RUTLAND PLACE (Anne Perry) : Le charme à l’anglaise opère toujours

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rutlandplaceanneperryAh il s’en passe de belles dans les riches demeures du Londres de l’époque victorienne. Si vous en doutez, c’est que vous ne connaissez pas encore Anne Perry et sa série de romans policiers mettant en scène l’Inspecteur Pitt et son inénarrable femme, Charlotte. Un couple que l’on a toujours plaisir à retrouver. Un plaisir renouvelé une nouvelle fois avec ce Rutland Place.

Charlotte rend visite à sa mère qui semble étonnamment inquiète. Elle finit par avouer qu’elle vient de perdre ou de se faire voler un médaillon contenant un secret inavouable. Très vite, elles vont s’apercevoir que tout le quartier est touché par une série de disparitions d’objets personnels divers et variés. Et quand une jeune femme est retrouvée morte pour des raisons obscures, Charlotte commence à se demander si tous ces évènements ne sont pas liés.

Anne Perry se situe dans la grande tradition des romancières anglaises, filles spirituelles d’Agatha Christie. Rutland Place, comme les tomes précédents, fait forcément penser à la maman d’Hercule Poirot. Mais il y a une vraie différence entre les deux puisque l’une aimait les huis-clos dans une seule et même demeure, quand sa successeur nous fait toujours découvrir tout un quartier d’un coup. Mais les deux s’attachent à nous montrer l’hypocrisie d’un milieu où les conventions sociales étouffent totalement l’expression des sentiments, y compris les passions les plus enflammées qui peuvent conduire jusqu’au meurtre.

La grande qualité de Rutland Place repose avant tout sur la manière dont Anne Perry déroule et étoffe progressivement son intrigue qui part sur des bases très anodines. Puis les évènements visiblement sans lien se rassemblent et constituent peu à peu un corps narratif plus consistant. Ensuite, le récit se poursuit de manière beaucoup plus classique. Ce roman est donc un peu un double puzzle : un qui dessine la nature du crime, l’autre, évidemment, l’identité du coupable et ses motivations. Ainsi l’intérêt du lecteur est toujours en éveil, dans un récit qui aurait pu pourtant ressembler à tant d’autres.

Après, évidemment, Anne Perry ne produira jamais de très grande littérature. Rutland Place n’échappe pas à la règle. Cela reste du polar gentillet et divertissant, se lisant à grande vitesse, pas complètement inoubliable, mais qui permet de passer un agréable moment. Le charme de ce genre de série tient aussi dans le plaisir que l’on a à retrouver les principaux protagonistes. Le couple Pitt fonctionne toujours aussi bien, même si le ressort narratif qu’il active reste un peu toujours le même. Mais Anne Perry a la très bonne idée de moins se focaliser sur ses personnages et un peu plus sur l’intrigue. Du coup, on échappe largement à l’impression de déjà vu. De plus, ce roman peut très bien se lire, même si on n’a pas déjà parcouru les épisodes précédents de la série, même si, du coup, les héros pourront sembler décrits un peu succinctement.

La plume d’Anne Perry reste légère et agréable. Le récit est vivant, construit surtout à base de dialogue. Là aussi, on reconnaîtra la trace d’une tradition née avec Agatha Christie. Rutland Place se lit vraiment vite et il est difficile de l’imaginer comme cause première de la moindre migraine. Il nous livre une nouvelle galerie de portraits, les habitants de la rue, mais toujours de manière aussi vivante et savoureuse. Encore une fois, on retrouve un peu les mêmes archétypes que dans le reste de la série, mais le charme continue d’agir, alors on ne se plaint pas trop.

Même si l’hiver est là, Rutland Place constitue une lecture légère, parfaite pour la plage, mais qui peut aussi agrémenter une petite soirée au coin du feu… avec un bon thé… à l’anglaise.

L’ORDRE ET LA MORALE : Le fond et la forme

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lordreetlamoraleafficheLa Nouvelle-Calédonie est un morceau de France qui semble bien lointain à tous ceux qui habitent la Métropole. Elle reste pourtant au centre de grandes tensions quant à son avenir au sein de la République. Un référendum d’autodétermination devrait intervenir en 2014, aboutissement d’un processus amorcé en 1988 par les accords de Matignon. Ces derniers ont fait suite aux évènements survenus sur l’ile d’Uvéa. Evènements que Matthie Kassowitz, pour son retour en France, se propose de nous raconter dans son nouveau film, l’Ordre et la Morale.

Le Capitaine Philippe Legorjus est envoyé en Nouvelle-Calédonie, avec son équipe du GIGN, suite à l’enlèvement de 30 gendarmes, retenus en otage dans un lieu inconnu. Une fois le contact établi avec les rebelles, il commence alors un travail de dialogue pour arriver à une issue pacifique. Mais y a-t-il quelqu’un pour l’écouter alors que le second tour de l’élection présidentielle est dans quelques jours ?

S’attaquer à un tel sujet est une entreprise très courageuse de la part de Matthieu Kassovitz. En effet, même quinze ans plus tard, les plaies sont encore vives, pour preuve les doutes sur la distribution de ce film sur le territoire de Nouvelle-Calédonie. La polémique fait encore rage sur le déroulé exact des évènements et les responsabilités des uns et des autres dans ce qui a constitué incontestablement un désastre humain. L’Ordre et la Morale prend clairement partie et on ne pourra pas reprocher à l’auteur de la Haine de s’être servi d’un événement tragique pour ne chercher qu’à produire un film spectaculaire. Il a souhaité délivrer un message fort. Après on peut toujours le contester, mais ce n’est sûrement pas l’objet d’une critique ciné.

Malheureusement, si on fait abstraction du sujet, L’Ordre et la Morale reste un film cinématographiquement très moyen. On passera rapidement sur le fait qu’une large partie du casting soit composée d’acteurs non professionnels. Si les kanaks s’en sortent plutôt bien, les militaires sont parfois vraiment à la limite du hors-jeu. Comédien, c’est comme soldat, c’est un métier. Mais plus globalement, ce film souffre de trop d’effets de style lourdingues, une sorte de Apocalypse Now du pauvre. On citera notamment une utilisation parfois malheureuse d’effets sonores, censés souligner le caractère dramatique de la situation, mais qui flirtent parfois avec la parodie.

lordreetlamoraleL’Ordre et la Morale pêche donc autant par la forme qu’il était courageux par le fond. Au final, on ne peut pas vraiment dire que l’on s’ennuie, malgré quelques longueurs. On reste vraiment intéressé par le sujet et même si la fin est connue, on a très envie de voir jusqu’où le gâchis va aller. Si le but de Mathieu Kassovitz était avant tout de délivrer un message, il a pleinement atteint son but. Si son retour en France, après la réalisation d’une série de navets hollywoodiens, devait signifier une confirmation des espoirs nés au moment de la Haine ou de Un Héros Très Discret, c’est déjà nettement moins réussi.

Matthieu Kassovitz n’est pas que le réalisateur de l’Ordre et la Morale, il en est aussi le principal acteur. Sa performance est à l’image de son film. Il y met toute sa conviction et son énergie, mais son rôle connaît trop de faiblesses pour que la performance soit inoubliable. Les dilemmes moraux de son personnage sont au centre du scénario, mais le Colonel Legorjus reste avant tout un militaire qui obéira quoiqu’il arrive aux ordres. Jamais, on ne sent pointer en lui l’envie de révolte et du coup, le personnage paraît un peu plat.

Beaucoup des défauts de l’Ordre et la Morale tiennent à sa volonté de coller avec la réalité des évènements. Mais cette dernière n’a pas toujours le sens du rythme et la profondeur d’une bonne fiction. Du coup, il reste un film qui inspire des sentiments partagés, même si on ne pourra que saluer le courage de Matthieu Kassovitz de s’attaquer à ce sujet encore douloureux.

 

Fiche technique :
Production : Nord-Ouest Films, UGC Images, Studio 37, France 2 Cinéma, Orange Cinéma Séries, Kasso Inc, MNP
Distribution : UGC distribution
Réalisation : Mathieu Kassovitz
Scénario : Mathieu Kassovitz, Pierre Geller, Benoît Jaubert, Serge Frydman, d’après le livre de Philippe Legorjus
Montage : Mathieu Kassovitz, Thomas Beard, Lionel Devuyst
Photo : Marc Koninckx
Son : Yves Coméliau, Guillaume Bouchateau, Cyril Holtz, Philippe Amouroux
Musique : Klaus Badelt, Les tambours du Bronx
Durée : 136 mn

 
Casting :
Mathieu Kassovitz : Capitaine du GIGN Philippe Legorjus
Iabe Lapacas : Alphone Dianou
Malik Zidi : JP Perrot
Alexandre Steiger : Jean Bianconi
Daniel Martin : Bernard Pons
Philippe Torreton : Christian Prouteau
Steeve Une : Samy
Sylvie Testud : Chantal Legorjus

INTOUCHABLES : Un joli rayon de soleil

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intouchablesafficheDécidemment, le cinéma français vole de succès en succès en cette fin d’année 2011. Alors que l’on pensait avoir atteint des sommets au box-office avec The Artist, voilà que Intouchables vient tout balayer sur son passage avec un succès populaire aussi fulgurant qu’inattendu. Une bonne nouvelle pour le 7ème art hexagonal et une nouvelle preuve que le public fait ses propres choix et il est parfois difficile de les expliquer. Enfin, dans le cas qui nous intéresse ici, les qualités du film constituent la première des explications.

Driss est un jeune de banlieue qui colle parfaitement aux clichés. Noir, vêtu d’un survêtement, grande gueule, il sort tout juste de six mois de prison pour un braquage. Il postule alors pour un poste d’assistant de vie auprès d’un riche tétraplégique, uniquement pour justifier de sa recherche d’emploi et toucher ses Assedic. Mais contre tout attente, en au premier lieu la sienne, il est embauché. Le succès de Intouchables s’explique par différentes, et surtout bonnes raisons.

Tout d’abord, le message qu’il délivre est simple, clair et extrêmement positif. Le film possède une formidable capacité à emporter l’adhésion du spectateur qui ne demande qu’à croire qu’à cette histoire presque trop belle pour être vraie (même si elle est largement). Le tout est porté par un humour efficace qui permet au film d’échapper totalement au misérabilisme. « Les jeunes de banlieue n’ont aucune pitié ! » « C’est justement pour ça que je l’ai embauché », citation approximative, mais qui résume très bien l’esprit de ce film.

Intouchables ne rit pas d’un jeune des banlieues et d’un tétraplégique, mais avec eux. Le couple qu’ils forment, où chacun taquine l’autre sur ses différences et ses faiblesses, fonctionne à la perfection. On s’attache aussi bien à Driss qu’à son employeur car jamais l’un ne prend le pas sur l’autre, aussi bien dans le scénario que dans l’interprétation. Du coup, on entre totalement dans cette comédie qui ne faiblit jamais et nous fait rire du début à la fin par un humour qui va du premier au dixième degré, jamais vulgaire, jamais facile.

intouchablesIl ne faut voir dans Les Intouchables qu’une comédie. Une comédie incroyablement intelligente, qui possède un vrai fond, qui délivre un message fort et percutant, mais une comédie avant tout. Car le film possède par ailleurs certaines limites. Le personnage de Driss notamment passe du statut jeune braqueur de banlieue à celui de bisounours de manière un peu trop immédiate pour être tout à fait crédible. Il manque sûrement d’une certaine ambiguïté, son parcours n’est sans doute pas assez jalonné de doute pour donner à ce film une autre dimension sociale et une profondeur supplémentaire. Mais l’équilibre du scénario en aurait été profondément bouleversé, le film aurait été tout autre et son succès sûrement moindre. Et le message qu’il délivre sûrement moins entendu…

Intouchables nous prouve une nouvelle fois qu’un comique se révèle quasiment toujours à coup sûr un grand acteur, pour peu qu’il soit un minimum dirigé. Omar Sy constitue la vraie révélation de ce film, à un niveau lui aussi inattendu. Qu’il arrive à tenir tête ainsi à François Cluzet prouve la qualité de son interprétation. Les deux sont tout simplement géniaux, encore plus dans leur jeu en commun que dans leur performance individuelle. Ce film vaut bien plus que la somme de ses parties. Le reste du casting est lui aussi formidable, avec une foule d’excellents seconds rôles. On notera notamment la présence à l’écran de la sublime Audrey Fleurot toujours aussi… aussi… Bref, les amateurs me comprendront.

Intouchables connaît donc un succès peut-être irrationnel, mais sûrement pas immérité. Une comédie aussi drôle qui parle avec autant d’intelligence de sujet aussi grave, voilà le tour de force réalisé par Eric Toledano et Olivier Nakache. Un vrai rayon de soleil dans la morosité ambiante.

Fiche technique :
Production : Quad productions, Gaumont, TF1 Films productions, Chaocorp, Ten Films
Distribution : Gaumont distribution
Réalisation : Eric Toledano, Olivier Nakache
Scénario : Eric Toledano, Olivier Nakache, d’après une histoire vraie
Montage : Dorian Rigal-Ansous
Photo : Mathieu Vadepied
Décors : François Emmanuelli
Musique : Ludovico Einaudi
Durée : 112 mn

Casting :
François Cluzet : Philippe
Omar Sy : Driss
Anne Le Ny : Yvonne
Audrey Fleurot : Magalie
Clothilde Mollet : Marcelle
Cyril Mendy : Adama
Grégoire Oestermann : Antoine

LES CHRONIQUES DE KRONDOR, TOME 4 : TENEBRES SUR SETHANON (Raymond E. Feist) : Une conclusion après rebond

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tenebressursethanonraymondefeistTénèbres sur Sethanon constitue 4ème tome des Chroniques de Krondor qui ont donné vie au monde de Midkemia, exploité par Raymond E. Feist à travers de nombreuses suites. Après un troisième volet, Silverthorn quelque peu décevant, cette conclusion provisoire place définitivement cette saga d’heroic fantasy dans les œuvres solides du genre. Le petit coup de moins bien était donc provisoire et c’est tant mieux !

Les Faucons de la Nuit sont de retour à Krondor et tentent une nouvelle fois de tuer Arthura, afin d’accomplir la prophétie. Ils finissent par arriver à leur fin. Du moins, c’est ce que leur laisse penser le Prince, qui simule son propre décès pour quitter la ville et se rendre dans les lointaines terres du Nord pour terrasser directement son ennemi. Pendant ce temps, Pug, aidé de Tomas, part à la recherche du seul être capable de les aider à défendre le Royaume contre les forces qui le menace : Macros le Noir.

Les Chroniques de Krondor, tome 4 : Ténèbres sur Sethanon confirme donc que les promesses des deux premiers épisodes n’étaient pas vaines. On y retrouve un récit solide, rythmé, riche en péripéties et rebondissements. Le fait que l’on arrive à l’achèvement d’un cycle aide évidemment à accélérer les évènements, mais Raymond E. Feist retrouve réellement toute l’inspiration qui avait séduit au début de la saga. Au final, le troisième tome n’aura donc constitué qu’un ralentissement passager, mais absolument pas une rupture.

Une des grandes qualités de Les Chroniques de Krondor, tome 4 : Ténèbres sur Sethanon est d’exploiter pleinement les éléments restés en suspens lors des épisodes précédents. Je ne jurerai pas sur ma propre existence que Raymond E. Feist savait dès la première ligne de Pug, l’Apprenti où il allait finir par conduire son récit, mais ce dernier possède tout de même une vraie cohérence. Jamais il ne s’affranchit de ce qu’il a pu exposer précédemment et y puise au contraire constamment pour donner toujours plus de consistance à l’univers qu’il a créé.

Comme le reste de la saga, Les Chroniques de Krondor, tome 4 : Ténèbres sur Sethanon souffre d’un léger manque d’originalité. Ce n’est pas vraiment un défaut, mais une réelle limite. On est en effet ici devant de l’heroic fantasy pure et dure, sans jamais utiliser autre chose que des éléments ultra classiques. Encore une fois, le tout forme un récit dans lequel on entre facilement et un monde cohérent et solide, mais qui ne dépaysera pas tant que ça les vrais amateurs du genre.

A l’inverse, Raymond E. Feist possède tout de même une plume bien plus aiguisée que beaucoup de ses collègues qui ne jurent que par les elfes et les dragons. Le récit est vivant, se parcourt sans difficulté, malgré sa richesse. La partie descriptive a été largement achevé lors des trois tomes précédents, du coup, Les Chroniques de Krondor, tome 4 : Ténèbres sur Sethanon laisse une très large part à l’action pure. Evidemment, on n’échappe pas aux explications finales du pourquoi du comment, mais elles sont suffisamment convaincantes pour ne pas du tout alourdir le récit.

Je suis donc définitivement heureux d’avoir entamé ce voyage à Midkémia. Les Chroniques de Krondor, tome 4 : Ténèbres sur Sethanon n’est sûrement pas l’œuvre d’heroic fantasy du siècle. Mais elle possède assez de qualités pour pousser le lecteur à vouloir poursuivre sa route dans ce monde.

SWINGING STRINGS (Joscho Stephan) : Les débuts d’un immense artiste

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swingingstringsjoschostephanJ’ai découvert Joscho Stephan complètement par hasard à l’occasion d’un voyage en Allemagne. Je vous épargnerai un nouveau récit des circonstances exactes. Ceux que ça intéresse peuvent se référer à mon avis sur Django Forever, un autre de ses albums. En effet, je suis là aujourd’hui pour vous parler de Swinging Strings. Un album enregistré alors qu’il n’avait même pas 20 ans.

Petit rappel tout de même : Joscho Stephan est un prodige du jazz manouche. Il a été élu guitariste du mois par le magazine américain Guitar Player dès l’âge de 19 ans. Depuis, le talent s’est confirmé et il est devenu une des références internationales de ce genre musical, popularisé avant lui par Django Reinhardt. Swinging Strings était son premier album sorti en 1999.

Je n’ai pas du tout fait exprès d’écouter d’abord Django Forever avant Swinging Strings. Passer de l’un à l’autre, c’est faire un voyage dans le temps, mais à l’envers. Cela permet de se rendre compte à quel point la maturité peut sublimer un talent naturel aussi incroyable qu’il soit à la base. Beaucoup de chemin a donc été parcouru entre les deux albums. Mais le point de départ était déjà très haut.

En effet, si ma critique de Swinging Strings sera moins dithyrambique que celle de Django Forever, il n’en reste pas moins qu’on est là devant un excellent album qui permet aisément de comprendre pourquoi le succès fut immédiat et mondial. On y retrouve ce talent, cette maîtrise et surtout cette dextérité extraordinaire lorsque le rythme s’accélère. Il manque simplement parfois un zeste d’inspiration qui aurait éviter à certains titres de trop se ressembler. Les plages 11 à 16 notamment son relativement similaires. Cela ne retire rien à leur qualité certes, mais on a parfois l’impression que Joscho Stephan a manqué un peu d’inspiration pour conclure son album.

Swinging Strings permet donc de parler d’immense talent, pas encore tout à fait de génie. Car pour l’avoir vu sur scène, je peux vous promettre que Joscho Stephan est de ce acabit là. On retiendra tout de même de cet album, un magnifique dialogue entre la guitare et le violon (I Don’t Mean a Thing), un morceau particulièrement dansant (Avalon), une ballade envoûtante (Anouman) et une très belle reprise de Mr. Sandman qui n’est pas que la musique des pubs pour Auchan. A l’inverse, Little Walz ou encore Tango for Django sont un peu plus en retrait. Mais enfin tout cela reste très relatif.

Encore une fois, je ne suis vraiment pas un fan de jazz… Bon ok, il s’agit de jazz manouche, ce qui est loin d’être la même chose, même si les parentés sont évidentes. En tout cas, Swinging Strings, comme le reste de l’œuvre de Joscho Stephan pourra séduire bien au-delà des amateurs du genre et même globalement au-delà des amateurs de musique purement instrumentale. Evidemment, si vous ne deviez écouter qu’un seul album, je ne vous conseillerai pas forcément celui-là, puisqu’il est loin d’être le plus abouti. Par contre, si vous avez l’opportunité un jour de le voir sur scène, n’hésitez pas une seule seconde. C’est un spectacle à couper le souffle !

Pour finir, faisons le tour des titres que l’on trouve sur Swinging Strings.

1. Swinging Strings
Un morceau tout de suite gai et entraînant.

2. Django’s Tiger
Très proche de Django et parfaitement exécuté.

3. I Don’t Mean a Thing
La guitare et le violon rivalisent de dextérité.

4. September Song
Une très jolie ballade romantique.

5. Mr. Sandman
Un air connu dans une très jolie version.

6. Avalon
Un incroyable dextérité pour un titre très dansant.

7. Little Waltz
Sonne un peu comme un exercice de style.

8. Swing 42
Un swing agréable, où le violon apporte un vrai plus.

9. After You’ve Gone
L’essence même du jazz manouche. Mais du coup, ça a un petit air de déjà entendu.

10. Anouman
Une ballade envoûtante.

11. Limehouse Blues
Un court swing plein d’énergie.

12. Undecided
Un swing aux accents romantiques.

13. Tango for Django
Un swing un peu répétitif.

14. Honeysuckle Rose
Un swing enjoué, tout en maîtrise.

15. Premiere
Un swing un peu sombre.

16. Lady Be Good
Un swing qui résume très bien l’album.

17. Take the a Train
Un très beau final, très envoûtant

ENGAGEZ VOUS QU’ILS DISAIENT !

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overbookeSi j’avais consulté mon agenda avant d’acheter mes billets de train, j’aurais donc eu 6 réunions en 4 jours dans le cadre de mes activités non professionnelles. Finalement, j’en aurai eu que 5 en trois jours, mais c’est quand même déjà pas mal. Trop même j’ai envie de dire parce que ce soir par exemple, j’aurais nettement préféré passer ma soirée tranquille sur mon canapé ou au cinéma. Mais comme le devoir m’appelle, je vais remettre le couvert une nouvelle fois.

 

Evidemment, toutes mes semaines ne ressemblent pas à celle-là. Je ne vais pas non plus joué le mec super overbooké, même si objectivement, j’ai quand même un emploi du temps extra-professionnel assez chargé. Et encore, j’ai déjà mis le holà à un certain nombre de sollicitations et j’hésite à répondre à d’autres, afin de préserver un minimum de liberté dans mon planning. J’en connais qui ont perdu toute vie personnelle en dehors du militantisme et je n’ai pas du tout envie de ressembler à ça.

Mais pourquoi me plaindre d’avoir ma semaine surchargée alors que personne ne m’a forcé à militer et à me faire élire conseiller municipal ? Je l’ai voulu, je l’ai eu… Globalement, je ne me plains pas en fait, c’est juste cette semaine qui se goupille mal. Mais il est vrai que ce n’est pas non plus la première fois que je traîne les pieds, que je n’ai pas envie, mais que j’y vais quand même puisque je suis quand même quelqu’un de plutôt consciencieux. Cependant une question demeure : pourquoi ?

Je pourrais évidemment répondre que je fais cela parce que j’estime que c’est mon devoir de citoyen de n’impliquer, que je fais ça par pur altruisme envers la collectivité et en particulier les plus fragiles de mes concitoyens, que mes convictions les plus profondes me poussent à vouloir changer le monde… Tout cela ne serait que du blabla. Non que cela soit sans fondement, mais je ne crois pas que l’on tient là l’étincelle qui a tout déclenché.

En effet, je ne crois pas avoir cela dans le sang. En effet, avant mon adhésion au PS, au lendemain de l’élection de Nicolas Sarkozy (à prendre au sens littéral, puisque j’ai effectivement fait ça le lundi matin), je n’avais jamais eu aucune activité extra-scolaire ou professionnelle (hors les activités en école d’ingénieur, période un peu à part). Et quand je dis aucune, c’est aucune. Pas de club ou de cours quels qu’ils soient, à part pour apprendre à nager ou à conduire.

Mon engagement est venu à un moment de ma vie qui m’a amené à me poser. J’ai beaucoup déménagé dans ma vie et mon arrivée à Viroflay correspond à la première fois où je suis à un endroit sans savoir si et quand je vais en repartir. Je n’avais donc plus aucun obstacle à un investissement à long terme dans une activité.

Enfin, soyons honnêtes, à la base de toute activité, même celles qui semblent la plus altruiste, il y a une forme de plaisir un peu narcissique. Celui de se sentir utile, de s’entendre dire que l’on a besoin de soi, de récolter quelques bravos et quelques compliments admiratifs. Même les critiques quelque part flattent. Les gens importants sont souvent les plus critiqués. En plus, je m’implique dans un domaine qui n’est sûrement pas le dernier à rassembler des égo démesurés et c’est vrai que l’on a vite fait de se prendre au jeu et de se métamorphoser en sale con. Alors, tous ceux qui sortent du « mais non, je ne fais pas du tout ça pour ça » mentent forcément un peu, se mentent forcément un peu.

Mais après tout c’est humain… Et je compte bien le rester…

MEMENTO : Et le génie se révéla

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mementoafficheChristopher Nolan est dors et déjà un très grand du cinéma, dont les films sont destinés à accéder au rang de classiques. Il a désormais à sa disposition des budgets conséquents et une grande liberté artistique, puisque jamais ces œuvres ne sont « faciles » d’accès. Une chance rare qu’il exploite pleinement. Pourtant, tout cela avait commencé en 2000 avec une production sans grands moyens, Memento, mais au scénario tellement révolutionnaire que le succès fut au rendez-vous. Sa carrière était lancée et bien lancée.

Lenny abat un homme d’une balle dans la tête dans une maison isolée. Pourquoi ? Parce que l’homme a violé et tué sa femme. Comment le sait-il ? Là est la question car Lenny souffre d’un handicap rare. Blessé à la tête, il est incapable de former de nouveaux souvenirs. Comment alors croire ce qu’on lui dit quand on est incapable de reconnaître un interlocuteur avec qui on a discuté la veille ?

Memento est un film unique en son genre. Je ne sais pas si c’est lui qui a inspiré cette mode insupportable du scénario raconté en flashback, mais ce ne sont de toute façon que de pâles copies puisque Christopher Nolan pousse ici le concept beaucoup plus loin. En effet, l’histoire est tout simplement racontée à l’envers. Plus clairement, les scènes s’enchaînent dans l’ordre chronologique inverse, comme si le film était monté en sens inverse.

La première réaction est évidemment : mais on ne doit rien comprendre ! Et c’est là, que le génie de Christopher Nolan, et de son frère co-auteur du scénario, intervient. Car Memento n’est pas plus compliqué à suivre qu’une polar-thriller classique, avec rebondissements et fausses pistes. Ceci est évidemment rendu possible par la particularité du personnage qui n’agit jamais en fonction de ce qui s’est passé précédemment puisqu’il ne s’en souvient pas. Une fois que l’on a compris le principe, et cela vient rapidement, on se laisse porter par cette histoire tellement originale sur la forme qu’on en oublie qu’elle ne l’est pas tant que ça dans le fond.

mementoMais Christopher Nolan ne se distingue pas que par son incroyable faculté à mettre en image des scénarios incroyablement originaux ou complexes. Il possède également une vraie sensibilité esthétique qui fait de ses films des œuvres visuellement très abouties. Il a cette faculté rare de mettre en lumière des éléments de décors pour servir son histoire et sa compréhension. Quant à son sens de la photographie et son utilisation de la musique, ils sont aussi d’un niveau qui le situe parmi les grands, les très grands. Evidemment, Memento n’échappe pas à la règle, même si on sent tout de même que ce film n’a pas bénéficié des mêmes besoins que ses œuvres suivantes.

Memento constitue le plus beau rôle de Guy Pearce, très bon second rôle habituel d’Hollywood, mais qui ici tient une large part du film sur ses épaules. C’est sans doute dans ce domaine que réside la seule vraie limite de ce film, à une époque où Christopher Nolan ne pouvait pas encore se payer un Al Pacino, un Christian Bale, un Hugh Jackman ou un Leonardo Di Caprio. Le reste du casting est efficace, à défaut d’être génial, avec une mention spéciale tout de même pour Carrie-Anne Moss, toujours aussi séduisante.

Memento, comme son nom l’indique, est un film que l’on oublie pas. Un vrai film culte, mais pour les bonnes raisons. Un film signé par un très grand réalisateur.

Fiche technique :
Production : I Remember productions, Newmarket, Team Todd
Distribution : UFD
Réalisation : Christopher Nolan
Scénario : Christopher Nolan
Montage : Dody Dom
Photo : Wally Pfister
Son : William Fiege
Musique : David Julyan
Durée : 113 mn

Casting :
Guy Pearce : Leonard Shelby
Carrie-Anne Moss : Natalie
Joe Pantoliano : John Edward Gammell
Mark Boone Jr. : Burt Hadley
Russ Fega : le serveur
Jorja Fox : Catherine Shelby

UN PLAN APPLIQUE AVEC RIGUEUR

fillonsarko

fillonsarkoQuand on veut tuer son chien, on dit qu’il a la rage prétend le proverbe. Voilà sûrement un adage que Nicolas Sarkozy et François Fillon connaissent sur le bout de doigts, vu que c’est exactement ce qu’ils sont en train de faire avec les finances de l’Etat. Cela fait longtemps qu’ils ont commencé et on n’est pas loin d’en arriver à l’exécution finale.

Le gouvernement actuel, et plus généralement la droite depuis dix ans, a suivi une tactique politique vieille comme le monde. Pour se débarrasser de quelque chose (institution, système de protection sociale, organisme paritaire…), commencez par lui couper les vivres, si possible progressivement, histoire que cela ne se voit pas trop. Evidemment, à terme, la chose en question va devenir déficitaire de manière structurelle. Il sera alors temps de dénoncer cet état de fait (pourtant sciemment provoqué par celui qui dénonce) et de tenter de convaincre qu’il est désormais indispensable de couper dans les dépenses.

L’ensemble des cadeaux fiscaux accordés par la droite procède exactement de cette logique. Bien sûr, il n’explique pas à lui seul les difficultés budgétaires actuelles, mais sans eux, notre pays n’aurait aucune crainte quant à la conservation de son triple A, avec notamment une dette inférieure de 20 points de PIB qu’actuellement. En attendant, les 100 milliards de recette fiscale annuelle se sont bien évaporés, principalement au profit des plus aisés, alors que les efforts que le gouvernement vient de nous promettre seront à supporter par tout un chacun.

Evidemment, le gouvernement a justifié les cadeaux passés par une toute autre raison. A son sens, ils devaient favoriser la croissance, reprenant à son compte la vieille théorie qui veut que l’argent que l’on donne aux plus riches finit toujours par ruisseler vers les plus modestes. Idée qu’un siècle d’études économiques a totalement discrédité, mais qui continue de guider bien des politiques étatiques. On sait pourtant, et là on est de l’ordre du fait et non de l’opinion, que le taux global de fiscalité n’a quasiment aucune incidence sur le dynamisme économique. Ce qui ne signifie pas que la fiscalité n’a aucune incidence, bien au contraire. Mais ce qui compte, c’est la manière dont le système fiscal fonctionne globalement, dans quelle mesure est-il juste, est-il redistributif et permet de financer des investissements utiles. Le Danemark est le pays au monde où la pression fiscale est la plus forte, mais aussi un des plus riches, alors que le pays les plus pauvres ont généralement des fiscalité inexistante.

La baisse de la TVA dans la restauration est le meilleur exemple de politique destructrice de recettes pour un bénéfice quasi nul. Le gouvernement fait bien machine arrière, mais passer de 5,5% à 7% n’est pas tout à fait comparable à passer de 19,6% à 5,5%. Le mal est fait, le trou est là et on va demander à chacun de prendre sa retraite plus tôt pour pouvoir le boucher. De manière globale si la politique de Nicolas Sarkozy avait favorisé la croissance et l’emploi, cela se serait vu. Certes, la crise mondiale est passée par là. Mais l’excuse ne tient pas puisque tous les économistes vous expliqueront que c’est justement le système de protection social français (on parle d’amortisseurs automatiques) qui a limité l’impact de la crise dans notre pays, ce même système que le gouvernement s’évertue à détruire. Non, le vrai problème posé par la crise est qu’elle a fait perdre le contrôle de la situation au gouvernement qui ne peut plus procéder de manière progressive et indolore.

Ce qu’il y a de plus insupportable dans cette manière de procéder est qu’elle cherche à nier la possibilité même d’un choix démocratique. Choisir entre une société à fiscalité élevée mais à services publics forts et une société où la feuille d’impôt est plus légère mais sans mécanisme de solidarité très développé est un vrai sujet de débat politique et de clivage droite/gauche. C’est une question de fond sur laquelle les électeurs doivent se pencher à chaque scrutin. Mais ce discours de « on n’a pas le choix », « on ne peut pas faire autrement », comme si l’économie était dirigée par des lois naturelles incontournables, est tout simplement mensonger. On n’est pas dans un débat « ça marche » contre « ça ne marche pas », mais on est face à une vraie alternative où chaque citoyen doit se positionner. Après la mise en œuvre de ce choix pourra être plus ou moins efficace.

Le dernier plan d’austérité n’est qu’un vulgaire saupoudrage de demi-mesures, ne répondant en rien à un enjeu qui est profondément systémique. C’est notre fiscalité tout entière qui est à revoir. François Hollande en a fait un de ses principaux axes de campagne et on peut difficilement lui reprocher de ne pas proposer un projet global et concret dans ce domaine. Après, on peut toujours en contester la validité et proposer autre chose.

En attendant, le gouvernement bricole et nous payerons tous les pots cassés.

WEST (Lucinda Williams) : Flirt décevant avec le sinistre

westlucindawilliams

westlucindawilliamsLe folk américain a donné naissance à de nombreuses artistes qui écument les scènes d’outre-Atlantique depuis des décennies. Mais tout le monde n’est pas Bob Dylan et tous n’ont pas acquis une renommée mondiale. C’est le cas par exemple de Lucinda Williams, une chanteuse née en 1953 en Louisiane. Elle a sorti son premier album en 1979 et en compte désormais 10 à son actif, dont West sorti en 2007.

10 albums en 32 ans de carrière, on a connu plus prolifique. On imagine bien que chacune de ses œuvres doit être très attendue de la part de ses fans… dont je ne vais pas faire partie. J’avoue avoir débuté l’écoute de West sans avoir la moindre idée de ce que j’allais entendre. Mais jamais je ne suis complètement rentré dans cet album qui démontre une grande maîtrise, mais manque passablement d’enthousiasme.

Lucinda Williams se caractérise notamment par une voix rocailleuse, particularité qui ne doit sûrement pas s’arranger avec l’âge. Enfin, ce n’est pas un défaut non plus car cela donne une réelle personnalité à son chant. Et puis quand on navigue entre blues, folk et country, ce genre d’organe semble même idéal. Mais du coup, la voix n’est pas belle en elle-même. Son originalité n’aura vraiment de valeur que si elle est parfaitement utilisée.

Dans West, Lucinda Williams nous livre une très large majorité de titres sur le thème de la ballade plutôt triste ou mélancolique. Il est vrai que sa voix s’y prête particulièrement bien. Mais là où elle échoue, c’est dans la transmission d’une réelle émotion, à part dans le titre Unsuffer me. Du coup, on flirte souvent avec le sinistre. Ca pourrait être beau, voire même bouleversant, mais il y a beaucoup rarement l’intensité et la conviction nécessaires pour arriver à tel résultat.

On écoute donc West de Lucinda Williams avec donc au mieux une admiration polie. Certains titres heureusement valent le coup comme ce Are you alright ?, Learning how to live, Everything has changed, West ou encore Come on, sans pour autant être totalement inoubliables. Cependant, dans ces moments-là, on comprend mieux pourquoi cette artiste a réussi à autant durer. Mais malheureusement, le reste et l’assoupissement certain qu’il provoque nous donnent peut-être un léger indice sur les raisons qui ont limité sa renommée à travers le monde. N’est pas non plus Janis Joplin qui veut…

West de Lucinda Williams laisse donc largement sur sa faim. J’ignore si le reste de son œuvre est à l’image de cet album, mais le talent pour faire mieux est bien présent. Peut-être que cette artiste connaît une légère lassitude ou un manque d’inspiration. C’est parfois l’impression laissée par cet album que les rares très bons titres n’arrivent pas à épargner à l’auditeur une certaine déception, pour ne pas dire une déception certaine.

Pour finir, un petit tour des titres que l’on trouve sur West.

1.: Are You Alright?
Une ballade mélancolique très envoûtante.

2.: Mama You Sweet
Sombre et un peu chiant à tout dire.

3.: Learning How to Live
Plus énergique. La voix se lâche et c’est bon.

4.: Fancy Funeral
Très épuré, mais du coup un peu déprimant.

5.: Unsuffer Me
Un titre assez lent, mais avec beaucoup d’émotion dans la voix.

6.: Everything Has Changed
Une ballade très classique mais très belle.

7.: Come On
Plus rock et tout de suite bien meilleur.

8.: Where Is My Love?
On retombe dans le déprimant.

9.: Rescue
Toujours pas très dynamique.

10.: What If
Très beau, mais on reste vraiment toujours sur le même rythme.

11.: Wrap My Head Around That
Dissonant, lancinant et très long (9 minutes).

12.: Words
Un minimum de dynamisme et d’entrain.

13.: West
Ballade classique vraiment très belle.

RIEN NE VAUT UNE TRAGEDIE GRECQUE

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papandreou_sarkozy_merkelLe feuilleton à rebondissements écrit par le célèbre auteur grec George Papandreou a passionné le monde entier toute cette dernière semaine. Mais si le public était au rendez-vous, les critiques ont été nombreuses. Il est vrai que cette œuvre reste inclassable et on ne sait pas encore si on doit la ranger dans la catégorie comédie ou drame. En attendant, cette tragi-comédie donc met en exergue deux enseignements majeurs sur l’état de la scène européenne.

Déjà, on peut s’étonner qu’au fond, tout cela prenne autant d’importance. En effet, l’économie grecque n’est qu’une goutte d’eau dans l’océan de l’UE. C’est d’ailleurs bien le problème car sa capacité à créer de la valeur ajoutée est extrêmement limitée. On ne fait pas vivre un pays occidental avec le tourisme et l’huile d’olive. Tout y est à construire, aussi bien au niveau des infrastructures productives que d’une force publique efficace. Et pourtant, toute l’Europe tremble, c’est dire à quel point l’économie européenne s’apparente plus à un grand chaos qu’à une économie structurée.

La construction d’une vraie gouvernance européenne est de plus en plus urgente. La prise de conscience est générale et affichée dans tous les bords politiques. Le problème est que cela s’apparente plus à une phrase que l’on se répète à loisir pour se rassurer. Car si cela éviterait de retomber dans les mêmes travers à l’avenir, cela n’apporterait qu’une réponse très partielle aux difficultés les plus immédiates. Au mieux, cela faciliterait l’émergence d’un début de sortie de crise, mais qui reste à ce jour à inventer.

George Papandreou a réussi à faire trembler l’Europe entière avec un mot : referendum. Cette panique soudaine montre à quel point la construction de l’Europe en tant qu’espace économique échappe de plus en plus aux processus démocratiques classiques. On tremble désormais à l’idée de demander leur avis aux peuples… On a pu s’amuser des réactions de certains politiques, gênés aux entournures, ne pouvant décemment pas nier au peuple grec le droit de s’exprimer sur une question qui engage durablement leur avenir, mais tout en ayant une trouille bleue que cela aboutisse à une réponse contraire à leurs intérêts.

Objectivement, ils ont raison. Tout simplement parce l’Union Européenne s’est tellement éloignée des citoyens, le fonctionnement même d’économies totalement esclaves de la finance est devenu tellement nébuleux, que ce qui devrait être source de la plus grande légitimité devient menaçant pour des processus qui n’en ont aucune. Et c’est sans doute là le plus gros effort à fournir, bien plus que les efforts budgétaires. Il faut arriver à refaire de la construction européenne un facteur d’espoir pour les peuples et que ces mécanismes soient à nouveau totalement appropriés.

Je dis bien à nouveau. Quand j’étais enfant, j’imaginais, moi et mes copains, qu’un jour il y aurait une équipe de foot de la CEE, car, pour nous, c’est un seul et grand pays qui était en train de se construire. Nous étions trop jeunes pour savoir si cela représentait une bonne ou une mauvaise chose, mais elle nous semblait naturelle et inexorable. Mais je doute fort que les enfants d’aujourd’hui soient habités par ces mêmes idée naïves, mais qui auraient pu servir de base à un vrai sentiment d’appartenance à un grand et beau projet.

Dans tous films d’aventures, il y a un moment où tout espoir semble perdu. La construction européenne est une formidable aventure. Je suis peut-être trop cinéphile, mais je n’ai pas encore perdu espoir qu’elle se termine un jour par un beau happy-end hollywoodien.