ONLY LOVERS LEFT ALIVE : Constance, constance

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onlyloversleftaliveafficheSi j’ai parlé de surprises multiples lors de ma critique précédente, consacrée à la Grande Aventure Lego, je vais au contraire mettre en avant la constance pour vous parler de Only Lovers Left Alive, le dernier film de Jim Jarmush. Ce dernier, s’il nous raconte toujours des histoires très différentes, possèdent un style particulièrement caractéristique et ce n’est pas ce film qui va changer la donne.

Only Lovers Left Alive est donc un film lent, onirique, beaucoup plus poétique que basé sur une réelle intrigue. Bref, du Jim Jarmush dans le texte ! Il faut bien avouer le film a un peu de mal à démarrer et on s’ennuie quelque peu pendant les premières minutes. Puis, une fois que les deux personnages principaux, magnifiquement interprétés par Tilda Swinton et Tom Hiddelson, sont réunis, on se laisse séduire par cette ambiance un rien psychédélique et décalée.

onlyloversleftaliveOnly Lovers Left Alive nous présente des vampires bien loin de l’univers de Twillight… même si en fait je n’ai jamais vu Twillight, alors je ne suis pas super bien placé pour juger. On assiste à une belle histoire d’amour entre deux êtres dont l’univers semble s’écrouler autour d’eux, comme s’ils n’appartenaient plus vraiment à cette époque, à ce monde. Très certainement un sentiment souvent ressenti par Jim Jarmush lui-même, tant il traverse toute son œuvre.

LA NOTE : 12/20

Fiche technique :
Production : Recorded Pictures Company, Pandora Film, Lago Film, Neue Road Movies, ARDD Degeto
Réalisation : Jim Jarmusch
Scénario : Jim Jarmusch
Montage : Affonso Goncalves
Photo : Yorick Le Saux
Décors : Marco Bittner Rosser
Distribution : Le Pacte
Musique : Jozef Van Wissem
Durée : 123 mn

Casting :

Tilda Swinton : Eve
Tom Hiddleston : Adam
Mia Wasikowska : Ava
John Hurt : Marlowe
Anton Yelchin : Ian
Jeffrey Wright : Dr. Watson
Slimane Sazi : Bilal
Carter Logan : Scott

LA GRANDE AVENTURE LEGO : Surprises, surprises !

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lagrandeaventurelegoafficheFaire un film à partir de personnages Lego, voilà qui, à première vue, ne présageait à rien d’autre qu’un vulgaire produit marketing médiocre et sans âme. Mais les amateurs de jeux vidéos savaient déjà que ces petites têtes jaunes peuvent être le support de créations très réussies et surtout bourrées d’un humour second degré particulièrement efficace. La bande-annonce de La Grande Aventure Lego était déjà très drôle, mais on pouvait craindre qu’elle nous présente tous les moments dignes d’intérêts de ce film. Il n’en est rien et on tient là peut-être la plus grosse surprise de ce début d’année.

Ils étaient sûrement peu nombreux à être prêts à parier que la Grande Aventure Légo obtiendrait une moyenne de 4,1/5 chez les critiques et 4/5 et chez les spectateurs sur Allociné. C’est dire si le pari est réussi. Et il l’est pour une raison principale : le film est très drôle. Vraiment très drôle même, lorsque l’on a soi-même passé une partie de son enfance à jouer avec les célèbres petites briques. Les auteurs ont su multiplier les clins d’œil à un tas de toutes petites choses qui vont parler à ceux qui sont dans cette situation, le tout avec un humour et une subtilité étonnants. Si on ajoute à ça beaucoup de références hilarantes à l’univers geek, on obtient ce résultat particulièrement jouissif !

lagrandeaventurelegoDe plus, la Grande Aventure Légo est porté par un scénario beaucoup plus riche, solide et inattendu que ce que l’on pouvait imaginer. On va donc de surprises en surprises, quand graphiquement le film est lui aussi très créatif, à défaut d’être vraiment beau. Bref, tout les éléments se situent à un niveau très élevé et qui mérite un vrai respect artistique. On est face à du vrai cinéma et non une pub géante pour l’entreprise danoise. Allez si on doit faire une seule critique, c’est peut-être une légère longueur excessive, même si on ne boude pas une seule seconde son plaisir.

LA NOTE : 14,5/20

Fiche technique :
Production : Warner Bros., Village Roadshow Pictures, LEGO, Vertigo Entertainment, Warner Animation Group, Animal Logic, Lin Pictures
Distribution : Warner Bros
Réalisation : Phil Lord, Christopher Miller
Scénario : Phil Lord, Christopher Miller
Montage : David Burrows, Chris McKay
Photo : Barry Peterson, Pablo Plaisted
Décors : Grant Freckelton
Musique : Mark Mothersbaugh
Durée : 110 mn

Casting :
Chris Pratt : Emmet Brickowoski
Will Ferrell : Lord Business, President Business, le père
Will Arnett : Batman, Bruce Wayne
Elizabeth Banks : Cool-Tag, Lucy
Morgan Freeman : Vitruvius
Liam Neeson : Le bon flic & mauvais flic
Channing Tatum : Superman
Jonah Hill : Green Lantern
Dave Franco : Wally

IDA : Ne jamais se fier aux apparences

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idaafficheLorsque j’ai vu la bande-annonce d’Ida, film polonais en noir et blanc, parlant d’une nonne orpheline, je me suis dit que je n’irai sûrement pas voir ce film sous peine de devoir acheter des anti-dépresseurs à la pelle en sortant. Mais, si dans la vie j’ai parfois un peu de mal à admettre que j’ai eu tort, en matière de cinéma, il m’arrive de revenir sur mes décisions. J’ai donc fini par me laisser convaincre par les critiques très élogieuses et je ne le regrette pas.

Déjà parce que Ida n’est pas aussi sinistre que la bande-annonce le laissait penser. Certes, on ne se bidonne pas toutes les deux minutes et on n’en ressort pas vraiment le cœur léger et plein d’entrain. Cependant, le film est aussi parfois parcouru par quelques ondes positives qui participent largement à donner de l’épaisseur au personnage et à faire naître un grand attachement chez le spectateur. On est forcément touché par cette femme qui n’a rien connu qu’un isolement austère et qui se confronte au monde pour en savoir plus sur ses origines.

idaLa réalisation en noir et blanc est d’une sobre élégance. Le procédé n’est pas le plus original qui soit et l’utiliser fait un peu « je veux faire film d’auteur, mais je n’ai pas d’imagination ». Mais il colle très bien avec l’ambiance générale d’Ida et Pawel Pawlikowski fait preuve d’une réelle maîtrise esthétique. Cependant, malgré toutes ces qualités, il n’arrive pas toujours à rendre son film totalement passionnant, même s’il réserve quelques moments de grâce et nous touche assez pour nous permettre de vivre une belle rencontre.

LA NOTE : 12,5/20

Fiche technique :
Production : Opus Film
Distribution : Memento Films Distribution
Réalisation : Pawel Pawlikowski
Scénario : Pawel Pawlikowski, Rebecca Lenkiewicz
Montage : Jaroslaw Kaminski
Photo : Ryszard Lenczewski, Łukasz Zal
Décors : Marcel Slawinski, Katarzyna Sobanska
Son : Claus Lynge
Musique : Kristian Selin Eidnes Andersen
Maquillage : Anna Niuta Kieszczynska, Tomasz Sielecki
Durée : 79 mn

Casting :
Agata Kulesza : Wanda
Agata Trzebuchowska : Ida
Dawid Ogrodnik : Lis
Joanna Kulig : la chanteuse
Halina Skoczynska : la mère supérieure

ANGES DECHUS (Richard Morgan) : Mêmes joueurs ne gagnent pas encore…

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angesdechusOn ne change pas une équipe qui gagne. Sauf que la même équipe ne gagne pas à tous les coups. C’est le cas pour le duo formé de l’écrivain Richard Morgan et de son personnage Takeshi Kovacs. Si le premier volet des aventures de ce denrier, Carbone Modifié, était très réussi, la suite, Anges Déchus, est particulièrement décevante.

Anges Déchus nous présente un récit à la fois difficile à suivre… et manquant fortement d’intérêt. Du coup, la lecture de ce roman est plus que pénible et ne procure qu’un plaisir plutôt limité. Le style n’est jamais clair et il suffit d’une seconde d’inattention pour être complètement perdu et ne plus du tout comprendre ce qui se passe, où ça se passe et pourquoi chacun agit ainsi. Enfin, même avec une lecture attentive, ce n’est pas toujours très clair. Et comme le fil rouge de l’histoire ne passionne pas, on se demande un peu qu’est ce qu’on fait au milieu de ce roman.

Carbone Modifié était plutôt un polar futuriste. Anges Déchus tirent plutôt sur le space opéra. Le passage de l’un à l’autre n’a donc pas vraiment réussi à Richard Morgan. J’ai dans ma bibliothèque le troisième volet, Furies Déchaînées, et j’espère bien qu’il ressemble plus au premier qu’au deuxième. Sinon, les aventures de Takeshi Kovacs entrera au panthéon des sagas ratées.

LES RAYURES DU ZEBRE : Beau mirage

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lesrayuresduzebreafficheEn ce début d’année, on beaucoup parlé du Crocodile de Botswanga, comédie française qui nous parlait de l’Afrique avec humour et second degré. On a par contre malheureusement assez peu parlé des Rayures du Zèbre, qui sur un ton un peu plus sérieux néanmoins, nous emmenait aussi de l’autre côté de la Méditerranée. C’est vraiment regrettable car ce film regorge de qualités et ne méritait pas de passer aussi peu inaperçu.

Les Rayures du Zèbre est une vraie comédie dramatique. On rit beaucoup et on pleure aussi un peu. C’est un film riche, où l’humour n’empêche pas une certaine profondeur, voire une certaine gravité. Un regard tendre sur les travers des deux mondes et sur ces personnages à la fois si distants et si proches. Un film qui a aussi le mérite d’aller à l’essentiel (il dure 1h20 seulement) pour ne jamais diluer son propos dans du superflu. On ne peut donc que saluer le travail de Benoît Mariage, à la réalisation et au scénario, qui nous avait déjà séduit il y a dix ans avec les Convoyeurs Attendent.

lesrayuresduzebreLes Rayures du Zèbre confirme le talent polymorphe de Benoît Poelvoorde. Un rôle taillé à sa mesure où il peut exprimer toute sa force comique, mais aussi dramatique. Un grand acteur quand il est correctement dirigé et c’est bien le cas ici. Ce film confirme aussi la très bonne santé du cinéma belge qui nous offre chaque année de beaux moments d’une grande richesse.

LA NOTE : 14/20

Fiche technique :
Réalisateur : Benoît Mariage
Scénario : Benoît Mariage
Musique : Emmanuel d’Orlando
Photographie : Benoît Dervaux
Son : François Musy, Gabriel Hafner
Montage : Philippe Bourgueil et Nicolas Rumpl
Décors : Catherine Cosme
Production : Boris Ban Gils, Michaël Goldberg
Durée : 80 minutes

Casting :
Benoît Poelvoorde : José Stockman
Marc Zinga : Yaya Koné
Tatiana Rojo : Gigi
Tom Audenaert : Koen
Eric Larcin : Evrard
Sibiri Tiémogo : le sémaphoriste
Alice Hermance Gbongo : Solange, la douanière
Franck Diabagaté : Franck
Yvette Koua : l’hôtesse d’accueil de l’hôtel
Mamadou Sangaré : Paysan Youssouf
Doumbia Balla : Fils Youssouf
Bruno Georis : le consul de Belgique
Delphin Beugre : le ministre Blaise Kaboré
Bibo Guindo : Bibo
Sangaré Mohamed : Siko

MEA CULPA : A bout d’inspiration

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meaculpaafficheLes éléments d’un polar noir à la françaises sont souvent les mêmes. Un flic flirtant avec la légalité, hanté par son passé, des histoires de vengeance qui le pousse à certaines extrémités… Pourtant, on ne s’en lasse pas quand c’est bien fait. Mais quand un réalisateur, Fred Cavayé en l’occurrence, les utilise deux fois de suite de manière extrêmement similaire, on est en droit de crier à l’imposture. Surtout qu’autant A Bout Portant était un particulièrement convaincant, autant Mea Culpa souffre de trop de faiblesses pour entraîner l’adhésion du spectateur.

 Mea Culpa est un film raté dans à peu près toutes ses dimensions. L’intrigue est faiblarde, sans imagination et au final assez peu crédible. Les personnages semblent sortis d’un concours de poncif pour scénaristes sans talent. L’ambiance sombre tire plutôt sur la grisaille. Et si Fred Cavayé garde une certaine maîtrise dans la réalisation de scènes d’action, il se heurte quand même à un manque de moyens évidents. Enfin, tous ceux qui ont vu A Bout Portant auront une impression constante de déjà-vu… en beaucoup moins bien.

meaculpaMea Culpa ne présente donc qu’un intérêt limité et ne confirme pas le potentiel d’un réalisateur dont on pensait qu’il pouvait durablement injecter un peu de sang neuf dans le monde du polar noir à la française. Mais si au troisième film, il en est déjà à s’auto-parodier, on peut craindre que son inspiration soit déjà épuisée. Espérons qu’il me fasse mentir avec son prochain film.

LA NOTE : 7/20

Fiche technique :
Production : LGM Productions, uFilm
Distribution : Gaumont
Réalisation : Fred Cavayé
Scénario : Fred Cavayé, Guillaume Lemans
Montage : Benjamin Weill
Photo : Danny Elsen
Décors : Philippe Chiffre
Musique : Cliff Martinez
Maquillage : Fabienne Robineau
Durée : 90 mn

Casting :
Vincent Lindon : Simon
Gilles Lellouche : Franck
Nadine Labaki : Alice
Max Baissette de Malglaive : Théo
Gilles Cohen : Pastor
Medi Sadoun : Jacquet
Velibor Topic : Milan
Cyril Lecomte : Jean-Marc

 

 

JACK ET LA MECANIQUE DU COEUR : Et la musique prend vie

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jacketlamecaniqueducoeurafficheQuand on parle de bande-originale, on pense évidemment à la musique qui vient se poser sur les images d’un film. La musique de Jack et la Mécanique du Cœur a pourtant d’abord été la bande-originale du roman du même nom, écrit par Mathias Malzieu, le chanteur de Dionysos. Cependant, tout le monde imaginait que le film verrait alors rapidement le jour. Cela a été un peu plus long que prévu, mais l’attente a pris fin avec la sortie sur grand écran d’un très beau film d’animation.

Tous ceux qui apprécient l’album depuis longtemps seront donc heureux de découvrir l’univers visuel qui accompagne cette musique. Personnellement, je n’ai pas lu le roman donc j’ai eu aussi le plaisir de découvrir l’histoire qui relie les chansons entre elles. Une très belle histoire d’amour, mélancolique et très émouvante. Jack et la Mécanique du Coeur ne constitue pas un simple prétexte pour mettre en avant la musique et on sent bien que c’est le récit littéraire qui a précédé les images et le son.

jacketlamecaniqueducoeurJack et la Mécanique du Coeur est visuellement très réussi, avec une vraie personnalité dans l’animation qui n’a pas cet aspect froid lié à l’utilisation à outrance de l’ordinateur. Elle colle vraiment à l’ambiance crée par ailleurs par la musique et l’histoire. Elle met parfaitement en valeur la grande sensibilité du récit et l’imagination débordante de son auteur. Il y a une vraie synergie entre tous les éléments qui concourent à faire de ce film une belle réussite.

LA NOTE : 13/20

Fiche technique :
Production : Europacorp, France 3 Cinéma, uFilm, Walking The Dog
Distribution : EuropaCorp distribution
Réalisation : Stéphane Berla, Mathias Malzieu
Scénario : Mathias Malzieu, d’après son propre livre
Montage : Soline Guyonneau
Musique : Dionysos
Effets spéciaux : Duran Duboi
Durée : 94 mn

Casting :
Mathiaz Malzieu : Jack
Olivia Ruiz : Miss Acacia
Grand Corps Malade : Joe
Jean Rocherfort : Georges Méliès
Rossy de Palma : Luna
Babet : Anna
Marie Vincent : Madeleine
Emily Loisezau : Madeleine
Arthur : Arthur H.
Alain Bashung : Jack l’éventreur

LE JOUR D’APRES

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manuelvallsAprès un long silence pendant cette campagne électorale dans laquelle j’ai mis tant de temps et d’énergie, il est temps de reprendre la plume. Je reviendrai sûrement bientôt sur la manière dont j’ai vécu cette expérience d’un point de vue personnel. Mais commençons par une analyse purement politique, puisque les 24 dernières heures ont vu le paysage politique français évoluer de manière brutale.

La défaite du PS a surpris par son ampleur, qui l’a transformée en déroute historique. Mais devait-on être vraiment si surpris que ça ? Je ne veux pas jouer les donneurs de leçon a posteriori parce que j’ai été le premier à ne pas voir le mur arriver, ou du moins pas avec cette violence. Rien sur le terrain pendant cette campagne ne nous a préparés à ça et la sanction a frappé durement des élus remarquables dont la sympathie de la population semblait acquise.

Avec le recul, je pense que le PS n’a pas assez appris de ses… victoires passées. En 2010, les élections régionales s’étaient soldées par une victoire écrasante de la gauche, avec des scores historiques y compris dans ma bonne ville de Viroflay. Ce fut un soir heureux pour notre camp et nous avons interprété ça comme une reconnaissance du travail des élus socialistes à la tête des régions. Certes nous n’étions pas assez naïfs pour ne pas y voir aussi un rejet de Nicolas Sarkozy, mais nous refusions de ne pas y voir aussi un soutien à notre action. Mais quel électeur est capable de mesurer la qualité du bilan d’un Conseil Régional ?

Tout le monde pensait que les élections municipales étaient beaucoup plus ancrées dans un contexte local connu des électeurs. Mais depuis que je suis élu, j’ai pu mesurer à quel point l’immense majorité de nos concitoyens ignorent tout (et se moquent souvent aussi d’ailleurs) des enjeux de proximité et de ceux qui les portent. Et si la gauche a réussi à bâtir une telle emprise sur l’ensemble des collectivités locales au cours de ces 25 dernières années, c’est peut-être tout simplement parce que nous avons passé beaucoup plus de temps dans l’opposition au niveau national qu’au pouvoir.

C’est un constat douloureux parce que toutes ces victoires dans les villes, les départements et les régions ont été acquises par des gens et des équipes formidables, à l’engagement et aux compétences remarquables. Ces victoires ont toutes été méritées. Mais il faut ouvrir les yeux sur le fait que quelque soit le niveau, toutes les élections se jouent à la lumière du bilan de l’équipe gouvernementale. Pour un militant de base, un élu de terrain comme moi, c’est horrible difficile à admettre, tant cela vide de sens une grande partie de son action. Mais la fraction qui reste vaut sûrement encore le coup de se battre.

Cela renvoie surtout à un problème beaucoup plus profond qui se manifeste par l’incapacité totale des majorités gouvernementales de droite comme de gauche à emporter un minimum d’adhésion. Le désenchantement semble de plus en plus rapide, alors que tout le monde, la classe politique avant tout mais pas que…, continue de faire comme si de rien n’était et à ne même pas poser la question de dysfonctionnements qui ne trouveraient pas leur réponse à travers un clivage droite/gauche. Lors de la soirée électorale de dimanche soir, Henri Guaino (oui ça fait chier de citer Henri Guaino, mais bon…) a vaguement tenté de soulever ce débat, sans trouver aucun écho, si ce n’est une réponse de Cécile Duflot qui a replacé les échanges au niveau du tout petit bout de la lorgnette. C’est quand même dommage qu’une femme politique si jeune, qui incarne encore beaucoup plus le futur que le passé, ne soit pas capable de saisir cette balle au bond. Au-lieu de ça, a eu lieu cet éternel ping-pong entre deux camps sur l’air de « c’est pas notre faute, c’est la votre… ».

Mais ce jeu est indécent. Parce qu’au milieu de ses revois de balle totalement stériles, il y a des gens au chômage, en situation précaire, n’arrivant pas à se loger, vivant chaque jour un sentiment plus fort de déclassement. Comment s’étonner qu’ils finissent par s’abstenir ou voter Front National ? Faire de la politique c’est avant tout chercher à régler les problèmes, apporter des solutions face aux difficultés rencontrés par ses concitoyens. Et c’est bien ce que cherchent à faire tous ses responsables politiques. On travaille beaucoup dans les ministères, à l’Assemblée, dans les partis et les collectivités locales. Beaucoup plus que le pensent beaucoup de mes compatriotes. Mais comment peuvent-ils se rendre compte de ce travail quand les discours sont parasités par des considérations sans intérêt ? Mon expérience de militant de base m’a montré que c’est un travers qui touche le monde politique de la base au sommet. C’est inhérent à cette activité et aussi à la nature humaine, mais il faut savoir parfois s’arrêter, prendre de la hauteur et dire « et si on arrêtait de déconner ? ».

La déroute électorale aura donc conduit le Président de la République à nommer Manuel Valls au poste de Premier Ministre. Je ne m’étendrai pas sur la manière dont je vis ça en tant que militant politique, en tant qu’homme de gauche aux convictions fortes. Parce que je dois m’efforcer de ne pas tout ramener à ma « sensibilité » de personne qui s’intéresse de près à la politique. La seule question est de savoir si le prochain gouvernement réussira, dans la mesure du possible, à faire baisser le chômage, construire des logements et rendre plus efficace tout un tas de choses qui déconnent. La plupart de nos concitoyens se moquent bien, et ils ont raison, de savoir si ça vient d’un mec plus à gauche ou plus à droite que machin bidule, chaque camp ayant démontré depuis longtemps son incapacité à régler vraiment un certain nombre de problèmes de fonds et se repassant constamment la patate chaude.

Le gouvernement de Manuel Valls n’adoptera sûrement pas toujours une ligne qui serait la mienne. Cependant, si, suite à ce changement, des choses avancent dans le bon sens grâce à lui, il faudra s’en réjouir. Seuls comptent les résultats. Le nouveau gouvernement n’en a pour l’instant aucun (surtout qu’il n’est pas encore constitué à cette heure), seul l’avenir nous permettra de les connaître. Un avenir que les gens de gauche ont vu s’assombrir ce week-end. Mais si le pire arrive parfois, comme cette déroute électorale, il n’est jamais sûr non plus…

12 YEARS A SLAVE : Autant en emporte le sang…

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12yearsaslaveafficheAutre nommé aux Oscars, 12 Years A Slave. Et là encore, il serait dommage de passer à côté. Il ne fait pas partie des favoris pour rien ! Une nouvelle preuve de la formidable capacité du cinéma hollywoodien à nous raconter avec brio la grande Histoire à travers le parcours d’un seul homme, qui aurait pu être anecdotique s’il ne mettait en pleine lumière un contexte qui ne l’est pas du tout.

Steve McQueen a parfaitement réussi son passage de l’autre côté de l’Atlantique. La dureté dont son cinéma sait faire preuve, sa capacité à filmer la souffrance ne se sont pas édulcorées, alors qu’il bénéficie de moyens nettement plus importants. Il nous propose certes une mise en scène peut-être plus formatée, mais c’est pour rendre plus accessible un propos qui ne fait guère de concession. Evidemment, on ne pourra jamais prendre toute la mesure de ce que ces hommes et ses femmes ont pu vivre, mais 12 Years A Slave le montre d’une manière très crue. On est loin d’Autant En Emporte le Vent…

12yearsaslave12 Years A Slave devrait remporter quelques statuettes ce soir. Et on peut déjà parier que son casting lui en vaudra quelques unes. Lupita Nyong’O est souvent citée parmi les favorites dans sa catégorie et sa victoire n’aurait rien d’imméritée. Elle sera sûrement plus difficile à remporter pour Chivetel Ejiofor ou Michael Fassbender, mais là encore il n’y aurait pas de scandale. Et quand on sait que Brad Pitt complète cette distribution, on se dit qu’il n’y a pas décidément pas de grand film sans grands comédiens.

Après Django Unchained et Le Majordome, l’Amérique n’en finit pas de nous livrer de grands films sur la face sombre (sans mauvais jeu de mots!!!) de son passé ! Un exorcisme qui ravit tous les cinéphiles.

LA NOTE : 15,5/20

Fiche technique :
Production : Plan B, Regency Enterprises, River Road Entertainment, New Regency, Film4
Distribution : Mars distribution
Réalisation : Steve McQueen
Scénario : John Ridley, d’après les mémoires de Solomon Northup
Montage : Joe Walker
Photo : Sean Bobbitt
Décors : Adam Stockhausen
Musique : Hans Zimmer
Durée : 134 mn

Casting :
Chiwetel Ejiofor : Solomon Northup
Michael Fassbender : Edwin Epps
Benedict Cumberbatch : Ford
Lupita Nyong’o : Patsey
Paul Dano : Tibeats
Brad Pitt : Bass
Alfre Woodard : Mistress Shaw
Paul Giamatti : Freeman
Sarah Paulson : Mistress Epps

AMERICAN BLUFF : La classe américaine

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americanbluffafficheNommé pour l’Oscar du meilleur film, American Bluff est passé quelque peu inaperçu sur nos écrans. Et c’est bien dommage ! Ce film typiquement hollywoodien met parfaitement en valeur un formidable casting. Il confirme surtout tout le talent de David O. Russel, qui semble une ampleur supplémentaire à chacun de ses films. Vivement le prochain !

American Bluff (« traduction » de American Hustle… bon passons…) manque peut-être parfois un peu de rythme et son classicisme est peut-être un peu trop classique. Mais une telle maîtrise et un scénario aussi solide ne peuvent donner qu’un résultat convaincant et fort distrayant. Certes, les moments de grâce sont peut-être un peu trop ponctuels, entraînant un tout petit rien de frustration chez le spectateur, il serait dommage de bouder son plaisir.

americanbluffAmerican Bluff brille quand même avant tout par son casting particulièrement flamboyant. Excusez du peu : Christian Bale, Bradley Cooper, Robert De Niro, Jeremy Renner… Mais c’est du côté des actrices que se trouvent les performances les plus impressionnantes. Amy Adams est magnifique et que dire de Jennifer Lawrence. Ok, je ne suis pas toujours objectif sur cette comédienne que j’idolâtre de plus en plus, mais j’ai été heureux de voir que de nombreuses critiques ont salué sa prestation.

Sans être totalement bluffant, American Bluff est quand même un film de grand classe, où le talent débord de partout.

LA NOTE : 14/20

Fiche technique :
Production : Atlas entertainment, Annapurna Pictures
Distribution : Metropolitan Filmexport
Réalisation : David O. Russell
Scénario : David O. Russell, Eric Warren Singer
Montage : Alan Baumgartner, Jay Cassidy, Crispin Struthers
Photo : Linus Sandgren
Décors : Judy Becker
Musique : Danny Elfman
Costumes : Michael Wilkinson
Directeur artistique : Jesse Rosenthal
Durée : 138 mn

Casting :
Christian Bale : Irving Rosenfeld
Amy Adams : Sydney Prosser
Bradley Cooper : Richie DiMaso
Jennifer Lawrence : Rosalyn Rosenfeld
Jeremy Renner : le maire Carmine Polito
Louis C.K. : Stoddard Thorsen
Jack Huston : Pete Musane
Michael Peña : Paco Hernandez, Sheik Abdullah
Robert De Niro : Victor Tellegio
Saïd Taghmaoui : Sheik Abdullah