CLOCLO : SI j’avais un Cloclo !

clocloaffiche

clocloafficheQue celui qui n’a pas ramener les bras le long de son corps en poussant un râle sur Alexandrie Alexandra se dénonce ? Personne ? Evidemment, tout le monde l’a fait au moins une fois dans sa vie. Voici, tout le paradoxe de Claude François. Un chanteur, considéré pour beaucoup comme la négation de l’art et l’avènement de la sous-culture, mais qui continue à traverser les époques, comme si sa musique était finalement indémodable par sa simplicité. Et puis, n’est-il pas l’auteur de la chanson la plus reprise de l’histoire de l’humanité ? Bref, sa vie, son œuvre valait bien un film. C’est chose faite avec l’excellent Cloclo.

Le jeune Claude François est obligé de quitter Suez lorsque l’Egypte décide de nationaliser le Canal. Ce départ va traumatiser sa famille et surtout briser son père, qui ne s’en remettra jamais. Ce dernier est un homme dur et fier, qui coupe les ponts avec son fils quand il décide de se lancer dans la musique. Début alors une des plus extraordinaires carrières de l’histoire du show-business.

Le premier point fort de Cloclo est d’avoir dépeint Claude François tel qu’il était… soit un sale con. Je sais, je suis peut-être un peu sévère, mais il n’aurait pas été un tel artiste, tous ses défauts le classeraient immédiatement dans la catégorie psychopathe infréquentable. Ce film n’est donc absolument pas une hagiographie. Et ceci, même si ses deux fils en sont les producteurs. Au moins, ces deux là ont su prendre du recul face à la légende paternelle.

Ceci dit, cette vision réaliste du personnage est paradoxalement la plus grande limite du film. Cloclo est long, peut-être un peu trop, car il est totalement linéaire. Bien sûr, on déroule les anecdotes qui ont marqué sa carrière, mais le personnage en tant que tel n’évolue. Sale con un jour, sale con toujours. C’est sans doute là que le film rate vraiment le coche pour être inoubliable. On reste au stade de la biographie factuelle. Cela ne signifie pas que le film soit totalement dénué d’émotion, mais Florent Emilio Siri a choisi de ne prendre aucun risque dans le propos, de ne proposer aucun point de vue subjectif.

Cependant, le film fonctionne tout de même très bien. Il ne s’agit pas d’une comédie musicale, mais la musique y joue naturellement un grand rôle. On retrouve évidemment la plupart des grands succès de Claude François, joué en partie ou quasiment intégralement. Evidemment, il vaut mieux apprécier à la base, mais ce n’est pas comme écouter Si J’Avais un Marteau sur son autoradio. Les chansons participent à l’histoire, elles sont remises dans leur contexte et prennent du coup un autre sens, pour ne pas dire une autre dimension. Donc, pas forcément besoin d’être fan pour apprécier.

clocloComme tous les biopics, Cloclo, c’est aussi l’occasion de traverser les époques, de revivre l’évolution des modes, des codes vestimentaires, des mœurs, des coiffures… Bon, Claude François est mort un an avant ma naissance, je ne vois pas ça avec nostalgie, mais on prend toujours du plaisir lors de ce genre de voyage dans le temps. Celui est d’autant plus agréable que le chanteur a fait partie de ces gens qui faisaient les modes. C’était d’ailleurs la plus grande force de cet artiste, savoir humer l’air du temps pour durer et toujours se réinventer.

Cloclo constitue le plus grand rôle de la carrière de Jérémie Rénier. Un rôle à César assurément. La plus grande qualité de cette interprétation est n’avoir pas cherché à pousser le mimétisme à l’extrême. Les deux hommes ont déjà un air de ressemblance à la base. Il était nettement suffisant. L’acteur a donc pu se concentrer sur son jeu au sens strict et l’expression des émotions. Il en ressort une performance vraiment convaincante et qui participe pleinement à la réussite de ce film.

Cloclo est donc un biopic réussi, malgré une certaine longueur. On y découvre aussi bien la face claire que la face sombre de Claude François. Et on ressort avec un air de magnolias dans la tête.

Fiche technique :
Production : LGM productions, StudioCanal, TF1 Films, Flèche productions, 24C Prod, Rockworld, JRW Entertainment, uFilm, Emilio Films
Distribution : StudioCanal
Réalisation : Florent Emilio Siri
Scénario : Julien Rappeneau
Montage : Olivier Gajan
Photo : Giovanni Fiore Coltellacci
Décors : Philippe Chiffre
Musique : Alexandre Desplat
Durée : 148 mn

Fiche technique :
Jérémie Renier : Claude François
Benoît Magimel : Paul Lederman
Monica Scattini : Chouffa François
Sabrina Seyvecou : Josette François
Ana Girardot : Isabelle Forêt
Joséphine Japy : France Gall
Marc Barbé : Aimé François
Maud Jurez : Janet Woolacot
Edouard Giard : Ticky Holgado

LA DAME EN NOIR : Angoisses éternelles

ladameennoiraffiche

ladameennoirafficheNous avons tous eu peur étant petit des bruits étranges venant du grenier. Certes, on sait aujourd’hui que c’est simplement du à la dilatation du bois, mais on garde tous cette angoisse tapie au fond de nous. Depuis toujours, les cinéastes ont su l’exploiter pour nous offrir des films nous replongeant dans nos terreurs enfantines. Et on a beau avoir grandi, il faut avouer que cela fonctionne encore très souvent. Dans La Dame en Noir notamment, même si le film souffre par ailleurs de beaucoup de défauts.

Arthur Kipps a bien du mal à se remettre du décès de son épouse, morte en couches. Plusieurs années sont passées pourtant. Son employeur, un notaire de Londres, lui offre une dernière chance de se ressaisir pour conserver son emploi. Il est envoyé dans un petit village isolé, régler une succession. Très vite, il se heurte à l’hostilité des habitants qui font tout pour qu’il reparte au plus vite. Il va surtout se heurter à des phénomènes mystérieux et inquiétants qui surviennent dans le manoir de la défunte.

Avant de rentrer dans le vif du sujet, je tiens à remercier la jeune femme (enfin pas si jeune que ça, mais je suis gentleman, alors je vais faire comme ci) qui a vécu particulièrement intensément la Femme en Noir. Cris, sursauts, réactions immédiates aux moindres mouvements de caméra… Ca a fait parfois rire la salle, mais au moins ça a rendu la séance très vivante. Surtout qu’elle ne parlait pas non plus tout le temps. Par contre, elle a une phrase qui résume très bien ce film et c’est sans aucun scrupule que je vais la lui emprunter « il ne se passe rien dans ce film, mais qu’est ce que ça fait peur ! ».

Voilà, commençons par ce qui fâche un peu. A part les grincements de parquet inquiétants et les apparitions de spectres pas vraiment bien attentionnés, il est vrai que la Dame en Noir ne propose pas grand chose. Scénario très basique, personnages, décor (manoir isolé dans la brume) vu mille fois et rebondissements faméliques. On peut dire qu’il se concentre sur l’essentiel, ce qui fait qu’il fonctionne, on va y revenir, mais voici un genre où on compte des dizaines de film lui ressemblant, on est donc en droit de rechercher un minimum d’originalité et de nouveauté. Ce n’est pas ici qu’on le trouvera.

ladameennoirCependant, comme dirait donc ma voisine, c’est vrai que la Dame en Noir nous met dans une situation de stress assez permanent. Les ressorts sont archi-éculés, mais il fonctionne encore. A la fois, ce n’est pas parce qu’il fait nuit tous les jours, que certaines personnes arrêtent d’avoir peur du noir. Le fantôme qui se cache à l’étage et fait grincer le parquet continue de nous effrayer, malgré toute la rationalité dont on peut faire preuve. Reconnaissons à James Watkins le talent d’avoir su le faire revivre une nouvelle fois avec efficacité. Le film atteint finalement pleinement son but et c’est bien là l’essentiel.

Daniel Radcliffe constitue lui aussi une limite sérieuse. Je n’ai rien contre Harry Potter, mais on a pu déjà constaté au fur et à mesure de la saga que l’adolescence n’avait pas fait de lui un grand acteur. La Dame en Noir le confirme. Il n’est pas à proprement parler mauvais, mais n’apporte pas grand chose et se révèle bien trop souvent totalement inexpressif. De plus, lui faire endosser le rôle d’un jeune veuf, alors qu’il semble être tout juste sorti de l’adolescence, ne se révèle pas non plus être l’idée du siècle.

La Dame en Noir est donc un film qui cherche à faire peur et qui fait peur. Mais il ne fait vraiment que cela.

Fiche technique :
Production : Talisman productions, Hammer, UK Film Council, Cross Creek Pictures, Filmgate, Film i Väst
Distribution : Metropolitan Filmexport
Réalisation : James Watkins
Scénario : Jane Goldman, d’après le roman homonyme de Susan Hill
Montage : Jon Harris
Photo : Tim Maurice-Jones
Décors : Kave Quinn
Musique : Marco Beltrami
Durée : 95 mn

Casting :
Daniel Radcliffe : Arthur Kipps
Ciaran Hinds : Mr Daily
Janet McTeer : Mrs Daily
Liz White : Jennet Humfrye
Sophie Tuckey : Stella Kipps
Liz White : Jennet

PROJET X : Réussite inattendue

projetxaffiche

projetxafficheDans la série des films que ne prévoyais pas du tout de voir, et elle est longue vu le nombre de fois que j’utilise cette phrase pour introduire mes critiques, voici un qui décroche la palme absolue. Jamais je n’aurais imaginé que Projet X puisse recevoir des critiques aussi bonnes (3/5 au bilan Allociné). Bon, ce n’est clairement pas le film du siècle, juste une idée exploitée pleinement et avec un certain talent et un peu d’imagination.

Thomas est un adolescent timide et introverti. Bref, pas vraiment monsieur Populaire ! Pour ses 17 ans, son meilleur ami, Costa, le convainc d’organiser une grande fête d’anniversaire en profitant de l’absence de ses parents pour le week-end. Mais la fête va prendre une ampleur inattendue, qui va mettre le feu à tout le quartier. Et pas qu’au sens figuré…

Projet X est un objet cinématographique indéterminé. Ce n’est pas vraiment une comédie adolescente, sûrement pas un film sérieux, encore moins une réflexion sur l’adolescence. C’est juste l’histoire d’une soirée qui tourne mal… Ok, dis comme ça, on dirait vraiment que ce film n’a vraiment aucun intérêt. Bon, clairement, il est totalement anecdotique, mais même une idée minuscule peut donner au final un film qui se laisse voir quand elle est vraiment exploitée jusqu’au bout.

Projet X fonctionne tout simplement, et il est assez difficile d’expliquer pourquoi. Mais bon, je vais quand même m’y essayer. Déjà, Nima Nourizadeh ne cherche pas à se justifier. Quelque part, ça limite forcément la portée du film, mais d’un autre côté il se concentre sur l’essentiel, sans chercher à faire passer son film pour autre chose que ce qu’il est. On est dans le divertissement pur, qui ne cherche d’ailleurs même pas l’originalité. Tous les éléments de ce film ont déjà été vu par ailleurs, parfois dans des films peu recommandables, mais ils se trouvent ici dans un tout qui vaut bien plus que la somme de ses parties.

Les personnages ? Quatre archétypes des ados loser, qui peuplent films et séries, mais on s’y attache tout de même immédiatement. Ils sont à la fois caricaturaux (l’exubérant, le maigre timide, le gros à lunette, le gothique…), mais sans en rajouter… Du coup, ils sont un minimum crédibles, humains et sympathiques. Certes la série des évènements qu’ils vont provoquer est totalement invraisemblable, mais Projet X arrive à arriver à ce résultat par une série de petites étapes qui une à une pourrait presque se produire.

L’humour ? Il y en a, mais sans être omniprésent. Projet X est en fait parsemé d’éléments comiques, comme les deux ados prépubères chargés de la sécurité et qui prennent leur rôle vraiment au sérieux. Mais on n’est pas du tout dans American Pie, tout n’est pas destiné à préparer des gags dont on voir arriver la chute dix minutes à l’avance. Non, ici les éclats de rires viennent soudainement, par des éléments inattendus qui parcourent le film sans en constituer du tout le fil rouge. Du coup, si on peut trouver ce film totalement inintéressant, au moins n’est-il pas lourdingue, alors qu’on pouvait le craindre.

projetxLa réalisation ? En caméra subjective, puisqu’un protagoniste est chargé de filmer la préparation et la soirée et c’est par lui que l’on vit les évènements. Cela donne à Projet X un aspect « faux documentaire », technique assez éculée, mais qui, encore une fois, fonctionne très bien ici. Et surtout, cela nous permet d’échapper à l’aspect clip vidéo puisque, du coup, le film est plutôt constitué de plans-séquences.

Les trois acteurs principaux ne feront peut-être pas une grande carrière de comédien. Mais Thomas Mann, Oliver Cooper et Jonathan Daniel Brown ont vraiment l’air de s’amuser et c’est tout à fait communicatif. La réussite inattendue de ce film est donc aussi à mettre à leur crédit.

Projet X est un film surprenant parce qu’il fonctionne à partir de pas grand chose. On peut bien sûr retenir le pas grand chose, mais aussi ne pas bouder son plaisir et passer un bon moment en le regardant.

Fiche technique :
Production : Green Hat Films, Silver Pictures
Distribution : Warner Bros Entertainment France
Réalisation : Nima Nourizadeh
Scénario : Michael Bacall, Matt Drake
Montage : Jeff Groth
Photo : Ken Seng
Décors : Bill Brzeski
Directeur artistique : Desma Murphy
Durée : 88 mn

Casting :
Thomas Mann : Thomas
Oliver Cooper : Costa
Jonathan Daniel Brown : JB
Dax Flame : Dax
Kirby Bliss Blanton : Kirby
Brady Hender : Everett

LES AMOURS DE LAURA QUICK (Isabell Wolff) : Chick, pas chic !

lesamoursdelauraquick

lesamoursdelauraquickSur Facebook, je suis un membre actif du groupe « J’ai un humour de merde, mais j’assume ! ». Cependant, je pourrais créer ou faire partie d’un autre, au nom tout aussi prometteur : « Je suis un homme, j’aime la chick lit, mais j’assume ! ». Ceux qui ont l’habitude de lire mes critiques littéraires l’auront déjà remarqué. Je ne crache pas à l’occasion sur cette littérature légère, moderne, très orientée vers les histoires sentimentales et surtout censées viser un public a priori essentiellement féminin. Rassurez-vous, je n’en achète pas, je me contente de les piquer à ma mère. Mais bon, j’ai un côté féminin et j’assume… Tiens encore une idée de groupe Facebook. Enfin, en attendant, je vais vous parler de les Amours de Laura Quick, d’Isabel Wolff. Malheureusement, pas pour en dire que du bien…

Laura Quick a vécu la douleur terrible de voir son mari disparaître du jour au lendemain, sans explication. Elle sait qu’il est encore visant, mais ignore totalement où il est, ce qu’il fait et surtout pourquoi il est parti. Elle se noie dans le travail depuis et va voir ses efforts récompensés lorsqu’elle devient la présentatrice vedette d’un jeu télévisé encensé par le public et la critique. Mais les tabloïds vont vite s’emparer de son histoire.

Comme toute bonne chick lit, les Amours de Laura Quick se lit très facilement. Surtout quand on lu du Marcel Proust juste avant. Vive l’éclectisme ! C’est léger, tout ce qu’il y a de plus digeste et ne fait pas du tout surchauffer les méninges. On est vraiment face à une littérature de pure détente et dire que j’ai passé un mauvais moment en lisant ce livre serait mentir. Ca occupe, ça détend et ne demande pas une concentration extrême. Si vous lisez essentiellement pour vous endormir plus rapidement, ce livre n’est pas forcément à vous conseiller.

Cependant, il y a un mais… Et un gros mais, puisque la principal défaut de les Amours de Laura Quick est de proposer une histoire qui manque franchement d’intérêt. Déjà, le titre est presque trompeur puisque l’héroïne n’aura pas au final cinquante amours non plus. Enfin tout cela vient, pour changer, d’une très mauvaise traduction du titre original qui est A Question of Love, jeu de mots lié à la profession de l’héroïne. Bref, tout cela pour dire que le fil rouge narratif principal est assez fin, que les rebondissements ne sont pas très nombreux et surtout extrêmement prévisibles. Les intrigues ou thèmes secondaires sont relativement absents.

Tout cela contribue au fait que l’on ne s’attache qu’assez peu aux personnages, principaux ou secondaires. C’est pourtant une condition primordiale pour apprécier pleinement ce genre d’histoire. On ne demande pas forcément beaucoup de profondeur, mais au moins que l’on partage un minimum les sentiments des protagonistes. Dans les Amours de Laura Quick, on reste relativement indifférent. L’héroïne n’est pas vraiment antipathique, on compatit quelque peu quand elle est malmenée injustement par la presse à scandale. Mais ça ne va pas très loin et n’est certainement pas suffisant pour que l’on soit enthousiasmé par ce roman.

Le style de Isabell Wolff est léger et plutôt agréable. Ca coule tout seule, laisse une large part aux dialogues. Mais bon, encore une fois, cette qualité est loin d’être suffisante pour donner un réel intérêt à Les Amours de Laura Quick. Surtout que voilà un genre littéraire où la concurrence est rude, alors on peut être en droit d’être un minimum exigeant. N’est pas Sophie Kinsella qui veut, même si Isabell Wolff se défend également niveau notoriété et succès. Mais ce n’est pas forcément du à ce roman en particulier.

Les Amours de Laura Quick est donc plutôt décevant car l’intrigue est beaucoup trop légère et prévisible.

LES ADIEUX A LA REINE : La petite et la grande histoire

lesadieuxalareineaffiche

lesadieuxalareineafficheLes Adieux à la Reine est la deuxième grosse production française de cette année 2012, après les Infidèles qui a divisé, pour ne pas dire déçu. Cette fois-ci, la critique est unanime pour saluer la réussite de ce film historique qui mêle grand et petite histoire. Un film plus intelligent qu’ambitieux, mais qui brille par le fond et la forme.

Sidonie Laborde est la jeune lectrice de la Reine Marie-Antoinette, à laquelle elle est entièrement dévouée. Elle ne s’imagine pas ailleurs qu’à ses côtés, à la servir. Mais nous sommes le 14 juillet 1789 et le petit monde versaillais va bientôt être bouleversé par une tempête aussi violente qu’inattendue. Une tempête qui va changer le cours de histoire de France et le cours du destin de la jeune femme.

Soyons honnête, j’ai eu un peu de mal à entrer totalement dans les Adieux à la Reine. La première demi-heure donne l’impression d’un film en costume pas très dynamique, guère intéressant et surtout aux dialogues absolument pas crédibles. Puis, quand tout ce petit beau monde commence à être secouer par un tremblement de terre venu de la Bastille, le film prend véritablement son envol pour devenir un mélange passionnant entre des destins individuels et celui d’une nation tout entière.

Le premier grand intérêt de les Adieux à la Reine est de nous montrer l’envers du décor de la cour de Louis XVI. La vie des domestiques, mais aussi celles des courtisans et des nobles de seconde zone quasiment logés à la même enseigne. Et puis, les film nous raconte surtout comment toute cette belle mécanique s’est totalement enrayée pour finir dans une débâcle assez pathétique. Ou comment l’instinct de survie finit par prendre le pas sur les conventions sociales. Le film casse un peu un certain nombre d’images d’Epinal, nées dans nos livres d’histoire. Ou plutôt les enrichit en nous montrant ce qu’il se passait derrière les belles tapisseries.

Ensuite, les Adieux à la Reine est avant tout le récit d’un destin, celui d’une jeune femme, simple domestique, mais qui côtoie un monde qui lui semble devoir durer éternellement. Un monde qui lui est à la fois totalement étranger et complètement familier. Ce personnage, plutôt effacé au début du film, prend de l’épaisseur à mesure que se déroule l’intrigue. On apprend à l’aimer pour finalement épouser ses espoirs et ses craintes. Il y a un final une grande intelligence dans ce scénario qui arrive à nous surprendre jusqu’au bout, malgré un contexte historique que l’on pouvait penser déjà archi-connu.

lesadieuxalareineEnfin, les Adieux à la Reine reste un magnifique film en costumes. Evidemment, étant un familier du Château de Versailles, cela me fait particulièrement plaisir de le voir revivre le temps d’un film tel qu’il était quand il occupait encore la fonction pour laquelle il a été conçu. Je n’ai rien contre les touristes, mais disons que je doute que Louis XIV n’ait jamais imaginé qu’ils pourraient un jour envahir quotidiennement le symbole de son pouvoir absolu. Mais on l’a vu, heureusement, ce film ne s’arrête pas à la beauté des décors et des costumes. Il serait cependant injuste de ne pas souligner la qualité du travail réalisé. Les moyens ont été mis et jamais une seule seconde, le film n’apparaît kitch ou cheap (désolé pour les anglicismes).

Les Adieux à la Reine confirme la montée en puissance de Lea Seydoux qui tient là son rôle le plus marquant dans un film français. Tout comme son personnage, son jeu gagne en épaisseur à mesure que le film progresse. Le film repose en grande partie sur ses seules épaules et on ne peut par souligner la réussite qu’il représente sans lui en attribuer une large part. A ses côtés, Diane Kruger nous livre une très belle interprétation de Marie-Antoinette, même si elle confirme aussi les limites de ton talent. Quant à Virginie Ledoyen, son rôle quasi-muet permet de se rendre compte que sa seule présence à l’écran suffit pour faire parler son charisme.

Les Adieux à la Reine constitue donc le premier film français vraiment marquant de 2012. Cependant, la cuvée 2011 fut tellement exceptionnelle qu’on en deviendrait presque trop exigeant.

Fiche technique :
Production : Morena Films, Les films du lendemain, France 3 Cinéma, GMT Productions
Distribution : Ad Vitam
Réalisation : Benoît Jacquot
Scénario : Benoît Jacquot, Gilles Taurand
Montage : Luc Barnier
Photo : Romain Winding
Décors : Katia Wyszkop
Musique : Bruno Coulais
Durée : 100 mn

Casting :
Léa Seydoux : Sidonie Laborde
Diane Kruger : Marie-Antoinette
Virginie Ledoyen : Gabrielle de Polignac
Xavier Beauvois : Louis XVI
Noémie Lvovsky : Mme Campam
Julie-Marie Parmentier : Honorine
Lolita Chammah : Louison
Grégory Gadebois : Le comte de Provence
Michel Robin : Jacob Nicolas Moreau

38 TEMOINS : A lâche, lâche et demi

38temoinsaffiche

38temoinsaffichePour faire un bon film, ou tout du moins écrire un bon scénario, il faut un bon sujet. Bien sûr, certains arrivent à passionner à partir de pas grand chose, mais sans fond, la plus belle forme du monde ne sera jamais qu’un sapin de Noël avec les guirlandes, mais sans les boules. Malheureusement, ce n’est pas non plus suffisant. On peut parfois tenir un vrai bon point de départ, avant de s’apercevoir très vite que l’on ne sait pas vraiment où l’on va. C’est malheureusement le cas de 38 Témoins.

Louise rentre d’un voyage professionnel en Chine. En rentrant, elle apprend que la nuit précédente, une jeune femme a été assassinée en bas de chez elle. Tout le monde dans le voisinage dit n’avoir rien entendu. Son propre mari, Pierre, lui dit même qu’il était encore au travail au moment des faits. Mais il est distant, comme si quelque chose le rongeait. Une nuit, il finit par tout lui raconter. Il était bien dans l’appartement, il a bien entendu les cris de la victime, mais par lâcheté, il n’a pas bougé, même pas pris son téléphone. Et si lui a entendu, tous ses voisins aussi…

Que l’être humain soit capable de lâcheté et d’indifférence face à une personne en détresse et même en danger de mort est un fait incontestable. Après, dire que la lâcheté est une caractéristique presque généralisée en est une autre. Ce n’est pas tout à fait le propos de 38 Témoins, mais pas loin. Qu’autant de personnes ne daignent même pas passer un simple coup de fil (on ne parle pas de descendre se battre avec l’agresseur) est trop gros pour être plausible. Le film s’appellerait 5 témoins, cela tiendrait déjà plus debout.

Ensuite, il y a la réaction des 37 autres témoins quand Pierre se met à parler, bien trop unanime, trop monolytique. Que la plupart lui en veuille, parfois jusqu’à la haine, d’avoir brisé la loi du silence, je trouve ça même logique. Mais qu’il n’y ait pas des réactions plus nuancées et même des soutiens nuit à l’intérêt du propos. Le personnage apparaît que comme une sorte de héros solitaire, le seul à ne pas accepter sa propre lâcheté, le seul à ne pas réussir à assumer sereinement sa culpabilité. Sa parole devrait, à mon sens, libérer d’autres personnes. Le seul contre tous, net parti pris de 38 Témoins, constitue pour moi une erreur.

Je suis désolé de raconter quelque peu le film, mais je voulais exprimer clairement pourquoi je n’ai pas été convaincu par la démonstration de Lucas Belvaux. Je suis resté froid face à cette réflexion sur un vrai sujet, qui à mon sens, méritait un peu plus de subtilité. Si d’un point de vue collectif, je le trouve mal traité, par contre, d’un point de vue individuel, c’est nettement plus réussi. Le parcours intellectuel de Pierre et l’impact sur son couple constituent le cœur du film et cela permet à 38 Témoins de ne pas être tout à fait un échec. Mais il aurait été totalement réussi s’il s’était limité à cette dimension là.

38temoins38 Témoins reste tout de même l’œuvre d’un réalisateur brillant. Tout le talent de Lucas Belvaux se ressent pleinement dans un dernier quart d’heure vraiment poignant. On oublie alors toutes les incohérences ou les faiblesses pour se laisser porter par l’émotion. Notre cœur se sert et on ressent enfin à quel point la culpabilité peut être un étau oppressant et insupportable quand on doit y faire face. On pourra simplement regretter que tout le film ne soit pas à l’image de cette magnifique séquence.

Yvan Attal est égal à lui-même dans ce film. Il n’est clairement pas l’acteur le plus expressif qui soit, mais il colle du coup totalement à son personnage. La vraie révélation se nomme Sophie Quiton… sauf que ça fait au moins la troisième fois qu’elle se révèle après Qui a Tué Bambi et surtout le très bon Poupoupidou, sorti l’année dernière. Espérons que cette nouvelle très belle performance lui permettra de l’installer définitivement comme une valeur sûre du cinéma français.

38 Témoins est donc au final un film inégalement réussi. On peut donc voir le verre à moitié vide ou à moitié plein. Malheureusement pour moi, c’est surtout la frustration qui a prédominé, du au sentiment qu’il ne manquait pas grand chose à ce film pour être nettement plus convaincant.

Fiche technique :
Production : Agat Films & Cie, France 3 Cinéma, Artémis production, Jérodiade, Films sous influence
Distribution : Diaphana Films
Réalisation : Lucas Belvaux
Scénario : Didier Decoin, d’arpès son roman
Montage : Ludo Torch
Photo : Perric Gantelmi d’Ille
Décors : Frédérique Belvaux
Musique : Arne Van Dongen
Durée : 104 mn

Casting :
Yvan Attal : Pierre Morvand
Sophie Quinton : Louise Morvand
Nicole Garcia : Sylvie Loriot
François Feroleto : le Capitaine Léonard
Natacha Régnier : Anne
Patrick Descamps : Petrini
Didier Sandre : le procureur Lacourt

COLONIA (A Camp) : Folk suédoise

coloniaacamp

coloniaacampBon, je suis donc là pour vous parler de Colonia, du groupe A Camp. Oh non, encore un groupe totalement inconnu, s’écrient alors certains. Et bien, oui et non. Il s’agit en fait du projet parallèle de Nina Persson. J’en vois qui continuent de faire des grands yeux écarquillés. Mais si voyons la chanteuse de The Cardigans… Ah bon sang, mais c’est bien sûr… Bon pour ceux à qui ça ne dit définitivement rien, il s’agit du groupe suédois qui chantait notamment Lovefool, sur la BO de Romeo + Juliet avec Leonardo Di Caprio… Si vous ne voyez toujours pas, là, je ne peux plus rien faire pour vous…

A Camp a donc vu le jour a deux reprises, lorsque The Cardigans se sont octroyés une pause bien méritée. Un premier album, éponyme, est sorti en 2001. Colonia est lui sorti en 2009. Nina Persson y est accompagnée par trois musiciens qui ne font pas partie de The Cardigans. Il s’agit d’un groupe, pas d’une carrière solo… même si cela y ressemble quand même un tantinet.

Le son de A Camp est relativement différent de celui de The Cardigans. Si ces derniers nous livraient une pop relativement sucrée, nous sommes ici devant une musique tirant beaucoup plus sur le folk ou la country. Colonia fait immédiatement penser à un album de Sheryl Crow. Et quand on connaît mon admiration pour l’ancienne Madame Armstrong, on sait que c’est un réel compliment. Surtout que ce n’est pas du tout du sous-Sheryl Crow, mais une série de titres pouvant vraiment rivaliser avec la belle Texane.

A part les titres Bear on The Beach et The Weed Had Got There First, il n’y a vraiment rien à jeter sur Colonia. Les instrumentations sont généralement assez épurées, la musique plutôt douce, mais on n’a pas l’impression d’entendre toujours le même titre. Nina Persson varie notamment l’intensité vocale avec laquelle elle interprète les morceaux de cet album. J’ai trouvé que plus elle y mettait de la conviction, plus les titres étaient bons. Elle ne possède pas la voix la plus extraordinaire qui soit, mais elle sait l’utiliser et elle possède tout de même assez de personnalité pour en apporter à ce qu’elle interprète.

Il manque peut-être, à l’inverse, un titre vraiment phare à ce Colonia. A Camp n’a pas trouvé son « Lovefool » et il n’est clairement pas présent sur cet album. Il est vrai qu’on se situe dans un domaine musical où la concurrence est rude. Bien sûr, voir un groupe suédois nous livrer une musique que l’on imagine plutôt issue des grands espaces américains peut quelque peu surprendre. Mais ça, ça ne s’entend pas. Du coup, malgré ses immenses qualités, on peut comprendre que cet album et même ce groupe soient passés quelque peu inaperçus. Le même album par des Texans pur souche aurait sûrement cartonné de l’autre côté de l’Atlantique. C’est peut-être un peu injuste, mais la vie l’est souvent…

Colonia de A Camp ravira donc les amateurs de musique douce, que l’on a envie d’interpréter simplement à la guitare au coin du feu… Personnellement, je fais avec Nina Persson dès qu’elle le veut…

Pour finir, faisons le tour des titres que l’on trouve sur Colonia.

1.: Crownin
Une jolie ouverture qui rappelle immédiatement Sheryl Crow.
2.: Stronger Than Jesus
Un titre plus énergique avec de la conviction dans la voix.
3.: Bear On The Beach
Un son plus doux, mais surtout plus transparent.
4.: Love Has Left The Room
A nouveau de la conviction et c’est tout de suite bien meilleur.
5.: Golden Teeth And Silver Medals
Un joli duo, avec un joli contraste vocal entre une voix claire et une voix plus grave et profonde.
6.: Here Are Many Wild Animals
Une instrumentation plus complexe, plus énergique pour un très bon titre.
7.: Chinatown
Une ballade simple et mélancolique, mais où la conviction dans la voix apporte un vrai plus.
8.: My America
La voix est plus poussée, mais reste maîtrisée. Plus énergique, très bon.

9.: Eau De Colonia
Un court interlude.
10.: I Signed The Line
Une ballade douce et très classique.

11.: It’s Not Easy To Be Human
Une ballade assez évaporée.
12.: The Weed Had Got There First
Lent et évaporé, mais aussi moins intéressant.

JOHN CARTER : Pas mal pour un film des années 60…

johncarteraffiche

johncarterafficheImaginez que vous viviez dans les années 60 et que vous soyez projeté à notre époque. Et là, après une période de désorientation, intrigué par l’extension qui semble avoir poussé au bout des bras des humains, à savoir le smartphone, vous vient l’idée d’aller au cinéma voir John Carter. En effet, le personnage vous est familier, puisqu’il a été crée en 1912. Vous vous dites que cela va vous permettre de retrouver un univers connu. Vous en ressortez particulièrement enthousiaste en vous écriant « Que c’est bien fait ! Que c’est beau ! Que c’est criant de vérité !». Et encore, je ne parle pas de l’effet de la 3D. Bon, le problème, c’est qu’aucun de nous n’est un voyageur temporel venu des années 60…

John Carter est mort. Il lègue à son neveu un récit de ses aventures. Des aventures qui l’ont mené… sur Mars, ou Barsoon comme on dit là-bas. Un monde en guerre dont le destin va se retrouver bouleverser par ce Terrien égaré.

 Autant le dire tout de suite, John Carter n’est pas kitch. Parce que kitch, ça inspire un petit peu de sympathie et de tendresse. Comme un retour à l’enfance, c’est presque rassurant. Non, ce film est juste totalement ringard. Pas moche, pas mal fait, ringard… Les moyens techniques sont là, le numérique permet de créer tout et n’importe quoi d’un clic de souris. Cependant, les équipes artistiques en charge de ce film ont réussi l’exploit de créer des décors et des costumes aussi convaincants que du temps du carton pâte. Voir le personnage faire des bons, habillé d’un pauvre pagne, rappelle au mieux le Tarzan version Johnny Weissmuller, au pire la série des Maciste, le héros en slip doré !

John Carter est parti pour être un des plus gros bides de l’histoire du cinéma, avec 200 millions de dollars de perte (au final, ça sera beaucoup moins grâce à l’exploitation à l’étranger et en DVD). C’est totalement mérité car ce film est un pur foutage de gueule. Quelle mouche a donc piqué Andrew Stanton, le réalisateur de Wall-E ? Même Roland Emmerich fait preuve de plus d’ambition artistique que lui dans ses film. Si au moins, il y avait l’excuse du manque de moyens… Au contraire, on sent bien que ce film a coûté un bras, puisque, encore une fois, c’est bien fait… C’est juste sans âme, ridicule à en devenir déprimant.

Après, si je fais preuve d’une totale honnêteté intellectuelle, je ne me suis pas ennuyé devant John Carter. La consternation est une forme d’intérêt, mais c’est surtout qu’il se passe des choses, y a de l’action ! Bon, le scénario n’est pas top-top, mais on a fait pire en la matière, puisqu’il y aurait presque un peu de complexité dans cette histoire. Il souffre par contre d’une trop grande naïveté. Certes, cela peut s’expliquer par le côté avant-gardiste de l’œuvre dont il est issu, la première à mélanger fantasy et science-fiction. Mais franchement, les scénaristes ne se sont pas foulés pour réinventer le mythe. Ca reste hyper basique et rien ne les obligeait à nous servir des dialogues tout droit sortis d’un nanar des années 60.

johncarterMais là où John Carter finit de sombrer, c’est au niveau du casting. Il faut dire qu’en choisissant un acteur principal portant le nom de Kitsch (ça ne s’invente pas), les producteurs de chez Disney ont donné le bâton pour se faire battre. Ce bellâtre a autant de talent que Liliane Bettancourt de lucidité. A ses côtés, Lynn Collins s’en sort beaucoup mieux, avec un minimum de personnalité. Sans parler de sa plastique… Par contre, ayons une pensée ému pour ce pauvre Mark Strong et son costume ridicule…

John Carter est un film où l’argent investi est inversement proportionnel au talent artistique mis en œuvre pour sa réalisation. Résultat, un vrai navet !

Fiche technique :
Production : Walt Disney Pictures
Distribution : Walt Disney Compagny
Réalisation : Andrew Stanton
Scénario : Andrew Stanton, Mark Andrews, Michael Chabon, d’après le Cycle de Mars d’Edgar Rice Burroughs
Montage : Eric Zumbrunnen
Photo : Dan Mindel
Format : 35mm
Décors : Nathan Crowley
Musique : Michael Giacchino
Effets spéciaux : Eamonn Butler
Durée : 140 mn

Casting :
Taylor Kitsch : John Carter
Lynn Collins : Dejah Thoris
Samantha Morton : Sola
Williem Dafoe : Tars Tarkas
Dominic West : Sab Than
Mark Strong : Matai shang
Thomas Haden Church : Tal Hajus

POSSESSIONS : Ligne trop droite

possessionsaffiche

possessionsafficheBeaucoup de films tirent leur intérêt du suspense quant au dénouement de l’intrigue. Mais comment cela va-t-il finir ? se demande alors le spectateur, qui, du coup, reste intéressé jusqu’au bout. Et puis, il y a ceux qu’on appelle… en fait, non ceux que j’appelle, puisque c’est une expression que je crois avoir plus ou moins inventé… les films de processus. On sait à peu près d’où on part, on sait immédiatement ou très vite où on va arriver. Tout l’intérêt réside dans la manière dont le chemin entre les deux se déroule. Possessions fait partie de cette catégorie puisqu’il est basé sur un fait divers connu. Malheureusement, le chemin est bien trop droit pour être vraiment intéressant.

 Marilyne et Bruno Caron s’apprêtent à changer de vie. Ils quittent le Nord et une vie très grise pour venir s’installer à la montagne. Mais surprise, quand ils arrivent sur place, leurs propriétaires, les Castang, vont leur annoncer que leur chalet n’est pas fini. C’est cependant presque une bonne nouvelle pour eux puisqu’ils sont installés dans un chalet plus grand. Cette solution s’avère vite temporaire et ils vont être obligés de changer de logement plusieurs fois, transformant le rêve en cauchemar. Et la sympathie en haine.

Si je devais résumer ce que je reproche à Possessions en une seule phrase, je dirais simplement que ce film n’a aucun intérêt. Tout simplement, parce qu’il nous présente un processus totalement linéaire. Pas de rebondissements, pas de surprises, juste une ligne droite entre un point A et un point B. Donc, on assiste exactement à ce à quoi on pouvait s’attendre. On a donc bien du mal à se passionner pour cette histoire, qui, de plus, mets face à face des personnages tout ce qu’il y a de plus antipathiques.

Mais ce qu’il m’a le plus gêné, c’est sans doute la caricature sociale. Possessions repose sur le contraste entre un couple en bas et l’autre en haut de l’échelle de la réussite, du pouvoir de l’achat et du patrimoine. Les uns sont plutôt élégants, les autres franchement beaufs et amoureux du tuning. Le portrait de ces derniers prête souvent à sourire tant il emprunte des lieux communs. Par exemple, quand il rentre chez lui, Bruno se met sur le canapé et il ouvre sa braguette… Bah oui, il est pauvre et n’a pas d’éducation, donc il déboutonne sa braguette. Logique… Bon, c’est un détail parmi tant d’autres, mais Eric Guirado use et abuse de ces facilités qui décrédibilisent son propos. Sûrement parce que, à l’image d’Etienne Chatillez dans la Vie est un Long Fleuve Tranquille, il décrit un milieu qui lui est étranger.

 

possessionsPossessions reste tout de même avant tout une réflexion sur la jalousie, la frustration sociale qui peut mener à la violence. Comment face à un ascenseur qui ne fonctionne pas, on est tenté de brûler tout l’immeuble… C’est beau ce que je dis… Sauf que trop d’imperfections viennent parasiter le fond du sujet. De plus, on est là face à une histoire très particulière, qui n’est pas vraiment symptomatique de quoique ce soit. On n’est pas là face à un film social, même si on y retrouve une forme de lutte des classes. Bref, tout concourt pour que ce film reste tout simplement purement anecdotique.

Le couple Jérémie Renier – Julie Depardieu n’a pas grand chose à se reprocher. Le premier n’est guère convaincant, mais c’est avant tout son personnage qui ne l’est pas. A l’impossible nul n’est tenu. Par contre, la seconde est presque surprenante dans un rôle plus dur que d’habitude. Elle sort un peu de ses habituels rôles de femme fragile et s’en sort vraiment bien. Un mot enfin sur Alexandra Lamy qui confirme, après Infidèles, qu’elle peut être utilisée à bon escient ailleurs que dans des comédies.

Possessions est un film dont on aurait pu saluer la forme, si le fond ne le rendait totalement inintéressant.

Fiche technique :
Production : Incognita Films
Distribution : UGC Distribution
Réalisation : Eric Guirado
Scénario : Isabelle Claris, Eric Guirado
Montage : Laure Gardette
Photo : Thierry Godefroy
Décors : Valérie Faynot
Son : Philippe Mouisset
Musique : Maidi Roth
Durée : 98 mn
 
Casting :
Jérémie Renier : Bruno Caron
Julien Depardieu : Maryline Caron
Lucien Jean-Baptiste : Patrick Castang
Alexandra Lamy : Gladys Castang
Benoît Giros : Christophe
Ludmila Ruoso : Sabrina

TERRAFERMA : Le paradis n’est plus ce qu’il était

terrafermaaffiche

terrafermaafficheAprès m’être rendu deux fois en Belgique (pour deux merveilleux voyages), en République Tchèque et en Norvège ces dernières semaines, je continue mon tour d’Europe du cinéma avec une destination plus classique cette fois-ci : l’Italie avec Terraferma. Il s’agit du nouveau film de Emmanuele Crialese, qui nous conduit sur la même petite île au large de la Sicile que dans Respiro, un film qui avait séduit le public et la critique, mais qui m’avait profondément ennuyé. Cette fois, par contre, je partage entièrement tout le bien qui a pu être écrit sur ce film !

Filippo et son grand-père font partie des derniers pêcheurs d’une petite île au large de la Sicile. Ce n’est plus suffisant pour vivre, alors l’été venant, ils décident de louer leur maison et de transporter les touristes sur leur bateau. Mais l’arrivée d’un groupe de clandestins va venir bouleverser leurs projets.

Le plus grand mérite de Terraferma est d’aborder un sujet plutôt grave, la traversée de la Méditerranée, au péril de leurs vies, par des clandestins venus d’Afrique, tout en étant jamais plombant. Beaucoup d’humanité, de l’humour, de très beaux paysages, des personnages attachants, tout ça donne un savoureux mélange où on ne s’ennuie jamais. Autant, Respiro était purement contemplatif, autant celui-ci est rafraîchissant et jamais inutilement mélodramatique.

C’est donc avant tout un film profondément humain et qui pose de vraie question sur le devoir de désobéissance quand des vies sont en jeu. La valeur de l’existence est-elle supérieure à celle de la loi ? La réponse peut sembler évidente, mais quand on risque soit même de détruire tout ce que l’on a construit, elle l’est tout de suite beaucoup moins. Jusqu’où peut-on aller dans le sacrifice ? Où s’arrête l’indifférence coupable ? Terraferma ne prétend pas apporter la moindre réponse à ces interrogations, sur lesquelles on peut discourir à l’infini. Mais il ne nous fait pas échapper au « et moi, qu’est ce que je ferai ? »… Là encore, la réponse est rarement évidente…

Terraferma séduit aussi par ses personnages auxquels on s’attache immédiatement. A une ou deux exceptions près, il ne sont pas du tout manichéens, ce qui contribue à l’intérêt du propos, mais aussi au processus d’identification. C’est un élément clé de ce film, car si les protagonistes nous laissaient froidement indifférents, on n’arriverait jamais à tout à fait entrer dans cette histoire très bien menée par ailleurs. C’est par leur intermédiaire que le film échappe aux bons sentiments et au misérabilisme en nous mettant face à la complexité de certains problèmes quand ils sont vécus par de vrais gens, avec leurs problèmes, leurs qualités et leurs défauts. On échappe ainsi totalement au « il faut, y a qu’à » parce qu’Emmanuelle Crisale a su parfaitement nous faire partager les sentiments des personnages.

terrafermaEnfin, Terraferma est un régal par ses décors. Emmanelle Crisale est visiblement amoureux de cette île, petit coin de paradis au milieu de la Méditerranée. Certes, il nous explique toujours qu’il n’est pas toujours facile de vivre au paradis, mais au moins, c’est un régal pour les yeux. On a vraiment envie d’y partir en vacances, de profiter des paysages et la mer bleue turquoise.

S’il y a une qualité que l’on peut reconnaître à Emmanuelle Crisale, c’est un vrai don pour la direction d’acteurs. Il a l’habitude de faire tourner des acteurs pas forcément hyper connus (même en Italie) et arrive toujours à tirer le meilleur. Dans Terraferma, nous pourrons découvrir notamment Donatella Finocchiaro, en mère de famille écartelée entre le soucis de préserver sa famille et son humanité, et le jeune Filippo Pucillo, écartelé entre à peu près les mêmes choses… A la fois, c’est le sujet central du film…

Terraferma est donc un film qui pousse à réfléchir, mais qui le fait sans être sinistre. Un film humaniste et rafraîchissant sous le magnifique soleil de la Méditerranée.

Fiche technique :
Production : Cattleya, Babe film, France 2 Cinéma, RAI Cinéma, Canal +
Distribution : Bellissima Films
Réalisation : Emanuele Crialese
Scénario : Emanuele Crialese, Vittorio Moroni
Montage : Simona Paggi
Photo : Fabio Cianchetti
Décors : Paolo Agnello
Musique : Franco Piersanti
Durée : 88 mn

Casting :
Filippo Pucillo : Filippo
Donatella Finocchiaro : Giuletta
Beppe Fiorello : Nino
Mimmo Cuticchio : Ernesto
Martina Codecasa : Maura
Tiziana Lodato : Maria
Claudio Santamaria : Finanziere