Les couvents et les monastères constituent des décors particulièrement propices pour des histoires de toute sorte. Nimbés de mystère et de spiritualité, ils peuvent être l’objet de nombreux fantasmes, liés à l’ignorance par ceux qui vivent en dehors de ce qui se passe réellement à l’intérieur. De nombreux auteurs s’en sont emparés et y donner vie à leur récit. Paul Verhoeven se prête au jeu à son tour et quand on connaît la réputation sulfureuse du Néerlandais, on pouvait s’attendre à un film ne passant pas inaperçu. Benedetta nous fait découvrir, de manière plus ou moins romancé, la vie de Benedetta Carlini qui a vécu en Toscane au début du XVIIème siècle.
La biographie dont ce film est l’adaptation avait pour titre « Sœur Benedetta, entre sainte et lesbienne », ce qui pose relativement bien le sujet. Le film aborde la sexualité de manière crue et le sujet de la religion de manière quelque peu provocante. On y reconnaît pleinement le style de Paul Verhoeven et on comprend aisément pourquoi il a décidé de s’emparer de cette histoire. Il parvient à en tirer un récit ne se contentant pas d’être spectaculaire, mais dégageant aussi de la force et une certaine épaisseur. Le scénario ne nous impose pas de leçon particulière, mais chacun pourra en tirer sa propre morale. En tout cas, il exerce une certaine fascination sur le spectateur qui vit le film avec intensité.
Qu’est ce que ça fait de devenir championne olympique ? Voilà une question que les mordus de sport se sont souvent posés. Personnellement, elle m’est venue à l’esprit en suivant la course cycliste en ligne féminine ce matin, avec la victoire surprise de l’autrichienne Anna Kiesenhofer. Parce que même dans ses rêves les plus fous, elle n’avait jamais dû s’imaginer le devenir. Quand elle a attaqué avec quelques autres en début de course non plus. Dans une course « normale », cette tentative aurait été vouée à l’échec et elle le savait pertinemment.
Mais les kilomètres ont passé et les favorites en jouant à la plus maligne ont oublié de faire descendre l’écart qui les séparait des échappées. A quel moment a-t-elle commencé à y croire ? A quel moment a-t-elle vraiment compris que c’était gagné ? Son cerveau, porté par un corps certainement perclus de douleur par l’effort long et quelque peu surhumain, pouvait-il vraiment tenir un raisonnement ? N’importe qui a pu faire l’expérience de la difficulté à réfléchir quand on est fatigué, mais peu de gens ont expérimenté un tel degré d’épuisement. A-t-elle alors uniquement compris en franchissant la ligne souriante et hilare ? Ou alors est-ce quelques secondes plus tard, quand elle fut frappée de spasmes et de sanglots, sous l’œil indécent de la caméra, que l’idée a pu enfin pleinement prendre forme dans son esprit ? Je ne suis pas sûr qu’il y ait une réponse claire et définitive à la question. Tout ceci restera donc fascinant, magique, mystérieux…
Cela fait quelques temps que l’heroic fantasy n’est plus une affaire uniquement masculine. Au niveau des personnages déjà. L’époque de JRR Tolkien, ou elles se retrouvaient reléguées aux rôles secondaires, est bien désormais révolue. Mais ce changement se fait également sentir de l’autre côté de la plume. On pense évidemment à Robin Hobb est son magnifique Assassin Royal. Mais une nouvelle génération lui a succédé. Je ne parle pas (encore) de l’autrice en devenir qui m’a offert le Prieuré de l’Oranger, mais bien de Samantha Shannon qui a signé cette œuvre riche et passionnante.
Le Prieuré de l’Oranger est un beau pavé qui, heureusement, n’a pas subi un découpage artificiel en plusieurs tomes, comme l’édition française en a le secret. C’est tant mieux car un premier volume aurait pu décourager le lecteur. En effet le récit monte doucement en puissance et le tiers initial ne parvient pas à passionner totalement. Le décor se plante lentement, mais il lève le voile sur un monde dont on apprécie la complexité et l’originalité. Aucun élément n’est réellement révolutionnaire, mais chacun d’eux apporte quelque chose pour donner un peu plus de corps et de densité à cet univers. Il faut d’ailleurs signaler que le roman comporte un lexique et un index des personnages, un peu cachés en fin d’ouvrage, mais que j’aurais utilisé parfois si j’avais eu connaissance de leur existence.
Les super-héros Marvel possèdent de nombreux pouvoirs fort différents les uns des autres. Ceux qui ont l’habitude de lire les comics savent qu’ils en ont cependant tous un en commun… Une capacité à ne jamais mourir définitivement. De grands héros sont tombés, ce qui était alors présenté comme un grand événement. Mais les auteurs se débrouillent toujours à terme pour trouver un moyen de les faire revenir à la vie. Voir arriver sur les écrans un film sur Black Widow, qui a pourtant perdu la vie dans Avengers Endgame, n’a donc rien d’étonnant. Certes, pas de résurrection ici, juste un flash-back, mais on y sent la même volonté de ne pas priver les fans d’une héroïne qu’ils apprécient tout particulièrement. Enfin pas sûr qu’ils apprécient tout autant ce film assez médiocre.
Face à un film comme Black Widow, on est toujours partagé entre l’envie de se montrer malgré tout indulgent pour un film qui nous a tout de même divertit et l’envie de dénoncer une forme de paresse pas vraiment pardonnable, vus les moyens déployés. Certes, on ne s’ennuie pas. On sourit parfois quand le film se tourne vers l’humour. Les scènes d’actions sont efficaces et nombreuses, mais sans grande imagination. Les personnages n’ont rien de particulièrement marquants, même si l’adaptation cinématographique du Maître de Corvée est plutôt réussie, ce qui n’avait rien d’évident quand on connaît le personnage de la bande-dessinée. Et l’intrigue pêche tout de même par un manque d’épaisseur et de crédibilité.
Dans mon billet d’hier, j’évoquais que derrière chaque médaille, il y avait une histoire. Il ne s’agit pas que de sport. Il s’agit aussi d’autant de destins individuels, souvent extraordinaires. On ne devient pas médaillé olympique sans avoir quelque chose qui brûle en soi, allant bien au-delà de l’unique talent. Il faut une volonté, une détermination, une énergie que beaucoup d’athlètes puisent dans des parcours souvent hors du commun. Découvrir ces derniers fait intégralement parti du plaisir que l’on peut prendre à suivre l’actualité sportive. Ceux qui pensent que cela se résume à quelque chose comme « 11 mecs qui courent derrière un ballon » n’ont vraiment rien compris.
Quel meilleur exemple que la médaille de bronze de Lukas Mkheidze, qui a lancé la quinzaine olympique pour la délégation française ! Arrivé en France à 14 ans avec ses parents, fuyant la guerre qui sévissait en Ossétie, région reculée de Géorgie, on sentait dans sa manière de lutter toute l’influence d’une vie qui n’a pas été passée dans le confort et la soie. Sur le tatami, il n’affichait pas la plus belle technique (autant que je puisse en juger en n’étant pas un grand spécialiste du judo) et certainement pas le physique le plus impressionnant (il est le plus petit athlète parmi les Français participant à ces JO), mais il possédait dans le regard un feu qui ne s’acquière pas à l’entraînement.
Depuis la série Sex in the City, on sait que le destin des femmes new-yorkaises peuvent faire un excellent sujet pour une fiction. Mais tout le monde n’a pas le talent pour faire naître une excellente fiction à partir d’un excellent sujet pour une fiction. Pour preuve, ce roman très moyen de Laura Jacobs, simplement intitulé New-Yorkaises. Le destin en parallèle de deux femmes au destin très ordinaire. Du coup, le récit l’est aussi largement.
Le quotidien fournit du matériel pour tous les romanciers du monde. Mais la plupart d’entre eux y mettent aussi un peu d’inattendu, quand ce n’est pas de l’extraordinaire. Pas forcément besoin d’aller jusqu’à l’attaque par des extra-terrestres venus d’une autre dimension, mais tout de même, à un moment donné, il faut vendre un peu de rêve au lecteur. Difficile d’en trouver dans New-Yorkaises qui ressemble à une longue introduction précédent le moment où l’intrigue démarre vraiment. Sauf que l’histoire ne dépassera jamais ce stade. Comme le roman est assez court, cela donne réellement l’impression que Laura Jacobs n’a pas vraiment terminé le travail et s’est contentée de nous livrer une œuvre très loin d’être totalement aboutie.
Nicolas Sarkozy est un bon personnage pour un film. La Conquête l’avait déjà prouvé en 2011. Quand est-il de François Hollande ? Voilà une bonne question que je n’aurais jamais eu l’occasion de me poser si Anne Fontaine n’avait pas eu l’idée de nous offrir Présidents. Certes, cette comédie politique nous propose des personnages très proches de nos deux précédents personnages, sans être tout à fait eux. D’ailleurs ce pas tout à fait résume assez bien les limites du film, par ailleurs très sympathique et plein de bonnes idées.
Si je dois répondre à la question posée dans le précédent paragraphe, je le ferais plutôt par la négative. En effet, si Présidents repose sur un duo, celui-ci s’avère quelque peu déséquilibré. Ou disons que l’un nous rappelle plus le vrai que l’autre. Cependant, peut-être que mon affection pour l’un et ma détestation de l’autre ne me rend pas totalement objectif. Enfin qu’importe. Il n’en reste pas moins une réflexion parfois pertinente sur le monde politique, l’ambition et le goût du pouvoir. Il rappelle aussi à quel point le personnel politique reste composé de simples êtres humains, avec leurs travers et leurs faiblesses. Simplement, en ne choisissant pas clairement entre le film politique et la comédie, le film ne dépassera pas la fantaisie sympathique. L’originalité de la démarche a cependant quelque chose de rafraîchissant.
Tous les quatre ans (ou presque), je raconte la même histoire. Celle d’un jeune adolescent qui, un soir d’été de 1992, est tombé amoureux. Il ne se doutait alors pas que quelque chose allait changer à jamais. Certes, il aimait déjà profondément le sport, dévorant l’Equipe tous les jours depuis le 1er juin précédent. Mais la cérémonie d’ouverture des Jeux Olympiques de Barcelone avait quelque chose de magique, gravant en lui un souvenir qui ne s’éteindra jamais. La magie n’allait jamais s’éteindre pendant quinze jours. Et il attendra désormais toujours tous les quatre ans pour revivre cette magie.
Certes, depuis, je cours toujours un peu après cette magie. J’ai sans doute perdu un peu de capacité d’enthousiasme avec l’âge. Mon amour profond pour les Jeux Olympiques est cependant toujours là. Sinon, je ne serais pas debout à 5h du matin pour mon premier jour de vacances à écrire ces mots. Mais il y a sans doute un peu de nostalgie dans cet amour désormais. Mais la nostalgie est un sentiment comme un autre, qui n’en est pas forcément moins intense. Alors même s’il va falloir se lever tôt, je compte bien vivre pleinement ces Jeux Olympiques de Tokyo, forcément un peu particulier.
Depuis les Rivières Pourpres, Jean-Christophe Grangé est une valeur sûre parmi les auteurs de polar de notre pays. Ses récits ont beaucoup de points communs, nous plongeant toujours dans des univers sombres, où de lourds secrets, généralement sanglants, sommeillent en attendant d’être révélés par un personnage refusant de se contenter des apparences. Lontano nous propose une nouvelle histoire de ce type. Mais heureusement ce schéma de base offre assez de possibilités pour ne pas donner l’impression de raconter toujours la même chose. Et continuer à donner bien du plaisir au lecteur.
Lontano est un roman dans lequel on entre facilement. Le mille-feuilles du mystère se dévoile progressivement, de manière extrêmement classique, mais également extrêmement efficace. Le style est vivant. Le livre peut paraître épais, mais on parcourt les pages avec beaucoup d’avidité et on le termine plus rapidement que prévu. Le rythme du récit offre le parfait équilibre entre un vrai souffle et le temps laissé au lecteur pour bien assimiler l’identité des personnages et les enjeux de l’intrigue. Le dénouement est plutôt convaincant et on ressort de cette lecture sans l’ombre d’une déception.
Quel est le prix que l’on est prêt à payer pour réaliser ses rêves ? Qu’est-on prêt à sacrifier pour y parvenir ? Quand doit-on renoncer ? Vous avez quatre heures… Ou bien vous pouvez faire le choix, pertinent d’aller voir Minari. Un film américain qui vous emmènera en Arkansas pour suivre le destin d’une famille coréenne qui compte y trouver un lieu pour y connaître fortune et succès. Evidemment rien ne sera simple, ni se déroulera comme prévu. Le choc des cultures sera plutôt violent, surtout quand vient se joindre à eux une grande-mère qui ne compte pas spécialement se fondre dans la masse.
Le fameux rêve américain n’a pas fini d’inspirer des histoires, tant il peut être abordé de bien des manières. Il faut bien avouer qu’une vision désabusée donne souvent le résultat le plus intéressant. Minari en est la preuve. Du rêve au cauchemar, il n’y a souvent qu’un pas et toute la volonté du monde ne garantit pas toujours le succès. Tout cela, quand il est traité avec ce qu’il faut d’intelligence, donne un drame au sens noble du terme. On n’en ressort peut-être pas débordant d’optimisme, mais jamais l’histoire ne noircit le tableau de manière gratuite. Le film nous offre une jolie réflexion humaniste, le tout enrobé dans un portrait sans concession de l’Amérique profonde et de ses contradictions.
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