GINGER (Gaëtan Roussel) : Créativité mal maîtrisée

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gingergaetanrousselLouise Attaque est pour moi un groupe important, car lié à beaucoup de souvenirs, avant même qu’ils fassent partie des formations les plus en vue de l’Hexagone. Je continue d’écouter leurs albums avec le même plaisir, qui tient peut-être de la nostalgie, mais aussi de l’énergie qu’ils ont su insuffler dans leur musique. Certes, les textes ne veulent rien dire, mais on ne se s’empêcher des fredonner. C’est donc un peu avec les yeux de l’amour que j’ai commencé à suivre la carrière solo du chanteur, Gaëtan Roussel, et son premier album, Ginger. Mais si l’amour rend aveugle, il n’empêche pas parfois d’être quelque peu mitigé.

Gaëtan Roussel est né en 1972 à Rodez, dans l’Aveyron. Il fonde le groupe Louise Attaque en 1994, dont la discographie compte quatre albums. Il a aussi sorti un album avec le groupe Tarmac, formé avec Arnaud Samuel, le violoniste de Louise Attaque. En 2009, il sort donc cet album solo Ginger. Il lui rapportera 3 Victoires de la Musique en 2011, dont celles du meilleur interprète et du meilleur album de l’année.

Dans Ginger de Gaëtan Roussel, on retrouve une des caractéristiques principales de Louise Attaque, à savoir les textes n’ayant pas forcément beaucoup de sens. C’est assez logique vu qu’il a écrit toutes ces chansons. Cela ne pose pas forcément de problème, mais cela constitue incontestablement une limite lorsque d’autres qualités faiblissent. C’est un peu ce qui se passe dans cet album, faisant preuve parfois d’une créativité mal maîtrisée.

Louise Attaque nous a toujours proposé une musique pas forcément hyper élaborée, mais à l’énergie incroyablement communicative, notamment grâce à une utilisation particulièrement réussie du violon. Dans Ginger, Gaëtan Roussel explore d’autres univers musicaux, d’autres sonorités pour des résultats parfois surprenants. Les instrumentations sont nettement plus élaborées, plus recherchées, frisant même parfois l’expérimental. Démarche tout à fait respectable, mais qui donne ici un résultat mitigé.

En effet, Ginger alterne des morceaux très sympas, avec d’autres qui ressemblent un peu à du n’importe quoi. Au moins, on n’a jamais l’impression de tourner en rond, mais on s’interroge parfois sur l’intérêt profond de ce qui nous ait proposé. Et comme sur tout ça se posent des textes toujours aussi obscurs, on reste parfois perplexe et dubitatif. Malheureusement, cela concerne quasiment un titre sur deux, ce qui commence à faire vraiment beaucoup.

Ainsi sur Ginger, se côtoient un très bon single comme Dis-moi Encore Que Tu M’Aimes, un Tokyo assez enjoué et un Les Belles Choses joliment mélancolique avec un Clap Hands avec un effet voix loin du micro pas très heureux, un Mon Nom étrangement éthéré et un Trouble qui tourne carrément au n’importe quoi. On passe un peu constamment du chaud au froid, avec quand même pas mal de glaçons. Le fait que le principal single, Help Myself, ait tourné autant en boucle à la radio montre bien qu’il n’y avait pas beaucoup d’autres tubes potentiels sur cet album.

Ginger a au moins le mérite de nous proposer quelque chose d’assez différent de Louise Attaque. Malheureusement, Gaëtan Roussel a gardé ce qui fait la limite de ce groupe, sans trouver autre chose pour vraiment compenser.

Pour finir, regardons de plus près les titres que l’on trouve sur Ginger.

1.: Clap Hands
Un son rock, mais avec la voix loin du micro.

2.: Help Myself (Nous Ne Faisons Que Passer)
Un single sympa, même s’il est un peu trop passé à la radio.

3.: Si L’on Comptait Les Etoiles
Un titre gai et un rien enfantin.

4.: Inside Outside
Un style heurté pour un texte qui n’a pas beaucoup de sens, ce qui nous renvoie aux limites de cet artiste.

5.: Mon Nom
Un morceau un peu éthéré et un peu transparent.

6.: Tokyo
Un titre assez enjoué et sympathique.

7.: Dis-Moi Encore Que Tu M’aimes
Un très bon single, avec un texte assez réussi sur un rythme entraînant.

8.: Dywd
Un titre en anglais un peu lancinant.

9.: Des Questions Me Reviennent
Un peu répétitif.

10.: Trouble
Un titre qui s’apparente un peu à du n’importe quoi.

11.: Les Belles Choses
Un petite chanson mélancolique pour finir.

COMME DES FRERES : Le bon goût du déjà-vu

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commedesfreresafficheIl y a des histoires que le cinéma a raconté des centaines de fois. Souvent, ça sent le réchauffé, le manque d’inspiration, les émotions faciles parce que trop éculées. Mais ces recettes simples et cuisinées à l’infini gardent aussi parfois toute leur saveur malgré tout. On se dit qu’on aurait aimé goûter à autre chose, mais on apprécie tout de même ce qui est devant nous. Pour lui-même et pour ce qu’il nous rappelle. C’est exactement l’impression que m’a inspirée Comme des Frères.

Charlie vient de mourir. Ses trois meilleurs amis se retrouvent à son enterrement. Ils ne s’apprécient guère, plus ou moins jaloux les uns des autres et surtout très différents. Mais ils lui avaient fait la promesse de partir avec elle pour se rendre dans la maison qu’elle a achetée en Corse. Ils décident de la tenir et de partir sur le champ. Mais la cohabitation va s’avérer plus difficile que prévue.

Trois personnages qui ne s’aiment pas trop, obligés de cohabiter, qui vont apprendre à ce connaître pour finalement devenir amis, voilà une idée déjà vue mille fois. Si ce n’est plus ! D’ailleurs, j’avoue avoir été voir Comme des Frères sans aucun enthousiasme, surtout parce que les horaires collaient et que les critique étaient quand même globalement positives. Mais je savais exactement ce que j’allais voir et c’est exactement ce que j’ai eu.

Cependant, Comme des Frères fonctionne juste assez pour que l’on oublie cette impression de déjà-vu et finalement succomber au charme des personnages. Eux aussi semblent des archétypes, ne sont jamais surprenants, voire même ont des réactions et répondent à une psychologie franchement attendues. Mais qu’importe, on finit par les trouver sympathiques, peut-être parce qu’on va forcément s’identifier à au moins un de ces trois personnages que tout semble séparer. C’est une histoire qui nous parle, nous renvoie à nos propres sentiments du quotidien, alors on se laisse embarquer pour un voyage agréable avec eux.

La seule chose qui permet à Comme des Frères de se démarquer quelque peu, c’est ce mélange constant entre rire et émotion. Il nous offre de vrais éclats de rire, avec quelques gags premiers degré et un comique de situation plus subtil quasi constant. Mais il peut aussi tirer quelques larmes de temps à autres, lors de petits moments plus tristes. Bien sûr, voir mourir une jeune fille aussi jeune constitue une source d’émotion quand même assez facile, mais elle est exploitée avec une certaine finesse. Hugo Gélin a fait preuve d’une grande intelligence en distillant comme ça les passages nostalgiques, évitant de tout concentrer dans un moment de pathos pur qui aurai considérablement alourdi le film.

commedesfreresLa réalisation d’Hugo Gélin est sobre et totalement au service de son histoire et des acteurs. Mais elle n’est pas totalement dénuée d’une certaine élégance. Il brille surtout par le rythme qu’il arrive à mettre dans Comme des Frères. Si le film a un air de déjà-vu, il n’est en rien poussif, ce qui fait que l’on passe au final quand même un très bon moment. Il sait donc raconter des histoires, les mettre en scène. Espérons que son deuxième film bénéficiera d’un scénario plus surprenant.

Le trio d’acteurs principaux fonctionne lui aussi plutôt bien. La révélation de ce film est incontestablement Pierre Niney, sociétaire de la Comédie Française, et qui fait là une arrivée remarquée sur grand écran. Quant aux performances de François-Xavier Demaison, Nicolas Duvauchelle et Mélanie Thierry, elles sont à l’image de Comme des Frères : réussies, convaincante, mais sans surprise.

Comme des Frères fait passer incontestablement un bon moment au spectateur grâce à des qualités qui nous font oublier que l’on a déjà vu ce film un grand nombre de fois depuis que le cinéma est cinéma.

Fiche technique :
Production : Stone Angels, Zazi Films, Cofinova 8
Distribution : Stone Angels
Réalisation : Hugo Gélin
Scénario : Hugo gélin, Romain Protat, Hervé Mimran
Montage : Grégoire Sivan
Photo : Nicolas Massart
Décors : Samantha Gorgowski
Musique : Ambroise Willaume
Costumes : Isabelle Mathieu
Durée : 104 mn

Casting :
François-Xavier Demaison : Boris
Nicolas Duvauchelle : Elie
Pierre Niney : Maxime
Mélanie Thierry : Charlie
Florence Thomassin : Line
Cécile Cassel : Jeanne
Mohceline Presle : Grand mère
Philippe Laudenbach : Grand père

AU-DELA DES COLLINES : Grandeur et décadence

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audeladescollinesafficheFaire l’effort de se lever un samedi matin pour être à 10h au cinéma , afin de voir un film roumain absolument pas joyeux de 2h30 peut sembler un comportement proche de la névrose. Mais j’assume totalement mon statut de psychopathe cinématographique. Surtout que le réalisateur, Cristian Mungiu, a une Palme d’Or a son filmographie et Au-delà des Collines, dont il est sujet aujourd’hui, a reçu un double prix d’interprétation féminine et le prix du meilleur scénario lors de la dernière édition de ce même festival. Si je trouve le premier incontestablement mérité, je serai beaucoup plus réservé pour le second.

Alina et Voichita ont grandi ensemble dans un orphelinat en Roumanie. Elles ont été les meilleures amies du monde et beaucoup plus encore. Mais leurs chemins se sont désormais séparés. Quand la première vient rendre visite à la seconde, c’est avec l’espoir de repartir avec elle, en Allemagne où elle vit désormais. Mais son amie est devenue none dans un monastère…

Au-delà des Collines est un grand film… pendant un peu moins de deux heures. Malheureusement, Cristian Mungiu s’engage dans un dénouement beaucoup trop caricatural pour ne pas dire grand-guignolesque. D’un propos subtil, il passe à une situation assez peu crédible et surtout trop extrême pour qu’on puisse vraiment en tirer des conclusions autres qu’anecdotiques. C’est vraiment dommage car le propos aurait mérité un traitement beaucoup mieux maîtrisé de bout en bout.

En effet, pendant deux heures, Au-delà des Collines est une histoire d’amour déchirante. Une histoire d’amour qui ne peut pas vraiment dire son nom, puisque l’un des deux protagonistes a renoncé à ce sentiment, d’autant plus envers quelqu’un du même sexe. Les sentiments transparaissent pourtant dans chaque geste, chaque phrase, faisant ressortir les doutes et les contradictions. De l’autre côté, le film nous montre parfaitement la colère et la frustration qui monte face à une situation qu’Alina considère comme absurde et à laquelle elle ne peut se résoudre.

Le propos d’Au-delà des Collines met également en scène beaucoup d’autres protagonistes qui pendant longtemps jouent un rôle ambivalent et ambiguë. Cela est particulièrement vrai pour le personnage du prêtre qui dirige le couvent, partagé entre la volonté de maintenir son autorité et un altruisme sincère. En fait, tout le film repose sur l’affrontement entre les points de vue et les lectures des évènements. Les personnages vivent objectivement les mêmes évènements, mais ne les vivent de manières si radicalement différentes qu’ils sont confrontés parfois à une abîme d’incompréhension.

audeladescollinesDans Au-delà des Collines, Cristian Mungiu cherche aussi à nous livrer des propos plus direct, comme la dénonciation du poids dans la religion dans la société roumaine ou encore un témoignage sur une certaine forme de misère qui règne en Roumanie. Une chose est sûre, ce film n’a pas été financé par l’office du tourisme local et le tableau de la société de ce pays est relativement sans concession. Mais encore une fois, c’est dommage que tout cela conduise à un final grandiloquent qui décrédibilise largement le reste des idées présentées.

Au-delà des Collines restera tout de même un film nous ayant fait découvrir deux grandes actrices, justement récompensées à Cannes. Cosmina Stratan et Cristina Flutur sont tout simplement bouleversantes d’émotion et de justesse, livrant une prestation vraiment inoubliable qui éclaire l’écran du début jusqu’à la fin. Mais c’est vraiment tout le casting qui est à saluer, avec une mention spéciale pour Valeriu Andriuta et Dana Tapalaga.

Au-delà des Collines est donc un film qui aurait pu être grand, mais qui gâche la portée de son propos par un final trop mal maîtrisé.

Fiche technique :
Production : Mobra films, Why not productions, Les films du fleuve, France 3 cinéma, Mandragora movies
Réalisation : Cristian Mungiu
Scénario : Cristian Mungiu
Montage : Mircea Olteanu
Photo : Oleg Mutu
Décors : Calin Papura, Mihaela Poenaru
Distribution : Le pacte
Son : Cristian Tarnovetchi
Durée : 150 mn

Casting :
Cosmina Stratan : Voichita
Cristina Flutur : Alina
Valeriu Andriuta : Le prêtre
Dana Tapalaga : la mère supérieure

APRES MAI : Oubli immédiat

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apresmaiafficheLes films générationnels peuvent être excellents, mais toucheront plus particulièrement ceux faisant partie de la génération que le réalisateur cherche à dépeindre. Faire revivre l’esprit d’une époque, ce qui animait alors le cœur de la jeunesse n’est pas chose facile. En effet, si la nostalgie est à l’honneur ces derniers temps, on peut vite renvoyer l’image d’un vieux combattant nous livrant l’éternel et exaspérant « c’était mieux avant ! ». Surtout, il faut offrir assez de matière à ceux qui ne pourront ressentir cette nostalgie. Après Mai, le dernier film d’Olivier Assayas, n’arrive malheureusement pas à le faire.

Au début des années 70, Gilles est un lycéen à la fois engagé dans le militantisme d’extrême-gauche et dans l’ambition de devenir peintre. En cette fin d’adolescence, on rêve encore de pouvoir changer radicalement le monde. Mais l’âge adulte n’est plus très loin. Un âge où l’on doit faire des choix pour sa vie personnelle et pour déterminer le chemin qu’on souhaite lui voir prendre.

A l’heure où j’écris ces lignes, j’ai vu Après Mai depuis un peu plus d’une semaine. J’avoue que j’ai du consulter le programme ciné pour me rappeler ce que j’avais pu aller voir ce soir-là après Rengaine. C’est dire si ce film m’a profondément marqué… Je m’y étais rendu pourtant plein d’espoir, à la lecture des critiques plutôt élogieuses, le définissant comme l’œuvre la plus aboutie d’Olivier Assayas. Personnellement, j’ai surtout vu un film assez peu intéressant et surtout désespérément long.

N’ayant pas connu cette époque et ne m’étant pas vraiment attaché aux personnages, j’avais peu de chances d’aimer Après Mai. Ce film ne m’a tout simplement pas parlé. Je suis resté totalement en dehors de cette histoire qui s’apparente à un roman d’apprentissage. Pourtant la manière dont le passage à l’âge adulte est décrit est vraiment réussie. La manière dont la nécessité de construire sa propre vie nous fait mettre de côté nos envies d’engagement et d’altruisme pouvait constituer une bonne base pour un propos intéressant.

Malheureusement, le propos est noyé dans deux heures de films. Au bout d’une heure et demi, on a l’impression que l’histoire est arrivée à son dénouement. Mais la fin s’étire désespérément, comme si Olivier Assayas essayait de corriger des manques en ajoutant des scènes supplémentaires. La tentative semble un peu désespérée et enfonce beaucoup plus Après Mai qu’il ne le sauve. Surtout, cela prive le film d’une conclusion claire, apportant un sens, une perspective à l’ensemble.

apresmaiLa réalisation d’Olivier Assayas reste sobre. Il n’est certainement pas amateur d’effets visuels spectaculaires et cherche avant tout à mettre en avant ses personnages et l’interprétation de ses acteurs. Mais il pêche surtout par un manque de rythme patent, restant trop souvent dans un contemplatif qui démontre bien que le metteur en scène ne sait pas vraiment où son propos doit aller. Du coup, Après Mai manque cruellement de relief et plonge le spectateur dans une sorte de torpeur intellectuelle.

Les acteurs sont à l’image de Après Mai, sans relief et sans conviction. Proutant, leurs personnages sont censés en avoir, mais cela donne une impression de révoltés de pacotille. Certes le charme de Lola Creton, découvert dans Un Amour de Jeunesse, fonctionne, mais se trouve diluée comme toutes les qualités de ce film. Quant à Clément Metayer, il fait des débuts à l’écran que l’on ne va pas spécialement remarquer.

Après Mai est un film que j’avais déjà oublié. J’ai du m’en rappeler pour écrire cette critique. Il va vite à nouveau sortir de mon esprit.

Fiche technique :
Production : MK2 productions, Vortex, France 3 Cinéma
Distribution : MK2 diffusion
Réalisation : Olivier Assayas
Scénario : Olivier Assayas
Montage : Luc Barnier
Photo : Eric Gautier
Décors : François-Renaud Labarthe
Durée : 122 mn

Casting :
Clément Métayer : Gilles
Lola Creton : Christine
Félix Armand : Alain
Carole Combes : Laure
India Salvor Menuez : Leslie
Hugo Conzelmann : Jean-Pierre
Mathias Renou : Vincent
Léa Rougeron : Maria

RENGAINE : Le underground, c’est quand il y en a trop qu’il y a des problèmes…

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rengaineafficheOn a beaucoup parlé du racisme ces derniers temps dans l’actualité. A côté des discriminations envers les minorités plus ou moins visibles, la notion de racisme anti-blanc a fait couler quelques flots d’encre il y a quelques semaines, comme si c’était un scoop que la connerie était une valeur universellement partagée. Du coup, on en oublie un troisième phénomène, le racisme entre les minorités. C’est le sujet de Rengaine, l’histoire d’un amour plus ou moins impossible entre un noir et une arabe.

Dorcy et Sabrina s’aiment. Ils vivent une relation depuis un moment déjà et décident alors de ce marier. Mais la nouvelle ne va pas plaire aux très nombreux frères de la jeune fille, notamment l’aîné d’entre eux, Slimane. Ce dernier va alerter toute la famille et va envisager les pires extrémités pour empêcher cette union.

Rengaine est un film underground. Mais pour le coup, vraiment underground. En effet, ce film n’a tout simplement pas été produit, mais tourné avec les moyens du bord par Rachid Djaïdani sur une période de 9 ans. Près d’une décennie pour un film de 75 minutes, on mesure là vraiment le côté artisanal de la chose. Après, on peut adopter deux attitudes face à cet état de fait. Soit on considère que seul le résultat compte, soit qu’il faut recontextualiser le film pour le juger équitablement. Mais je crains que, quelque soit la manière dont on aborde ce film, il reste quand même assez moyen.

De mon point de vue, ce qui pêche déjà avant tout de chose, c’est l’intérêt du propos. Une fois que l’on a posé le fait qu’il existe un racisme entre les communautés issues du Maghreb et celles issues d’Afrique Subsaharienne, reste tout de même à développer un peu. Or, en 75 minutes, Rachid Djaïdani n’a pas tellement le temps d’aller plus loin. Surtout qu’il essaye d’introduire d’autres thématiques en parallèle comme la misogynie, l’homophobie et le racisme entre juifs et arabes. Il manque vraiment à ce film une conclusion pour présenter un profond intérêt.

Les intentions restent certes louables. Rengaine essaye de démontrer que tous sont parfois victimes, parfois coupables. Cela aurait pu constituer une base solide pour cette histoire. Mais tout cela reste cruellement superficiel. De plus, les deux personnages de Sabrina et Dorcy sont quand même relativement transparents et les quelques scènes de couple restent largement attendus. Tout le film repose sur la figure de Slimane qui catalyse autour de lui toutes les thématiques et toutes les contradictions. Mais encore une fois, les sujets sont juste effleurés et on entre jamais tout à fait dans cette histoire.

rengaineDu point de vue de la forme, Rengaine souffre évidemment du manque de moyens. Cependant, c’est aussi ça qui lui donne son identité visuelle. Rachid Djaïdani a une manière bien à lui de filmer. Au bout de quinze minutes, j’ai commencé à avoir envie de crier « mais dézoome bordel ! ». En effet, les gros plans plus que serrés sur les acteurs est un effet cinématographique tout ce qu’il y a de plus respectable, mais en abuser à ce point finit par le rendre tout à fait insupportable.

Niveau casting, il ne faut pas s’attendre à de grandes stars. On remarquera surtout (pour ne pas dire uniquement) Slimane Dazi, que l’on avait pu apercevoir dans Un Prophète ou Des Hommes Libres. Il a une gueule comme on dit quand on n’est pas raciste envers les lieux communs. Dommage que la pauvreté de la photographie ne mette pas mieux en valeur son interprétation.

Au final, tous ces défauts finissent par user totalement la sympathie que l’on avait pour ce projet. Le dénouement arrive et la force qu’il aurait du dégager tombe du coup totalement à plat, car le spectateur n’a jamais pu rentrer dans Rengaine. Il ne met donc pas longtemps à en sortir…

Fiche technique :
Réalisation : Rachid Djaïdani
Scénario : Rachid Djaïdani
Image : Rachid Djaïdani, Karim El Dib, Julien Boeuf, Elamine Oumara
Son : Rachid Djaïdani, Nicolas Becker, Margot Testemale, Julien Perez
Montage : Rachid Djaïdani, Svetlana Vaynblat, Julien Boeuf, Karim El Dib, Linda Attab
Musique : Sabrina Hamida, Karim Hamida, Atomik , Pedro LLinares, Aladin Jouni
Production : Rachid Djaïdani
Sociétés de production :Sabrazaï; co-production: les films des tournelles , Arte France Cinéma (coproduction)
Distribution :Haut et court
Pays d’origine : France
Genre : comédie dramatique
Langue : français
Sortie : 14 novembre 2012
Durée : 75 minutes

Casting :
Slimane Dazi : Slimane, le grand frère
Stéphane Soo Mongo : Dorcy
Sabrina Hamida : Sabrina
Nina Morato : Nina

 

 

THE SOFT PACK (The Soft Pack) : Rock énergique

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thesoftpackthesoftpackCes derniers temps, j’ai surtout exploré un univers musical fait de douceur, de belles ballades et de mélodies harmonieuses. Je n’ai évidemment rien contre. Quand la musique est bonne, elle est bonne, quelque soit son rythme. Mais bon, j’aime aussi varier les plaisirs, c’est donc avec bonheur que j’ai découvert The Soft Pack et leur album sobrement intitulé The Soft Pack, premier opus d’un groupe qui manie l’énergie avec un certain talent.

The Soft Pack est un groupe de rock typiquement américain, originaire de San Diego. The Soft Pack est sorti en 2010 et a été suivi depuis par Strapped en 2012. Côté formation, aucune surprise ou originalité, puisque qu’on retrouve un chanteur (Matt Lamkin), un guitariste (Matty MacLoughlin), un bassiste (David Lantzman) et un batteur (Brian Hill).

The Soft Pack aime le rock et cela s’entend. Leur musique est enthousiaste, sentiment relativement communicatif. Il ne s’écoute pas jouer mais mette beaucoup d’énergie et de conviction dans leurs titres. C’est parfois un peu foufou, un peu brouillon, mais cela s’écoute le plus souvent avec grand plaisir. En musique, et en rock en particulier, le dynamisme arrive à masquer parfois certaines faiblesses, beaucoup plus criantes dans une musique plus posée.

Ne croyez cependant pas que The Soft Pack ne sait pas faire preuve de maîtrise. Les titres plus posés More or Less ou Mexico ne sont pas les moins intéressants, bien au contraire. Enfin, même si ce dernier tire presque sur la ballade, il y a toujours quand même un bon degré d’énergie dans leurs morceaux. Leurs qualités de musiciens ont leurs limites, cela se sent, mais on sent surtout qu’ils les exploitent au maximum pour faire de The Soft Pack globalement un bon album.

The Soft Pack n’est pas l’album le plus original qui soit. Les titres ne sont pas monotones, mais aucun titre ne saute aux oreilles comme un son vraiment inédit. La seule touche de personnalité sortant un peu de l’ordinaire reste le débit vocal de Matt La mkin qui atteint des sommets sur certains titres, en particulier Down of Loving ou Flammable. Sa voix est à l’image de la musique du groupe en fait. Capable de mettre une énergie folle, mais sans jamais perdre tout à fait tout contrôle.

The Soft Pack se révèle un album agréable enfin parce qu’il est relativement homogène. 10 titres, ce n’est pas très long, mais la qualité est là sur tous les morceaux. De mon point de vue, seul le dernier, Parasites, a un intérêt vraiment limité. Mais 9/10, cela reste tout de même une très bonne note. Je mettrai en avant en particulier C’mon qui ouvre parfaitement l’album et More or Less que j’ai déjà évoqué plus haut.

The Soft Pack n’a pas révolutionné la musique, c’est clair. Ce n’est certainement pas un grand groupe de rock, mais ils s’écoutent avec grand plaisir néanmoins. En plus, vu l’énergie qu’ils mettent en studio, je suis prêt à parier qu’ils doivent particulièrement bien assurer sur scène.

Pour finir faisons le tour des titres que l’on trouve sur The Soft Pack.

1.: C’mon
Un rock énergique et entraînant.

2.: Down On Loving
Sur le même ton, mais avec un grand débit vocal.

3.: Answer To Yourself
Un son un peu plus pop, plus sucré, mais l’énergie est toujours là.

4.: Move Along
Un peu brouillon et foufou.

5.: Pull Out
Un son plus punk.

6.: More or Less
Un titre plus maîtrisé et c’est pas mal !

7.: Tides of Time
Un peu dans la même veine que More or Less, mais un peu plus en retrait.

8.: Flammable
Retour à une grande énergie à un grand débit vocal.

9.: Mexico
Plus lent et calme, presque une ballade.

10.: Parasites
Un titre quelque peu transparent pour finir.

END OF WATCH : Regard de flic

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endofwatchafficheLes films policiers peuvent nous parler de deux choses. Soit ils se concentrent avant tout sur une enquête, la poursuite d’une meurtrier. Le spectateur se demande alors tout du long qui est le coupable ou bien comment va-t-il être démasqué. Soit ils se concentrent sur le métier de flic, sur son quotidien, les difficultés et les dangers rencontrés et la manière dont l’être humain sous l’uniforme arrive à gérer tout ça. End of Watch fait clairement partie de la deuxième catégorie, puisqu’il essaye même d’épouser la vison, au sens premier du terme, des policiers.

Taylor et Zavala sont deux jeunes officiers de police de Los Angeles qui forment un duo de choc efficace et quelque peu incontrôlable. Mais à force de faire le ménage dans la rue et de se croire invincibles, ils vont attirer les foudres d’un des plus puissants cartels. Au risque de détruire la vie qu’ils tentent tant bien que mal de construire à côté.

End of Watch est principalement filmé en caméra subjective. En effet, nos deux compères sont censés filmer tout ce qu’ils font, ce qui a le don d’énerver passablement leurs collègues et souvent ceux qu’ils interpellent. Le film nous montre le plus souvent ce que voit leur caméra. C’est un subterfuge pour nous faire vraiment épouser la vision des policiers. Mais les voir une bonne partie du film une mini caméra autour du cou, cela n’est pas franchement crédible et on se dit que David Ayer n’avait en fait pas besoin de trouver ce prétexte pour filmer de cette façon. Bon, cela ne gâche pas vraiment le film, mais cela lui donne parfois un petit côté artificiel, surtout quand le réalisateur étend ce même subterfuge aux truands. Bref, à Los Angeles, flics et truands se baladent caméra au poing. Pour un film qui veut nous faire partager le quotidien des flics de manière réaliste, cela chagrine un peu. Sans parler du fait que le style caméra au poing, c’est sympa cinq minutes, mais au bout de deux heures, cela donne parfois plutôt envie de vomir.

Voilà, j’ai fini de dire du mal de End of Watch, car contrairement à ce que peut faire penser le paragraphe précédent, j’ai vraiment aimé ce film. Déjà parce que les deux personnages principaux sont particulièrement réussis et on tombe tout de suite sous le charme. Ils sont sympas, impertinents et le film nous les présente comme des êtres humains, pas comme des super-héros. D’ailleurs, une grande partie du film se déroule dans les moments les plus anodins de leur vie, dans les vestiaires, pendant les moments creux de leur patrouille et aussi simplement en dehors du boulot. Mais c’est dans ces moments-là que les deux compères échangent sur leur vie et leurs sentiments.

endofwatchBien sûr, tout cela est entrecoupé de scènes d’action souvent brèves et percutantes. End of Watch joue beaucoup sur le contraste entre ces moments anodins qui doivent laisser place en quelques secondes aux plus grands dangers. Du coup, on est sur la brèche tout comme eux, nous demandant quand est-ce que la tranquillité va être brisée pour laisser place à une pure décharge d’adrénaline qui pourrait se finir entre quatre planches. C’est sûrement là, plus que dans la manière de filmer, que David Ayer arrive vraiment à être convaincant dans sa démarche. Mais globalement, il arrive à ses fins et on ressort de ce film en ayant l’impression d’avoir assisté à un film policier pas tout à fait comme les autres qui, de plus, propose un dénouement particulièrement réussi.

La très bonne surprise du casting vient de Jake Gyllenhaal. On savait déjà qu’il s’agissait d’un très bon acteur, mais trop souvent cantonné dans des rôles particulièrement lisses. Il est poussé ici dans ses retranchements, mais garde une parfaite maîtrise. A ses côtés, Michael Pena est lui aussi impeccable.

End of Watch est donc un film policier, sur les policiers, mais au point de vue quelque peu original. Point de vue dans tous les sens du terme !

Fiche technique :
Production : Exclusive Media, Crave Films, Jake Gyllenhaal
Distribution : Metropolitan Filmexport
Réalisation : David Ayer
Scénario : David Ayer
Montage : Dody Dorn
Photo : Roman Vasyanov
Musique : David S. Sardy
Durée : 108 mn

Casting :
Jake Gyllenhaal : Officier Taylor
Michael Peña : Officier Zavala
America Ferrera : Officier Orozco
Anna Kendrick : Janet
Natalie Martinez : Mme Zavala
Frank Grillo : Serge
Cody Horn : Officier Davis

AMOUR : Sentiments extrêmes

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amourafficheLes Palmes d’Or divisent souvent critiques et spectateurs. En effet, l’esprit du Festival de Cannes est de récompenser un film qui ne laisse pas indifférent. Personnellement, autant j’ai détesté Oncle Boonme, primé en 2010, autant j’avais succombé devant la beauté de The Tree of Life, ayant remporté le prix suprême l’année dernière. Cette année, le vainqueur, Amour, possède lui aussi ses admirateurs et ses détracteurs. Y compris au sein de moi-même…

Georges et Anne ont un peu plus de 80 ans et profitent de leurs vieux jours. Un matin, elle a une absence de quelques minutes, signe d’une première attaque. D’autres suivront l’enfonçant chaque fois un peu plus dans la paralysie physique puis intellectuelle. Lui, reste à ses côtés et tient la promesse qui lui a faite de la maintenir à domicile. Mais comment supporter voir celle avec qui on a vécu toute son existence sombrer dans un tel déclin de plus en plus humiliant ?

Amour est un film extrêmement fort. Comme à son habitude, Michael Haneke nous offre une oeuvre qui pourrait sembler épurée, mais qui est en fait méticuleusement construits. Encore une fois, il nous montre les évènements d’une manière crue, froide et sans réelle distanciation. On ne voit pas ce film, on y est confronté de manière directe et violente. On ne peut échapper à la déferlante d’émotion et de sentiments qui affluent de manière particulièrement intense.

Pour ces raisons, Amour est un film magnifique. Il nous montre ce que notre société cache encore, alors que le vieillissement de la population rend ce genre de situation de plus en plus fréquente. Seuls le troisième âge bien portant et dynamique a droit de citer dans les médias. Mais on sait que vieillir n’est pas toujours un doux voyage. Alors qu’on parle de beaucoup de la dépendance dans les journaux du fait de son coût qu’il faut désormais financer, on y voit rarement de personnes dépendantes. Tabou d’une époque parfois schizophrénique. Un tabou que cherche à briser Michael Haneke dans une entreprise salutaire. Il s’agit aussi d’une magnifique histoire d’amour, l’amour qui dure toute la vie, malgré tout, jusqu’au bout.

Pour ces raisons, Amour est aussi un film détestable. Encore une fois, Michael Haneke confond cinéma et voyeurisme. Il n’a aucun recul sur son sujet. Il montre certes, mais ne dit rien. Il dérange pour déranger, sans chercher à faire passer le moindre message. Le propos est au final malsain, oubliant de mettre en avant que l’horreur de la situation vient aussi du choix envers et contre tout du maintien à domicile. Les hôpitaux ne sont pas là que pour cacher les malades au reste de la société, mais aussi pour soigner et soulager.

Cette dualité est renforcée par un dénouement qui pousse à son paroxysme ce que véhicule Amour. Il est peu probable que vous entendiez la moindre mouche voler dans la salle à ce moment là. Ce film est de ceux où le silence reste encore pesant lorsque la lumière se rallume. Chaque spectateur est encore KO, incapable de sortir assez vite de l’histoire pour simplement parler à son voisin. Un film qui marque, quelque soit le sentiment qui vous habite après l’avoir vu.

amourCependant, il est une chose qui fait l’unanimité à propos de Amour : la qualité de son interprétation. Pourtant, pendant les premières minutes, le jeu du couple Jean-Louis Trintignant et Emmanuelle Riva est un peu hésitant, un peu trop théâtral pour du cinéma. Mais au fur et à mesure, ils se mettent à habiter leur personnage, à sublimer leur émotions et à les transmettre avec une force incroyable au spectateur. Deux rôles différents, mais tout aussi difficiles et qui resteront parmi les plus marquants de leurs longues carrières.

Je ne sais donc toujours pas vraiment si Amour est un des plus beaux films que je n’ai jamais vus ou bien un des plus détestables. Mais l’idée même de ce débat montre que nous sommes quand même là devant un grand moment de cinéma qui ne peut laisser personne indifférent.

Fiche technique :
Production : Les films du Losange, XFilmen Wega Film, France 3 Cinéma, ARD Degeto, Canal +
Réalisation : Michael Haneke
Scénario : Michael Haneke
Montage : Monika Willi, Nadine Muse
Photo : Darius Khondji
Décors : Jean-Vincent Puzos
Distribution : Les films du Losange
Son : Guillaume Sciamma, Jean-Pierre Laforce
Durée : 127 mn

Casting :
Jean-Louis Trintignant : Georges
Emmanuelle Riva : Anne
Isabelle Huppert : Eva
Alexandre Tharaud : Alexandre
Ramon Agirre : Le concierge
Rita Blanco : la concierge
William Shimmell : Geoff

FALLING DOWN A MOUTAIN (Tindersticks) : Retour de bâton

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fallingdownamoutaintindersticksA force d’écrire des avis sur des groupes relativement peu connus, forcément on finit par les connaître. Je sais, cette introduction est très profonde et ne sert pas à grand chose, sinon à vous parler pour la deuxième fois d’un groupe ne passant pas en boucle à la radio, c’est le moins que l’on puisse dire. Il s’agit du groupe anglais Tindersticks et plus précisément de leur album Falling Down a Moutain, sorti en 2010. Lors de la précédente critique (à propos de l’album Hungry Saw), j’avais comparé la voix du chanteur, Stuart Staples, à celle de Bashung. J’avoue que cette fois, cela ne m’a pas sauté aux oreilles.

Pour ceux qui l’auraient oublié et bien que je sais pertinemment que vous vous efforcez d’apprendre par cœur tout ce que j’écris, je vous rappelle tout de même que ce groupe s’est formé au début des années 90 à Nottingham, dont les membres sont originaires. Je vous livre également à nouveau cette anecdote qui vous permettra de briller en société : au milieu des années 2000 le groupe s’est séparé après l’exil du chanteur… en Creuse ou il a crée son propre studio, dénommé le Chien Chanceux. Bon, cette fois, c’est la dernière fois, je ne vous le dirai pas trois fois !

J’ai reproché à Hungry Saw un excès d’épurement. Je ne renouvellerai pas cette critique pour Falling Down a Moutain. Certes la musique de Tindersticks reste quand même assez simple et beaucoup de titres peuvent encore être qualifiés d’épurés. Cependant, j’ai trouvé l’équilibre de cet album meilleur, car il compte aussi des morceaux plus dynamiques, presque festifs, à côté des ballades assez lentes et contemplatives.

Le style de Tindersticks peut être qualifié de folk, même si le son est plus rock que celui de Bob Dylan. Mais on retrouve quand même l’importance de la voix dans l’émotion dégagée par cette musique. Stuart Staples n’a pas tout à fait celle du maître du genre, mais la sienne possède tout de même une vraie personnalité et une véritable profondeur. Il sait en jouer pour compléter des instrumentations qui constituent plutôt un soutien qu’un élément mis en avant. Les seules exceptions à cette règle sont les passages un peu psychédéliques et largement instrumentaux, comme dans les morceaux qui ouvre et conclue cet album.

Je trouve Falling Down a Moutain globalement très bon. C’est agréable à écouter, mélodieux, calme sans être ennuyeux. Certes, certains titres sont quand même assez lents, notamment Keep You Beautiful, mais comme ceux qui l’entourent sont sur un rythme différent, l’album ne sombre pas dans la monotonie. De mon point de vue, le meilleur titre reste Factory Girls, car il résume assez bien tout ce que sait faire Tindersticks : une chanson qui commence doucement, pour ensuite monter en puissance, porté par la très belle voix de Stuart Staples.

Falling Down a Moutain confirme donc le bien que je pensais de Tindersticks. Ce n’est toujours pas le groupe du siècle, mais satisfera aisément vos envies de mélodies douces, de musique calme et apaisante et de belles voix.

Pour finir, faisons le tour des titres de cet album.

1.: Falling Down a Mountain
Un long morceau d’introduction jazzy et un rien psychédélique.

2.: Keep You Beautiful
Une ballade murmurée sur un rythme très lent.

3.: Harmony Around My Table
Un ton assez festif pour titre bien sympa.

4.: Peanuts
Une ballade chantée en duo, avec une belle voix féminine.

5.: She Rode Me Down
Un rythme qui rappelle la musique d’Enio Morricone pour un titre qui permet de profiter pleinement de la voix de Stuart Staples.

6.: Hubbards Hills
Un instrumental apaisant.

7.: Black Smoke
Un titre dynamique, presque entraînant.

8.: No Place So Alone
Une ballade folk traditionnelle mais parfaitement interprétée.

9.: Factory Girls
Une chanson douce et épurée qui monte en puissance pour un résultat vraiment bon.

10.: Piano Music
Un instrumental assez étrange pour finir.

FRANKENWEENIE : Tim Burton est immortel

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frankenweenieafficheUn nouveau film de Tim Burton constitue le plus souvent un événement cinématographique majeur. Mais le dernier en date, Frankenweenie, est sorti dans une certaine discrétion. Peut-être parce que le précédent, Dark Shadows, n’était pas non plus terrible, mais plus certainement parce qu’on continue de considérer le cinéma d’animation comme un sous-cinéma. C’est bien dommage car la critique est unanime pour saluer la grande qualité de ce film. Et moi, le premier !

Victor (Frankenstein de son nom de famille évidemment!) est inséparable de son chien Sparky. C’est en fait son seul ami, avec qui il passe des heures au grenier à réaliser des films avec tout ce qui lui tombe sous la main. Son père aimerait pourtant bien qu’il se mette au sport. Il le force à participer à un match de baseball. A la surprise générale, il réussit à envoyer la balle très très loin…. Si loin que Sparky la poursuit et se fait renverser par une voiture. Victor est inconsolable. Mais après un cours de son nouveau professeur de sciences, il décide de faire revenir son compagnon à la vie.

Dans les commentaires qui ont accompagné la sortie de ce film, on a beaucoup parlé de retour aux sources. Il est vrai que l’on retrouve beaucoup des éléments qui ont toujours marqué l’œuvre de Tim Burton. L’aspect gothique, la noirceur bien sûr. Une volonté de dédramatiser la mort aussi certainement. Mais surtout un miroir vers la propre enfance du réalisateur qui fait remonter ici une partie de sa propre histoire. On ne crée pas un cinéma peuplé d’un si grand nombre de gens différents, inadaptés à la sociabilité considérée comme normale, sans s’être soi-même senti à part pendant.

Tim Burton a mis sûrement beaucoup de lui-même dans Frankenweenie. Cela se sent et cela donne une vraie profondeur à cette histoire qui est bien plus qu’une version un peu enfantine du mythe de Frankenstein. Il s’agit d’un film touchant et sincère et au final bien moins enfantin qu’il en a l’air. Ou plutôt, même en tant qu’adultes, ce film parlera à notre part d’enfance qui jamais ne s’éteint, celle qui a peur de la mort, celle qui voudrait vivre une éternelle jeunesse.

A côté de ça, Frankenweenie est aussi un film d’aventures, notamment dans sa dernière partie. C’est sans doute dans ce domaine que le film connaît certaines limites. En effet, cela reste quand même assez naïf et assez basique. Cela reste certes fort sympathique et jamais ennuyeux, mais c’est l’aspect du film qui est le plus enfantin, au mauvais sens du terme. Et ce n’est pas l’ambiance sombre et gothique qui y change grand chose. C’est pourquoi, ce film n’est pas tout à fait au niveau d’un Sleepy Hollow ou d’un Etrange Noel de Monsieur Jack.

Frankenweenie est aussi un régal par son humour typique de Tim Burton. Un humour pas vraiment noir, mais un peu à froid et pince sans rire. Le réalisateur s’amuse aussi à rendre hommage aux grands classiques des genres qu’il affectionne. A Frankenstein avant tout bien sûr (surtout le film de 1931 avec Boris Karlov), mais aussi beaucoup d’autres. Si la voisine de Victor s’appelle Van Helsing, comme le principal adversaire de Dracula, ce n’est pas non plus par hasard.

frankenweenieFrankenweenie brille enfin par sa qualité visuelle. Tim Burton reste Tim Burton, à l’imagination fertile et à la maîtrise artistique parfaite. Le film est vraiment beau. L’image est toujours construite avec minutie, les scènes bénéficient d’une réalisation soignée. Bref, du cinéma, du vrai. Le tout est évidement sublimé par la musique de Danny Elfman. On ne change pas une équipe qui gagne !

Le casting voix est assez anonyme. La voix de Victor a été confié à un acteur de l’âge du personnage. On notera la présence de Martin Short, que l’on a pu apercevoir dans plusieurs séries récemment (How I Met Your Mother, Damages, Weeds…), et surtout de Winona Ryder et Martin Landau dans des seconds rôles.

Frankenweenie n’est certainement pas le meilleur des films de Tim Burton, même en se limitant aux films d’animation. Mais il reste néanmoins un des tous meilleurs de sa catégorie en cette année 2012.

Fiche technique :
Production : Walt Disney Pictures, Tim burton Animation Co, Tim Burton Productions
Distribution : Walt Disney Studios Motion Pictures International France
Réalisation : Tim Burton
Scénario : John August, Lenny Ripps, d’après le court métrage de Tim Burton
Montage : Chris Lebenzon, Mark Solomon
Photo : Peter Sorg
Décors : Rick Heinrichs
Musique : Danny Elfman
Directeur artistique : Tim Browning, Alexandra Walker
Durée : 87 mn

Casting :
Charlie Tahan : Victor Frankenstein
Catherine O’Hara : Mme Frankenstein, la drôle de fille, la prof de sport
Martin Short : Monsieur Frankenstein, Nassor, M. Burgemeister
Martin Landau : M. Rzykruski
Atticus Shaffer : Edgar « E » Gore
Winona Ryder : Elsa Van Helsing