TYRANNOSAUR : Bonheur fossile

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tyrannosaurafficheL’amour reste quand même de loin le sujet le plus abordé au cinéma. Dans quel film n’est-il pas présent à un niveau plus ou moins élevé ? Parfois, tout cela est synonyme de fleurs bleues, de paillettes et de bonheur doux et sucré. Et parfois, pas du tout… Il y a bien sûr parfois de purs drames, mais aussi toutes ces histoires entre deux êtres trop marqués par les difficultés de la vie pour que le mot romance possède encore le moindre sens pour eux. C’est notamment le cas dans Tyrannosaur.

Joseph boit. Joseph a tendance à perdre ses nerfs et à se servir de ses poings un peu trop facilement. En fait, Joseph vit très mal le décès de son épouse. Un jour, après une bagarre, il se réfugie dans la boutique tenue par Hannah. Cette dernière se propose de prier pour lui, mais ne récolte que de l’hostilité. Cependant, Joseph reviendra le lendemain pour s’excuser. Il se rendra vite compte que chacun d’eux portent en lui une grande souffrance. Mais peut-on encore soulager la peine de l’autre quand on ne peut plus supporter la sienne ?

Autant le dire tout de suite, Tyrannosaur n’est pas le film le plus gai de l’année. Mais il est également néanmoins loin d’être le plus sinistre. Les personnages sont certes au plus bas, le film est parfois dur. Mais il s’en dégage finalement un grand optimisme, même si, rassurez-vous, il est loin de s’achever sur un happy-end hollywoodien. Un film noir donc, où l’on aperçoit cependant la lumière qui pointe à l’horizon. Un horizon lointain, mais un horizons visible quand même.

Tyrannosaur tient avant tout sur les deux personnages principaux et leur relation. La grande force de ce film est d’arriver finalement à nous attacher à eux. En effet, c’est loin d’être gagné à la base puisqu’ils se caractérisent justement dans leur incapacité à nouer des relations avec les autres. Ils finiront pas s’apprivoiser mutuellement (enfin le plus sauvage reste quand même de loin Joseph), nous entraînant par la même avec eux. Paddy Considine a pris le parti de nous montrer d’abord les conséquences des blessures subies par les deux personnages, puis de nous faire découvrir peu à peu d’où elles viennent. On apprend donc à les comprendre et à les connaître et par la même de les aimer.

Tyrannosaur est typique d’un cinéma britannique qui sait si bien donner un fond social à des films de genres très différents. Souvent des comédies (The Full Monty, Fish and Chips), mais ce film se situe évidemment plutôt dans lignée du cinéma de Ken Loach. Un cinéma profondément humain, qui nous plonge également au cœur de la misère sociale. On aurait pu imaginer une même histoire dans un milieu plus aisé, mais le décor aurait été si différent que les deux films ne se seraient que peu ressemblés.

tyrannosaurLa réalisation de Paddy Considine est sobre, malgré un réel travail sur la photographie. Là encore, ça rappelle fortement Ken Loach. Une caméra au service de l’histoire et des acteurs et ne cherche jamais à faire dans l’esbroufe. Ca peut paraître un peu austère parfois, mais cela colle parfaitement avec l’ambiance et le propos de Tyrannosaur. De plus, la sobriété n’a jamais été antinomique avec la maîtrise.

Tyrannosaur met en avant un très beau duo d’acteurs. Peter Mullan tient là un de ses rares premiers rôles. Il faut dire qu’il semble être né pour interpréter ce personnage. Il fait preuve de beaucoup de justesse dans un rôle où on pouvait aisément en faire trop. A ses côtés, Olivia Colman nous livre elle-aussi un performance proche de la perfection. Elle contribue fortement à l’émotion qui se dégage de ce film et, sans elle, il n’aurait constitué une telle réussite.

Tyrannosaur est donc un très beau film, dont la noirceur n’arrive pas à éclipser un certain optimisme qui donne tout son sens à cette histoire.

Fiche technique :
Production : Warp X, Inflammable films, Optimum Releasing, Film4
Distribution : DistriB Films
Réalisation : Paddy Considine
Scénario : Paddy Considine
Montage : Pia Di Ciaula
Photo : Erik Alexander Wilson
Décors : Simon Rogers
Musique : Chris Baldwin, Dan Baker
Durée : 91 mn

Casting :
Peter Mullan : Joseph
Olivia Colman : Hannah
Eddie Marsan : James

VECKATIMEST (Grizzly Bear) : Loin du micro, loin du coeur

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veckatimestgrizzlybearQuand on monte un groupe aujourd’hui, encore plus difficile que trouver un endroit pour répéter, des lieux de concert qui vous accepte ou même un producteur, il devient ardu de trouver un nom. Car après 60 ans de rock’n’roll, un nombre incalculable d’idées ont déjà été exploitées. Il faut donc se contenter de ce qui reste. Les noms d’animaux restent un domaine où les possibilités sont nombreuses, même si Scorpion et The Turtles sont déjà passés par là. C’est sans doute pour ça que Grizzly Bear s’appelle Grizzly Bear. De toute façon, ils aiment bien les titres un peu bizarre puisque l’album dont je vais vous parler s’appelle Veckatimest.

Grizzly Bear est un groupe de rock expérimental, teinté de folk. Ce n’est pas moi qui le dit, mais Wikipedia. Je vous dirai un peu plus loin ce que j’en pense vraiment. Ces charmants garçons sont originaires de Brooklyn, à New York. Ils sont au nombre de quatre. Daniel Rossen est le chanteur, mais on trouve aussi Edward Droste, Chris Taylor et Christopher Bear. On pourrait imaginer qu’on a là le classique chanteur-guitariste-bassiste-batteur, mais en fait chacun d’eux jouent des instruments divers et variés.

Il est vrai que la musique de Grizzly Bear sur Veckatimest nous propose des sonorités surprenantes et original, du fait de la diversité des instruments employés. C’est sûrement de là que leur vient le qualificatif de expérimental. Mais je dois bien avouer que ce qui m’a vraiment marqué, c’est la façon dont la voix est enregistré, quasiment systématiquement, avec l’effet « loin du micro ». A ce niveau, ce n’est plus une expérience, mais juste une habitude. Alors ça donne un style, un côté un peu évaporé qui pourrait être sympathique sur un ou deux titres. Or, en fait, on a juste envie de crier « mais rapproche-toi put… ! ».

Remarquez, le seul titre où la voix est un peu plus poussée et présente, I Live With You, n’apporte pas vraiment grand chose de plus. Parce les titres de Veckatimest sont le plus souvent sinistre et lent. On peut qualifier ça de mélodieux si on est gentil, mais leur musique est beaucoup trop plate pour qu’elle soit vectrice d’émotion. De mon point de vue, un seul titre vaut vraiment la peine d’être écouté, Southern Point. Le seul où Grizzly Bear met un peu d’énergie et de conviction avec une rythme qui va crescendo. Ce n’est clairement pas le titre le plus original, le plus caractéristique, mais au final, c’est le seul qui allume un peu d’intérêt dans les oreilles des auditeurs.

Grizzly Bear a au moins le mérite de proposer un style très marqué. On ne pourra donc le qualifier de commercial. Mais du coup, écouter Veckatimest, c’est du tout ou rien. Et vous l’aurez compris, chez moi ce fut le rien qui l’a emporté, et largement. Certes, je ne pense pas que j’étais vraiment la personne la plus susceptible à la base pour apprécier leur musique. Mais bon, si je n’assumais pas ma propre subjectivité, je n’écrirais pas des critiques. Et n’ayant qu’elle sous la main, je ne peux faire autrement que vous déconseiller cet album.

Veckatimest de Grizzy Bear prouve que l’originalité et la personnalité ne font pas tout. Faut aussi que cela soit un minimum intéressant. Et le moins que l’on puisse dire c’est que je n’ai trouvé que peu d’intérêt dans cet album.

Pour finir, passions en revue les titres de Veckatimest.

1.: Southern Point
Un rythme un peu jazzy pour une chanson interprétée avec douceur au début plus avec énergie.

2.: Two Weeks
Un titre entendu dans une pub pour voiture. Lent et évaporé.

3.: All We Ask
Une chanson presque murmurée. Mélodieux, mais ne déborde pas d’émotion.

4.: Fine for Now
Un titre chanté loin du micro.

5.: Cheerleader
Son plus pop, mais avec toujours le même style.

6.: Dory
Mélodieux et quelque peu psychédélique.

7.: Ready, Able
Déprimant…

8.: About Face
Une ballade plus classique.

9.: Hold Still
Une ballade ennuyeuse.

10.: While You Wait for the Others
De nouveau un rythme un peu jazzy. Un peu meilleur du coup.

11.: I Live with You
La voix est un peu poussée, mais pas forcément plus intéressant.

12.: Foreground
Une voix plus claire, mais c’est toujours aussi ennuyeux.

DESOLANT DEBAT

debathollandesarkozy

debathollandesarkozyBon voilà un billet que j’ai quelque peu hésité à écrire. Déjà parce qu’en tant que militant socialiste, je suis censé répandre la bonne nouvelle et toujours positiver. Mais bon, restant un modeste conseiller municipal d’opposition dans une ville ignorée des hommes et de Dieu s’il existait, je m’octroie le droit de dire ce que j’ai vraiment pensé du débat d’hier soir.

Déjà, je l’ai trouvé guère intéressant, voire même parfois assez désolant. J’ai bien une idée sur la faute à qui, je vais y revenir, mais force est de constater qu’aucun des deux candidats n’a vraiment été la hauteur dans la teneur et la précision de ses propos. Le temps respectif passé sur les sujets a parfois été consternant, comme si l’important était de mettre son adversaire en défaut, qu’importe si le sujet est au fond anecdotique. Bref, mon côté côté cartésien-scientifique-ingénieur a été profondément déçu.

Dans l’exercice pur du débat et de la rhétorique, à mon sens Nicolas Sarkozy a démontré sa supériorité. En effet, il a emmené François Hollande sur son terrain, loin du débat d’idées clair et courtois, comme avait pu l’être celui de 1995. Le candidat socialiste s’en est sorti bien mieux que ce l’on n’aurait pu craindre, faisant parfois preuve d’une énergie et d’une agressivité qu’on ne lui connaissait pas forcément, mais, tous les amateurs de sport vous le diront, quand on joue sur le terrain de l’adversaire, on perd. En fait, ce que je regrette vraiment, c’est que le Corrézien n’ait pas su remettre le débat à la hauteur des enjeux. Face aux insinuations, raccourcis, pour ne pas dire mensonges (sur certains points, ils ont été avérés) de son adversaire, il a parfois essayé de se lancer dans des explications de fond avec pédagogie. Et il faut bien avouer qu’à ces moments-là, il a parfois bafouillé et ce n’est pas toujours montré convaincant. Mais on touche là les limites de l’exercice : comment expliquer une politique chargée de résoudre un problème aussi structurel et pérenne que le chômage en quelques minutes, avec quelqu’un qui vous interrompt régulièrement pour détruire la clarté de votre raisonnement ? Et à ce petit jeu là, le Président sortant est bien meilleur.

Mais la victoire de Nicolas Sarkozy n’est qu’une victoire à la Pyrrhus. Autrement dit une défaite… Le débat d’hier soir était sa dernière carte, il l’a abattu et on sait bien qu’elle ne changera pas le cours profond du jeu. En fait, si Nicolas Sarkozy a réussi à entraîner François Hollande sur son propre terrain, il n’a sans doute pas bien mesuré que ce dernier n’était pas celui où il pourrait gagner des électeurs (si tant est que cela soit possible à trois jours de l’élection et après plusieurs mois de campagne). Le Président sortant a réussi magnifiquement à renverser les rôles comme il sait si bien le faire. Mais ceci a eu en fait deux résultats fâcheux : faire apparaître François Hollande comme son égal et surtout concentrer le débat sur les propositions et les positions de ce dernier. Or, en politique, quand on parle d’un adversaire qui n’est pas le sortant, que ce soit en bien ou en mal, on lui fait de la publicité. Décidément, la campagne de Nicolas Sarkozy aura été au final qu’une succession de mauvais choix.

Il y a bien des choses que j’aurais aimé entendre hier soir. Evidemment, il est un peu facile de tenir ce genre de propos, à froid, le cul dans son fauteuil. Je le mesure bien en repensant à toute mes debriefings personnels après chaque Conseil Municipal, où je n’arrête pas de me dire « merde, j’aurais du dire ça ! J’aurais du répondre ceci ! ». En fait, j’aurais surtout aimé que François Hollande mette plus en avant le vrai enjeu de civilisation que peut recouvrir le choix de dimanche. Le mot peut paraître fort, mais on est bien dans une vraie opposition qui va bien au-delà des points techniques sur lesquels les discussions ont tourné.

Nicolas Sarkozy s’est beaucoup vanté hier soir, et parfois avec habileté, sur la manière dont notre pays a mieux résisté que certains pays. Parfois avec une certaine mauvaise foi, notamment sur le chômage qui ne pouvait pas augmenter autant qu’ailleurs en proportion pour la simple et bonne raisons qu’il était déjà haut avant la crise. Souvent en mettant en avant des faits ou des chiffres qui sont tout à fait exacts. Face à ça, François Hollande a essayé de démontrer que le pays n’a pas bien si résister que ça de manière pas toujours très convaincante pour la simple et bonne raison que ce n’était pas tout à fait exact (mais pas complètement faux). Le vrai contre-argument est que la politique de Nicolas Sarkozy n’y est pour rien, bien au contraire.

Notre pays bénéficie de ce que l’on appelle en économie « des amortisseurs automatiques ». Ce sont tous les mécanismes de solidarité et de protection sociale qui limite l’impact immédiat des crises sur les ménages. C »est ainsi que la consommation s’est toujours bien maintenue et nous a évité une récession beaucoup plus profonde. Or, Nicolas Sarkozy n’a eu de cesse de s’attaquer à ces mécanismes, jugés archaïques et inefficaces. Le fameux « assistanat, cancer de la société ». Mais c’est bien ce dernier qui a permis au Président-candidat de se targuer de résultats moins pires qu’ailleurs. Or en les affaiblissant, il rendra d’autant plus difficile le redémarrage de notre économie et surtout nous fragilisera en cas de nouvelles crises…

… Bon, je m’arrête là parce que sinon, je vais me lancer dans une très longue explication technique et qui nécessitera moult arguments et exemples. Ce qui démontre justement que ce genre de raisonnement est totalement inadapté à un débat de ce type. Pour y réussir, il vaut mieux être maître de la simplification et la caricature et guère de se soucier de la cohérence et de la pertinence du fond… Tout ce que n’est pas François Hollande et c’est tant mieux !

AU SERVICE SECRET DE SA MAJESTE (Ian Fleming) : James Bond fait du ski

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auservicesecretdesamajesteSuite des aventures de James Bond en roman, puisque je le rappelle, c’est sur papier que le personnage est né, avec Au Service Secret de sa Majesté. Le film qui en est tiré est connu pour être… un des plus mauvais de la série. Au du moins, un de ceux qui la le moins séduit le public. La faute au choix de l’acteur australien George Lazenby pour interpréter le plus fameux espion anglais, expérience qui ne sera pas renouvelée. En attendant le roman est au contraire un des plus réussis et des plus consistants.

James Bond est au bord de la dépression, sa lettre de démission déjà écrite. Depuis l’Opération Tonnerre, il est chargé de retrouver Ernst Blofeld, le chef du SPECTRE, qui semble s’être volatilisé. Mais c’est un travail de policier, pas d’espion. Mais son amour des jeunes femmes va finir par le mettre sur la voie, le jour où il croise Tracy, fille du chef de la mafia corse. Ce dernier voit d’un bon œil la joie retrouvée de sa progéniture et accepter d’aider Bond dans sa quête.

On l’avait déjà remarqué avec Opération Tonnerre, mais l’adaptation cinématographique de son personnage a aidé Ian Fleming à améliorer sa propre œuvre. Si les premiers volumes tenaient de la littérature de gare parfois un peu naïve, peu à peu, les intrigues se complexifient et s’étoffent. D’ailleurs, le scénario qui sera tiré de Au Service Secret de Sa Majesté sera très proche du roman. Ce n’est toujours pas de la grande littérature, mais cela se laisse lire avec plaisir. Un plaisir renforcé par l’aura du personnage. De plus, Ian Fleming reprend aussi à son compte l’humour des films, avec notamment, un clin d’œil à Ursula Andress, dont le maillot de bain dans le film James Bond contre le Docteur No (sorti avant la parution de ce roman) reste un passage mythique.

Au Service Secret de sa Majesté est donc un bon roman d’espionnage, avec un petit côté désuet, mais qui lui donne un supplément de charme. Publié en 1963, on retrouve une vision géopolitique de l’époque, avec les méchants d’un côté et les gentils de l’autre… Bon sachant qu’il y en a encore maintenant qui ne semblent pas avoir quitter cette époque. Ce manichéisme appauvrit peut-être un peu le roman, mais il est en partie compensé par le côté « mauvais garçon » du James Bond littéraire, même si cet aspect s’est un peu édulcoré au fil des romans pour se rapprocher de sa version cinématographique.

Au Service Secret de sa Majesté n’est pas le roman de la série où il y a le plus d’action. On se situe plus dans un suspense lié à la nature même des plans du vilain méchant, qui ne seront dévoilés que dans les dernières pages. James Bond cherche donc à percer un mystère et c’est vrai, comme le dit le personnage, on est parfois plus proche d’un travail de policier sous couverture que d’un véritable agent secret. Mais bon, pour l’aider, il garde évidemment son charme auquel aucune femme n’est jamais capable de résister. A la fois, pourquoi résister ?

Ian Fleming n’est toujours pas l’auteur à la plume la plus flamboyante qui soit. Ce n’était pas le cas dans les précédents épisodes, ça ne l’est toujours pas. A la fois, ce n’est guère étonnant… Si les intrigues ont pris de l’ampleur, il est vrai que l’écriture reste celle d’une littérature populaire si on veut être gentil, de gare si on veut être plus méchant (bien que j’ai déjà longuement expliqué au cours de mes critiques que ce terme ne devrait pas avoir des connotations négatives).

Au Service Secret de sa Majesté est donc un des meilleurs romans de la série littéraire. Tout l’opposé de son adaptation au final…

LE PRENOM : Au nom de la famille

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leprenomafficheAdapter une pièce de théâtre au cinéma constitue toujours un exercice particulièrement délicat. C’est pourquoi, je le dis à chaque fois pour introduire la critique d’un tel film… Le décor forcément limité dans l’espace, la place prépondérante des dialogues conduisent souvent à cette impression de « théâtre filmé », pas toujours très agréable. Si le Carnage de Roman Polanski n’y avait pas échappé, il faut reconnaître à Alexandre de La Patellière et Matthieu Delaporte le mérite d’avoir éviter beaucoup de ces écueils à leur film, le Prénom. Mais ce dernier souffre néanmoins de quelques autres défauts.

Vincent est agent immobilier, a de l’argent, est plutôt de droite et n’est pas un puits de culture. Mais il s’apprête à devenir papa pour la première fois. Il se rend à un dîner organisé par sa sœur et son beau-frère, prof de lettres, franchement à gauche. Mais lorsque la discussion se porte sur le choix du prénom du futur bébé, une annonce plutôt surprenante va faire ressurgir toutes les tensions familiales.

Tout d’abord, un gros « big up », comme disent les jeunes aux personnes qui ont réalisé la bande-annonce de le Prénom. Déjà parce qu’elle ne dévoile pas le prénom qui fait débat (je pensais même qu’on l’ignorait pendant tout le film) et surtout elle ne nous montre que le point de départ du propos. J’avais peur que tout tourne autour de ça dans un comique de répétition qui aurait pu finir par lasser. Il n’en est rien et le scénario réserve au final beaucoup de rebondissements et de surprises.

Comme je l’ai évoqué en introduction, le Prénom nous apparaît comme un film. Enfin, quelqu’un qui l’ignorerait ne serait pas étonné d’apprendre qu’il s’agit à la base d’une pièce de théâtre Mais au final, par les cadrages et les angles de prises de vue, on échappe tout à fait à la sensation d’être assis devant une scène statique. On reste dans le décor confiné d’un appartement, mais la réalisation arrive vraiment à en exploiter tout le volume et tous les axes. Cela ne peut paraître qu’un détail, mais un détail qui compte et nous permet de rentrer pleinement dans ce film.

Par contre, le Prénom souffre un peu d’un manque de souffle pendant une bonne moitié. En fait, c’est même la partie qui tourne autour uniquement autour du fameux prénom qui se révèle être la moins intéressante. Mais au fur et à mesure que cela fait ressortir l’ensemble des tensions familiales, le film prend de l’ampleur et l’humour aussi. Ca devient plus tranchant, plus méchant, moins caricatural. Décidément, les histoires de famille constitue un sujet inépuisable d’inspiration. La dernière demi-heure est vraiment savoureuse, marquée en plus par de vrais rebondissements scénaristiques.

leprenomOn rit donc devant le Prénom de manière un peu intermittente, mais croissante. On ressort donc plutôt sur une bonne impression. Mais le film reste globalement sympathique et drôle, mais il lui manque un petit quelque chose pour devenir vraiment culte. Pourtant, certaines répliques sont vraiment excellentes et constituent le principal vecteur d’humour. Sans doute manque-t-il aux personnages un peu plus d’humanité et de tendresse pour faire de ce film l’égal du meilleur Jaoui-Bacri.

Enfin le Prénom souffre d’une autre limite flagrante. Une limite qui se nomme Patrick Bruel. J’ai toujours dit qu’il était bien meilleur acteur que chanteur, mais pour le coup, il est un cran en dessous du reste du casting. En fait, c’est le seul dont le jeu reste trop théâtral. Cela semble souvent surjoué, oubliant que la caméra ne nécessite pas la même énergie qu’une scène qu’il faut occuper. A l’inverse, Valérie Benguigui est extraordinaire et tient là sûrement son meilleur rôle. Rien que pour l’admirer, ce film mérite d’être vu, même si cela peut bien attendre un passage à la télévision.

Au final, le Prénom a très bien réussi son passage de la scène à l’écran. Patrick Bruel un peu moins malheureusement…

Fiche technique :
Production : Chapter 2, Fargo films, Pathé, TF1 Films, M6 Films, Nexus Factory
Distribution : Pathé distribution
Réalisation : Alexandre de La Patellière, Matthieu Delaporte
Scénario : Alexandre de La Patellière, Matthieu Delaporte, d’après leur piède de théâtre
Montage : David Ungaro
Photo : Célia Lafitedupont
Décors : Larie Cheminal
Musique : Jérôme Rebotier
Costumes : Anne Schotte
Durée :
109 mn

Casting :
Patrick Bruel : Vincent
Valérie Benguigui : Eilsabeth
Charles Berling : Pierre
Guillaume De Tonquédec : Claude
Judith El Zein : Anna
Françoise Fabian : Françoise
Yaniss Lespert : le livreur de pizza

SOMETIMES, I WISH WE WERE AN EAGLE (Bill Canahan) : Quel organe !

sometimesiwishwewereaneaglebillcanahan

sometimesiwishwewereaneaglebillcanahanCertains hommes sont dotés d’un organe qui fait la jalousie des autres hommes, qui fascinent les femmes et les rendent totalement dépendantes. Un tel don de la nature permet à celui qui le possède d’imposer le respect et l’admiration. Face à tel organe, on se tait, si on ne peut rivaliser. Bill Canahan possède un tel sujet d’émerveillement et de plaisir, le veinard. Et il nous permet de l’admirer tout au long de son album, Sometimes, I Wish We Were an Eagle… Oui, vous l’aurez compris, l’organe dont je parle est évidemment la voix.

Bill Canahan est un auteur-compositeur américain, né en 1966. A ses débuts dans les années 90, avec son groupe Smog, il va proposer une musique plutôt expérimentale qui ne va pas vraiment convaincre. Mais au fur et à mesure des albums, le style va s’affirmer et se professionnaliser. Sa carrière va définitivement décoller lorsqu’il se lance en solo, avec un premier album, Woke on a Whaleheart en 2007. Suivra donc I Wish We Were an Eagle deux ans plus tard.

Dès les premières secondes de I Wish We Were an Eagle, on s’exclame « quel org… enfin plutôt quelle voix ! ». Bill Canahan possède une voix profonde et grave, peut-être pas tout à fait aussi caverneuse que celle d’un Nick Cave, mais qui prend tout de même immédiatement aux tripes. Une voix rare, même si au final elle n’est pas vraiment originale, surtout dans ce registre folk-country, qui sied plus aux voix cassée qu’à celles trop claires ou trop pures. Mais l’essentiel est quelle fasse son effet, qu’elle nous transmette quelque chose et nous donne immédiatement envie de se plonger dans cet album.

On peut cependant reprocher à Bill Canahan de se reposer quand même beaucoup sur ce seul talent, peut-être un peu trop. En effet, il la pousse un tout petit peu sur un titre ou deux, mais ça ne va jamais très loin. Le rythme des morceaux, tendance ballades épurées, est souvent le même et il est vrai que I Wish We Were an Eagle ne brille pas spécialement par sa diversité. Les accompagnements sont souvent assez simples et sont là essentiellement pour mettre en valeur la voix, qui, il est vrai, vaut le coup d’être mise en avant.

C’est bien se reposer sur son point fort, mais on peut y voir aussi une certaine paresse et il est vrai qu’on commence à se lasser quelque peu au fur et à mesure que l’album se déroule. Heureusement, il est assez court, 9 titres, et on n’a donc pas vraiment le temps d’en sortir totalement. On peut d’ailleurs noter que le morceau où l’instrumentation est la plus élaborée, My Friend, n’est pas non plus le plus intéressant. Bill Canahan reste un artiste avant tout vocal. Les textes valent peut-être aussi le coup, mais j’avoue que j’ai bien du mal à juger ce point-là.

I Wish We Were an Eagle nous offre tout de même assez de très beaux moments musicaux pour valoir le coup. Si on doit en retenir deux, je citerai Eid Ma Clack Shaw, certainement celui où la voix est la mieux mise en valeur et la plus expressive et Rococo Zephyr, où la voix grave de Bill Canahan arrive tout de même à se faire douce et à nous bercer et à nous apaiser. Globalement, l’album est coupé en deux, avec cinq premiers titres parfois vraiment scotchants et quatre derniers plus moyens. Mais globalement, on reste heureux d’avoir découvert cet artiste, même si cela doit rester une relation ponctuelle.

Les amateurs de belles voix et qui ne pensent pas que le sommet de la culture se déroule le samedi soir sur TF1 pourront apprécier ce I Wish We Were and Eagle de Bill Canahan, qui ne révolutionne pas la musique, mais nous offre quelques très beaux passages.

Pour finir, regardons de plus près les titres qui composent cet album.

1-Jim Cain
Une ballade simple et épurée où la voix grave prend aux tripes dès les premières secondes.

2-Eid Ma Clack Shaw
La voix est vraiment mise en avant et se fait plus claire et expressive.

3-The Wind and the Dove
Un titre plus parlé que chanté, mais le timbre de la voix scotche !

4-Rococo Zephyr
Un accompagnement qui laisse une large place aux cordes pour un résultat très mélodieux, qui sonne presque comme une berceuse.

5-Too Many Birds
La voix est poussée un tout petit peu et c’est bon !

6-My Friend
Plus de complexité dans l’accompagnement, mais ce n’est pas forcément plus intéressant.

7-All Thoughts Are Prey to Some Beast
Un ton plus sombre, mais surtout un titre qui donne l’impression que l’album tourne un peu en rond.

8-Invocation of Ratiocination
Un intermède musical assez étrange.

9-Faith/Void
Un très long et joli morceau, qui résume assez bien l’album, bien qu’un peu répétitif.

LA REVANCHE DES ANGLO-SAXONS

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bayernOn a tellement parlé du duel entre le FC Barcelone et le Real Madrid depuis un an et demi, qu’on en oublierait presque qu’il existe d’autres championnats en Europe, tout aussi compétitifs que la Liga. Les demi-finales de la Ligue des Champions sont venues le rappeler. Le monde pariait, et souvent espérait, une finale nous proposant un énième classico, avec cette fois, le plus grand des enjeux. Nous aurons à la place un affrontement entre le Bayern Munich et Chelsea qui ne s’annonce pas moins savoureux !

La présence de 6 clubs sur 8 venus de la péninsule ibérique en demi-finale des deux Coupe d’Europe pour la deuxième année consécutive devait constituer une preuve de la nouvelle domination sans partage du foot latin. Mais c’était oublier les valeurs de courage et d’abnégation du football anglo-saxon. C’était également oublier que si on voudrait que les qualités techniques soient une garantie absolue de victoire, la vérité reste que les qualités physiques et l’organisation tactique jouent elles-aussi un rôle primordial.

Cependant, il faut aussi juger la situation honnêtement. Car si le Bayern aurait du l’emporter bien avant les tirs aux buts, la qualification de Chelsea tient plus du miracle qu’autre chose. Il n’est pas question ici de leur dénier tout mérite, mais ils ont tout de même bénéficié d’un enchaînement de circonstances favorables tout à fait improbable. Pas sûr que le scénario puisse se répéter une nouvelle fois face à une équipe allemande plus que jamais favorite, puisqu’elle jouera à domicile. Et si on organisait un véritable championnat européen, ne doutons pas que les deux clubs espagnols le dominerait très certainement largement.

La Ligue des Champions, et les Coupes d’Europe en général, ont ceci de magique qu’elles permettent à des équipes au style très différent de s’affronter. Et même si la mondialisation du football a nettement lissé les choses, on continue tout de même, pour ne plus grand bonheur, à assister à de magnifiques chocs des cultures.

FANTASIES (Metric) : Le système Metric au Canada

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fantaisiesmetricAu pays du rock, le groupe Metric possède deux caractéristiques assez peu courantes. Déjà, ils sont canadiens (enfin techniquement seulement deux membres sur quatre, mais le groupe est généralement considéré de cette nationalité), ce qui prouve qu’il peut y avoir des arbitres à l’éternel duel entre l’Angleterre et les Etats-Unis. Enfin, le chanteur est une chanteuse. Bon, ce n’est pas non plus le seul groupe dans ce cas, mais cela reste suffisamment rare pour être souligné.

Le groupe Metric s’est formé en 1998 à Toronto autour de la chanteuse Emily Haines (qui joue aussi du clavier) et le guitariste Jimmy Shaw. Mais le groupe a vraiment pris son envol quand deux Américains, le bassiste Joshua Winstead et le batteur Joules Scott-Key, les ont rejoints. Après plusieurs albums plus ou moins underground, ils en produisent enfin un avec une maison de disque en 2003 (Old World Underground, Where Are You Now?). Fantasies est leur troisième dans ce cadre et il est sorti en 2009.

Le groupe Metric mélange rock, pop et électro. Ce dernier aspect est constant mais assez discret pour que j’ai pu vraiment apprécier Fantasies. Que l’on soit dans le calme ou le plus énervé, les claviers sont toujours présents, mais jamais omniprésents. La voix féminine est parfois très apaisante, mais sait aussi se charger en énergie. L’équilibre trouvé est vraiment bon et cela permet au groupe de produire un son original et souvent élégant, tout en restant dans un style pas non plus hyper radical. On se croirait parfois de retour dans les années 80, mais globalement il y une touche électro incontestablement contemporaine. Il sera donc à même de ravir un large public.

Les titres que l’on trouve sur Fantasies sont relativement variés. Parfois mélodique, parfois énervée, la musique de Metric explore toute la palette du genre en oubliant jamais d’y insuffler sa propre personnalité. Il passe de l’un à l’autre avec un même bonheur, démontrant ainsi une grande maîtrise artistique. Le son reste toujours un minimum recherché et élaboré, sans pour autant en oublier d’y mettre parfois un maximum d’énergie. Les deux titres finaux, deux versions acoustiques d’autres titres présents sur l’album, montrent bien que les lignes mélodiques sont vraiment de qualité, au-delà de la manière dont elles sont interprétées.

Fantasies est un album de bonne densité. Il n’y a pas de titre vraiment en retrait, à part peut-être Stadium Love, qui se révèle un peu plus brouillon. Mais à l’inverse, aucune ne se dégage non plus loin devant les autres. Pour moi les deux meilleurs titres sont Blindness et Waves (qui est pourtant une face B bonus), mais aucun des deux n’a l’étoffe d’un très grand tube. L’album reste donc solide et agréable, mais ne possède pas le petit quelque chose en plus qui aurait pu lui donner une dimension supplémentaire.

Fantasies de Metric n’est donc pas absolument indispensable à toute discothèque qui se respecte. Mais cet album ne dépaillera pas non plus, même dans les plus pointues.

Pour finir, regardons de plus près les titres que l’on trouve sur cet album.

1.: Help I’m Alive
Un son pop- électro parfaitement maîtrisé.

2.: Sick Muse
Un morceau pop-rock énergique et sympathique.

3.: Satellite Mind
Un son assez années 80, dynamique et entraînant.

4.: Twilight Galaxy
Plus calme, plus posé, mais reste très agréable.

5.: Gold Guns Girls
Un titre qui monte progressivement en puissance pour être au final assez énergique.

6.: Gimme Sympathy
Plus mélodique, la voix se fait plus claire, pour un son plus pop.

7.: Collect Call
Plus calme, presque une ballade. Mélodique et reposant.

8.: Front Row
Rock plus sombre et moins mélodique.

9.: Blindness
Titre qui semble longtemps ne pas vouloir décoller, mais qui se révèle au final très bon.

10.: Stadium Love
Un rock électro un peu brouillon.

11.: Waves
Une pop énergie et surtout très bonne !

12.: Help I’m Alive (accoustic)
Doux et acoustique, sur fond de piano. Très agréable.

13.: Gimme Sympathy
Dans la même veine que le titre précédent.

FISH AND CHIPS : Intolérance sans frontière

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fishandchipsafficheLes années 90 ont été une sorte d’âge d’or pour les comédies sociales anglaises. La plus célèbre d’entre elles fut The Full Monty, mais le cinéma d’Outre-Manche nous a livré bien d’autres petites pépites. Parmi elles, Fish and Chips, sorti en 1999, que je me rappelle avoir vu dans un cinéma caennais, inondé quelques jours plus tôt et dont les sièges n’étaient pas tout à fait sec… Bon ok, l’anecdote n’a aucun intérêt, mais pourquoi dire toujours des choses intéressantes…

George Khan vit en Angleterre depuis 30 ans désormais. Il a épousé une Anglaise qui lui a donné 7 enfants. Il tient un petit restaurant et est fier de sa réussite. Il est aussi fier d’être Pakistanais et musulman, malgré l’exil. Il rêve d’élever sa progéniture dans le pur respect de la tradition. Mais le jour de son mariage, arrangé comme il se doit, son aîné s’enfuit. Ce dernier est alors mort aux yeux de son père, qui compte bien se rattraper avec les six autres. Mais cela sera-t-il possible quand eux se sentent Anglais et ont un fort désir de liberté ?

Ce qu’il y a de formidable dans ce genre de film, et celui-ci en particulier, c’est la manière dont ils arrivent à mêler humour et sujets très sérieux, voire graves. Immigration, intégration, racisme, voilà qui prête rarement à sourire. Mais Fish and Chips réussit à nous montrer la réalité sans l’édulcorer, tout en nous faisant rire aux éclats à plusieurs reprises. A la fois, on reste dans la mise en avant des travers humains et, avec du recul, ils restent le plus souvent risibles.

Mais le plus grand mérite de Fish and Chips est d’éviter, et de très loin, tout manichéisme. Il n’y a ni bons, ni méchants. On est plus dans « United Color of Bande de Cons ». Les personnages négatifs ne sont pas jugés, même si on prend évidemment parti pour les victimes de leur intransigeance. Le film n’élude rien, ne fait sûrement pas preuve d’angélisme. Le film porte évidemment un appel à la tolérance, mais ce n’est pas pour autant qu’il s’achève dans un happy end où tout le monde s’aime dans le pays des Bisounours. Il est des fossés qui ne peuvent se refermer le temps d’une vie, l’espoir ne pouvant venir que des générations futures.

Voilà pour le fond ! Mais Fish and Chips s’apprécie surtout parce qu’il est drôle. L’humour reste largement situationnel, mais certaines répliques, certaines péripéties arrachent de vrais éclats de rire. On est clairement pas dans l’idée d’un gag toutes les deux secondes, mais le film nous propose vraiment tous les degrés d’humour, avec toujours la même réussite. Cela ne masque pas, cela n’édulcore pas du tout le fond des problèmes qui sont traités ici. Au final, ce mélange se révèle particulièrement savoureux. Bien meilleur que la cuisine anglaise en tout cas…

fishandchipsVisuellement, notamment au niveau de sa photographie, Fish and Chips est assez daté. Mais cela n’enlève rien à l’intelligence de la mise en scène qui donne à ce film son rythme et son caractère percutant. On peut vraiment regretter que Damien O’Donell n’ait rien fait d’autre de marquant. C’est même relativement incompréhensible. Mais bon, beaucoup de réalisateurs aimeraient réaliser ne serait-ce qu’un seul film de cette qualité.

Fish and Chips est une des multiples manifestations du réservoir incroyable de talents du cinéma britannique. L’interprétation est tout simplement remarquable, bien que le casting ne soit composé que d’acteurs que l’on a très peu vu par ailleurs. Seuls Om Puri et Archie Panjabi ont tenu quelques seconds rôles dans des films ou des séries. Cela n’enlève rien au talent de l’ensemble des comédiens qui contribuent largement à faire de ce film un classique du genre.

Fish and Chips est donc un film à voir et revoir, pour son humour, mais aussi pour les sujets qu’il aborde et qui sont toujours bien d’actualité.

Fiche technique :
Titre original : East Is East
Réalisateur : Damien O’Donnell
Scénario : Ayub Khan-Din d’après sa pièce
Dialogues : Ayub Khan-Din
Musique : Deborah Mollison
Direction artistique : Henry Harris
Costume : Lorna Marie Mugan
Photographie : Brian Tufano
Montage : Michael Parker
Production : Stephanie Guerrasio, Shellie Smith, Leslee Udwin et Alan J. Wands
Durée : 97 minutes

Casting :
Om Puri : George Khan
Linda Bassett : Ella Khan
Jordan Routledge : Sajid Khan
Archie Panjabi : Meenah Khan
Emil Marwa : Maneer Khan
Chris Bisson : Saleem Khan
Jimi Mistry : Tariq Khan
Raji James : Abdul Khan
Ian Aspinall : Nazir Khan
Lesley Nicol : Tante Annie

SARKOZY OU LA POLITIQUE DE LA TERRE BRULEE

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sarkozyliberationLe 6 mai 2007, au soir de la victoire de Nicolas Sarkozy, j’écrivais : Ce soir, la défaite est cruelle. Elle laisse surtout un pays coupé en deux, comme il ne l’a jamais connu dans son histoire. Jamais un candidat élu n’aura autant cristallisé la haine sur nom. Si les hommes de gauche subissaient Chirac, sans jamais vraiment totalement le haïr, Nicolas Sarkozy représente ce que nous exécrons le plus : défense des plus forts contre les plus faibles, xénophobie latente qui ne dit pas son nom, eugénisme social et biologique, mépris des travailleurs justifié par une morale « travail, famille, patrie »… Mais si la défaite est cruelle, j’espère qu’elle fera naître un mouvement d’opposition plus soudée et plus fort que jamais.

Au soir du premier tour des cantonales en 2011, je m’étais insurgé contre l’attitude de l’UMP qui refusait d’appeler à voter PS lorsque ce dernier était opposé à un candidat du FN, alors que même le PC avait appelé à voter pour la droite parlementaire pour faire barrage à l’extrême-droite (cf. le temps des quasi regrets). Aujourd’hui, on a la morbide confirmation d’un calcul politique prêt à franchir la frontière de l’ignoble dans l’espoir d’une réélection, quelqu’en soit le prix.

Mais dans quel état serait la société française si Nicolas Sarkozy devait être réélu dans ces conditions ? La fracture serait terrible et une moitié du peuple français ne pardonnerait jamais à l’autre de l’avoir ainsi entraîné dans un territoire dont la droite parlementaire ne s’était jusqu’alors jamais approché. Le Président ne serait définitivement plus celui de tous les Français, pour autant qu’il ne l’ait jamais été.

Nous sommes un des plus vieux Etat-Nation au monde et notre unité est une de nos plus grandes richesses. Elle nous est tellement naturelle que l’on a du mal à comprendre comment des peuples peuvent se déchirer jusqu’aux pires atrocités. Evidemment, on n’en est encore très loin en France. Mais cela fait bien longtemps que le ciment qui nous unit n’a été à ce point proche de se fendre. La dernière fois, ce fut sous la coupe du Maréchal Pétain que notre société s’est brisée en deux. C’est bien sur ses pas que marche actuellement Nicolas Sarkozy.

L’année dernière, j’avais souligné combien cette attitude de l’UMP semblait suicidaire politiquement. Je le maintiens et je reste tout à fait persuadé que ce que je viens d’exposer va rester de la pure politique-fiction. La Nation française ne se laissera pas détruire ainsi, Nicolas Sarkozy ne saura être son fossoyeur. Mais François Hollande récoltera d’un pays qui n’a jamais été si proche de la rupture. Une rupture bien sociétale, avant même d’être économique, même si les deux sont évidemment liés.

Le 6 mai 2012 ne sera définitivement pas un jour comme les autres. Il devra rester celui où le peuple français a dit non à sa propre implosion.