Je poursuis donc mon exploration d’un des arbres généalogiques le plus célèbres, à savoir celui des Rougont-Macquart, avec Au Bonheur des Dames. Un volume qui ne dépayse guère le lecteur puisqu’il reprend le même personnage principal (ou presque) que le précédent (Pot-Bouille). Un volume que j’ai abordé avec une certaine impatience car il m’a souvent été décrit comme un des plus exceptionnels lors de discussion familiale sur le sujet. Enfin rassurez-vous, on se raconte aussi des histoires drôles à table en famille, on ne parle pas que littérature.
Dans Au Bonheur des Dames, on retrouve le style d’Emile Zola dans toute sa splendeur. J’aurais malheureusement envie de dire aussi dans tout son excès. On en ressort avec un vocabulaire considérablement enrichi, connaissant désormais tous les sortes d’étoffe possibles et imaginables. Les pages de ce roman sont peuplées de longues listes, de descriptions… allez j’ose le mot… interminables. Avec tout le respect que je dois à cette œuvre essentielle de l’histoire littéraire, je dois avouer que je me suis parfois quelque peu ennuyé pendant sa lecture.
Après évidemment, je vendrais un de mes bras (enfin de préférence le gauche) pour pouvoir écrire aussi bien qu’Emile Zola. La profusion des descriptions n’est pas non plus totalement vaine. Elle sert à souligner la profusion qui règne dans le magasin où l’action se déroule. Cela fonctionne parfois merveilleusement bien, mais le procédé atteint vite ses limites. Enfin, ceci n’est qu’un petit accroc dans une œuvre tellement immense que l’on aurait bien tort de s’y attarder.
Un grand film repose souvent sur un grand personnage. Ils peuvent être évidemment de pure fiction, née de l’imagination d’un écrivain ou d’un scénariste. Mais on peut aussi piocher dans le monde réel qui compte lui aussi des figures assez marquantes pour leur consacrer un film. Lance Armstrong en fait assurément partie. Toute la difficulté réside dans la transformation de l’envie de faire vivre un personnage à l’écriture d’une histoire construire avec un début, un milieu et une fin. Cela exige de faire des choix. Pas sûr que Stephen Frears ait fait les bons pour The Program.
Etant un grand amateur de cyclisme, j’ai beaucoup aimé The Program. Mais surtout parce que le travail de retranscription d’épisodes « historiques » est relativement remarquable. Malheureusement, si vous ne connaissez pas déjà tout de ces péripéties, vous aurez bien du mal à apprécier ce travail et beaucoup de choses vous échapperont. A trop vouloir coller à la chronologie complète de la carrière du coureur américain, Stephen Frears nous livre un film bien trop factuel. Certes, cela donne un portrait vivant, mais un portrait trop superficiel et rapide, qui ne prend pas le temps de s’attarder sur les points les plus marquants de cet homme fascinant pour le meilleur ou pour le pire. Il aurait très certainement mieux valu se consacrer sur un épisode précis de sa trajectoire, notamment sa chute, au lien d’affiche une volonté d’exhaustivité.
On retrouve dans The Program tout ce qui peut forcer l’admiration dans ce genre de biopic. En particulier, la ressemblance physique entre Ben Foster et le vrai Lance Armstrong. Ce n’est pas la première fois qu’un comédien livre une telle performance, mais cela reste épatant. Malheureusement, tous les personnages ne sont pas aussi convaincants… quand on est francophone. Bon, faire interpréter Johan Bruyneel, un flamand, par un français et donc le faire passer pour un wallon, faut être pointu pour tiquer. Par contre, faire interpréter le docteur Ferrari par Guillaume Canet est déjà plus problématique. Peut-être que les anglophones n’y voient que du feu. Par contre, pour un Français, son accent italien forcé est un peu ridicule. Bref, c’est un détail, mais à l’image de beaucoup de choses dans ce film, le signe d’une œuvre par tout à fait aboutie.
LA NOTE : 12/20
Fiche technique :
Production : Anton Capital Entertainment (ACE), StudiCanal, Working Title Films
Distribution : StudioCanal
Réalisation : Stephen Frears
Scénario : John Hodge, d’après le livre de David Walsh
Le problème depuis Festen, c’est que les films sur les secrets de famille paraissent désormais toujours un peu fades. Il est pourtant encore possible de partir de cette base pour proposer une œuvre convaincante. La preuve avec Boomerang, le nouveau film de François Favrat, un réalisateur qui s’affirme un peu plus à chaque nouveau long métrage. Certes, on atteint pas les sommets du chef d’oeuvre de Thomas Vinterberg, mais on tient ici un des films français les plus solides de l’année.
Solide déjà parce que Boomerang bénéficie d’un scénario remarquablement bien écrit. Pourtant, la trame est relativement linéaire et classique. Le soupçon initial, le mystère qui semble plus souvent s’épaissir que se dissiper, les indices qui se lient peu à peu, avant que tout s’assemble enfin au moment de connaître enfin la vérité. La mécanique est connue, mais elle est ici formidablement bien huilée. Rien n’est cousu de fil blanc, l’intrigue progresse à un rythme subtilement équilibré pour permettre à la fois une tension constante liée à la frustration de ne pas savoir et des éléments qui se succèdent assez vite pour que jamais l’histoire ne patine.
Solide aussi parce que le casting l’est aussi. Le duo Laurent Laffite et Mélanie Laurent fait partie de ce qui se fait de mieux dans le cinéma français actuel. On ne peut pas dire que leur rôle dans Boomerang les pousse dans leurs derniers retranchements. Mais ce n’est pas parce que le rôle est « facile » (enfin tout est relatif) qu’il ne permet pas d’apprécier pleinement le talent quand il est bien au rendez-vous. Un mot aussi sur la jolie prestation d’Audrey Dana
LA NOTE : 13,5/20
Fiche technique :
Production : Les films du Kiosque, France 2 Cinéma, TF1 DA, UGC, OCS, Cine +
Distribution : UGC distribution
Réalisation : François Favrat
Scénario : François Favrat, Emmanuel Courcol, d’après le roman de Tatiana de Rosnay
On commence avec un album qui réunit deux interprètes. The Marble Downs réunit le groupe de folk écossais Trembling Bells et le songwriter américain Bonnie Prince Billy. Un album gentillet mais de qualité, aux instrumentations simples. La voix de la chanteuse de Trembling Bells, Lavinia Blacwall, est la plus remarquable, dommage qu’elle soit moins présente que celle de ses collègues masculins. L’album monte en puissance sur une bonne moitié de la playlist avant de proposer des titres nettement moins intéressants sur la fin. On retiendra avant tout I Can’t Tell You’re Leaving.
On poursuit avec Mothers and Tygers, 5ème album d’Emily Loizeau, sorti en 2012 et dernier en date. Sa très belle voix nous saisit immédiatement, portée par une musique douce, harmonieuse et des textes poétiques. Les mélodies sont simples, mais toujours plaisantes. La qualité des titres reste constante et élevée, sans « tube » sortant du lot. Du coup, l’album ronronne quelque peu. Mais un ronronnement agréable qui nous berce tendrement. Je sortirais tout de même le morceau Infant Sorrow du lot.
On termine avec Rats du groupe de rock alternatif Balthazar. Ils nous offrent une musique un peu décousue mais toujours agréables, dégageant une vraie personnalité. Leur rock est tranquille, mais toujours interprété avec conviction. Dommage que l’album perd un peu en intensité au fur et à mesure, proposant certains titres assez transparents. Ils se reprennent quelque peu sur la fin, mais c’est clairement le premier tiers de l’album qui est à retenir.
Qui n’a jamais rêvé d’être un artiste ? Bon ok, peut-être une partie de la population, je n’en sais rien. Simplement, je trouvais que cette interrogation métaphysique sonnait bien pour introduire ma critique de Marguerite, l’histoire d’une femme persuadée qu’elle est une grande chanteuse lyrique alors que sa voix sonne horriblement et désespérément faux. Le nouveau de Xavier Giannoli, un réalisateur à la carrière inégale, mais qui nous offre de temps en temps de très beaux films. Celui-ci en fait partie.
Marguerite repose déjà sur un bon « pitch »… Allez soyons francophone, disons une bonne idée de départ. Le grand mérite de Xavier Giannoli est de ne pas s’être arrêté là, comme c’est souvent le cas dans le cinéma français (enfin surtout pour les comédies). Il brode autour de ça une histoire plus complexe et riche que ce que l’on pouvait imaginer a priori. C’est surtout la très belle galerie de personnages particulièrement fournis qui fait vraiment la différence, donne une vraie épaisseur à cette histoire et ravi le spectateur.
Marguerite restera à coup sûr un des rôles les plus marquants de Catherine Frot. Elle figure depuis longtemps parmi les piliers du cinéma français et n’en est pas à son premier premier rôle, loin de là ! Mais rarement elle aura occupée ainsi seule le haut d’une affiche, surtout d’un film d’une telle qualité. Elle éclabousse la pellicule de son talent dans un rôle qui semble avoir été crée spécialement pour elle. N’est justement pas l’apanage des plus grands comédiens de toujours donner cette impression ?
LA NOTE : 14/20
Fiche technique :
Production : Fidélité films, Gabriel Inc, France 3 Cinéma, Sirena Film, Scope Pictures, CN5 productions, Jouror cinéma
Après les biopics sur des chanteurs (je crois qu’à ce niveau là, on a fait le tour), des acteurs ou des Présidents des Etats-Unis, la nouvelle mode est au génie binoclard quelque peu asocial. Certes, Un Homme d’Exception avait valu un Oscar à Ron Howard en 2002 (on se demande encore pourquoi d’ailleurs), mais c’est surtout en 2015 que le genre a pris son envol. Après Alan Turing et Stephen Hawking, voici donc le Prodige, l’histoire de Bobby Fischer, peut-être le plus grand joueur d’échecs de tous les temps, mais très certainement le plus profondément zinzin (pour rester poli).
Le Prodige est très certainement contestable dans son exactitude historique. Mais si on se rappelle que ce n’est qu’un film, on appréciera la mise en scène de ce personnage dont Edward Zwick décide de faire un héros malgré tout. Il y a un parti pris scénaristique fort, très hollywoodien certes, mais assez bien mené pour faire un film sur un joueur d’échecs un film à vrai suspense, au moins autant que beaucoup de polars ou autres films d’action. Certes, on reste loin de la qualité de Blood Diamond, mais le réalisateur signe là son meilleur depuis lors… Bon faut dire, ce n’est pas très difficile non plus.
Tobey Maguire a la bonne idée de ne pas avoir cherché la ressemblance physique à tout prix. Il reste lui-même (physiquement parlant) mais livre un joli numéro d’acteur, démontrant qu’il a été certainement jusqu’alors dans sa carrière assez sous-exploité. Ce n’est pas non plus un rôle à Oscar, mais une performance assez convaincante et solide pour rendre crédible le Prodige. Comme quoi avec un peu de talent, on arrive à faire de bons films avec à peu près n’importe quel sujet.
LA NOTE : 13/20
Fiche technique :
Production : Gail Katz productions, MICA Entertainment, Material Pictures, PenLife Media, PalmStar Media
On dit souvent que les films sont moins bons que les livres sont ils sont tirés. Je trouve personnellement que ce genre de jugement définitif revient à comparer deux choses trop différentes pour avoir réellement un sens. Cependant, il est clair que de très bons romans ont donné naissance à des films assez médiocres. C’est clairement le cas de Les Rivières Pourpres de Jean-Christophe Grangé. Le long métrage, signé par Matthieu Kassovitz, n’était vraiment pas à la hauteur de ce excellent polar.
Ayant vu le film à sa sortie (ce qui remonte quand même à un petit bail), je connaissais déjà la chute finale mais cela ne m’a en rien gâché le plaisir. En effet, l’intrigue de Les Rivières Pourpres est assez complexe pour qu’on effeuille le mystère aussi lentement que dans les meilleurs strip-teases. Le lecteur a donc le droit à son lot de surprises et de rebondissements. Rien n’est cousu de fil blanc, même si le récit est assez bien construit pour que tout s’enchaîne avec une implacable logique a posteriori. C’est au final assez classique, mais construit avec assez de talent pour sortir du lot.
La plume de Jean-Christophe Grangé est solide et efficace, à défaut d’être totalement brillante. Il arrive à créer une véritable ambiance de mystère, même quand l’intrigue semble encore éparpillée entre des événements n’ayant à première vue aucun lien entre eux. On sent toujours qu’il va se passer quelque chose à la page suivante et cela pousse le lecteur à dévorer cet excellent polar. Les deux personnages sont aussi particulièrement réussis. Encore une fois, on retrouve des archétypes de flics que l’on retrouve souvent dans ce genre de roman, mais ils sont mis en scène avec ce supplément de dextérité qui fait la différence.
Le monde étant peuplé de plus en plus de personnes âgées, il est normal qu’ils soient de plus en plus présents sur nos grands écrans. Le film de vieux est à l’honneur. Youth aurait pu se contenter d’en être un parmi d’autres s’il n’était réalisé par Paolo Sorrentino, Oscar du Meilleur Film Etranger il y a deux ans pour La Grande Bellezza. Un cinéaste au style très particulier qui ne laisse personne indifférent. Sa nouvelle production en fera assurément de même.
Si, comme moi, vous n’avez pas aimé La Grande Bellezza, alors vous aurez beaucoup de raisons de ne pas aimer Youth non plus. En effet, on retrouve ici une réalisation baroque, tendance rococo, hyper chargée, qui cherche à vous en mettre plein la vue à chaque plan. C’est fait avec un immense talent, mais aussi une immense complaisance. Paolo Sorrentino se regarde filmer de manière narcissique, allongeant son film bien plus que de raison. C’est du cabotinage version metteur en scène. Trop, c’est trop et il est vraiment regrettable de voir autant de talent gâché par autant d’autosatisfaction.
Mais si, comme moi, vous n’avez pas aimé La Grande Bellezza, vous pourrez quand même aimé Youth. En effet, ce film est parcouru d’une émotion très pure, très simple, presque naïve. Or, le contraste entre la réalisation et son sujet donne un résultat singulier et étonnant. Sans les défauts cités plus haut, il n’est pas certain que le film aurait été meilleur, tant il aurait perdu son essence même. Ce goût sucré/salé, aigre-doux donne toute sa saveur à cette œuvre d’une fraîcheur particulière.
P.S. : inutile de préciser que si vous avez aimé La Grande Bellezza, vous adorerez Youth !
LA NOTE : 14/20
Fiche technique :
Production : Indigo Film, Pathé, Bis films, C-films, Number 9 films, Medusa Film
C’est toujours avec une petite pointe de tristesse que l’on quitte un héros et un univers que l’on a appris à apprécier. C’est donc avec un pointe de regret que j’ai terminé Le Glaive et l’Etalon, 6ème et dernier épisode des Livres de Corum, de Michael Moorcock. Une conclusion à l’image de la saga, avec ses forces et ses faiblesses, mais dont le style unique reste particulièrement original et séduisant.
Le Glaive et l’Etalon conclut donc un deuxième cycle. Vu la longueur de chaque roman (moins de 200 pages), on peut même considérer que c’est la fin d’un deuxième tome. N’allez donc pas croire que cette histoire en six parties se soit étirée artificiellement plus que de raison. Le style et le récit restent particulièrement concis et vifs, ne s’attardant jamais en des longues descriptions. Ajoutée à cela une ambiance toujours aussi ésotérique (mais un nettement moins qu’au début), ce dernier tome comme tous ses prédécesseurs laissent une large place à l’imagination.
Une conclusion à la hauteur du reste de la saga donc, mais une conclusion qui arrive tout de même juste avant que le récit de ne s’essouffle. Le Glaive et l’Etalon est tellement dans la lignée des épisodes précédents que cela donne une impression de répétition qui ne s’apparente pas encore à de la lassitude. Michael Moorcock aura donc exploité pleinement son personnage et son univers, le quittant au moment opportun. Même si le lecteur serait bien resté encore un peu quand même…
Au cinéma, comme ailleurs, nous aimons être surpris, croiser de l’originalité, une nouveauté surprenante et inattendue. Cependant, nous aimons aussi compter sur les valeurs sûres, visiter des domaines connus, où nous nous sentons en sécurité dans un environnement familier. Prémonitions propose clairement ce dernier genre de voyage. Un film tissé avec de la grosse corde. Mais même quand le matériau est quelque peu grossier, le bon artisan sait tout de même en tirer du bon travail.
Prémonitions est donc un thriller qui reprend tous les éléments classiques du genre. La petite pointe de fantastique ne change pas grand chose à l’affaire, nous sommes là devant une traque de serial killer comme le cinéma nous en a déjà proposé beaucoup. Mais voilà, le jeune réalisateur brésilien, Afonso Poyart, n’est pas maladroit pour articuler tous ces ingrédients et nous livrer un résultat convaincant et jamais ennuyeux. La trame est épaisse, mais ce n’est pas pour autant cousu de fil blanc.
On peut tout de même reconnaître à Prémonitions le mérite d’aborder un sujet assez sérieux et de livrer une conclusion qui n’est pas tout à fait celle que l’on pouvait attendre dans un contexte aussi hollywoodien. Bon, puisque cela joue un rôle important dans le suspense crée par l’intrigue, je n’en dirai pas plus, si ce n’est pour préciser que cela contribue à quitter ce long métrage sur une impression encore plus positive. Le film permet de profiter du plaisir toujours réel de voir Anthony Hopkins à l’écran, dans un rôle de docteur, on en avait l’habitude, mais qui cette fois chasse un serial killer. Mais dans un sens ou dans un autre, le talent de cet immense acteur est bien là.
LA NOTE : 13/20
Fiche technique :
Réalisation : Afonso Poyart
Scénario : Sean Bailey, Peter Morgan et James Vanderbilt, d’après un sujet de Ted Griffin
Direction artistique : Cameron Beasley
Décors : Frank Galline
Costumes : Denise Wingate
Montage : Lucas Gonzaga
Musique : BT
Photographie : Brendan Galvin
Production : Thomas Augsberger, Matthias Emcke, Beau Flynn et Tripp Vinson
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