DU COTE DE CHEZ SWANN (Marcel Proust) : Oui mais là non !

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ducotedechezswannOn a tous de grands classiques que l’on est, en tant que personne fréquentable et cultivé, censé aimer, alors qu’en fait, on déteste cordialement. On trouve totalement incompréhensible que cette œuvre ait traversé les siècles et continue d’être adulée, étudiée, vénérée. Au cinéma, j’ai Cris et Chuchotements et les Parapluie de Cherbourg en bêtes noires. Pour la littérature, j’avais déjà la Princesse de Clèves. Je pourrais désormais y ajouter Du Côté de Chez Swann de Marcel Proust.

Du Côté de Chez Swann est le premier tome de A la Recherche du Temps Perdu, qui en compte sept. Ce premier volet se compose en trois parties. La première et la dernière s’inscrivent pleinement dans le récit de l’enfance et la jeunesse de Marcel Proust. Il nous emmène à Combray, petite ville de Normandie où l’auteur a grandi. La deuxième, intitulé Un Amour de Swann, est un long aparté, parfois édité sans les deux autres parties, qui peut se lire indépendamment du reste. Il nous rapporte des évènements qui se déroulent avant la naissance du narrateur, au moment de la rencontre de Charles Swann et de Odette, qui deviendra sa femme. Ce dernier est un personnage secondaire du reste du roman, mais qui a exercé une véritable fascination chez le jeune Marcel.

A la base, le sujet me faisait plutôt envie. Parce que des madeleines, j’en ai plein. Il suffit d’avoir visité une seule fois mon appartement pour se rendre compte que le thème des souvenirs et de la nostalgie de l’enfance ne m’est pas totalement étranger. J’avais donc attaquer Du Côté de Chez Swann avec beaucoup d’envie et j’aurais vraiment aimé tomber amoureux de cette œuvre. Mais dès les premières pages, j’ai compris que ça serait très difficile.

Déjà, le style. Le fameux style proustien, avec ses phrases interminables et qui nous rappelle à longueur de pages que le point-virgule n’est pas qu’un café-théâtre, mais aussi un signe de ponctuation que l’on a droit d’utiliser. Simplement, j’ai trouvé ça complètement illisible. Du coup, j’ai passé mon temps à parcourir les pages en m’apercevant que je ne comprenais absolument pas ce que j’étais en train de lire. Dès que mon esprit s’échappait vers d’autres pensées, je continuais de lire mécaniquement sans rien retenir. Parcourir ces lignes étaient un calvaire, je n’avais donc aucune envie de m’y arrêter, de m’en imprégner. J’ai mis un temps infini à achever la lecture de Du Côté de Chez Swann, malgré une folle envie d’en finir au plus vite.

De plus, avouons-le, il ne se passe pas non plus grand chose. C’est donc d’autant plus difficile de se plonger dans Du Côté de Chez Swann sans avoir envie de sortir de l’eau au plus vite. La première partie s’étire sans fil rouge, sans intrigue, juste une somme de souvenirs personnels accumulés. On est loin de l’intrigue d’un Marcel Pagnol qui déformait sûrement sa propre enfance pour la rendre plus passionnante. Là, on aimerait que Marcel Proust fasse de même.

Un Amour de Swann est un peu différent à ce niveau-là. Mais bon les évènements relatés restent au stade de l’anecdotique. Il y a bien une jolie réflexion sur la jalousie, mais delà à en faire un roman qui traverse les siècles, il y a un pas que je ne franchirai pas, vous l’aurez bien compris. Enfin au moins, il se passe quelque chose, c’est déjà bien.

Après, il est vrai que Du Côté de Chez Swann ne ressemble à rien de ce que j’ai pu lire par ailleurs. Il y a bien une personnalité particulièrement affirmée. Je n’ai vraiment pas aimé ce roman, mais alors pas du tout. Cependant, je ne le qualifierai sûrement pas de médiocre ou de sans intérêt. La haine n’est pas le contraire de l’amour, c’est l’indifférence. Et ce livre ne m’a pas rendu indifférent, c’est le moins que l’on puisse dire.

Je n’irai donc jamais refaire un tour Du Côté de Chez Swann. Je me contenterai de réécouter Dave.

LE TERRITOIRE DES LOUPS : Loin d’être bête !

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leterrtitoiredesloupsafficheDans la série des films qui me donnaient l’impression d’être de gros navets à la vue de la bande annonce, mais en fait pas du tout, voici Le Territoire des Loups. Un principe de base assez éculé, un contexte particulier qui ne me disait vraiment rien. Bref, beaucoup de raisons pour ne pas aller le voir. Et bien, j’aurais eu tort car, si le film n’a rien d’un chef d’œuvre, il rassemble assez de qualités pour se laisser voir avec grand plaisir.

John Ottway travaille pour une compagnie pétrolière en Alaska. Il protège les chantiers des bêtes sauvages. Une compétence qui va s’avérer utile lorsque l’avion qui le ramène à Anchorage s’écrase en plein milieu de nul part. Accompagné d’une poignée de survivants, il doit essayer de regarder la civilisation. Le seul soucis est qu’entre eux et la civilisation se dresse une meute de loups ayant très envie de les avoir pour dîner.

Le principe de Les Territoire des Loups est donc très simple. Un groupe et une menace qui en élimine les membres un à un. Combien vont survivre à la fin ? Triompheront-ils de ce mortel ennemi ? Ca résume pas mal de films d’horreur ou de zombies. Le danger en question a pris des formes diverses au cours de l’histoire du cinéma : des serial-killers, des mort-vivants, des dinosaures, des extra-terrestres, des monstres divers et variés. Les loups, ça a sûrement déjà été fait, même si je n’ai pas vraiment d’exemple en tête. Enfin bref, voici une idée de base assez peu originale et on se dit qu’on aura du mal à tomber sur quelque chose de nouveau.

Et puis quand les qualités s’accumulent, on finit par se dire qu’on est devant un film pas si inintéressant que ça. Pour le Territoire des Loups, on apprécie déjà… le décor. Ca paraît quelque peu anodin, mais les grands espaces sont quand même souvent très cinégéniques. Ceux de ce film jouent un vrai rôle, puisqu’ils contribuent à la situation de détresse des personnages. Et puis, c’est vrai que les immensités drapées de blanc, ça a de la gueule. Ce beau voyage en Alaska nous ferait presque oublier Sarah Palin… et les loups bien sûr.

La plus grande force de ce film est d’avoir réussi à créer un vrai méchant. Pourtant, une meute de loups, à premier vue, ça n’a rien de très engageant. On pouvait craindre que le film ne tombe dans anthropomorphisme à outrance. Il n’en est rien. Les loups restent des loups. En fait, s’ils sont vraiment inquiétants, c’est avant tout parce qu’on le voit finalement qu’assez peu. John Carnahan, à qui on doit notamment la très bonne adaptation de l’Agence Tous Risques, est arrivé à en faire une menace constante, mais quasi invisible, ce qui la rend d’autant plus inquiétante.

leterritoiredesloupsEn fait, le Territoire des Loups est un bon film tout simplement parce qu’aucun aspect n’a été bâclé. Il est relativement rythmé. Certes, on n’échappe pas à un côté « amitié virile qui naît dans l’épreuve » qui peut prêter à sourire, mais qui finalement nous pousse à nous attacher aux personnages et à rentrer d’autant plus dans cette histoire. Enfin, le dénouement est assez réussi, ce qui permet de rester sur une très bonne impression. A noter que le film ne se termine vraiment qu’après le générique. 95% des spectateurs auront donc raté l’ultime plan, qui ne change pas grand chose, sinon à conclure définitivement l’histoire.

J’avoue que j’avais un peu peur de la prestation de Liam Neeson dans le Territoire des Loups. J’aime bien cet acteur, mais avouons qu’il joue toujours un peu les mêmes rôles de grand sage taciturne. C’est encore un peu le cas ici, mais force est de constater que son charisme arrive toujours à le faire briller, même si on connaît son jeu par cœur. Le reste du casting est lui plus anodin, même si l’ensemble des seconds rôles sont solides.

Le Territoire des Loups est donc un film parfaitement maîtrisé, à défaut d’être révolutionnaire. De la qualité à tous les niveaux pour au final un film peut-être pas génial, mais qui sort du lot de manière quelque peu inattendue.

Fiche technique :
Production : Inferno, Scott Free, Chambara Pictures, LD Entertainment, 1984 Private defense Contractors
Distribution : Metropolitan Filmexport
Réalisation : Joe Carnahan
Scénario : Joe Carnahan, Ian Mackenzie Jeffers
Montage : Roger Barton
Photo : Masanobu Takayanagi
Format : 35mm
Décors : John Willet
Musique : Marc Streitenfeld
Effets spéciaux : Howard Berger
Durée : 117 mn

Casting :
Liam Neeson : Ottway
Franck Grillo : Diaz
Dermot Murlroney : Talget
Dallas Roberts : Henrick
Joe Anderson : Flannery
Nonso Anozie : Burke

NOBLE BEAST (Andrew Bird) : Une flamme qui vacille

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noblebeastandrewbirdOn le sait bien, ce qu’il y a de plus dur en amour, c’est de savoir le réinventer chaque jour pour qu’il puisse durer éternellement. Dans ce cas, on parle alors de toute une vie. Mais pour les albums de 60 minutes, c’est un peu la même chose. Il ne suffit pas de proposer une puis deux puis trois chansons qui plaisent bien aux oreilles. Il faut arriver à intéresser l’auditeur le long d’une dizaine de titres sans que la routine ne s’installe (et elle peut s’installer en dix minutes dans le cas qui nous intéresse) et la flamme de la passion ne vacille, pour finalement s’éteindre. Malheureusement, Andrew Bird, avec son Noble Beast n’y ait pas parvenu.

Andrew Bird est un américain, originaire de l’Illinois, où il est né en 1973. Violoniste de formation, il a longtemps collaboré avec divers artistes pour prendre enfin son envol en solo au début des années 2000. Noble Beast est sorti en 2009. Il n’a pas totalement abandonné son travail en appuis d’autres artistes, puisqu’il a travaillé avec Emily Loizeau et notamment sur le titre London Town.

Andrew Bird nous propose donc tout plein de belles ballades douces entre folk et country. Trop peut-être… En tout cas, pris individuellement, tous les titres de Noble Beast sont agréables à écouter, à part peut-être Not a Robot but a Ghost et Anonanimal. Le soucis est que tout cela est bien monotone, au sens premier du terme. Tous les titres ne se ressemblent pas comme deux gouttes d’eau, mais tout cela est joué souvent sur le même rythme. A un moment, on a du mal à consacrer toute son attention à des morceaux qui n’apportent plus rien de nouveau.

Le seul vrai facteur de diversité entre les différents titres de Noble Beast repose sur la manière dont Andrew Bird joue avec sa voix. Il la fait voyager entre les graves et les aigus. Bon, ce n’est pas Peter Kingsbery non plus. Et puis, il le fait rarement au sein d’un même morceau. Certains titres sont d’ailleurs assez contrastés entre une instrumentation qui se veut apaisante et une voix qui monte trop haut pour l’être. C’est sans doute là la seule vraie note d’originalité de cet album. Mais on doit admettre que les titres où la voix est plus grave et plus douce sont vraiment les meilleurs, notamment Tenuousness, pour moi, la plus belle ballade du lot.

Noble Beast fait donc partie de ces albums un peu frustrant dont on n’aimerait dire que du bien. Car tout ce que je viens de dire n’enlève rien au grand talent de Andrew Bird. Au contraire, c’est parce qu’il en a beaucoup qu’on aimerait vraiment qu’il l’exploite de manières plus diverses. A force de travailler essentiellement en collaboration, il a sûrement voulu privilégier un style bien à lui pour sa carrière solo. Il reste un très bon artiste-interprète, avec une vraie maîtrise artistique, à défait d’une créativité débridée. Quant aux textes, je laisse aux plus anglophiles le soin de juger car même si je maîtrise assez bien l’anglais, j’ai bien du mal à me concentrer sur les paroles quand j’écoute de la musique.

Andrew Bird et Noble Beast pourra donc plaire aux amateurs de belles ballades. Ils ressentiront peut-être la même frustration que moi, mais, s’ils sont de nature à positiver, retiendront surtout les plus beaux titres qui le sont vraiment.

Pour finir, un rapide tour d’horizon des titre que l’on trouve sur cet album.

1.: Oh No
Une ballade acoustique qui ouvre parfaitement l’album.

2.: Masterswarm
La voix part dans les aiguës, ce qui contraste avec la musique apaisante.

3.: Fitz And The Dizzyspells
Un titre plus enjoué mais qui reste très intimiste.

4.: Effigy
L’instrumentation est moins minimaliste, donnant plus d’épaisseur à ce titre.

5.: Tenuousness
La voix est beaucoup plus grave sur cette ballade. L’impression est bien meilleure et surtout beaucoup plus apaisante.

6.: Nomenclature
Des accents plus mélancoliques pour ce titre.

7.: Ouo
Andrew Bird joue avec sa voix sur une instrumentation épurée.

8.: Not A Robot But A Ghost
Un titre plus fade, plus transparent.

9.: Unfolding Fans
Une court intermède.

10.: Anonanimal
Un morceau quelque peu lancinant.

11.: Natural Disaster
Une ballade épurée, mais qui n’apporte rien de nouveau.

12.: Privateers
De la conviction dans la voix, du coup, qui redonne un peu de souffle.

13.: Souverian
Une très longue ballade, jolie, à l’image de l’album.

14.: On Ho
Une courte conclusion instrumentale.

TANT QU’IL Y AURA DES QUEVILLY

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quevillyLe sport en général, et le football en particulier, génère ses légendes, ses mythes, ses évènements inexplicables, qui fascinent les amateurs et laissent perplexes les rétifs. L’équipe de Quevilly contribue à cette irrationalité qui rend le sport si passionnant. Pourquoi ce petit club obtient-il si souvent, et ce depuis des décennies, des résultats aussi brillants en Coupe de France ? Bonne question, merci de l’avoir posé…

On peut arguer que Quevilly a toujours été un des meilleurs clubs amateurs de France. Du coup, qu’il soit le Petit Poucet le plus récurent de cette compétition aurait quelque chose de logique. Sauf que cela n’est plus vrai depuis longtemps, sans que les résultats en Coupe ne déclinent, et leur piètre classement en National cette année le démontre une nouvelle fois. Ce n’est pas la première équipe, même amateur, à avoir des résultats diamétralement opposés entre la Coupe et le Championnat, mais cela n’explique toujours pas pourquoi cela arrive à cette équipe si souvent et pas à une autre.

Reste le fameux, « c’est une équipe de Coupe ». Sauf que ce n’est pas une explication, c’est juste une autre façon de formuler le même constat. Certes, cela renvoie à une forme de « culture » d’un club, de son attachement, de sa motivation pour une certaine compétition. Mais on ne sait toujours pas comme cela naît et comment surtout cela finit par se traduire par des résultats sur le terrain. Ce n’est pas l’histoire, l’héritage du passé qui ont marqué trois buts hier soir face à l’OM. Ce sont les joueurs d’aujourd’hui, pas ceux d’hier.

En fait, cette réussite renvoie à un élément primordial pour la réussite d’un sportif : la confiance. En rentrant sur le terrain avec ce maillot sur les épaules, les joueurs de Quevilly étaient persuadés que l’exploit était possible. On est là dans une forme de superstition auto-réalisatrice, d’effet placébo comme la confiture sur le nez du schtroumpf chétif dans les Schtroumpfs Olympiques. Et sans doute, les joueurs de l’OM ont subi l’effet exactement inverse. En s’imaginant qu’ils pouvaient perdre, ils avaient sans doute déjà perdu.

Tant qu’il y aura des Quevilly, la Coupe de France restera une compétition à nulle autre pareil. Sa légende s’est encore enrichie hier soir, sans pouvoir vraiment comprendre comment tout cela a pu arriver une nouvelle fois. Mais si on arrivait à trouver des explications rationnelles à tout ça, la magie disparaîtrait.

Et ça serait bien dommage…

ALOIS NOBEL : Austérité de velours

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aloisnobelafficheAller voir un film qui ne se joue que dans un seul cinéma dans toute l’Ile de France (et ce même la semaine de sa sortie), demande une certaine motivation. Enfin, quand il s’agit de l’UGC des Halles, cela reste tout de même assez accessible. Il n’empêche. Mais bon, ceux qui me connaissent un tantinet savent bien que je ne manque jamais de motivation quand il s’agit d’aller au cinéma. J’ai donc été voir Aloïs Nobel, un film d’animation venu de République Tchèque.

Aloïs Nobel est un chef de gare plutôt solitaire. Il travaille dans le fin fond de ce qui est encore la Tchécoslovaquie. Nous sommes en 1989 et l’histoire de ce pays s’apprête à basculer. Mais avant cela, un fugitif va venir bouleverser la vie monotone d’Aloïs.

Aloïs Nobel est d’abord original, ou plutôt inattendu, par sa forme. Un film d’animation en noir et blanc pour un sujet qui s’adresse clairement à un public adulte. On retrouve là un peu la démarche de Valse avec Bachir, avec lequel ce film partage pas mal de choses, j’y reviendrai. Le pari semble osé, mais ce film a su séduire des distributeurs un peu partout en Europe. Si la sortie est restée discrète, elle confirme la bonne santé du cinéma européen.

Aloïs Nobel est un film qui, au-delà de l’histoire d’un personnage, baigne dans l’histoire d’un pays tout entier. L’intrigue se déroule alors que des évènements clé bouleversent le destin de cette nation. Mais elle fait aussi appel à beaucoup de flashbacks qui nous renvoient à d’autres heures marquantes. Cela donne une dimension supplémentaire à cette histoire, qui, sinon, serait beaucoup plus anodine et ne justifierait sûrement pas un film.

En effet, l’histoire d’Aloïs et des personnages qui l’entourent a un peu de mal à réellement passionner. Elle constitue plus un fil rouge que le cœur du film. Cependant, elle n’en est pas pour autant simpliste. Les évènements entre présent et passé ne prennent tout leur sens qu’à la toute fin. Mais ce type de construction, utilisant largement les flashbacks reste quand même extrêmement classique et Aloïs Nobel ne va pas révolutionner le 7ème art sur ce plan là.

Du coup, j’avoue j’ai parfois flirter avec l’ennui. Mais je dis bien flirter, car la curiosité face à ce film quelque peu inattendu maintient tout de même l’intérêt du spectateur. Le film dure un peu moins de 1h30. S’il avait été plus long, pas sûr que l’on aurait pas fini par sortir de cette histoire intéressante mais un rien austère. Cela ne signifie pas qu’il ne se passe rien, il y a des péripéties, l’intrigue avance, mais on ne peut pas dire que Tomas Lunak ait vraiment cherché à produire un divertissement.

aloisnobelLe style graphique rappelle aussi celui de Valse avec Bachir, si on excepte le recours au noir et blanc. L’animation est cependant plus fluide dans Alois Nobel, mais le film est graphiquement moins imaginatif. Le style colle assez bien avec le scénario. Un rien austère, mais non dénué de profondeur. Il s’agit d’un vrai choix artistique. Tomas Lunak a incontestablement cherché à soigner la forme tout autant que le fond. Il n’a simplement pas chercher à être léger et encore moins sexy.

Comme Aloïs Nobel n’est pas non plus le film le plus bavard de l’année, je n’ai pas grand chose à dire sur le casting voix. Et je doute de toute façon que ce film fasse appel à des « people » tchèques.

Aloïs Nobel est donc incontestablement un film différent, dans le bon sens du terme. Son austérité peut rebuter, mais il nous permet de nous replonger au cœur d’évènements qui nous semblent désormais lointain, mais qui ont profondément changé le monde. Un film qui fait le lien entre petite et grande histoire.

Fiche technique :
Production : Negativ, Ceska Televize, Pallas Film
Distribution : ARP Selection
Réalisation : Tomas Lunak
Scénario : Jaroslav Rudis, Jaromir Svejdik
Montage : Petr Riha
Photo : Baset Jan Strtezsky
Décors : Henrich Boraros
Musique : Petr Kruzik
Costumes : Katarina Hollà
Durée : 84 mn

Casting :
Miroslac Krobot : Alois Nebel
Marie Ludvickova : Kveta
Leos Noha : Wachek
Karel Roden : le muet
Alois Svehlik : Wachek vieux

HASTA LA VISTA : Vive la Belgique, deux fois !

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hastalavistaafficheBon, l’autre jour, à l’occasion de ma critique de Bullhead, lorsque j’ai parlé du cinéma belge très peu présent sur nos écrans, il est vrai que j’avais oublié les frères Dardenne. Bon c’est peut-être parce que je ne suis pas dépressif, ni suicidaire. Enfin, j’aurais donc du parler du cinéma flamand. Où s’était-il donc caché depuis tout ce temps, lui qui vient d’envoyer un film aux Oscars (Bullhead justement) et qui nous offre un nouveau pur chef d’œuvre intitulé Hasta la Vista ?

Philip, Lars et Jozef sont trois jeunes gens qui regardent les filles avec envie et désir. Le problème est qu’ils ont peu de chance de les séduire. L’un est tétraplégique, l’autre hémiplégique et le dernier mal voyant. Mais ils aiment la vie, le bon vin et n’ont aucunement l’intention de finir puceaux. Ils décident alors de partir en voyage jusqu’au sud de l’Espagne où se trouve un bordel spécialisé dans l’accueil des handicapés.

Des handicapés, beaucoup de bonne humeur et d’humour, mais c’est Intouchables ! Evidemment, la comparaison est inévitable. Pourtant, elle n’est guère pertinente, alors évacuons là tout de suite. Certes, une partie du sujet est similaire. Mais sur bien des aspects, ces deux œuvres n’ont rien à voir. Hasta la Vista n’est pas une pure comédie, même si on rit beaucoup. C’est un roadmovie, où l’humour est au service de l’histoire et non l’inverse. Le regard porté est lui aussi différent, puisque ce film est plus sur la vision qu’on les handicapés d’eux-mêmes que sur le regard que le reste de la société a sur eux.

Bon, concentrons-nous donc sur Hasta la Vista. Si on n’éclate pas de rire du début à la fin, on traverse le film avec un sourire jusqu’aux oreilles. Bon, il y a des passages plus tristes, plus difficiles, car la réalité n’est forcément pas toute rose. Je ne peux pas vous promettre que vous ne fondrez pas en larme à un moment ou à un autre. Mais le rire n’est ici jamais loin des larmes et il se dégage de ce film une énergie et un optimisme qui vous donnent un incroyable pêche. Le film n’est jamais moralisateur et évite tout apitoiement. Certains passages pourraient s’intituler « les handicapés sont des pauvres types comme les autres » et c’est particulièrement salutaire.

On peut peut-être reprocher à Hasta la Vista un excès de bons sentiments. Ou du moins une certaine simplicité dans le message. C’est vrai qu’il n’y a que peu d’ambiguïté dans les personnages. Mais une histoire simple n’en est pas forcément moins forte. Celle-ci fonctionne parfaitement, frappe droit au cœur, tout en nous faisant passer un très bon moment. Elle ne veut pas forcément faire réfléchir à tout prix, mais n’oublie pas aussi de divertir. On se laisse totalement emporter et on en ressort joyeux et bouleversé, heureux et ému.

hastalavistaHasta la Vista fonctionne si bien grâce à son trio de personnages. On devrait même dire son quatuor, en n’oubliant pas l’infirmière qui les accompagne pendant leur voyage. L’attachement est immédiat et ne va jamais se relâcher, même quand certains deviennent odieux. On n’a pas pitié d’eux. Au mieux on est admiratif. En fait, on les trouve juste sympathique avec leur humour, leur énergie et leur envie de connaître les mêmes joies. Ils aiment le vins et les jolies filles. Ca tombe bien, moi aussi !

Les quatre acteurs sont eux aussi formidables. J’en mettrai deux plus particulièrement en avant. Tout d’abord, Robrecht Vanden Thoren qui incarne le garçon tétraplégique et qui est le véritable instigateur du voyage. Au-delà, de la difficulté « technique » d’un tel rôle, il est vraiment l’âme du film, surtout que son personnage est aussi le plus complexe. Je saluerai également Isabelle De Herthogh qui joue l’infirmière. Un rôle plus « facile » mais qu’elle interprète avec une justesse formidable.

Hasta la Vista est donc un vrai coup de cœur cinématographique. Une petite merveille dont on ressort avec le plein d’émotions, après avoir passé un très bon moment de joie et d’humour.

Fiche technique :
Production : Fobic Films, K2
Distribution : Les Films 13
Réalisation : Geoffrey Enthoven
Scénario : Pierre De Clercq
Montage : Philippe Ravoet
Photo : Gerd Schelfhout
Décors : Kurt Rigolle
Son : Geert Vlegels
Durée : 113 mn

Casting :
Robrecht Vanden Thoren : Philip
Gilles De Schrijver : Lars
Tom Audenaert : Jozef
Isabelle De Hertogh : Claude
Kimke Desart : Yoni

LE SUCCESSEUR DE PIERRE (Jean-Michel Truong): Riche mais touffu

lesuccesseurdepierre

lesuccesseurdepierreReligion, textes sacrés, théorie du complot, Da Vinci Code a lancé la mode en 2003. Pourtant, Dan Brown n’a rien inventé et bien d’autres œuvres avaient exploré le même terrain bien avant lui, mais pas forcément avec le même succès. C’était notamment le cas de Le Successeur de Pierre, un roman français signé Jean-Michel Truong, publié en 1999. Un roman riche, qui mêle les éléments précités avec la science fiction. A défaut d’être totalement convaincant.

En 2032, après une grande épidémie, une large partie de l’humanité vit enfermé dans des cocons individuels. Les contacts avec les autres ne sont plus que via le réseau informatique et des avatars artificiels. Parmi eux, Calvin intercepte un jour un message dont il ne comprend pas immédiatement le sens, mais qui va avoir d’énormes répercussions. Des répercussions venues du fond des âges. Depuis la naissance du christianisme.

J’avoue que j’ai eu beaucoup de mal à rentrer dans Le Successeur de Pierre. Le récit commence par un prologue qui nous amène en l’an 30 puis en 628 et 1927. Ensuite, plongée dans le futur. Et là, pendant des centaines de pages, on n’aura aucune idée du rapport que tout cela peut avoir. C’est ici que réside le principal problème. A force de nous cacher le sens profond des évènements, on finit par s’en désintéresser quelque peu. De plus, comme on ne connaît l’importance réelle de ce qui nous ait raconté, on a parfois du mal à tout retenir et on est parfois un peu perdu dans le récit.

De plus, le style de Jean-Michel Truong n’aide pas. Le Successeur de Pierre est un livre touffu. De par sa richesse, je vais y revenir, mais l’écriture ne donne pas une grande clarté au récit. Cet univers où les personnages passent de manière incessante du réel au virtuel n’est pas décrit de manière limpide et on doute souvent de quel côté du miroir l’action se situe. Je ne dirais pas que ce roman est mal écrit, mais il n’est certainement pas léger.

Un autre élément qui m’a un peu gêné, c’est le fait que les personnages ne soient pas particulièrement attachants. C’est un jugement assez subjectif, mais qui vient aussi qu’une partie d’entre eux se cachent sous de fausses identités. Du coup, comment vouloir connaître des protagonistes dont on ne sait qu’ils ne sont pas ce qu’ils prétendent être ? Reste tout de même le personnage principal, mais il n’a pas vraiment l’étoffe pour donner à lui seul envie de se plonger dans ce récit assez ardu.

Passons tout de même au positif. La plus grande qualité de Le Successeur de Pierre est, comme je l’ai évoqué plus haut, sa richesse. On est là à la croisée des genres, entre ésotérisme et science-fiction, avec une petite pincée de polar. On ne pourra pas reproché à Jean-Michel Truong son manque d’imagination, ni à son récit d’être trop simpliste. Au contraire même, j’ai envie de dire. Je veux bien croire que si on arrive à vraiment rentrer dès le début totalement dans l’histoire, on peut trouver ça totalement passionnant. Par contre, quand on prend un peu de retard comme moi, c’est assez difficile de raccrocher les wagons.

Enfin, le Successeur de Pierre nous propose un dénouement qui donne, certes tardivement, une vraie cohérence au reste du récit. La théorie exposée est intéressante. Pas forcément hyper convaincante, mais qui tient debout, sort des sentiers battus et qui n’a pas déjà été exposé mille fois. Si j’en crois Wikipedia, Jean-Michel Truong a exploité cette idée dans d’autres de ces œuvres. Je n’en dirais rien, alors si vous voulez vous préserver le suspense, évitez de consulter sa page Wikipedia.

Le Successeur de Pierre est une œuvre incontestablement intéressante, mais pas très facile d’accès. Personnellement, je ne suis pas arrivé à y rentrer totalement. Tant pis pour moi, même si l’auteur ne facilite pas vraiment la tâche de son lecteur.

DECEVANT, CERTAINEMENT PAS SURPRENANT

tournoi2012

tournoi2012Le Tournoi des 6 Nations vient de s’achever sur une défaite contre le Pays de Galles, brillant et incontestable vainqueur. Deux victoires, un nul, deux défaites, le bilan est incontestablement moyen d’un point de vue comptable pour le XV tricolore. Tout le monde parle de déception, puisqu’en tant que vice-championne du monde, l’Equipe de France était en droit de viser la victoire finale dans ce Tournoi. Pourtant était-ce si surprenant que ça ?

On a beaucoup parlé des entames de matchs ratées avant des secondes mi-temps bien meilleures. On a regretté que la défense ait eu tant de faiblesses avant qu’elle ne se reprenne contre le Pays de Galles, qui aurait pu sans cela nous mettre 30 points dans la vue. Bref, le XV de France fut particulièrement inconstant. Mais n’oublions pas que lors de la Coupe du Monde, il a réussi dans le même tournoi à perdre contre les Tonga et à être à un cheveu de conquérir le titre suprême. En fait, rien de nouveau sous le soleil, à part qu’on est passé d’une inconstance d’un match à l’autre à une inconstance en cours de match…

Une large partie des observateurs espérait que ces performances sinusoïdales étaient le résultat du management très critiqué de Marc Lièvremont. On était persuadé que sans lui, seul le meilleur resterait. Force est de constater que ce sont aussi les joueurs qui sont à l’origine de cette fâcheuse habitude. Et comme le groupe est resté sensiblement le même, il n’y avait aucune raisons qu’elle disparaisse.

Laissons donc le temps à Philippe Saint-André le temps de vraiment poser sa patte sur cette équipe. Il y a toute de même des évolutions intéressantes, des joueurs nouveau qui s’affirment, à l’image de Wesley Fofana. Bien sûr, d’autres secteurs, notamment la charnière 9-10, demeurent un vaste chantier. Un chantier ouvert depuis bien avant sa nomination.

Un Tournoi peut-être pas réussi, ça, c’est certain. Mais un Tournoi qui peut quand même constituer le début d’une belle aventure… ou pas. Seul l’avenir le dira.

OSLO, 31 AOUT : Rendez-vous manqué

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oslo31aoutafficheLe cinéma norvégien nous livre rarement mais régulièrement des films pour agrémenter nos salles obscures hexagonales. Jusqu’à présent, il s’agissait généralement plutôt de comédies légères, comme le très sympathique Happy Happy sorti l’été dernier. Cette fois-ci, changement complet de ton, avec Oslo 31 août. Un film unanimement salué par la critique et qui connaît un joli succès en salle, au vu de sa faible distribution et de son sujet difficile. Un film que je n’ai pas réussi à apprécier à sa juste valeur.

Anders est en cure de désintoxication depuis plusieurs mois. Son addiction semble proche d’être définitivement derrière lui. Il a la permission de passer la journée à Oslo pour un entretien d’embauche. Il en profitera pour revoir des proches, retrouver le goût de la vie et croire à nouveau à l’avenir. Mais à plus de trente ans peut-on encore espérer un nouveau départ ?

Je crois bien qu’entre moi et Oslo 31 août, c’est un peu un rendez-vous manqué (oui, j’adore prendre un ton hyper profond et grave pour une simple critique de film). Je vais en dire beaucoup de bien, mais pourtant, je dois l’avouer, ce film ne m’a pas touché. Je ne saurais dire vraiment pourquoi, on est sûrement là dans le subjectif pur, et donc dans l’inexplicable. Evidemment, dans cette situation, pour un film qui repose uniquement sur l’émotion et ni sur l’action, le suspense ou l’humour, on flirte très vite avec l’ennui.

Pourtant, j’avoue avoir été charmé par les premières minutes de Oslo 31 août. Une introduction sous forme d’ode à la nostalgie de l’enfance, de inconscience, de ce bonheur simple, immédiat, naturel qui disparaît trop souvent à l’âge adulte. Joachim Trier est incontestablement un réalisateur très talentueux. Il sait soigner la forme, sans faire pour autant dans l’esbroufe. La photographie est travaillée, transformant la ville, son décor, son ambiance en un personnage à part entière de cette histoire. Si le film repose largement sur les dialogues, beaucoup de choses passent par la manière dont tout cela est mis en image.

Oslo 31 août nous livre également un propos profond, intelligent et subtil. Il ne s’agit pas d’un film sur la drogue, puisque Anders n’en prend plus, mais sur les traces que tout cela laisse sur l’individu et son entourage. Ce dernier se veut compréhensif et encourageant, mais un fossé s’est creusé et reste à savoir s’il peut se combler un jour. Si le film est tout de même relativement contemplatif, il n’est n’en pas moins doté d’une certaine tension narrative. Le personnage principal marche sur le fil du rasoir entre espoir et résignation. Au fur et à mesure de ses rencontres, il va avancer sur ce chemin étroit dont on ne sait où il va le mener.

oslo31aoutUne des raisons pour lesquelles je n’ai pas vraiment accroché avec cette histoire, c’est peut-être pour son grand pessimisme. Je ne vais pas dévoiler ici la manière dont Oslo 31 août se termine, mais globalement le film parle largement de l’aspect inexorable de la tentation et du risque de rechute, qui apparaît alors inévitable tôt ou tard. La fatalité est un thème central de la réflexion. Or, j’ai parfois du mal avec les films qui nous montrent une situation dramatique juste pour nous dire qu’elle est dramatique. Je ne veux pas dire qu’il faut que tout se termine toujours pas un happy end, mais l’aspect « noir c’est noir » n’est pas forcément signe d’un propos très intéressant.

Le film repose énormément, pour ne pas dire exclusivement, sur l’interprétation de Anders Danielsen Lie, qui jouait déjà dans le film précédent du réalisateur, Nouvelle Donne, qui avait déjà été distribué en France. Si je dois adresser des reproches à Oslo 31 août, ils ne le concerneront pas. Il arrive à donner une grande profondeur et une grande crédibilité à son personnage, qu’il incarne peut-être pas de manière spectaculaire, mais de manière très juste.

Oslo 31 août est un film qui peut potentiellement bouleverser. Les ingrédients sont là. Après la sauce ne peut pas forcément prendre avec tout le monde. Elle ne m’a pas convaincu, mais d’autres seront très certainement beaucoup plus enthousiastes.

Fiche technique :
Production : Don’t Look Now, Motlys
Réalisation : Joachim Trier
Scénario : Joachim Trier, Eskil Vogt, d’après le roman de Pierre Drieu La Rochelle
Montage : Olivier Bugge Coutté, Gisle Tveito
Photo : Jakob Ihre
Décors : Jørgen Stangebye Larsen
Distribution : Memento Films
Musique : Torgny Amdam, Ola Flottum
Directeur artistique : Solfrid Kjetsa
Durée : 95 mn

Casting :
Anders Danielson Lie : Anders
Hans Olav Brenner : Thomas
Ingrid Olava : Rebecca
Oystein Roger : David

TONIGHT : FRANZ FERDINAND (Franz Ferdinand) : Le verre à moitié plein

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tonightfranzferdinandEn 2004, le monde découvrait Take Me Out, un morceau dont l’intro désormais légendaire est entrée dans la légende du rock. Pourtant, il venait d’un groupe alors inconnu, des Ecossais dénommés Franz Ferdinand. Il s’agit de mon point de vue d’une des meilleures chansons des années 2000. Je ne me suis jamais amusé à faire mon top 10, mais je pense qu’elle y figurerait une très bonne position. Mais une carrière ne s’arrête évidemment pas à un premier single, aussi extraordinaire soit-il. Elle s’est donc poursuivie et nous a notamment offert ce Tonight : Franz Ferdinand, 3ème album du groupe.

Pour une fois, l’âme du groupe n’est pas son chanteur, Alexander Paul Kapranos, mais son bassiste, Robert Hardy qui est vraiment à l’origine de la formation de Franz Ferdinand. Les autres membres du groupe sont Nick McCarthy à la guitare et Paul Thomson à la batterie. Ces quatre jeunes gens se sont connus à Glasgow en 2000. Leur premier album, sobrement intitulé Franz Ferdinand, est sorti en 2004, suivi d’un deuxième, dès l’année suivante, You Could Have It So Much Better. Leur troisième, et dernier en date à ce jour, Tonight : Franz Ferdinand est paru en 2009.

Franz Ferdinand confirme à la fois pleinement et à moitié son immense talent. Pleinement puisque nous trouvons sur ce Tonight : Franz Ferdinand plusieurs morceaux de très très haut niveau, notamment le single, Ulysses. A moitié, parce que les meilleurs titres sont concentrés sur les 6 premières plages, alors que les 6 suivantes sont nettement moins intéressantes. On peut donc voir le verre à moitié plein ou à moitié vide. Comme je suis plutôt d’un naturel positif et optimiste, je vais choisir la première solution.

Le début de Tonight : Franz Ferdinand propose vraiment des titres d’une qualité inaccessible pour la plupart des groupes. Du rock, du vrai, loin de la soupe pop-rock (que j’apprécie parfois, j’avoue) servi par la plupart des groupes venus de Grande-Bretagne. Un son à la fois terriblement énergique et totalement maîtrisé techniquement et artistiquement. On peut peut-être simplement leur opposer une certaine tendance à abuser de la technique du « je commence le morceau doucement pour monter en puissance soudainement ». C’est vrai que c’est un peu leur marque de fabrique. Cependant, il la mettre en œuvre dans des morceaux qui sonnent très différemment. On échappe donc totalement à l’impression de monotonie.

La deuxième partie de Tonight : Franz Ferdinand est elle beaucoup plus transparente. Ils expérimentent notamment des sonorités beaucoup plus électro. Beaucoup de commentaires ont salué cette avancée dans des territoires musicaux alors inexplorés pour eux. Bon peut-être que c’est du à mon manque flagrant d’attirance pour ce genre musical, mais j’ai trouvé que le résultat manquait vraiment d’originalité, de souffle, même parfois carrément d’intérêt. C’est bien de prendre des risques et de sortir un peu de sa routine artistique, mais pour le coup, je considère ça plutôt comme un échec. En tout cas, certainement pas une franche réussite.

Il serait vraiment injuste de jeter la pierre sur Franz Ferdinand pour cette deuxième moitié d’album moins réussi. Car les six premiers titres prouvent vraiment qu’ils sont partis pour s’installer dans la durée comme étant des piliers de la scène rock. Espérons donc qu’ils connaîtront une carrière et une fin plus glorieuse que l’archiduc dont ils tirent leur nom.

Pour finir, regardons de plus près les titres qui composent ce Tonight : Franz Ferdinand.

1.Ulysses
Un rock tout en maîtrise et en retenue, qui monte en puissance progressivement.
 
2.Turn It On
Un rock un peu plus funky, un peu rétro, mais toujours très bon.
 
3.No You Girls
Toujours le même contraste entre l’énergie du début et la suite du morceau, mais le titre n’en ressemble pas pour autant aux autres.
 
4.Send Him Away
Un titre plus calme, au ton presque enjoué. Ca reste excellent.
 
5.Twilight Omens
Un petit côté années 60 pour ce court, mais très bon morceau.
 
6.Bite Hard
Une ballade épurée au piano, qui enchaîne sur des guitares énergiques.
 
7.What She Came For
Un titre plus transparent.
 
8.Live Alone
Un morceau tirant sur l’électro, mais guère convaincant.
 
9.Can’t Stop Feeling
Du Franz Ferdinand assez classique, mais mâtiné de sons un peu électro.
 
10.Lucid Dreams
Un rock assez brouillon de 8 minutes.
 
11.Dream Again
Un morceau calme et assez simple.
 
12. Katherine Kiss Me
Une ballade acoustique jolie mais sans plus.