Quiconque me connaît un peu sait très bien que je suis du genre à toujours lire ou à regarder une série dans l’ordre et de manière exhaustive. Mais non, je ne suis pas un psychopathe, même si je soupçonne un certain nombre de personnes de le penser. Il m’arrive donc de faire des exceptions comme je suis en train de le faire avec les livres mettant en scène Kay Scarpetta. Après Mordoc, j’ai donc lu Dossier Benton, sans avoir lu les épisodes précédents… Mais parfois, on regrette de ne pas être un vrai psychopathe.
J’ai pourtant beaucoup aimé Dossier Benton. C’est peut-être même le livre de la série que j’ai le plus apprécié jusqu’à présent. Pourtant, j’ai la sensation que cela aurait été encore plus le cas si j’avais lu le roman qui le précède en premier lieu mais les autres aussi. En effet, il se situe vraiment dans la continuité de Cadavre X et fait référence à beaucoup d’événements passés. Heureusement, Patricia Cornwell arrive à être toujours assez claire pour que le lecteur qui a sauté des épisodes, comme c’était mon cas, ne soit jamais perdu.
Dans Dossier Benton, Patricia Cornwell pousse vraiment son personnage dans ses retranchements. Elle le met en danger et la déstabilise comme jamais. Cela donne un éclairage nouveau sur l’héroïne et la place dans des situations dont elle ne pourra surmonter ces épreuves comme elle l’a fait précédemment. Cela attise la curiosité du lecteur, heureux de sortir de la routine. Les personnages qui lui font face ont assez d’épaisseur pour être des adversaires à la hauteur et nous offrir un agréable moment littéraire.
Préserver un enfant des sujets les plus dramatiques de l’existence est naturel et lui permet de grandir dans une insouciance qu’il aurait trop vite fait de perdre. Malheureusement, être un enfant ne protège pas de tout. La réalité s’impose parfois avec ce qu’elle a de plus dramatique. Les lecteurs de Bettelheim savent bien que les contes de fée ont été inventés pour préparer les plus jeunes à affronter la mort, la perte, le deuil. Quelques Minutes Après Minuit se situe dans cette lignée. Adapté d’un roman jeunesse de Patrick Ness, qui signe aussi le scénario, le film de Juan Antonio Bayona mêle habilement un vrai sens de la poésie avec une dure réalité.
Quelques Minutes Après Minuit est remarquablement écrit. Il nous conduit sans que l’on s’y attendre vers un dénouement très fort. Si le corps du film laissera sans doute indifférent certains yeux d’adultes blasés, la conclusion ne peut qu’émouvoir. On est très loin des propos lénifiants et plein de bons sentiments que l’on peut craindre pour un tel sujet. Le recours à l’imaginaire n’est qu’un moyen pour nous amener vers la dureté de la réalité. Mais le film nous apprendra avant tout que l’affronter est le meilleur moyen pour avancer. Il ne cherche en rien à nous tirer des larmes de crocodile en nous balançant du drame à tout va, mais nous délivre une belle leçon de vie.
Quelques Minutes Après Minuit est aussi remarquablement réalisé. Il bénéficie d’effets spéciaux sublimes et les passages où l’imaginaire prend le dessus paraissent aussi réels que les scènes plus classiques. Cela permet au spectateur de rentrer totalement dans cette histoire et de se concentrer sur le message qui reste l’essentiel de ce film. Le très beau casting tire clairement le film tout entier vers le haut. Il s’agit d’un vrai conte cinématographique. Et on sait à quel point les contes sont les histoires les plus à même de traverser les époques et marquer profondément l’imaginaire collectif.
LA NOTE : 14/20
Fiche technique : Production : River Road Entertainment, Participant Media, Lionsgate, Focus Features, Apaches Entertainment Distribution : Metropolitan FilmExport Réalisation : Juan Antonio Bayona Scénario : Patrick Ness, d’après son livre Montage : Jaume Marti, Bernat Vilaplana Photo : Oscar Faura Décors : Pilar Revuelta, Eugenio Caballero Musique : Fernando Velasquez Durée : 108 min
Casting : Lewis MacDougall : Conor Sigourney Weaver : la grand-mère Felicity Jones : la mère Toby Kebbell : le père Liam Neeson : le monstre James Melville : Harry Dominic Boyle : Anton Geraldine Chaplin : la directrice d’école
Je pense être le critique cinématographique qui parle le plus des bande-annonces. Mais n’étant pas journaliste et n’étant pas invité à des avant-premières de presse, je vais au cinéma comme tout le monde et cela reste le vecteur principal qui me fait découvrir les films sur le point de sortir et qui me donne, ou pas, envie de voir un film. Celle de Primaires ne me disait rien, malgré mon amour réel pour Sara Forestier. Mais il ne faut évidemment pas s’arrêter là car elle ne donne que trop rarement une image fidèle du film. Et c’est bien le cas ici.
Soyons honnêtes, les bons sentiments que l’on pouvait redouter en visionnant la bande-annonce sont loin d’être absents de Primaire. Les sabots sont parfois un peu gros, les ficelles ressemblent parfois à de la corde. Mais voilà, cela fonctionne. Surtout que ceci est largement rééquilibré par une vraie dureté, pour ne pas dire une violence réelle. Etre enseignant revient à être confronté parfois directement à des situations dont la plupart des être humains normalement lâches se détourneraient à la première occasion. Cela est évidemment d’autant plus difficile quand elles touchent de jeunes enfants.
Primaire est donc une ode à tous les enseignants courageux et volontaires. Le film lance au passage quelques petites pics contre le système. Le film est donc un peu militant, mais surtout avant tout humaniste. Tour à tour drôle, touchant, émouvant et donc également dur, il passe peut-être parfois par des situations un peu extrêmes, pas forcément représentatives. Mais la démonstration atteint son but. On retient avant tout le meilleur car l’optimisme prédomine. Un joli film donc, que l’on prend plaisir à aimer sans être, un peu comme l’école, idyllique.
LA NOTE : 13/20
Fiche technique : Réalisation : Hélène Angel Scénario : Hélène Angel, Yann Coridian, Olivier Gorce et Agnès de Sacy Musique : Philippe Miller Montage : Sylvie Lager, Christophe Pinel et Yann Dedet Photographie : Yves Angelo Décors : Tibor Dora Costumes : Catherine Rigault Producteur : Hélène Cases Durée : 105 minutes
Casting : Sara Forestier : Florence Mautret Vincent Elbaz : Mathieu Patrick d’Assumçao : M. Sabatier Guilaine Londez : Mme Duru Olivia Côte : Marlène Peillard Lucie Desclozeaux : Laure Frédéric Boismoreau : Rémy Ghillas Bendjoudi : Sacha Drouet Denis Sebbah : M. Hadjaj Laure Calamy : Christina Drouet Anne Bouvier : la mère de Charlie Antoine Gouy : le père de Denis Nabiha Akkari : une enseignante
Si les biopics sont devenus légions sur nos écrans et ce depuis plusieurs années déjà, il en existe de deux types. Les plus nombreux parlent directement et quasiment uniquement du personnage historique central dont le film raconte l’histoire. D’autres, comme le Dernier Roi d’Ecose ou Life, parlent avant tout de quelqu’un les ayant fréquentés de près. Une sorte de portrait indirect, à travers la façon dont ils ont influencé le destin de ceux qui les ont croisés. Neruda se situe entre les deux. S’il raconte assez directement la manière dont le poète a fui la répression, il parle tout autant du policier qui le poursuivit inlassablement.
Neruda a donc l’immense le mérite de sortir quelque peu des sentiers battus dans un genre devenu un lieu en commun en lui-même. C’est donc avec un vrai plaisir et un œil curieux que l’on parcours ce film. Il serait vraiment dommage de coller une étiquette définitive à ce film qui n’est ni un biopic, ni un polar, ni un film historique… mais tout à la fois, ou même plus que ça. Cela permet de vite oublier les quelques longueurs, quand Pablo Larrain laisse un peu trop ses acteurs cabotiner.
Cependant, Luis Gnecco et Gael Garcia Bernal forment un duo d’acteurs assez formidables pour que là aussi le spectateur soit totalement indulgent. Ils proposent quelques beaux moments de grâce dramatique par leur interprétation. Deux personnages différents qui aboutissent à deux performances très différentes, l’exubérance pour l’un, la détermination froide pour l’autre, mais un point commun : le talent ! Ils tirent le film vers le haut et en fait le vrai point de départ de cette année cinématographique.
LA NOTE : 13/20
Fiche technique : Production : Peter Danner, Juan de Dios Larrain Réalisation : Pablo Larraín Scénario : Guillermo Calderón Montage : Hervé Schneid Photo : Sergio Armstrong Décors : Estefania Larraín Distribution : Wild Bunch Distribution Son : Miguel Hormazabal Musique : Federico Jusid Durée : 108 min
Casting : Luis Gnecco : Pablo Neruda Gael Garcia Bernal : Oscar Peluchonneau Alfredo Castro : Gabriel González Videla Pablo Derqui : Víctor Pey Mercedes Morán : Delia del Carril Marcelo Alonso : Pepe Rodríguez
On commence par le groupe américain Midlake dont j’avais déjà commenté l’album précédent, intitulé The Courage of Others, et qui ne m’avait pas vraiment bouleversé d’enthousiasme. Leur album suivant, Antiphon, me fait le même effet, avec encore moins d’entrain même. Ils nous offrent un rock un rien psychédélique, maîtrisé et auquel on peut trouver une certain efficacité. Mais ça manque souvent cruellement de punch. La qualité est constante du début à la fin, mais une qualité moyenne. Il n’y a pas de tube pouvant tirer l’album quelque peu vers le haut. De plus la voix assez aiguë de Eric Pulido est assez agaçante parfois.
On enchaîne avec Piers Faccini, un artiste anglais multi-casquette puisqu’il est aussi peintre et photographe. Son album Between Dogs et Wolves, sorti en 2013, est son cinquième. Il nous propose des titres assez simples, avec sa voix cassée qui se pose sur un simple air de guitare. Simplement, sa voix ne transmet pas grand chose, pas assez grave, trop monotone. Ce n’est pas mauvais, mais il y a tellement mieux dans le genre que l’on oubliera vite cet album-ci. On peut noter la présence d’une chanson en français, vraiment tristounette cependant.
On termine avec du bon. Du très bon même ! Gaspard Royant, un artiste bien de chez nous, s’est fait connaître avec cet album, 10 Hits Wonder. Il nous propose un rock entre les 60’s et les 70’s. Un style rétro donc mais tout en énergie et en maîtrise. Cet artiste se démarque surtout par une voix qui a un réel impact et donne à sa musique une vraie personnalité. Et ça fait tout la différence. Surtout que les titres ne se ressemblent pas, mais sont tous vraiment excellents. Cependant, si on ne devait en retenir qu’un, je vote pour Marty McFly, le single qui l’a lancé et qui résume à lui seul l’immensité de ce talent.
Les débutants sont connus pour avoir de la chance. Mais ils font plus souvent preuve de maladresse. On pardonne donc facilement des débuts hésitants. Je n’en veux donc pas outre mesure à 2017 d’avoir ouvert cette année cinématographique (du moins pour ma part) par un film que l’on va qualifier de très moyen, pour ne pas être désagréable plus que de raison. Nocturial Animals ne restera donc pas dans les mémoires quand il s’agira, dans 12 mois, de tirer le bilan de l’année.
Nocturial Animals est original par la forme. Croiser deux histoires dont le lien n’a rien d’évident n’est pas non plus le procédé de narration le plus innovant qui soit, mais il faut admettre qu’il reste tout de même utilisé avec parcimonie. Les enchaînements entre les deux récits démontrent toutes les qualités de cinéaste de Tom Ford, entrevues dans son premier film, A Single Man. D’ailleurs, la réalisation reste particulièrement élégante, brillante même par moment. Il possède un vrai sens de l’image et sait se servir de ses qualités pour créer une réelle tension narrative.
Cependant, croiser de manière habile deux histoires quand ces dernières n’ont ni l’une, ni l’autre un intérêt démesuré (léger euphémisme), ne permet pas à un film d’être réellement passionnant. C’est bien le problème de Nocturial Animals. Le fond du récit ne suit pas du tout les qualités incontestables de la forme. Si on ne s’ennuie jamais vraiment, on ressort du film passablement frustré, ayant attendu désespérément le moment où tout prendrait un sens supplémentaire. Or, tout s’achève assez brutalement, laissant le spectateur quelque peu circonspect. Et quelque peu déçu également.
LA NOTE : 10/20
Fiche technique : Production : Artina Films, Fade to Black Productions, Focus Features, Focus Features Distribution : Universal Pictures International France Réalisation : Tom Ford Scénario : Tom Ford, Robert Salerno, d’après le roman « Tony et Susan » d’Austin Wright Montage : Joan Sobel Photo : Seamus McGarvey Décors : Shane Valentino Musique : Abel Korzeniowski Costumes : Arianne Phillips Durée : 117 min
Casting : Amy Adams : Susan Morrow Jake Gyllenhaal : Tony Hastings, Edward Sheffield Michael Shannon : Bobby Andes Aaron Taylor-Johnson : Ray Marcus Isla Fisher : Laura Hastings Armie Hammer : Hutton Morrow Ellie Bamber : India Hastings Laura Linney : Anne Sutton Michael Sheen : Carlos
Si le « Printemps Arabe » et ses prolongements auront marqué profondément ce début de XIXème siècle, son équivalent cinématographique se fait doucement mais sûrement. Après le Maroc avec Much Loved, Hedi nous emmène en Tunisie au cœur de toutes les lourdeurs des traditions et d’une forme de pression familiale qui prennent le pas sur la simple quête du bonheur. Un film caractérisé par une trame simple, un propos clair, mais malheureusement un dénouement pas totalement convaincant.
La simplicité ne représente ni un défaut, ni une vertu. Mais il impose un certain niveau d’exigence car il n’y aura pas de superflu pour rattraper un essentiel défaillant. Hedi n’est pas un film raté dans le sens où il délivre de manière franche un propos loin d’être caricatural. Rarement une histoire n’aura été aussi peu manichéenne. Tout le monde veut le bonheur de tout le monde, mais quand tout le monde n’en a pas la même conception, cela aboutit à des situations où seul la tristesse demeure.
Mohamed Ben Attia ne semble pas bien savoir comment achever son propos. Il choisit une fin pas moins cohérente qu’une autre, mais d’une manière assez brusque, comme s’il n’était pas lui même convaincu de son choix. Cela prive le film d’une véritable conclusion qui aurait pu apporter un surcroît de profondeur à la réflexion. Du coup, Hedi est plus une simple photographie d’une société qu’un vrai film humaniste sur les ressorts universels du bonheur.
LA NOTE : 11/20
Fiche technique : Production : Nomadis images, Les films du fleuve Distribution : Bac films Réalisation : Mohamed Ben Attia Scénario : Mohamed Ben Attia Montage : Azza Chaabouni Photo : Frédéric Noirhomme Musique : Omar Aloulou Durée : 93 min
Casting : Majd Mastoura : Hedi Rym Ben Messaoud : Rim Sabah Bouzouita : Baya Omnia Ben Ghali : Khedija Hakim Boumsaoudi : Ahmed
Le 7ème art permet de voyager tout atour du monde. Il permet de visiter bien des pays, de plonger au cœur de bien de sociétés, de réalités loin de nos yeux d’Occidentaux aux prétentions constantes d’universalisme. Le Cambodge n’est pas une destination forcément très fréquentée sur nos écrans, mais Diamond Island constitue une bonne occasion de s’y rendre et de découvrir le quotidien de ses habitants et les fossés qui traversent sa population. Un voyage d’autant plus plaisant qu’il se fait à travers un film plutôt réussi.
Diamond Island reprend l’histoire éternelle des romans d’apprentissage. Le provincial, un rien bouseux, qui débarque à la capitale. Que ce soit Paris ou Phnom Penh, que ce soit aujourd’hui ou au XVIIIème siècle, les ressorts sont les mêmes. La trame du scénario ne réserve donc pas d’immenses surprises et peut être facilement considérée comme très classique. L’intérêt est ailleurs, dans ce dépaysement, dans cette découverte propre au Cambodge, même si là encore les parallèles avec d’autres lieux ou d’autres époques peuvent être facilement établis. Cela n’enlève rien cependant à l’intérêt du film et de son propos.
Diamond Island bénéficie de plus d’une photographie soignée. La lumière est parfaitement utilisée pour sublimer telle ou telle situation et les images en disent souvent plus que les dialogues. Un vrai sens de l’image, mais jamais au détriment du propos. La camera ne montre pas que la beauté, mais bien la réalité tout entière, mais il le fait avec un sens aigu de l’esthétisme. Les acteurs sont eux aussi parfaits, ce qui prouve encore une fois que la planète entière est peuplée de formidables comédiens. Encore une autre raison de voyager !
LA NOTE : 13/20
Fiche technique : Réalisation : Davy Chou Scénario : Davy Chou en collaboration avec Claire Maugendre Direction artistique : Kanitha Tith Décors : Samnang Pak Costumes : Samphors Chorn Photographie : Thomas Favel Son : Vincent Villa Montage : Laurent Leveneur Musique : Jérémie Arcache et Christophe Musset Production : Charlotte Vincent Durée : 99 minutes
Casting : Sobon Nuon: Bora Cheanick Nov : Solei Madeza Chhem : Aza Mean Korn : Dy Samnang Nut : Virak Samnang Khim : Lakena Samnang Meng : Mesa Jady Min: Lida Sreyroth Dom : James Batham Oun : Blue Sleyleap Hang : Pinky Phara Phon : Ana
Il est temps de reprendre la rédaction de ce billet entamé il y a plusieurs mois déjà, avant l’été, et que j’ai laissé en plan comme beaucoup de choses suite à mon déménagement et les mois d’adaptation qui ont suivi. Ma vie reprenant doucement un cours normal, je vais poursuivre ma réflexion sur la démocratie, toujours d’actualité en cette période de primaires.
Dans la première partie, j’avais abordé différents modes de scrutin qui pourrait permettre de choisir démocratiquement un chiffre entre 1 et 5. En effet, la démocratie est aujourd’hui relativement incapable de répondre à ce type de question en dehors du choix d’un candidat. La démocratie sait sans problème de choisir la personne qui sera chargée de répondre à une question, mais pas de déterminer la réponse.
Le référendum apparaît comme le seul outil électoral de la démocratie représentative. Or, il souffre de terrible défaut. En réduisant, toute question à un oui-non, il réduit de manière parfois affligeante la pertinence des débats. Il pousse surtout des personnes aux intentions contraires à apporter la même réponse à la question. Qu’il y avait-il de commun, lors du référendum sur la Constitution Européenne, entre le non europhobe d’extrême-droite et un non souvent de gauche qui reprochait au texte de trop limiter le projet européen à sa dimension économique ?
La démocratie représentative a donc été imaginée pour permettre d’éviter de trancher par un vote solennel toutes les questions. Certes, on vote bien à l’Assemblée Nationale, mais cela se juxtapose avec des procédures plus complexes de droit d’amendement et de vote par article. Ce système a fait ses preuves, mais n’est pas exempt de défaut… En effet, le clivage binaire entre gauche et droite appelle encore et toujours à tout ramener à une conception manichéenne des choix finalement faits. Cela aboutit au spectacle étonnant de lois dont les articles ont été votés à la majorité, parce qu’une large part des parlementaires approuvent globalement le contenu, se voir risquer un refus global pour des raisons uniquement politiciennes.
Il y aujourd’hui une large aspiration à une démocratie plus directe. Les citoyens souhaitent être associés plus directement à des décisions dont ils se sentent aujourd’hui totalement exclus. Je n’ai pas vocation ici à expliquer le pourquoi, ni même juger d’un sentiment que je ne partage pas vraiment à titre personnel. Il est fort et a des conséquences de plus en plus lourdes, il s’agit donc bien d’y apporter une réponse.
La Suisse et son système de votations particulièrement fréquentes constituent peut-être un exemple à suivre. Le référendum souffre peut-être de beaucoup de défauts aussi parce qu’il n’est pas assez souvent utilisé et il perdrait son côté défouloir s’il devenait plus fréquent. Peut-être. Mais je maintiens que ramener des problèmes complexes à des questions binaires pose un grave problème en soi de simplification outrancière du débat. Il ne permet surtout pas de connaître ce que veulent vraiment les partisans du non. Veulent-il plus, moins ou autre chose ?
Alors prenons le pari d’organiser un vote qui ne soit pas binaire ! Utilisons un des modes de scrutin que j’ai évoqué dans la première partie et voyons ce que ça pourrait donner à grand échelle.
Le plus simple revient à simplement imaginer une élection où on remplacerait les personnes par des propositions. Si on revient à l’exemple du vote sur la Constitution Européenne, on aurait pu imaginer un grand vote à l’échelle européenne où plusieurs textes auraient été proposés. Il y a bien sûr des contextes plus nationaux ou plus locaux où ce genre de processus serait plus facile à organiser. Comme pour l’élection présidentielle en France, on pourrait imaginer un système de tri au préalable des propositions. Pour être proposées aux électeurs, elles devraient recevoir un certain nombre de soutiens d’élus ou même de simples citoyens, même si ce dernier cas, idéal, pose des problèmes d’organisation. Suffit alors de proposer ensuite un mode de scrutin pour départager les propositions comme pour n’importe quel vote pour désigner un élu.
Cela paraît tellement simple, que l’on s’étonne que cela n’ait jamais été vraiment proposé à grande échelle. Simplement, il ne faut pas non plus être naïf, le principe n’est pas sans défaut. Il peut vite se ramener à un affrontement entre deux blocs et pas sûr que cela permette une démocratie apaisée dans laquelle tout le monde se retrouve. La tyrannie des 51% de votants qui feront adoptés un texte ou une loi restera totale et pourra être mal vécue par la majorité (les 49% qui ont fait un choix différent, plus les votes blancs et les abstentionnistes).
On pourrait imaginer minorer quelque peu cet inconvénient en utilisant comme mode de scrutin un vote où on élimine à chaque tour la proposition ayant reçu le moins de voix. Certes, cela pourrait rallonger considérablement les procédures de vote mais pour un texte important, comme une nouvelle Constitution, cela pourrait valoir le coup. Par contre, il faudrait prévoir la possibilité de fusion des propositions à travers des compromis entre deux tours. Cela pourrait permettre aux différentes propositions de s’enrichir mutuellement. Cependant, on peut imaginer qu’une partie des supporters de la proposition de départ soit mécontents de ces arrangements qui reviendrait à un jeu politicien classique que les citoyens ne supportent plus.
Reste alors les modes de scrutin type « médiane » ou « moyenne ». Cela pose évidemment plusieurs contraintes puisqu’ils ne fonctionnent qu’avec des propositions quantifiables et tout ne peut pas s’y réduire. Mais on pourrait imaginer tout de même trancher des propositions aussi complexes que le poids relatifs de chaque secteur dans un budget par ce biais là. En théorie, cela aurait l’avantage de permettre de vraiment dégager une « synthèse » de l’ensemble des opinions où chaque vote pèserait autant qu’un autre dans l’élaboration du résultat.
Cependant, là encore, cela n’a rien d’une solution idéale et sans défaut. En effet, cela interdirait toute politique un peu audacieuse. La tyrannie des 51% deviendrait la théorie du « milieu », qui est peut-être préférable, mais certainement pas dans tous les cas. De plus, cela pousserait facilement le citoyen à des raisonnements qui le pousseraient à fausser son propre vote. Si j’en reviens à mon exemple du chiffre entre 1 et 5, si les sondages annoncent que le résultat sera proche de 2 et que je souhaite 3, je vais voter 5 pour décaler au maximum le 2 vers le 3. La tyrannie du « vote utile » en viendrait donc à fausser le résultat.
De tout cela, on ne peut conclure qu’une chose. Il n’existe sûrement pas de solution miracle et sans défaut. Mais une chose est au contraire certaine, notre démocratie manque parfois d’imagination quant aux procédures qu’elle utilise. Les exemples que j’ai balayés ne sont qu’une infime partie de ce qu’imaginent beaucoup d’esprits fertiles qui proposent régulièrement bien d’autres innovations démocratiques en termes de mode de scrutin. Il serait bon d’en essayer certains à grande échelle. Quelques initiatives pointent doucement leur nez comme le budget participatif d’Anne Hidalgo. Espérons que l’exemple soit assez concluant pour en inspirer d’autres !
On début cet avis avec Prefab Sprout, un groupe anglais au nom bizarre mais qui sévit depuis les années 80. Mais je suis ici pour vous parler de Crimson Red, leur dernier album en date sorti en 2013. En tout cas, l’expérience fait la différence, comme dirait le pot de Nutella, car le groupe propose un son pop-rock dynamique, avec quelques accents jazzy et groove. Le résultat est solide, même s’il manque peut-être une petite étincelle pour être vraiment enthousiasmant. Les titres ont cependant un minimum de variété pour ne jamais être monotones et sont de qualité constante. On retiendra notamment le titre Devil Came a Calling.
On enchaîne non pas avec un double, ni même un triple, mais bien un septuple album. Une rétrospective de la carrière de Duane Allman, donc j’ignorais le nom, mais qui a été classé deuxième plus grand guitariste de tous les temps par le magazine Rolling Stone. Cette Skydog, the Duane Allan Retrospective permet de découvrir la carrière de cet immense artiste mort en 1971, à 24 ans seulement, dans un accident de moto. Mais la valeur n’attend pas le nombre des années et on découvre plus de 120 titres entre blues et rock. Des titres où il chante, où il accompagne ou des titres instrumentaux. On sent effectivement une maîtrise artistique parfaite. Le registre est vraiment très classique et on notera aussi un grand nombre de reprises de titres rock des années 60. Une vraie découverte que j’ai été heureux de pouvoir faire.
Jonathan Wilson est un artiste américain qui, quand il ne produit pas ou n’accompagne pas d’autres artistes, sort des albums solo comme ce Fanfare. L’album s’ouvre sur deux titres éthérés, dont le mixage donne une impression d’enregistrement dans un immense hangar vide. De multiples instruments interviennent, des cuivres et des violons notamment, ce qui pourrait justifier le titre de l’album, mais globalement c’est assez chiant pour être honnête. Puis arrive Love to Love, un titre entre rock et country énergique et convaincant pour le coup. Le reste sera plus dans cette lignée sans être pour autant jamais vraiment emballant.
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