Mon dieu, les courbes se croisent ! La droite reprend espoir, Nicolas Sarkozy reprend sa marche en avant que rien ne va arrêter et qui va le conduire tout droit à un nouveau mandat… ou pas. Comme la campagne intéresse de moins en moins les Français semble-t-il, il fallait bien essayer de lui redonner un peu de suspense. Pour ça les médias s’en donnent à cœur joie pour faire mousser un non-évènement.
Que le score de Nicolas Sarkozy au premier tour s’améliore, c’est relativement logique. Déjà parce que les « petits » candidats le plus à même de lui piquer des voix sont tous sortis de la course les uns après les autres. Une Boutin ou maintenant un De Villepin faisaient peut-être rire avec avec leur score compris entre 0 et 2%, mais c’est comme ça que l’on passe de 25 à 27% au premier tour. Et puis, le président sortant n’avait aucune chance de réellement progresser tant qu’il n’était pas pleinement candidat, ce qu’il est désormais.
Reste le problème du deuxième tour qui est, rappelons-le, a priori le seul susceptible de désigner le futur Président de la République. Et là, les choses restent très compliquées pour Nicolas Sarkozy. Le dernier sondage en date donne encore un score de 55-45 en faveur de Hollande. Bien sûr, il y a moins de deux mois, on était à 60-40. Le président sortant progresse, c’est incontestable. Cependant, personne n’a jamais imaginé sérieusement que l’élection se jouerait avec 20 points d’écart. Ce mouvement était inexorable et même si les Socialistes pouvaient espérer qu’il soit le plus tardif possible, ils savaient bien qu’il finirait par se produire.
Cependant, le temps presse pour Nicolas Sarkozy. Surtout que la campagne va désormais changer de visage avec l’instauration de l’égalité du temps de parole. Il ne pourra plus envahir la télévision et bénéficiera de la même exposition que Jacques Cheminade. Cependant, un mois avant le premier et un mois et demi avant le second laissent encore le temps pour que beaucoup de choses se passent… Au moins en théorie, car jamais dans l’histoire un tel écart a pu être ainsi remonté sur une si courte période. On cite souvent l’inversion de tendance entre Chirac et Balladur en 1995. Je peux en témoigner, car, à cette époque, j’étais au Kenya pour 15 jours et quand nous sommes rentrés, le paysage avait changé de manière brutale et inattendue. Mais il s’agissait là de deux champions du même camp. Il ne s’agissait pas de convaincre des électeurs de passer du blanc au noir.
François Hollande reste donc de très loin le mieux placé pour l’emporter. Il subit simplement aujourd’hui les désagréments d’être parti le premier, ce qui a longtemps constitué un avantage mais qui forcément implique une descente sur le long terme. Il part de si haut qu’on a du mal à l’imagine finir sa course sous les 50%.
Mais l’élection de Sarkozy en 2007 avait prouvé une chose. Si le pire n’est jamais sûr, il n’est jamais impossible…
Les Infidèles est un film dont on a beaucoup parlé. Il a fait le buzz comme l’on dit. Entre les affiches censurées et l’Oscar de Jean Dujardin (un petit cocorico au passage), il est vrai qu’il a eu le droit d’occuper l’actualité, même en dehors des pages cinéma de vos magazines et journaux préférés. Mais était-ce vraiment relatif à la valeur artistique de ce film à sketches, forcément victime des limites du genre ? Soyons clair, la réponse est plutôt non.
L’infidélité chez les hommes s’apparente quelques fois (souvent ?) à une maladie chronique et incurable. Elles les poussent à recourir au mensonge, à la ruse et à des stratagèmes divers et variés. Qu’ils tombent amoureux d’une lolita, qu’ils changent de partenaire tous les soirs, qu’ils essayent de draguer leurs collègues de travail, qu’ils le gardent comme un lourd secret, les hommes ne reculent parfois devant rien pour arriver à leur fin.
Par son principe même, le film à sketchs tend à être inégal. Confier un même thème à plusieurs réalisateurs conduit forcément à un résultat hétérogène. C’est bien sûr là que réside tout l’intérêt et l’originalité du genre, mais, forcément, il y en a toujours des cinéastes plus inspirés que d’autres. Les Infidèles n’échappe donc pas à la règle. Pourtant, le programme était alléchant. Un thème universel, intemporel et surtout inépuisable et surtout du beau monde derrière la caméra. Tout d’abord, Michel « j’ai un Oscar » Hazanavicius, mais aussi Emmanuelle Bercot, Fred Cavayé, Eric Lartigau, Alexandre Courtès et même Jean Dujardin et Gilles Lelouche themselves !
Le problème avec Les Infidèles, c’est que les passages moins réussis sont carrément sans intérêt. Et les moments beaucoup plus sympathiques le sont sans pour autant vous plonger dans un enthousiasme démentiel. La plus grosse déception vient du sketch de Michel Hazanavicius qui va vite se rendre compte que, désormais, on en attendra toujours beaucoup. Eric Lartigau nous propose également une revisite du mythe de la lolita qui laisse passablement de marbre.
Heureusement, deux réalisateurs ont tout de même parfaitement accompli leur mission. Tout d’abord, Alexandre Courtes, le moins expérimenté de la bande, mais qui nous arrache les plus gros éclats de rire. Ensuite, Emmanuelle Bercot qui nous livre le passage le plus intelligent, le plus subtil, le plus sensible… et le seul à être réalisé par une femme… Peut-être y a-t-il un lien de cause à effet… S’ils sont le plus réussis, c’est avant tout parce que ce sont les deux sketchs dont le ton est clairement choisi et exploité à fond. Le reste est beaucoup plus hésitant entre rire et réflexion et ne réussit totalement ni l’un, ni l’autre.
Au final, Les Infidèles est donc plutôt frustrant. On ne s’y ennuie pas, puisqu’au moins sa forme l’empêche de s’enferme dans d’interminables longueurs. Le thème aurait vraiment pu donner un contenu plus riche et surtout plus inattendu. On pourra peut-être regretter la suppression du sketch réalisé par Jan Kounen, qui, paraît-il, était trop fantaisiste par rapport aux autres. Enfin, ce n’est pas non plus comme si Jan Kounen avait du talent… (désolé, je ne lui pardonnerai jamais ce qu’il a osé faire du mythe de Blueberry! – Jean paix à ton âme !)
Tout comme les sketchs, Jean Dujardin et Gilles Lelouche nous livrent des prestations de niveau varié. Ils n’arrivent pas à vraiment tirer vers le haut les passages le plus faibles. En fait, les deux moments où les Infidèles atteint quelques hauteurs, c’est avant tout grâce à ses seconds rôles. La vraie révélation de ce film est Alexandra Lamy, que l’on connaît déjà bien, mais pas à ce niveau-là de justesse et de subtilité. On prend également à voir Guillaume Canet s’amuser comme un petit fou dans son personnage et surtout Sandrine Kiberlain se lâche quelque peu… ce qui ne fait pas pourtant partie de ses habitudes.
Les Infidèles est donc nettement moins marquant que le buzz qui l’a accompagne. Restent quelques passages très réussis, malheureusement noyés dans un ensemble beaucoup plus anodin.
Fiche technique : Production : JD Prod, Black Dynamite Films Distribution : Mars distribution Réalisation : Jean Dujardin, Gilles Lellouche, Michel Hazanavicius, Emmanuelle Bercot, Fred Cavayé, Eric Lartigau, Alexandre Courtès Scénario : Jean Dujardin, Gilles Lellouche, Nicolas Bedos, Stéphane Joly, Philippe Carerivière Montage : Anny Danché Photo : Guillaume Schiffman Décors : Maamar Ech-Cheikh Musique : Evgueni Galperine Costumes : Carine Sarfati Durée : 109 mn
Casting : Jean Dujardin : Fred, Olivier, François, Laurent, James Gilles Lellouche : Greg, Nicolas, Bernard, Antoine, Eric Alexandra Lamy : Lisa Géraldine Nakache : Stéphanie Guillaume Canet : Thibault Sandrine Kiberlain : Marie-Christine Manu Payet : Simon Isabelle Nanty : Christine Mathilda May : Ariane
Ce n’est pas la première fois que je le dis, mais il y a des films dont on sait pas très bien quoi penser. On ne sait pas bien si on a aimé ou non. On peut en dire le plus grand bien, mais aussi le critiquer très sévèrement. Martha Marcy May Marlene a fait cet effet sur moi. Peut-être que, comme j’enchaîne les films, je ne me suis pas laissé le temps de bien digérer et de me faire une opinion définitive. Enfin, je vais tout de même faire de mon mieux pour vous décrire mon ressenti.
Après deux ans de silence, Martha affolée, perdue, appelle sa sœur, Lucy pour qu’elle vienne la chercher dans un coin isolé. Elle a fuit une secte et son leader, manipulateur et séducteur, mais s’enferme dans le silence et cache la vérité. Il va être dur de se reconstruire et impossible d’oublier. Surtout quand monte la peur d’être pourchassée par ses anciens compagnons.
Martha Marcy May Marlene est un film relativement inclassable. Bien sûr, il possède tout de même un thème central bien identifié : celui du processus d’embrigadement qui peut faire glisser un individu vers un comportement totalement aberrant et destructeur et évidemment, son pendant, la difficulté presque insurmontable de pouvoir totalement en sortir. Pourtant, on ne sent pas chez Sean Durkin la volonté de vraiment faire un film sur ça. Il n’y a pas de volonté de généraliser le propos, mais simplement de nous montrer un parcours individuel. Bien sûr, le spectateur peut toujours extrapoler et en tirer des conclusions, mais le film ne le fait pas pour nous.
En fait, ce qu’il manque à Martha Marcy May Marlene, c’est une conclusion claire. Le dénouement est lui-même interprétable de manières diverses, mais plus généralement, c’est le propos qui n’aboutit pas vraiment. Le spectateur passe tout le film à se demander où l’histoire va le mener, quel va être le sens de tout ça, mais il est bien obligé de constater à la fin qu’il n’est arrivé nul part. Cela l’empêche de rentrer totalement dans le film et c’est dommage.
C’est d’autant plus dommage que Martha Marcy May Marlene est un film par contre totalement maîtrisé sur la forme. La photographie est très réussie, sobre comme l’est la réalisation. Les deux récits parallèles, le présent et le passé, se mélangent de manière claire et logique. Il y a une vraie progression dans la tension, qui est présente dès les premières secondes, mais qui se renforce au fur et à mesure que le tableau devient plus clair. On apprécie donc ce que l’on voit, mais comme je viens de l’expliquer, on reste trop à l’extérieur pour être totalement enthousiaste.
Reste tout de même de Martha Marcy May Marlene de très beaux personnages. Evidemment, celui de Martha est central et son parcours reste tout de même magnifiquement décrit. Celui du « gourou » est aussi très convaincant. Il aurait été facile de tomber dans la caricature entre la pauvre victime innocente et le manipulateur diabolique et vicieux. Il n’en est rien et, même si cela contribue sans doute au caractère quelque peu flou du propos, cela constitue tout de même une incontestable qualité.
La direction d’acteurs et évidemment ces derniers font incontestablement partie des points fort de Martha Marcy May Marlene. Elizabeth Olsen est une jolie révélation, déjà parce qu’elle l’est, jolie, mais avant tout parce que c’est visiblement une comédienne talentueuse. A suivre donc. En face d’elle, John Hawkes, qu’on avait pu découvrir dans la série Deadwood et dans divers seconds rôles, tient là un rôle beaucoup plus consistant, qu’il interprète avec beaucoup de justesse, malgré l’ambivalence du personnage.
Martha Marcy May Marlene est objectivement un bon film. Mais on en reste sans doute trop purement spectateur pour l’apprécier à sa juste valeur.
Fiche technique : Production : Fox Searchlight Pictures, Maybach Cunningham, FilmHaven Entertainment, BorderLine Films, This is That prod. Réalisation : Sean Durkin Scénario : Sean Durkin Montage : Zachary Stuart-Pontier Photo : Jody Lee Lipes Décors : Chad Keith Distribution : 20th Century Fox France Musique : Daniel Bensi, Saunder Juriaans Costumes: David Tabbert Durée : 102 mn
Casting : Elizabeth Olsen : Martha John Hawkes : Patrick Christopher Abbott : Max Brady Corbet : Watts Hugh Dancy : Ted Maria Dizzia : Katie Julia Garner : Sarah Sarah Paulson : Lucy
Je me rappelle très bien où j’étais quand j’ai entendu pour la première fois Joey Starr à la radio. Je ne parle pas de l’ancien chanteur de NTM, mais de la chanson du groupe Les Vedettes. J’étais dans ma voiture entre Versailles et St Quentin en Yvelines. Bon, ce n’est pas le plus important, mais je me souviens surtout que j’ai eu tout de suite le réflexe de mettre le son plus fort et je n’ai pu m’empêcher de secouer la tête… Enfin pas trop fort non plus, au volant, ça peut être dangereux. Tout cela remonte à 2008, j’aurais donc mis un peu de temps à découvrir leur premier album, sobrement appelé Disque n°1.
Les Vedettes est composé de 8 filles, sous l’égide de Philippe Katerine, dont on retrouve largement l’esprit, en un peu moins absurde tout de même. Disque n°1 a reçu de très bonnes critiques à sa sortie, mais après la diffusion de Joey Starr à la radio, aucun second single n’est venu prendre le relais et on n’a depuis plus trop entendu parler du groupe. C’est dommage, tant ces jeunes filles font preuve d’enthousiasme et de fraîcheur.
Il faut bien le dire, cet Disque n°1 est un petit coup de cœur. Je vais donc essayer de rester objectif et ne pas trop m’emballer. Commençons par les textes. Evidemment, ce n’est pas du George Brassens. C’est même parfois assez basique. Ca parle du quotidien et pas mal de sexe. C’est donc léger et provoquant, parfois cru, jamais vulgaire. Ca arrache surtout pas mal de sourires. Ca tombe bien, c’était a priori le but. Bref, les Vedettes ne nous offrent pas vraiment de grande poésie, mais nous font partager beaucoup de situations vécues avec humour, charme et un rien d’érotisme (enfin c’est peut-être un bien grand mot).
Les instrumentations de Disque n°1 ont quant à elle deux grandes qualités. Déjà, elles sont toujours enjouées, pleines d’une énergie particulièrement communicative. Pas forcément hyper complexes, mais avec cette légèreté qui colle très bien aux textes. On est une nouvelle fois plus dans l’enthousiasme que dans la création artistique aboutie et maîtrisée, mais comme cela fonctionne, on ne voit rien à y redire. Bref une musique qui ne se prend pas la tête, mais qui nous donne envie de secouer la nôtre.
Ensuite, elles sont aussi très variées. Car simplicité n’est pas du tout synonyme d’uniformité. Cela reste toujours un peu sur le ton de la parodie, mais les Vedettes explorent de nombreux genre musicaux sur Disque n°1. Pop, rock, électro, ballades tirant au gré des plages sur les années 70, 80 ou 90. Cette diversité est particulièrement appréciable et montre que les jeunes femmes en ont sûrement plus sous la semelle que ce que peut laisser penser la légèreté de leur musique.
Le meilleur titre de Disque n°1 reste son principal single, Joey Sarr. J’ai aussi une tendresse particulière pour Vive papa ! au texte méchamment drôle et à la musique qui ressemble à un hommage de l’œuvre des Beach Boys. J’aime aussi beaucoup Grand Con, Comme dit Daddy, Mdma, Première Fois et Bouge ton Pet. A côté de ça, il n’y a pas grand chose à jeter, tout juste les titres New York City et Gangbang.
Avec toutes ses qualités, Disque n°1 est un album qui en appelle beaucoup d’autres. Pour l’instant, ça n’en prend peut-être pas le chemin et on ne peut que le regretter.
1-V.E.D.E.T.T.E.S
Morceau introductif interprété comme une chorale de cheerleaders.
2-Futur hot-dog
Du punk rigolo et rafraîchissant.
3-Grand con
Des paroles provocantes…. mais qui sentent le vécu.
4-Ta vie est pourrie
Un côté années 80 pour ce rock sur le quotidien.
5-Vive papa!
Les joies de la vie de famille revisitées par cette succulente parodie des Beach Boys.
6-Comme dit daddy
Une pop sucrée, sexy et sympathiqu
7-New-York City
Un peu lancinant et moins percutant.
8-Mdma
Un retour au sucré et qui fonctionne plutôt bien.
9-Nadia’s song
Un morceau plus épuré, où le texte se pose sur une petite mélodie. Mais le charme continue d’agir.
10-Y’a pas un mec
Un titre électro rigolo avec Philippe Katerine.
11-Joey Starr
Un single entraînant et énergique.
12-Première fois
Une petite ballade guillerette et provocante.
13-Gangbang
Un morceau lancinant et sans intérêt.
14-Bouge ton pet
Un morceau sympa, qui ne se prend pas au sérieux, à l’image de l’album.
La Belgique est connu pour un certain nombre de choses, comme sa faculté à vivre sans gouvernement, ses frites et ses habitants particulièrement sympathiques. Elle l’est moins pour son cinéma, si ce n’est par C’est Arrivé Près de Chez Vous et un certains nombres d’acteurs et d’actrices qui font le bonheur des films hexagonaux, dont la magnifique Cécile de France. Et bien, c’est un tort puisque ce pays ne produit pas qu’un multitude de bières merveilleuses, mais aussi des films magistraux, comme Bullhead.
Jacky est fils d’éleveur taiseux, qui soit gérer les blessures du passé. Mais il tient tout de même une place importante dans un vaste trafic d’hormones. L’assassinat d’un agent fédéral qui enquêtait sur le sujet va rendre tout à coup les acteurs de la filières particulièrement méfiants. Les rapports deviennent tendus et l’étau se resserre autour de ce petit monde, qui ressemble à s’y méprendre à une mafia.
Ce film aurait pu s’appeler Le Parrain chez les taureaux. Mais c’est surtout à Il Etait une Fois en Amérique qu’il fait penser. Une histoire d’amitié entre l’enfance et l’âge adulte entre des personnages qui vivent dans un monde illégal et violent. On sait bien que ce genre d’histoire est particulièrement cinégénique et on le pensait réservé aux réalisateurs d’origine italienne. Mais Michael R. Roskam n’a rien à envier à un Sergio Leone ou à un Coppola tant son film est abouti, fascinant, passionnant.
Bon, je m’emballe un tantinet, mais c’est assez mérité. Il y a tout de même une grande différence entre Bullhead et les films que je viens de citer. On n’y retrouve pas ce romantisme, ces décors urbains magistraux et ce sens de l’esthétisme grandiose. On est ici dans le monde de la terre, pour un film noir, poisseux, où la violence dans les rapports humains n’est pas cachée par des manières et des apparences. Du coup, ce film a un côté dépaysant, malgré la proximité géographique, nous faisant découvrir un monde où le cinéma ne nous avait jamais emmené.
Bullhead est donc un film à la fois classique et radicalement original. Il explore également profondément la personnalité de son personnage principal, beaucoup moins séduisant, moins brillant, qu’un Don Corleone, mais infiniment plus complexe. On ressent pour lui une affection plus sincère qu’une simple admiration ou qu’une fascination morbide. Cela donne une vision plus réaliste, plus humaine d’une forme de grand banditisme, qui nous procure tout de même encore une fois le frisson d’une vie dictée par la violence.
Bullhead se démarque par un scénario particulièrement brillant, où la tension est palpable de la première à la dernière seconde. Il est d’une remarquable intelligence en nous dévoilant peu à peu des éléments qui viennent enrichir l’intrigue et nous apporte un regard nouveau sur les évènements qui ont précédé. On rentre totalement dans ce histoire pour n’en sortir qu’après un dénouement certes classique et logique, mais qui conclut parfaitement ce film. Une vraie maîtrise dans l’écriture, à partir d’un sujet qui peut laisser dubitatif.
La réalisation est sobre, mais pas moins aboutie. La tension palpable ne l’est pas que par la qualité du scénario. Elle est aussi visuelle. Nous faire pénétrer dans l’esprit d’un personnage aussi peu bavard que Jacky peut passer que par les images. Les moments d’intimité, où il se retrouve seul dans sa chambre, en disent plus long sur lui que tous les dialogues. On pénètre dans son esprit, nous faisant plonger encore plus profondément dans cette histoire, dans cet univers à la fois étonnement proche et étonnement dépaysant.
L’interprétation est à l’image du film, sans esbroufe, pas forcément hyper spectaculaire, mais totalement maîtrisée et aboutie. Matthias Schoenaerts constitue la vraie révélation de ce casting. Et la qualité de sa performance ne se limite pas à son physique particulièrement impressionnant. Son rôle quasi muet (bon j’exagère un peu là) n’aurait pu être aussi convainquant sans un vrai talent d’acteur.
Bullhead est sans doute le deuxième grand film de 2012, après la Taupe. Comme quoi, certains cinémas ne font peut-être pas dans la quantité, mais dans la qualité.
Fiche technique : Production : Savage Film, Eyeworks, Artemis produtions, Waterland Film Distribution : Ad Vitam Réalisation : Michaël R. Roskam Scénario : Michaël R. Roskam Montage : Alain Dessauvage Photo : Nicolas Karakatsanis Son : Benoit De Clerck Musique : Raf Keunen Directeur artistique : Walter Hoevenaars Durée : 129 mn
Casting : Matthias Schoenaerts : Jacky Vanmarsenille Jeroen Perceval : Diederick Maes Jeanne Dandoy : Lucia Schepers Barbara Sarafian : Eva Forrestier Tibo Vandenborre : Antony De Greef Frank Lammers : Sam Raymond Sam Louwyck : Marc De Kuyper
Il y a des blessures qui ne se referment jamais tout à fait. La plupart sont causées par des femmes, créatures cruelles par nature… Et d’autres par des hommes… enfin un homme… bulgare… et dénommé Emil Kostadinov. Le 13 novembre 1993, il a plongé toute une nation dans le désarroi, provoquant une déception bien sûr désormais lointaine, mais qui fut si brutale que personne ne l’a oubliée.
L’objet de ce billet n’est pas de tomber dans une nostalgie masochiste. Si ce match est revenu dans l’actualité 19 ans plus tard, c’est à cause du procès qui va s’ouvrir entre David Ginola et Gérard Houllier. Le premier reproche au second de l’avoir traité de salaud, ce qui constitue en fait la dernière d’une longue série d’invectives de l’ancien sélectionneur envers l’ancienne star du PSG. Que tout cela se finisse en justice démontre bien que ce match n’a pas été qu’une simple défaite pour beaucoup des acteurs, mais une honte nationale difficile à assumer.
Pourtant, les deux hommes ont beaucoup de choses à se reprocher. Pourtant, ni l’un, ni l’autre ne reconnaît ses torts. Ils assument une part de responsabilité, mais tombent tous deux à côté de ce qui constitue leur vraie faute. Déjà, l’obsession de Gérard Houllier envers David Ginola et son fameux coup-franc est le signe d’une nécessité inconsciente de décharger son écrasante culpabilité sur quelqu’un. Il était sélectionneur, c’était lui le patron, celui qui choisissait les joueurs et la tactique. Bref, cet échec a été avant tout le sien. Mais décevoir tout un pays n’est pas une responsabilité facile à assumer. Surtout que, 15 ans plus tard, il a prouvé, en niant son immense responsabilité dans le maintien de Domenech à la tête de l’Equipe de France après l’Euro 2008, qu’assumer n’était pas son fort.
De son côté, David Ginola est surtout connu pour avoir tiré ce fameux coup-franc qui a fait perdre la balle et permis le contre bulgare meurtrier. Mais ce fait de jeu a eu lieu à plus de 100m du tir de Kostadinov, qui se situe en diagonale à l’exacte opposée sur le terrain. Le lien entre les deux est donc ténu et ne mérite pas d’être entré ainsi dans la légende. Par contre, ses déclarations à la une de l’Equipe quelques jours plus tôt étaient impardonnables. Gérard Houllier dit regretter de ne pas l’avoir exclu à ce moment-là. Voici un des rares moments de lucidité de la part de l’ancien sélectionneur. En se comportant ainsi, David Ginola avait justifié la haine que lui a toujours voué une partie du public français. Trop beau gosse, trop parisien sans doute. Mais pour le coup, il a eu tout simplement un comportement indigne d’un joueur international. Et les incroyables tensions qui existaient alors au sein des Bleus entre Marseillais et Parisiens ne peut l’excuser.
Si ces deux-là avaient assumé la totalité de leurs responsabilités dès le début, ils ne se retrouveraient pas aujourd’hui devant un tribunal. Procès qui frôle le ridicule et paraît bien futile. Mais si objectivement tout cela n’a guère d’importance, le poids médiatique de ces évènements leur donne une ampleur qui pèse sur une existence.
Longtemps considéré comme le roi absolu du blockbuster, Steven Spielberg multiplie désormais les films qui divisent les critiques. On peut faire remonter cette tendance à Munich, qui remonte à 2006. Son adaptation de Tintin a laissé froid une bonne partie du public et Cheval de Guerre, qui vient de sortir sur nos écrans, divise carrément l’opinion. Certains y voient un grand film d’aventures à l’ancienne, d’autres soulignent un récit qui frise parfois le ridicule. En fait, les deux ont raison…
Albert et Joey vivent une amitié d’une rare intensité dans cette Angleterre du début du XXème siècle. Mais la Première Guerre Mondiale éclate et va les séparer. Albert est trop jeune pour s’enrôler, tandis que Joey est réquisitionné. Mais ils se retrouveront, Albert le promet. Précision : Albert est un fils de fermier et Joey, un jeune cheval.
Bon, commençons par ce qui fâche. Enfin avant ça, je tiens à préciser que je n’ai absolument aucune sympathie pour les chevaux, si ce n’est bien saignant avec des pommes de terre sautées. Seulement, il existe bien d’autres choses à reprocher à ce scénario et je pense que, même si je trouve l’idée de base un peu ridicule, cela n’a guère jouer sur mon opinion sur ce film, que j’ai de toute façon globalement aimé. Mais voilà, cheval ou pas, Cheval de Guerre a une intrigue marquée pas de gros moments de faiblesse.
Cheval de Guerre repose sur un axe narratif clair : la relation entre Albert et Joey. Cependant, une longue partie du film nous rapporte les aventures de ce dernier, alors que le premier a totalement disparu du panorama. Du coup, tout tension disparaît, on a juste une série de péripéties qui, de plus, se rassemblent beaucoup. Le long passage avec Niels Arelstrup n’a tout simplement aucun intérêt et pourrait être éliminé sans que le film ne change d’un iota. Il y a globalement un défaut de maîtrise dans ce scénario dont on aurait pu retirer une bonne demi-heure. De plus, certains dialogues frisent le hors-jeu, notamment dans la première partie du film. Quant aux bons sentiments… A la fois, si on en a peur, il ne faut pas aller voir un Spielberg…
Autre facteur de division, la vison que nous donne Cheval de Guerre de… la guerre justement. Venant du réalisateur de Il Faut Sauver le Soldat Ryan, c’est un peu étonnant. La vision de la violence est très édulcorée et la scène de combat entre deux tranchées n’arrive pas à la cheville de la scène du débarquement. Pourtant, l’horreur a bien du être comparable entre ces époques. Les raisons de ce choix sont sûrement multiples.
Déjà, Steven Spielberg a du avoir en tête qu’un tel sujet, le cheval, pas la guerre, pouvait séduire un public large et pas seulement adulte. Il ne fallait pas le rebuter par une violence trop omniprésente. Mais plus sûrement, ce film est un hommage à un cinéma désormais désuet. On est plus proche du Jour le plus Long que du Soldat Ryan. Il y a là un choix artistique délibéré, qui rappelle un peu la volonté d’un Tarantino de faire revivre des genres cinématographiques en voix d’extinction, en reprenant la plupart des codes de l’époque. Personnellement, je l’ai accepté. Après, c’est sûr que Steven fait tout ça sans le moindre sens du second degré, contrairement à Quentin. Mais bon, chacun son style.
Cheval de Guerre possède tout de même une qualité qui fait qu’il serait dommage de totalement bouder son plaisir. Il y a un grand réalisateur derrière la caméra et ça se voit. Peut-être un peu par intermittence pour le coup, mais ce film recèle quelques moments de grâce cinématographique qui porte la marque des plus grands. Le temps d’une chevauchée à travers les tranchées, sur une musique de John Williams, un vrai souffle épique se lève, porté par une photographie de toute beauté. Ca ne dure que trois minutes, mais trois minutes qui nous rappellent pourquoi Steven Spielberg fait partie des réalisateurs qui ont fait aimer passionnément le cinéma à des millions de gens. Certes, il en fait parfois un peu trop, comme ces derniers plans avec en fond un ciel improbable ou cette exécution vue à traver les pales d’un moulin, mais le 7ème art ne s’est jamais nourri de mesure et de retenu.
Niveau casting, le meilleur acteur de Cheval de Guerre reste de loin… le cheval. D’ailleurs, je trouve dommage qu’il n’est pas été crédité au générique… Je n’ai peut-être pas bien vu, mais il doit bien avoir un nom dans vraie vie et il n’est pas cité… Sinon, ce film nous fait rendre compte que tout le monde vieillit, y compris Emma Watson, qui joue désormais les mères de famille. Si les ans ont ajouté quelques rides, ils n’ont rien enlevé de son talent. Par contre, ce qui m’a vraiment gêne, c’est le fait d’avoir choisir des acteurs anglais, allemands et français pour jouer les différents personnages de différentes nationalités pour finalement les faire tous parler anglais, souvent avec un accent à couper au couteau… Ca renforce la faiblesse de certains passages, en y ajoutant un soupçon de ridicule.
Cheval de Guerre n’est définitivement pas un grand Spielberg. Mais certains passages nous prouvent qu’il ne lui manque qu’un scénario en béton armé pour nous proposer à nouveau un vrai chef d’œuvre inoubliable.
Fiche technique : Production : DreamWorksSKG, Reliance Entertainment, Amblin Enetrtainment, The Kennedy/Marshall Company, Touchstone Pictures Distribution : Walt Disney Studios Motion Pictures France Réalisation : Steven Spielberg Scénario : Lee Hall, Richard Curtis, d’après le roman de Michael Morpurgo Montage : Michael Kahn Photo : Janusz Kaminski Décors : Rick Carter Musique : John Williams Durée : 146 mn
Casting : Jeremy Irvine : Albert Narracott Peter Mullan : Ted Narracott Emily Watson : Rose Narracott Niels Arestrup : le grand père David Thewlis : Lyons Tom Hiddleston : Capitaine Nicholls Benedict Cumberbatch : Major Jamie Stewart Eddie Marsan : Sergent Fry
Avoir de l’ambition c’est bien et ça ne demande qu’un peu de volonté. Avoir les moyens de ses ambitions, c’est déjà plus difficile. On dit souvent qu’il a eu le mérite d’essayer, mais c’est généralement une manière polie de dire qu’il s’est planté. Glasvegas, dans leur album du même nom, nous propose une musique originale, un son qui se veut différent et d’une certaine envergure. Le résultat reste cependant mitigé.
Glasvegas est un groupe de rock originaire de Glasgow. Leur premier album, Glasvegas, est sorti en 2008, a connu un succès immédiat en Grande-Bretagne et en Suède… Il ne faut jamais chercher à comprendre la géographie des succès musicaux. C’est d’ailleurs uniquement au pays d’Ikea que leur second album, Euphoria Heartbreak, sorti en 2011, atteindra la première place des ventes. On peut aussi noter que c’est encore de ce même pays que vient leur nouveau batteur… Cependant, au temps de la sortie de Glasvegas, le groupe était composé de James Allan au chant, de Rab Allan à la guitare (le cousin du premier), de Paul Donoghue à la basse et Ryan Ross à la batterie.
La musique de Glasvegas se caractérise avant tout par un aspect assez symphonique. Et ceci ne tient pas qu’à l’utilisation ponctuelle du piano. En fait, on se situe un peu entre le S&M de Metallica et Muse dans ces plus grands moments… mais en beaucoup moins bien, soyons clairs. Ce n’est pas mauvais pour autant, ça a le mérite d’être relativement original, ou du moins de sonner différemment de la plupart des groupes de rock british que l’on entend à la radio. On peut vraiment leur reconnaître ce mérite qui donne tout son intérêt à cet album éponyme.
Cependant, Glasvegas souffre d’un gros défaut. Beaucoup de morceaux se ressemblent. En plus, les plages sont mixées. Du coup, on a parfois changé de titre s’en que l’on ne s’en aperçoive vraiment. L’album est assez court, du coup, on a un peu l’impression d’avoir entendu une seule et même chanson, avec tout de même quelques variations. C’est vraiment là la vraie limite de cet album qui du coup a un peu de mal à nous enthousiasmer. On écoute curieux au début, puis l’attention faiblit et on a du bien du mal à rester concentré. On peut toujours dire que cela constitue une bonne musique de fond, mais je doute que ça soit là l’ambition de départ de Glasvegas.
Du coup, difficile de ressortir un morceau plutôt qu’un autre de cet album. Je mettrai quand même en avant Polmont on My Mind, un titre au rythme plus lent, mais qui du coup permet de mieux apprécier le caractère symphonique de l’instrumentation. James Allan n’a pas non plus la voix du siècle, c’est du surtout les mélodies et leur interprétation qui font la différence. Lonesome Swan se démarque aussi, très légèrement, avec un style rock plus classique, même si on reconnaît toujours le son de Glasvegas. Ce morceau nous fait surtout regretter le manque de variation de leur musique. Car maîtrise artistique et technique est incontestable.
Glasvegas pourra plaire aux amateurs de rock aux sonorités quelque peu différentes. Dommage que le plaisir de la découverte soit quelque peu gâché par une certaine monotonie.
Pour finir, découvrons plus en détail les morceaux que l’on trouve sur Glasvegas.
1.: Flowers and Football Tops Un très long premier morceau qui nous met tout de suite dans le bain d’un rock très symphonique.
2.: Geraldine Un rock élégant et mélodique.
3.: It’s My Own Cheating Heart That Makes Me Cry Un chant très symphonique sur une instrumentation épurée dans un premier temps avant que la musique ne démarre vraiment.
4.: Lonesome Swan Un rock plus classique, même si le fond symphonique demeure.
5.: Go Square Go L’album commence sérieusement à tourner en rond.
6.: Polmont on My Mind Un rythme plus lent pour un joli morceau, même si on reste toujours dans la même veine.
7.: Daddy’s Gone Un titre aux accents plus pop, mais le son reste globalement le même.
8.: Stabbed Un morceau très sombre, sur un air de piano classique (que je n’arrive plus à resituer)
9.: S.A.D. Light Un morceau lancinant.
10.: Ice Cream Van Toujours aussi symphonique, mais à force ça tire sur le chiant…
La proposition de François Hollande de taxer les revenus supérieurs à 1 000 000 euros annuels a fait couler beaucoup d’encre. C’était d’ailleurs le but, avouons-le, mais c’est le jeu de la campagne. La droite dénonce une mesure démagogique, la gauche parle pudiquement de mesure symbolique. Il s’agit tout simplement d’une question hautement politique et il regrettable que ce terme prenne alors une connotation négative. Car cela signifie en fait tout simplement, qu’au-delà de son efficacité technique, cette proposition soulève tout un tas de débats de fond sur le modèle de société que l’on souhaite. Et il serait dommage de passer à côté.
Un des enseignements de cette mesure peut sembler le plus anecdotique, mais ne l’est pas tant que ça. Ceux qui ont eu l’occasion de débattre de la question autour d’eux ont eu l’occasion de s’apercevoir que beaucoup de contribuables ignorent totalement comment est calculé leur impôt sur le revenu. C’est quand même assez embêtant, alors que la fiscalité est un des grands thèmes de cette campagne électorale. Non, François Hollande ne veut pas taxer à 75% l’ensemble du salaire de ceux qui gagnent plus de 1 000 000 euros par an. Il veut taxer à 75% ce qui est gagné au-delà de 1 000 000 euros par an.
En fait, il y a deux niveaux dans le débat. Un aspect moral et un aspect technique. Le premier est évidemment sujet à d’infinies discussions puisque totalement subjectif. En fait, ce n’est pas tant les montants des très hautes rémunérations qui est choquante, mais leur croissance à deux chiffres chaque année, même en période de crise. L’économie va mal, mais pas les salaires des grands patrons. Du coup, il est difficile d’admettre le fameux « oui mais vous comprenez, cet argent, ils le méritent, ils ont de lourdes responsabilités, ils font marcher l’économie…».
Ce n’est peut-être qu’un point de vue personnel, mais pour moi, la notion de responsabilité fonctionne dans les deux sens ; quand ça va bien et quand ça va mal. Donc s’augmenter en temps de crise n’est vraiment pas la démonstration de responsabilités assumées. C’est seulement la preuve que ces niveaux de rémunération n’ont tout simplement aucune signification objective, aucune relation avec l’économie réelle, la compétence, le talent ou la réussite, mais simplement le résultat d’un pouvoir économique hors de tout contrôle et aux mains d’une oligarchie qui ne rend plus de comptes.
Reste l’argument du « oui mais les riches font marcher l’économie ». En voilà, une maxime de bon sens qui jusqu’à preuve du contraire… n’a jamais été prouvé par quoi que ce soit. Au contraire, les contre-exemples sont désespérément nombreux. Les pires dictatures où la misère règne en maître ne manquent jamais d’immenses fortunes. Et sans aller jusque là, l’impact négatif des inégalités salariales sur l’économie est assez simple à comprendre. En effet, elles ne tirent vers le haut aucun des deux moteurs de l’économie que sont l’investissement et la consommation.
Mais pourtant les riches consomment plus que les pauvres… C’est du bon sens, c’est mathématique… C’est vrai en valeur absolue, sauf que si on regarde la part des hauts revenus consacrée à la consommation, on voit qu’elle est bien inférieure à celle des ménages les plus modestes. On peut le voir sur ce graphique qui montre le poids de la TVA, et donc de la consommation, dans le budget des ménages. Et encore, cet indicateur minimise le phénomène puisque les produits de première nécessité, qui pèsent plus dans le budget des plus modestes, bénéficient d’une TVA très réduite. Quoiqu’il en soit, si vous avez 1 million d’euros à distribuer, vous stimulerez plus la consommation en donnant 1 000 euros à 1 000 bénéficiaires des minima sociaux, que 1 000 000 à un PDG.
Reste l’investissement… Parce que bon, le bénéficiaire des minima sociaux, il n’investit pas quand le riche fait travailler des dizaines, des milliers des salariés. C’est en partie vrai, mais il est bon de regarder d’où vient l’argent de ces supers riches. Je vais me permettre un petit moment de narcissisme et je vais m’auto-citer en reprenant ce que j’ai écrit dans un billet que j’ai écrit le 24 octobre 2010 : Sachez que depuis 2005 (c’est à dire avant et après la crise), le montant des dividendes distribuées aux actionnaires par les entreprises françaises a dépassé leur résultat comptable (sauf en 2007). C’est à dire que les entreprises s’endettent pour continuer à rémunérer leurs actionnaires. Cette situation est évidemment intenable à moyen terme. Mais le plus grave est que cela se traduit mécaniquement par un sous-investissement. Or, l’investissement, c’est le progrès, l’emploi, l’avenir… Je ne citais alors que la rémunération actionnaires, mais le salaires des patrons du CAC 40, particulièrement concernés par le taux à 75%, qui s’augmentent alors que l’économie stagne contribue elle aussi évidemment à ce sous-investissement.
Mais alors si les très haut revenus ne servent ni la consommation, ni l’investissement, ni la croissance, où va l’argent ? Il vient les inonder les marchés financiers et la spéculation, dont l’efficacité et l’apport à l’économie réelle est difficilement défendable depuis la dernière crise. On est là face à un système de vampirisation dont certaines rémunérations constituent un des aspects. Etre payé plusieurs millions d’euros par an, c’est être payé au-delà de la richesse que l’on contribue à créer. Ca ne s’appelle pas du vol, puisque c’est légal, mais l’outil fiscal est tout à fait dans son rôle s’il contribue à compenser cette injustice flagrante.
La nouvelle tranche d’imposition proposée par François Hollande n’est donc pas que moralement juste, elle est aussi économiquement rationnelle. Les seules limites qui n’existent pas sont celles que l’on refuse de poser. Les citoyens sont en droit de poser le principe d’une limite quant à la valeur que l’on peut donner au travail d’un homme, qui est forcément subjective, et non totalement rationnelle, comme voudrait faire croire les ayatollah du marché.
On a beaucoup parlé de la performance de l’extraordinaire Meryl Streep dans le très mauvais la Dame de Fer (enfin d’après ce que j’ai lu, je ne l’ai pas vu), récompensé par un Oscar visiblement mérité. Il est par contre fort regrettable que celle-ci ait éclipsé celle de Glenn Close dans Albert Nobbs, un très beau film qui est malheureusement sorti dans l’anonymat, lors d’une semaine très riche cinématographiquement.
Au XIXème siècle, Albert Nobbs est un majordome d’un hôtel de Dublin. Il est particulièrement discret, réservé, presque secret. Ceci pour une très bonne raison, il est en fait une femme qui se travestit pour travailler et survivre. Alors qu’elle semble condamnée à l’isolement, elle croise la route de Hubert, homme à tout faire, embauché pour des travaux de peinture et qui s’avère partager le même secret. Cette rencontre va la pousser à s’ouvrir et reprendre, un peu, confiance en elle.
Albert Nobbs est un film à la fois social et humain. Le premier aspect lui donne son intérêt, le second son émotion, formant un tout indivisible qui nous offre un résultat remarquable. L’histoire se focalise sur un personnage, son destin, son expérience si particulière, mais arrive par ce biais là à nous offrir un tableau très large de toute une société et de toute une époque. Cette richesse donne à ce film une dimension auquel son caractère assez sobre ne le destinait pas forcément.
Que le titre de ce film soit tout simplement le nom du personnage principal n’est évidemment pas un hasard. Il constitue avant tout le récit du destin de cette femme qui doit nier ce qu’elle est pour pouvoir survivre. Elle vit évidemment dans la crainte que son secret soit éventé, ce qui l’empêche de nouer de réelles relations avec autrui. D’ailleurs, le spectateur a un peu de mal à se connecter avec ce personnage si fermé. Puis, on suit le même chemin qu’elle et on apprend peu à peu à la connaître. A mesure qu’elle retrouve un peu d’assurance, on s’attache de plus en plus et on la soutient dans ses projets. Qu’on soit obliger d’apprendre à l’aimer ne diminue en rien l’affection qu’on lui porte, bien au contraire, il est d’autant plus solide et sincère.
Albert Nobbs nous propose également une large galerie de personnages qui constitue un vrai portrait de société. Certes, cela ressemble parfois à un catalogue d’archétypes, mais sans pour autant tomber dans le cliché. Et puis, si le film ne nous permettait pas de comprendre pourquoi cette société pouvait amener une femme à se travestir pour travailler, le propos aurait grandement perdu en intérêt et aurait eu une portée limitée. Le personnage d’Albert Nobbs n’est pas qu’un objet de curiosité, c’est avant tout le produit d’une lutte pour survivre, à une époque où la société n’aidait pas les plus faibles et où le basculement dans la misère était toujours irrémédiable.
Albert Nobbs est à la fois un film historique et universel. Car si le contexte sociétal est bien daté, les sentiments sont intemporels. Le temps passe, mais beaucoup de gens sont encore obligés de cacher ce qu’ils sont pour avoir droit à une chance de réussir. Le poids du regard des autres joue un rôle très important dans ce film d’une remarquable intelligence et d’une grande sensibilité. On ne peut qu’être touché par cette histoire subtile, parfois surprenante, qui arrive à créer une vraie tension narrative. Jamais le film ne sombre dans la facilité et ne devient cousu de fil blanc. Jusque dans les dernières minutes, on se demande où va nous mener l’intrigue.
Albert Nobbs permet surtout de mesure l’immense talent de Glenn Close. Cette grande dame du cinéma n’en est pas à son premier grand rôle, mais celui-ci occupera à n’en pas douter une place spéciale dans sa carrière. Elle y est absolument extraordinaire et si l’Oscar lui avait été accordé, cela aurait été tout autant mérité. Du coup, elle éclipse quelque peu le reste du casting, même si on retiendra la nouvelle très belle performance de Mia Wasiwoska (la Alice de Tim Burton) et Janet McTeer, remarquable pour une actrice qui avait pour l’instant essentiellement jouer des seconds rôles dans des séries.
Albert Nobbs est donc un des tous meilleurs films de ce premier trimestre cinématographique. On peut vraiment regretter la discrétion de sa sortie, alors que cette histoire terriblement émouvante pourra en séduire plus d’un.
Fiche technique : Production : Chrysalis Films, Mockingbird Pictures, Parallel Film prod., WestEnd Films Distribution : Chrysalis Films Réalisation : Rodrigo Garcia Scénario : Glenn Close, John Banville, Gabrielle Prekop, Istvan Szabo, d’après George Moore Montage : Steven Weisberg Photo : Michael McDonaough Décors : Patrizia von Brandenstein Musique : Brian Byrne Durée : 113 mn
Casting : Glenn Close : Albert Nobbs Mia Wasikowska : Helen Brendan Gleeson : Dr. Holloran Jonatha Rhys Meyers : Vicomte Yarrell Aaron Johnson : Joe Brenda Fricker : Polly Janet McTeer : Hubert Page
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