
Dans la salle, le silence était respectueux, les cœurs serrés. Son discours a pris l’auditoire aux tripes. Et les applaudissements furent le signe d’une profonde émotion, d’un respect infini pour ce courage et les souffrances subies. Au milieu de nos histoires de motion et de CSG, cette intervention a constitué un retour à une réalité dont nos débats politiques au ras de la moquette semble bien éloignés. Une manière brutale de relativiser, emplie de larmes et de sang.
Mais dans nos applaudissements, il y avait aussi une forme de soulagement. Nous étions heureux de voir qu’il y avait des gens pour mener ce combat, combat au vrai sens du terme. De vivre cette guerre, cette horreur quotidienne dont notre société semblait à jamais protégée. Dans nos applaudissements, il y avait aussi un espoir. L’espoir que ce courage suffirait à détruire Daech, qu’il nous protégerait de lui, qu’il nous protégerait à jamais de la guerre. Pas de celle que l’on vit à travers son écran de télévision, dans des images venus de territoires lointains. Mais celle qui marque dans la chair.
Cette réalité là nous a rattrapés de manière brutale et dramatique. Notre pays, notre nation est en guerre. Elle l’a été et l’est toujours au Mali, où des soldats français sont morts. Elle l’est en Syrie et en Irak, même si ce n’est qu’au travers de moyens aériens. Tout cela pouvait nous paraître loin, ne concerner que quelques professionnels. Mais non, cela nous concerne tous, cela fait de nous tous, citoyens français, les acteurs d’un conflit qui nous semblait jusqu’à vendredi totalement étranger à notre réalité quotidienne et concrète.
On peut débattre longtemps de l’historique qui nous a conduit à cette situation. De la pertinence des choix que notre pays et d’autres pays occidentaux ont pu faire ces dernières années. De notre incapacité à régler certains problèmes au sein de notre propre société qui crée un terreau propice au basculement d’esprits fragiles. Il y a dans ce domaine autant d’analyses qu’il y a d’analystes, tant les choses sont complexes, les dimensions superposées et les causes et conséquences multiples. J’essaye tant faire se peut de ne pas dépasser mon domaine de compétences dans ces pages, alors je n’ajouterai pas ma pierre à l’empilement des explications, même si j’ai évidemment mon opinion sur le sujet.
Je ne m’improviserai pas non plus en spécialiste de la géopolitique et de la tactique politico-militaire. Il est clair que nous sommes engagés dans un cercle vicieux que nous avons très certainement contribué à engendrer. Arriver en croisés, penser tout régler de manière unilatérale, ou même avec l’aide de quelques alliés occidentaux, à coup de bombes et d’une intervention militaire au sol constituerait très certainement une erreur funeste qui renforcerait encore le cercle. Mais que faire alors ? Je n’ai certainement pas la prétention d’avoir la réponse.
Simplement, j’entends parler dans beaucoup de discours prononcés depuis vendredi d’une guerre contre le terrorisme, radicalement différente de la guerre telle que l’on se l’imagine habituellement. Certes, cette dimension appelle des réponses d’une toute autre nature. Cependant, ce n’est pas de ça dont nous avait parlé Asya Abdullah au mois de juin. Ce qu’elle vit, c’est bien une guerre au sens premier du terme, avec en face d’elle une armée ennemie au service d’une structure qui se veut un état, qui a une capitale, contrôle un territoire, lève des impôts et a un chef. C’est aussi cette guerre là qui nous a rattrapé vendredi. Une guerre dont nous faisons déjà parti et dont on ne peut nier l’existence.
Si je ne sais comment y mettre fin, ce que je sais, ce que je mesure encore plus fortement depuis vendredi soir, c’est la chance incroyable, historique, que j’ai, moi, Français, né en 1979. Pour moi, la guerre, celle qui blesse, tue et fait couler le sang dans ma propre ville reste un concept si étranger, si inconcevable qu’il représente une horreur absolue quand il se manifeste. Peut-être qu’aujourd’hui, c’est une faiblesse, que cela me rend vulnérable, que cela fait de moi une cible facile. Mais cela n’est rien comparé à la bénédiction offerte par la paix que mon pays, sur son sol, connaît depuis 1945.
Alors que cette horreur ne nous fasse jamais renoncer à tout ce qui a contribué à cette paix. A la démocratie, à la volonté de vivre dans une société ouverte, tolérante, qui soutient les plus fragiles. Que les travers de nos institutions nationales et européennes ne nous fassent pas oublier qu’il n’existe aucun autre modèle apportant la paix et la sécurité. Qu’aucun pouvoir fort et autoritaire ne permet l’épanouissement des citoyens. Que si notre liberté est autant haïe par certains, si elle est attaquée, c’est parce qu’elle est notre force, pas notre faiblesse ! Que protéger la fraternité et le vivre ensemble n’est pas de l’angélisme mais un combat difficile et exigeant. Que la violence est souvent l’expression de la lâcheté et non du courage !
Mais souvent n’est pas toujours…

Regression s’attache à décrire les mécanismes de la psychose, du doute qui s’installe et du biais qu’il engendre dans la perception des choses. C’est ici que réside le vrai sujet du film, bien plus que l’enquête en elle-même et la quête de la vérité. Ce point de vue n’est pas dénué d’intérêt, mais il est traité avec trop de cette froide efficacité qui peut engendrer les meilleurs thrillers, mais qui ici fait de ce film une réflexion lisse et superficielle. De plus, les ficelles de l’intrigue sont grosses et il faut vraiment être myopes pour ne pas voir arriver les rebondissements. Alejandor Amenabar a décidément du mal à trouver des scénarios qui réservent de vraies surprises… même si pour les Autres, ce n’était pas vraiment de sa faute.
Il est clair que The Lobster s’adresse uniquement à ceux qui apprécient l’humour au 800ème degré et très, mais alors vraiment très, décalé. Il y a dans ce film très certainement la volonté de nous livrer une satyre de certains penchants de nos sociétés, mais ce qui domine c’est surtout le plaisir d’emmener le spectateur là où il ne s’imaginait pas aller un jour. Tous les acteurs jouent le jeu avec un talent et un aplomb remarquables. Ce n’est pas du grand cinéma, mais au moins on tient là le souffle de créativité pure qui manquait à cet automne cinématographique.
On enchaîne avec un nouveau groupe allemand, comme son nom ne l’indique pas du tout, Gel Well Soon et leur album The Scarlet Beasts O’Seven Heads. L’ambiance est éthérée, avec souvent un effet loin du micro et c’est globalement assez mou du genou si vous me permettez l’expression. La seule grande qualité est une certaine variété au niveau des mélodies et des ambiances, mais jamais aucun titre ne décolle vraiment.
On termine avec une vraie déception, l’album Electric Soul du groupe Zenzile. J’avais vraiment apprécié Pawn Shop, le précédent album. Mais là, il nous livre une musique électro lancinante et disons-le tout net assez chiante. Les arrangements ne sont pas toujours mélodieux du tout, la mélodie et la voix s’ajoutent au lieu de se compléter pour un résultat parfois insupportable. Certains titres sont heureusement mieux maîtrisés, mais l’album reste globalement terriblement inégal et jamais transcendant.
Belles Familles est loin d’être un mauvais film. Mais il peut décevoir à plusieurs points de vue. Déjà parce qu’on peut s’étonner qu’un monstre du cinéma français ait attendu 12 ans pour revenir à l’écran avec un film aussi anodin. Jean-Paul Rappeneau est particulièrement peu profilique, on attend donc beaucoup plus de chacune de ses œuvres. De plus, il échoue à donner ce supplément d’âme, d’épaisseur à son scénario et à ses personnages pour donner au spectateur de vraies raisons de s’enthousiasmer. Au final, il nous livre un énième film familial, entre comédie des mœurs et vaudeville, qui se laisse regarder, mais s’oubliera vite.
En effet, esthétiquement, Crimson Peak est vraiment superbe. En particulier, les décors sont parfois sublimes. Il est vraiment dommage que l’émotion qu’ils font naître ne viennent pas soutenir une intrigue plus solide. Côté casting, on notera surtout le charisme particulier de Tom Hiddleston. Rarement un acteur est arrivé à être aussi inexpressif tout en étant aussi présent à l’écran. C’est vraiment lui, et son personnage, qui donne le seul supplément d’âme à une histoire qui en manque cruellement. Allez Guillermo, un effort ! Accepte de raconter des histoires écrites par d’autres !

Il n’empêche que la démonstration est brillante, convaincante et particulièrement pertinente. Le casting formidable y est pour beaucoup, le choix aussi d’un film court, percutant et qui s’attache à l’essentiel. Mais le fond de la réflexion présente par elle-même un réel intérêt, en décortiquant ces petits riens, ces attitudes à première vue anodines qui peuvent enfermer autrui dans l’image que l’on s’en fait. Enfin, Fatima se démarque enfin par un certain courage, n’hésitant pas à aborder les rapports au sein même « des exclus ». Bref, tout le monde en prend pour son grade et donne à ce film un caractère objectif et particulièrement éclairant.
The Visit fait donc parfois rire, parfois peur. On est toujours partagé entre deux sentiments et si on sourit très souvent, c’est toujours quand même avec un peu de crispation. M. Night Shyamalan possède de plus ce sens de l’image et de la mise en scène pour créer une ambiance pesante à partir de pas grand chose, ce qui constitue la marque des plus grands films du genre. Mais il ajoute une petite touche en plus, avec un final particulièrement réussi et jouissif, où le cinéaste démontre à quel point tout cela est maîtrisé. Avec ce film, ne doutons pas que le réalisateur s’est fait un petit plaisir… mais qui nous fait également bien plaisir !
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