LA TETE HAUTE : Emmanuelle Bercot, côté pile

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latetehauteafficheCatherine Deneuve dit peut-être parfois des conneries sur Dunkerque, mais quand même, quelle actrice ! J’aurais pu limiter ma critique de la Tête Haute à cette simple phrase, mais cela aurait été un crime vis-à-vis de la richesse de ce film. Si Emmanuelle Bercot a reçu une formidable récompense avec son prix d’interprétation féminine au dernier Festival de Cannes, il serait dommage d’oublier son éclatant talent de réalisatrice qu’elle démontre ici et qui avait valu à ce film de faire l’ouverture de ce même Festival de Cannes.

La Tête Haute rappelle forcément Mommy, avec cet adolescent incontrôlable et sujet à la violence et cette mère dépassée par les évènements. Mais les deux films ne parlent pas tout à fait de la même chose. Le film d’Emmanuelle Bercot reste avant tout un film social. Les personnages occupent tout de même une place centrale, mais le contexte dans lequel ils évoluent constitue plus qu’un décor. Il y a une réflexion sur le système de prise en charge et plus largement sur la manière dont toute la société fait face à ce genre de cas. Il n’y a ni gentils, ni méchants, seulement des êtres humains qui interagissent avec leurs motivations propres, que le film expose sans jugement. Le tout est traité avec beaucoup d’intelligence, de sensibilité et surtout à partir d’une narration qui entraîne définitivement le spectateur.

latetehauteJ’ai déjà cité la prestation tout simplement parfaite de Catherine Deneuve, pas besoin d’y revenir. Mais c’est vraiment tout le casting qui est à saluer, tout comme le travail de direction d’acteurs. Je trouve même Benoît Magimel très bon et convaincant, c’est dire ! Sara Forestier est elle aussi impressionnante, avec une vraie transformation physique. Mais c’est surtout la justesse du jeu des acteurs adolescents qui montre la qualité du travail accompli. Le jeune Rod Paradot est la vraie star de ce film et on peut déjà lui promettre un César du Meilleur Espoir Masculin. Quant au César du Meilleur Film, on en a connu des pires !

LA NOTE : 14/20

Fiche technique :
Production : Les films du Kiosque, France 2 Cinéma, Wild Bunch, Rhône-Alpes Cinema, Pictanovo
Réalisation : Emmanuelle Bercot
Scénario : Emmanuelle Bercot, Marcia Romano
Montage : Julien Leloup
Photo : Guillaume Schiffman
Décors : Eric Barboza
Distribution : Wild Bunch Distribution
Son : Pierre André, Séverin Favriau
Durée : 119 mn

Casting :
Rod Paradot : Malony
Catherine Deneuve : La juge
Benoît Magimel : Yann, l’éducateur
Sara Forestier : Séverine, la mère
Diane Rouxel : Tess
Elizabeth Mazev : Claudine

CONNASSE, PRINCESSE DES COEURS, GOOD KILL : Du bon version abrégée

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connasseprincessedescoeursBon, cela fait une semaine que je dois réécrire deux critiques que j’ai perdues suite à un bug informatique, et j’ai quand même la méga flemme. Mais faut vraiment que je m’y colle parce que sinon je vais prendre du retard. En plus, c’est deux films dont j’ai envie de dire du bien, alors ça me chagrine de manquer à ce point de courage. Pour tout de même surmonter ce manque de motivation, j’ai fait un deal avec moi-même et vous livrer mon propos en version raccourcie. On m’a dit récemment que mes critiques étaient parfois un peu frustrantes parce que trop courtes… On verra plus tard pour y remédier (ou pas…).

On commence par Connasse, Princesse des Coeurs. Un film que je ne me serais jamais imaginé aller voir et encore moins aimé. En effet, Camille Cottin me met beaucoup plus mal à l’aise qu’elle ne me fait rire à la télévision. Mail il est vrai, que la bande-annonce parvenait à faire envie et que les critiques étaient étonnament bonnes. Finalement, cela donne un « Borat » à la française, plutôt bien construit, où aucune situation ne s’éternise inutilement et qui arrive vraiment à créer un personnage très attachant, malgré son caractère insupportable. C’est drôle, sans être hilarant et sans jusqu’à aller parler de « suspense », on se demande quand même où cela va nous mener. Bref, un passage étonnament réussi sur grand écran.

goodkillafficheOn poursuit avec Good Kill, un film qui nous plonge au cœur de la guerre menée par l’armée américaine en Irak et en Afghanistan… mais vu derrière un écran et un joystick depuis Las Vegas. En effet, ce film nous parle des pilotes de drônes qui font la guerre avec des horaires de bureaux. Après Demineurs et American Sniper, on découvre une nouvelle facette de l’impact que peuvent avoir ces conflits d’un nouveau genre sur ceux qui les vivent. Ce film rappelle avec force que même si le missile est lancée à des milliers de kilomètres de distance, il n’en reste pas moins des morts à l’arrivée et des hommes qui doivent vivre avec la culpabilité de les avoir provoqués. Et rentrer chaque soir retrouver bobonne n’y change rien. Le film est peut-être parfois un peu répétitif, mais le propos est salutaire, très bien construit et parfois passionnant. Il s’agit avant tout d’un film de personnages et ceux-ci sont marquants, aider par le talent de leurs interprètes, Ethan Hawke en premier lieu. Un film fort qui méritait mieux qu’un passage finalement assez discret sur nos écrans.

LES NOTES :

CONNASSE, PRINCESSE DES COEURS : 12,5

GOOD KILL : 14

CONNASSE, PRINCESSE DES COEURS
Fiche technique :
Production : LGM productions, Les productions de la connasse, Gaumont, Silex films, TF1 Films Production
Distribution : Gaumont Distribution
Réalisation : Eloïse Lang, Noémie Saglio
Scénario : Eloïse Lang, Noémie Saglio
Montage : Sandro Lavezzi
Photo : Thomas Bremond
Musique : Fred Avril
Durée : 80 mn

Casting :
Camille Cottin : La Connasse

GOOD KILL
Fiche technique :
Production : Voltage pictures, Dune films, Sobini films
Distribution : La Belle Company
Réalisation : Andrew Niccol
Scénario : Andrew Niccol
Montage : Zach Staenberg
Photo : Amir Mokri
Décors : Guy Barnes
Musique : Christophe Beck
Directeur artistique : Robert Scoville
Durée : 102 mn

Casting :
Ethan Hawke : Tom Egan
January Jones : Molly Egan
Zoë Kravitz : Vera Suarez
Jake Abel : Zimmer
Peter Coyote : Langley
Bruce Greenwood : Jack Jones

LE LABYRINTHE DU SILENCE : Affronter le passé

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lelabyrinthedusilenceafficheSavoir affronter sa propre histoire sur grand écran n’est pas donné à tous les pays. Les Etats-Unis le font depuis longtemps avec un brio qui a succédé au récit hypocrite d’une conquête de l’Ouest idéalisée. La France s’est engagée timidement sur ce chemin, avec des films comme Indigènes, la Rafle ou l’Ennemi Intime. L’Allemagne aussi a pris le même chemin qu’on imagine évidemment douloureux quand on connaît le rapport difficile de cette nation avec son passé. Cette psychothérapie collective avait pour l’instant surtout porté sur la réunification à travers de films à succès comme Goodbye Lenin ou la Vie des Autres. Elle s’attaque cette fois à un sujet beaucoup plus lourd avec le Labyrinthe du Silence, qui nous raconte comment un jeune juge à forcer tout un pays à regarder en face les crimes commis par certains de ces concitoyens.

Le Labyrinthe du Silence aurait pu se heurter aux mêmes limites et aux mêmes critiques que celles qu’a pu connaître un film comme la Rafle en son temps. En effet, l’histoire est romancée, personnalisée, dramatisée au tour de destins individuels quand la problématique concerne tout un peuple. Certes, on a envie d’être exigeant concernant le fond d’un film comme celui-là. Cependant, il ne faut jamais perdre de vue qu’il ne s’agit que d’une fiction, pas d’un documentaire. Pour le passionné d’histoire que je suis, il a soulevé au moins autant de questions qu’il n’a apporté de réponses. Mais n’est-ce pas là la preuve que le film fonctionne ?

lelabyrinthedusilenceD’un point de vue purement cinématographique, le Labyrinthe du Silence est simplement un bon film. Les éléments du récit se dévoilent progressivement avec un vrai sens de la narration qui maintient une tension constante. La réalisation est sobre, mais totalement au service de l’histoire. L’interprétation est impeccable, avec un très beau duo formé par Alexander Fehling et Friedierike Becht. Bref, on s’intéresse à l’histoire et donc au sujet qu’il traite. En ayant pleinement conscience de ses limites en tant que fiction, le film pousse à creuser le sujet, à en savoir plus, à avoir un point de vue d’historien qu’une production cinématographique ne peut de toute façon pas apporter. Il est sans doute dommage qu’une partie du public s’arrête à cette vision fictionnelle. Mais il serait injuste de condamner le film pour cela et surtout d’oublier que ce qu’il apporte vaut déjà inifiment mieux qu’une désespérante ignorance.

LA NOTE : 14/20

Fiche technique :
Réalisation : Giulio Ricciarelli
Scénario : Elisabeth Bartel et Giulio Ricciarelli
Costumes : Aenne Plaumann
Photographie : Roman Osin
Son : Günther Gries
Montage : Andrea Mertens
Musique : Sebastian Pille
Production : Jakob Claussen et Ulrike Putz
Distribution : Universal Pictures (Allemagne)
Genre : Drame historique
Durée : 120 minutes

Casting :
Alexander Fehling : Johann Radmann
André Szymanski : Thomas Gnielka
Friederike Becht : Marlene
Johannes Krisch : Simon Kirsch
Johann von Bülow : Otto Haller
Gert Voss : Fritz Bauer

DU COURAGE EN POLITIQUE

courage

courageLorsque l’on parle politique, il y a quelques arguments supposés massue, qui reviennent un peu trop souvent pour être aussi imparable qu’ils devraient l’être dans la bouche de votre interlocuteur. Si vous parlez à quelqu’un dont le cœur penche plutôt à droite (ça m’arrive… rarement, mais ça m’arrive…), il va très certainement finir par vous sortir une comparaison avec l’Allemagne (ou la Grande-Bretagne s’il est vraiment libéral) censée vous couper le sifflet. Si votre interlocuteur est de gauche (ce qui bizarrement entraîne chez moi des engueulades souvent beaucoup plus violentes que dans le cas précédent), si jamais vous avec le malheur d’expliquer qu’une mesure ne se fait pas parce qu’une majorité de nos concitoyens y sont opposés, on vous répondra invariablement « il (ces derniers temps, il désigne généralement François Hollande) n’a qu’à être courageux ! ».

Cette assertion toute faite s’accompagne généralement d’une référence à l’abolition de la peine de mort par François Mitterrand, ou éventuellement le combat victorieux de Simone Veil pour le droit à l’avortement. Il y a peut-être d’autres exemples, mais l’histoire n’en a retenu que deux et aucun de vraiment récent. Etant né en 1979, j’aimerais beaucoup que les événements politiques de 1981 puisse être encore catalogué sous l’adjectif « récent », ça me rajeunirait, mais malheureusement c’est chaque année un peu moins possible. Sans doute y a-t-il une vraie pénurie de courage parmi nous dirigeants depuis lors ! Bon, on pourrait dans le même temps souligner que ce même François Mitterrand est celui qui a fini par retirer sa loi sur l’école quelques années plus tard pour relativiser le courage de l’idole de tous les socialistes, mais en tant que membre du PS, je me ferais fusiller par mes camarades. Je vais donc m’abstenir.

Quand on observe de plus près l’emploi du mot « courage » dans les discussion politiques, on note vite un parallèle troublant avec celui du mot « déni de démocratie ». Ce qui est encore plus troublant, c’est quand une même décision peut être associé à l’un et l’autre de ces deux notions, selon que l’on soit d’accord ou pas avec la décision en débat. Pour faire simple, une décision courageuse est une décision avec laquelle on est d’accord. Un déni de démocratie, c’est quand une décision nous déplaît… Bizarrement, je n’ai jamais entendu aucun opposant au Mariage pour Tous dire que Christiane Taubira était courageuse, ni d’ailleurs un socialiste qualifier ainsi la moindre décision de Nicolas Sarkozy. Par contre, les accusations de déni de démocratie ont plu comme vache qui urine. Et vous pouvez réécrire ces deux dernières phrases en inversant les termes et les personnes et ça marchera toujours aussi bien !

Je sais bien que l’éducation civique n’est pas la matière où nos concitoyens brillent le plus. Cependant, je reste toujours étonné par le fait que beaucoup d’entre eux n’ont pas compris que lorsqu’un élu démocratiquement élu prend une décision, il n’y a pas de déni de démocratie. Il a été élu démocratiquement pour prendre des décisions, il prend des décisions démocratiques. Le pire est quand des électeurs semblent persuadés qu’un élu ne doit obéir qu’à ceux qui ont voté pour lui. Sauf qu’ils oublient qu’un élu représente l’ensemble des citoyens de la collectivité où il siège. Déjà parce que le vote étant secret, on ne sait pas qui vote pour qui. Et encore plus avec l’abstention qui fait que rares sont les élus réellement élus par une majorité de citoyens.

Il est amusant (ou pas) de constater que c’est surtout le manque de courage qui est souligné, beaucoup plus rarement le courage. Parce que quand une décision est prise et qu’elle va dans le sens qu’ils souhaitent, la plupart de nos concitoyens la trouve juste normale. Puisqu’on est d’accord avec elle, c’est qu’elle efficace, pertinente, pleine de bon sens, il est donc logique qu’elle soit adoptée. Par contre, quande la décision déplaît… Vous pourrez être courageux dix fois, vingt fois, cent fois, au mieux serez-vous jugé compétent. Par contre, gare à vous si un jour vous avez le malheur de ne plus suivre le bon mouvement, vous passerez alors pour un pleutre ayant cédé devant une coalition de lobbies infâmes.

Le courage en politique fait partie de ces notions qui se sont largement vidées de leur sens pour ne devenir qu’un qualificatif commode pour masquer le manque d’arguments pertinents. François Hollande manque peut-être de courage en n’ayant jamais saisi le Congrès pour accorder à l’essemble des étrangers le droit de vote aux élections locales. Mais François Hollande est courageux de ne pas céder face à la pression de son propre camps pour éviter un vote qui n’aurait jamais rassemblé la majorité des deux-tiers nécessaires. Car cet échec programmé donnerait du plomb dans l’aile à cette cause pour au moins une bonne décennie.

Je fais partie de ceux qui auraient préféré qu’il tente tout de même de faire modifier la Constitution dans ce sens. La symbolique forte de cette démarche aurait eu des bénéfices non négligeables en termes de dynamique et d’image. Simplement, cela démontre juste chez notre Président un pragmatisme (qui reste quand même une grande qualité) infiniment supérieur à la capacité à donner une dimension symbolique à son action, quite à sacrifier parfois un peu de son efficacité.

Après qu’il soit courageux ou non… Personnellement, en étant simple élu local d’opposition, je me dis qu’il faut de toute façon bien du courage pour être un responsable politique à quelque niveau que ce soit, et quelque soit son bord. Et très certainement un courage immense pour être Président de la République.

AVENGERS 2 : L’AGE D’ULTRON : Un bon best of, pas un grand album

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avengers2affichePremière levée Marvel de l’année, avant Ant-Man et le reboot des 4 Fantastiques, et sûrement la plus attendue (les deux autres font un peu peur à vrai dire). Avengers 2 – L’Ere d’Ultron avait la lourde tâche de venir après un premier volet très réussi, alliant succès commercial et critiques. Mais quand on rassemble les plus grands super-héros dans une même équipe, une équipe occupée régulièrement à sauver le monde des pires menaces, on ne recule pas devant un défi aussi insignifiant !

Avengers 2 – l’Ere d’Ultron confirme une nouvelle fois la qualité du travail d’adaptation de l’univers Marvel sur grand écran. Evidemment ce critère ne concerne que les lecteurs les plus assidus de comics, mais encore une fois, le scénario reprend beaucoup d’éléments fidèles à la bande-dessinée, tout en les revisitant et les modernisant quelque peu. Les fans les plus pointilleux noteront quand même quelques trahisons. A commencer par le titre, qui se réfère à une saga bien précise dont le scénario n’est pas vraiment l’adaptation. Et surtout, l’absence du personnage d’Hank Pym, l’inventeur d’Ultron dans le comics, qui ne sera d’ailleurs pas non plus Ant-Man dont il est pourtant logiquement la première incarnation. Bref, le commun des mortels s’en balance, mais l’amateur éclairé grogne un peu.

avengers2Cependant, il ne grogne pas longtemps, noyé sous le flots des scènes d’action spectaculaires qui s’enchaîne à vitesse grand V. C’est d’ailleurs là, la grande force de Avengers 2 – L’Ere d’Ultron. Le film va à l’essentiel. Un peu moins d’humour et de psychologie que dans le premier volet, mais avouons-le, on ne vient pas là pour ça. Mais c’est vrai que les meilleurs des films Marvel sont ceux qui savent ajouter un petit plus à l’action pure. C’est donc là aussi, la plus grande limite de ce film qui ne nous réserve de plus pas vraiment de morceau de bravoure vraiment inoubliable et porteur d’une vraie idée originale. Beaucoup de scènes terriblement spectaculaires, mais qui se ressemblent quelque peu et nous rappellent la scène finale du premier volet. Ce film ressemble donc à une sorte de compilation du meilleur des films Marvel. Mais on sait bien que les artistes deviennent légendes par de grands albums, pas à travers leur best of.

LA NOTE : 13/20

Fiche technique :
Production : Marvel Studios
Distribution : Walt Disney Studios Motion Pictures
Réalisation : Joss Whedon
Scénario : Joss Whedon, d’après les comics de Stan Lee et Jack Kirby
Montage : Jeffrey Ford, Lisa Lassek
Photo : Ben Davis
Décors : Charles Wood
Musique : Danny Elfman, Brian Tyler
Durée : 141 mn

Casting :
Robert Downey Jr : Tony Stark, Iron Man
Scarlett Johansson : Natasha Romanoff, Black Widow
Chris Evans : Steve Rogers, Captain America
Chris Hemsworth : Thor
Mark Ruffalo : Bruce Banner, The Hulk
Jeremy Renner : Clint Barton, Hawkeye
Idris Elba : Heimdall
Paul Bettany : Jarvis, La vision
Aaron Taylor-Johnson : Quicksilver

ECHECS ET MATHS (Terry Bisson) : Le comique est dans l’équation

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echecsetmathsDans science-fiction, il y a science. Mais depuis Jules Verne, le vrai terme devrait plutôt être technologie-fiction ou invention-fiction. L’ingénierie n’est pas la science, le premier étant l’application pratique de la seconde. Par contre Echecs et Maths de Terry Bisson est bien de la science-fiction, alors qu’il se déroule à notre époque. Par contre, on y parle beaucoup de principes mathématiques et physiques… pour en rire. Si, si, c’est possible !

Echecs et Maths s’assimile plutôt à un recueil de trois nouvelles, plutôt qu’à un roman. Certes, les trois histoires déclinent les mêmes concepts et les mêmes personnages, se suivant chronologiquement, mais pourraient presque se lire indépendamment les unes des autres. Elles jouent beaucoup sur l’humour et le second degré. Personne ne demande au lecteur de comprendre les équations qui peuplent le récit… puisqu’elles nous permettent d’être dans la peau du narrateur qui n’en saisit pas le sens lui-même, contrairement à son meilleur ami qui les lui présente en disant toujours « comme tu peux voir… »…

… bon ok, dit comme ça, ça n’apparaît pas forcément comme un ressort comique très efficace. Pourtant, Echecs et Maths fonctionne bien. Le livre est court et léger, sans prétention autre que d’être un aimable divertissant, ce qu’il arrive parfaitement à être. Terry Bisson manipule les concepts scientifiques les plus pointus en ayant totalement l’air de savoir de quoi il parle. Peut-être qu’il n’en a aucune idée, mais on n’y voit que du feu. Par contre, c’est certain qu’il arrive à nous faire sourire et c’est bien l’essentiel.

JAUJA : Le grand néant

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jaujaafficheViggo Mortensen est un de mes héros cinématographiques. Il faut dire que l’acteur choisit plutôt bien ses rôles et étale sa classe absolue à chacun de ses apparitions. C’est pour ça que j’ai été voir Jauja, un western ésotérique argentino-dano-franco-mexicano-américano-germano-holando-brésilien… Un film surtout très très chiant !

Je pourrais évidemment discourir pendant des heures sur la beauté des paysages, sur la poésie du propos, le mystère envoûtant qui entoure cette histoire. Je pourrais… Mais je vais surtout dire que je me suis ennuyé ferme devant Jauja. Un film où il ne se passe rien, où chaque plan s’étire à l’infini, tout ça pour ne rien raconter puisque le film se termine sur un dénouement qui ressemble avant tout à un grand n’importe quoi totalement incompréhensible.

jaujaReste Viggo Mortensen. Sa seule présence à l’écran suffit à nous donner envie de le regarder. Malheureusement, tout le charisme du monde ne pouvait tirer Jauja du grand néant auquel il appartient. Bon après, si vous ne savez pas où partir en vacances, peut-être que ce film vous convaincra de partir en Patagonie. C’est peu, mais dans un grand rien, on se contente de pas grand chose.

LA NOTE : 6/20

Fiche technique :
Production : 4L, Arte, Bananeira Filmes, Canal Brasil, Fortuna Films, INCAA, Kamoli Films, Les films du Worso, Mantarraya Producciones, Perceval Pictures
Réalisation : Lisandro Alonso
Scénario : Lisandro Alonso, Fabian Casas
Montage : Gonzalo del Val, Natalia López
Photo : Timo Salminen
Distribution : Le Pacte
Musique : Viggo Mortensen
Directeur artistique : Sebastián Rosés
Durée : 109 mn

Casting :
Viggo Mortensen : Gunnar Dinesen
Ghita Nørby : la femme dans la grotte
Viilbjørk Malling Agger : Ingeborg
Esteban Bigliardi : Angel Milkibar
Adrián Fondari : Pittaluga

QUADROPHENIA DIRECTOR’S CUT (The Who), SO MUCH TROUBLE (Izia), FRANKY KNIGHT ( Emilie Simon) : La légende et les autres

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quadropheniadirectorscutthewhoDans la série des grands artistes dont je ne connaissais que quelques titres légendaires, mais éparses, je voudrais The Who. J’ai en partie réparé ce manque en écoutant Quadrophenia, leur second opéra-rock après Tommy, sorti en 1973. Enfin plus précisément la version « director’s cut », éditée près de quarante ans plus tard. Cette version est en fait un quadruple album, soit deux CD de plus que le la version originale. Mais comme souvent dans ce genre de ressortie, les deux derniers sont surtout composés de versions alternatives de certains titres, l’apport est donc plus anecdotique qu’autre chose. En tout cas, on retrouve le rock psychédélique qui a toujours caractérisé ces piliers du rock anglais. Les morceaux comportent de longs instrumentaux. La musique est vraiment typique de son époque, avec une vraie ambition musicale, pour ne pas dire symphonique. Elle est emplie de maîtrise et de puissance. Bref, si ce n’est pas leur œuvre la plus connue, Quadrophenia nous rappelle pourquoi The Who est un groupe de légende.

somuchtroubleiziaOn change d’époque et on traverse la Manche pour retrouver la sublime Izia (je vous rappelle que je dois l’épouser) et son deuxième album, So Much Trouble. Un album qui sonne immédiatement très rock. Mais un rock quelque peu basique (surtout quand on vient d’écouter The Who), malgré beaucoup d’énergie et de conviction. Certains titres sont très moyens et si l’album est globalement sympathique, il n’est pas réellement convaincant.

frankyknightemiliesimonOn reste chez les artistes françaises, avec Emilie Simon et son album Franky Knight. Un album qui manque malheureusement un peu de relief avec quelques titres titres vraiment lancinants. On peut cependant souligner la variété des styles auxquels s’essayent la chanteuse, qui navigue entre blues, folk et électro. La monotonie de certains titres ne condamne donc pas tout l’album à l’être. Surtout qu’il recèle aussi quelques morceaux très réussis, comme Something More.

TAXI TEHERAN : Un savoureux acte de résistance

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taxiteheranafficheLa difficulté pousse souvent l’être humain à trouver des idées nouvelles et originales pour la contourner. Taxi Téhéran, du réalisateur iranien Jafar Pahani, est le fruit de ce genre de situation. Un réalisateur interdit de tournage pendant 20 ans et de quitter son pays, mais qui arrive quand même à exercer son art et à remporter un Ours d’Or à Berlin avec ce film. Un film tourné entièrement dans un taxi, où vont se succéder de nombreux personnages qui souligneront l’absurdité de cette société pleine d’interdits que chacun cherche à braver constamment. Une plongée édifiante et instructive au cœur de ce pays si contrasté.

Bien sûr, Taxi Téhéran est cinématographiquement limité. Filmé en tout discrétion par trois caméras placés à l’intérieur de l’habitacle, le cadrage est parfois approximatif et les angles de prises de vue évidemment statiques. Les acteurs amateurs surjouent parfois un peu, mais avec une vraie fraîcheur et une vraie personnalité. Comment ne pas tomber sous le charme de la nièce du réalisateur démontrant avec candeur et spontanéité enfantine l’insondable absurdité du système de censure cinématographique iranien ?

taxiteheranIl est vrai que si le film est assez court (1h20), chaque passage est peut-être un peu trop long. Le film aurait peut-être gagné à inclure quelques personnages de plus pour donner un peu plus de rythme à ce docu-fiction-film-politique-satyre… bref ce film inclassable. Dommage aussi que pour les protéger, on ignore le nom de tous ces acteurs. Mais allez voir ce film reste le meilleur moyen de leur rendre hommage et de faire vivre ce savoureux acte de résistance !

LA NOTE : 13/20

 

Fiche technique :
Production : Jafar Panahi Film Productions
Distribution : Memento Films
Réalisation : Jafar Panahi
Scénario : Jafar Panahi
Durée : 82 mn
 
Casting :
Jafar Panahi : le chauffeur

 

 

BOURGES BASKET, MON ETERNEL PRINTEMPS !

bourgeschampion

bourgeschampionL’attachement profond à un club de sport collectif dépasse souvent l’entendement de ceux qui ont un rapport plus indifférent au sport, sans même parler évidemment de ceux qui sont dans le dédain ou le mépris. On raille souvent l’emploi du « on a gagné », alors que ce n’est évidemment pas les supporteurs qui sont sur le terrain à transpirer. Pourtant, ce sentiment d’appartenance constitue bien une composante de l’être qui le vit, au même titre que ses talents, ses passions, ses convictions. Personnellement, si je ressens cet attachement envers le PSG en football ou le Stade Toulousain en rugby, c’est encore envers le Bourges Basket qu’il est le plus profond, le plus sensible, le plus tangible.

Le Bourges Basket a donc fêté mardi soir son 13ème titre de champion de France. Et si j’ai levé les bras en suivant la fin du match devant mon ordinateur, c’est aussi parce que je me rappelle avoir lever les bras au Prado (le stade de basket de Bourges) le jour de la première finale victorieuse. Du temps a passé, je ne suis plus un adolescent, mais cette amour irrationnel et totalement futile est resté à jamais gravé en moi. Si j’étais venu vivre à Bourges et découvrir ce club à 35 ans, mon attachement ne serait pas évidemment le même. L’amour pour ce club, le fait de me rendre au stade tous les 15 jours (voire même plus avec la Coupe d’Europe), d’y vibrer, d’y ressentir joie souvent, déception parfois, ont participé à la construction de mon identité avant qu’elle ne soit jamais gravé dans le marbre de ma personnalité. Avant que je ne sois un adulte.

Cet attachement profond envers un club comme Bourges Basket vient aussi d’un certain rapport de proximité qu’il est évidemment plus difficile d’entretenir avec un club comme le PSG. J’ai eu l’occasion de voir Céline Dumerc sortir ses poubelles ou bien de croiser Laïa Palau ou Elodie Gaudin au Carrefour de Bourges, je ne vois jamais Zlatan à celui de Versailles que je fréquente pourtant régulièrement, ni en train de sortir quoique ce soit sur un trottoir pourtant assez proche du mien à vol d’oiseau. Cela peut paraître anecdotique, mais croiser ainsi régulièrement ses « idoles » dans la vie de tous les jours contribue à créer ce sentiment d’appartenance à une même entité, ici une ville moyenne, et justifie d’autant plus le « on ». Mardi soir, c’était vraiment Bourges, la ville entière, qui était championne. Et ceux qui ont laissé un petit bout de leur cœur dans la capitale du Berry l’était aussi un peu… Le mien sera tango à jamais !