Raconter une histoire vraie nécessite de faire un choix. Est-ce que le but est de relater les faits le plus objectivement possible et au plus près de la réalité ou bien est-ce que le choix est d’adopter un point de vue ? Les deux démarches peuvent, pour une même histoire, donner des résultats très différents. Aucune n’est meilleure que l’autre dans l’absolu, mais en adopter une de manière radicale est un exercice périlleux. Vie Sauvage en est la preuve.
Vie Sauvage est un film sans point de vue pendant près des deux tiers. Il nous raconte l’histoire de ce père qui aura caché ses deux fils pendant plus de dix ans, leur faisant mener une vie nomade en marge de la société, refusant de se contenter des vacances scolaires, alors que c’est sa femme qui avait quitté le domicile conjugal. Je pense qu’à la lecture de ce résumé la plupart d’entre vous sont déjà prêts à formuler une opinion sur les nombreux sujets que ce film soulève. Et bien Cédric Kahn n’en défend aucune, relatant les faits de manière particulièrement distanciée.
Dans la dernière partie, Vie Sauvage n’émet toujours pas d’opinion sur le fond, mais au moins nous fait-il partager un point de vue moins neutre, à savoir celui des deux enfants devenus de jeunes adultes. Le spectateur a alors une chance de sortir de l’intérêt poli avec lequel il a suivi ce film plutôt bien, mais assez froidement réalisé, pour aller vers plus d’émotion. Mais cela restera très limité. Comme l’est l’impact de ce film au final.
LA NOTE : 10,5/20
Fiche technique :
Réalisation : Cédric Kahn
Scénario : Nathalie Najem et Cédric Kahn, d’après l’œuvre de Laurence Vidal, Okwari Fortin, Shahi’Yena Fortin et Xavier Fortin
Bon comme je l’avais annoncé, je vais revenir sur certains points que je n’avais fait qu’effleurer. Et je vais commencer par le plus vaste d’entre eux. Comme je l’avais dit la dernière fois, on pourrait consacrer une livre sur le sujet. Je vais ici me contenter de quelques réflexions qui n’ont absolument pas la prétention d’épuiser le sujet. La question dont il sera question ici est la pertinence aujourd’hui du clivage droite-gauche.
Déjà, il faut déjà s’interroger sur ce que l’on clive. Les personnes ou les idées ? Et pour ces dernières, qu’est ce que cela recouvre exactement ? Gauche et droite se définissent-elles uniquement par les finalités d’une politique ou bien aussi par les moyens employés ? Ce clivage recouvre-t-il entièrement le champs des idées politique ou bien y a-t-il des idées qui peuvent trouver leur place dans les deux camps sans distinction ?
De mon point de vue, gauche et droite se différencient par l’échelle de leurs valeurs. Non par les valeurs elles-mêmes, mais par la manière dont elles les relient entre elles et dont elles les hiérarchisent. Personne n’est pour l’injustice et les inégalités, personne n’est contre la liberté et la solidarité. Quand on est un décideur public, on est souvent amené à devoir choisir entre deux possibilités (et même souvent plus) qui ne sont ni meilleures, ni pires l’une que l’autre, mais impliquent simplement des avantages et des inconvénients différents. On sait bien, par exemple, que liberté et égalité peuvent rentrer parfois en contradiction. Très schématiquement, la droite privilégiera la liberté, la gauche l’égalité.
Dans bien des situations, aucune contradiction n’apparaît et des élus des deux camps peuvent amener à prendre des décisions similaires face à un même problème. Mais pour y arriver, ils empruntent des chemins intellectuels très différents. Simplement, le sens pratique, le « bon sens » comme l’on dit (expression que je déteste et qui représente pour moi la négation de la réflexion politique), impose un même résultat. La pratique active de la politique au sein du Conseil Municipal et donc les discussions fréquentes avec des gens de droite (ce que je fais quand même plus rarement dans ma vie amicale où ils sont relativement peu nombreux) m’ont vraiment renforcé dans cette impression, qui n’en est donc pas qu’une de mon point de vue. Je suis donc fermement convaincu que le clivage droite-gauche a donc vraiment un sens… dans ce cadre-là.
Cependant, cette convergence possible montre bien que certaines idées ne sont pas forcément de gauche ou de droite dans l’absolu. Au final, seule la décision en tant que telle a un impact sur la société et les citoyens, pas le chemin intellectuel qui a mené le décideur à la prendre. Et si droite et gauche peuvent converger vers une même idée, cela ne signifie pas non plus que toute la droite et toute la gauche doivent converger vers le même point.
Prenons l’exemple de la construction européenne. Défendre une Europe Fédérale ou une Europe des Nations ne présage pas d’une appartenance à un bord ou l’autre. Il y a des partisans de chacune de ces visions dans tous les partis et les personnes du même camp s’opposent sur la question. Sur ce sujet bien précis, ils seront plus facilement d’accord avec un « adversaire » que d’un « camarade ». Or, il est de tradition nationale que tous les membres d’un même parti parlent d’une seule voix. Sans cela, tous les médias parleront de crise au sein de ce parti.
On voit bien à quel point tout cela nuit à la qualité du débat démocratique. Au sein des partis, cela conduit à des compromis boiteux, qui ne fâchent personne mais qui ne répondent pas clairement aux questions posées. Et c’est une fois arrivé au pouvoir que l’on s’aperçoit que l’accord n’était que de façade. Cela conduit également au spectacle assez affligeant d’élus d’opposition obligés d’expliquer qu’ils sont pour une certaine idée mais quand même contre sa concrétisation proposée par le camps d’en face. Le débat (si on peut appeler ça un débat) sur la réforme territoriale en constitue la meilleure illustration, alors que certaines évolutions envisagées devraient dégager des majorités n’ayant rien à voir avec les frontières des partis. Et au final, on se retrouve avec des lois qui restent au milieu du gué, alors que parfois la demi-mesure est pire que l’inaction.
Se pose ensuite la question des moyens et des outils. Ces derniers sont forcément au service d’une politique qui très souvent peut être qualifiée de droite ou de gauche ? Mais quand n’est-il des moyens et des outils en eux mêmes ? Pour moi, la réponse est claire, un outil est apolitique. Tout est une question de contexte et il n’y a pas de raison de se priver d’une pièce à son arsenal, sous prétexte que celle-si soit tabou, pour employer un mot à la mode, dans son propre camp.
Prenons l’exemple de la TVA. Elle constitue la première ressource de l’Etat et occupe une place importante dans la vie quotidienne des entreprises. Il s’agit donc d’un sujet majeur dans l’élaboration d’une politique globale puisqu’il est évident qu’on ne peut pas se passer d’un impôt qui représente aujourd’hui environ la moitié des recettes alimentant le budget de l’Etat. Mais parlez une seule fois de la TVA dans une réunion du Parti Socialiste et vous verrez vous lever quelques poings brandis vers le ciel pour dénoncer « le plus injuste des impôts » qui frappe plus lourdement (en % du revenu s’entend) les plus modestes que les plus riches. Pour beaucoup, la TVA est donc foncièrement de droite et aucun homme de gauche ne peut décemment imaginer l’augmenter.
Cependant, la TVA a aussi des vertus. Il a un a très haut rendement, c’est à dire qu’il suffit d’en augmenter un tout petit peu le taux pour voir les recettes qu’il engendre augmenter fortement. Et surtout, il frappe l’ensemble des produits et services vendus en France, même ceux produits à l’étranger ou vendus par des multinationales championnes de l’optimisation fiscale. Acheter un CD sur Amazon, vous ne contribuerez peut-être pas à la hausse des recettes liées à l’impôt sur les sociétés, mais vous contribuerez à la collecte de la TVA, de la même manière que si vous aviez acheté ce livre au disquaire du coin.
Dans le cadre d’une politique globale de gauche, une augmentation modérée de la TVA peut donc avoir tout à fait sa place et être efficace. Notamment dans un contexte quasi déflationniste comme celui que nous le connaissons actuellement. Prenons l’exemple de notre vilain Président qui a eu l’idée maléfique d’augmenter la TVA de 0,4%, ce qui pour certains en fait un suppot du MEDEF et de l’UMP. Mais au final, quel fut l’impact de cette mesure sur l’inflation ? Nul… Vue la conjoncture, aucune entreprise n’est tentée d’augmenter ses prix alors ce sont ces dernières qui ont payé l’intégralité de cette augmentation (et non les plus modestes qui, pour certains, devaient être frappés durement par cette décision inique). Et il s’agit bien ici de toutes les entreprises agissant sur notre sol ! Y compris celles qui ne payent pas de cotisations sociales dans notre pays. Beaucoup de ceux qui crient contre la TVA seront les premiers à défendre une hausse de ces dernières. Sauf que ce genre de décision ne frappe que les entreprises françaises, tandis que leurs concurrents étrangers qui vendent des produits en France profiteront d’une compétitivité (oh le vilain mot!) relative accrue, ce qui est complètement contre-productif.
Bon, pour finir ce billet déjà beaucoup trop long, parlons des personnes. On se contentera d’ailleurs de parler de ceux un minimum actifs en politique pour simplifier un peu les choses. Bref, à part quelques centristes qui le sont rarement vraiment, on est forcément labellisé soit de gauche, soit de droite. Se pose, soit dit en passant, alors la question d’où se situe la frontière entre les deux, mais je consacrerai un billet spécifique à ce sujet. Après, au sein d’un même camp, on peut être plus ou moins d’un côté. Ainsi, Manuel Valls va constituer l’aile droite de la gauche, quand Jean-Luc Mélanchon représente la gauche de la gauche. Mais cela a-t-il vraiment un sens ?
Comme je l’ai dit plus haut, de mon point de vue, ce clivage a toujours un sens profond quand on s’attaque aux valeurs et à un certains nombres d’idées (mais pas toutes). Il est vrai que chez beaucoup de gens les valeurs et les idées d’un même bord ont tendance à s’agglomérer. On est rarement en même temps pour la dépénalisation du cannabis, pour la peine de mort, pour la privatisation des services publics et pour l’augmentation des allocations chômage. Je parle bien encore une fois des personnes qui pratiquent un peu la politique, car au café du commerce on trouve parfois des personnes arrivant à faire preuve de cette incohérence profonde et souvent assumée. Donc globalement, je suis d’accord que l’on peut classer facilement la plupart des hommes et des femmes politiques avec une étiquette « de droite » ou « de gauche » et que cela a un sens. Bref, si ça marche quand même relativement bien, pourquoi je fais chier avec mon billet qui n’en finit pas !
Sauf que deux éléments viennent un perturber cette belle ligne droite où l’on peut aligner tout le monde de façon absolue et rigide. Le premier s’appelle Marine Le Pen. Du temps du père, tout était simple, on avait un libéral opposé à l’immigration et l’avortement. Il était au bout de la droite, c’était incontestable. Mais si être de gauche se caractérise notamment par la défense d’un interventionnisme étatique important et un discours pourfendant les grosses entreprises du CAC 40, alors le placement de la fille est déjà beaucoup plus délicat. Une grande partie de la gauche continue d’ailleurs de refuser de comprendre que le vote Front National n’est plus du tout un vote de droite, mais a complètement fait exploser se clivage. Cela change radicalement le discours que l’on doit adopter face à lui et les stratégies électorales. L’expérience douloureuse de Mantes la Ville aux dernières élections municipales montrent bien que cela n’est pas encore tout à fait assimilé.
L’autre élément est l’écologie. Je côtoie dans mon parti des personnes formidables, qui militent depuis plusieurs décennies de manière admirable. Ils sont souvent « plus à gauche » que moi sur les questions économiques, reprenant dans leurs discours ce que j’ai dénoncé plus haut. Pourtant un certain nombre d’entre eux ne se sentent pas écolo du tout. Leurs combats ont toujours été sociaux et ils n’arrivent pas à considérer l’urgence environnementale comme tout autant prioritaire. Renoncer au nucléaire leur paraît une hérésie. Il y a là une vraie différence entre leur génération et la mienne et s’il y a un reproche que l’on peut faire à François Hollande c’est bien d’appartenir à cette dernière de ce point de vue là. Cependant si on considère qu’être écolo vous tire vers la gauche de l’échiquier politique, je suis sûrement alors plus à gauche qu’eux sur ces questions-là.
J’en arrive donc à ma conclusion (ouf!). Quand il s’agit des personnes, les ranger sur une ligne allant de la droite vers la gauche fausse trop la réalité pour être réellement pertinent. La pensée politique n’est pas en deux dimensions, mais en beaucoup plus. On retrouve parfois un classement des politiques placés sur un plan et non une droite, avec un axe portant sur l’économie (en gros, selon le poids qu’ils veulent voir jouer par la puissance publique), l’autre sur les questions de sociétés (en gros, selon qu’il soit plus ou moins conservateur). Dans une telle représentation le positionnement particulier de Marine Le Pen apparaît clairement, puisqu’elle est beaucoup « à gauche » qu’un Laurent Wauquiez sur les questions économiques, tout en restant la plus « à droite » sur les questions de sociétés. Deux dimensions, c’est déjà mieux qu’une, mais on pourrait en trouver encore bien d’autres (j’ai notamment cité l’Europe et l’écologie). D’ailleurs, les multiplier n’empêcherait pas de les représenter sur un plan en effectuant une Analyse en Composantes Principales (ACP)… Ok, j’en vois qui commencent à se demander de quoi je parle. C’était juste pour me dire que j’aurais cité au moins une fois dans ma vie ce truc que tous les élèves de deuxième année à l’Agro ont l’occasion de pratiquer.
Au fond, est-ce si grave de déformer la réalité pour placer tout ce beau monde sur cette fameuse ligne ? De mon point de vue, oui, cela constitue un problème d’autant plus important que le monde se complexifie. Cela enferme la vie politique en une guerre de tranchées entre deux camps. Chaque camp est obligé de faire bloc pour accéder au pouvoir, mariant la carpe et le lapin, ce qui aboutit soit à l’absence de débat interne au camp vainqueur soumis à un chef, soit à l’explosion en vol de la majorité une fois arrivée au pouvoir. Notre pays est particulièrement caricatural en la matière et il est impossible d’imaginer chez nous des coalitions comme peuvent en naître en Allemagne. Notre système politique devrait prendre exemple sur le Parlement Européen où des majorités sont construites sur chaque sujet. Vous pouvez y voter différemment de votre camarade de parti sans passer pour autant pour un traître et sans que cela n’empêche les textes d’être adoptés après discussions et compromis. En France, on assiste à l’inverse au spectacle étonnant de Cécile Duflot saluant Arnaud Montebourg, alors que ce dernier a toujours défendu l’exploitation du gaz de schiste et du nucléaire, tout ça parce qu’ils sont placés plus « à gauche » que le gouvernement actuel sur cette fameuse ligne, alors que leurs pensées globales, qui sont bien deux pensées de gauche, sont en fait très éloignées l’un de l’autre sur bien des questions (européennes également par exemple).
Je ne suis pas convaincu que le système politique ne pourra pas survivre longtemps à cette dichotomie qui enferme le débat politique dans la caricature. Les problèmes auxquels font face notre société et notre planète valent mieux que ces guerres entre personnes au nom d’un positionnement qui est au fond très artificiel. Quand les difficultés de nos concitoyens sont-elles bien réelles.
A chaque année, son avis de tiers provisionnel et son Woody Allen, l’un étant généralement beaucoup plus sympathique que l’autre. Le cru 2014 est plutôt emprunt de légèreté. En effet, Magic in the Moonlight est une comédie romantique fort sympathique, sans prétention, avec cette petite touche de génie propre au cinéaste new-yorkais. De génie ou de magie ?
Magic in the Moonlight reprend vraiment les éléments d’une comédie romantique, tout ce qu’il y a de plus hollywoodienne. Deux personnages qui à première vue ont tout pour se détester vont visiblement finir par tomber amoureux l’un de l’autre, en passant par quelques rebondissements. On y retrouve aussi le contraste entre un homme plus âgé, désabusé et un rien misanthrope et une jeune fille qui attend qu’on voit autre chose en elle que ce que voit la plupart de ses prétendants. Ca a donc un petit côté My Fair Lady, un peu rétro, mais tout à fait charmant.
Magic in the Moonlight reste néanmoins un film de Woody Allen par la subtilité des dialogues… et leur omniprésence. Comme d’habitude, les personnages parlent beaucoup, tout le temps et sans arrêt. Mais la légèreté qui domine les transforme en une musique douce et savoureuse. Ce film est au final un plaisir futile, mais un vrai plaisir, porté par un duo de comédiens forcément parfaitement dirigés comme dans tous ces films.
LA NOTE : 13/20
Fiche technique :
Production : Dippermouth, Gravier Productions, Perdido Productions
Rebondir après un succès historique, dépassant de loin la pure logique, n’est pas chose facile. Il est tentant d’essayer de reprendre les mêmes ingrédients et notamment un de ses acteurs vedettes en pensant que cela aboutira à la même magie. Mais cela n’est que rarement le cas, le succès étant une science trop inexacte pour être reproductible. Olivier Nakace et Eric Toledano viennent d’en faire l’expérience avec Samba.
Samba a bien des qualités. C’est un beau film, qui traite plusieurs sujets touchants en parallèle avec une certaine intelligence. Que ce soit le fond social ou la jolie histoire d’amour, le résultat évite l’écueil d’un pathos trop prononcé pour créer une petite étincelle de magie. On retrouve bien là la formule qui avait marché avec Intouchables. Mais cette fois, il ne s’agit pas d’un feu d’artifice, juste d’une étincelle. Mais globalement, il n’y a rien à dire, le film fonctionne et fait passer un bon moment.
Mais Samba a essuyé aussi bien des critiques. Elles sont pour beaucoup justifiées, même si les défauts mis en avant n’arrivent pas à gâcher totalement le plaisir. On a notamment parlé de l’accent africain très artificiel d’Omar Sy. Il est vrai que pendant les premières minutes, on entend que ça et on est un peu circonspect. Puis, on apprend à connaître le personnage, on finit par être touché et on oublie ce détail. Certes, tout cela empêche ce film d’être aussi marquant qu’il aurait pu l’être, mais il arrive à conjuguer avec un certain bonheur bons sentiments, humour (mention spécial à Tahar Rahim, vraiment génial dans un rôle plutôt inhabituel pour lui) et mine de rien un joli message humaniste.
LA NOTE : 12,5/20
Fiche technique :
Production : Quad Films, Ten films, Gaumont, TF1 Films production, Korokoro
Distribution : Gaumont distribution
Réalisation : Olivier Nakache, Eric Toledano
Scénario : Olivier Nakache, Eric Toledano, d’après de le roman de Delphine Coulin
L’humanité se porterait évidemment beaucoup mieux s’il n’y avait plus de guerre. Par contre, le 7ème art en souffrirait beaucoup, tant le film de guerre constitue un des genres majeurs et indémodables du cinéma. Et de toutes les guerres, c’est avant tout la deuxième guerre mondiale qui a inspiré les scénaristes. Nouvel exemple, avec Fury, à la facture très classique, mais très réussi qui nous emmène au cœur d’un tank à quelques heures de l’armistice.
Le scénario de Fury reprend des éléments déjà vus mille fois et le fond du propos est sans surprise. Le film tourne autour de l’arrivée d’un jeune bleu idéaliste au milieu d’une équipe de soldats expérimentés et désabusés. Cela offre l’occasion à des échanges sur les horreurs de la guerre, son impact sur les hommes et la frontière entre conscience et sens du devoir. Mais il est vrai que la manière dont tous ces éléments est assemblée est plus subtile qu’il n’y paraît. Le film navigue longtemps entre la ligne « la guerre c’est mal » et celle « les soldats sont des héros ». Il démontre ainsi la complexité de la question et l’absence d’une réponse simple et sans ambiguïté… Dommage par contre que la longue séquence finale, en favorisant le spectaculaire, fait pencher le tout vers un manichéisme qu’il avait jusqu’alors évité.
Fury est bien un film de guerre moderne. Il est violent, parfois même dur visuellement. La volonté de réalisme peut être jugée quelque peu morbide, mais elle sert ici incontestablement le propos. C’est une manière peut-être quelque peu primaire de montrer l’horreur d’un tel conflit, mais force est de constater que cela frappe l’esprit de manière très efficace. Et quand le tout est sublimé par un Brad Pitt au sommet de son art, alors on est là face à un film qui dégage une vraie force, malgré les mauvais penchants hollywoodiens qui finissent par ressortir sur la fin.
LA NOTE : 13/20
Fiche technique :
Production : Columbia Pictures, QED International, LStar Capital, Le Grisbi productions, Crave Films
Le désir de vengeance sert de moteur à une multitude de scénarios chaque année. Cela semble même constituer le refuge de tous les auteurs en mal d’inspiration, car il n’y a pas besoin d’être vraiment imaginatif pour pondre un telle histoire, tant les codes sont archi connus et usés. On pourrait penser que Derek Kolstad n’avait pas beaucoup d’idées pour écrire le scénario de John Wick, assez minimaliste… mais pas tant que ça.
C’est le fil rouge de John Wick qui est vraiment… comment dire… épuré. Il s’agit d’une histoire de vengeance pure et simple, relativement linéaire, sans vraiment d’à côté, ni d’intrigues secondaires. Le film aurait pu donc vite devenir extrêmement bourrin. Certes, il ne brille au final pas non plus par sa subtilité, mais on notera tout de même un effort pour à la fois développer une vraie personnalité aux personnages, en particulier le premier d’entre eux, et surtout de créer une ambiance et un univers beaucoup plus originaux que l’histoire qui s’y déroule. Ca n’atteint pas des sommets, mais au moins, cela sauve le film.
John Wick a pour principal intérêt ses très belles scènes de combat. On est à l’exact opposé de ce que nous proposait il n’y a pas longtemps The Raid. Pas de chorégraphie frénétique, mais au contraire une impression de mécanique de précision où chaque mouvement lent et contrôlé est là pour faire mouche. Cela fait plaisir de voir un film un peu à contre-courant du toujours plus qui devra bien s’arrêter un jour s’il ne veut pas sombrer définitivement dans le ridicule. Surtout que le choix fait ici n’enlève rien au caractère particulièrement spectaculaire et un rien terrifiant de ces scènes. Simplement, elles se répètent un certain nombre de fois pendant le film et l’intérêt qu’on leur porte a quand même tendance à décroître.
John Wick signe aussi le retour dans un premier rôle de Keanu Reeves, qui semble ne s’être jamais tout à fait remis d’avoir été Néo dans Matrix. Bon, encore une fois, il compense par un certain charisme son manque évident de talent de comédien. Certes, il doit ici interprété un personnage assez taiseux et inexpressif, mais son interprétation constitue une des limites de ce film… de toute façon quelque peu limité.
LA NOTE : 10,5/20
Fiche technique :
Réalisation :David Leitch et Chad Stahelski
Scénario : Derek Kolstad
Décors : Susan Bode
Costumes : Luca Mosca
Cinématographie : Jonathan Sela
Montage : Elísabet Ronaldsdóttir
Musique : Tyler Bates, Joel J. Richard. Bande Originale par « Le Castle Vania », Scott Tixier, « M86 & Susie Q » et « the Candy Shop Boys »
Production : Basil Iwanyk, David Leitch, Eva Longoria, Chad Stahelski et Mike Witherill
Une série de musiques plutôt douces et mélodieuses, avec chacune leurs qualités et leurs défauts (Ok, je ne me mouille pas beaucoup en disant ça). Commençons par le plus décevant. Pourtant, c’était sûrement celui qui semblait le plus prometteur. En effet, dès les premières notes de Demolished Thoughts, de Thurston Moore, ancien chanteur-guitariste de Sonic Youth, on est sous le charme. Mais très vite l’album sombre dans une certaine monotonie qui condamne cet album à n’être qu’un éventuel fond musical. La musique est assez évaporée, quand elle n’est pas franchement lancinante. Bref, on peut trouver dommage que les promesses des premières secondes ne trouvent pas confirmation.
On enchaîne avec Build A Rocket Boys ! du groupe britannique Elbow. Dans une précédente critique, je les avais comparé à du sous-Coldplay. Il y a toujours de ça, même si cet album est quand même globalement doux et mélodique. Le tout manque tout de même d’une petite étincelle pour être totalement convaincant. Certains morceaux sont assez lancinants, d’autres plus rock ne sont pas forcément meilleurs. Mais globalement, les titres offrent une certaine variété, avec des instrumentations toujours différentes. Pas génial, mais se laisse quand même écouter.
Et on garde le meilleur pour la fin avec Smother de Wild Beasts, un autre groupe anglais, dont j’avais dit précédemment le plus grand bien. Cet album, sorti en 2011, m’a peut-être moins emballé que Two Dancers, mais leur musique sonne toujours bien aux oreilles. Elle offre surtout pas mal de diversité, alternant les sonorités un peu funky, jazzy ou électro. On reste néanmoins toujours dans un rythme assez calme, sur lequel vient se poser une voix assez évaporée. Le résultat toujours mélodieux allie charme et maîtrise.
Si on avait encore besoin d’une preuve que, quoiqu’on en dise, il y a quand même des putains de films au Festival de Cannes, voici Léviathan, qui y a reçu le Prix du Scénario cette année. Une récompense amplement méritée que j’approuve totalement. Certes, je serai un poil (mais juste un poil) moins enthousiaste que mes collègues à son sujet, mais il n’en reste pas moins que nous sommes là devant un très bon film.
Comment parler d’un grand scénario sans rien en dévoiler? Car raconter quoique ce soit s’apparenterait évidemment à un crime contre le cinéma. Celui de Léviathan conjugue un fil narratif vraiment prenant et dont on ignore à chaque instant la direction qu’il va prendre l’instant suivant, avec une dénonciation très forte du système et de la corruption qui règnent en Russie. Ces deux aspects sont traités avec un immense talent, une grande intelligence et un vrai sens de l’écriture. Le point de départ s’apparente à un David contre Goliath assez classique, celui d’arrivée… En tout cas, le résultat est réellement remarquable et totalement convaincant.
Je mettrais simplement un bémol très personnel. Le film est peut-être un peu trop long. Certes, il correspond au format de beaucoup de films russes, mais Andrei Zvyagintsev étire un peu l’action à chaque scène, donnant à son film un ton assez contemplatif. Or le sujet aurait peut-être appelé un rythme plus soutenu pour frapper encore plus le spectateur. Personnellement, je ne me suis jamais ennuyé une seule seconde, mais j’ai parfois craint que ça finisse par arriver. Cela m’a empêché de basculer totalement dans l’enthousiasme, même si, objectivement, nous sommes là devant un des meilleurs films de l’année.
Mais pourquoi donc le cinéma s’évertue-t-il à confier à Liam Neeson des rôles de mentor ? Certes, la réponse est parce qu’il le fait très bien et, il est vrai, qu’il a la tête à ça. Mais de là à se forcer à ajouter ce aspect-là de manière finalement un peu inutile à son personnage… C’est pourtant bien le cas dans Balade Entre les Tombes, un polar noir assez classique, assez bien foutu, mais sans grande surprise.
Balade Entre les Tombes nous rejoue une énième fois l’histoire de l’ancien flic poursuivi par son passé qui va devoir jouer les justiciers une dernière fois un peu contre son gré. Voilà rien de nouveau sous le soleil, sauf peut-être que, cette fois, l’ex-flic en question n’est pas alcoolique, mais ancien alcoolique. D’ailleurs, le film ne nous épargne pas les discours un rien lourdingue sur la rédemption tout ça, tout ça… Le manque d’originalité du personnage principal constitue d’ailleurs la principale limite de ce film. Et ce n’est pas en lui collant dans les pattes un jeune SDF pour nous refaire le coup du vieux loup solitaire qui s’attache à un gamin en détresse qui vient changer la donne.
Reste la traque de deux serial killers assez flippants. Ces deux-là sont par contre particulièrement réussis et donnent un peu de relief à Balade Entre les Tombes. L’enquête proprement dite est plutôt bien construite, de manière assez linéaire, mais avec le maintien d’une tension et d’un suspense constants. L’ambiance est celle d’un vrai film noir, avec certes les clichés du genre, mais aussi du plaisir pour tous les amateurs du genre. Le tout se termine par une dernière séquence là aussi classique mais qui conclue parfaitement le film.
LA NOTE : 11,5/20
Fiche technique :
Réalisation : Scott Frank
Scénario : Scott Frank d’après La Balade entre les tombes de Lawrence Block
Décors : David Brisbin
Direction artistique : Jonathan Arkin
Costumes : Betsy Heimann
Montage : Jill Savitt
Musique : Carlos Rafael Rivera
Photographie : Mihai Malaimare Jr.
Son : Branden Spencer et Wylie Stateman
Production : Danny DeVito, Brian Oliver, Michael Shamberg et Stacey Sher
Je suis un club invaincu après dix matchs de championnat et trois en Ligue des Champions (dont deux à l’extérieur), j’ai battu le FC Barcelone au bout d’un match sublime, j’ai écrasé 5-0 et 3-0 deux de mes principaux rivaux pour le titre… et pourtant tout le monde juge mon début de saison moyen, voire même carrément décevant. Dis comme ça, cela semble totalement délirant. C’est surtout particulièrement révélateur de l’exigence à laquelle est soumis désormais le Paris Saint-Germain.
Il est incontestable que le début de saison du club parisien est moins convaincant que l’année dernière. Mais il suffit de se rappeler des commentaires souvent peu enthousiastes à propos de la saison dernière, combien même l’équipe entraînée par Laurent Blanc est celle qui aura marqué le plus de points de l’histoire du championnat de France. Mais plus rien ne sera pardonné au PSG, la moindre faiblesse sera montée en épingle, la plus petite baisse de régime sera commentée encore et encore avec des mots aussi ridicules que crise ou fin de règne.
Il est vrai que la multitude de matchs nuls obtenus malgré une ouverture du score est le signe d’un maîtrise inférieure à la saison dernière. La comparaison avec un OM qui marche sur l’eau d’une manière qui ne pourra pas durer éternellement renforce cette impression d’un début de saison poussif. Cependant, combien parmi les plus grands clubs d’Europe sont encore invaincus dans leur championnat et en tête de leur poule en Ligue des Champions ? Ils ne sont que quatre, le Bayern Munich, Chelsea, Porto… et le PSG donc. On a déjà vu plus mauvais compagnie si on veut vraiment jouer au jeu des comparaisons.
Le PSG vient d’enchaîner deux victoires en championnat pour la première fois de la saison en l’emportant hier sur Bordeaux. Attendre dix journées pour cela peut certes constituer une déception en soi. Mais une déception qui constitue un rêve inaccessible pour la plupart des clubs. Les journaux et les cafés du commerce pourront bien continuer à discourir encore et encore et faire la fine bouche, l’armoire à trophées du PSG n’est pas prête d’arrêter de se remplir.
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