SECURITE RAPPROCHEE : Efficace et ryhtmé

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securiterapprocheeafficheParadoxalement, une bande-annonce qui ne donne pas envie peut se révéler finalement être une bonne bande-annonce. J’ai vu celle de Sécurité Rapprochée un très grand nombre de fois et jamais cela n’a fait naître chez moi la moindre envie, sans vraiment savoir pourquoi. Cependant, après avoir lu des critiques plutôt positives, je me suis quand même décidé à aller le voir. Et j’ai pu alors constater que la bande-annonce, contrairement à ce qu’on pouvait craindre, ne racontait qu’une toute petite partie d’un film qui se laisse finalement voir avec plaisir.

Matt Weston travaille pour la CIA mais n’a pas vraiment la carrière qu’il espérait. Il est basé au Cap, en Afrique du Sud, et chargé de garder une planque qui ne sert quasiment jamais. Ce n’est pas vraiment le poste qui lui permettra de se faire remarquer et d’obtenir sa mutation à Paris. Un jour, Tobin Frost, un ancien espion, considéré comme un traître, que l’agence recherchait depuis des années, est emmené dans la planque, sous bonne garde, après qu’il se soit rendu et avant son rapatriement pour les Etats-Unis. Mais très rapidement, la cachette est prise d’assaut et Matt Weston doit fuir avec le prisonnier dont il a désormais la charge.

Le scénario de Sécurité Rapprochée constitue à la fois la plus grande force et le plus grande faiblesse de ce film. En effet, ce dernier possède tout d’abord la qualité indéniable d’être particulièrement rythmé. C’est solide, percutant, bref on ne s’ennuie pas une seconde et on se laisse facilement prendre par l’intrigue. Le tout est vraiment tourné vers l’action et les à-côtés, comme les interrogations philosophiques sur la condition d’espion, restent assez limités pour ne pas alourdir le tout. Nous sommes donc là devant une œuvre terriblement efficace, qui atteint parfaitement son but, du moment que l’on n’attend pas trop de lui.

D’un autre côté, Sécurité Rapprochée est aussi un scénario extrêmement classique. L’histoire a comme des airs de déjà-vu. Le principe du face à face entre un agent inexpérimenté et un vieux baroudeur et celui de l’agent qui ne peut plus faire confiance, ni recevoir l’appui de ses collègues et de ses supérieurs, n’a rien de révolutionnaire, bien au contraire. De plus, ce qui sert de rebondissement final est quand même extrêmement prévisible. Cependant, comme déjà dit, on se laisse vraiment prendre par le rythme de l’action et on ne prend guère le temps de se focaliser sur ces légers défauts.

securiterapprocheeLa réalisation de Sécurité Rapprochée est plutôt soignée. Comme le scénario, elle est plutôt nerveuse et nous place au cœur de l’action. Cependant, jamais elle ne se transforme en bouilli type clip vidéo provoquant le décès de tous les épileptiques photosensibles de la salle. On avait remarqué le réalisateur, Daniel Espinosa, suédois, contrairement à ce que peut laisser penser son nom, avec Easy Money, film venu du Nord de l’Europe, contrairement à ce que peut laisser penser son titre. Le passage de l’autre côté de l’Atlantique est plutôt réussi et il s’est visiblement bien adapté à l’efficacité hollywoodienne. On peut peut-être simplement lui reprocher une photographie tirant un peu sur le sépia, qui faisait hyper novateur y a dix ans, mais qui tient désormais plus du tic que de la prouesse artistique.

Le casting est à l’image du film, c’est à dire avant tout efficace, mais de manière quelque peu idéal. En effet, Denzel Washington ne tient pas là le rôle de sa vie, mais s’en acquitte avec un grand professionnalisme, suffisant pour donner à son personnage un minimum de crédibilité. Par contre, Ryan Reynolds est définitivement un acteur relativement inexpressif et la plus-value qu’il apporte à Sécurité Rapprochée est somme toute limitée.

Sécurité Rapprochée est donc un film efficace à défaut d’être génial et vraiment innovant. Mais son rythme lui permet de faire oublier ses faiblesses et de faire totalement entrer le spectateur dans l’histoire.

Fiche technique :
Production : Intrepid pictures, Moonlighting films, Relativity Media, Stuber productions
Distribution : Universal Pictures International France
Réalisation : Daniel Espinosa
Scénario : David Guggenheim
Montage : Richard Pearson
Photo : Oliver Wood
Décors : Brigitte Broch
Musique : Ramin Djawadi
Costumes : Susan Matheson
Durée : 116 mn

Casting :
Denzel Washington : Tobin Frost
Ryan Reynolds : Matt Weston
Vera Farmiga : Catherine Linklater
Brendan Gleeson : David Barlow
Sam Shepard : Harlan Whitford
Ruben Blades : Carlos Villar
Nora Arnezeder : Ana Moreau

PARTIE TRAUMATIC (Blakc Kids) : Rock enrichi

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partietraumaticblackkidsBlack Kids est un groupe qui ne compte à son actif qu’un seul album, sorti en 2008 et intitulé Partie Traumatic. Du rock américain, un peu foufou, mais bourré d’énergie et d’un vrai talent musical. Bref, un vraiment petit moment de bonheur, qui pousse à se demander pourquoi tant de groupes infiniment plus médiocres sortent des albums tous les ans. Il n’y a décidément pas de justice dans ce bas monde.

Le groupe Black Kids est originaire de Jacksonville en Floride. Il est composé de cinq membres. Au chant, on retrouve Dawn Waltey et Ali Youngblood. Ce dernier est en fait une dernière, contrairement à ce que peut faire penser son prénom. Ce duo de voix, l’une masculine, l’autre féminine, donne à ce groupe une bonne partie de sa personnalité. Sinon, classiquement, le groupe compte un guitariste (Reggie Youngblood, le frère d’Ali), un bassiste (Owen Holmes) et un batteur (Kevin Snow).

Black Kids est avant tout un groupe de rock, mais il laisse entrer plein d’autres styles dans leur musique. Un peu de jazz, un peu de funk, de r’n’b et un zeste de pop et tout cela donne de savoureux mélanges. Si vous rajoutez un pincée d’énergie, de dynamisme et de conviction, vous pouvez imaginer le goût de Partie Traumatic. Aucune recette n’est totalement inédite, mais le tout se démarque d’une production rock où maîtrise et créativité ne sont pas toujours au rendez-vous. L’un ou l’autre, c’est fréquent. L’un et l’autre, c’est déjà beaucoup plus rare.

Partie Traumatic est un excellent album avant tout parce que Black Kids arrivent à nous transmettre le bonheur qu’ils ont du avoir à le composer. Cela ne ressemble pas à un produit formaté, sans âme et qui ressemble à une pâle imitation de vagues influences. Il y a un vrai enthousiasme dans leur musique. Mais ce qui fait la différence, c’est que tout cela s’accompagne d’une vraie maîtrise. Ce ne sont pas que des petits jeunes qui s’amusent comme des petits fous avec leur guitares, mais de vrais musiciens capables de nous livrer des arrangements de qualité et un minimum subtils.

La meilleure preuve réside dans l’utilisation qui est faite du duo de voix. Ils ne se répondent pas, ni chantent la même chose en même temps. La voix de Dawn domine et celle d’Ali est utilisée comme une sorte d’effet sonore, qui enrichit le simple schéma d’un chant qui se pose sur une musique. Les instruments, les deux voix, tout cela concoure à créer un son peut-être pas unique, mais qui se démarque tout du moins nettement de la masse. Cela confirme surtout le vrai travail de création qui a présidé à l’écriture de Partie Traumatic.

Enfin, cet album est appréciable par sa densité. Il est assez court, 10 titres seulement, mais aucun n’est à jeter. Partie Traumatic a le format d’un 33 tours, mais nous rappelle aussi que les minutes gagnées en passant aux CD ont souvent été consacrées à du remplissage sans grand intérêt. Au moins, Black Kids privilégie la qualité sur la quantité et cela ne fait que renforcer la très bonne impression que nous laisse cet album. On peut espérer que la carrière de ce groupe ne se limitera pas à ces dix titres, car cela serait vraiment dommage. Espérons donc que cet album fera des petits.

Partie Traumatic est donc tout simplement un très bon album, au rock assez enthousiasmant, riche de bien d’autres influences et démontrant une vraie maîtrise artistique.

Pour finir, regardons de plus près les titres de Partie Traumatic.

1.: Hit the Heartbrakes
Un rock mené par un duo de voix aussi dynamique que rafraîchissant.

2.: Partie Traumatic
Un rock très entraînant aux accents funk.

3.: Listen to Your Body Tonight
Toujours aussi punchy, mais avec un côté r’n’b.

4.: Hurricane Jane
Plus jazzy, plus épuré, mais toujours aussi bon.

5.: I’m Making Eyes at You
L’intro sonne comme un slow, avant une suite qui tire sur la new wave.

6.: I’ve Underestimated My Charms (Again)
Un titre avec un côté un peu rétro.

7.: I’m Not Gonna Teach Your Boyfriend How to Dance with You
Pop-rock qui reste rafraîchissante et enthousiasmante.

8.: Love Me Already
Un morceau tout en maîtrise, presque sexy.

9.: I Wanna Be Your Limousine
Encore beaucoup de dynamisme dans ce titre.

10.: Look at Me (When I Rock Wichoo)
Un morceau à l’image de l’album : très bon, un peu foufou, dynamique et rafraîchissant

CHRONICLE : Anti-héros

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chronicleafficheDepuis un peu plus de dix ans, les super-héros sont devenus des sujets à la mode au cinéma. Tous les héros de comics américains ont eu droit à leur adaptation, voire même déjà en plusieurs versions différentes (Hulk et bientôt Spiderman). Evidemment, le sujet a fini par inspiré des histoires en dehors de l’archétype du héros en costume qui sauve le monde. Après les super-héros sans super-pouvoirs dans Kickass, voilà les adolescents dotés de super-pouvoirs, mais qui n’ont rien de héros, avec Chronicle. Un film plutôt bien foutu, à défaut d’être génial.

Un soir de fête, trois étudiants tombent sur un phénomène mystérieux. Très vite, ils font découvrir qu’ils sont désormais dotés de pouvoirs télékinésiques. Ils semblent d’ailleurs devenir chaque jour un peu plus puissants. Mais l’un d’entre eux, Andrew, est un adolescent mal dans sa peau qui a de plus en plus de mal à gérer ces extraordinaires capacités. Au point d’en devenir dangereux ?

Bon qu’il se dénonce ! Qui ? Celui qui a réalisé la bande-annonce de Chronicle ! Parce que ceux qui, comme moi, l’ont vu 53 fois ont en fait vu 53 fois le film, aux cinq dernières minutes près. Ce n’est peut-être qu’un détail, qui n’enlève rien aux qualités intrinsèques de ce film, mais c’est le genre de choses qui m’énerve au plus haut point. Bon certes, il faut dire aussi que le scénario est quelque peu linéaire et ne réserve guère de véritables renversements de situation. C’est d’ailleurs là sa principale limite, qui en fait un film plaisant… mais limité justement.

En fait, Chronicle est un film avant tout sur l’adolescence. C’est juste le contexte qui est un peu original et qui rend le film nettement plus spectaculaire qu’un film intimiste. Et force est de constater que le propos, sans atteindre des sommets de profondeur (c’est une figure de style ça, non ?), est nettement mieux senti que bien des films sérieux qui tombent dans la caricature ou le n’importe quoi caractérisé. La tension est vraiment basée sur les rapports entre les personnages, les interrogations, le mal-être ou la jalousie propres à l’adolescence. Déjà que les jeunes gens de cet âge sont généralement des êtres malfaisants, alors imaginez avec des super-pouvoirs…

Par contre ceux qui iraient voir Chronicle uniquement pour voir un film spectaculaire et plein d’action, risquent fort de ressortir déçu. Seuls les dix dernières minutes nous proposent vraiment un déluge d’effets spéciaux et du grand spectacle. Et cela ne constitue pas forcément le meilleur moment de ce film, qui est visuellement moyen, comparé à ce que l’on peut réaliser aujourd’hui. Cependant, l’essentiel est une nouvelle fois ailleurs, principalement dans la longue glissade de ce jeune adolescent sous le regard impuissant de ses amis. Un sujet en fait universel et extrêmement classique.

chronicleGlobalement, si Chronicle fonctionne, c’est parce que le film est rythmé, focalisé sur son sujet et ne se perd ni dans des considérations ésotériques, ni dans des scènes spectaculaires mais qui ne feraient pas avancer l’intrigue ou les personnages. Le film dure un peu moins d’une heure et demi et c’est suffisant. Comme je l’ai dit, le sujet et le film sont limités, mais cette limite est assumée et Josh Tank ne cherche jamais à les masquer artificiellement.

Le casting nous offre trois acteurs adolescents faisant leur job proprement, mais on ne décèle chez aucun d’eux une vraie graine de stars. Mais bon depuis qu’un certain Jean D. est passé de Brice de Nice aux Oscars, on ne peut plus jurer de rien. Dane DeHaan arrive tout de même à donner assez de crédibilité à son fondage de plombs pour que l’on y croit. Il ne faudrait donc pas lui retirer tout mérite quant à la réussite que constitue Chronicle.

Chronicle est donc un film globalement très réussi, même si aucun élément n’est génial ou révolutionnaire. Mais le tout est rythmé, tient de bout et au final emporte l’adhésion du spectateur.

Fiche technique :
Production : Film Afrika Worldwide, Adam Schoreder productions, Davis Entertainment
Distribution : 20th Century Fox France
Réalisation : Josh Tank
Scénario : Josh Tank, Max Landis
Montage : Elliot Greenberg
Photo : Matthew Jensen
Décors : Stephen Altman
Costumes : Dianna Cilliers
Durée : 84 mn

Casting :
Dane DeHaan : Andrew Detmer
Alex Russell : Matt Garetty
Michael B. Jordan : Steve Montgomery
Michael Kelly : Rochard Detmer
Ashley Jinshaw : Casey Letter
Bo Petersen : Karen Detmer
Anna Wood : Monica

AGRICULTURE : SMALL IS NOT ALWAYS BEAUTIFUL

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siaSalon oblige, voici que tous les candidats aux prochaines élections présidentielles ne parlent plus que d’agriculture. Ah bah voilà un sujet que j’ai la prétention de connaître, puisque c’est un peu le domaine dans lequel je travaille. Pour preuve, j’ai toujours des bottes dans le coffre de ma voiture, parce que parfois, la terre, ça colle. Cela fait dire aussi beaucoup de conneries.

S’il y a bien une chose que m’ont apportée mes études d’ingénieur agronome, c’est bien la prise de conscience que les médias relayent un certain nombre d’inepties, trouvant échos dans l’opinion. Ou alors, c’est le contraire, je ne sais pas trop. Ce qui m’inquiète vraiment, c’est qu’il n’y a pas de raison que ce phénomène soit uniquement limité à l’agriculture, ce qui me fait sérieusement douter de la fiabilité des informations que l’on peut trouver et surtout de mes propres croyances. Mais ceci est un autre débat.

Revenons à nos vaches, cochons, couvées. En tant qu’expert dans le domaine de l’agriculture (enfin paraît-il, si j’en crois certaines invitations professionnelles), je dois avouer qu’aucun des candidats n’a apporté le moindre début d’une analyse précise et pertinente, ou même d’une simple réelle connaissance du sujet. En tout cas, rien qui soit à la mesure de la complexité des questions agricoles, qui ne peuvent se régler avec deux trois idées qui flottent dans l’air du temps. Cela illustre aussi à quel point on peut faire passer une contre-vérité pour du simple bon sens.

Je ne prendrai qu’un seul exemple : le culte que semble vouer les élus pour les « petites exploitations ». Bah oui, parce que les « gros », c’est rien que des méchants qui s’enrichissent sur le dos du système et qui ne font rien qu’à polluer. Ils sont le symbole d’une agriculture productiviste, peu soucieuse de la nature, du goût et de la santé du consommateur, mais uniquement du profit. Alors que le paysan à la surface modeste traite la terre avec respect, vous vend des produits sains et défend des valeurs autrement plus respectables que l’argent.

Evidemment, tout cela est totalement caricatural. Pire, cela est souvent complètement faux. Pour le premier reproche, c’est à dire l’enrichissement par le système, si le raccourci est facile, il y a un fond de vérité. Voilà un domaine, le contrôle des structures, dont j’ai été un acteur, et il est incontestable que la Politique Agricole Commune, malgré quelques évolutions, apportent une rente de situation qui profite à ceux qui gagnent déjà très bien leur vie, à qui ont donne ainsi encore plus de facilité pour s’agrandir et accroitre leur patrimoine et leurs revenus.

Par contre, il est absolument faux de penser qu’il est logique qu’un petit agriculteur va polluer moins qu’un gros. C’est même exactement l’inverse. Si vous ne cultivez que 100 hectares, vous devrez, pour avoir un revenu convenable, tirer le maximum de profit de la moindre parcelle de terre et vous serez condamné à une agriculture la plus intensive possible. Mais le bio alors ? Effectivement, le bio rompt avec cette logique… en vous proposant des produits plus chers. J’y reviendrai.

Par contre, si vous exploitez 300 hectares, vous aurez énormément plus de latitude dans vos choix économiques et techniques. Les économies d’échelle pourront constituer des leviers puissants qui vous autoriseront à opter pour une agriculture plus extensive, c’est à dire moins polluante. Je pourrais rentrer dans de longues explications techniques, mais il faut simplement garder à l’esprit, que plus le tracteur est gros, moins il pollue. Ca paraît contre-intuitif, mais c’est en fait logique. Un tracteur plus puissant vous permettra avec le même litre de gasoil de cultiver une surface plus importante et donc de faire pousser une quantité plus importante de blé. Au final, le grain de blé qui a poussé chez l’agriculteur à 300 hectares aura généré moins de pollution et de pression sur les écosystèmes que celui qui pousse chez l’agriculteur à 100 hectares.

Comme je l’ai dit, reste le cas de l’agriculture biologique. On le sait, se situer dans cette logique augmente les coûts de production. C’est d’ailleurs tout à fait logique. En effet, l’agriculteur biologique augmente la quantité de main d’œuvre à l’hectare et nécessite le plus souvent un matériel spécifique qui est plus cher que le matériel classique. L’agriculture biologique demande donc des investissements plus importants. Et d’ailleurs, toute amélioration des techniques culturales pour les rendre plus écologiquement efficientes demandent des investissements parfois très lourds. Mais qui possède le plus de moyens d’investir, l’agriculteur à 100 hectares qui se démène déjà pour dégager un maigre revenu ou celui à 300 hectares qui dégagent lui de confortables marges ?

Mais voilà, la réponse à cette question complexifie considérablement les problèmes agricoles. Car il existe bien d’autres raisons valables de promouvoir une agriculture de petites exploitations : l’emploi, le lien social avec la population locale, le dynamisme des zones rurales profondes… Mais pour ce qui est de la pollution, c’est le modèle à grosses exploitations qui est le plus efficace pour à la fois diminuer l’impact de l’agriculture sur l’environnement et proposer des produits de qualité à des prix accessibles pour les classes sociales le plus modestes. Vouloir à la fois de l’agriculture biologique et des petites exploitations, la condamne à rester cher et limite donc sa diffusion et son développement. C’est emmerdant, mais c’est comme ça. Et ça ne sert à rien de tomber dans le déni de réalité généralisé en cours actuellement dans les discours de beaucoup d’acteurs politiques ou de la société civile.

Je n’ai aucunement l’intention ici d’affirmer qu’il faut promouvoir une agriculture qui ne compterait plus que des exploitants cultivant des surfaces toujours plus importantes. Simplement, les arbitrages doivent être rendus en ne se voilant pas la face, sinon les politiques qui en sortiront engloutiront des sommes colossales pour n’atteindre au final que très partiellement les objectifs initiaux. Mon expérience professionnelle me montre chaque jour que c’est malheureusement exactement ce qui est en train de se passer.

Et les débats actuels tendent à me faire penser que ce n’est pas prêt de changer. En attendant, il y a de quoi être inquiet pour l’environnement. Et sûrement dans bien d’autres domaines auxquels je ne connais rien…

AU PAYS DU SANG ET DU MIEL : Loin d’Hollywood, si près de nous

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aupaysdusangetdumielafficheAngelina Jolie a un parcours des plus étonnants. Icône glamour d’Hollywood, elle enchaîne les navets avec quelques grands rôles parfois difficiles (l’Echange ou Un Cœur Invaincu notamment). Elle est à la fois connue pour son histoire d’amour avec Brad Pitt et ses engagements humanitaires, pour lesquels elle ne fait pas que de la figuration (ambassadrice du Haut Commissariat aux Réfugiés de l’ONU). Pour son premier film de l’autre côté de la caméra, elle a effectué un choix étonnant et passablement risqué. Un film, Au Pays du Sang et du Miel, sur un sujet difficile, la guerre en Bosnie, tourné sur place avec des acteurs locaux dans la langue du pays. Un véritable défi, relevé avec un talent non exempt de maladresses.

Ajla et Danijel sont deux jeunes gens qui auraient pu commencer une histoire d’amour comme il en existe tant. Mais ce soir là, un attentat ravage le dancing où ils se trouvent. Très vite, une guerre civile ravage la Bosnie et les transforme en ennemis. Ils se retrouvent quelques mois plus tard dans un camps militaire où elle est gardée comme esclave. Mais de tels sentiments peuvent-ils perdurer au milieu d’un telle barbarie ?

Au Pays du Sang et du Miel est un film témoignage, bien plus qu’un film politique à thèse. Bien sûr, il y a des méchants, les Serbes, et des victimes, les musulmans bosniaques. Mais le film ne juge pas, il relate. Son plus grand défaut est même de tourner quelque peu au catalogue. Toutes les formes d’exactions doivent être montrées, étirant ainsi l’intrigue sur plus de deux heures, la faisant souvent tourner en rond, au point d’en devenir répétitive. La prise de recul est minimale, il n’y a pas d’explications, à part quelques discours nationalistes de la part du général serbe, et Angelina Jolie ne cherche pas à remettre les choses dans leur contexte. Le film ne s’attarde même pas vraiment sur la passivité de l’Occident, même si elle est tout de même évoquée. Mais reste la barbarie, que l’on sait réelle, mais dont on prend conscience ici de manière très directe.

Au Pays du Sang et du Miel reste avant tout l’histoire de Ajla et Danijel. Une histoire d’amour au milieu de l’horreur, voilà un sujet bien casse-gueule, où les bons sentiments peuvent facilement rendre ridicule le reste du propos, aussi honorable soit-il. Angelina Jolie a presque réussi à éviter tous les pièges qui se dressaient devant elle. La relation ambiguë entre un bourreau et sa victime ne constitue pas non plus un sujet nouveau. Il est traité ici avec beaucoup d’intelligence, sans lourdeur et si le dénouement est au fond le seul possible, il s’en dégage tout de même l’émotion d’une grande histoire. On ne ressort pas tout à fait indemne de ce film.

aupaysdusangetdumielOn sent bien qu’Angelina Jolie a mis beaucoup d’elle dans ce film. Dénoncer tout ce qu’on veut, bien au chaud à Hollywood est à la portée de la première star venue. Mais le risque artistique est ici trop réel pour que la démarche ne soit pas d’une totale sincérité. On ne réalise pas un film en bosniaque de plus de deux heures, aussi dur, pour se faire mousser. Surtout que sa réalisation reste d’une sobriété remarquable, entièrement au service de son sujet. Certes, le point de vue reste romanesque, avec toutes les limites que cela suppose, mais Au Pays du Sang et du Miel reste une fiction, pas un documentaire.

Le casting est donc composé entièrement d’acteurs locaux, presque tous entièrement inconnus. Seul Rade Serbedzija est un visage connu d’Hollywood, puisqu’on l’a vu dans des seconds rôles dans Eyes Wide Shut, Mission Impossible II, Snatch, Harry Potter ou X-Men le Commencement. Les deux personnages principaux sont interprétés pas deux très beaux acteurs. On savait grâce à Emir Kusturica que la région n’en manquait pas. On pourra donc ajouter Zana Marjanovic et Groan Kostic à la liste.

Au Pays du Sang et du Miel n’est donc vraiment pas ce qu’on attendait d’une actrice comme Angelina Jolie. Mais c’est l’être humain qui s’est investi dans cette œuvre poignante et convaincante, malgré un caractère romanesque parfois maladroit.

Fiche technique :
Production : GK Films
Distribution : Metropolitan FilmExport
Réalisation : Angelina Jolie
Scénario : Angelina Jolie
Montage : Patricia Rommel
Photo : Dean Semler
Décors : Jon Hutman
Musique : Gabriel Yared
Durée : 127 mn

Casting :
Rade Serbedzjia : Nebojsa
Zana Marjanovic : Ajla
Goran Kostic : Danijel
Nikola Djuricko : Darko
Branko Djuric : Aleksandar
Dzana Pinjo : Nadja

UNE JOURNEE PAS COMME LES AUTRES

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hoaraupsgLe suspense continue… et le championnat de France s’annonce plus passionnant que jamais. Et quelque soit le résultat final, cette 25ème journée restera un moment décisif de la compétition. Si c’est Montpellier qui est finalement sacré, elle aura marqué sa prise de pouvoir. Dans tous les cas, personne n’aurait parié sur une place de leader pour le club de Loulou Nicollin à l’orée du printemps. Pourtant, elle ne doit rien au hasard et est amplement méritée, à tel point qu’un triomphe final ne semble plus tenir du fantasme. Des individualités, de la qualité de jeu, de la confiance et de la réussite. Bref, un vrai profil de champion.

Si le favori parisien l’emporte à la fin, on se souviendra longtemps de cet incroyable match contre Lyon. Mené 3-1, puis 4-2, il a su arracher à la dernière seconde le point du match nul qui lui fait certes perdre sa place de leader, mais qui ressemble à une victoire au vu du scénario du match. Mais c’est surtout le niveau de jeu affiché ce soir qui a rassuré. Le match fut de toute beauté et si on peut toujours considérer que ce sont les défenses qui ont failli, le PSG a su se créer des occasions comme rarement cette saison. Il a aussi marqué le retour en grande forme de Javier Pastore et surtout Guillaume Hoarau, auteur d’un doublé. Si ces deux joueurs restent à ce niveau, on voit mal ce qui pourrait arrêter le rouleau compresseur parisien.

Et si un troisième larron finit par l’emporter, cette 25ème journée aura tout simplement été celle où tout a semblé perdu. Car il apparaît de plus en plus improbable que le duo Paris-Montpellier soit inquiété. Lille n’est pas très loin, mais il n’a jamais affiché cette saison un niveau de jeu comparable à ces deux équipes. Mais tout peut aller très vite en football.

En tout cas, le 4-4 entre Paris et Lyon a démontré que le championnat de France pouvait lui aussi proposer des match splendides au scénario improbable. Alors, que le meilleur gagne le titre et que le spectacle continue d’être beau !

HISTRIONICS (Scenario Rock) : Pop-rock de Meaux

histrionicsscenariorock

histrionicsscenariorockOh non, encore un groupe pop-rock venu d’Angleterre… Du moins, c’est ce qu’on pourrait penser en écoutant Histrionics du groupe Scenario Rock. Et bien pas du tout, car ce groupe assez méconnu est bien de chez nous ! De Meaux même pour être précis ! 7-7 power ! Bon je m’égare car il faut bien avouer qu’en dehors de la nationalité du groupe, cet album n’est guère original et ne révolutionne pas le genre. Mais cela ne signifie en rien qu’il ne s’écoute pas avec plaisir.

Bon il n’est pas évident de trouver des informations sur ce groupe qui n’a pas de page Wikipedia. Ils possèdent par contre une page Myspace où l’on peut écouter pas mal de leur morceau. Le groupe est formé de deux anciens du groupe Heb Frueman, qui était, paraît-il, un groupe hardcore des années 90. Ces jeunes gens, Mehdi Pinson et Ludovic Perrault, ont sorti leur premier album, Endless Season en 2005. Une musique expérimentale mélangeant rock, funk, hip-hop et new wave. Leur deuxième album, objet de la présente critique, sorti en 2008 est lui beaucoup plus classique.

On sent bien à l’écoute de Histrionics que la musique de Scenario Rock est née de multiples influences. En effet, si on doit accorder une grande qualité à cet album, c’est la diversité des titres. Certes, elle s’étiole un peu au fur et à mesure, mais on peut que saluer un vrai travail de recherches dans les sonorités. Le son pur pop-rock prend le dessus dans la seconde moitié, mais les cinq premières plages sont elles très différentes.

Mais à côté de cet effort de créativité, le groupe pêche un peu par manque de maîtrise. Les idées sont là, mais ne sont pas toujours pleinement exploitées. Si j’en crois ce que j’ai lu, le premier album donnait vraiment l’impression d’une musique qui partait dans tous les sens. Histrionics est sûrement nettement plus carré, mais on sent quand même poindre ce même défaut. Du coup, le groupe n’arrive jamais à se lâcher totalement et on a parfois envie de leur dire : c’est pas mal, retravaillez un peu le morceau et ça sera parfait.

On ne sait donc pas trop quels sont les titres que l’on préfère sur Histrionics. On hésite entre les moments inattendus, mais imparfaits, et les titres beaucoup plus maîtrisés, mais qui sont pour le coup très classiques. Ce contraste est vraiment marqué si on considère les titres the Gypsy Walk et Son of a Morrocan. Peut-être les deux meilleurs morceaux de l’album et qui illustrent chacun les deux facettes de Scénario Rock. Dommage que jamais les deux qualités n’arrivent à se rejoindre sur un seul et même titre.

Cependant, ce qui fait définitivement d’Histrionics un bon moment de plaisir musical, c’est que jamais Scenario Rock ne se prend trop au sérieux. Mêmes les derniers titres, pourtant beaucoup plus classiques, donnent l’impression d’un certain sens du second degré. Quelques passages semblent prêts à partir dans un vrai délire, mais là encore, on sent que Scenario Rock n’ose pas pleinement lâcher les chevaux. Cependant, il se dégage de leur musique une vraie joie communicative et c’est très appréciable. Trop de groupes médiocres se prennent pour des stars. Celui là a du talent, mais il n’essaye pas de s’inventer du génie.

Au final, Histrionics vaut bien des productions pop-rock qui ont des destinées mondiales. Comme quoi le succès ne tient pas à grand chose, car malgré bien des imperfections, cet album se laisse écouter avec un vrai plaisir.

Pour finir, passons en revue les titres de cet album.

1.: Both Gotta Move On
Un titre qui débute par un air de piano puis ça swingue !

2.: Club Cred
Un rock qui cherche un peu son style. Pas désagréable, mais quelque peu transparent.

3.: Glances & Smiles
Un rock énergique et enthousiaste, à défaut d’être totalement maîtrisé.

4.: Histrionics
Un morceau de plus de 10 minutes qui sonne comme un classique rock des années 70.

5.: The Gypsy Walk
Un mélange de sonorités et de rythmes. Cocktail un peu brouillon, mais qui reste très digeste.

6.: Perfect Love Antidote
Un titre pop-rock, qui sonne très british, mais au ton assez délirant.

7.: Son of a Morrocan
Un titre plus maîtrisé et pas mal du tout.

8.: War Wound
Un morceau au rythme plus martelé, mais qui respire le second degré.

9.: No Fuss !
Un pop maîtrisée. Bien mais sans génie.

10.: Exotic Break
Une pop un peu plus sucrée.

11.: Mirage
Une pop évaporée qui n’apporte pas grand chose

DOS AU MUR : Divertissant à défaut d’inspiration

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dosaumurafficheComme je ne sais absolument pas comment commencer cette critique, et bien je vais la commencer en vous racontant que je ne sais absolument pas comment commencer cette critique. Je ne sais pas si c’est un bon début, mais je n’ai pas trouvé mieux. Alors évidemment, ce n’est pas très bon signe de manquer à tel point d’inspiration pour vous parler d’un film, Dos au Mur en l’occurence. Pourtant, il fait passer un bon moment, à défaut d’être génial ou de réinventer quoique ce soit.

La foule se presse au cœur de Manhattan. Depuis quelques minutes, un homme se tient sur la corniche d’un grand hôtel de New-York, prêt à sauter. Une tentative de suicide qui va très vite monopoliser l’attention des badauds, des médias et de la police. Mais l’inspectrice qui négocie avec lui va rapidement avoir des doutes sur ses réelles motivations.

Le synopsis que je viens de vous livrer en dit beaucoup moins long que la très mauvais bande-annonce qui a fait la promotion Dos au Mur. Certes, le scénario reste globalement très linéaire et offre très vite au spectateur beaucoup d’éléments qui lui font comprendre le véritable fond de l’histoire. Mais tout de même, il est dommage, pour un film basé presque uniquement sur le principe « les choses ne sont pas ce qu’elles sont en apparence », de trop en dire puisque cela tue un peu tout intérêt.

Dos au Mur est en fait un film de « casse » très classique. Ce n’est pas tant sur le dénouement qu’il y a un suspense, mais sur le comment vont-ils y arriver. De ce point de vue, le film est assez bien mené, même si on a déjà vu mille fois mieux. Le film nous offre un dernier tiers beaucoup plus tourné vers l’action, encore une fois bien foutu, sans être la séquence la plus spectaculaire de l’année. Globalement, nous sommes là devant un pur divertissement, qui peut faire passer un vrai bon moment si on arrive à rentrer dans l’histoire, en oubliant limites et imperfections.

Paradoxalement, ce qui fait la plus grande force de Dos au Mur fait aussi sa faiblesse. En fait, le scénario déroule son idée de base, assez bonne au demeurant, et ne cherche pas constamment à nous entraîner dans de fausses pistes et surtout sans chercher à entretenir un faux suspense qui aurait ressemblé à de grosses ficelles bien trop visibles. Mais du coup, on peut reprocher au film un sérieux manque d’ambition. Cependant, il vaut absolument mieux qu’il se soit contenter de faire bien, sans chercher à faire mieux, au risque probable d’en devenir mauvais.

dosaumurLa réalisation de Asger Leth est à l’image du film. Professionnelle, efficace, mais sans prise de risque, ni imagination débridée. On aurait pu attendre mieux d’un ancien 1er assistant de Lars Van Trier. Là encore, le manque d’ambition est patent, mais d’un autre côté, il fait de Dos au Mur un film qui a au moins le mérite d’atteindre son but premier, sans se disperser.

Dos au Mur nous propose un casting lui aussi très professionnel. Le trio Sam Worthington, Elizabeth Banks et Jamie Bell s’acquitte de sa tâche sans zèle, mais avec le minimum de crédibilité. Ils ont quand même l’air de prendre un minimum de plaisir à jouer, un plaisir assez communicatif. Ed Harris est lui d’une autre trempe, mais son rôle de « méchant » est un peu trop caricatural et trop peu présent pour que son talent face à la différence. Enfin, un mot enfin sur la révélation de ce film : Genesis Rodriguez. Bon, soyons honnête, ce n’est pas vraiment une révélation artistique, mais plutôt esthétique. Les quelques secondes où on la voit en sous-vêtements pourraient presque justifier à elles-seules la vision de ce film. Quel corps, mama mia !

Dos au Mur fera sûrement partie de ces films qu’on aura déjà oublié quand on repensera à l’année cinématographique 2012, mais qu’on prendra éventuellement plaisir à voir, ou même revoir, un soir d’ennui devant sa télé.
Fiche technique :
Réalisation : Asger Leth
Scénario : Pablo F. Fenjves, Chris Gorak, Erich Hoeber et Jon Hoeber
Décors : Alec Hammond
Costumes : Susan Lyall
Photographie : Paul Cameron
Casting : Deborah Aquila, Ross Meyerson et Tricia Wood
Montage : Kevin Stitt
Musique : Henry Jackman
Production : Mark Vahradian et Lorenzo di Bonaventura
Durée : 102 minutes
 
Casting :
Sam Worthington : Nick Cassidy
Elizabeth Banks : Lydia Mercer
Jamie Bell : Joey Cassidy
Anthony Mackie : Mike Ackerman
Génesis Rodríguez : Angie
Ed Harris : David Englander
Kyra Sedgwick : Suzie Morales
Edward Burns : Jack Dougherty
Titus Welliver : Nathan Marcus
Geoffrey Cantor : Gordon Evans
J. Smith-Cameron : la psychiatre
William Sadler : le groom

LA VERITE SI JE MENS 3 : Plus deuxième division que champion du monde

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laveritesijemens3afficheVu que le premier était très bon et le deuxième encore meilleur, il était logique qu’il y en ait un troisième. La Vérité Si Je Mens n’échappe pas à la règle et revient pour un nouveau petit tour en compagnie de nos amis « chaaaaaaaaaaaampions du monde ! ». Mais bon, comme on pouvait s’y attendre, même si les retrouvailles font plaisir, c’est un petit coup de mou qui est au rendez-vous.

Les ex-rois du Sentiers, désormais expatriés à Aubervilliers font face à une nouvelle concurrence : celle des Chinois. Alors le jour où ils sont victimes d’un coup tordu, ils accusent immédiatement le plus puissant de la communauté asiatique et lui annoncent qu’ils seront prêts à se battre. Mais ils ne pourront guère compter sur l’aide de Patrick, englué dans un contrôle fiscal. Et évidemment pas sur celle de Serge qui gère désormais les affaires de son beau-père à sa manière. C’est à dire en les conduisant tout droit à la catastrophe.

Allez, ne boudons pas notre plaisir, ceux qui ont aimé les deux épisodes précédents auront plaisir à retrouver toute cette petite bande dans la Vérité Si Je Mens 3. Les codes sont les mêmes, les personnages n’ont pas changé, bref, on retrouve tout le charme qui a fait leur succès. Mais bon, l’amour s’étiole toujours un peu avec le temps, c’est bien connu, à moins de toujours redoubler d’imagination et au prix d’un éternel renouvellement. Dans ce domaine, Thomas Gilou a été frileux. Très frileux. Trop frileux ?

En effet, le scénario de la Vérité Si Je Mens 3 souffre de deux gros défauts. Déjà et sans rien dévoiler des rebondissements qui le ponctuent, la mécanique mise en œuvre ressemble comme deux gouttes d’eau à celle du deuxième épisode. Du coup, on est guère surpris et on se doute immédiatement de comment tout cela va finir. Il y a peut-être un petit suspense sur le comment, mais sur le gros du déroulé des évènements, c’est copie conforme. Du coup, l’incontestable atout du deuxième épisode devient ici un air de déjà-vue qui gâche un peu le plaisir.

Ensuite, la Vérité Si Je Mens 3 manque parfois cruellement de rythme. Le film dure deux heures, c’est une demi-heure de trop pour une comédie. Les dix dernières minutes notamment sont absolument interminables, rappelant un peu les multiples dénouements du Seigneur des Anneaux… sauf que ce dernier intervenait après 9h de film. Cela confirme l’impression générale d’un manque de courage chez Thomas Gilou, qui semble n’avoir osé rien couper de peur de supprimer un passage amusant ou de raccourcir le rôle d’un de ses acteurs vedettes. Mais cela se fait au prix d’une dilution qui sans jamais vraiment nous conduire à l’ennui ne permet jamais au film de devenir réellement enthousiasmant.

laveritesijemens3Restent néanmoins quelques passages vraiment drôles, faisant de la Vérité Si Je Mens 3 un divertissement passable pour soir de pluie. Les éléments du scénarios sont plus ou moins bien réussis. Le meilleur reste l’histoire d’amour entre Patrick et sa contrôleuse fiscale. A l’inverse, les relations entre Serge et son beau-père n’apportent vraiment rien et n’arrachent guère qu’un sourire circonspect. Sans parler d’épisode de trop, ce film fait rentrer la saga dans le rang et une quatrième volet pourrait facilement la faire basculer du côté obscur du navet.

La bande d’acteurs est toujours la même, à part Vincent Elbaz qui reprend son rôle du premier volet, abandonné à Gad Elmaleh dans le deuxième. La Vérité Si Je Mens repose quand même largement sur le duo Gilbert Melki et José Garcia qui apporte le plus d’impact comique. Les autres s’acquittent de leur rôle avec talent, à défaut de génie.

La Vérité Si Je Mens 3 est donc très loin de constituer une totale réussite. Il ne fait pas passer un moment désagréable, mais un manque de rythme en fait une comédie de seconde zone.

Fiche technique :
Production : Les films Manuel Munz, Vertigo productions, La vérité productions, Télégraphe
Distribution : Mars distribution
Réalisation : Thomas Gilou
Scénario : Michel Munz, Gérard Bitton
Montage : Catherine Renault
Photo : Robert Alazraki
Décors : Jacques Rouxel
Musique : Hervé Rakotofiringa
Costumes : Catherine Bouchard
Durée : 119 mn

Casting :
Richard Anconina : Eddie
José Garcia : Serge
Bruno Solo : Yvan
Vincent Elbaz : Dov
Gilbert Melki : Patrick
Aure Atika : Karine
Amira Casar : Sandra
Léa Drucker : Muriel Salomon
Elisa Tovati : Chochona

SUGAR MOUTAIN – LIVE AT CANTERBURY HALL (Neil Young) : Pas la meilleure porte d’entrée pour découvrir Neil Young

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sugarmoutainneilyoungNeil Young est un immense artiste, prestigieux et mondialement connu. On peut souvent entendre d’un jeune artiste qu’il est le nouveau Neil Young ou que son style fait penser à celui de Neil Young. Mais au fond, est-ce que j’avais la moindre idée de ce que pouvait chanter Neil Young ? En fait, aucune. C’est pourquoi, j’ai voulu remédier à mon ignorance en écoutant Sugar Moutain – Live at Canterbury House.

Neil Young est un chanteur canadien, né en 1945, dont l’apogée de la carrière se situe dans les années 70. Il est connu pour ses ballades entre folk et country, mais aussi pour ses morceaux plus musclés, qui préfigurent le hard rock et le grunge. Il a signé 36 albums studio entre 1968 et aujourd’hui. Il a également joué dans plusieurs films et en a même réalisé trois.

Sugar Moutain – Live at Canterbury House est un enregistrement live de 1968, mais qui n’est sorti en CD il y a quelques années seulement, en même temps qu’un certain nombre d’autres inédits. Je dois avouer que ce n’était peut-être pas vraiment la meilleure porte d’entrée pour découvrir son œuvre, car on sent bien ici qu’on est face à un CD qui ravira surtout les fans et les collectionneurs. On y trouve 23 plages, mais en fait seulement 13 titres, le reste étant de courts intermèdes parlés. On peut se dire que c’est faire du remplissage pour pas grand chose, mais à la fois, isoler le blabla sur des plages permet de les éliminer si vous encodez sur votre ordinateur.

Même si Sugar Moutain – Live at Canterbury Hall fait un peu gadget, le talent est là. Peut-être pas encore tout à fait mature, car nous sommes là tout au début d’une carrière qui s’étend sur près de 45 ans et qui dure encore. Si Neil Young est connu pour avoir exploré des univers musicaux assez divers et d’avoir même souvent innové, il faut bien avouer que les titres de cet album sont tous dans le même style. On a ici 13 ballades folk plus ou moins mélancoliques, plus ou moins chargées d’émotion, mais toujours sur le même registre.

Neil Young se caractérise par une voix assez haut perchée, dont il se sert à merveille pour donner de la personnalité à ses interprétations. S’il ne joue pas trop sur le rythme, il varie beaucoup sa puissance vocale. Certains titres sont murmurés, d’autres chantés avec une voix plus claire. Mais il arrive toujours à vraiment créer un lien avec son auditeur. Bien sûr, le fait que l’on soit face à un enregistrement live contribue à cette impression, mais on sent qu’il y a une vraie maîtrise artistique chez Neil Young. Il ne se contente pas de nous livrer des titres connus par cœur et interprétés par habitude. Il vit vraiment sa musique et cela se sent.

Sugar Moutain – Live at Canterbury Hall est donc un peu frustrant pour ceux qui, comme moi, ne sont pas du tout familiers avec l’œuvre et de Neil Young. Mais il aura au moins le mérite de titiller ma curiosité. Car des titres comme On the Way Home, Mr Soul ou Broke Arrow ne peuvent pas naître de la guitare de n’importe qui. Cette vision partielle, pour ne pas dire anecdotique, de son immense carrière n’est qu’un aperçu, mais qui donne envie de découvrir le reste.

Je ne peux donc réellement conseiller Sugar Moutain – Live at Canterbury Hall qu’aux vrais amateurs de Neil Young. Mais bon à la fois, ces derniers connaissent sans doute déjà cet album.

Pour finir, faisons le tour des titres chantés de cet album.

1.: Emcee Intro.
2.: On the Way Home
Une ballade folk simple mais magnifique.

3.: Songwriting Rap (spoken word)
4.: Mr. Soul
Beaucoup de conviction dans ce beau titre très épuré.

5.: Recording Rap (spoken word)
6.: Expecting to Fly
Une ballade classique, mais chargée de beaucoup d’émotions.

7.: The Last Trip to Tulsa
Une morceau aux accents plus torturés.

8.: Bookstore Rap (spoken word)
9.: The Loner
Une ballade douce où la voix est poussée dans les aiguës.

10.: I Used to… Rap (spoken word)
11.: Birds
Un titre qui ressemble presque à une berceuse.

12.: Winterlong/Out Of My Mind (excerpt/intro)
13.: Out of My Mind
Une ballade discrète.

14.: If I Could Have Her Tonight
Un titre avec un tout petit peu plus d’énergie.

15.: Classical Gas Rap (spoken word)
16.: Sugar Mountain Intro (intro)
17.: Sugar Mountain
Une ballade murmurée pleine d’émotions.

18.: I’ve Been Waiting for You
Une ballade simple et épurée, dans la droite lignée du reste.

19.: Songs Rap (spoken word)
20.: Nowadays Clancy Can’t Even Sing
Une ballade dynamique où la voix se lâche un peu.

21.: Tuning Rap & The Old Laughing Lady Intro (spoken word/intro)
22.: The Old Laughing Lady
Une ballade très épurée.

23.: Broken Arrow
Un très beau morceau qui résume bien l’album