GET ON UP : Like a biopic machine

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getonupafficheLe biopic est devenu un genre cinématographique tellement récurent désormais qu’on pourrait même commencer à le juger éculé. Il est vrai que l’on est de plus en plus rarement surpris et relativement blasé devant la performance d’acteurs rentrant dans la peau d’un personnage historique. Tout ceci se confirme à la vue de Get On Up, qui nous conte la vie et le parcours de James Brown. Un sujet qui ne manque pas totalement d’intérêt, mais pour un film qui a au final un petit air de déjà-vu.

Dans un biopic, ce qui fait vraiment la différence, c’est la manière dont le film arrive à donner une âme au personnage au-delà des faits purement biographiques. Get On Up tente bien de mettre en perspective tous les moments de la vie de James Brown afin de montrer que l’enfant qu’il était n’a jamais tout à fait fini de grandir. Sauf qu’expliquer qu’un comportement quelque peu particulier une fois adulte s’explique par des traumatismes enfantins n’a quand même rien de révolutionnaire. Et surtout, cela passe ici par des effets de réalisation cherchant à insuffler un peu d’émotion et de poésie, mais qui semblent quelque peu artificiels au final.

getonupUn biopic met toujours en avant l’acteur chargé de se métamorphoser, y compris physiquement. Chadwick Boseman nous livre une performance convaincante, mais on est quand même loin de Jamie Foxx dans Ray par exemple. L’exercice est réalisé avec talent, mais sans le génie que l’on attend désormais dans ce genre de rôle. C’est peut-être quelque peu injuste, mais l’enthousiasme ne se commande pas et Get On Up inspire surtout de l’intérêt. Cependant, ce n’est pas non plus négligeable, surtout que la musique vient bien apporter une touche de génie, même si elle n’est pas cinématographique.

LA NOTE : 12/20

Fiche technique :
Production : Imagine Entertainment, Jagged Films, Wyolah Films
Distribution : Universal Pictures International
Réalisation : Tate Taylor
Scénario : Jez Butterworth, John-Henry Butterworth
Montage : Michael McCusker
Photo : Stephen Goldblatt
Décors : Mark Ricker
Musique : Thomas Newman
Durée : 139 mn

Casting :
Chadwick Boseman : James Brown
Nelsan Ellis : Bobby Byrd
Dan Aykroyd : Ben Bart
Viola Davis : Susie Brown
Lennie James : Joe Brown
Fred Melamed : Syd Nathan
Octavia Spencer : Tante Honey
Brandon Smith : Little Richard
Nick Eversman : Mick Jagger

DRACULA UNTOLD : Série C

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draculauntoldafficheIl y a quelques jours avec Hercule, j’ai parlé d’une bonne série B. Avec Dracula Untold, je vais malheureusement cette fois devoir évoquer une mauvaise série B. Quelques bonnes intentions certes, mais avec bien trop peu de talent pour que les ambitions affichées ne tournent pas au ridicule. Bref, un film raté et au final sans grand intérêt.

Le scénario de Dracula Untold n’était pourtant pas totalement dénué de potentiel. Déjà, l’idée de base offrait de nombreuses possibilités. La transformation en vampire du personnage de Dracula a toujours fait l’objet de récit très bref (introduction du Dracula de Coppola par exemple) et lacunaire. Le terrain était vierge. Mais le résultat est très moyen et se prend désespérément au sérieux, avec quelques dialogues hautement philosophiques qui tombent totalement à plat. Les personnages sont trop médiocres pour insuffler le moindre début d’émotion dans ce film qui ne dépassera pas le statut de divertissement vaguement spectaculaire.

draculauntoldVaguement car la réalisation n’offre pas non plus beaucoup de raisons de se réjouir. Dracula Untold affiche des ambitions esthétiques qu’il n’est pas en mesure d’assumer. Certaines séquences font sourire très involontairement. On mesure là toute la différence entre un Francis Ford Coppola et un Gary Shore. Je n’ai rien contre ce dernier, qui signe là son premier film, mais force est de constater que le fossé qui sépare le talent de ses deux réalisateurs est abyssal. Résultat, aucune ambiance, aucun relief, aucun souffle. Bref, pas grand chose.

LA NOTE : 07/20

Fiche technique :
Réalisation : Gary Shore
Scénario : Matt Sazama et Burk Sharpless d’après Dracula de Bram Stoker
Direction artistique : François Audouy
Décors : Paul Inglis
Costumes : Ngila Dickson
Photographie : John Schwartzman
Montage : Richard Pearson
Musique : Ramin Djawadi
Production : Michael De Luca
Durée : 92 minutes

Casting :
Luke Evans : le comte Dracula
Sarah Gadon : Mirena
Dominic Cooper : Mehmet II
Art Parkinson : Ingeras
Charles Dance : le maître vampire
Diarmaid Murtagh : Dimitru
Paul Kaye : frère Lucian
William Houston : Cazan

LA GAUCHE EN MANQUE D’UTOPIE

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utopieIl est de bon ton d’affirmer que la politique actuellement menée par le gouvernement n’est pas assez de gauche, voire pas de gauche du tout d’ailleurs. Il s’agit là d’un jugement, comme tout jugement d’ailleurs, relativement subjectif, même s’il est objectivement incontestable que François Hollande et Manuel Valls sont plus proche du centre de l’échiquier politique que du bord le plus à gauche. Cette affirmation, pas si gratuite que cela donc, conduit à divers constats qui mériteraient chacun un billet en lui-même. Je vais donc passer rapidement sur chacun d’eux avant de m’attarder sur le premier. Je verrai si je développe les autres plus tard

Avant tout, la première question qui mériterait d’être posée est de savoir si les notions de droite et de gauche ont vraiment un sens, comme si toutes les idées pouvaient se placer le long d’une ligne. Une représentation sous forme d’un plan serait déjà beaucoup plus pertinente de mon point de vue, même si encore relativement inexacte. Mais on touche là à un débat auquel on pourrait carrément consacrer une thèse ou un livre alors je continuerai à utiliser ce raccourci dans la suite des débats.

Ce genre d’affirmation montre également à quel point pour beaucoup de gens de gauche, ce qui se situe moins à gauche qu’eux est à droite… Ok à première vue, cela ressemble à une affirmation de pure logique. Mais cela veut surtout dire qu’aussi large soit l’espace situé à la droite d’eux, il représente un espace homogène, simplement désigné par « la droite », peuplé de suppôts de Satan qui enterreraient volontiers les immigrés vivants et enchaîneraient les ouvriers avec un plaisir sadique. Peut-être que c’est la même chose (enfin de manière inversée) chez les gens de droite mais j’en fréquente peu… En tout cas, cela souligne le caractère profondément manichéen de la pensée politique en France, qui diffère profondément dans ce domaine de l’Allemagne, pays du compromis et des coalitions.

Le constat suivant vient lorsque l’on demande à la personne qui vient de clamer le caractère profondément droitier du gouvernement avec énergie d’étayer son jugement. On se heurte souvent à une incapacité de citer les raisons profondes qui le poussent à penser ainsi. Il y a bien les indémodables propos de Manuel Valls sur les Roms, combien même le sujet ait totalement disparu depuis plus d’un an. Elle peut également évoquer le fait que l’on fait des cadeaux aux patrons, en étant rarement capable d’expliquer en quoi ils consistent exactement. Elle peut également citer les déclarations d’Emmanuel Macron (à propos duquel Cécile Duflot vient de déclarer qu’il est plus à gauche qu’il en a l’air) sur les 35h, combien même elles ne constituent qu’une toute petite citation d’une longue interview donnée avant qu’il soit ministre et qui n’engage en rien le gouvernement. Elle ne sait donc pas vraiment pourquoi le gouvernement est à droite, mais elle le sait, puisque tout le monde le dit, tout le monde le sent. C’est l’éclatante démonstration de l’incapacité profonde de François Hollande et de son équipe d’expliquer ce qu’ils font, pourquoi ils le font et pourquoi c’est bien. Le refus de mettre en scène, de faire du storytelling autour d’une ou deux mesures phare qui n’aurait peut-être qu’une portée limitée dans l’absolu, mais permettrait de contrôler le jeu médiatique, qui aujourd’hui lui échappe totalement. Mais quand on vient d’un parti dont la principale activité consiste à pondre à la chaîne des textes de 20 pages aussi vite oubliés qu’ils sont écrits, cela n’a rien d’étonnant.

Puis viens enfin l’ultime : qu’est ce qu’il faudrait faire alors ? Tout le monde s’accorde qu’il faut à la fois réduire les déficits et relancer l’économie, combien même cela s’apparente à une quadrature de cercle. Il faut que tout cela se fasse avec plus de justice, pour plus d’égalité, valeurs qui sont certainement celles qui sont les plus profondément ancrés à gauche. Oui mais concrètement, on fait quoi ? Et là, la question reste le plus souvent en suspens.

Face à ça, on peut adopter deux attitudes. Dire simplement que c’est le boulot des politiques de trouver les solutions, attitude qui montre bien dans quel état est l’esprit démocratique dans notre pays. Sinon, on peut aussi essayer de réfléchir deux secondes et se demander pourquoi cela semble désormais si difficile de définir précisément en quoi consisterait une politique économique de gauche. Parce que quand vous discutez avec des gens de droite (ça m’arrive quand même notamment mes collègues conseillers municipaux viroflaysiens), ils ont rarement d’hésitation au sujet de ce qu’ils voudraient voir appliquer.

Je pense que la grande différence entre la gauche et la droite est l’existence ou non d’un idéal. A droite, il existe encore une « utopie » libérale où impôts et puissance publique seraient réduits à zéro. A gauche, il existait le communisme, mais l’histoire l’a tué. Ainsi, il est beaucoup plus facile intellectuellement de se dire qu’on peut aller beaucoup plus loin à droite (combien même l’expérience montre que cela est aussi désastreux que dans l’autre sens, mais il n’y a jamais eu d’URSS ultra-libérale). A gauche, on sait qu’il existe une limite à partir de laquelle on court à la catastrophe. Mais le plus dur reste évidemment de déterminer exactement où elle se situe.

Les utopies sont toujours belles sur le papier et monstrueuses dans leur traduction dans la réalité. En effet, elles se basent sur des absolus quand la vie en société est forcément faite de diversité et de variété. Avoir pu constater l’horreur de l’utopie de gauche pourrait donc constituer une bonne nouvelle car elle nous protège de son retour. Mais les utopies ont l’immense avantage de structurer la pensée, de tracer une route vers un absolu qu’il ne faut certes pas atteindre mais qui au moins montre la voie. Elle apporte à la pensée politique cette part de rêve qui manque cruellement aujourd’hui à gauche, même si les rêves tournent souvent à la déception puisqu’ils ne peuvent le plus souvent jamais se réaliser. Peut-on vraiment imaginer un grand élan collectif émerger sans tout cela ? Rien n’est moins sûr.

Reste donc à rebâtir une utopie de gauche qui ne consiste pas en la collectivisation des moyens de production. L’économie de marché (qui n’est pas synonyme de capitalisme ou de libéralisme, rappelons-le) a gagné définitivement et même les Partis Communistes qui survivent encore l’ont largement accepté. Il faut donc une autre voie vers laquelle les espoirs à gauche pourraient se tourner. Je vois deux pistes possible.

La première serait une utopie écologiste. Je vois bien le fossé générationnel qui existe, au moins au sein du PS, mais je pense largement ailleurs, sur les questions environnementales. Elles constituent à mon sens certainement le vecteur le plus fort de mobilisation d’une jeunesse (et la jeunesse en politique se termine vers 60 ans…) qui a dramatiquement déserté le champs politique. Or, c’est forcément avec elle que l’avenir se construira, à mesure que le règne des baby-boomers s’achèvera. Mais le problème est qu’il n’y pas qu’une utopie écologiste, mais des dizaines. Entre les supporters de la décroissance et les défenseurs de la croissance verte, l’unité ne se fait que sur le concept de la défense de l’environnement, certainement pas sur son contenu et sa traduction concrète. Or, c’est bien ce qu’il faut définir pour tracer la voie qui mènerait à cette utopie. Et il n’est pas sûr que ces contradictions ne soient jamais réellement surmontables.

La seconde est l’utopie libertaire, une sorte de modernisation des idéaux de Mai 68. Le soucis est que cette utopie s’est bon gré mal gré largement concrétisée. Il reste peu de droits fondamentaux qui concerneraient l’ensemble de la population qui resteraient à conquérir. Les grands terrains de lutte ne se rapportent plus qu’à une frange de celle-ci, qui peut être certes très large, comme pour l’égalité hommes-femmes, ou plus restreinte (droits des homosexuels, fin des discriminations diverses et variées,…). La seule idée qui pourrait servir d’étendard à une telle utopie serait la diminution du temps de travail. Or aujourd’hui, elle est présentée par son principal défenseur, Pierre Larrouturou, comme une réponse aux problèmes économiques, quand elle devrait, à mon sens, n’être qu’un morceau d’une réflexion plus large et beaucoup plus sociétale sur la place du travail dans notre existence.

Retrouver une utopie de gauche à court terme est donc loin d’être gagné. Un long travail intellectuel est à mener. Reste à savoir qui doit le mener. Evidemment les partis politiques, leur personnel et leurs militants auront un rôle important à jouer. Mais les grandes idées qui ont profondément marqué les mouvements politiques sont rarement nés en leur sein. Karl Marx était un économiste et un intellectuel, pas un élu. C’est à l’ensemble du peuple de gauche de se mobiliser au travers des organisations politiques, mais aussi au travers des clubs de réflexion, qui restent des lieux fertiles, mais qui concernent désormais le plus souvent que des poignées de spécialistes, ou d’un monde associatif dont le but est de plus en plus la défense d’intérêts ultra locaux, pour ne pas dire totalement égoïstes.

Si les grandes idées sont des grands arbres, elles ne peuvent naître que sur un terreau fertile le plus large possible. Or, on ne peut pas demander à des élus chargés de traiter à plein temps des dossiers de plus en plus complexes et techniques de faire seuls ce travail. Participer à ces réflexions, que ce soit sur un sujet en particulier, à une échelle spécifique, où au contraire en visant l’émergence d’un modèle universel et fédérateur fait aussi partie du devoir d’un citoyen. On ne peut pas demander à d’autres, au travers de la démocratie représentative, de défendre des idées qui nous ressemblent quand on ne prend jamais le temps de participer à leur construction.

BREVES DE COMPTOIR : Brèves trop longues

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brevesdecomptoirafficheDans la série des adaptations cinématographiques relativement improbables, voici Brèves de Comptoir. Il est vrai qu’il était difficile d’imaginer comment transformer ces centaines de petites phrases issues de la grande sagesse des alcooliques en un long métrage. C’est pourtant le pari tenté par Jean-Michel Ribes. Un pari qu’il a sûrement réussi aussi bien que possible. Cependant, l’exercice était sans doute trop difficile pour que le résultat soit totalement satisfaisant.

Le principe de la brève est d’être courte. Certes, en les empilant, on arrive à tenir 1h40, mais au prix d’une certaine lassitude, pour ne pas dire un certain écœurement. Pendant une bonne heure, on apprécie pleinement Brèves de Comptoir. Certaines phrases sont quand même particulièrement savoureuses de génie fulgurant ou de bêtise profonde. J’ai un petit faible pour « Je ne suis pas raciste. C’est à cause des gars comme moi qu’on va finir par se faire niquer par les arabes ». Mais voilà, le principe a ses limites et on finit quand même par se lasser. Jean-Michel Ribes tente bien d’apporter un peu d’originalité et de renouveau par sa mise-en-scène mais ses tentatives sont de moins en moins convaincantes au fur et à mesure.

brevesdecomptoirReste une très belle brochette d’acteurs et d’actrices qui doivent donner vie à leurs répliques pour en sublimer le caractère comique ou affligeant. Certains y arrivent à merveille (Didier Bénureau, Grégory Gadebois, Régis Laspalles…), d’autres en font beaucoup trop (Bruno Solo, François Morel…), mais ils y mettent tous beaucoup d’énergie et de talent. Mais ils restent forcément enfermés dans les limites de l’exercice, faisant de Brèves de Comptoir un film à la fois très réussi, mais terriblement lassant sur la fin.

LA NOTE : 11/20

Fiche technique :
Réalisateur : Jean Michel Ribes
Scénario et dialogues : Jean-Michel Ribes et Jean-Marie Gourio, d’après les Brèves de comptoir de Jean-Marie Gourio
Musique : Reinhart Wagner
Directeur de la photographie : Philippe Guilbert
Décors : Patrick Dutertre
Montage : Scott Stevenson
Durée : 100 minutes

Casting :
Chantal Neuwirth : la patronne
Didier Bénureau : le patron
Christian Pereira : le garçon de café
André Dussollier : l’homme politique1,2
Yolande Moreau : Madame Lamelle
Bruno Solo : Bolo
François Morel : Pivert
Grégory Gadebois : chauffeur de taxi
Laurent Gamelon : Rubens
Annie Grégorio : la postière
Dominique Pinon : chauffeur de taxi
Laurent Stocker : Monsieur Laroque
Patrick Ligardes : le coiffeur
Samir Guesmi : Couss
Michel Fau : l’écrivain
Olivier Saladin : Pulmoll
Régis Laspalès : La Moule
Philippe Chevallier : Monsieur Latour
Alban Casterman : Monsieur Jean
Rachel Pignot : choriste
Dominique Besnehard : choriste
Gilles Cohen : l’Anesthésiste
Philippe Vieux : employé pompes funèbres
Isabelle de Botton : joueuse de cartes
Lola Naymark : la rousse
Grégoire Bonnet : le contremaître
Sébastien Thiéry : le type à casquette
Ged Marlon : employé Monofixe
Valérie Mairesse : Madame Pelton
Daniel Russo : Jacky
Raphaëline Goupilleau : employée Monofixe
Marie-Christine Orry : employée Monofixe
Christine Murillo : la commerçante
Serge Bagdassarian : le philosophe
Jenny Cleve : la vieille dame
Marcel Philippot : Monsieur Rabier
Jean-Claude Leguay : la Tonne
Eric Verdin : l’égoutier
India Hair : la gourmande
Alexie Ribes : Gigi
Fabienne Pascaud : la dame en deuil

HERCULE : Série B et c’est bien comme ça

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herculeafficheQuelques fois je me fais de petits plaisirs cinématographiques un peu honteux pour un lecteur assidu de Télérama. Un peu comme un bonbon quand on est au régime. Mais voilà, le cinéma n’a pas gagné ses galons d’art à part entière uniquement grâce aux films de Bergman. La série B, le cinéma populaire au vrai bon sens du terme, a largement contribué à inventer et faire grandir le 7ème d’entre eux. C’est ainsi que je suis allé voir Hercule… et je ne le regrette pas.

Certes, Hercule présente bien des faiblesses. Les décors et les costumes montrent parfois les limites du budget, certaines situations sont quelque peu improbables et les muscles de Dwayne Johnson cachent un peu trop ce qu’il y a derrière vu leur circonférence relativement démesurée. Mais le tout a surtout le bon goût de ne pas se prendre au sérieux, d’être rythmé et au final particulièrement divertissant. C’est le seul but de ce film, cela se voit et il atteint parfaitement son but. Il serait injuste de lui reprocher outre mesure de ne pas être un chef d’oeuvre.

herculeDe plus, Hercule n’est pas dénué d’imagination. Déjà, l’idée de montrer ce qu’aurait pu être le personnage « historique » ayant inspiré la légende est au final assez bien exploitée. De plus, le scénario est quand même doté de plusieurs rebondissements que l’on ne voit pas du tout venir. Le tout est fait sans génie, mais avec assez d’application pour apporter un petit plus qui rend le film vraiment plaisant. Et si j’ai dit que le film manque visiblement de moyens, ceci est assez bien masqué, la réalisation ne cherchant jamais à tomber dans la surenchère. Bref, un vrai bon film de série B qui vaut bien des films médiocres de série A !

LA NOTE : 13/20

Fiche technique :
Réalisation : Brett Ratner
Scénario : Ryan Condal et Evan Spiliotopoulos, d’après le roman graphique Hercule : Les Guerres thraces de Steve Moore et Admira Wijaya.
Direction artistique : Jean-Vincent Puzos
Décors : Jason Knox-Johnston
Costumes : Jany Temime
Photographie : Dante Spinotti
Son : Tim Chau
Montage : Mark Helfrich
Musique : Fernando Velázquez
Durée : 98 minutes

Casting :
Dwayne Johnson : Hercule
Ian McShane : Amphiaraos
John Hurt : Cotys
Rufus Sewell : Autolycos
Joseph Fiennes : Eurysthée
Irina Shayk : Mégara
Joe Anderson : Phineus
Ingrid Bolsø Berdal : Atalante
Rebecca Ferguson : Ergénia
Peter Mullan : Sitaclès
Aksel Hennie : Tydée
Stephen Peacocke : Stéphanos
Barbara Palvin : Antimaque
Reece Ritchie : Iolaos
Tobias Santelmann : Rhésos

GEMMA BOVERY : Pas aussi bon que du bon pain

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gemmaboveryafficheJ’adore et je déteste Fabrice Luchini. Je l’adore parce qu’il peut être absolument génial dans certains rôles et qu’il possède un potentiel comique assez hors du commun. Mais je le déteste aussi parce qu’il est l’archétype de ces acteurs français particulièrement cabotins, qui ne remettent jamais en question leur jeu et nous livrent toujours plus ou moins la même prestation. Gemma Bovery permet d’ailleurs dans un seul et même film d’illustrer cette ambivalence.

Gemma Bovery repose largement sur Fabrice Luchini et son petit numéro d’acteur. Certes, il ne faut pas non plus négliger le charme ravageur de Gemma Arterton, surtout que j’y suis quand même personnellement particulièrement sensible. Elle éclabousse le film de sa classe, mais nous sommes devant une comédie et l’humour est quand même largement apporté par l’intermédiaire son partenaire français. Et il faut bien admettre que ce dernier est très bon et qu’il nous fait bien rire… au moins pendant le premier quart d’heure.

gemmaboveryParce que baser un film entièrement sur la mine de Fabrice Luchini, qui ne varie guère pendant 1h40, c’est un peu léger. On a quand même assez vite envie de voir Gemma Bovery s’étoffer et changer un peu de ressort comique. Malheureusement, le changement n’est jamais pour maintenant dans ce film et aucun des éléments qui viennent se rajouter n’arrive à donner un profond intérêt au film. On continue de sourire de temps en temps, mais souvent assez mollement et on en vient presque à frôler l’ennui, gâchant la légèreté et la sympathie que peuvent inspirer ce film, pas tout à fait bon comme du bon pain.

LA NOTE : 9,5/20

Fiche technique :
Production : Albertine productions, Ciné@, Cinéfrance 1888, Gaumont
Distribution : Gaumont distribution
Réalisation : Anne Fontaine
Scénario : Anne Fontaine, Pascal Bonitzer, d’après le roman graphique de Posy Simmonds
Montage : Annette Dutertre
Photo : Christophe Beaucarne
Décors : Arnaud de Moleron
Musique : Bruno Coulais
Durée : 99 mn

Casting :
Fabrice Luchini : Martin Joubert
Gemma Arterton : Gemma Bovery
Jason Flemyng : Charlie Bovery
Isabelle Candelier : Valérie
Kacey Mottet Klein : Julien
Edith Scob : Madame de Bressigny
Niels Schneider : Hervé
Elsa Zylberstein : Wizzy

SIN CITY 2, J’AI TUE POUR ELLE : Retour au noir !

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sincity2afficheJ’ai longuement hésité à aller voir Sin City 2, J’ai Tué pour Elle. En effet, la bande-annonce ne laissait pas présager le meilleur, ce qu’ont confirmé des critiques assez sévères. Le premier volet avait représenté une vraie réussite, parvenant à parfaitement retranscrire à l’écran l’univers graphique si particulier de Franck Miller, au poins d’accéder au rang de film culte. Faire mieux ou même aussi bien semblait difficile. Effectivement, ce n’est pas le cas… mais sans mérité des jugements aussi sévères.

Sin City 2, J’ai Tué pour Elle est un film noir en trois parties, avec trois histoires indépendantes qui se croisent parfois. Elles sont racontées les unes après les autres, après une courte introduction générale au début du film. Il n’y a donc aucune confusion dans le récit, comme avancé par certains. Après, nous ne sommes pas là devant le scénario du siècle, mais il colle assez bien à l’ambiance visuelle générale. Cependant, il est vrai que le film est quand même plombé par les réflexions constantes en voix-off des protagonistes, procédé qui devient vite un peu lourdingue, surtout que les dialogues ne sont pas toujours terribles. C’est là que réside la vraie limite de ce film qui n’a en effet rien d’un chef d’œuvre, confirmant aussi les limites de Robert Rodriguez, donc le cinéma manque quand même parfois quelque peu de subtilité.

sincity2Mais une nouvelle vois, l’univers visuel vaut quand même le détour. Le travail de réalisation et de création d’un univers graphique est une nouvelle fois remarquable… même s’il est quand même largement similaire au premier volet. Du coup, Sin City 2, J’ai Tué pour Elle ressemble à un très bel exercice de style, mais un bel exercice de style déjà vu. Pourtant, il serait dommage de bouder totalement son plaisir ! Et pas simplement pour la plastique d’Eva Green qu’on peut admirer en long et large et en travers (et sans rien sur le corps) et qui donne à ce film un petit supplément de glamour non négligeable.

LA NOTE : 11,5/20

Fiche technique :
Production : Aldamisa Entertainment, Demarest Films, Miramax Films, Solipsist Film, Troublemaker Studios
Distribution : Metropolitan Filmexport
Réalisation : Frank Miller, Robert Rodriguez
Scénario : Frank Miller, d’après ses propres romans graphiques
Montage : Robert Rodriguez
Photo : Robert Rodriguez
Décors : Caylah Eddleblute, Steve Joyner
Musique : Carl Thiel

Casting :
Mickey Rourke : Marv
Jessica Alba : Nancy
Josh Brolin : Dwight
Joseph Gordon-Levitt : Johnny
Rosario Dawson : Gail
Bruce Willis : Hartigan
Eva Green : Ava
Powers Boothe : le sénateur Roark
Dennis Haysbert : Manut

LES LIVRES DE CORUM, TOME 2 : LA REINE DES EPEES (Michael Moorcock) : Bien installé dans dans la légende

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lareinedesepeesAprès un premier volume qui m’avait laissé quelque peu circonspect, voici la Reine des Epées, deuxième volet des Livres de Corum. De l’héroic fantasy aux accents ésotériques, qui peut déconcerter quelque peu au cours des premières pages, mais une fois qu’on est entré dans cet univers, force est de constater qu’on s’y sent bien et qu’on est très heureux de suivre les aventures de son héros.

Comme le premier volume, le roman est très court, moins de 200 pages. En fait, on a déjà fini deux tomes quand, pour d’autres romans du genre, on en serait à la fin de l’introduction du premier. Il n’est donc pas si surprenant que le lecteur doive attendre la Reine des Epées pour trouver vraiment ses repères et se sentir à l’aise. Michael Moorcock démontre donc que rien n’oblige les auteurs de fantasy de se lancer dans un concours du plus gros pavé, histoire de faire « genre, j’écris comme Tolkien ».

La Reine des Epées constitue avant tout un récit d’aventures épiques et chevaleresques, se distinguant avant tout par une ambiance assez particulière. Le récit compte assez peu de descriptions et se retrouve cerné d’un halo de mystère qui laisse l’imagination du lecteur vagabonder et compléter les manques à sa guise. La dimension mystique finit de faire ressembler ce roman à une légende venue du fond des temps, tel un mythe transmis oralement de génération en génération.

PARTY GIRL : Intimité en solitaire

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partygirlafficheVisiblement, il y a deux personnes qui ont droit à une salle de cinéma privative dans ce pays. Le Président de la République… et moi ! Pour la deuxième fois en deux mois, je me suis retrouvé seul dans une salle de cinéma, avec le film projeté uniquement pour moi. Après le dernier Ken Loach en juillet, ce fut le tour de Party Girl. Un projet audacieux réalisé par un trio. Mais un trio loin d’être maladroit, malgré les limites du scénario.

Je suis ressorti de Party Girl sur un sentiment mitigé. En effet, il nous raconte une histoire émouvante, aux personnages attachants, touchants, malgré leurs multiples défauts, blessures et autres faiblesses. On croit à cette histoire, on s’y plonge avec une vraie empathie. Cependant, on comprend très vite comment tout cela va finir. On sait bien que l’on ne dirige pas vers le happy-end auquel les protagonistes semblent vouloir s’accrocher. Du coup, cela rend le film un peu vain, comme si tout ce que l’on avait vu avant n’avait pas grand sens. Ce sentiment ne quitte pas le spectateur, l’empêchant ainsi de réellement s’enthousiasmer, à moins d’être réellement masochiste.

partygirlParty Girl reste néanmoins un très beau film. Le casting est étonnant, avec des acteurs qui font ici leurs premiers pas sur grand écran. Leur jeu est d’un naturel et d’un réalisme saisissants. Rien d’étonnant puisqu’ils incarnent pour beaucoup leur propre rôle à l’écran. En effet, Samuel Theis s’est inspiré de l’histoire de sa propre famille… et l’a mise en scène pour réaliser ce film. Un pari osé, mais qui fonctionne de manière étonnante. On entre vraiment dans l’intimité de personnages qui n’en sont pas tout à fait. Une intimité qui ne laisse pas indifférent. Mais mélanger à ce point réalité et fiction nous rappelle peut-être de manière un peu trop limpide que la vie n’est pas du cinéma.

LA NOTE : 13/20

Fiche technique :
Production : Elzevir Films
Réalisation : Marie Amachoukeli, Claire Burger, Samuel Theis
Scénario : Marie Amachoukeli, Claire Burger, Samuel Theis
Montage : Frédéric Baillehaiche
Photo : Julien Poupard
Décors : Nicolas Migaud
Distribution : Pyramide Films
Son : Pierre Bariaud
Musique : Nicolas Weil, Sylvain Ohrel, Alexandre Lier
Durée : 95 mn

Casting :
Angélique Litzenburger : Angélique
Mario Theis : Mario
Joseph Bour : Michel
Samuel Theis : Samuel
Séverine Litzenburger : Sévrine
Cynthia Litzenburger : Cynthia
Chantal Dechuet : Madame Dechuet

22 JUMP STREET : 22, v’là les keufs !

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22jumpstreetafficheLes bonnes grosses comédies américaines premier degré sont souvent très drôles, mais terriblement lourdingues. Et surtout, elles souffrent quasiment toutes d’un défaut qui de mon côté m’insupporte. Elles comportent toutes une scène scato, à base de diarrhée ou de pets intempestifs, ce qui, personnellement, ne me fait pas rire du tout, mais alors pas du tout. Toutes ? Non, heureusement, quelques unes résistent ! Parmi elles, 22 Jump Street !

L’adaptation au cinéma de la série qui a révélé Johnny Depp avait quelque peu surpris les fans, pour ne pas dire déçu, en adoptant un ton résolument parodique, ce qui n’était pas du tout l’esprit de la version télévisée. Mais les spectateurs qui, comme moi, n’étaient pas du tout attachés à l’original, avaient pu simplement apprécier une comédie policière très réussie. Il n’y avait donc plus de surprise dans ce 22 Jump Street. Restait simplement à voir si l’humour était encore bien au rendez-vous…

22jumpstreetEt c’est bien le cas ! Si le film commence doucement, 22 Jump Street est de plus en plus drôle au fur et à mesure que les minutes passent. L’humour est très potache, mais réussit l’exploit de n’être ni vulgaire, ni totalement politiquement correct. Il démonte tous les stéréotypes des films policiers… et de la vie étudiante. Car, encore une fois, nos deux flics sont envoyés en infiltration et vont devoir jouer les petits jeunes (ce qu’ils ne sont visiblement plus) cette fois à l’université. Evidemment, ça sent un peu le réchauffé… Mais justement, le film s’en amuse régulièrement et se termine par un générique hilarant qui décline à l’infini le concept, en nous présentant une vingtaine de suites de plus en plus improbables.

Le duo formé par Jonah Hill et Channing Tatum fonctionne toujours aussi bien. Leur relation est au cœur des ressorts comiques sur lesquels repose 22 Jump Street, le tout agrémenté de quelques gags plus visuels. On rit beaucoup, souvent, mais on prend aussi le temps de s’intéresser à ces deux anti-héros, parfois un peu pathétiques, mais toujours sympathiques. Il est difficile à dire si la franchise a encore beaucoup à nous apporter, mais en tout cas, elle aura au moins tenu sérieusement la route le temps de deux épisodes.

LA NOTE : 12,5/20

Fiche technique :
Production : Columbia Pictures, MGM, MRC, Original Film, Cannell Studios, 33 AndOut, JHF productions, LStar Capital
Distribution : Sony Pictures Releasing France
Réalisation : Phil Lord, Christopher Miller
Scénario : Rodney Rothman, Oren Uziel, Michael Bacall, d’après la série 21 Jump Street
Montage : Keith Brachmann, David Rennie
Photo : Barry Peterson
Décors : Steve Saklad
Musique : Mark Mothersbaugh
Costumes : Leesa Evans
Directeur artistique : Scott Plauche
Durée : 112 mn

Casting :
Jonah Hill : Schmidt
Channing Tatum : Jenko
Peter Stormare : le Fantôme
Wyatt Russell : Zook
Amber Stevens : Maya
Jillian Bell : Mercedes
Ice Cube : Capitaine Dickson
The Lucas Brothers : Keith & Kenny Yang
Queen Latifah : Mme Dickson