazesfortheyoungjuliancasablancasDans un groupe, l’ego le plus fort est souvent celui du chanteur. Il est vrai que la plupart des cris énamourés des fans lui sont adressés et qu’une voix fait beaucoup pour l’identité musicale d’un groupe. Du coup, il a souvent vite fait de se croire irremplaçable et surtout qu’il n’a pas vraiment besoin des autres pour réussir. Il entame alors une carrière solo, pour que son nom figure enfin seul sur une pochette d’album. C’est exactement ce qu’a fait Julian Casablancas, le chanteur de The Strokes, avec son album Phrazes for the Young.

Julian Casablancas est un américain né avec une petite cuillère d’argent dans la bouche, puisqu’il est le fils de John Casablancas, le fondateur de l’agence de mannequin élite. On imagine donc l’enfance difficile du garçon… Il est néanmoins devenu une rock star en fondant en 1998 The Strokes, avec d’autres musiciens new-yorkais. Après trois albums à succès, il sortira donc cet album solo en 2009. Mais cela ne signifie pas pour autant la fin du groupe puisque The Strokes a sorti un quatrième album, Angies, en 2011.

Bon, j’avoue je suis un peu embêté pour donner mon avis sur Phrazes for the Young. En effet, je lui reconnaît d’immenses qualités, mais au final je n’ai pas été franchement enthousiaste. Tout avis est subjectif, mais cet album est objectivement une œuvre aboutie, celle d’un vrai musicien créatif et doué d’un immense et incontestable talent. Certes, l’album est court, 8 titres seulement, mais chacun d’eux a nécessité un travail important à n’en pas douter.

En fait, mon écoute de Phrazes for the Young a été un peu un chaud et froid permanent. En effet, j’adore environ un titre sur deux. Et inversement, l’autre moitié me laisse plutôt indifférent. Elle n’est pas pour autant mauvaise, mais de mon point de vue pas à la hauteur du reste. L’album commence pourtant fort avec le très bon Out of the Blue. Mais les deux titres suivant, les deux seuls à vraiment se ressembler, ont clairement calmé mon enthousiasme. Ensuite on repart pour deux excellents titres, puis deux moyens, avant un très beau morceau final.

La musique de Julian Casablancas sur Phrazes for the Young est très élaborée. Chaque instrumentation est complexe, extrêmement travaillée, proposant des sonorités diverses, des coupures de rythme. Chaque titre a vraiment sa propre personnalité et ne ressemble guère aux autres. Bref, Julian Casablancas n’est pas un simple chanteur avec une guitare qui pousse la chansonnette. Je ne peux que saluer le travail accompli. Mais cette complexité fait qu’on a forcément un jugement assez tranché sur ces morceaux. C’est un peu ça passe ou ça casse. Ce n’est jamais désagréable, mais on peut trouver ça facilement un peu trop chargé.

Reste cependant un élément présent sur tous les morceaux et qui fait le bonheur de notre oreille : la voix de Julian Casablancas. Une voix profonde au charme particulier. Il sait parfaitement s’en servir comme un instrument à part entière, lui conférant une tonalité adaptée à chacun des morceaux. Mais elle garde toujours ses qualités. On peut d’ailleurs regretter que sur Phrazes for the Young, les instrumentations élaborées écrasent parfois ce chant qui se suffirait largement à lui-même.

Phrazes for the Young est donc un album qui ne laissera certainement indifférent. On peut facilement lui vouer une admiration à la hauteur du travail de création accompli par Julian Casablancas. Mais on peut aussi lui préférer une musique plus directe qui au final touche plus facilement l’auditeur.

Pour finir, faisons le tour de Phrazes for the Young.

1.: Out of the Blue
La voix profonde se pose sur un rock énergique. Quelque chose d’Iggy Pop !

2.: Left and Right in the Dark
Le morceau s’ouvre sur le son d’un vieux synthé, pour un titre aux allures rétro, à défaut d’être génial.

3.: 11th Dimension
Dans la même veine que le précédent, mais en plus dansant et dynamique.

4.: 4 Chords of the Apocalypse
Une ballade entre rock et country, qui possède une vraie puissance et où la voix exprime beaucoup de choses.

5.: Ludlow Street
Une ballade plus pop, mais énergie, créativité et maîtrise s’y marient parfaitement.

6.: River of Brakelights
Un rock électro pas mal, mais sans plus.

7.: Glass
Le clavier y est très présent, mais il écrase un peu trop la voix et c’est dommage.

8.: Tourist
Un rock posé, presque sombre, tout en maîtrise. Une très bonne conclusion.

THE FALL (Norah Jones) : La voix de Norah

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thefallnorahjonesConnaître un succès immense précocement n’est pas toujours facile à assumer. Cela apparaît peut-être comme un cliché, mais on a trop d’exemples en tête pour que cela n’ait pas un fond de vrai. Parmi eux, Norah Jones propulsée star mondiale à 23 ans avec son magnifique Come Away With Me. Depuis, elle récolte des commentaires souvent mitigés et déçus. Alors quand j’ai écouté The Fall, je ne m’attendais pas à grand chose. Mais au final, j’ai tout de même été plutôt agréablement surpris.

Norah Jones est la fille de Ravi Shaktar, célèbre joueur de sitar indien, et de Sue Jones productrice de musique. Elle avait donc les bons gênes pour faire de la musique, sans parler de son magnifique visage, qui prouve une nouvelle fois les bienfaits du métissage. Elle a donc été propulsée star mondiale avec son premier album. Ont suivi Feels Like Home en 2004, Not Too Late en 2007, The Fall donc en 2009 et enfin Little Broken Hearts en 2012.

Come Away With Me nous avait séduit avec ces mélodies épurées, au piano, sur lesquelles se posait une voix splendide et claire, véhiculant des émotions magnifiques. Mais les recettes simples ne sont pas toujours reproductibles à l’infini avec le même succès. On l’avait vu avec Feels Like Home, qui reprenait les mêmes ingrédient, mais avec une bonne dose de magie en moins. Pourquoi ? Cela est difficile à expliquer. Ce sont les mystères de la créations et du succès artistiques. Mais cette fois, avec The Fall, Norah Jones change vraiment son fusil d’épaule. Bon, j’avoue je n’ai jamais écouté Not Too Late et je ne sais comment il se situe entre les deux.

Autant être clair tout de suite, The Fall ne peut soutenir la comparaison avec Come Away With Me. Il faut oublier ce moment de grâce absolue, pour juger cet album objectivement. Ce dernier n’a rien d’exceptionnel, si ce n’est d’être très bon. Norah Jones en adoptant un son plus pop, où les guitares remplacent le plus souvent le piano, a peut-être perdu de son originalité. Elle nous livre une œuvre plus formatée, mais le talent est là, c’est incontestable.

Le talent de Norah Jones réside avant tout dans cette voix qui reste malgré tout une des plus émouvante qui soit. Elle n’a pas besoin de la pousser, elle est juste là, claire et douce, avec une faculté inexplicable de transmettre une émotion. Dans The Fall, elle l’amène parfois à être plus chaude et sexy, mais toujours avec le même bonheur. C’est ce qui fait la force de cette artiste, car même sur les titres un peu moins intéressants, sa voix suffit à nous procurer assez de plaisir pour qu’au final on écoute le morceau avec plaisir.

The Fall nous offre quelques très beaux moments comme I Wouldn’t Need You, une jolie ballade assez représentative de l’ensemble des titres de l’album. Mais il nous offre aussi des moments plus dynamiques et jazzy comme ce très bon It’s Gonna Be. Enfin, Back To Manhattan sonne un peu comme un retourne aux sources pour Norah Jones et c’est pour notre plus grand bonheur. Au final, cet album est assez dense, même s’il comprend aussi quelques titres plus en retrait. Mais encore une fois la qualité de la voix nous pousse à pardonner tout cela aisément.

The Fall confirme que Norah Jones a tout simplement un talent fou, mais n’est peut-être pas le pur génie que Come Away With Me avait laissé espérer. Mais il serait dommage de lui en vouloir pour ça !

Pour finir, faisons le tour des titres que l’on trouve sur cet album.

1.: Chasing Pirates
Un son un rien électro, avec une voix plus chaude que d’habitude. Mais c’est pas mal du tout !

2.: Even Though
Une voix sur un simple rythme. Mais la voix de Norah est bien suffisante !

3.: Light As A Feather
Un ton plus sombre, un rythme plus lent et une voix plus grave.

4.: Young Blood
Un titre qui monte progressivement, mais ne décolle jamais vraiment.

5.: I Wouldn’t Need You
Une très jolie ballade qui nous permet d’admirer pleinement sa voix.

6.: Waiting
Une instrumentation un peu plus soutenue, mais la voix domine encore.

7.: It’s Gonna Be
Un morceau plus jazzy, plus dynamique, mais surtout très bon.

8.: You’ve Ruined Me
Un titre un peu entêtant.

9.: Back To Manhattan
Un morceau plus intimiste, comme un retour aux sources et c’est bon !

10.: Stuck
Un air de Sheryl Crow dans ce titre très country.

11.: December
La voix sur une mélodie épurée. Cela ressemble un peu à un exercice de style, mais un bel exercice.

12.: Tell Yer Mama
Un titre qui ne décolle pas vraiment, mais encore une fois, la voix suffit.

13.: Man Of The Hour
Un titre où Norah semble parler directement à son public pour une très belle fin.

KEEP IN MIND FRANKENSTEIN (Grand Archives) : Bien mais pas top

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keepinmindfrankensteingrandarchivesAu milieu d’une offre musicale quelque peu pléthorique, être juste bon ne suffit souvent plus pour se faire remarquer. On attend de l’originalité ou un talent d’interprétation qui fait vraiment la différence. Cependant, il ne faut pas confondre cela avec la médiocrité et reconnaître tout de même les mérites de tous ces groupes qui forment la base d’où s’extirpent les génies. C’est donc avec bienveillance que je vais vous parler de Keep in Mind Frankenstein du groupe Grand Archives.

Grand Archives est un groupe américain, originaire de Seattle, formé en 2006, autour de son chanteur et compositeur Mat Brooke, qui a fait précédemment partie de Carissa’s Weird et Band of Horses. Les autres membres sont Jeff Montano à la basse, Thomas Wright à la guitare et Curtis Hall à la batterie. Ils ont sorti le premier album en 2008 (sobrement intitulé en Grand Archives), puis ce Keep ind Mind Frankenstein l’année suivante.

Vous l’aurez compris, Keep in Mind Frankenstein est un album bien mais pas top. Ca se laisse écouter, mais c’est vrai que cela n’a rien d’inoubliable. Leur univers musical se situe entre la folk et l’indie rock. Si je devais trouvé un qualificatif, je choisirai celui de paisible pour résumer leur style. Le son est acoustique, souvent assez épuré. C’est le plus souvent très agréable, mais aussi parce que c’est assez discret pour simplement glisser à l’oreille, mais sans que cela ne laisse une impression particulière.

On pourra tout de même reconnaître certaines qualités réelles à Keep in Mind Frankenstein. Déjà, Mat Brooke interprète ses chansons avec conviction. Même quand l’ambiance est assez éthérée, sa voix reste bien posée et pleine de maîtrise. A défaut d’un réelle génie, Grand Archives fait preuve d’une grande application. Ils ne se moquent jamais de l’auditeur et proposent toujours leur meilleur d’eux-mêmes. C’est à la fois une force et une faiblesse, car cela donne une impression de professionnalisme, mais sans non plus de créativité débridée. Or, en musique, il vaut mieux souvent posséder la seconde que le premier. Mais bon, il y a aussi beaucoup de groupes qui n’ont ni l’un, ni l’autre.

A mon sens, le meilleur titre de Keep in Mind Frankenstein reste Left for All the Strays, une ballade paisible et apaisante qui résume assez bien l’univers de Grand Archives. Je citerai aussi Silver Amongst the Gold, sûrement le titre le plus dynamique de l’album. Bon, ça n’est pas non plus d’une énergie folle. On laissera ça à d’autres groupes venus de Seattle… L’album compte aussi trois titres un peu en retrait, à savoir Lazy Bones, Siren Echo Valley, Pt1 et Willoughby. Ca laisse quand même 7 morceaux de très bon niveau. Là encore, c’est bien, mais on a connu mieux !

Keep in Mind Frankenstein est donc un album qui se laisse écouter sans déplaisir, mais ne possède pas le petit quelque chose qui ferait vraiment la différence et pourrait vraiment justifier de l’acquérir plutôt qu’un autre du même genre.

Pour finir, passons en revue les titres que l’on trouve sur Keep in Mind Frankenstein.

1.: Topsy’s Revenge
Une ballade épurée qui ouvre agréablement l’album.

2.: Witchy Park/Tomorrow Will (Take Care of Itself)
La voix reste douce sur une instrumentation acoustique, pour un résultat très agréable.

3.: Silver Amongst the Gold
Un peu plus dynamique mais toujours sympa.

4.: Oslo Novelist
Un titre un peu éthéré, mais cela reste plein de conviction.

5.: Lazy Bones
Titre lent et sans grand intérêt.

6.: Siren Echo Valley, Pt. 1
Dans la même veine que le précédent.

7.: Left for All the Strays
Une ballade paisible et apaisante.

8.: Dig That Crazy Grave
Plus enjoué avec la voix de Mat Brooke qui se fait plus claire.

9.: Siren Echo Valley, Pt. 2
Un joli instrumental.

10.: Willoughby
Un titre un peu transparent pour finir.

PAWN SHOP (Zenzile) : Trésor national

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pawnshopzenzileIl faut admettre que si notre pays a vu naître de très bons chanteurs et chanteuses à texte, du plus poétique au plus drôle, nous ne sommes pas vraiment une patrie de musiciens. Peu de nos compatriotes s’exportent à l’international et l’expression rock français prête parfois plus à la moquerie qu’à l’admiration. Mais si on fouille bien, l’Hexagone recèle quand même quelques trésors pas toujours diffusés comme ils devraient. Parmi eux, Zenzile, un groupe aux influences multiples, qui nous offre ce très bon Pawn Shop.

Zenzile est originaire d’Angers et sévit depuis le milieu des années 90. Il compte cinq membres permanents, mais accueille souvent de nombreux invités, dont certains sont récurrents. Le nom du groupe vient d’un poète sud-africain engagé dans la lutte contre l’apartheid. Pawn Shop est sorti en 2009 et constitue la confirmation d’un changement de style du groupe, passé d’un univers proche du reggae à une musique beaucoup plus rock.

La caractéristique la plus frappante de Pawn Shop est la diversité des titres qu’on y trouve. D’une plage à l’autre, on n’a pas forcément l’impression d’entendre le même groupe. Tout tourne autour d’un univers rock-électro, mais remarquablement vaste, allant même jusqu’à la ballade blues-country. Alors même quand un morceau ne nous convainc qu’à moitié, on sait que le suivant sera si différent qu’on aura toutes les chances de l’aimer ce coup-ci. On traverse donc cet album avec une curiosité de tous les instants.

Cette diversité constitue vraiment le point fort de Pawn Shop. Car si l’on prend les titres individuellement, aucun n’est vraiment un tube inoubliable en puissance. Ils sont tous de qualité, mais le mélange donne un ensemble qui vaut bien plus que la somme de ses parties. Cette diversité musicale traduit surtout le sentiment que Zenzile a l’air vraiment de s’amuser à composer et à interpréter leurs créations. Leur enthousiasme est palpable et réellement communicatif.

Pour aborder avec autant de bonheur autant d’univers musicaux différents, Zenzile fait forcément preuve de vraies qualités de maîtrise. Ce sont de véritables musiciens. Mais ils savent aussi insuffler à leur musique un supplément d’énergie réellement appréciable. Ils ne s’écoutent pas jouer, mais essaye de transmettre quelque chose à l’auditeur. Personnellement, j’ai été plutôt réceptif, c’est pour ça que j’ai vraiment apprécié ce Pawn Shop.

Si je dois mettre avant un titre ou deux, je citerai avant tout l’enchaînement Fire Eater – Mind Over Matter, qui constitue selon moi le meilleur passage de Pawn Shop. Peut-être parce que c’est la séquence la plus rock, et donc qui correspond à mes goûts de base, mais aussi par ce que c’est à ce moment là qu’ils allient au mieux énergie et maîtrise. Mais tout le reste de l’album est vraiment bon, à part peut-être White Spirit et National Quota qui forme à l’inverse le moment le plus faible de cet album.

Au final, Zenzile et leur Pawn Shop confirme une vraie richesse de la scène française (même s’ils chantent en anglais) quand on se donne la peine de fouiller un peu.

Pour finir, regardons les titres que l’on trouve sur Pawn Shop.

01. Histoire de papiers
L’album début par ce morceau porté par une voix très prenante pour un titre pop-rock qui donne envie de découvrir la suite.

02. Life’s a dance
Une ambiance psychédélique pour un titre qui flirte avec l’électro-rock.

03. The crooked man
Un texte quasiment parlé dans un titre assez envoûtant.

04. Motorbremsen
Un instrumental rock-électro pas mal du tout.

05. Fire eater
Un rock plus classique, rythmé et surtout très bon.

06. Mind over matter
Entre rock et hip-hop pour un titre plutôt rafraîchissant.

07. White spirit
Instrumental psychédélique pas très intéressant.

08. National quota
Un titre entre rock, funk et hip-hop, mais la sauce ne prend pas tout à fait.

09. Thursday night rover disco
Texte lu sur la musique, avec un refrain chanté. La voix est grave et très belle.

10. Caution horses
Une ballade blues-country très douce et mélancolique, avant un refrain plus rock et énergique.