THERESE DESQUEYROUX : Une bonne note finale

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theresedesqueyrouxafficheEtre une femme libérée, ce n’est pas si facile dit la chanson. En plus, il paraît qu’elles sont si fragiles tout ça, tout ça… C’est sûrement encore vrai aujourd’hui, mais cela l’était encore plus hier, surtout dans les années 20, dans le monde des grands propriétaires terriens des Landes. Pour preuve, Thérèse Desqueyroux, un adaptation plutôt réussie de François Mauriac. Et surtout le dernier film de Claude Miller, mort d’un cancer il y a quelques mois.

Thérèse Larroque a réussi un beau mariage en épousant Bernard Desqueyroux. Leurs propriétés foncières pourront être réunies et forger un très beau patrimoine. Mais la jeune femme rêve d’une autre vie, de liberté, loin de la routine et des conventions. Alors la vie qu’elle mène l’oppresse chaque jour un peu plus. Et la pousse à commettre certaines extrémités…

Thérèse Desqueyroux est un film qu’on aurait été triste de ne pas aimer, car on a toujours peine à dire du mal de ceux qui nous ont quitté. Heureusement, il n’est nul besoin de feindre son plaisir, car la filmographie de Claude Miller s’achèvera sur une bonne note. Pourtant, je dois bien avouer que la bande-annonce ne m’avait absolument pas donné envie et que, sans les bonnes critiques, je n’aurais jamais été le voir. Je lui ai finalement donné sa chance et je ne le regrette pas.

Le thème central reste tout de même très classique. L’émancipation de la femme reste un sujet central de bien des films et celui-ci ne bouleversera pas le genre. Si les époques, les lieux, les contextes sociaux diffèrent, il est vrai que les schémas sont un peu toujours les mêmes. Mais Thérèse Desqueyroux brille par une réelle intensité dramatique qui confère un réel intérêt à cette histoire, au-delà du seul intérêt du sujet de fond, jusqu’à un remarquable dénouement. Le mérite en revient surtout à François Mauriac, mais le travail d’adaptation de Claude Miller ne demeure pas moins formidable.

De plus, le réalisateur s’est attaché à rester d’une extrêmement fidèle au roman, y compris dans les dialogues. Je ne l’ai personnellement pas lu, mais ce n’est guère étonnant, car on sent vraiment que le film n’est jamais parasité par des points de vue, des manières de penser qui se révèleraient anachroniques. Il ne s’agit pas ici d’un Thérèse Desqueyroux modernisé, mais au contraire une retranscription fidèle de l’esprit d’une époque. Les deux démarches peuvent se justifier, mais en tout cas le choix de Claude Miller se révèle payant.

theresedesqueyrouxOn retrouve dans Thérèse Desqueyroux tout ce qui a toujours fait le charme du cinéma de Claude Miller. Une caméra très sensible qui sait capter à merveille les émotions des personnages. Il met en valeur ses personnages, ses acteurs, sans en oublier un seul. Il donne à chacun d’eux une réelle épaisseur qui nous permet de comprendre leurs relations et leur comportements respectifs. Sa narration n’est jamais manichéenne et chacun aura sa part de lumière et d’ombre.

Thérèse Desqueyroux offre un rôle sur mesure à Audrey Tautou. Interpréter une femme fragile et sensible lui va comme un gant. Peut-être un peu trop d’ailleurs, car son jeu ne réservant aucune surprise, le personnage principal n’arrive pas totalement à nous enthousiasmer, ce qui constitue sûrement la plus grand limite de ce film. Par contre, à ses côtés Gilles Lellouche tient ici un des rôles les plus marquants, prouvant qu’il peut sans peine sortir du registre comédie ou film d’action dans lequel le cantonne le plus souvent le cinéma français.

Claude Miller nous a quitté, mais son cinéma reste avec nous. Et parmi les beaux moments de sa filmographie figurera ces Thérèse Desqueyroux.

Fiche technique :
Production : Les films du 24, UGC YM, Cofinova 7
Réalisation : Claude Miller
Scénario : Claude Miller, Natalie Carter, d’après le roman de François Mauriac
Montage : Véronique Lange
Photo : Gérard de Battista
Décors : Laurence Brenguier
Distribution : UGC Distribution
Durée : 110 minutes

Casting :
Gilles Lellouche : Bernard Desqueyroux
Audrey Tautou : Thérèse Desqueyroux
Jean-Claude Calon : Monsieur de la Trave
Francis Perrin : Monsieur Larroque
Isabelle Sadoyan : Tante Clara
Catherine Arditi : Madame de la Trave
Anaïs Demoustier : Anne de la Trave
Stanley Weber : Jean Azevedo
Yves Jacques : Maître Duros

MAUVAISE FILLE : La peur du sujet

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mauvaisefilleafficheLe cinéma et la littérature sont pleins d’histoires sur les mauvais parents. Etre élevé à la dure, sans amour, sans considération, en subissant de la violence ou bien pire, voilà une situation qui a inspiré plus d’un auteur. Mais n’existe-t-il pas aussi de mauvais enfants ? Je ne parle pas ici de l’ingratitude adolescente, mais de la manière dont on peut parfois « maltraiter » ses parents une fois que l’on est devenu soi-même un adulte et qu’on construit une vie en dehors d’eux. C’est de cela que nous parle Mauvaise Fille.

Louise n’a pas eu une enfance très stable entre une mère droguée et hippie et un père star du rock. Mais c’est une adulte désormais et elle a réussi à renouer des relations stables avec ses parents. Elle apprend qu’elle est enceinte, quelques heures après avoir accompagné sa mère à l’hôpital pour découvrir que le cancer de cette dernière est entrée dans une phase qui va l’emmener irrémédiablement vers la mort. Comment annoncer une si bonne nouvelle, partager une tel bonheur dans de telles circonstances ?

Mauvaise Fille est un film au propos assez original. La culpabilité provoqué par son propre bonheur face au malheur d’autrui, en particulier quand il s’agit des malheurs de sa propre mère, voici un sujet audacieux et qui aurait pu aboutir à une réflexion profonde et inattendue. Le problème est que Patrick Mille semble paralysé par son sujet et le film se conclue sans réelle conclusion. Les éléments sont bien posés, mais le réalisateur n’en fait rien, ou du moins rien de vraiment convaincant. On en ressort donc quelque peu frustré.

Pourtant, on passe les 1h50 du film à espérer. Très souvent, on se dit que le moment fort, celui où les personnages vont enfin se confronter pour de bon, est proche. Mais au final, il ne viendra jamais, esquivant le cœur du sujet, comme Louise esquive le moment où elle devra prendre son courage à deux mains.La pusillanimité (oui, j’avais envie d’employer ce mot !) dont fait preuve Louise ressemble à celle de Patrick Mille face à son sujet. Du coup, on pourrait lui adresser les mêmes reproches que ceux que l’on adresse à son héroïne.

mauvaisefilleMauvaise Fille pêche aussi quelque peu par la forme. En effet, le film est composé d’un enchaînement entre présent et flashbacks. Le problème est qu’on a parfois du mal à distinguer ces deux moments, surtout au début quand la mère est encore en bonne santé. On finit par s’y faire et ne plus se sentir perdu, mais c’est parfois un peu perturbant dans la première partie du film. Le problème est que cela rend plus difficile au spectateur de vraiment rentrer dans cette histoire. Personnellement, je crois bien que je n’y suis jamais vraiment parvenu.

Mauvaise Fille constitue par contre l’occasion de découvrir à quel point Izia Higelin est une artiste accomplie. On l’avait déjà remarqué pour son premier excellent album, on découvre ici qu’elle est aussi une formidable actrice. Son charme est dévastateur et sa présence à l’écran est impressionnante. Elle éclipse tout le reste du casting, même Carole Bouquet qui paraît effacée face à ce talent à l’état brut. Une vraie révélation donc !

Mauvaise Fille est donc un film au scénario frustrant, tant il semble esquiver ce qui aurait du constituer le cœur d’un sujet audacieux qui méritait mieux.

Fiche technique :
Production : ARP Sélection, uFilm, Nexus Factory, Chapter 2
Distribution : ARP Sélection
Réalisation : Patrick Mille
Scénario : Justine Levy, Patrick Mille, d’après le roman autobiographique de Justine Levy
Montage : Yann Dedet
Photo : Jérôme Alméras
Décors : Benoît Barouh
Musique : Syd Matters, Jonathan Morali
Durée : 108 mn

Casting :
Arthur Dupont : Pablo
Bob Geldof : Georges
Carole Bouquet : Alice
Izia Higelin : Louise
Jacques Weber : Professeur Lecoq

ROYAL AFFAIR : Lumières danoises

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royalaffairafficheDécidément, la saison est aux grandes fresques historiques en costumes européennes. Après, Les Lignes de Wellington qui nous a fait vivre un moment très important de l’histoire du Portugal, voici Royal Affair qui nous plonge aux origines de l’état danois. La saison est aussi aux films avec Mads Mikkelsen, qui est de plus en plus présents sur nos écrans, tournant de chaque côté de l’Atlantique. Mais le plus réjouissant, c’est que la saison est aussi aux bons films.

Caroline quitte la cour d’Angleterre pour aller épouser le Roi du Danemark, Christian VII. Mais elle va trouver surtout un souverain atteint d’aliénation mentale, qui ne gouverne qu’en théorie, laissant tout le pouvoir à son conseil des ministres. Le couple n’en sera jamais un, malgré la naissance d’un enfant. Mais l’arrivé d’un petit médecin de province, l’Allemand Struensee auprès du Roi va tout changer. En effet, en plus d’une vision plus moderne de la médecine et de l’hygiène, ce dernier va introduire les idées des Lumières à la cour. Il va vite avoir une emprise totale sur Christian… et une d’une autre nature sur la Reine.

Allez, il y avait longtemps que je n’avais pas eu l’occasion de me plaindre sur la traduction d’un titre original. En effet, celui-ci est En kongelig affære… Je ne parle pas Danois mais j’ai fait de l’allemand et je vois bien que Royal Affair est effectivement une traduction littérale. Mais pourquoi sortir en France un film danois avec un titre en anglais ? J’avais déjà fait cette remarque pour le film suédois, Easy Money. Je connais la réponse, il s’agit simplement du titre du film pour sa distribution internationale. N’empêche que je continue de trouver ça ridicule.

Bref, passons et revenons au film en lui-même. Comme tout bon film historique qui se respecte, A Royal Affair présente un intérêt double. Déjà, un intérêt purement narratif avec cette fresque type « de l’ascension à la chute », doublé d’un triangle amoureux. Des éléments assez classiques mais qui ont utilisés à très bon escient ici. Si on doit faire un reproche à ce film, c’est sans doute sa longueur, 2h15, alors que le scénario ne cherche pas vraiment à ménager un faux suspense. On voit assez clairement où tout cela va nous mener, ce qui aurait pu n’être pas le moins du monde gênant si cela ne donnait pas l’impression d’étirer un peu inutilement l’intrigue. Mais globalement, on ne s’ennuie pas et on a toujours hâte de connaître la suite.

L’autre intérêt est évidemment plus intellectuel, avec la découverte de cette épisode peu connu chez nous de l’histoire européenne. Les Lumières n’ont pas concerné que la France, l’Angleterre et ces territoires qui n’allaient pas tarder à devenir les Etats-Unis. Elles se sont répandues dans toute l’Europe, Royal Affair en est la preuve. Ce film permet aussi de comprendre que cette « révolution » fut un long chemin, qui s’est étalé sur plusieurs décennies et a été émaillé par des combats parfois sanglants entre anciens et modernes.

royalaffairLa reconstitution historique est remarquable dans A Royal Affair. Le film prouve, après les Lignes de Wellington, que le cinéma européen sait mettre les moyens quand il le veut bien. Certes, il a toujours su proposer de beaux costumes et de beaux décors, mais on sent ici que Nikolaj Arcel n’a pas eu à se limiter en termes d’extérieur ou de figurants. Bref, c’est convaincant et parfois assez spectaculaire. Il offre aussi une vision certainement plus réaliste des cours européennes que l’a proposé le Marie-Antoinette un peu rêvée de Sofia Coppola.

Royal Affair nous propose aussi un beau casting. Bien sûr, Mads Mikkelsen sort du lot et éclabousse ce film de sa classe. Le voir parler dans sa langue natale rend son jeu encore plus convaincant et nous permet de rentrer totalement dans cette histoire. Mais ces compagnons à l’écran ne sont pas en reste, aussi bien Alicia Vikander, qui interprète la Reine, que Mikkel Boe Folsgaard, qui incarne le Roi.

Royal Affair fait sûrement bien des entorses à l’histoire. Mais il reste un film convaincant, d’un réel intérêt historique, porté par des moyens et une production à la hauteur.

Fiche technique :
Production : Zentropa Enetratinments, DR TV, Trollhättan Film AB, Film i Väst, Sirena Film
Distribution : Chrysalis, Jour 2 fête
Réalisation : Nikolaj Arcel
Scénario : Nikolaj Arcel, Rasmus Heisterberg, d’après le roman de Bodil Steensen-Leth
Montage : Kasper Leick, Mikkel E.G. Nielsen
Photo : Rasmus Videbaek
Décors : Niels Sejer
Musique : Gabriel Yared
Costumes : Manon Rasmussen
Durée : 137 mn

Casting :
Alicia Vikander : Caroline Mathilde
Mads Mikkelsen : Johann Friedrich Struensee
Mikkel Boe Folsgaard : Christian VII
Trine Dyrholm : Julianne Marie
David Dencik : Ove Hoegh-Guldberg
Thomas W. Gabrielsson : Schack Carl Rantzau
Cyron Melville : Enevold Brandt

LES NEIGES DU KILIMANDJARO : Ingrat, une ville

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lesneigesdukilimandjaroafficheAprès en avoir entendu tant de bien, j’ai enfin vu les Neiges du Kilimandjaro à l’occasion de son passage sur Canal. Un film qui m’aura particulièrement parlé puisqu’il parle d’engagement politico-syndical et de l’indifférence, voire de l’hostilité, de ceux que l’on s’évertue à défendre. Bon, le film parle aussi d’amour, mais comme je l’ai vu deux heures après une rupture, cet aspect m’a quand même moins marqué sur le coup… (3615 ma vie vous intéresse…).

Michel est délégué syndical dans une entreprise où un tirage au sort doit désigner les 20 salariés qui seront licenciés. Ils refusent de ne pas mettre son nom dans l’urne et se retrouve dans le lot des mis à la porte. Avec sa femme, Marie-Claire, ils organisent une fête pour leur anniversaire de mariage où il invite ceux qui ont partagé son sort. A cette occasion, il reçoit de la part de ses amis deux billets pour se rendre en Tanzanie et une jolie cagnotte. Quelques jours plus tard, deux hommes cagoulés et armés surgissent chez eux pour leur dérober l’argent et les billets. Une expérience traumatisante. Surtout quand Michel découvre fortuitement que l’un de ses agresseurs est un de ses anciens collègues licenciés.

Les Neiges du Kilimandjaro est incontestablement un beau film. Il dit des choses profondes sur un fil narratif assez solide et épais pour que l’on ne s’ennuie pas une seconde. Certes, ce n’est pas non plus 24h Chrono, mais il y a un début, une fin, des rebondissements et un désir du spectateur de savoir où tout cela va nous mener. Une vraie réussite donc pour Robert Guédiguian qui n’a décidément pas son pareil pour filmer Marseille et les Marseillais.

Les Neiges du Kilimandjaro pose de vraies questions : Suis-je coupable si j’échoue alors que je suis le seul à essayer ? Jusqu’où peut aller l’altruisme et l’engagement ? Faut-il défendre à tout prix quelqu’un qui ne vous rend qu’indifférence et mépris ? La réflexion va bien au-delà du simple engagement syndicaliste. Ce n’est pas un film politique, c’est un film profondément humain, sans être pour autant contemplatif. Encore une fois, tout passer par une intrigue qui ne cesse jamais d’avancer.

Les Neiges du Kilimandjaro nous parle aussi de la famille, de l’amour et de l’amitié. C’est un prolongement des aspects dont je viens de parler plus haut, mais constitue tout de même un sujet bien distinct. Là encore, Robert Guédiguian ne tombe pas dans une vision simpliste et trop caricaturale du choc entre une génération poste 68 qui a vraiment essayé de changer le monde et une nouvelle plus indifférente et individualiste. Dans ce film, chacun se remet en question, sans pour autant que tout se termine dans la concorde générale. Il nous parle surtout du temps qui passe et qui ébranle aussi bien les convictions que la solidité des sentiments amoureux et amicaux.

lesneigesdukilimandjaroLes Neiges du Kilimandjaro est donc un film riche et agréable à suivre. Visuellement, Robert Guédiguian reste un réalisateur classique et sobre. Il est au service de ses acteurs dont il sait parfaitement mettre en valeur le jeu. Mais il sait aussi mettre en valeur ses décors et la région de Marseille qui aura constitué la toile de fond de toute son œuvre.

Les Neiges du Kilimandjaro bénéficie d’un beau casting avec un couple Jean-Pierre Daroussin et Ariane Ascaride très convaincant. Tourner avec de tels acteurs, ce n’est pas prendre beaucoup de risque, mais on peut quand même saluer la direction impeccable de Robert Guédiguian. Ce film a aussi la confirmation du talent Grégoire Leprince-Rinquet, révélé par les Chansons d’Amour et qu’on avait aussi remarqué dans la Princesse de Montpensier.

Les Neiges du Kilimandjaro nous offre donc du fond et une belle histoire. Deux bonnes raisons d’apprécier ce film très réussi.

Fiche technique :
Production : Agat films & Cie, France 3 Cinéma, la Friche Belle de Mai
Réalisation : Robert Guédiguian
Scénario : Robert Guédiguian, Jean-Louis Milesi
Montage : Bernard Sasia
Photo : Pierre Milon
Décors : Michel Vandestien
Distribution : Diaphana
Son : Laurent Lafran
Durée : 107 mn

Casting :
Jean-Pierre Darroussin : Michel
Ariane Ascaride : Marie-Claire
Gérard Meylan : Raoul
Marilyne Canto : Denise
Grégoire Leprince-Ringuet : Christophe
Anaïs Demoustier : Flo
Adrien Jolivet : Gilles
Robinson Stévenin : Le commissaire
Karole Richer : la mère de Christophe

L’AUBERGE ESPAGNOLE : L’Europe et la vie sont belles !

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laubergeespagnoleafficheLa construction européenne est une formidable aventure. Mais il est vrai que discourir longuement du fonctionnement des institutions de l’Union ou bien de la Politique Agricole Commune ne pousse pas forcément à la rêverie. Heureusement, il existe des aspects nettement moins rébarbatifs, comme les échanges Erasmus, qui amènent leur lot de jolies étudiantes étrangères sur tous les campus européens… Et qui nous offre aussi peut-être le meilleur film de la carrière de Cédric Klapisch, L’Auberge Espagnole.

Xavier finit son cursus d’économie. Un poste l’attend au ministère des finances par le biais d’un ami de son père. Pour cela, il doit tout de même perfectionner son espagnol. Il part donc étudier un an à Barcelone. Après quelques galères, il trouve à se loger dans une colocation où vivent des étudiants de toute l’Europe. Un bordel magnifique qui va le changer à jamais.

L’Auberge Espagnole qui fait aimer l’Europe. Enfin, il fait surtout aimer les échanges, le mélange, le métissage, l’enrichissement par la culture de l’autre. Un film qui donne envie de sortir de chez soi et d’aller à la rencontre de nos voisins proches ou un peu plus éloignés. Il s’agit aussi d’un film sur la liberté, sur la volonté de vivre son existence comme on l’entend, de la manière qui nous rend vraiment heureux, même si ce n’est pas le chemin le plus court ou le plus confortable.

L’Auberge Espagnole délivre donc des messages simples et positifs. De tels messages peuvent facilement aboutir à des films gentillets et pleins de bonnes attentions guère convaincantes. Ce film est au contraire enthousiasmant, énergique et aux valeurs terriblement communicatives. Peut-être parce que Cédric Kapisch a choisi l’humour comme principal support de son message. Cela permet au film de ne se jamais se prendre au sérieux une seule seconde, ce qui le rend d’autant plus agréable à suivre.

Cédric Klapisch est un cinéaste de l’humain. Ses films nous parlent de personnages, bien avant de nous offrir des intrigues. L’Auberge Espagnole est sans doute le plus symptomatique de ce qui fait l’originalité de son œuvre. Raconté à la première personne, Xavier étant le narrateur de sa propre histoire, il nous fait partager ce qui se passe dans sa tête. Plus que les évènements en eux-mêmes, le réalisateur nous montre comment ils vont changer à jamais la manière de voir la vie du principal protagoniste.

laubergeesapagnoleL’Auberge Espagnole permet aussi de se rappelle que Cédric Klapisch est également un réalisateur qui sait faire preuve d’une certaine imagination visuelle. Rien de bouleversant d’un point de vue artistique, mais cela montre un vrai soucis de soigner à la fois le fond et la forme. Et dans le cinéma français, ce n’est pas si fréquent. Surtout que tout cela est fait avec vrai talent, reste au service de l’histoire, tout en l’agrémentant pour la rendre encore plus agréable à suivre.

L’Auberge Espagnole reste un des rôles les plus marquants de Romain Duris. C’est vrai qu’il y fait preuve une nouvelle fois de son habituel charme dévastateur et de son énergie comique exceptionnelle. Le seul petit bémol reste le fait que l’on voit bien qu’il a quand même plus que 25 ans (tout comme Audrey Tautou d’ailleurs). C’est tout le casting qui est à saluer, mais on mettre tout de même particulièrement en avant Cécile de France, elle aussi égale à elle-même, et Kelly Reilly, qui nous fait penser que la perfide Albion n’est pas si perfide que ça…

L’Auberge Espagnole est un film que l’on aime parce qu’il nous donne un vrai sourire. Pas simplement parce qu’il est souvent drôle, mais parce qu’il nous fait dire que la vie est quand même belle.

Fiche technique :
Production : Bruno Levy, Ce qui me meut, Mate Productions
Réalisation : Cédric Klapisch
Scénario : Cédric Klapisch
Montage : Francine Sandberg
Photo : Dominique Colin
Son : Cyril Moisson
Durée : 120 mn

Casting :
Romain Duris : Xavier
Audrey Tautou : Martine
Cécile de France : Isabelle
Judith Godrèche : Anne Sophie
Kevin Bishop : William
Wladimir Yordanoff : Jean Charles Perrin

NERVE UP (Lonelady) : Talent freiné

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nerveuploneladyDans la vie, il faut savoir se lâcher… Voilà, une belle phrase toute faite pour commencer cet avis musical ! Si ce genre de maxime n’a que rarement un quelconque intérêt, elle pourrait pourtant aider Lonelady à donner une nouvelle dimension à sa carrière musicale. En effet, si son album Nerve Up se laisse quand même écouter, on aimerait à plus d’une occasion la voir desserrer le frein à main pour donner toute la mesure de son talent.

Lonelady a un vrai nom dans la vie, Julie Campbell. Elle est née à Manchester en… bah je ne sais pas, ça page Wikipedia ne le dit pas. Enfin, elle n’a pas l’air excessivement âgée, donc je dirais entre 25 et 35 ans… Elle a sorti son premier album, le seul à ce jour, Nerve Up en 2010. Elle a depuis également collaboré à un groupe appelé Psychic Life, qui a sorti en 2011 un album du même nom.

Si j’en crois sa page Wikipedia toujours (et oui, je n’ai malheureusement pas la science infuse…), le genre musical dans lequel évolue Lonelady est le post-punk… Je ne sais pas trop qui a décrété que sa musique constituait ce qu’il y avait après le punk, mais personnellement, je parlerais plutôt de rock mâtiné de pop et d’électro, sans voir vraiment le rapport avec la musique des Sex Pistols, ses instrumentations étant notamment beaucoup plus élaborées…

Et puis, s’il y a quelque chose qui caractérise bien le punk, c’est la capacité à lâcher les chevaux pour un débauche d’énergie sauvage et pure. Or, Nerve Up nous offre que trop rarement ce genre de moment. Les trois premiers titres nous frustrent par des morceaux qui ne décollent jamais vraiment totalement. La suite sera meilleure, quoi qu’inégale. Mais il reste incontestable que les meilleurs titres de cet album sont ceux où Lonelady se lâche. On peut vraiment regretter qu’elle ne le fasse pas systématiquement.

Heureusement, la deuxième moitié de Nerve Up nous laisse quand même sur une impression bien meilleure. Cela permet de garder un souvenir presque positif de cet album. Cependant, il est quand même difficile d’oublier totalement son aspect inégal qui l’empêche de se démarquer de la concurrence. Lonelady a du talent, mais à l’utiliser de manière trop réfrénée, elle donne surtout envie de réécouter les meilleurs albums de Gossip.

Pourtant, le talent est là. Les instrumentations sont plutôt élaborées et parfaitement maîtrisées. La voix est toujours pleine de conviction, jamais hésitante. Mais trop souvent, on a l’impression d’écouter une longue introduction qui finit par tourner en rond, alors que l’on attend simplement que le titre commence vraiment. C’est vrai pour au moins 4 titres sur 10. Les 6 autres sont meilleurs, mais sans non plus atteindre des sommets.

On retiendra surtout Immaterial, peut-être pas le plus symptomatique de la musique de Lonelady, mais au final une belle ballade assez énergique. En fait, c’est souvent quand elle sort un peu de son schéma habituel qu’elle brille le plus comme avec Cattletears, où la parenté avec le punk peut être éventuellement perceptible, ou encore Have No Past, au ton au contraire plus pop. Ou bien, on se contentera de Early the Haste Comes, moins original, mais assez réussi.

Nerve Up est donc un album trop inégal pour être inoubliable. Mais Lonelady a le potentiel, si elle se décide à desserrer définitivement le frein à main, de nous proposer beaucoup mieux.

Pour finir, regardons de plus près les titres que l’on trouve sur cet album.

1.: If Not Now
Un rock un rien électro, avec de la conviction, mais le titre ne décolle jamais vraiment totalement.

2.: Intuition
Un rien lancinant et sur le même ton que le titre précédent.

3.: Nerve Up
Un titre plus lent, plus groovy, mais avec toujours la même impression de retenu.

4.: Early the Haste Comes
Beaucoup plus énergique et c’est tout de suite mieux.

5.: Marble
Un peu évaporé, plus électro, mais avec le retour du frein à main.

6.: Immaterial
La voix de Lonelady est mieux mise en avant pour une jolie ballade énergique.

7.: Cattletears
Plus rock, plus direct, plus énergique et c’est pas mal !

8.: Have No Past
Une pop assez bonne, puisque l’énergie est là…

9.: Army
Un titre assez électro, étheré, mais avec conviction et énergie.

10.: Fear No More
Une ballade sombre et mélancolique un rien torturée.

GAGNER LA GUERRE (Jean-Philippe Jaworski) : Confirmation fantaisiste francophone

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gagnerlaguerreLorsque l’on découvre un nouvel auteur à l’occasion d’un roman que l’on apprécie vraiment énormément, on est impatient de le retrouver dans un nouvel ouvrage. C’était mon cas après avoir lu Janua Vera de Jean-Philippe Jaworski. J’ai donc attaqué Gagner la Guerre avec beaucoup d »envie et d’impatience. Je n’ai pas été déçu, même si mon enthousiasme est au final quand même moindre. Cela reste cependant la confirmation que notre beau pays compte en son sein un excellent auteur de fantasy.

Don Benevenuto raccompagne le patrice Mastiggia sur sa galère après que la flotte de la République de Ciudalia ait vaincu celle de Ressine. Quelle n’est pas leur surprise de voir trois vaisseaux ennemis les prendre en chasse.

Oui, je sais, mon synopsis est assez court et ne dit pas grand chose sur la teneur exacte du récit. On peut même dire que j’ai résumé les trois première pages… sur 980. Mais Gagner la Guerre va très vite offrir un premier rebondissement inattendu qu’il aurait été dommage de gâcher. Cela permet de se rendre immédiatement compte des immenses qualités de conteur de Jean-Philippe Jaworski. Malgré la longueur de son récit, il parvient toujours à maintenir l’intérêt du lecteur, même dans les moments plus faibles.

Gagner la Guerre nous amène au Vieux Royaume, monde imaginaire où se déroulent les principales œuvres de Jean-Philippe Jaworski. Un monde entre antiquité et moyen-âge, avec un rien de magie et quelques créatures fantastiques. Mais ces derniers aspects sont assez légers, ce qui pourrait apparenter ce roman à de l’historique inventé, plutôt que de la fantasy pure et dure. Du coup, on ne sent jamais vraiment perdu, même si les institutions de la République de Ciudalia sont relativement complexes.

Gagner la Guerre est un roman qui a pour fond des intrigues politiques et de la lutte pour le pouvoir. Mais il nous montre surtout l’envers du décor de ce monde relativement violent. En effet, le héros et narrateur est chargé des basses œuvres d’un politicien puissant. On est donc plus souvent dans le sang et la boue que dans les salons où tout n’est que conventions et faux-semblants. L’ironie et cynisme avec laquelle le récit nous est rapporté donne un ton parfois quasi humoristique à ce roman, qui au final ne se prend pas trop au sérieux.

Gagner la Guerre est cependant peut-être un peu trop long. 1000 pages, c’est sans doute 200 de trop. Heureusement, la qualité de l’écriture de Jean-Philippe Jaworski permet de ne jamais sortir du récit. Simplement, à certains moments, on est quelque peu impatient de connaître la suite des évènements et on trouve que cela traine un peu en longueur. C’est assez ponctuel et ne gâche pas de trop le plaisir que l’on ressent à la lecture de ce très bon roman, cela nous empêche d’être définitivement enthousiaste.

Comme je l’ai déjà souligné, Gagner la Guerre se démarque pas la qualité de la plume de l’auteur. Déjà parce que dans ce domaine, il est rare de trouver des auteurs francophones qui ne subissent donc pas la trahison inévitable que constitue la traduction. L’écriture est fluide, riche et solide. C’est écrit comme de la très bonne littérature et cela explique largement pourquoi ce roman a reçu le prix Imaginales 2009, qui récompense le meilleur roman de fantasy.

Gagner la Guerre confirme donc tout le bien que je pense de Jean-Philippe Jaworski. Peut-être s’est-il ce coup-ci laissé emporter par son ambition, mais il signe tout de même là un très bon roman.

HEARTLAND (Owen Pallett) : L’artiste que je n’ai pas rencontré

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heartlandowenpallettQuelques fois, on écoute pour la première fois un artiste et on a l’impression de vivre une vraie rencontre. On tombe sous le charme, avec la sensation d’enrichir son existence, presque de se faire un nouvel ami. On sait que sa musique nous accompagnera sur les chemins de l’existence et qu’elle nous transportera… Et puis parfois, il ne se passe rien, mais alors rien du tout… Comme avec Heartland de Owen Pallett.

Owen Pallett est un artiste canadien, né en 1979. C’est un musicien complet : auteur, compositeur, il joue du violon et du clavier. Il s’est d’abord fait connaître sous le nom d’artiste de Final Fantasy, en hommage au célèbre jeu vidéo. Trop célèbre peut-être, car afin de cesser toute confusion, notamment au Japon, il a définitivement abandonné ce pseudonyme pour son troisième album, Heartland, sorti en 2010. Il en avait sorti précédemment deux : Has a Good Home en 2005 et He Poos Clouds en 2006.

Je ne sais pas trop quels qualificatifs employer pour décrire précisément Heartland : mou, sinistre, transparent, sans intérêt, plat, ennuyeux, chiant… Bref, vous avez compris, je n’ai pas aimé du tout. Reste à vous expliquer un peu plus clairement pourquoi. Tout d’abord, la voix de Owen Pallett est doublement horripilante. Déjà parce qu’elle est assez aigrelette à la base, mais en plus, elle est constamment déformée par un effet éthéré qui renforce ses défauts. Au moins, l’artiste assume son organe, mais ce n’est pas forcément au plus grand bonheur des auditeurs.

Les mélodies auraient presque pu être intéressantes. Il y a une certaine créativité dans la musique de Owen Pallett, c’est indéniable. Les instrumentations sont très recherchées, avec des sonorités parfois surprenantes ou étranges. Il y a un vrai travail musical dernière tout ça. Mais du coup, Owen Pallett a quelque peu tendance à se contenter de s’écouter… Quel manque d’énergie et de convictions dans ces interprétations qui finissent par apparaître pompeuses et surfaites. Le côté harmonieux est complètement effacé par un côté éthéré qui donne certes sa personnalité à cette musique, mais qui est utilisé avec trop peu de modération pour être vraiment supportable. Aucune émotion ne passe, ne reste qu’une grande impression de vide.

On s’ennuie donc ferme tout au long de Heartland. En étant vraiment gentil, je signalerai tout de même un petit pic dans l’encéphalogramme de cet album au moment de Oh Heartland, Up Yours ! Bon, ça ne casse pas des briques non plus, mais dans cet océan de tristesse musicale, on dresse l’oreille pour se dire que ça se laisserait presque écouter. Pour le reste, c’est le grand calme plat, à part la folle envie que l’on a de venir prendre Owen Pallett par le col pour le secouer un grand coup. Mais bon, je ne suis pas persuadé que cela soit particulièrement efficace. On voit mal comment le garçon pourrait se muer en chanteur énergique.

Heartland est donc tout simplement un album passablement ennuyeux. Y a t’il vraiment besoin d’en rajouter ?

Pour finir faisons le tour des titres de cet album.

1.: Midnight Directives
Un titre éthéré et dissonant qui donne le ton de l’album.

2.: Keep the Dog Quiet
Assez chiant, malgré quelques modestes envolées sur la fin.

3.: Mount Alpentine
Un intermède bizarre.

4.: Red Sun No. 5
Plus posé, plus harmonieux, mais pas forcément plus intéressant.

5.: Lewis Takes Action
Une instrumentation assez jolie, mais la voix reste tristounette.

6.: The Great Elsewhere
Sonorités électro-chiantes…

7.: Oh Heartland, Up Yours!
Une titre assez mélodieux. En tout cas, le meilleur de l’album.

8.: Lewis Takes off His Shirt
Transparent et sans énergie sur une mélodie horripilante.

9.: Flare Gun
Une mélodie dynamique, presque enjouée… mais la voix ne suit pas du tout.

10.: E Is for Estranged
Titre doux, mais qui manque désespérément de conviction.

11.: Tryst with Mephistopheles
Aurait pu être sympathique s’il daignait pousser un minimum sa voix.

12.: What Do You Think Will Happen Now ?
Sinistre et chiant.

THE FULL MONTY : A poil !

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thefullmontyafficheLe cinéma anglais brille dans deux domaines. Les films à arrière-plan social et les comédies fines et drôles. Il est naturel que parfois ces deux éléments se rejoignent. Cela arrive quelques fois chez Ken Loach (Looking for Eric, La Part des Anges), mais jamais avec le succès de The Full Monty. Un film aux qualités multiples, qui continue de faire autant rire… et qui donne toujours autant envie de se foutre à poil !

La morosité économique règne à Sheffield, où les chômeurs, découragés, ont cessé de chercher vraiment du travail depuis la fermeture des dernières usines. Parmi eux, Gaz se débrouille comme il peut, multipliant les combines. Mais incapable de payer sa pension alimentaire, il risque de se voir privé la garde de son fils. Il tente alors de convaincre d’autres paumés du coin de monter un spectacle de striptease et de concurrencer les célèbres chippendales.

The Full Monty est le film culte par excellence. L’idée de départ a déjà tout pour plaire, en prenant le contre-pied complet du beau gosse, au corps de rêve et aux dents parfaites que nous montre à longueur d’écran le cinéma. Généralement, le héros est le plus beau et c’est évidemment lui qui finit par séduire la bombe qui joue à ses côtés. The Full Monty, c’est la revanche des gros, des petits, des vieux, des malingres et mêmes des roux, c’est pour dire ! Tout le monde peut être sexy, il suffit d’un peu d’audace et de confiance !

Evidemment, cette belle idée aurait pu donner un film niais qui nous expliquerait qu’on peut gagner le 100m des Jeux Olympiques en faisant 100kg, simplement avec beaucoup de volonté. Non, The Full Monty nous parle simplement de comment assumer le fait d’être différent… Enfin pour le coup, c’est plutôt d’être juste normal, parce que le corps d’un chippendale ne représente heureusement pas encore la norme. Bref, il parle de nous, les vrais gens, et ce avec une remarquable intelligence et surtout beaucoup d’humour.

The Full Monty reste un film hilarant par moment. Des nains de jardin qui dansent derrière un carreau, un casting improbable, des pas de danse dans une file d’attente, autant de moments de rire franc pour autant de scènes désormais mythiques. Et on ne parlera même pas du final qui se se termine par un dernier plan inoubliable. Une apothéose qui vient parfaitement conclure ce moment de pur bonheur cinématographique.

thefullmontyEt le social dans tout ça ? The Full Monty n’est certainement pas un film sur les raisons profondes du déclin industriel britannique et sur les ravages du chômage longue durée. Certes, ces aspects sont très édulcorés et les personnages apparaissent plus comme des losers sympathiques que comme de vraies victimes. Mais ce film est surtout un réquisitoire contre la morosité et le pessimisme. Personne ne devient milliardaire à la fin, chacun reçoit juste un peu de reconnaissance et quelques billets quand même. Un film qui vante la créativité, la débrouillardise, l’audace et l’imagination. La réalité n’est certainement pas si simple, mais ce n’est pas sujet du film !

The Full Monty met en avant une belle brochette d’acteurs comme seul le cinéma anglais nous en offre. Robert Carlyle et Mark Addy n’auront connu que peu d’aussi beaux rôles (un méchant dans James Bond pour le premier, Frère Tuck dans Robin des Bois pour le second), mais ils incarnent ici des personnages inoubliables. Ce film est aussi un des plus grands rôle de l’immense Tom Wilkinson qui prouve ici qu’il sait décidément tout faire comme tout grand acteur qui se respecte.

The Full Monty est culte pour bien des raisons. La première d’entre elles reste tout simplement qu’il s’agit d’un excellent film !

Fiche technique :
Réalisation : Peter Cattaneo
Scénario : Simon Beaufoy
Musique : Anne Dudley
Photographie : John de Borman
Montage : David Freeman et Nick Moore
Décors : Max Gottlieb
Costumes : Jill Taylor
Production : Uberto Pasolini, Paul Bucknor, Polly Leys et Lesley Stewart pour Fox Searchlight
Budget : estimé à 3 500 000 $
Pays d’origine : Royaume-Uni
Langue : anglais
Format : Couleurs – Dolby
Genre : Comédie
Durée : 91 minutes

Casting :
Robert Carlyle : Gaz
Mark Addy : Dave
William Snape : Nathan
Steve Huison : Lomper
Tom Wilkinson : Gerald
Paul Barber : Horse
Hugo Speer : Guy
Lesley Sharp : Jean
Emily Woof : Mandy
Deirdre Costello : Linda
Paul Butterworth : Barry
Dave Hill : Alan
Bruce Jones : Reg
Andrew Livingston : Terry
Vinny Dhillon : Sharon

LES LIGNES DE WELLINGTON : La grande par la petite histoire

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leslignesdewellingtonafficheQuand on pense aux guerres napoléoniennes, on pense immédiatement à Austerlitz, la campagne de Russie ou encore Waterloo. Eventuellement, on se souvient d’Arcole ou de la campagne d’Egypte. Pourtant, il existe bien des épisodes beaucoup moins connus, mais qui ont eu également leur importance historique. C’est le cas notamment de la campagne du Portugal, menée par le Maréchal Massena, qui n’est donc pas qu’un boulevard parisien. Une campagne qui a profondément marqué ce pays et sur laquelle nous apprenons beaucoup en regardant les Lignes de Wellington.

1810, les troupes françaises envahissent le Portugal. Les troupes anglaises et locales les repoussent dans un premier temps, mais doivent fuir car en sous nombre. Elles pratiquent alors la tactique de la terre brûlée, contraignant tout un peuple à l’exil. Elles cherchent à se réfugier derrière les lignes de fortification située entre Lisbonne et le Tage, érigée dans le plus grand secret par le général Wellington. Ces évènements marqueront à jamais le destin de nombreux acteurs de la petite et de la grande histoire.

Les Lignes de Wellington est une grande fresque historique à l’ancienne. On y suit le destin d’une dizaine de personnages, qui se croisent plus ou moins au cours des évènements. Le conflit est raconté principalement du côté portugais et anglais, mais on partage aussi le point de vue et le quotidien des troupes françaises. Le film est long, 2h30, mais nous propose un grand nombre d’histoires en parallèle qui nous préservent de tout ennui. Forcément, le film est parfois inégal, car les personnages sont plus ou moins attachants, mais comme on passe constamment de l’un à l’autre, cela n’a jamais le temps de nous gâcher le plaisir.

Les Lignes de Wellington est un film de guerre, sans bataille et surtout sans héros. Ce film ne célèbre pas l’héroïsme portugais, mais cherche simplement à retranscrire une époque, un quotidien et la manière dont cette guerre a marqué profondément le pays et ses habitants. En cela, l’intérêt historique de ce film est incontestable. Il offre surtout une vision rare de cette époque et de ces campagnes militaires dont on a surtout retenu les moments de bravoure. Mais autour de cela, les acteurs vivaient tout aussi bien des moments de lâcheté, d’amour, de peur, de sacrifice ou faisant appel au contraire aux plus bas instincts.

Les Lignes de Wellington est donc un film en costumes, sans scènes hyper spectaculaires. Mais on ne peut cependant qu’être particulièrement impressionné par la qualité de la reconstitution, aussi bien dans les costumes que dans les décors. Le film ne semble jamais souffrir d’un manque de moyens, bien au contraire. Simplement, ce sont bien les choix scénaristiques qui ont dicté la manière dont ils ont été utilisés et non l’inverse. On se réjouira surtout d’entendre les Français parler français, les Anglais parler anglais et les Portugais parler portugais. Cela peut sembler idiot, mais combien de films utilisent des artifices pour faire parler à tout le monde la même langue (anglais le plus généralement).

leslignesdewellingtonLes Lignes de Wellington bénéficie d’un casting international assez impressionnant. Du côté portugais, on retrouve évidemment Marisa Paredes. Les autres acteurs lusitaniens sont moins connus chez nous, mais on saluera notamment la performance de Nuno Lopez et Soraia Chaves. Côté anglophone, la grande star s’appelle John Malkovich, qui donne une vision assez caustique du Général Wellington. Côté français, on peut citer la participation de Melvil Poupaud, Matthieu Amalric, Elsa Zylberstein, Vincent Perez et les apparitions plus furtives de Catherine Deneuve, Chiara Mastroiani, Michel Picoli et Isabelle Huppert. Bref, un casting hexagonal que bien des cinéastes de notre pays aimeraient pouvoir se payer.

Les Lignes de Wellington mêle donc un intérêt historique avec une réalisation qui a mis les moyens nécessaires. Le tout donne donc un très bon film sur un épisode peu connu dans notre pays de l’histoire européenne.

Fiche technique :
Production : Alfama films, France 3 Cinéma, ARTE France
Distribution : Alfama films
Réalisation : Caleria Sarmiento, Paulo Branco
Scénario : Carlos Saboga
Montage : Valeria Darmiento, Luca Alverdi
Photo : André Szankowski
Musique : Jorge Arriagada
Directeur artistique : Isabel Branco
Durée : 151 mn

Casting :
Nuno Lopes : Sgt Francisco Xavier
Soraia Chaves : Martirio
Marisa Paredes : D. Filipa Sanches
John Malkovich : Général Wellington
Carloto Cotta : Lt Pedro de Alencar
Victoria Guerra : Clarissa Xarren
Mathieu Amalric : Gén. Baron de Marbot
Melvil Poupaud : Maréchal Masséna
Afonso Pimentel : Zé Maria